Ces mains invisibles… par Claude-Andrée L’Espérance

8 avril 2017

Billet de L’Anse-aux-Outardes

« Bonjour, Sarah, je vais faire des courses.  La liste est sur la porte du frigo. »alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

À peine entrée, je croise la patronne qui sitôt s’esquive en coup de vent.  Et moi, tout de go, je m’empresse d’enlever bottes et manteau, et de courir à la cuisine.  Ce matin, derrière la fenêtre couverte de givre, on aperçoit le bleu du ciel, la radio joue un air des Fêtes et je constate comme de coutume que ma liste s’est allongée.  Et me voilà, encore une fois, perdue dans cette immense maison, à ne plus savoir où donner de la tête, à me demander par où commencer.

Jeune femme fiable, assidue et dynamique

ferait ménage dans maisons privées

Tout avait pourtant bien débuté.  Une petite annonce placée dans le journal local.  Rédigée en désespoir de cause.  Comme on lance une bouteille à la mer.  Jusqu’ici, côté travail, j’avais été plutôt choyée.  Je me flattais en me disant qu’au contraire de mes compagnes de classe qui, aussitôt atteint l’âge légal, quittaient l’école pour la facterie*, moi, au moins, j’avais étudié.  Pétrie d’orgueil, j’attribuais ma chance à ma grande persévérance et à ma volonté.  Tant et si bien que lorsque la boîte a fait faillite, moi j’ai pris une sacrée débarque**.

Bon, inutile de larmoyer !  Je me suis vite retroussé les manches en me disant qu’en plaçant cette annonce j’aurai, au moins, tenté quelque chose.  Et qui sait ?  Avec cinq ou six clients par semaine, je pourrais peut-être, un jour, me mettre à mon compte…  Et finalement ça a marché !

Les premières semaines furent plutôt chaotiques.  Il faut bien prendre le temps de s’habituer aux horaires, à la routine, aux exigences de chaque client.  Mais on finit par s’adapter.  Et puis à prendre de la vitesse.  Surtout si on travaille à forfait et qu’on voit, un peu plus chaque semaine, s’ajouter à l’ordinaire, des tâches diverses en extra.  Pour le même prix.

Cette semaine, tout doit être impeccable.  Tout doit briller du plus beau lustre…  Fenêtres, miroirs et plafonniers, cristal, porcelaine et argenterie…  Laver les deux nappes en dentelle, les linges de table et nettoyer la coutellerie…  C’est pour une grande occasion…  Faudrait passer l’aspirateur sur tous les fauteuils du salon…  Et puis ne pas oublier la lessive…

DSCN5009Et c’est en séparant le blanc des couleurs que j’ai entendu la nouvelle.  Dans une ville au bout du monde, quelque part en Inde ou au Bangladesh, désertant leurs ateliers de misère, des milliers de femmes et d’enfants sont aujourd’hui descendus dans les rues, bien décidés à faire la grève.  Et moi, en apprenant la nouvelle j’ai eu soudain envie de crier.  Mais toute seule, dans cette immense maison je me suis tout de suite ravisée.  Car il est triste, croyez-moi, d’entendre l’écho de sa propre voix scander toute seule et dans le vide : So-So-So-Solidarité !  Et en lisant les instructions de lavage sur les chemises, les robes et les pantalons, j’ai songé à toutes ces mains invisibles, ces mains de femmes, ces mains d’enfants, qui chaque jour, dans le bruit des machines et la chaleur des ateliers, s’appliquent à assembler manches et cols aux chemises et à coudre robes et pantalons.  Sans cesse forcés d’aller plus vite pour enrichir quelques patrons.

J’en ai encore pour quelques heures avant de rayer sur ma liste toutes les tâches accomplies.  Derrière la vitre couverte de givre, je vois déjà pâlir le jour.  Et je me dis que pour le reste, il me faudra, une fois encore, faire vite et bien.  Avant de pouvoir, enfin, enfiler bottes et manteau et disparaître du décor.

