Le fantôme, par Myriam Ould-Hamouda…

23 janvier 2016

Le fantôme

 Et si nos âmes étaient liées par un fil ?  Le monde, vaste toile d’araignée d’une foule qui s’emmêle ?alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Infini macramé où chaque histoire serait brodée par avance…  Chaos coloré.

Et parmi tous ces fils enchevêtrés, il y a cet imperceptible fil de soie.

Qui s’est tissé, sans que l’on s’en aperçoive.

Qui s’est épaissi, sans que l’on saisisse comment.

À en devenir indestructible, sans que l’on sache pourquoi.

Ce fil d’un fantôme indélébile.

Adolescence, sentier ingrat.  Parce que soudainement tout est laid.  Plus rien n’a le goût de l’insouciante enfance.  Ni ces immenses prés dans lesquels tu as vaincu moult Indiens.  Ni ce grand chêne au sommet duquel tu as sauvé des âmes esseulées.  Ni ce chemin de traverse que tu as découvert et dont tu as fait ton royaume.  Aujourd’hui tout est plus terne, et ce ne sont plus ces contes de fées qui bercent tes nuits.  Il y a un peu moins de rose.  Beaucoup plus de rouge.  Mais, quelques mètres plus loin, sur ce même sentier, tu vas l’apercevoir.  Tu l’ignores encore, mais cette entrevue bouleversera ton univers.  Ta vie, dans cinq minutes, ne sera plus jamais la même.  […] Impact.

C’est la foudre qui s’abat soudain sur le grand chêne.  Ce sont mille et un oiseaux qui esquissent un visage dans le ciel.  C’est une ondée qui surprend le passant imprudent.  C’est un concert philharmonique qui écorche les tympans.  C’est doux et violent à la fois.  Éthéré et oppressant.  Sucré et amer.  Et soudain, tu découvres l’arbre des possibles.  L’enfance s’est à jamais éloignée, mais tout retrouve sa saveur.  Une saveur que tu n’as même jamais connue auparavant.  Ton pas n’a jamais été si léger.  Le sentier si moelleux.  Et ce pré n’a jamais été un lit si douillet.  Les fruits si juteux.  La rivière n’a jamais été si limpide.  En une fraction de seconde, tu as l’impression de discerner la beauté de chaque chose, de détenir toutes les réponses aux mystères de l’univers.  Et la Terre pourrait bien s’arrêter de tourner, tu t’en fous, ta bulle emportée par une vague d’ivresse.  Tu imagines que l’Amour vient de te tomber dessus, du haut de ta toute petite vie, et tu crois à nouveau aux contes de fées.  Tu l’ignores encore, mais tu viens de croiser le fantôme de ta vie.

Un peu de cet être est entré en toi pour toujours et t’a contaminé  comme un poison.  Cette douce liberté que tu chérissais l’heure d’avant semble soudain s’apparenter à une nouvelle geôle.  Ton existence rythmée par les battements de ton petit cœur, eux-mêmes suspendus au souffle de ton fantôme.  Et tu ne vois que pour goûter son sourire, même loin, même une seconde.  Et tu ne vis que pour sentir cette présence qui enveloppe ton tout petit corps en une quiétude infinie.  Le reste du temps, tu ne respires plus.  Et à nouveau, tout est laid.  Terne.  Sans saveur.  Et sanglant.  Mais, au fond de toi, tu sens cette force qui te hurle de ne pas l’approcher de trop près.  Et tu l’écoutes.

Et parce que la douleur aura pris le pas sur cette vague d’ivresse.  Parce que ces instants de quiétude ne te suffisent plus.  Que tu as besoin de doses supplémentaires.  Encore plus.  Tout le temps.  Parce que tu découvres en toi ce côté excessif qui ne te lâchera plus, tu te décides à l’approcher.  D’un peu trop près.  Et si loin à la fois.  Face à ton fantôme, tu découvres cet étranger incolore.  Dont l’image s’effrite.  Et tu le contemples tomber des étoiles et s’aplatir sur un sol perlé de tes rêves.  Et la pluie éteint les dernières braises.  Peu à peu, ton fantôme disparaît de ta mémoire.  Tu te dis que dans cette quête de l’inaccessible étoile, tu as déjà raté le premier virage.  Et c’est un goût âcre qui persiste dans ta bouche.  Mais inconsciemment tu le sais déjà, tu auras beau la nettoyer à l’eau de javel, ces premiers émois ne te quitteront plus jamais.  Ton fantôme est entré dans ta vie.

[…]

Le temps a passé.  Et tu as enfoui cet épisode bancal au fond, tout au fond de ta mémoire.  Depuis, tu as rencontré l’amour.  Une fois, deux fois, ou un peu plus.  Ou un peu trop.  Tu as croisé des êtres que tu as cru aimer aussi, juste pour faire taire cette blessante solitude.  Tu as effleuré la passion sous toutes ses formes, juste pour te sentir en vie, encore une fois.  Comme à cette époque où…  Parfois, quand tu es entre tes quatre murs, tu te remémores cette première histoire.  Parce qu’elle te fait du bien, même si tu ne la comprends pas.  Et c’est peut-être ça que tu aimes finalement.  Et puis, à nouveau, tu oublies.  Tu apprends à apprivoiser ta vie, sans béquilles, et petit à petit tu chemines gaiement le long du sentier fleuri.  Plus rien ne peut désormais t’arriver.  Tu en es persuadé.  Mais, quelques mètres plus loin, sur ce même sentier, tu vas l’apercevoir.  Tu l’ignores encore, mais cette entrevue bouleversera ton univers.  Ta vie, dans cinq minutes, fera un bond dans le passé.

