Sous le soleil d’Opitciwan, par Virginie Tanguay…

27 juin 2017

Les couleurs de Virginie

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Quand le soleil se pointe à l’horizon, il diffuse sa lumière partout sur son passage : des grandes villes jusqu’au plus secret des jardins. Elle se faufile entre les bâtiments des places publiques, s’introduit dans les ruelles et fait croître les arbres de nos forêts. Illuminant à la fois le visage de tous, dont les enfants, les mendiants, les hommes d’affaires, et réchauffant le sable des plages désertes. La lumière est une source d’énergie universelle.

Il est important de valoriser les lieux de paix où le silence donne accès à notre intériorité. Ce sont des endroits qui alimentent les rêves de plusieurs. Quand on a besoin d’un retour aux sources, de ressentir pleinement ses émotions, il devient essentiel d’étancher cette soif d’évasion. Je connais bien un milieu où il fait bon s’exiler pour se retrouver. Parmi les paradis dont regorge le Québec, on trouve un village de la nation atikamek : Opitciwan. Derrière son lourd passé historique s’étale une vérité : les membres de la communauté autochtone ont de profondes racines et ils évoluent en sol fragilisé.

Personne ne peut nier cette réalité à laquelle ces gens ont été confrontés en 1917 : s’adapter au développement industriel. Un barrage fut construit afin d’assurer l’approvisionnement en eau des centrales hydroélectriques du Saint-Maurice. Cette innovation eut des répercussions majeures sur l’environnement et le mode de vie des Atikamekw. C’est une superficie gigantesque qui fut submergée, forçant les autochtones à délaisser leur milieu et à se déplacer toujours plus loin. Le réservoir Gouin a atteint une superficie de 1789 kilomètres carrés. Les troncs, les branchages, les écorces, les mousses, et autres débris végétaux accumulés partout le long des rives devenues impénétrables, finirent par couler et se décomposer.

Le village d’Opitciwan occupe ces lieux depuis les années 1940. Après toutes ces années, l’homme, la faune et la flore ont retrouvé un certain équilibre. Je pense que la gamme de frustrations jadis ressenties par ce peuple est immense. Le silence, qui les accompagne trop souvent, résulte de l’accumulation de souffrances et de chagrins.
À Opitciwan, c’est à travers la forêt boréale, et en se reflétant dans l’eau du réservoir, que se lève le soleil. En langue atikamek, on nomme ce moment : Petapan. Le soleil sera encore présent demain matin. Aux petites heures, regardons ensemble dans cette direction. La lumière réchauffe tous ceux qui ont froid et qui souhaitent simplement évoluer dans le respect des coutumes, des valeurs et des traditions.

Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

8 mai 2017

    L’immensité du lac Saint-Jean

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     Je marche lentement sur la grève, seule devant l’immensité du lac.  Le bleu de l’eau, réchauffé par la lumière du jour, me procure la détente.  Ici, c’est ma terre natale, et comme un enfant, je m’émerveille devant ce lac mystérieux.

      Avec mon père, je l’ai souvent survolé en hydravion.  Ses baies, ses îles, le dessin de son pourtour me sont familiers.  L’impressionnante Pointe-Taillon, à l’embouchure de la rivière Péribonka et le petit village éponyme.  J’ai bien contemplé ce paysage qui a vu naître, sous la plume de Louis Hémon, l’histoire de Maria Chapdelaine.  La nature omniprésente, les coutumes des gens d’ici et l’arôme du folklore ont permis à cet auteur de créer un chef-d’œuvre littéraire.

       Toujours sur les ailes de l’oiseau de toile, je distinguais la rivière Ashuapmushuan (nom montagnais signifiant « l’endroit où on guette l’orignal ») qui se déverse doucement près du village où j’ai grandi : Saint-Prime.  Je voyais l’étendue des terres agricoles, au loin, que bordait la forêt.  Des troupeaux de vaches laitières se déplaçaient dans les champs multicolores et les fermiers labouraient avec patience les sols, assis sur leur tracteur.

        Que dire des îles d’Alma qui se dessinaient à l’horizon, sous les feux d’un coucher de soleil !

         À ce jour, le bel oiseau ne vole plus dans les airs… mais vole encore dans mes souvenirs.

      « Lac Saint-Jean » est une aquarelle pleine de mouvements.  Elle contient peu d’éléments et les couleurs évoquent la douceur.  J’ai voulu reproduire l’émotion que je perçois quand je fais face à ce magnifique lac.  Les éléments se fondent les uns dans les autres et interagissent.  Le vent cisaille et un cumulus se forme, ce qui indique une température orageuse de fin d’après-midi.  Les vagues sont dignes des sautes d’humeur et de la fougue du plan d’eau, très souvent imprévisible.  Le mystère, le rêve et la liberté qu’évoque pour moi cette étendue ressortent de ce tableau vaporeux.  Plusieurs ont laissé leurs traces dans le sable chaud de cette plage et aiment y revenir…

    Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie…

7 avril 2017

L’Hôtel Château Beemer

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L’Hôtel Château Beemer

 

De la naissance des coteaux qui bordaient les rives, jusqu’au plus lointain rayon de lune, les terres du Lac-Saint-Jean abondaient en précieuses richesses.  Ce pays des Montagnais était appelé, par quiconque s’y aventurait, le Royaume.

C’est avec acharnement que les colons y défrichaient et s’y établissaient.  Chaque membre de la famille accomplissait ses tâches.  Les jardins étaient semés, la crinière des chevaux de trait, brossée, et les vêtements, lavés à la main, séchaient au grand vent.

C’était un jour de mai.  Le soleil se dissimulait derrière un immense et impénétrable nuage qui recouvrait le territoire.  Un feu incontrôlable détruisait tout sur son passage, y laissant même des cendres humaines.  Le magnifique paysage, qu’ornaient des milliers de pins blancs, était anéanti.  À perte de vue, les arbres calcinés et l’odeur étouffante terrifiaient : c’était irréel.   Pour survivre, les habitants et les bêtes se précipitaient désemparés dans le Piékouagami.  Les Montagnais nommaient le Lac-Saint-Jean ainsi, dans leur langue innue, ce qui signifie lac peu profond.  Des hurlements se faisaient entendre.  La suie, les matières en suspension souillaient l’air.  Tout était à rebâtir.

Le feu éteint et les braises moins ardentes, les rescapés se relevèrent les manches et décidèrent de ne pas se laisser abattre.  Une à une, les cabanes, construites de troncs brûlés, vibrèrent au  rythme de la musique.  Les verres se remplissaient d’eau-de-vie.  Le tabac à pipe sentait si fort qu’il était impossible pour les enfants de s’endormir…  Alors, la fête continuait !  Cuillère de bois à la main, les aînés tapaient du pied en chantant.  Ils jouaient à l’oreille de la ruine-babines, du violon et de l’accordéon.  Le reel évoquait parfois le vacarme d’un déraillement de train, sous une pluie battante en pleine tempête de vent.  On oubliait les fausses notes ; on chantait et dansait avec cœur : l’émotion ressentie devenait l’essentiel.

Tranquillement, le tapis végétal retrouva ses nuances.  Des feuilles d’éricacées émergèrent des mousses assombries.  Portant haut ses fleurs campanulées, la tige se préparait à accueillir ses fruits, les bleuets.  Ces baies savoureuses se dégustaient à volonté sur les lieux de la cueillette.  On les apprêtait également en tartes, en bonbons et en confitures.  Les eaux poissonneuses du Piékouagami assuraient un régime alimentaire équilibré aux habitants.  La ouananiche, le doré jaune et le grand brochet cohabitaient dans ses eaux limpides.

L’arrivée du chemin de fer permit l’échange des cultures.  Un homme d’affaires, venu de la grande ville, fit construire un hôtel de luxe près des berges.

En peu de temps, Le Royaume était devenu l’ultime destination pour les amateurs de pêche.  Voilà que de riches étrangers venaient des villes lointaines et logeaient dans le majestueux Hôtel Château Beemer.  La terre, l’eau et les riches couleurs étalaient leur féérie.    Tous ces gens s’émerveillaient devant la beauté des alentours.  Les saumons d’eau douce abondaient et faisaient rêver ces visiteurs avides.

