Genre, une nouvelle de Dany Tremblay…

13 juin 2017

GENRE

« Une fois que l’on sait une chose on ne peut plus jamais ne pas la savoir. »
Anita Brookner

Maintenant, il y avait dans son regard du trouble, visible aussi dans sa toute nouvelle façon de me regarder, un chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec peu par en dessous, en penchant la tête. Jamais, avant, son regard sur moi ne m’avait dérangé ou intimidé. Depuis que je savais, c’était autre chose. Il était en lui ce désir, et partout autour. On le sentait à des lieues et il ne s’en débarrasserait pas comme ça. Je savais avec une certitude quasi impudente que ce désir irait en s’enflant, que tôt ou tard, j’y céderais.

C’est lui qui a donné le rythme à notre idylle.

La première fois, nous étions dans l’appartement de sa mère au centre-ville, assis chacun contre notre mur, tous deux un peu gris, buvant à même le goulot d’une bouteille que l’on se partageait. La précédente avait roulé sur le sol, était allée se coincer sous le divan. On l’y avait un peu aidée, c’est vrai. Je ne me souviens plus de quelle façon il s’est retrouvé appuyé au même mur que moi, son épaule frôlant la mienne. Je me souviens de son odeur, une odeur musquée qui me plaisait assez, d’avoir baissé les yeux lorsqu’il a murmuré : « Embrasse-moi ».

J’ai dormi sur le divan. Au réveil, nous avons peu parlé, j’ai tout fait pour éviter son regard. Nous avons quitté l’appartement rapidement et pris chacun notre côté. En m’éloignant, me suis rappelé lui avoir confié n’avoir jamais été capable de montrer mon amour à mon père. Il m’avait suggéré de l’appeler, là, dans l’immédiat, devant lui, de simplement lui dire papa je t’aime. J’avais composé le numéro en riant, nerveux. La ligne était occupée. C’était sans doute mieux ainsi.

Sur le trottoir, me suis dit que je n’aurais pas dû le laisser filer sans lui avouer mon envie de le revoir, sans lui parler de mon émoi. J’ai regretté avoir fui son regard à tout prix. Je me suis immobilisé et demandé ce que j’allais bien pouvoir raconter à Marianne.

J’avais soif, les jambes molles, l’impression que son odeur musquée était partout sur moi.

Suis entré dans le premier café. Un café noir, me suis-je dit en m’installant au comptoir, très noir, aussi noir que son regard que je n’étais alors pas prêt d’oublier.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’autre en lui, une nouvelle de Dany Tremblay…

12 mai 2017

L’autre en lui

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

 Il se tient sur le trottoir. En retrait du lampadaire. Contre la bâtisse de briques. Comme s’il faisait corps avec elle. Il regarde les gens qui entrent dans le bar de l’autre côté de la rue. Ils sont nombreux à s’y engouffrer. D’où il se trouve, il entend les blagues du portier. Tantôt, elles s’adresseront à lui. Depuis le temps, le portier et lui sont de vieux amis en quelque sorte. Pour l’instant, personne ne prend garde à lui. Le portier moins que les autres, trop occupé à ouvrir le passage aux dames, à blaguer avec les hommes. Il se veut de toute façon anonyme. Dissimulé dans l’ombre d’un porche. Lui-même ombre. Tassé sur lui. Col de veste relevé, cou dans les épaules, regard de chien battu. Il attend.

Il attend de la voir, elle. Après, seulement après qu’elle soit entrée dans le bar, il avalera la pilule rose, de forme ovale, qui laisse un goût de métal sur la langue. Il lui en reste huit. Huit pilules. C’est bien peu. Elles sont dans un contenant de plastique transparent qu’il promène avec lui en permanence. Elles coûtent une fortune, c’est un véritable casse-tête, son fournisseur lui refuse le crédit. Il est vendeur de souliers, gagne un salaire de crève-la-faim. Avant de l’avaler, il s’assure toujours d’avoir assez de salive dans la bouche. Ainsi, moins de risque qu’elle se coince dans la gorge. Ça lui est arrivé. Elle avait fini par passer, mais la sensation… Il n’avait pas aimé la sensation.

Chaque soir, terré contre la bâtisse de briques, il surveille son arrivée. C’est pour elle qu’il prend ces pilules roses. Sans pilule, elle le trouverait insipide, niais, plat, insignifiant, bon à rien. Elle ne se présente jamais seule au bar. Ils sont quelques-uns à l’escorter. À courir derrière. À faire des courbettes. Elle marche la tête haute, elle rit de ce qu’ils racontent. Ses cheveux sont platine. Elle porte des talons d’une hauteur vertigineuse. Impossible de ne pas la voir, de ne pas l’entendre venir.

Avant sa rencontre avec elle, il ne sortait que le samedi. Il avalait une pilule rose avant de quitter son appartement, histoire de s’éclater un peu, d’oublier les clientes grincheuses devant lesquelles il s’agenouillait la semaine entière. Un samedi soir, il l’a remarquée, elle. Elle était entourée de copains. Sans la quitter des yeux, il s’était approché. Elle avait soutenu son regard. Ils avaient dansé ensemble. Il avait effleuré sa main, sa hanche du bout des doigts. Avant qu’elle quitte la piste, il s’était penché à son oreille, lui avait murmuré qu’elle bougeait bien. L’effet de la pilule rose lui permettait toutes les audaces. À la fermeture, elle était repartie, escortée de sa ribambelle d’admirateurs. Avant de tourner le coin de la rue, elle lui avait envoyé la main. Il avait passé la semaine à rêver d’elle, à anticiper le samedi suivant. Il avait contacté son fournisseur de pilules roses. Hors de question d’en manquer, maintenant qu’il l’avait vue, elle.