C’est la foudre qui s’abat soudainement sur le grand chêne.  Ce sont mille et un oiseaux qui esquissent un visage dans le ciel.  C’est une ondée qui surprend le passant imprudent.  C’est un concert philharmonique qui écorche les tympans.  C’est doux et violent à la fois.  Éthéré et oppressant.  Sucré et amer.  Et soudain, tu ouvres les yeux.  Ton fantôme est là, devant toi.  Et la force des souvenirs enterrés depuis des années le rend beau.  Trop beau.  Au fond de toi, tu entends cette voix qui te hurle de fuir au plus vite.  Et tu l’écoutes.  Ton fantôme attrape ta main.  La voix hurle.  Mais tu le sais, tu as déjà perdu.  Alors, tu te laisses porter.  Pour quelques instants, quelques instants à peine.  Empreints des plus belles émotions entremêlées.  Tu l’ignores encore, mais ces instants seront les plus beaux de toute ta vie.  Les plus terribles aussi.  Demain, ton fantôme s’envolera.  La suite, tu la connais.  Parce que tu l’as déjà vécue.  Ce goût âcre dans ta bouche, et cætera.  L’oubli, tout ça.

Alors demain, tu prendras une paire de ciseaux.  Pour couper cet imperceptible fil de soie.  Pour que plus jamais ton fantôme ne croise ton chemin.  Pour casser ce lien qui semble vous réunir et que tu ne comprends pas.  Mais le fil ne cédera pas.  Ce fil, et le reste de ta vie.  Ce fil d’un fantôme indélébile.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)



Destinées latentes, par Myriam Ould-Hamouda…

5 janvier 2016

Billet de Maestitia

À chacun son arrêt de bus.  Couveuse d’âmes en veille, salle d’attente éphémère, ce soir, le nôtre n’échappera en rien à ces regards cernés, ces alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecnuques raidies, mais il sera le nôtre.  Le nôtre.  Notre toit, notre banc, nos compagnons d’une minute et plus si infinité.  Et on se sent déjà un peu chez nous, l’esprit en parallèle.  Et un presque silence se répand dans notre chez-nous, nous soustrayant subrepticement à l’effervescent brouhaha de la vie qui passe à côté.  Il n’y a aura plus que nous.  Nous et nos intimités partagées pour un instant d’errance spirituelle et d’affabulations camouflées sous d’épaisses doudounes.

Sur notre banc, cette blondinette de lycéenne, le visage dissimulé sous une vaste écharpe, qui griffonne quelques mots aussitôt rayés sur son petit carnet.  Mon Amour.  Scritch.  À toi, pour qui mon cœur ne cesse de battre.  Scritch.  Salut.  Ce tout petit bout de femme, plein de rêves et d’espoirs, au charme déjà bien prononcé.  Elle attend l’Amour.  Le premier.  Le vrai.  Elle attend ce regard qui fait vibrer un corps, cette sensation unique de se sentir en vie à travers l’autre, cette sensation cruelle d’une absence qui anéantit toute présence autre.  Elle attend.  Assise à côté d’elle, cette mamie au visage creusé, la canne coincée entre les jambes, le regard plongé en un portrait soigneusement conservé dans son sac à main.  Sur la photo, un plutôt bel homme, dont le regard pétille et le visage distribue des sourires par milliers.  Un air de famille, en fa dièse.  L’esprit égaré contre mille et un souvenirs, elle attend secrètement des nouvelles de ce fils avec qui un jour le ton a monté, bien trop haut, bien trop loin.  Ce fils dont la présence lui donnerait la force de jeter cette béquille qui octroie aujourd’hui un semblant d’équilibre à sa vie bancale.  Elle attend.  Adossé contre un corps aseptisé exhibé en un mètre sur deux, ce dynamique de jeune, pas encore encadré.  Moins dynamique que statique à cet instant-là d’ailleurs, les yeux rivés sur un écran luminescent.  Répétant inlassablement les mêmes répliques qu’il dégainera le jour adéquat, il attend un coup de fil.  N’importe lequel.  De n’importe quelle boîte.  De n’importe quel type accro aux jeunes cadres dynamiques.  Bien entendu monsieur, je suis disponible dès que vous le souhaitez, en fonction de vos disponibilités.  Il l’est bien trop lui, disponible.  Alors, il attend.  Juste à côté de moi, ce grand brun mal rasé, dont le téléphone vient de vibrer – un message – qui hésite, puis retient son pouce d’appuyer sur la touche appelJe suis à la pharmacie.  Je rentre faire le test et je t’appelle.  À plus.  Il a peur de comprendre.  Comprendre qu’elle a des doutes sur ce qui se trame dans son utérus.  Comprendre qu’elle ne lui fait pas assez confiance pour lui en avoir parlé avant.  Comprendre que, juste là, elle n’a pas vraiment envie d’en discuter, ni de partager ce moment avec lui.  Comprendre que bientôt, peut-être, sa vie va s’en trouver bouleversée avec cette impression de passer complètement à côté.  Alors il attend qu’elle daigne l’inviter à la danse, peut-être.  Il attend.  Et moi, étourdie par cette valse égoïste dans ce bout de chez nous.  Moi, je ne sais plus vraiment ce que je fous là, à attendre ce je ne sais quoi.  À attendre ce tout, ce rien.  Ce truc qui bousculerait ma vie.  Cette rencontre inopinée, ces nouvelles de fantômes du passé, ces propositions fortuites, ce grand départ pour un ailleurs.