Notice biographique de Virginie Tanguay

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Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvre  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Escapade à la brunante, par Virginie Tanguay…

4 mars 2017

 Les couleurs de Virginie…

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Au début du siècle, lors de certaines journées glaciales, le vent soufflait sa détresse entre les planches des vieux bâtiments.  Ce son aigu ajoutait la mélancolie à la rigueur du climat.  La plupart des femmes, tels des piliers, toujours droites, avec un sens des responsabilités infaillible, s’accomplissaient en tant qu’épouses et mères au foyer.  Tout en chérissant leur mari, elles soignaient et éduquaient les enfants, cousaient les vêtements, entretenaient les maisons et cuisinaient de bons repas chauds.  Les cheminées fumaient jour et nuit, l’odeur des fèves au lard, au petit matin, enivrait les pièces jusqu’à réveiller les plus gourmands.  Au cours de la saison froide, les dépenses[1] étaient garnies de cannages et les galeries servaient de congélateurs.  C’était l’endroit idéal pour y faire refroidir les ragoûts de pattes de porcs !

On appréciait les joies de l’hiver, mais les rayons chauds du soleil et la lumière venaient à manquer.  Par doux temps, dans les champs endormis, le silence était roi.  Puis, le gazouillement des oiseaux se faisait timidement entendre, à commencer par celui du chardonneret jaune.  De peine et de misère, le sol québécois réussissait à se débarrasser de son manteau blanc.  Les bourgeons gorgés de sève éclataient.  Le plat pays qu’est le Lac-Saint-Jean se réveillait.

Les Jeannois[2] avaient hâte de sortir prendre l’air sans être emmitouflés de la tête aux pieds, ils rêvaient aux plaisirs estivaux.  Le départ des glaces allait entrainer une température clémente et permettre à la terre de porter à nouveau ses fruits.

Des mères, fières de présenter aux amis la binette de leur nouveau-né, les promenaient en poussette sur les trottoirs de bois.  La légèreté était au rendez-vous, elles avaient changé leurs vêtements de laine pour des jupes longues de coton et envoyaient la main aux gens, en guise de salutations en  passant devant les terrasses bondées.  Elles entendaient les discussions habituelles qu’amenait la nouvelle saison : d’après la quantité de neige tombée et le gel au sol, on prédisait les jours de pluie à venir, gageait sur l’abondance de la récolte des bleuets sauvages…  Les vieux pêcheurs se demandaient si les poissons allaient être de grande taille.

Certaines commères du village, attablées, écoutaient sournoisement les discussions et les ragots.  Ensuite, elles s’empressaient de bavasser à qui voulait entendre.  La vie était si paisible dans cette région que les histoires, réelles ou inventées, devenaient une source de divertissement.  Avec la chaleur qui s’installait tardivement dans ce coin de pays, les amoureux se réchauffaient à toute heure du jour sous les étoffes…  Voilà pourquoi les familles de l’époque comptaient en moyenne douze enfants ; ainsi, encore aujourd’hui, tout le monde se connaît, tout le monde est plus ou moins parent !  La chaleur humaine qui règne dans notre région a de quoi faire s’évanouir les morceaux de glace qui persistent au printemps !

L’aquarelle « Escapade à la brunante » suggère des personnages qui décrochent un moment des tâches quotidiennes et profitent d’une balade en canot sur le lac Saint-Jean.  Les eaux claires, aux couleurs tendres, inspirent une romance.  Au loin, repose un hydravion, attrayant par ses formes et l’ampleur de ses ailes.  Il s’agissait de la première visite d’un tel appareil dans la région, du jamais vu !

À bord de l’embarcation, le prétendant, au torse bombé comme celui d’un coq, ramait à la découverte de l’objet volant… à s’en déplumer le poitrail !  Certes, son endurance a dû impressionner les dames.  La nouvelle qui courut dans les alentours, les jours suivants, voulait qu’un oiseau rare niche au Quai des Anglais…  Et c’était la pure vérité !


[1] Endroit où on entrepose de la nourriture.

[2] Habitants du Lac-Saint-Jean.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

17 février 2017

    Alaskans

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     L’essence même de cet expéditionnaire était de vivre simplement.  Il avait une soif insatiable d’aventure et carburait au grand air, toujours prêt à affronter les défis que lui imposait la nature en hiver.  Il s’emballait à la pensée de découvrir des terres qui n’avaient jamais été foulées l’homme.

À la fois éleveur et entraîneur d’une meute de chiens alaskans, Tristan  parcourait chaque année une partie du Nord québécois.  On l’appelait le musher.  Ce nom tire son origine du commandement des conducteurs de traîneaux.  Pour signifier à leurs chiens de se mettre en marche, ils criaient « marche ».  En anglais, cette expression  est devenue mush, d’où musher.  Solidement agrippé à son attelage, il voyait la vie sauvage défiler.  À chaque instant du périple, le musher  vivait des émotions semblables à celles que l’on ressent au début d’une histoire d’amour.  Son cœur palpitait de désir à l’idée de pénétrer les contrées lointaines.

Tristan parlait peu, seulement pour le nécessaire.  Ses compagnons canins et lui se comprenaient et se respectaient.  Son goût de la solitude et son tempérament calme en faisaient un maître-chien idéal.

Un matin, où la neige réverbérait la lumière dans la forêt, un accident survint.  L’attelage dévalait à toute allure la pente d’un sentier, lorsque dans un détour Tristan perdit l’équilibre et fut expulsé hors du traîneau.  Sous la force de l’impact, il se fracassa la tête sur une souche et sombra dans l’inconscience.

À l’instant même, les deux chiens de tête dirigèrent la meute vers le guide qui gisait au sol.  D’instinct, les animaux enveloppèrent l’homme pour le maintenir au chaud.  Les jappements insistants attirèrent l’attention d’un vieil Amérindien qui chassait dans les environs.

Le chasseur fit preuve de compassion.  À son réveil, Tristan se retrouva dans un camp de bois rond, étendu et bordé dans un lit de fortune.  La fille de l’aîné était à ses côtés.  Elle le veillait, l’observait et tentait de deviner la nature de ce bel inconnu.  Assurément, il s’agissait d’un homme courageux et sensible : le comportement de ses chiens ne trompait pas.  Leur maître leur avait témoigné de l’affection.  En retour, les bêtes lui avaient sauvé la vie.

Sur-le-champ, l’amour naquit.  Cette Amérindienne à la peau basanée déployait une chevelure aux couleurs de la nuit.  Sa tunique de cuir  frangée avantageait sa silhouette.  Pleine d’espoir, elle accrocha un capteur de rêves à la fenêtre.  À ce moment précis, un faucon tournoya dans le ciel.  Selon ses croyances, cet oiseau possédait des pouvoirs précieux.  Messager, il enseignait à observer les signes du quotidien et aidait à saisir au vol les occasions favorables.

En ouvrant l’œil, Tristan lui demanda son prénom.  « Chilali », répondit-elle — ce qui signifie Oiseau des Neiges…

Notice biographique de Virginie Tanguay

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

24 décembre 2016

Le trappeur

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Personne ne connaissait le prénom qui lui avait été donné à la naissance : depuis toujours on l’appelait Le Loup, et cette identité convenait.  En le voyant, l’image qu’il projetait ne trompait pas : c’était un homme des bois qui ne pensait ni ne vivait comme les autres.

Il portait des vêtements vieillots et rapiécés.  Sa longue chevelure était grisâtre et son regard intelligent.  J’arrivais à percevoir un visage aux traits raffinés que dissimulait une barbe.  Certes, il ne laissait pas pousser ses poils pour cacher une cicatrice.  C’est avec fierté qu’il disait se préparer pour affronter les froideurs de l’hiver.  Ce lainage rendait jaloux les imberbes.