* Facterie : manufacture, filature

** Débarque : dégringolade

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée àla fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Et des chevaux qui au galop… par Claude-Andrée L’Espérance…

17 mars 2017

Billet de l’Anse-aux-Outardes…

Chambre 715.  Une autre vie qui s’étiole dans le secret d’une petite chambre, se dit l’infirmière chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecde garde, tout en jetant un coup d’œil discret à l’intérieur de la pièce.  Ce matin la vieille dame a tiré les rideaux autour du lit de son mari.  Sans doute pour ne plus voir tout à côté le lit vacant où hier encore…

Assise au chevet de son homme, depuis des heures elle monologue.  Des mots, des mots jusqu’à se perdre.  Des mots, des mots jusqu’à s’en étourdir.  Parfois quelques pauses.  À peine le temps de reprendre son souffle, de retrouver le fil.  Et quelquefois de revenir au tout début.  Au premier jour, ce matin où ce gamin maigrichon est entré dans sa vie.  La tuque enfoncée jusqu’au cou, sous les rires des autres gamins, tâtonnant comme un aveugle dans l’allée d’un autobus jaune bringuebalant, ce matin où il s’est avancé jusqu’au tout dernier banc pour venir s’asseoir tout près d’elle.  Elle, la petite fille timide soudain bousculée par l’amitié de ce garçon qui, chaque matin, pour la faire rire prenait plaisir à faire le pitre.

Et ils étaient voisins.  Comme on peut l’être à la campagne.  Les fermes de leurs parents éloignées l’une de l’autre de quelques kilomètres, séparées par un champ mitoyen.

« Tu te souviens, dit la vieille, parfois après l’école dans ce grand champ nous nous donnions rendez-vous.  Étendus tous les deux dans l’herbe nous aimions regarder les nuages défiler dans le ciel, y voir se presser des dragons cracheurs de fumées grises, des îles qui naviguaient sur des mers lointaines et des chevaux, des chevaux qui au galop semblaient courir vers d’autres cieux.  Parfois, pris au jeu, il nous arrivait d’oublier l’heure.  Ce qui inquiétait nos parents. »

Le souffle de son homme à peine audible.  La vieille se tait.  Elle tient sa main enfermée dans la sienne.  Elle voudrait tant le retenir.  Le ramener bien loin derrière.

« Une question d’heures ou bien de jours, certains résistent plus longtemps », lui a pourtant dit l’infirmière.

Mais elle s’accroche à l’improbable.  Mais elle s’accroche à l’impossible.  Mêlant les mots et les soupirs, elle continue de raconter.

« Mais vint le jour, trop tôt le jour où il fallut nous séparer.  Partir étudier à la ville.  Deux ans, trois ans, cinq ans.  Partir pour mieux nous retrouver.  Au premier jour des grandes vacances.  Tu te souviens, dans le ciel d’un bleu trop pur, comme un trait d’aquarelle sur une feuille de papier mouillé, un avion avait tracé une longue ligne blanche.  Nous l’avons regardée s’estomper et disparaître en nous faisant la promesse de voler un jour au-dessus des nuages.  Et nous avons tenu notre promesse.  Même que, ce jour-là, en survolant les plaines de l’Ouest nous nous sommes tous les deux demandé si, tout en bas, au milieu d’un grand champ, il n’y avait pas comme nous autrefois, quelque part une fille, un garçon occupés à regarder les nuages et à rêver…  Ce jour-là je n’aurais jamais cru que nous vieillirions ensemble. »

La main de son homme se crispe dans la sienne.  La voix de la vieille se perd en un murmure.  Des mots, des mots que lui n’entendra plus.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec« J’avais prévu que nous partirions ensemble.  Mais chaque jour j’ai reporté l’échéance en me disant : et si demain, par-delà la douleur, venaient d’autres moments où nous pourrions encore, ensemble, regarder le ciel, y voir défiler les nuages et s’y presser des dragons cracheurs de fumées grises, des îles qui naviguent sur des mers lointaines et des chevaux, des chevaux qui au galop…  Mais, vois-tu, j’ai tant espéré que j’ai fini par en oublier l’heure. »

Que dire de plus quand dans le secret d’une petite chambre l’espace soudain se réduit au silence ?