Alors, tous, on attend.  Ce bus du hasard, rempli de tous nos rêves entrelacés.

Soudain, un doute plane.  Il est en retard.  Et s’il ne passait jamais ce bus, finalement ? Et si nous restions sur le bas-côté de cette vie qui passe ? Notre chez-nous bascule brusquement en un théâtre absurde duquel Beckett tire les ficelles.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCette blondinette de lycéenne se lève d’un coup du banc endolori et se précipite vers le lycée où elle l’a laissée tout à l’heure, Elle.  Elle, la seule, l’unique, celle pour qui, oui, son cœur ne cesse de battre.  Cet Amour qu’elle avait enfoui par peur de.  Mais ce de, aujourd’hui, elle s’en fout à un point.  Et cette mamie au visage creusé interpelle notre dynamique de jeune.  Excusez-moi, jeune homme… Est-ce que je pourrais emprunter votre téléphone, il faut que j’appelle… L’oreille collée contre ces interminables tuuut tuuut, ses yeux se remplissent de perles lacrymales édulcorées, un sourire s’esquisse sur son visage.  Et ce dynamique de jeune se redresse, jette sur le pavé sa veste de costume et sa cravate en soie, s’en va d’un pas décidé, prêt à remodeler le monde de ses mains.  Et le pouce de ce grand brun mal rasé ripe finalement sur la touche appel.  Un temps.  Il raccroche et laisse glisser le téléphone qui se brise par terre.  C’est un homme qui a répondu.  Il laisse échapper quelques larmes qui enseveliront ce château de sable qu’il avait essayé de construire pour deux.  Je pose ma main sur son épaule et esquisse un sourire.  Vous voulez aller prendre un verre ? Il sourit à son tour.  Et nous partons, portés par ces rayons de sourires, en laissant derrière nous tous ces instants vrais cristallisés en notre chez-nous d’un temps et plus si infinité.

Le tintement de la cloche de la cathédrale attenante à notre chez-nous, nous dérobe brutalement à cette scène égarée.  Quelques regards en coin camouflent ce doute qui plane et s’évitent finalement.  Un ange passe.  Soupir désolé général.  Ce n’est pas lui que l’on attendait.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

2 septembre 2015

Marchands de rien

 