Son enfance fut agréable.  Son père, un agriculteur, lui avait appris à travailler durement pour gagner son pain.  Dès cinq heures, au petit matin, le jeune enfilait une salopette et allait traire les vaches.  Il courait dans les champs labourés jusqu’à apercevoir la lisière de forêt.  L’appel de la nature le possédait.  Souvent, il prenait plaisir à s’amuser dans les bois jusqu’à l’épuisement et s’endormait à l’ombre des grands conifères.  Il était là, dans son univers, en terres accueillantes.

Le Loup avait compris le cycle de la vie en regardant les plantes émerger du sol, fleurir, propager leurs semences et mourir.  Ce personnage singulier avait choisi de vivre en retrait de la civilisation, dans le fin fond des bois, et de devenir trappeur.  Certains villageois le traitaient d’idiot ; moi, je le voyais comme un réfugié volontaire.

Le savoir qu’il avait acquis était dû, en grande partie à ses amis amérindiens qui lui avaient enseigné plusieurs techniques de chasse et le langage des animaux.  Cet homme ne craignait pas le hurlement des loups.  L’hiver venu, le froid et les grands espaces lui rappelaient qu’il avait le sang chaud et devait en tout temps s’adapter aux conditions climatiques pour ne pas être malade ou mourir gelé.

Selon lui, l’essentiel en forêt était de savoir faire du feu sans allumettes.  À l’aide d’un archet, d’une lanière de cuir, d’un bâton et de fibres de bois, il jouait du violon et l’air s’enflammait !

Les plats qui mijotaient dans son chaudron de fonte étaient délectables.  Les saveurs du terroir s’accentuaient par le mélange d’assaisonnements à base de feuilles, de racines, de mousses, de graines, de fruits et de sucs contenus dans les viandes sauvages.

Ce chasseur pratiquait le piégeage.  Ces peaux étaient à leur meilleure en saison froide de par la densité de leur fourrure.  Le Loup était rusé et ingénieux.  Ses pièges, placés à des endroits stratégiques, en témoignaient.  Certains, construits avec des perches, suspendaient d’un coup la bête au-dessus du sol.  D’autres noyaient l’animal sous la glace.  Il se servait d’arbres renversés au-dessus des ruisseaux pour y dissimuler des pièges et réussissait même à attraper des loutres dans des cabanes de castor.

Je prétends qu’on le nommait Le Loup, car il ressemblait curieusement à l’animal éponyme, physiquement, mais aussi de par son attitude.  Le printemps venu, il se pointait au village pour vendre ses peaux.  C’est comme s’il entrait en territoire étranger et que les habitants acceptaient difficilement ses différences.  C’est avec plaisir qu’il saluait les gens qui osaient le regarder dans les yeux.  Tel un vieux loup solitaire, il repartait.  Ceux qui se sont attardés à ses expériences de vie, aux connaissances qu’il aimait transmettre, s’en sont enrichis.  Je suis heureuse de l’avoir côtoyé.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

2 novembre 2016

 Magnifique lac Saint-Jean

Magnifique Lac Saint-Jean

    Je vois un ciel romantique aux couleurs de la passion.  Des éclats de lumière fendent l’horizon et donnent une profondeur à ce plat paysage.  C’est un attachement profond à ma région natale qui m’incite à peindre cette scène flamboyante du lac Saint-Jean.  L’amour ensorcelle.

    La nature guide mes coups de pinceau, justifie les nuances.  L’île à Dumais occupe une place limitée dans l’aquarelle, car sa réalité repose entre deux espaces.  C’est l’ensemble des éléments de terre et d’eau qui nous invite dans un monde merveilleux.  Au premier plan du tableau, des goélands argentés volent en toutes directions : la liberté dans sa plus simple expression.

   Vers la fin des années 1800, à Chambord, village du Lac-Saint-Jean, vivait un homme d’exception : Pascal-Horace Dumais.  Pratiquant le métier d’arpenteur, il relevait les cours d’eau.  Cet amant des grands espaces savait remonter à la source ; il possédait un sens aigu de l’observation.  Il a aussi habité l’île, qui porte aujourd’hui son nom.

    La faune le captivait, particulièrement les oiseaux.  L’île en abrite encore à ce jour des dizaines d’espèces.  J’ai marché sur cette parcelle de terre d’une centaine d’acres, je me suis imprégnée de l’atmosphère paradisiaque.  J’imagine facilement M. Dumais portant un chapeau à grands rebords, crayon de bois et carnet à la main, prenant des notes sur les différentes caractéristiques des volatiles.  À l’intérieur de son livre aux pages ondulées, se trouvait peut-être des états d’âme ou des constatations intéressantes : « 5 septembre 1876, les oiseaux migrateurs se préparent à quitter vers le Sud.  Ils se gavent de plantes aquatiques et se reposent.  J’ai approché une outarde, qui s’est laissée charmer, si bien que j’ai pu l’attraper à l’aide d’un filet à pêche.  Je lui enfilai une bague à une patte et la laissai repartir.  Je souhaite la retrouver au printemps…  C’est à savoir si elle reviendra ?  Je pense que oui, je la reverrai, car c’est toujours agréable de rentrer chez soi après un long voyage.  Mon élevage de pigeons se porte bien, j’en ai recensé plus de trois cents.  J’apprécie leur présence.  Le soir venu, je confonds leur roucoulement au son des vagues s’échouant sur la berge.  Nous sommes bien.  Ici, c’est la plénitude, je me sens vivre. »

   Écrivain à ses heures, je n’ai pas eu le privilège de le lire.  Il est fort probable qu’il se laissait inspirer par le lac : source d’énergie, eau douce cristalline, stagnante ou déchaînée.  Et, tout comme moi qui vit à proximité de l’île, se laissait-il emporter par le parfum des roses sauvages ?  Son âme sensible à la beauté se reflétait sans doute dans sa façon de manier la plume.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

22 septembre 2016

Sur les planches à Val-Jalbert

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La foule applaudit.  Le jeu des comédiens est captivant.  Le français local se distingue par un accent « québécois du  Lac » où les voyelles sont étirées et mâchouillées.  Les personnages font revivre les habitants d’autrefois.  Leurs vêtements couleur terre et l’odeur des planches de cèdre vieilli m’imprègnent de l’air du temps : les années vingt.

Val-Jalbert est un attrait touristique majeur dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.  Son histoire, marquée par l’exploitation d’une pulperie sur un site d’exception, a rendu ce village unique au Québec.  Nous trouvons là une initiative avant-gardiste d’urbanisation.

Dans ces lieux invitants, la rivière Ouiatchouan sillonne la forêt de conifères.  Un escarpement soudain du Bouclier canadien forme le lit de la renommée chute de Val-Jalbert.

Au petit matin, dès que la rosée s’évapore et que le brouillard se lève devant l’éloquente dame blanche, elle offre un spectacle saisissant : une scène où les acteurs sont l’eau, le roc, les arbres et les végétaux.  Leur rôle est d’émerveiller les visiteurs.  C’est avec puissance et cohérence que dévale une imposante quantité d’eau.  Quel romantisme !  En la contemplant, j‘ai envie de raconter des événements du passé.

Depuis la nuit des temps, ce paysage pittoresque est admiré et l’activité humaine y est présente.  Des pièces archéologiques amérindiennes en témoignent.

Les ressources naturelles offraient le potentiel nécessaire pour l’implantation d’une pulperie en 1901.  En fait, c’est un village industriel qui vit le jour avec des commodités et des services de rêve !  Le grand patron, Monsieur Damase Jalbert, assurait à ses employés le confort et le luxe pour l’époque, c’est-à-dire l’eau et l’électricité.  Il savait que plus ses travailleurs seraient heureux, plus ils seraient productifs.  C’est alors qu’il fit ériger plusieurs maisons modernes pour les y loger avec leur famille.

En 1927, l’usine allait fermer définitivement ses portes.  La concurrence des compagnies américaines et la baisse de la demande pour la pâte à papier allaient avoir raison de l’entreprise.  Les habitants, le cœur plein de nostalgie, quittèrent les lieux.

Abandonné, le village fantôme s’endormit pour renaître dans les années soixante et ouvrir un nouveau chapitre dans l’ère du tourisme régional.

Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Le chant du loup, par Virginie Tanguay…

25 juillet 2016

 Les couleurs de Virginie

 

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Dans le nord du Québec, la nature sauvage éblouit les aventuriers perdus.  La beauté traverse les miroirs de glace et atteint la cime des épinettes noires.  Une chaude lumière s’infiltre dans le couvert forestier.  Cet endroit est un refuge pour les animaux et l’homme, qui parfois se croisent et s’observent mutuellement.

La réputation du loup est souvent mauvaise.  L’imagination se construit une représentation effrayante, même si rares sont les cas où un loup affamé s’en soit pris à des humains.  Cet animal au sang chaud, présent dans les contes et légendes, continue d’apeurer les enfants.  Sachant que je suis en sécurité, j’aimerais faire face au regard d’un loup sauvage.  Je voudrais comprendre davantage son attitude.

Ces prédateurs sont d’excellents communicateurs.  Ils savent l’importance de s’exprimer aisément pour se faire entendre.  Seuls, ils survivent et en groupe, ils vivent : c’est en partageant avec les membres du clan qu’ils se donnent et reçoivent de l’affection et s’affirment.  Leurs expressions faciales, leurs gémissements et les postures manifestent leurs besoins et émotions.  Ensemble, ils sont plus forts et peuvent capturer des gibiers de grande taille, tels des chevreuils, des caribous et des orignaux.

Dans le silence de la nuit, ils chantent l’hymne à la fraternité.  Le hurlement marque leur territoire et ils prennent plaisir à entendre leur voix s’égarer dans la pénombre.

On raconte que certains Esquimaux arrivent à décoder les hurlements et que ceux-ci contiendraient de l’information pertinente.  Pourraient-ils indiquer la venue d’un troupeau de caribou ?  C’est possible, car les loups ont des qualités intellectuelles.  Une véritable hiérarchie est présente dans la meute.  Chacun a son rôle pour une efficacité exemplaire.  Utilisant des techniques de chasse élaborées, ils sélectionnent leurs proies, tuant les plus faibles sujets, les plus vieux ou les malades.  Ils créent ainsi un équilibre naturel.

Le souffle chaud des bêtes qui se dissipe à travers les brumes indique la force, le courage et la vitalité.  Hurlons avec les loups, pour mieux les aimer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

10 mai 2016

Le pont des artistes

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     C’est jour de printemps et les glaces viennent de libérer les eaux. Incolores, elles se gonflent avec la crue, reflétant le cobalt du ciel. Des filaments de nuages miroitent sur le lac Saint-Jean tout en fuyant vers l’Est. La clarté qui s’avance discrètement me décroche un sourire. Je suis prête à écouter les mots de la terre.

     J’observe le jeu de la nature : elle était en veille, voilà qu’elle arbore à nouveau des teintes enflammées. Je me sens comme cette dame : une artiste qui se laisse bercer par les couleurs de chaque saison. Quand elle provoque la foudre, elle y met le feu. Lorsque la pluie inonde les fossés, vient au monde l’angélique.

     Je compare la réalité des artistes à cette floraison : nous sommes maîtres de nos états d’âme. Lorsque je crée, j’ai l’impression de semer un grain. Ce moment m’anime. J’ai ce désir de partager de la beauté, du rêve, alors il me faut offrir des gerbes de fleurs et qu’elles se laissent cueillir… ou pas. Je passe des lunes à semer, à noyer mes récoltes parce que j’y mets trop d’eau, à souvent recommencer mes aquarelles parce que la pureté y est plus ou moins… Consciente que j’apprendrai toute ma vie en repiquant des semis. La persévérance et les essais me donnent de l’expérience. Je veux traiter l’aquarelle avec authenticité. Sans gène, je regarde mes œuvres dans le blanc du papier pour y voir la lumière.

     Le vent m’a confié qu’il s’estompe toujours après la tempête et qu’il est parfois préférable de lui faire face. Mon instinct a toujours guidé ma prise de décisions. C’est alors qu’un certain matin d’automne, je fis un pas de plus : je présentai mes créations pour la toute première fois… J’avais osé traverser le pont des artistes.

     Ce pont était sur ma route. Il me semblait craquelant. À y penser, il n’y avait pas de risque à le traverser si je posais les pieds sur des planches solides : simplement un défi. Mon objectif était de toucher un cœur. J’avançais à pas feutrés, mais avec la hâte de découvrir cette berge.

         Une fois traversée sur l’autre rive, les oiseaux étaient immobiles dans le ciel et il n’y avait aucun bruit, pas même celui des feuilles qui tremblaient sur les ailes du vent. Étrangère et en zone inconnue, mon cœur battait à en perdre le rythme. Seule parmi les conifères géants, le silence me permettait d’entendre ma voix. J’y compris que l’essence même de ma vie d’artiste était de voyager par l’imaginaire pour atteindre la liberté et que de cette façon, j’arrivais à fixer le temps.

         Que les oiseaux dansent ou non dans le ciel, c’est le fruit de l’imagination. Souvent, les artistes traversent le pont parce qu’ils ont ce besoin puissant de partager… la liberté.

 Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estVirginie Tanguay près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

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Les goélettes de Saint-Joseph-de-la-Rive, par Virginie Tanguay…

9 avril 2016

Les couleurs de Virginie

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Village de Saint-Joseph-de-la Rive.  Le vieil homme déambulait rue de l’Église.  Dès que le soleil m’indiquait huit heures, chaque matin, j’apercevais sa silhouette au bout du chemin.  Il avançait avec la démarche d’un jeune : fier, la tête haute et le dos droit.  Du haut de ses quatre-vingt-cinq ans, il regardait avec sérénité les deux épaves qui reposaient dans les foins salés.

Ce vieux loup de mer était un témoin précieux du temps du cabotage.  Il était issu d’une grande famille de marins et de constructeurs de goélettes.  Depuis des générations ces femmes et ces hommes naviguaient en fonction du climat, et souvent à leurs risques et péril.  Monsieur  Desrochers avait décidé depuis longtemps que s’il attendait l’absence de danger pour mettre les voiles, il ne prendrait jamais la mer.  Dans sa jeunesse, vaincre la furie des eaux le comblait de bonheur.

Le bonjour matinal destiné à cet homme au regard vif devint vite une habitude.   J’étais éblouie par sa présence d’esprit et son passé riche en anecdotes.  Son enthousiasme pour la navigation me fascinait.

Un jour, la vue de sa goélette endormie éveilla en lui un souvenir douloureux qu’il partagea avec moi.  J’ai pu ressentir la douleur encore vive d’un amour perdu.

À Saint-Joseph-de-la Rive, le mois d’avril 1930 fut marqué par la mise à l’eau d’une élégante goélette à deux mâts.  Quelques membres de l’équipage montèrent à bord.  Le capitaine du bateau, Monsieur Desrochers, menait à bon port les cargaisons de bois et de ravitaillements.  Le trajet habituel de la voiture d’eau allait de l’embouchure du golfe Saint-Laurent à Montréal.

Bien qu’il fût le premier responsable du navire et que les tâches à effectuer ne manquaient pas, il se laissa distraire par les attraits de la cuisinière.   À l’occasion, la jeune femme se retrouvait dans la cabine du commandant ; ensemble, ils écoutaient le chant des baleines et se laissaient bercer par les flots…   Monsieur Desrochers était follement amoureux d’Annette.

Passaient les jours et les saisons…  Leur histoire se dessinait dans le sillage de la voiture d’eau.

Une nuit houleuse, où la goélette tanguait et que la noirceur évoquait les pires cauchemars, la belle glissa sur le pont et se noya dans le Fleuve.  On ne retrouva jamais son corps.  Le capitaine en eut le cœur brisé par le chagrin.

J’ai compris que, lorsqu’il regardait les goélettes échouées sur le rivage, il se remémorait sa vie et celle des gens qu’il avait aimés.

Ces bateaux ont joué un rôle important dans l’histoire des Charlevoisiens.  Le temps des goélettes est révolu, mais Monsieur Desrochers, comme tant d’autres, voudrait qu’on se souvienne…

Virginie Tanguay

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie…

1 avril 2016

 Zoo sauvage de Saint-Félicien… l’école d’une vie !

