L’oubli de soi et Notes de lecture, par Alain Gagnon…

24 novembre 2016

Extrait de Propos sur l’oubli de soi :

Il m’arrive de m’oublier.  Souvent.  D’oublier qui je suis, ce que je suis, de me laisser submerger par les mouvements intérieurs, les appétences.  Les passions, les émotions vives – comme la colère ou la lubricité – sont faciles à déceler, à contrer même.  Le plus pernicieux, ce sont ces envahissements par les causes apparemment nobles, celles qui seraient dignes de louange, d’intérêt : l’altruisme de pacotille, les devoirs qu’on nous impose ou que l’on s’impose…  Quiconque s’y plonge sans s’être ressouvenu de ce qu’il est donnera bientôt au mieux dans la fatuité, au pire dans le despotisme ou le grand banditisme.

— Mais de quoi veux-tu donc que l’on se ressouvienne tant ? demande mon démon intérieur.

— De son caractère divin.  De la présence du divin en soi.  De son origine divine et de sa destination divine.  Hors cette prise de conscience, institutions, civilisations, législations, entreprises individuelles ou collectives, ne sont que fruits de la vanité, constructions sur le sable que le temps ne manquera pas d’éroder ou d’effacer hâtivement.

Notes de lecture :

Je me délecte de Les grands sages de l’Égypte ancienne de Christian Jacq. (Perrin, 2009.  Coll. Tempus, # 281)

Nous nous retrouvons au troisième millénaire avant J-C.  Pour l’histoire connue des hommes, c’est très loin.  Pour la géologie, même pas hier. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Je m’arrête au chapitre 4, celui consacré à la reine Méresânkh III, dont le nom signifie « la Vivante qui aime ». Atoum, le principe créateur, est à la fois masculin et féminin.  Le pharaon et sa reine rejouent sur terre les péripéties de ce mariage sacré, cette union des sexes avant le sexe,  qui a engendré l’univers visible et invisible, ses énergies et la conscience.  Méresânkh représente donc cette… « Matrice céleste, elle répand à travers l’univers de l’émeraude, de la malachite et de la turquoise afin d’en façonner des étoiles.  En devenant une Hathor (déesse), Méresânkh réactualise la création du monde. » (p. 41)  Spiritualités féminine et masculine vécues sous le soleil éclatant du plateau de Guizeh.

À rapprocher des noces de la Mère Esprit et du Christ Créateur dont parle La Cosmogonie d’Urantia. Réfléchir aussi au sens profond de cette Vierge qui donne naissance au Christ le 25 décembre prochain dans la tradition chrétienne.

Kephren et Méresânkh III

Advertisements

Ma page littéraire, par Dominique Blondeau…

29 octobre 2016

Croire en Dieu sans aucun doute *** 1/2

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecQue dire des nouvelles mondiales qui prennent possession du peu de temps dont nous disposons.  Les journaux et la télé nous informent du pire ; rarement, le bien auquel contribuent des hommes et des femmes ne fait l’objet d’une mention spéciale.  Est-ce utile de nous rebattre les oreilles des méfaits de nos semblables ?  Depuis longtemps, grandes et petites guerres se perpétuent sans que nous en tirions une leçon.  Dieu nous aurait-il oubliés ?  Allons voir ce qu’il en est dans l’essai d’Alain Gagnon, Propos pour Jacob.

En introduction, un narrateur confie à son petit-fils ce qu’il lui léguera à sa mort : des réflexions personnelles, des questionnements spirituels traitant de l’existence de Dieu.  Ce même narrateur prévient Jacob qu’il s’avancera « à pas prudents de loup » dans « l’ampleur du sujet » qu’il prétend connaître.  Celui du monde tel qu’il est, mais aussi dans l’univers d’un dieu qui sommeillerait en nous, soit le sacré qui nous différencie du règne minéral, végétal, animal.  Tout d’abord, Alain Gagnon affirme que l’Esprit est « un, sans temps ni lieu. » Impérieux, il souffle, se réverbère au centre de toutes les philosophies.  Dépourvues de cet esprit universel, nombre d’œuvres auraient avorté : poésie, littérature, peinture, architecture, la nature s’appliquant à nous démontrer la perfection de la fleur la plus humble.  Faut-il responsabiliser Dieu d’un semblable et grandiose dessein ?  Ne nourrit-on pas aujourd’hui un brin de lassitude, quand rabâchant à souhait les causes de malheurs superposés les uns sur les autres, nos oreilles et nos yeux se ferment ?  Dieu n’est-il pas désespéré de devoir tout reconstruire, contemplant le monde usé plutôt qu’existant mal, comme le suggère l’auteur.