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Musclés.  Siliconés.  Le sourire ajusté.  La langue qui claque.  Et l’œil chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecvide.  Ils ont atteint le premier palier du rêve de l’enfant qu’ils étaient.  Être sexy, comme Barbie.  Être fort, comme Ken.  Ce sont des enfants.  De grands enfants dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles de la voûte céleste.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et le monde d’aujourd’hui leur vend du rêve.  Ce rêve d’enfant enfoui : devenir enfin l’une de ces étoiles qui brillent.  Alors ils y croient, et fixent avec envie les strass et paillettes en se disant qu’un jour, ils feront partie de ces stars qui font briller les yeux du vulgaire passant.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Des milliers, séquestrés dans la pièce centrale de chaque foyer.  Dans cette boîte à images dont se gave le monde.  Leur rêve est devenu réalité.  Enfants de la télévision, ils ont rejoint ses entrailles, ce doux cocon paisible, ce ventre maternel.  Et tous les jours, lors de l’échographie, on les regarde évoluer dans leur jolie prison dorée.  On les nourrit, les montre du doigt, les flatte, les excite.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et à présent, le monde le sait.  Ils sont là.  Ils sont nés.  On les voit.  Partout.  Tout le temps.  À la télévision.  À la radio.  Sur Internet.  Dans les magazines.  Sur les affiches.  Dans les discussions.  Nos enfants-rois.  Et ils jubilent.  Parce qu’enfin, à cet instant, ils existent.  Pour chaque regard posé sur leur plastique parfaite.  Pour chaque bouche qui les encense.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et, sous les projecteurs, derrière le masque et l’œil flatteur de Photoshop, ils rayonnent encore et toujours plus.  Alors, ils déploient leurs ailes fragiles et découvrent un autre monde où un jardin des possibles s’offre à eux.  Sans même avoir eu besoin de retourner la terre, semer la moindre graine, s’en occuper jour après jour, avant d’enfin en récolter le fruit.  Non, un jardin des possibles sous vide, entassé dans un caddie en plaqué or.  Vous avez la carte de fidélité s’il vous plaît ?  Un monde de strass et de paillettes, de faux-semblants et de paraître, de larges sourires et de couteaux dans le dos à la fin de la fête.  Ils enchaînent les séances photo, les défilés, les films X, les séries B, s’engendrent égéries, ou créateurs de fortune.  Et enfin, ils jouissent.  Sans se douter que dans ce triste jeu, ils ne seront jamais rien que des étoiles filantes.  Que demain n’attend déjà plus.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Victimes de ce monde qui glorifie la jeunesse et la beauté.  Ils sont beaux.  Ils sont jeunes.  Victimes de ce temps qui ne bonifiera jamais rien d’autre que l’esprit.  Ridules.  Calvitie.  Capitons.  Ils ne sont déjà plus assez jeunes.  Plus assez beaux.  Ces étoiles d’hier sur lesquelles les projecteurs se sont désormais éteints.  Parce que les yeux du monde se sont déjà posés sur d’autres.  D’autres, encore jeunes.  Encore beaux.  D’autres dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles…  D’autres déjà sous ces mêmes projecteurs.  Tantôt le monde entre leurs mains, tantôt tristes pantins de ce monde vorace.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Placardés en cent par cent cinquante dans les couloirs du métro.  À nous hurler : Regarde-moi !  À nous murmurer : Rejoins-moi…  Ils sont laids.  Tellement laids.  Figés sous vide, à côté de ce type.  Ce type en bas, qui colore notre bout de métro par ses mots.  Ses mots vrais, que les notes de sa guitare portent au-dessus de la foule.  Ce type que le monde ne voit pas.  Parce qu’il n’est pas vraiment jeune.  Pas vraiment beau.  Ce type auprès duquel une foule aujourd’hui s’arrête.  Touchée par sa musique, ses mots, ses messages d’espoir.  Qui le rendent beau.  Tellement beau.  En cette voûte céleste qu’il érige.  Lui qui n’a rien à vendre.  Ni corps.  Ni or.  Juste des sourires à répandre dans le monde.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

3 août 2015

Éperdument !

Mon regard se pose sur le clic-clac du salon.  Un tourbillon de bien-être m’envahit.  Je souris.  Allongé sur le chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, petit clic-clac à rayures, il y a un homme.  Mais pas n’importe quel homme.  L’homme que j’aime.  Mathieu.  Mon Mathieu.  Et je ne parviens plus à détourner mes yeux de ce prince tout droit sorti d’un conte de fées…  De ces cheveux châtains ébouriffés.  De cette barbe de deux jours qui borde son visage.  De ces lèvres qui, même au repos, semblent encore esquisser un sourire quiet.  Qu’il est beau, mon Mathieu !  Que j’en suis dingue, de ce type-là !  J’en crèverais, de l’aimer tant.

Ça n’a pas été toujours simple entre nous.  Je ne sais pour quelle raison, il s’est toujours interdit de m’aimer.  Alors qu’il l’était déjà, amoureux.  Amoureux fou.  Dès le premier jour.  Ce premier jour où l’on s’est croisé, lui et moi.  Dès le premier regard, j’ai senti quelque chose transpercer ma poitrine pour aller se planter dans mon cœur, un souffle chaud m’envahir, mes jambes chanceler sous le poids de ce je ne sais quoi.  Il m’a souri.  Je lui ai souri.  Nous avons échangé quelques mots.  Des mots qui, d’ordinaire anodins, résonnaient d’une intensité que je ne leur avais jamais connue.  Des mots qui voulaient déjà dire Je t’aime et promettaient des lendemains qui valsent dans ses bras.

Je savais déjà que l’on était fait l’un pour l’autre.  Que mon âme sœur, celui que j’avais attendu toute ma vie, ça ne pouvait être que lui.  Alors, en sortant de cet ascenseur, je l’ai suivi.  Discrètement, jusque chez lui.  J’ai pris mon petit carnet et y ai inscrit son nom, son prénom, son adresse.  Et puis, j’ai fait demi-tour.  Mathieu, il s’appelait Mathieu mon bel Ange !  Mathieu Barendt.  Monsieur Barendt Mathieu, acceptez-vous de prendre pour épouse mademoiselle Vindi Ingrid ?  Oui !  Vous pouvez embrasser la mariée.  Madame Ingrid Barendt, ça sonnait plutôt bien.

M’armant de patience, je me suis ensuite improvisée enquêtrice privée.  Grâce à la magie d’Internet, j’ai réécrit l’histoire de sa vie sur mon petit carnet.  Sa vie de prince parfait.  Presque parfait, du moins.  Il était marié.  Une pauvre fille dont il avait sûrement eu pitié, ne sachant pas que j’allais enfin entrer dans sa vie.  Moi, son âme sœur, son alter ego, son autre lui.  Durant des mois, j’ai écrit.  Des lettres enflammées à mon bien-aimé.  Laissé des messages sur son répondeur aussi.  Et puis, j’ai soudain vu sa belle d’un temps prendre le large.  De l’argent avait disparu de la caisse du salon de coiffure où elle travaillait.  Des lettres anonymes qui la pointaient du doigt ont fait beaucoup de bruit.  Elle a été renvoyée.  J’ai souri.  D’autres lettres ont mis en doute sa fidélité auprès de son cher époux.  Des mots.  Des photos.  Et autres preuves.  Il est parti.  Encore, j’ai souri.  À la vie.  À ce miraculeux corbeau, aussi.