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Le caribou forestier

 

    Quand le cœur d’un homme garde en mémoire l’amour, le moment présent et le rêve, je crois qu’il n’y a pas de limites à ce qu’il peut accomplir et que la vieillesse devient secondaire.  De même, lorsque l’on s’exprime avec son cœur, on s’épanouit et ce sentiment contagieux est le secret du bonheur.  C’est alors que le message peut se propager à l’infini.

    Les terres du Lac-Saint-Jean ont porté des créateurs, des visionnaires, des génies qui ont su apporter un développement durable à la région.  Il me vient à l’idée, de sortir ma plume et d’écrire ma perception d’un de ces initiateurs de rêves : Monsieur Ghislain Gagnon, le fondateur du Zoo de Saint-Félicien.

    Je regardais attentivement une ancienne photographie en noir et blanc, et en saisissait les couleurs : la main gauche de l’homme caressait la nuque d’un girafon et l’autre, avec tendresse, invitait la mère à faire sa connaissance.  Les yeux charbonneux des bêtes établissaient un lien de confiance.  C’est avec passion, sans aucun doute, qu’il a laissé son empreinte dans les missions du zoo.  Se sont joints à lui plusieurs membres actifs qui avaient une vision semblable et des projets d’avenir.  Celui qui étudiait, comprenait et aimait les animaux a su transmettre des valeurs universelles d’harmonie entre l’homme et l’animal : des notions que comprennent des visiteurs du monde entier.

    En 1960, c’est un parc à renards désaffecté qu’il choisit comme site idéal pour accueillir le zoo.  Rapidement, l’espace allait manquer.  On déménagea donc les installations sur l’Île-aux-Bernard qui allait conférer au Jardin zoologique un éclat particulier grâce à la rivière aux Saumons qui l’enserre de ses blanches cascades.  Celui que l’on nomme « le père du Zoo » voulait que la beauté de la nature ressorte avant tout.

    L’idée d’enfermer des animaux en cage le refroidissait.  Surgit alors une inspiration parmi tant d’autres : créer un parc des sentiers de la nature.  À l’intérieur de cette zone, les animaux sont libres et les visiteurs se baladent à bord d’un « train » construit sur mesure.  C’est aux rythmes d’une musique traditionnelle que, lors d’une visite, défilaient sous mes yeux le camp des bûcherons, le poste de traite, la ferme du colon, le ranch de l’Ouest canadien, et j’en passe.  J’ai aimé le contact avec la biodiversité boréale et l’histoire merveilleuse des bâtisseurs de notre coin de pays m’a captivée.

  J’ai été séduite par la présence d’un caribou qui broutait des graminées sur les rives du lac Montagnais, près d’une tente de prospecteurs.  L’esprit de cohabitation qui se dégageait de la scène m’a inspiré l’aquarelle « Caribou forestier ».  Je le sentais heureux dans son environnement, et nullement dérangé par notre présence.

  Le Zoo sauvage de Saint-Félicien est une preuve qu’un rêve peut devenir réalité.  Au-delà des années, des expériences, des innovations, il laisse un message important : l’importance de posséder et de développer une conscience écologique.

      Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue :virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Le pêcheur de dorés, un texte de Jacques Girard, illustré par Virginie Tanguay… »

16 février 2016

La ténacité du pêcheur de dorés

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le pêcheur ne lâche pas les dorés.  La barmaid tend un œil.  Le manque d’intérêt sillonne son visage blafard.

Son client est ivre et répète inlassablement la même phrase, la même rengaine.

— Le doré est meilleur en eau froide.

La serveuse s’en fout royalement de tout ça.  La jeune fille déteste la pêche.  Son registre de conversation couvre les racontars, le TV-Hebdo, Flash et Musique Plus.  Elle ne réussit même pas à raconter une histoire… convenablement.  Mais, son travail derrière ce comptoir minable l’oblige à s’occuper de cet unique client matinal qui, en revanche, ne lésine pas sur les pourboires.

L’adolescente ignore si le doré en eau froide possède les vertus dont discourt de façon intarissable le pêcheur d’origine amérindienne.  Assurément, sa patience ne se compare pas à celle de cet amant de la ligne.

« Passer une journée dans un canot à ferrer le doré dans les fosses froides, ça, c’est la vraie vie », soutient ce pêcheur en buvant une grosse bière par gorgées généreuses, sa troisième déjà.

— Ça, c’est « la p’tite vie », saute sur l’occasion l’employée de bar dans l’espoir qu’on change un peu de sport ou de sujet.

— Le doré est meilleur en eau froide, revient aussitôt le vieux pêcheur.  Il vante sa chair blanche et moelleuse.  En filet, les rois s’en régaleraient…

— Si vous le dites, ponctue-t-elle à tous les deux refrains.

La cafetière chante.  L’arrivée des buveuses de café approche.  Bienvenues seront-elles en ce matin de brume.   Vaut mieux leur bavardage que de tanguer en compagnie de son voisin d’en face.  Une odeur de poisson se répand dans le petit bar miteux.

La jeune fille supporte avec peine la vague.  Le mal de mer l’assaille, et son estomac souffre des relents de la nuit dernière.  Son visage non maquillé jaunit.

Le pêcheur, lui, vacille sur le bout d’un tabouret usé.  Comme s’il était perché sur une roche lisse.  Il lance sa ligne dans l’allée qui sépare l’endroit en deux sections.  La zone la plus sombre se métamorphose en une fosse si recherchée.

— Ça, c’est toute une fosse !

Coriaces, ces poissons !  Son amour l’emporte.  Le pêcheur enlève avec précaution l’hameçon, caresse la prise, lui parle et semble attendre la réponse.  Puis, les dorés « glissent » en douceur dans son sac délavé en bandoulière.  Une rasade — plus réduite maintenant — salue chacune des prises.

— Ma petite, souviens-toi bien d’une chose : le doré est meilleur en eau froide.

La serveuse en a assez et s’invente des travaux, excédée.

Finalement, les travaux d’entretien, ce qu’on appelle dans le jargon du métier le ménage, triomphent de lui et d’elle – des deux, disons-le.

— Le matin, c’est le temps du ménage, prétexte-t-elle en respirant comme un poisson qui cherche de l’air hors de l’eau.

La barmaid est petite, délicate et se moule dans un chandail mousseux.  Elle porte un jeans qui se marie au tapis usé.  Ses pieds nus gondolent dans ses godasses.

Elle peste contre le torchon et les articles de toilette.  Toutefois, ce matin-là, son allergie possède des nageoires, flotte sur les miroirs, frotte le comptoir, gratte le lavabo tout cerné et écaille  le plancher de céramique.

Enfin, une habituée se pointe.

Pause oblige.

De courte durée : la dame partage la même opinion que le pêcheur de dorés.  Aux dires de son mari, un adepte de la…

Marguerite reprend sa corvée.

— T’es en dépression à matin, Margot ! lui lance cette cliente si bénie qui connaît son aversion pour tout ce qui concerne les travaux de maintenance.

La fille derrière le zinc la dévisage, les yeux en hameçons.

— Elle est comme ma défunte femme, pas patiente, aime pas la pêche aux dorés et se jette dans le ménage.

— Votre femme est morte ? demande la serveuse.

— Ah oui.  Froide depuis longtemps.  Elle s’est noyée dans le grand Lac aux Dorés.  Une grosse tempête.  Je leur parle d’elle, aux poissons…

Notice biographique de Jacques Girard

Jacques Girard est écrivain, journaliste, enseignant…  Il est de plus un efficace animateur culturel : on ne saurait évaluer le nombre de fidèles qu’il a intronisés à la littérature québécoise et universelle.  Ses écrits reflètent un humanisme lucide.  De la misère, il en décrit.  Aucun misérabilisme, toutefois. Il porte un profond respect à ces personnages bafoués par la vie qui hantent les tavernes, les restos et les bars semi-clandestins de sa ville.  Il les connaît bien, et il ne se distancie pas d’eux.  Il a conscience d’appartenir à la même espèce, pour paraphraser Lawrence Durrell.  Nous considérons Des nouvelles du Lac son chef d’œuvre.  Mais il nous a aussi donné, entre autres, Fragments de vieLes Portiers de la nuit et Des hot-dogs aux fruits de mer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

11 février 2016

   Le printemps des berges

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le printemps des berges

  Dans notre coin de pays, dès la fonte des neiges, les eaux se retirent des terres fertiles, sillonnent les vallées, pour rejoindre le bassin versant du lac Saint-Jean.  Quand le paysage printanier se dessine, à la vue de mon canot qui émerge de la neige, je me plais à imaginer le mode de vie de ceux qui sont passés bien avant moi… les Amérindiens.  Voici l’histoire de Yepa.