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecQuébec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

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Billet de L’Anse-aux-Outardes, par Claude-Andrée L’Espérance…

10 mars 2017

Migrations

Il y aura le feu.  Il y aura la transe.  Et quand j’entendrai battre mon cœur au rythme des coups chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecfrappés au teueikan*, je n’aurai plus qu’à fermer les yeux.

Aux craquements des branches sous leurs pas, je devinerai leur présence.  Car je sais qu’ils viendront.  Au retour des outardes.  Après quelques jours de portage.  Ils viendront.  Mouiller leurs canots dans l’Anse.  Et bientôt, autour du feu, ils me raconteront leur périple : leur antique traversée du continent des glaces, leurs souvenirs des grandes migrations et leur longue route chaque hiver vers le nord, vers leurs territoires de chasse.  Là où leurs traces dans la neige se mêlent aux traces des caribous.

Ici, j’irai avec eux grimper au sommet des caps pour, de là-haut, embrasser du regard les montagnes, les forêts, le fjord.  Dans ce pays immobile, dit-on, il n’y a de silence que pour celui qui ne sait pas prêter l’oreille.  Car ici même la pierre se raconte.  Entaillée, sculptée, à coups de gels et de dégels.  À pierre fendre.  Et moi, j’irai toucher de mes mains cette histoire millénaire.

Il y aura le feu.  Il y aura la transe.  Et bientôt, aux coups frappés au tambour s’unira un chant qui, comme une prière, ira se perdre au milieu des forêts.  Et soudain, à travers le crépitement du feu, le clapotis des eaux, les cris affolés des canards sauvages, surgira du brouillard une barque.  Et puis une autre.  Et puis une autre.

« Maniteuat », diront les nomades.  Les Étrangers.

Et ils viendront, navigateurs et robes noires, explorer le territoire pour y tracer un chemin vers des pays d’abondance.  Leurs barques longeront les caps, les falaises et les forêts d’épinettes.  Des épinettes serrées les unes contre les autres, comme les pieux de palissades dressées pour leur interdire les côtes.

« Est-ce bien ici le Royaume promis ?  N’est-ce pas plutôt la terre que Dieu donna à Caïn ?  * », demanderont-ils alors, assaillis par le doute.  Car ici pour accoster il leur faudra naviguer encore plus loin vers l’amont et, passé le lieu où l’on dit que les eaux sont profondes, s’aventurer jusqu’aux battures.

« Un jour, sans doute, dira le capitaine en tournant son regard vers le nord, nous irons jusqu’au-dedans des terres, établir des postes de traite, ériger des chapelles. »

« Mais qui sont ces gens alignés sur les berges ? », demandera l’un des marins.

« Des Sauvages », conviendront alors ces étranges voyageurs.

Et passeront les saisons marquées par le départ et le retour des outardes.  Marquées par le départ et le retour des nomades.  Et moi, le cœur battant toujours au rythme du tambour, j’irai, au gré des marées, survoler les pics des conifères ou bien je me laisserai porter par le vent jusqu’aux battures.  Là où, sur les berges, le pied de l’homme blanc* croisera désormais le pas de l’ours.

Bientôt dans la forêt résonneront les coups de hache des défricheurs.  Pins, sapins, épinettes.  Du bois en abondance.  De quoi construire un quai.  Un quai et puis des barques.  Pour les voyagements.  Suivront des abattis, des hectares de terre faite*, des chemins et des croix.  Postées en sentinelle aux clochers des églises.  Et puis, longeant les berges, des fermes éparpillées.  Des fermes isolées jusqu’au fin fond des rangs.  Derrière la Montagne noire, des hivers sans soleil.  Trop de temps à tuer ou c’est l’hiver qui tue.  Et tantôt, à travers la vallée, une route en lacet, quelques rues, un village.  Les hommes dans la forêt ou les hommes au moulin à scie.  Les femmes ont trop à faire avec quatorze enfants.  Derrière la montagne Noire des terres qu’on abandonne…

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecEt, perdus depuis l’éternité dans l’immensité des forêts, des lacs, trop de lacs à ne plus savoir quels noms leur donner.  Rond, Long, Caché ou Sans nom.  Et parmi eux, peut-être quelque part, un autre lac Amishk* en souvenir des nomades.