Il a ensuite déménagé.  Plus près de chez moi, comme fait exprès.  De plus, un jour où j’errais devant son immeuble, à attendre je ne sais quoi, il est descendu.  On s’est heurté.  Moi qui tournais en rond.  Lui qui avançait d’un pas pressé.  Pardon, a-t-il chanté.  Il n’y a pas de mal, ai-je souri.  On se connaît, non ?  En une course folle, j’ai fui, en lâchant derrière moi un triste Non.  Pourquoi me posait-il cette question, mon bel Amour ?  Qui j’étais, il le savait pertinemment. Puisque régulièrement il me laissait entendre qu’il avait bien reçu mes lettres, qu’il m’aimait aussi follement, mais que ce n’était pas encore le moment.  Ses réponses faussement froides au téléphone, juste parce qu’il n’était pas seul.  Une offre de voyage pour Venise déposée dans ma boîte aux lettres.  Un livre emprunté à la bibliothèque – dont il était le précédent emprunteur – parsemé de mots qui ne pouvaient être adressés qu’à moi.  Une étoile filante dans le ciel une nuit où, accoudée à mon balcon, je ne pensais qu’à lui.

Je l’aimais.  Il m’aimait.  On le savait.  Mais la vie ne nous y autorisait pas.  Alors, j’ai décidé de prendre les choses en mains.  De bousculer le destin.  Puisque le destin, lui-même, n’engageait pas grand-chose pour nous réunir enfin.  Alors, la nuit dernière j’ai sonné à sa porte.  Il devait être trois, peut-être quatre heures.  La porte s’est ouverte.  Et son visage m’est enfin apparu.  Son doux visage.  Son regard profond.  Ses délicates fossettes.  Ses délicieuses lèvres.  Que, vite, j’ai drapées d’une compresse baignée de chloroforme. Et il est tombé dans mes bras et je l’ai rejoint… chez Nous.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, Depuis, je l’observe dormir dans Notre clic-clac à rayures, au beau milieu de Notre salon.  Mon Mathieu à moi.  Un sourire quiet accroché au bout des lèvres.  J’ai lié ses poignets.  J’ai eu peur.  Peur qu’il n’accepte toujours pas.  De m’aimer autant que, moi, je l’aime.  Peur qu’il s’empêche encore de m’aimer.  Alors que Nous ne fait déjà plus qu’un.  Que nous ne sommes déjà plus que moitié de l’autre.

J’ai peur.  Peur qu’il ne se réveille trop tôt.  Mais déjà, trop tôt, il se réveille :

— Hmm…  Où suis-je ?

— Chez nous, mon bel Amour.  Tu es chez Nous.

— Chez nous ?  Mais… qui êtes-vous, mademoiselle ?

­­— Je suis ton bel Amour, mon Ange.  Rendors-toi…  Demain, tout ne sera que lumière.

— Chez nous ?  Partez de chez moi…  S’il vous plaît, mademoiselle…

— Chez toi, c’est chez Nous, mon bel Ange.  N’aie pas peur, je suis là…

— Je reconnais votre voix…  S’il vous plait, laissez-moi enfin tranquille…

— Chut, mon tendre Amour.  Chut.

— Mademoiselle…

— Chut…

Et il s’est tu.  Mon bel Amour.  Quand, en sa poitrine, ma main a planté cette lame qui lui faisait les yeux doux.  Il dort, mon bel Amour, il dort paisiblement.  Et il m’aime, mon bel Ange adoré, toujours éperdument.  Hein, mon Mathieu ?  Hein que tu dors ?  […] Mathieu ?!  Mon doux Mathieu…  Tu le sais, hein, que tu dors ?  Tu sais, hein, que tu m’aimes ?  Respire, mon tendre Mathieu, respire lentement…  J’en crèverais, tu sais…  J’en crèverais, de t’aimer tant.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

8 mai 2015

Tendre obsession

Toc, toc, toc.

Voilà.  J’y suis.  Je considère, impuissant, cette main étrangère cogner contre la porte qui depuis un quart d’heure me fait face.  Cette mainchat qui louche maykan alain gagnon francophonie étrangère, je crois pourtant la connaître.  C’est la même qui, chaque matin, porte à ma bouche une tasse de café.  La même qui souvent vient effleurer mes lèvres, accompagnée d’une cigarette.  La même qui serre avec force tant de mains par jour.  La même qui jadis effleura avec douceur des courbes vallonnées.  Cette main étrangère, c’est la mienne.  Enfin, je crois.