       Une tempête balayait tout sur son passage, laissant à découvert les carcasses d’animaux gelés.  À chaque instant, c’était le combat extrême entre les hommes et le froid.  Les plus forts allaient survivre.  Une jeune fille était venue au monde dans ces conditions difficiles de la saison morte.  Ses parents l’avaient nommée Yepa ou, en français, Princesse de l’Hiver.  Le clan « kwi’kwa’ju » (carcajou) accueillit cette enfant avec amour.  Les membres du clan portaient ce nom ; ils s’identifiaient à cet animal doté d’une habileté et d’une intelligence hors du commun.  (De nos jours, nous côtoyons rarement cette bête, mais jadis sa présence était indéniable sur tout le territoire du Québec.  Sa réputation le présente comme un animal rusé, des plus féroces.)  Ces nomades possédaient des outils rudimentaires, efficaces pour la chasse, la pêche, et des techniques d’approche subtiles.  Ils se déplaçaient en fonction de la quête de nourriture.

      Yepa se réveillait à la lumière du jour, le sourire aux lèvres, remerciant la terre de lui donner ses fruits.  Sa mère était décédée d’un mal inconnu lorsqu’elle avait dix ans.  Cette petite veillait au bien-être de ses frères et de ses sœurs.  L’amour maternel lui manquait.  Les femmes du clan chérissaient cette enfant, elle était attachante.  Jeune femme en devenir, elle dégageait une énergie positive qui rayonnait ; son père en était très fier !

        Chaque matin, au départ des chasseurs, Yepa veillait à ce que le feu ne s’éteigne pas.  Il fournissait la chaleur et cuisait les aliments.  Les poissons et les gibiers à plumes fumaient jusqu’à une tendreté et un goût impeccables.

         Lors des moments de détente, l’art occupait un rôle de premier plan.  D’authentiques sculptures de pierre et de bois décoraient les berges du Lac.  Yepa portait un collier qu’avait taillé son père.  Cette œuvre d’art, fait d’os de caribou, avait été créée pour protéger la belle et inspirer le respect pour les ressources qu’offrait la Nature.  Au couchant, Yepa s’étendait sur une roche plate près du rivage et s’endormait en écoutant le clapotis des vagues.  L’esprit vagabond, elle songeait à l’avenir des siens.

          Un matin d’automne, le clan Carcajou partit à la recherche de nouveaux territoires de chasse.  Les bagages furent réduits pour faciliter les déplacements.  Par mégarde, le collier si précieux de Yepa tomba dans les eaux noires du lac.  Désolée, elle se consola en se disant que c’était là le destin et qu’elle le porterait désormais dans son cœur.  À la file indienne, les canots d’écorce fendaient l’eau au rythme des avirons…

           D’aussi loin que je me souvienne, au printemps, une joie m’envahit et, enthousiaste, je pars à la recherche de fossiles, de trilobites et de pointes de flèches sur les berges et dans les eaux de mon lac.  Il arrive que mes démarches soient récompensées : l’été dernier, j’y ai découvert les fragments d’os d’un collier…

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue :virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

9 décembre 2015

 L’Ange

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    En ce jour terne, je me réveille et dois faire le deuil d’un être cher.  Les yeux fermés, je visualise quelques événements de ma vie : ma jeunesse a fui, emportant avec elle sa folie, je suis tombée amoureuse et j’ai donné naissance.  Les épreuves m’ont renforcée.  À mon âge, je me sens en pleine vigueur, je grandis.  J’agis naturellement avec mon cœur ou avec la raison.  Puis, viendra la vieillesse que j’apprivoiserai avec le sourire.  Voyant la mort arriver, je souhaiterai laisser de mon passage le mot « amour », comme l’a fait une femme que j’admirais de par sa chaleur et sa bonté : ma grand-mère Colombe.

     Elle était croyante et étudiait depuis plus de cinquante ans la religion catholique, tout en appliquant les volontés de Dieu.  Le dimanche, elle s’avançait discrètement près du jubé où son complice de toujours l’attendait : un banc de chêne, qui l’avait supportée dans les tristes comme dans les heureux moments de sa vie.  Bien mise, elle était gracieuse dans sa fourrure de vison.  Je la regardais.  J’étais impressionnée par l’écoute qu’elle portait au discours du vieux curé.  À son oreille, les messages de paix prenaient tout leur sens.

   De sa vie de jeune fille à celle d’une arrière-grand-mère heureuse, elle avait traversé plusieurs générations.  Elle s’interrogeait souvent sur les valeurs qui, selon elle, s’égaraient quelques fois, s’inquiétait de l’avenir, et les souffrances humaines l’attristaient.

   Provenant d’une grande famille, des liens solides les unissaient.  Ils prônaient l’entraide, la débrouillardise et l’harmonie.  Ce qui comptait le plus était d’être ensemble… pauvres, mais épanouis.  Cette famille de Couture a transmis à plusieurs descendants la passion de la musique.  Je savoure cette joie qui m’habite.

    Certains soirs d’hiver frisquets, le gin de Kuyper coulait à flots, l’accordéon et les tapages de cuillères animaient les alentours.  Il n’y avait pas de temps à perdre, il fallait s’amuser et chanter !  Des dizaines de manteaux s’empilaient maladroitement sur les lits et il y avait tellement de bottes à l’entrée que la porte n’ouvrait plus.  Un copieux festin accompagnait ces veillées.  Le fumet de la tourtière s’amalgamait aux notes exquises des gâteaux épicés.

     À l’affût des nouvelles et cultivée, la lecture occupait une place de choix dans ses loisirs.  Tout en feuilletant ses romans, elle écrivait son récit et tournerait bientôt la dernière page de ses quatre-vingts chapitres d’histoire.

     Dans son regard immense, l’ange peint par sa petite-fille représentait toute une vie ; il était un symbole de continuité.  Assises au pied de son lit, accompagnées de ma guitare, toutes deux en apesanteur, nous fredonnions une mélodie d’Yves Duteil : Prendre un enfant.  Cette chanson l’envoûtait depuis sa sortie dans les années soixante-dix.

      J’avais l’impression que ma créature céleste prenait grand-mère par la main et lui donnait confiance en son pas.  Je lui chantais son refrain, sachant qu’elle s’endormirait à la tombée du jour.  Je souhaite qu’un ange l’accompagne à jamais… dans la lumière.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

26 novembre 2015

L’ouvrier

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C’est le temps qui mûrit l’histoire et l’homme qui la fait évoluer.  Je suis interpellée par le récit de ceux qui sont passés avant moi.  Pour mieux comprendre le présent, il est souvent intéressant de connaître le passé et de retrouver le cours des événements dans le temps.  Qu’elle soit bonne ou mauvaise, à chacun son histoire.  La mienne me permet de m’interroger, de constater ce que je suis devenue.  C’est avec l’expérience et les essais que l’on grandit.  Chose certaine, celui que je croise sur mon chemin n’y est pas pour rien, il m’apporte un petit ou un grand « quelque chose ».

Je me promenais sur le trottoir de bois à Val-Jalbert quand j’aperçus, sur la terrasse du magasin général, un homme à l’air pensif.  Il dégageait une émotion palpable.  Mon imagination me transporta au début du vingtième siècle, en plein cœur de ce village industriel.  Déconcentrée, je trébuchai sur une borne-fontaine écarlate, pourtant très visible.  Je suis rêveuse et je m’y plais.