On admire Alain Gagnon d’attester sans faillir l’existence de Dieu.  Les exemples théoriques ou concrets se multiplient que nous ne pouvons mettre en doute.  Pourtant, n’appartient-il pas à chacun d’interpréter « l’aspiration vers l’infini » tel un phénomène scientifique, logique et intelligent, une volonté naturelle complexe et moins crédule ?  N’est-ce point devenir l’égal de Dieu en se faisant complice de ses créations ?  En soi, ne sommes-nous pas des dieux par le fait même de combattre dans un maelström essoufflant une destinée qui nous a été transmise, pour que nous la menions du mieux possible ?  Ne sommes-nous pas, à l’image de Dieu, le « Sacakoua » du début de l’univers ?  En quoi Dieu et ses créatures ont-ils changé ?  Plusieurs mythes nous apprennent que des rébellions se sont produites avant que Dieu entreprenne sa tâche ; on pense aux faux prophètes qui, en leur temps, ont juré être les sauveurs de l’humanité avant que Jésus se sacrifie pour elle.  Que de brumes idéalistes et fascinantes suggérées par Alain Gagnon ; tant de légendes préhistoriques sont ancrées dans nos consciences, imprégnant l’innommable en nous, défiant nos peurs, nos forces.  Notre conscience propre au règne hominal, celle qui nous est étrangère, peut-elle être gouvernée par des anges ou des démons, exilés que nous sommes dans un « univers auquel nous nous adaptons de par notre nature animale […] » ?  Que penser des atrocités que l’homme a mises sur pied pour exterminer ses frères ?  Où intervient le divin cosmique quand il s’agit d’exploiter la misère des innocents, ceux et celles qui ne savent se défendre contre des hommes de mauvaise volonté ?  Peut-on demander aux démunis de vaincre la souffrance et la peur pour devenir Dieu ?  L’Être divin serait-il sélectif ?  Le péché originel nous aurait-il départagés ?  Les martyrs s’abandonnant au dogme chrétien — et l’ignorant — lors de spectacles sanguinaires se présentaient-ils déjà comme des hommes nouveaux, une vision béatifique exaltant leur indéfectible croyance ?  Le christianisme n’est-il pas né de ces affres, d’un enivrement céleste, répliqueront les irréductibles de la Foi.

Le livre, car c’en est un où l’amour du divin l’emporte sur la pauvreté morale, intellectuelle de l’homme, foisonne de références qui ont guidé Alain Gagnon vers des ancrages resplendissants.  Nos interrogations tumultueuses sont prises en main par l’auteur, serein et grave.  La Joie de croire en Dieu s’avère la force suprême de l’ouvrage, louant « l’homme intérieur » que nous devons chercher au détriment du « vieil homme ».  On a aimé que Gagnon multiplie ses approches, citant Nicodème, Paul de Tarse, Maître Eckhart, Sri Aurobindo, l’empereur Marc-Aurèle, définissant ainsi nos diverses consciences à travers des paraboles de Jésus.  Mais Dieu est-il accessible à tous, sa parole à Lui se répercutant « par images et impressions […] » indicibles. Il serait impossible de répertorier les axiomes philosophiques que propose l’auteur, l’œuvre se révélant riche, extrêmement réfléchie.  Il suffit de s’acheminer intérieurement vers une éthique embellie d’une « vraie » liberté, ce que recommande l’auteur à son petit-fils.  L’humain ne se révèle-t-il pas le véritable sujet et mystère de cet essai érudit, inclassable ?