La porte s’entrouvre.  Un visage au large sourire dévoué m’accueille, l’œil pétillant.  D’une disharmonie tellement à l’heure qu’on la suspecterait d’avoir été répétée au geste près.  Et nos deux mains qui se serrent d’un juste désaccord.  En une cacophonie parfaite.  Le visage qui me fait face semble déjà me murmurer des Ravi que tu sois là alors que d’un fragile rictus j’entame déjà un requiem de Je ne suis déjà plus là.  Cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble soudain se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’elle s’accroche.

Derrière ce premier visage, une vingtaine de silhouettes se dessinent dans le grand salon.  Elles se meuvent avec aisance au rythme d’un brouhaha oppressant.  Je crois avoir connu ces gens-là, dont tous les regards se fixent soudain sur cette carcasse qui me sert de carriole dans la vie.  Je crois avoir aimé ce brouhaha-là, pétri d’éclats de rire et de répliques fuselées.  Il me semble, oui, que ceux-là ont su faire pétiller ma vie jadis.  Jadis, quand Elle était encore là.  Quand ma vie n’était qu’un seul morceau.  Mais aujourd’hui, ces gens-là n’existent plus.  Et ces éclats de rire, ces mêmes répliques, me lèvent soudain le cœur.  Parce qu’aujourd’hui, il n’est plus qu’Elle.  Elle qui n’est déjà plus.

Je traverse cette foule comme un fantôme, sans remous et sans bruit.  Et ils ont beau, tous, ne plus me lâcher du regard, et perdre quelques mots qui piquent contre cette carcasse que les intempéries ont trop usée, je ne les vois, ne les entends, ne les sens pas.  Je rejoins d’un pas lourd et bancal un coin inoccupé de ce vaste appartement qui fait la joie de ses nouveaux propriétaires.  Ce coin-là sera le mien.  Devrais-je leur payer un loyer, à ceux-ci ?  Recroquevillé, j’observe de loin se jouer mille et une scènes qui n’existent déjà plus à l’instant où je pose mes yeux sur elles.  Ont-elles déjà existé, en réalité ?  Puisque déjà voici celle qui occupe tout mon esprit.  Elle.  Mathilde.

Mathilde.  Ma, comme deux lèvres qui se séparent en la faisant déjà leur.  Thilde, comme une langue qui éclot puis claque contre le palais.  La voilà, ma Belle, qui dans la foule, diffuse la seule lumière qui appelle encore mon regard.  Elle qui, depuis des mois déjà, se fait unique cible à la triste flèche de mon existence.  Elle qui, par sa chevelure d’or, illumine encore les hasardeux sentiers de ma frêle espérance.  Elle qui, depuis quarante-huit mois déjà, s’est proclamée conquérante d’un cœur qui n’est plus le mien.  Elle qui s’est substituée à une vie qui n’est plus la mienne.  Mathilde.

— Jean ?!

— Mathilde, ma belle Mathilde…

— Jean, mon beau Jean.  Tu sais que je ne suis plus.  Tu le sais, hein ?

— Je le sais, ma Douce.  Je le sais et pourtant, je ne peux m’empêcher de te sentir là.  Plus là qu’aucun vivant ne le sera jamais.  Ceux qui ont vécu par le cœur d’un autre ne meurent jamais vraiment, tu sais.  Et le mien, à chaque battement, te maintient en vie.

— Je le sais, mon Jean.  Comme je sais qu’en cet ici où j’erre, tu m’apparais encore en rêves…  Je souhaite juste qu’ici-bas, tu sois heureux.  Que tu effleures l’Eden, comme jamais je n’ai pu, par le passé, te le faire effleurer.  Jean, je te veux heureux.  Sans moi.

— Mathilde, ma dangereuse Mathilde…  Rien de ce que tu souhaites, rien de ce que tu n’exiges, ne se verra réalisé ici-bas.  Ici, il n’y a plus qu’une moitié de moi.  Et j’ai beau défier le temps, défier la vie, il me faut réapprendre sans cesse que demain t’ignore déjà…

— Jean, mon délicieux Jean…

Et je distingue déjà, son ombre à Elle, s’estomper au milieu de cette foule qui n’est déjà plus.  Cette foule tellement là qu’elle se confond déjà en un passé qui m’échappe.  Déjà.  Encore.  Cette foule inconsistante à qui désappartient hier.  Et demain.  Demain qui n’est déjà plus.  Demain qui semble déjà tellement trop là. Ici-bas.  Avec cette moitié de moi.  Et cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble à nouveau se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’…  Encore.  Aïe.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

5 mai 2015

Le monde, c’est un voleur…

Le monde, c’est un voleur ; il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans seschat qui louche maykan alain gagnon francophonie  rues et il les a appelées « lumières de Noël ». Mais quiconque a déjà couru à travers champs, s’est roulé dans une neige qui reste blanche même la nuit, s’est perdu dans le silence d’un soir d’hiver un brin d’herbe entre les lèvres (ou une Gauloise, à une époque où fumer tuait moins que le sucre raffiné) le sait bien : toutes les guirlandes et pommes d’amour de tous les marchés de Noël du monde, c’est rien que du pipi de chat, quand sous un ciel étoilé tu te prends la claque de ta vie. Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié la notion du temps, les distances et l’humilité.