En une fraction de seconde, le vert sapin et le gris des toitures se modifiaient en des teintes neutres.  La couleur sépia enveloppait les lieux et évoquait les temps anciens.  Le chemin de fer où des troncs d’arbre ont poussé droitement accommodait maintenant un train à vapeur qui sifflait à son arrivée à l’usine.

Les touristes vêtus à la dernière mode, je les transformais en villageois.  Désormais, ils portaient chapeaux melon, salopettes, bretelles, lainages et robes en dentelles.

L’homme que j’avais repéré demeurait immobile et regardait en direction de la chute.  Il était ouvrier de la Ouiatchouan Falls Paper Company.  Je me demandais à quoi il réfléchissait.

Engagé au moulin de Val-Jalbert, il avait quitté son travail de bûcheron.  Quelques années étaient passées en un coup de vent.  Il était vaillant et apprécié.  L’opération de la machinerie n’avait plus de secrets pour lui : de l’écorçage, au défibrage, au tamisage… jusqu’au chargement des ballots de feuilles de papier dans les wagons.  Il offrait une qualité de vie à sa femme et à ses neuf enfants.  La famille habitait une luxueuse maison, dotée d’un système d’aqueduc, d’égout et d’électricité.  L’homme marchait jusqu’au moulin et rentrait auprès des siens après son quart de travail.  L’avenir laissait supposer un bonheur éternel et une certaine routine s’installait.  La réputation de Val-Jalbert n’était plus à faire.

Parfois les événements ne se déroulent pas comme prévus.  On ne peut pas tout planifier, peu importe l’époque que l’on traverse.  Au mois d’octobre 1918, une épidémie terrorisa les villageois, l’ouvrier y perdit deux enfants en moins de vingt-quatre heures.  Rien n’allait plus.  En l’espace de quelques années, la pulperie rencontra des difficultés insurmontables et les patrons se résignèrent à mettre définitivement la clef dans la porte.  Le village fut déserté, un gigantesque nuage noir assombrissait les lieux.

Ce travailleur me rappelle que rien n’est acquis dans la vie et que prendre le temps de dire « je t’aime » est important.  On se doit d’apprécier chaque moment parce que demain… tout peut basculer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

13 mai 2015

Les canots d’Obedjiwan

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Il y a longtemps, la forêt boréale était le lieu où Européens et Amérindiens échangeaient dans le commerce des fourrures.  Les peaux douces, chaudes et lustrées des castors, des martres, des loutres et des visons faisaient la joie des étrangers.  Un jour, une guerre de territoire se déclara entre les Montagnais, les Iroquois et les Attikameks.  Ces derniers furent vaincus et presque anéantis.   De plus, comble de malheur, des épidémies dévastatrices les frappèrent.   D’autres épreuves allaient s’ajouter pour assombrir encore le tableau…

Les Attikameks s’étaient établis dans le Haut-Saint-Maurice, un territoire sauvage, immense, parsemé de lacs limpides où l’épinette noire est un des rares conifères à résister aux hivers rigoureux.  La chasse à l’orignal, à la sauvagine et la pêche faisaient partie des activités quotidiennes essentielles à leur survie.  Ces Amérindiens observaient les bêtes et apprenaient de leurs comportements.   J’ai entendu dire que c’est en regardant une gélinotte marcher sur la neige qu’un homme avait eu l’idée de fabriquer des raquettes en babiche d’orignal pour faciliter ses déplacements.

L’arbre donnait la vie.  Son liber nourrissait l’homme.  On utilisait les feuilles et les branches pour produire des médicaments.  Avec l’écorce, on fabriquait des canots et  des paniers.  On utilisait les racines pour confectionner des cordages.

Un printemps où les nuits étaient très froides et les journées ensoleillées, une femme « kukum[1] » fit la découverte du sirop d’érable.  La sève montait à profusion à la cime des arbres.  La vieille entailla un tronc pour y recueillir son eau et la faire bouillir.  Elle oublia son chaudron quelques heures sur les braises…   Et un nectar sucré en résulta – il allait en régaler plus d’un.

Au vingtième siècle, l’arrivée des pensionnats autochtones bouleversa leur vie.  Les enfants, séparés de leur famille, devaient faire face à une nouvelle langue, à une nouvelle culture, à la solitude.

Il y a des hommes déportés de leurs coins de pays que d’autres ont forcés à s’exiler vers des lieux habités.  Souvent, ils déambulent dans la ville d’un pas lent, incertain.  Déracinés de la culture dans laquelle ils auraient voulu vivre, ils essaient de se tenir debout malgré la douleur.  D’autres, mieux adaptés au changement, à la modernisation, affichent fièrement leur identité amérindienne et s’intègrent bien dans la société actuelle.

Leur langue maternelle, l’attikamek, me semble abrupte à l’oreille de par ses consonnes prononcées sèchement.  C’est en les entendant s’exprimer dans leur dialecte que j’ai la conviction qu’ils sont des survivants, des guerriers.  On sent l’importance qu’ils accordent à la transmission de leur culture ancestrale.

Le canot voyage, glisse et fend l’eau.  Le pagayeur est son guide et peut le mener très loin.

Virginie Tanguay


[1] Grand-mère.

 Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

16 mars 2015

Les joueurs de cartes

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Au petit matin, le brouillard se dissipait sur le lac Saint-Jean.  Louis Tremblay, chef de gare de l’hôtel Château Beemer, assistait, selon son habitude, au lever du soleil qui miroitait dans les eaux encore endormies.  Il prenait soin de regarder sa montre de poche, même s’il savait que la notion de temps était secondaire dans ce coin de pays.  Le train prenait souvent du retard, étant donné les grandes distances à parcourir.  L’écho de la machine à vapeur annonçait plusieurs minutes à l’avance l’arrivée des passagers.  Alors Louis Tremblay apparaissait sur le quai de la gare ferroviaire ; il ajustait avec soin sa cravate, jetait un dernier regard à son habit, lissait sa moustache, et c’est avec fierté qu’il prononçait son fameux discours de bienvenue aux voyageurs : « Chers visiteurs, au nom du propriétaire de l’hôtel, M. Horace Jansen Beemer, au nom des employés et en mon nom personnel, je vous souhaite un séjour inoubliable sur les rives du lac Saint-Jean.  Jusqu’à très récemment, cette mer intérieure n’était qu’une légende…  Mais vous, vous y trouverez le confort rêvé, dans un milieu unique au monde, de par sa nature sauvage et de par ses eaux prometteuses d’une pêche miraculeuse ! »

De son côté, Gérard Dubuc balayait la véranda de son magasin général.  La pancarte qui battait dans la fenêtre indiquait « Open ».  Ce monsieur Dubuc était l’homme de la situation pour dépanner tous les habitants : de la femme qui manquait de farine en plein pétrissage de pâte, à l’ouvrier qui n’avait plus de clous carrés !  Son minois sympathique et sa discrétion en faisaient quelqu’un avec qui il était agréable de jaser.  Il était apprécié de tous, le confident par excellence.  Bien accoté à son comptoir d’épinette rouge, il écoutait les mémérages sans juger.  Connaissant les histoires de chaque ménage, il n’en répétait pas un mot.  Il se contentait de vendre à ses clients ce dont ils avaient besoin.  Assurément, le magasin général était le cœur du village, un lieu de rencontre pour prendre des nouvelles.

Les journées passaient, chacun à son métier.  Le soir tombé, on se donnait rendez-vous au bar de l’hôtel pour s’amuser un peu entre amis.  On se permettait des parties de cartes bien tirées et quelques verres de cognac.

Certains soirs, un homme bizarre, à l’œil de verre et à l’accent anglais, faisait son entrée et prenait place à table.  Natif de Chicago, surnommé « Fisher » par ses amis, il était guide de pêche sur les eaux du lac.  Ses histoires coloraient les soirées.  Plusieurs de celles-ci d’ailleurs circulent encore aujourd’hui.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Noureddine Mhakkak nous parle de Virginie Tanguay…

12 novembre 2014

Virginie Tanguay, et le monde de la lecture et de la musique

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L’écrivain marocain

C’était bien cela.  De belles aquarelles dessinées et signées par le pinceau d’une belle artiste canadienne, Virginie Tanguay.  Une artiste qui peint avec amour et qui aime son travail.  Elle peint la nature dans sa diversité.  Elle peint les animaux, surtout les loups et les chiens.  Elle peint les oiseaux dans les arbres, et dans les cieux.  Elle peint les hommes et les femmes.  Elle aime faire des portraits.