Pour clore ces éloquents propos, 99 bouts de papier, sous forme d’aphorismes, vagabondent spontanément d’une pensée à une autre.  Ils sont là, témoignant d’une angoissante lucidité, nous obligeant parfois à nous interroger sur la nécessité de vivre, de parcourir en trébuchant une courte distance heurtant nos certitudes, nos hésitations.  Il n’empêche qu’en fermant ce livre, et malgré la beauté spirituelle du texte, la sincérité absolue de l’auteur, nous ne sommes sûrs de rien, surtout pas de l’existence d’une entité désincarnée, pétrissant, telle la glaise, la chair périssable de l’humain.  Le génie de l’homme, selon Nietzsche, n’est-il pas d’être « humain, trop humain », donc imparfait ?  À défaut de croire en Dieu, croyons en la parole persuasive d’Alain Gagnon, lui aussi, trop humain !

Propos pour Jacob, Alain Gagnon
Les Éditions de la grenouille bleue, Montréal, 2010, 122 pages

Notes bibliographiques

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmeset Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu. Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire(http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


En librairie : Fantômes d’étoiles, un nouvel essai d’Alain Gagnon…

7 mai 2015

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

En réalité, nous voyons des fantômes d’étoiles.  Elles scintillent à l’endroit où elles étaient, il y a des millions d’années ou plus.  En fait, nous les admirons là où elles ne sont plus.

Il en est de même du transcendant – ce qui dépasse notre ordre naturel de perception. Nous ne possédons pas l’équipement mental nécessaire à son appréhension certaine, qui convaincrait jusqu’au dernier humain. Nous tâtonnons, trébuchons comme l’Ermite de la neuvième lame du Tarot, qui porte ce nom. On y aperçoit un homme habillé de bure, qui cherche, lanterne en main.

Il ne doute pas que l’objet de sa quête existe.  Quant à trouver ?  Et dans quelles conditions ?

Perplexité et scepticisme marquent ses traits.  Une spiritualité en marge des institutions religieuses.  Une spiritualité axée sur la recherche patiente et la découverte parfois fulgurante de la transcendance.

Ce livre s’adresse à toute personne en quête de sens et de vérités fondamentales sur l’existence humaine.

 L’auteur

L’oeuvre d’Alain Gagnon, qu’il s’agisse de romans, de poèmes, de nouvelles ou d’essais, estchat qui louche maykan alain gagnon francophonie majoritairement tournée vers la spiritualité et les réalités extradimensionnelles.  Dans ce livre, l’auteur nous présente une synthèse à la fois simple (sur le ton de la conversation) et étoffée de ses expériences et des conséquences qu’il en a tirées. Auteur prolifique, ce livre est son 37e et le 2e publié chez Marcel Broquet. (Le bal des dieux – 2011).


En librairie : Fantômes d’étoiles, un nouvel essai d’Alain Gagnon…

20 avril 2015

Fantômes d’étoiles (Essai sur l’oubli de soi)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

En réalité, nous voyons des fantômes d’étoiles.  Elles scintillent à l’endroit où elles étaient, il y a des millions d’années ou plus.  En fait, nous les admirons là où elles ne sont plus.

Il en est de même du transcendant – ce qui dépasse notre ordre naturel de perception. Nous ne possédons pas l’équipement mental nécessaire à son appréhension certaine, qui convaincrait jusqu’au dernier humain. Nous tâtonnons, trébuchons comme l’Ermite de la neuvième lame du Tarot, qui porte ce nom. On y aperçoit un homme habillé de bure, qui cherche, lanterne en main.

Il ne doute pas que l’objet de sa quête existe.  Quant à trouver ?  Et dans quelles conditions ?

Perplexité et scepticisme marquent ses traits.  Une spiritualité en marge des institutions religieuses.  Une spiritualité axée sur la recherche patiente et la découverte parfois fulgurante de la transcendance.

Ce livre s’adresse à toute personne en quête de sens et de vérités fondamentales sur l’existence humaine.