À force de courir, de passer nos vies dans les TGV, de vouloir être toujours au bon endroit au bon moment, on a oublié que d’autres étaient là avant nous ; et qu’on les a perdus en route. À force d’avoir l’intimité du monde à portée de main, et toutes nos envies au rayon de n’importe quel supermarché, on a oublié à quoi pouvaient bien ressembler la liberté et le respect. À force de contempler toutes ces lumières d’aussi près, de les prendre pour des étoiles, de se prendre pour l’une d’elles, on a oublié de se sentir tellement petits.

On est tous, là, à vouloir laisser une trace, marquer notre différence, on cherche cet objet indispensable que personne n’a jamais inventé, cette phrase juste que personne n’a jamais dite, cette bombe qui n’a jamais explosé, on fait un gros fuck à ce monde alors qu’on n’est jamais que comme lui : des voleurs qui passent leur temps à gueuler « la bourse ou la vie ! » Nous sommes tous ces mêmes êtres étranges qui détruisent des forêts, qui en font du papier pour écrire dessus « sauvez un arbre » ; en s’émerveillant devant un sapin qui crève dans leur salon. Et du haut de nos gratte-ciels, dans nos appartements surchauffés, on passe nos vies à oublier. Qu’on ne fait jamais que transformer ce que la nature nous a donné. Qu’on ne fait jamais que paraphraser tous ces types qui nous ont collé ces claques qu’on avait méritées. Que le mec et ses chansons, sur le trottoir d’en bas, dégagent plus de chaleur que nos radiateurs.

On passe nos vies à oublier, ce que le monde lui-même à tellement bien compris, que derrière tous nos mensonges et nos masques de fortune, on cherche tous la même chose : cet amour qui fait briller les yeux des mômes et taire la colère des adolescents, cet amour qui renverse les certitudes des adultes et donne un second souffle aux rêves que les plus vieux avaient mis de côté. Si les corps se vendent et le plaisir s’achète, je ne te ferai jamais payer le prix de l’amour que tu me portes. Y’a des meufs qui bordent leur regard de mascara, exhibent leur féminité sous une robe noire un peu trop courte, embrassent des bouches qui sentent l’ail et le mauvais alcool. Y’a des mecs qui sortent leur carte bleue, leurs muscles et leurs mots bleus, qui boivent plus que de raison et mettent ces meufs-là dans leur lit. Mais qu’on soit des filles faciles ou un peu plus compliquées que ça, qu’on soit des mecs en rut ou que notre palpitant de mâle cogne un peu trop fort contre une carapace qu’on a appris à se forger, on espère tous la même chose en ouvrant les yeux au petit matin : qu’il ne se soit pas déjà envolé, ce piaf débile qui nous fait voir la vie en rose.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié de dire je t’aime à ceux qu’on aimait. On a cru que les contes de fées nous avaient corrompus, alors qu’on les avait juste mal interprétés. On attendait la bonne intrigue, le bon décor, le bon mobile et le prince charmant qui pourrait enfin nous aider à sortir vivant de cette vie dont on ne voulait pas. On a cru qu’il fallait enfiler une camisole blanche, se mettre des chaînes aux pieds, faire une tripotée de gamins et vivre heureux à tout prix. On s’est raconté tant d’histoires qui postillonnaient et sur lesquelles on a préféré cracher avant de se rendre compte que, dans tes bras, tout était beaucoup moins compliqué que ce qu’on s’était imaginé. Que l’amour était là, sans le réclamer, sans avoir besoin de débourser quoi que ce soit. Dans ce monde ménopausé je ne serai jamais une exception à la règle, mais dans tes yeux, au creux de tes bras, contre ton corps nu sous les draps, j’ai l’impression d’être une étoile, mon Amour.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

25 janvier 2015

Le ripeur misanthrope

4 h, petit matin.  La sonnerie du réveil résonne chez Monsieur Marcel.  D’un geste machinal, il lance sa main pour le faire taire enfin.  Chaque chat qui louche maykan alain gagnon francophoniematin, cette sonnerie l’exaspère.  Ce cri de coq…  Au début, il avait trouvé ça drôle et sucré à la fois.  Imaginer se réveiller à la campagne, en cette vie d’antan jamais effleurée.  Mais en réalité, il ne s’y réveillait jamais, à la campagne, et il émergeait toujours en 2012, dans sa petite chambre de bonne perdue en cette grande ville enclavée dans le béton froid.  Amèrement, il pose un premier pas en la réalité, enfile quelques vêtements, avale le fond d’un bol de café, et tourne la clé dans la serrure.  Il avance, d’un pas lent, se retourne deux trois fois vers cette porte, derrière laquelle sont dissimulés ses rêves et ses envies, puis hausse les épaules.  Il les retrouvera plus tard.  Pour l’heure, il regagne ce monde aux immondices désordonnées.