Il y aura le feu.  Il y aura la transe.  Et peut-être, ce jour-là, dans le ciel de septembre, les aboiements sonores d’un grand voilier d’outardes et au milieu du fjord, un navire marchand.

Et moi, de retour sur la grève, à travers le brouillard je chercherai les mots.

*teueikan : tambour traditionnel innu.

*citation attribuée à Jacques Cartier.

*le pied de l’homme blanc : c’est ainsi que les autochtones désignaient le plantain majeur, une plante herbacée qui aurait migré en Terre d’Amérique avec les premiers colons européens.  (Frère Marie Victorin, Flore Laurentienne )

*terre faite : terre prête à être ensemencée.

*Amishk : castor.

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée àchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

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L'alphabet des roseaux, Claude-Andrée L'Espérance…

22 décembre 2016

Ma traversée du pays fantôme

 

 

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Courbes, boucles, arabesques
lettres liées ou déliées
énigmatiques
formant des mots
pour raconter
le vent
la pluie
la turbulence des eaux …
et bientôt disparaître
aux premières neiges de novembre

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

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Novembre, Claude-Andrée L'Espérance…

11 décembre 2016

Ma traversée du pays fantôme

 

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S’étioler
aux jours de gris
aux nuits trop longues
aux arbres nus
aux feuilles mortes
aux pas perdus
aux pluies d’automne

pourtant il suffirait d’un matin,
d’un lumineux matin

pour peindre le jour aux couleurs de l’aube

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québec à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, àchat qui louche maykan alain gagnon force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies présentées ici.

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Actuelles et inactuelles : Démocratie et Etty Hillesum, par Alain Gagnon…

17 novembre 2016

Avril 2015

Démocratie

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Etty Hillesum

Être citoyen devrait se mériter chez nous. La démocratie est le régime qui exige le plus de ses membres. Si elle est saine,  on y a plus de devoirs que de droits.

En dictature, l’assujetti n’a qu’à se laisser mener, et voir à ses intérêts particuliers, tout en évitant les comportements ou énoncés d’opinion qui pourraient aller à l’encontre des visées du tyran ou du groupe dominant.

La démocratie réclame davantage. Le citoyen doit savoir lire, écrire, compter ; il doit s’informer, connaître son histoire politique, celle de ses institutions, leur fonctionnement… De façon à élire des représentants capables de légiférer adéquatement ; et de façon à surveiller efficacement ces mêmes élus dans l’exercice de leurs responsabilités.

On demande sans cesse des droits. Qui parle des devoirs ? Personne, ou presque – électoralement peu rentable. C’est ce qui mène nos régimes à la dissolution lente, dans les faux lendemains espérés d’une démagogie somnifère.

Pour pagayer un canoë de quatre mètres, on exige un permis. Pour l’obtenir, vous avez dû démontrer des capacités minimales. Pour devenir électeur ? La naissance sur le bon territoire suffit. Écoutez les vox pop. Ottawa y devient la capitale des USA ; Obama, le premier ministre du Canada ; et j’en passe, et des meilleures…

Le vote du plus ignare annule le vote du citoyen responsable qui a pris soin de se cultiver, de s’informer, de réfléchir. Je ne crois pas au proverbe : Vox populi, vox Dei. (La voix du peuple est la voix de Dieu.)

*

Etty Hillesum

Hier, à la SRC, on ânonnait : « On a beaucoup tué au XXe siècle. »

On a toujours tué. Si on a moins tué dans les siècles précédents, c’est qu’on n’avait pas encore les moyens techniques d’aujourd’hui.