 L’auteur

L’oeuvre d’Alain Gagnon, qu’il s’agisse de romans, de poèmes, de nouvelles ou d’essais, est majoritairement tournée vers la spiritualité et les réalités extradimensionnelles.  Dans ce livre, l’auteur nous présente une synthèse à la fois simple (sur le ton de la conversation) et étoffée de ses expériences et des conséquences qu’il en a tirées. Auteur prolifique, ce livre est son 37e et le 2e publié chez Marcel Broquet. (Le bal des dieux – 2011).


Chronique des idées et des livres, par Frédéric Gagnon…

15 octobre 2014

Le chien de Dieu (carnets 2000-2004) d’Alain Gagnon

 

        Ça fait trois fois que je lis Le chien de Dieu et je suis toujours aussi enthousiaste. Il s’agit d’un ouvragechat qui louche maykan alain gagnon francophonie mené de main de maître dans lequel l’auteur exprime librement ses idées.

            Il faut d’abord parler du style de Gagnon et de sa poétique puisqu’il s’est d’abord et avant tout fait connaître par ses fictions. Ce livre est fort bien écrit ; on reconnaît ici l’écrivain qui s’est formé au contact d’auteurs aussi exigeants que Maupassant et Hemingway. Il y a d’ailleurs des expressions que j’ai soulignées tellement je les trouvais belles, dont celle-ci : « le rut des vagues ». Il y a également de très beaux passages que devrait méditer tout écrivain et, a fortiori, tout écrivain en devenir. Ainsi, la description du manoir seigneurial de Saint-Roch-des-Aulnaies (p. 234-235) est un modèle du genre. En outre, les propos que tient Alain Gagnon sur la littérature et plus spécialement la poésie sont révélateurs d’une sensibilité et d’une pensée qui détermine l’évolution de son œuvre. Gagnon fuit comme la peste tout ce qui ressemble à de la sensiblerie. À la page 416, il explique très bien ce qu’il entend faire en poésie : « Surprendre la conscience dans son acte de perception… » Et un peu plus loin, à la page suivante, il ajoute ce qui suit : « Ce que je recherche, c’est la tangente entre ma conscience et le monde ; là où l’on s’émerveille du geste même de percevoir – non pas la recherche de ce qui est perçu, mais la recherche de « ce qui perçoit ». »

            Gagnon, par ailleurs, se débrouille très bien dans le monde des idées. Ses carnets sont le fruit de longues réflexions nourries d’auteurs illustres et de première importance (Marc-Aurèle, Hegel, Nietzsche, Teilhard, Bernanos, Popper, etc.). Plusieurs de ses affirmations trouvèrent chez moi un acquiescement enthousiaste, dont ces pensées sur le suicide que vous retrouverez à la page 355 : « De ceux qu’on exhorte à refuser le suicide, mon regard se tourne vers tous ceux, travailleurs sociaux ou parents, qui tentent de les dissuader. Qu’ont-ils de si enthousiasmant à proposer ? La pensée laïque et postmoderne ennuie mortellement, dès les premières explications. Ce qui pourrait enthousiasmer dans l’existence – les valeurs spirituelles, le sacré, le transcendant… – notre génération l’a saccagé, tourné en dérision ou a honte d’en parler. Reste notre avachissement d’hommes roses, reste ce monde criard, hédoniste et cyniquement cruel qu’illustrent à merveille Loft Story et la toute-puissante Loto. » (Ici j’ai envie de dire : Bravo !) Je dois ajouter que l’auteur a le courage d’éviter le confort intellectuel : il ne choisit pas son camp quand tous les camps semblent déshumanisants. S’il tape fort sur un hyperlibéralisme qui voudrait tout réduire à l’état de marchandise, il se montre également très critique envers les tendances étatistes de la gauche. En fait, Alain Gagnon ne semble avoir qu’un parti, celui de ces auteurs qui défendent des valeurs spirituelles vers lesquelles il faut toujours revenir. Gagnon ne craint pas de se dire croyant et il ose, chose rare dans une époque de spécialistes obtus, s’adonner à la spéculation métaphysique.