Et, comme chaque matin, le même refrain, en regagnant son camion poubelle avec ses compagnons d’un temps.  Ils échangent un regard, clandestinement, puis le posent sur ces rues encombrées qu’ils devront nettoyer, avant que ces corps en vie ne viennent, à leur tour, les obstruer.  Triste monde, marmonnent-ils.  Ils les détestent ces corps en vie.  Ceux qui passent quelques minutes à créer ces choses, à l’utilité celée.  Ceux qui expliquent pourquoi il faut, oui, absolument les acquérir, ces choses-là.  Ceux qui perdent quelques heures à tenter de se les procurer – parce qu’on leur aura dit qu’il les leur fallait – et qui finalement les jettent l’heure d’après, mécaniquement.  Parce qu’en cette société, consumériste à l’excès, où « tout se perd, tout se crée, rien ne se transforme », on jette.  Tout.  Tout le temps.  Partout.  Parce que plus rien n’a d’importance, sauf peut-être la prochaine danse.  Alors oui, ils les détestent ces corps en vie qui crachent sur le monde.  Ce monde qui, chaque matin, pue la décadence, le malaise et la mort.  Comment on sort d’ici ? sanglotent-ils sourdement.

Le moteur du camion vrombit.  Ils cheminent, dans l’immensité de cette ville bétonnée, raflant au passage les déjections de ceux qui prétendent l’habiter.  Et dire qu’il en a honte, Monsieur Marcel, de son métier.  Quand dans une discussion, on lui demande ce qu’il fait et qu’à chaque fois, on marque un temps durant lequel on le dévisage, puis le toise, un rictus accroché aux lèvres.  Toujours ce même rictus, qui pue l’arrogance de ces types-là.  Ces types qui ne se retournent jamais sur leur merde, à se dire qu’il en est d’autres, payés pour ça.  Alors, à chaque fois, Monsieur Marcel tourne les talons et fuit en ces rues qu’il ne connaît que trop.  Le dégoût le submerge.  Toujours ces mêmes nausées, face à ce monde qui tourne en rond.  Face à ces types-là.  Le camion s’arrête, pour la énième fois.  Bordel… encore des crétins qui se sont amusés à éventrer les poubelles…  Et il a beau découvrir le monde dans cet état chaque matin, chaque fois, ça lui lève le cœur, à Monsieur Marcel.

Il perd un œil sur ces relents d’un monde à la dérive qui couvrent le pavé mouillé.  Des sous-vêtements troués.  Trois entrecôtes.  Une photo déchirée.  Des cadavres de flacons.  Un téléphone portable.  Un test de grossesse.  Des pâtes.  Des préservatifs usagés.  Deux ou trois mégots.  Une robe de mariée.  Du steak haché.  Une poêle.  Deux alliances.  Des romans de gare.  Des pommes moisies.  Un peu de sang coagulé.  Un torchon déchiré.  Des fragments de soupière.  Des rêves brisés.  Un mouchoir imbibé.  Une télévision.  Un corps corrompu.  Et quelques cafards.  Monsieur Marcel esquisse un sourire.  Finalement, le seul plaisir qu’il parvient à arracher de ce job qui empeste, c’est quand il tente de recoller ces bribes de vie qui gisent sur ce pavé toujours mouillé.  Et parfois, il perd un soupir…  Ces corps en vie, qui peuplent ces rues encore abandonnées, ne seraient peut-être pas si différents de lui…  Peut-être.

Le clocher de l’église avoisinant la dernière rue annonce que les onze heures sont désormais rattrapées.  En cette rue, d’ailleurs, fourmillent à présent ces corps jadis enclavés en un cocon impénétrable.  Allez, on rentre à la maison !  Le moteur du camion vrombit une dernière fois.  Jusqu’à demain, en tous les cas.  Ils échangent un dernier regard.  Hey, Marcel, tu viens prendre un verre ?

En regagnant sa petite chambre de bonne, ces rues bondées lui donnent à présent le vertige.  Clic.  Clac.  Il pénètre en son antre d’un temps, fonce droit dans la salle de bain, ôte ses vêtements imprégnés de ces effluves de misère, et bondit sous la douche.  Il oriente le pommeau contre son corps fatigué.  Ce jet ardent lui fait un bien fou.  Il prend un gant de toilette et frotte.  Frotte.  Frotte encore.  Pour décaper ces purulences viles d’un monde imparfait accrochées à sa chair.  Il verse un peu d’eau de javel dans la paume de sa main.  L’étale sur chaque parcelle de son anatomie.  Ça brûle.  Il ponce, décape, abrase.  Jusqu’au sang.  En les artères du monde, on trouvera demain un peu de sang dilué.  L’odieuse infection semble s’atténuer.  Il ferme le robinet, sort de la douche, et revêt ses rêves et envies jadis étendus dans le salon.  Il saisit le combiné du téléphone à cadran rotatif, rescapé de son monde d’antan.  Tut.  Tuut.  Tuuuut.  Et lâche un J’arrive, ma Douce, dont l’écho retentit en son labyrinthe exigu.  Il va enfin la rejoindre.  Elle, de laquelle émane un parfum délicat.  Elle, qui n’abandonne jamais, mais raccommode inlassablement les accrocs du destin.  Elle, ses rêves et ses envies.  Elle, la rescapée de ce monde d’antan qu’elle maintient en vie.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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