    Cette artiste-peintre voit le monde à travers des yeux pleins d’amour, des yeux qui rêvent de magnifiques images ; et heureusement pour nous, et pour l’art, cette aquarelliste possède des mains magiques qui réalisent ses rêves dans de beaux tableaux.  Des tableaux qui font l’éloge de la lecture, de la passion, de l’amour, de l’amitié, et de plusieurs thèmes majeurs qui reflètent la diversité de la vie sur notre terre.

    Dans les paysages, comme dans les portraits et dans les aquarelles qui traitent d’histoire, selon l’expression du grand poète Charles Baudelaire, on peut remarquer l’harmonie des couleurs et leur mariage avec les lignes, comme on peut remarquer aussi sa fascination pour l’architecture et les symboles que nous offre la nature dans les arbres, les eaux, les nuages…

   Examinons deux aquarelles à lire.  Celle de « L’écrivain marocain » et celle de « Jazz Alchimie ».

     Dans la première intitulée « L’écrivain marocain », notre artiste, Virginie Tanguay, nous offre l’image d’un homme en train de lire un livre.  Un grand livre même.  Un livre volumineux.  Ce qui provoque chez nous le sentiment de la valeur de cet homme et surtout de la valeur de la lecture elle-même.  Car la lecture fait rêver d’un monde plus beau, fait imaginer une autre vie, nous fait souhaiter de partager des idées et des passions avec les autres.   Pourquoi dessiner un homme qui est en train de lire, si ce n’est pour signifier que la lecture est le symbole de la vie elle-même, de la vie souhaitée, de la vie que les artistes et les écrivains aiment d’une façon honorable. Elle nous présente donc là un écrivain.  Un écrivain qui a pu publier plusieurs livres, mais qui est en ce moment en train de lire.  Car la lecture précède toujours l’écriture.  C’est pour cette raison que l’écrivain universel Italo Calvino a dit : « Lire, c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister. »

   Passons maintenant à la deuxième aquarelle, celle de « Jazz alchimie ».

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Jazz alchimie

Dans cette belle aquarelle, Virginie Tanguay fait l’éloge de la musique, et bien évidemment du Jazz.  On voit deux musiciens en train de jouer.  Deux hommes dans une harmonie totale, où seule l’âme de la musique règne.  Et qui dit musique dit sens vital de la vie elle-même.  Le sens des mots et des choses.  Le sens de l’amour, de l’amitié, et de la tolérance.  Car la musique est le langage universel qui exprime la beauté des âmes, et leur bonté aussi.

 Le succès général qu’obtiennent ces aquarelles découle sûrement de la sincérité de l’artiste, de sa finesse, de son haut talent artistique, de sa remarquable capacité à voir les choses à travers ses yeux rêveurs et de la maîtrise qu’elle démontre de son style.

  Nous avons en Virginie Tanguay une véritable artiste qui aime son travail, et qui sait bien le faire.  Car elle le fait avec amour et professionnalisme. (Une première version de ce texte a été publié dans Albayane.)

L’auteur

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieNoureddine Mhakkak est un écrivain marocain, à la fois poète, nouvelliste, romancier, critique de cinéma, essayiste et chroniqueur indépendant.  Il écrit en français et en arabe, et a ainsi pu publier des articles dans des journaux marocains.  Le jour de l’examen est son troisième recueil de nouvelles, après Les tablettes blanches et Le tatouage de la tribu.  Le jardin des passions, Les sirènes de la méditerranée, Les fleurs de l’Orient, Le livre des mille et une nuitset Les chants d’Orphée sont ses cinq recueils de poèmes ; Le temps de partir et Le courrier de Casablanca,ses deux romans.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

6 octobre 2014

Le lecteur anglais

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L’histoire débute sur l’Île de Wight que recouvrent des landes sauvages et vertes, parmi les plus belles d’Angleterre.  Y eut lieu une rencontre bouleversante qui allait changer le destin de Mr Carter…

Mr Carter caressait le rêve de visiter la ville de Québec.  Enfant, il regardait l’océan et s’amusait à y lancer des cailloux, tout en s’imaginant poser les pieds de l’autre côté.  Son goût pour la lecture l’avait fait voyager par l’imaginaire au Canada français.  Il affectionnait les romans du terroir.  D’une fière allure, sa prestance attirait les regards.  Sa petite voix intérieure lui rappelait depuis tant d’années ce désir de voyager qu’un jour, il partit à l’aventure.  Le 9 juin 1917, il quitta sa jolie demeure et embarqua à bord d’un cargo de la White Star Line.

Il fut ébloui par l’architecture de Québec et par son Château Frontenac qui dominait le fleuve Saint-Laurent.  Sa hâte de découvrir les villages éloignés le poussa à prendre le train.  Il se rendit jusqu’à Val-Jalbert, dans le nord-est du pays.

À destination, il rangea sa valise dans une chambre du grand hôtel et tira le rideau pour apercevoir les  maisons campagnardes.  La tiédeur de l’air et le parfum des roses sauvages lui donnèrent le goût d’une promenade.  La chute de Val-Jalbert dans toute sa splendeur évoquait en lui le sentiment de la liberté.

Mr Carter entendit ce qu’il croyait être la mélodie d’un oiseau et traversa le voile de brume qui drapait le pied de la chute.  Assise sur un banc de bois, une femme y pleurait.  Sensible à sa détresse, il mit la main sur son épaule.  Le long regard que ces inconnus échangèrent allait donner naissance à une histoire d’amour.

La belle se nommait Blanche.  La tendresse qui l’habitait lui donnait un air coquin.  Une lumière tamisée accentuait la délicatesse de son visage, d’une beauté irrésistible.  Elle parlait français, la langue de chez nous, au Lac-Saint-Jean, avec ses expressions typiques.  Mr Carter en saisissait des bribes.  Les gestes facilitaient la compréhension.  À ses côtés, Blanche se sentait rassérénée et lui se sentait vivre.  Des âmes sœurs s’étaient trouvées.  Toutefois, l’escale de Mr Carter fut de courte durée ; il repartira, gardant en mémoire le sourire de Blanche.

L’étranger retourna donc en Angleterre, ivre de peine et de joie entremêlées.  Blanche voulait oublier cet oiseau de passage, mais elle en était incapable.  Le temps passait, et elle retournait souvent s’asseoir sur le banc de bois, nostalgique.

Les bruyères fleurissaient à nouveau, et l’Anglais, seul dans sa grande maison, avait un regret.  Cette impression d’avoir laissé filer l’amour le tourmentait.  Après plusieurs mois, le souvenir de Blanche le hantait encore.  Il souhaitait rattraper le temps perdu…

Un matin de brume, le messager de l’île apporta une enveloppe.  D’un ocre défraîchi, cette dernière avait traversé l’océan.  Elle contenait un mouchoir de tissu parfumé et quelques mots d’amour écrits maladroitement.  L’anglais huma tendrement la pièce de tissu, et le brouillard se dissipa, en même temps que sa mélancolie.  Il touchait au bonheur et savait maintenant que Blanche partageait ses sentiments.  La Rose des vents lui indiqua à nouveau le chemin du pays lointain.

Après un long voyage en bateau et en train, il arriva enfin à la gare au moment prévu.  Il chercha sur le quai la silhouette convoitée, mais en vain.  L’attente était interminable.  Ses yeux ne quittaient pas les aiguilles de sa montre de poche qui tournoyaient.  Les heures passaient.

Blanche ne se présenta jamais au rendez-vous.  Impatient, il s’empara d’un journal qui trainait sur un banc, et un grand titre le bouleversa : « La grippe espagnole frappe encore à Val-Jalbert ».

L’Anglais comprit qu’il ne la reverrait plus.  C’est à ce moment qu’il saisit le sens du dicton : « Il faut cueillir sur-le-champ les roses de la vie. »

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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