 Frédéric Gagnon

Alain Gagnon, Le chien de Dieu : carnets 2000-2004, Montréal, Éditions du CRAM, 2009.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieFrédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https ://maykan2.wordpress.com/)


Notes de lecture… Un essai percutant de Marie-Paule Villeneuve !

3 septembre 2014

Le tiers-monde au fond de nos bois de Marie-Paule Villeneuve, Fides, 2009

 

Marie-Paule Villeneuve

Un sujet que peu connaissent — et ceux qui savent préfèrent probablement se taire, fermer les yeux, regarder ailleurs.  En compagnie de Marie-Paule Villeneuve, nous pénétrons dans le monde des reboiseurs et, surtout, des débroussailleurs de l’Abitibi, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent.  Les conditions de vie y sont généralement d’une âpreté à peine concevable pour notre ère postindustrielle, sauf exceptions.  Car, dans ce monde où les donneurs de contrats diluent leurs responsabilités morales en amoncelant les sous-contracteurs, il y a des exceptions.  Surnagent quelques bons boss qui traitent correctement leurs employés : c’est-à-dire qu’ils leur paient leur dû, les logent  et les nourrissent convenablement.  Toutefois, règle générale, l’arbitraire règne en maître, comme s’il n’existait  pas de codes de loi,  de normes minimales du travail.

Madame Villeneuve a réalisé une enquête qualitative, avec les faiblesses et les forces de cette approche.  Elle pratique le terrain et interviewe contremaîtres, contracteurs et travailleurs en situation.  Nous partageons à chaud le vécu du débroussaillage et les  justifications maladroites de quelques mauvaises consciences, à qui le système actuel profite un peu ou beaucoup.  Une impression se dégage de l’ensemble : les vrais coupables (cadres supérieurs de grandes entreprises et politiciens) ne sont jamais à la barre.

Dans une langue claire et efficace, Marie-Paule Villeneuve nous fait vivre le quotidien de ceux qui n’ont pas le choix de travailler dans ces conditions pénibles, de façon à accumuler suffisamment d’heures pour pouvoir bénéficier des gros timbres de chômage.  Ce qu’elle décrit (avec subjectivité, mais avec honnêteté) est un pan de notre vie sociale en région-ressources.  C’est nous, et ça nous appartient, que nous aimions ces images ou non.  Les premières lignes de sa conclusion semblent indiquer une volonté de l’auteure de donner  suite à cet essai  — ou inviter d’autres auteurs à ce faire : « Une histoire racontée une fois, par une seule personne, cela laisse place au questionnement.  Lorsque l’histoire est répétée une dizaine de fois par autant de sources indépendantes, le questionnement se poursuit. Et si elle est balayée sous le tapis par des porte-parole officiels, cela laisse planer un doute.  Le doute, c’est là où j’en suis en conclusion. »

Ce livre révèle une plaie qui dure.  Il mériterait plus d’attention médiatique.  Que de bluettes attirent caméras et micros, alors que des ouvrages significatifs, importants comme celui-là, passent presque inaperçus.  Hier, Jacques Godbout accordait une entrevue à Richard Martineau sur une compilation d’articles qu’il a écrits jadis pour l’ Actualité…  Je n’ai rien contre Godbout ; il a mérité sa notoriété.  Mais, de temps en temps, faudrait tout de même que les recherchistes secouent leur paresse et cherchent les noms qui ont moins de panache, mais ont  aussi des choses importantes à nous dire, à nous révéler sur nous-mêmes.

Notice biographique :

Journaliste bien connue, Marie-Paule Villeneuve s’intéresse depuis longtemps au monde du travail. En 1999, elle a publié L’enfant cigarier, un roman qui présentait un enfant de neuf ans à l’emploi d’une usine de Sherbrooke , fin du XIXe siècle. C’est à elle  qu’on doit également Les demoiselles aux allumettes et Derniers quarts de travail, un recueil de nouvelles qui dénoncent les congédiements abusifs et les désenchantements liés à l’exercice d’un emploi. Ce dernier ouvrage lui a valu un prix littéraire au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean (2004).