Le mal est là, rampant, dans toute l’histoire humaine. Guerres, pillages, génocides et massacres résument la fresque de nos traces sur cette planète. Et pourtant… Et pourtant, ça et là, un Jakob Boehme, un Jésus, une Etty Hillesum… ; des événements, comme ces fraternisations spontanées entre ennemis lors de conflits guerriers, nous laissent croire que, sous la cendre des siècles, couve le feu de l’espérance.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Naufrage, par Claude-Andrée L’Espérance…

1 novembre 2016

Billet de L’Anse-aux-Outardes

Sombrer.  L’un dans l’autre, se perdre.  À bout de souffle, couler à pic.  Mouvante, obscure, floue et trouble, la chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophoniemer.  Et toi, rejeté sans égard sur la grève.  Seul.

L’éternité.  Le sable grain à grain roulant vers le large.  Le sable grain à grain repoussé par la vague vers le rivage.

Ramper.  Dans le sable sec t’enfouir.  Attendre.  L’engourdissement, le sommeil, la métamorphose.  Mais dans la nuit impassible, il y a le cri des oiseaux.  L’aube tarde et tu n’as pas sommeil.  Tu voudrais t’ensabler, t’enliser, disparaître.  Te laisser cette fois emporter par la prochaine marée.  Malgré toi tu tends l’oreille.  C’est qu’il y a là-bas, à la lisière de l’eau, des voix, des ombres, des hommes qui marchent.  Une lampe accrochée à leur front comme un troisième œil.  C’est qu’il y a, là-bas, les reflets de leurs lampes qui dansent comme autant de mirages de lune à la surface de l’eau.  Pour ne plus les voir, tu fermes les yeux.  Et tu te répètes qu’ils auront beau chercher, chercher encore, ils ne trouveront rien.  Simplement se souviendront avoir vu, cette nuit-là sur la grève, le silence.

L’éternité.  Le sable grain à grain roulant vers le large.  Le sable grain à grain repoussé par la vague vers le rivage.

Les voilà qui s’éloignent.  Bientôt avalées par le brouillard, leurs voix ne seront plus que murmures.  Et toi, il te faudra encore patienter.  Espérer à nouveau le ciel, la mer, la terre.  Et quand les premières lueurs de l’aube viendront enfin dissiper le brouillard, quand tu verras poindre la lumière à la ligne d’horizon, quand, à tes pieds dans le sable mouillé, des ombres de la nuit il ne restera que quelques traces, alors et alors seulement tu voudras t’approcher des humains.  Mettre tes pieds dans leurs traces et marcher.  Marcher jusqu’à la brûlure du soleil et du sel sur ta peau.  Marcher jusqu’à la soif.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieJe le sais car je suis de ceux qui chaque nuit patrouillent sur la côte.  De ceux qui, bien avant l’aube, s’empressent de disparaître.  Et, comme mirages de lune à la surface de l’eau, vont rejoindre l’équipage de quelque vaisseau fantôme.  Y boire à leurs rêves naufragés.  Quand la vie se fait petite dans une bouteille.  Et que tanguent les hommes à la mer.

Je sais aussi que tu ne tarderas pas à nous rejoindre.  Car ici sur la côte ne vivent que les oiseaux.

Défiant l’éternité.  Le sable grain à grain roulant vers le large.  Le sable grain à grain repoussé par la vague vers le rivage.

Notice biographique

Claude-Andrée L’Espérance a étudié les arts plastiques à l’Université du Québecchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie à Chicoutimi. Fascinée à la fois par les mots et par la matière, elle a exploré divers modes d’expression, sculpture, installation et performance, jusqu’à ce que l’écriture s’affirme comme l’essence même de sa démarche. En 2008 elle a publié à compte d’auteur Carnet d’hiver, un récit repris par Les Éditions Le Chat qui louche et tout récemment Les tiens, un roman, chez Mémoire d’encrier. À travers ses écrits, elle avoue une préférence pour les milieux marins, les lieux sauvages et isolés, et les gens qui, à force d’y vivre, ont fini par en prendre la couleur. Installée aux abords du fjord du Saguenay, en marge d’un petit village forestier et touristique, elle partage son temps entre sa passion pour l’écriture et le métier de cueilleuse qui l’entraîne chaque été à travers champs et forêts.  Elle est l’auteure des photographies qui illustrent ses textes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


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