Rétrospective* : Notes de lecture… Un essai percutant de Marie-Paule Villeneuve !

3 septembre 2014

Le tiers-monde au fond de nos bois de Marie-Paule Villeneuve, Fides, 2009 (billet publié en mars 2010)

Marie-Paule Villeneuve

Un sujet que peu connaissent — et ceux qui savent préfèrent probablement se taire, fermer les yeux, regarder ailleurs.  En compagnie de Marie-Paule Villeneuve, nous pénétrons dans le monde des reboiseurs et, surtout, des débroussailleurs de l’Abitibi, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent.  Les conditions de vie y sont généralement d’une âpreté à peine concevable pour notre ère postindustrielle, sauf exceptions.  Car, dans ce monde où les donneurs de contrats diluent leurs responsabilités morales en amoncelant les sous-contracteurs, il y a des exceptions.  Surnagent quelques bons boss qui traitent correctement leurs employés : c’est-à-dire qu’ils leur paient leur dû, les logent  et les nourrissent convenablement.  Toutefois, règle générale, l’arbitraire règne en maître, comme s’il n’existait  pas de codes de loi,  de normes minimales du travail.

Madame Villeneuve a réalisé une enquête qualitative, avec les faiblesses et les forces de cette approche.  Elle pratique le terrain et interviewe contremaîtres, contracteurs et travailleurs en situation.  Nous partageons à chaud le vécu du débroussaillage et les  justifications maladroites de quelques mauvaises consciences, à qui le système actuel profite un peu ou beaucoup.  Une impression se dégage de l’ensemble : les vrais coupables (cadres supérieurs de grandes entreprises et politiciens) ne sont jamais à la barre.

Dans une langue claire et efficace, Marie-Paule Villeneuve nous fait vivre le quotidien de ceux qui n’ont pas le choix de travailler dans ces conditions pénibles, de façon à accumuler suffisamment d’heures pour pouvoir bénéficier des gros timbres de chômage.  Ce qu’elle décrit (avec subjectivité, mais avec honnêteté) est un pan de notre vie sociale en région-ressources.  C’est nous, et ça nous appartient, que nous aimions ces images ou non.  Les premières lignes de sa conclusion semblent indiquer une volonté de l’auteure de donner  suite à cet essai  — ou inviter d’autres auteurs à ce faire : « Une histoire racontée une fois, par une seule personne, cela laisse place au questionnement.  Lorsque l’histoire est répétée une dizaine de fois par autant de sources indépendantes, le questionnement se poursuit. Et si elle est balayée sous le tapis par des porte-parole officiels, cela laisse planer un doute.  Le doute, c’est là où j’en suis en conclusion. »

Ce livre révèle une plaie qui dure.  Il mériterait plus d’attention médiatique.  Que de bluettes attirent caméras et micros, alors que des ouvrages significatifs, importants comme celui-là, passent presque inaperçus.  Hier, Jacques Godbout accordait une entrevue à Richard Martineau sur une compilation d’articles qu’il a écrits jadis pour l’ Actualité…  Je n’ai rien contre Godbout ; il a mérité sa notoriété.  Mais, de temps en temps, faudrait tout de même que les recherchistes secouent leur paresse et cherchent les noms qui ont moins de panache, mais ont  aussi des choses importantes à nous dire, à nous révéler sur nous-mêmes.

Notice biographique :

Journaliste bien connue, Marie-Paule Villeneuve s’intéresse depuis longtemps au monde du travail. En 1999, elle a publié L’enfant cigarier, un roman qui présentait un enfant de neuf ans à l’emploi d’une usine de Sherbrooke , fin du XIXe siècle. C’est à elle  qu’on doit également Les demoiselles aux allumettes et Derniers quarts de travail, un recueil de nouvelles qui dénoncent les congédiements abusifs et les désenchantements liés à l’exercice d’un emploi. Ce dernier ouvrage lui a valu un prix littéraire au Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean (2004).


%d blogueurs aiment ce contenu :