Le samedi d’après, puis tous les autres, finalement chaque soir de la semaine, il y est retourné. Pour elle. Si drôle, si gentille, toujours prête pour la fête. Un soir, ils ont fait l’amour dans la salle de bains des femmes. Ils ont joui en silence, yeux dans les yeux. L’occasion se répétera, il en est sûr. La patience, il connaît.

Il est un habitué, maintenant. Le portier l’appelle par son prénom, lui conte des blagues, des salées même. Chaque soir, environ à la même heure, il avale sa première pilule rose. Grâce à elles, il est libre, totalement, sans complexes, débarrassé de son bégaiement qui amusait les filles à la petite école.

Chaque soir, il se place en retrait de ce lampadaire, dans l’ombre de ce porche. Lorsqu’elle surgit au coin de la rue, il sort chat qui louche maykan alain gagnon francophonie le contenant de plastique de sa poche. Il est tiède, parfois moite, faute de l’avoir tenu au creux de sa paume. Alors qu’elle marche vers le portier, il l’ouvre, fait glisser une capsule dans sa main, veille à ne pas en échapper. Il se retient d’avaler sa salive, l’accumule contre les dents d’en avant. Lorsqu’elle disparait à l’intérieur du bar, il la porte à sa bouche, l’avale d’un coup sec. Il ferme les yeux, chaque fois. Il enfouit le menton dans son veston, chaque fois. Lorsqu’il les rouvre, il est quelqu’un d’autre. C’est cet autre qui regarde en direction du bar, qui rabat le col de sa veste d’un geste assuré, qui dénoue le premier bouton, entreprend de traverser la rue, sourire aux lèvres, épaules dégagées. Sur le trottoir d’en face, le portier l’aperçoit, lui envoie la main. Lui répond à son salut, libre de toutes contraintes, en homme heureux, bien dans sa peau.

À son tour, il entre dans la place. Elle est au bar. Avec ses cheveux oxygénés, elle se démarque. Il l’admire de loin, remercie l’inventeur de la pilule rose, son laissez-passer pour le bonheur. De la main, il tâte le flacon transparent dans sa poche, puis marche vers elle.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

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Le Loup, une nouvelle de Dany Tremblay…

20 novembre 2016

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecLe loup

 Il dort.  Elle peine à croire ce qu’on lui a raconté.  Il a un regard clair, de la couleur du ciel, un sourire d’ange.  On a dû répondre à tous ses caprices, jamais dû lui refuser quoi que ce soit.

Pour la énième fois, elle pose son livre.  Elle reste de longs moments à le regarder.  Lorsqu’il dort, qu’elle ne voit ni son regard ni son sourire, elle parvient presque à imaginer ce qu’on lui a raconté.  Alors, elle le hait.  Pour le regretter aussitôt.  Qui est-elle pour juger ?  Depuis son arrivée, elle passe de la haine à la compassion, de la compassion à la haine.  Elle dort mal, les jours lui paraissent longs, elle est tiraillée entre ses sentiments contraires.

Il est vieux.  Il ne risque plus de causer de tort.  Elle se dit aussi que ses victimes ont depuis longtemps réorganisé leur vie, cherché à oublier.  Non, remuer le passé n’est pas la solution.  Mais quand même.  Ces doutes à son propos.  Ce que cela soulève en elle.

On l’a chargée de veiller sur lui.  Rien de plus.  Ses supérieurs ont été clairs : le vieux doit terminer sa vie dans le calme, à l’abri du monde et des remous.  Elle scrute le visage endormi.  Les traits sont fins, encore beaux.  Il a été bel homme.  Elle pince les lèvres, s’oblige à inspirer.  Si jamais ce qu’on raconte est vrai !  Et qu’on l’a caché !  Protégé !

Parfois, elle ferme à demi les yeux, comme si cela pouvait permettre de voir au-delà du physique, de pénétrer l’esprit de l’homme endormi, d’accéder à ses secrets.  Être certaine qu’il regrette lui rendrait ça plus facile, songe-t-elle.  Il a un sommeil agité.  Peut-être est-ce la confirmation qu’on lui a dit vrai.  Peut-être craint-il la mort ? Il est amaigri.  Silencieux.  Un agneau entre ses mains.  Elle a toujours obéi sans poser de questions. Aujourd’hui elle s’en sent capable.  Trop de doutes en elle.  Il a été le loup dans la bergerie.  Cette pensée ne la quitte pas.

Elle baisse les yeux sur son livre.  Elle est honteuse.  Ce qu’elle ressent l’effraie.  Elle se croyait incapable de haïr.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecIl a ouvert les yeux.  Il a encore fait un mauvais rêve.  Chaque fois, ça le réveille.  On le pourchasse, on l’attrape, on l’écartèle ou lui lance des pierres.  Il se réveille en sueurs.  Chaque fois, il attend que son cœur cesse de battre la chamade avant d’ouvrir les yeux et de les poser sur elle.  Elle est là en permanence, avec son demi-sourire, son regard dans lequel il ne parvient pas à lire.  Pourtant, il a l’habitude des regards.  La peur, la surprise, la haine, la soumission, le dédain, le plaisir même.  Les regards ont peu de secrets pour lui.  Pour l’instant, elle semble absorbée par la couverture du livre posé sur ses genoux.  Il lui semble qu’elle a les joues plus roses qu’à l’accoutumée.  Il se demande ce qu’elle sait de lui.  Si elle a appris, ce n’est pas de la bouche de leurs supérieurs.  Eux l’ont toujours couvert, caché.  Si elle sait, c’est qu’elle l’aura appris par l’une de ses sœurs.  On a beau vouloir que rien ne transpire, ce n’est pas toujours possible.  Il aimerait savoir.  Il échafaude un plan, gémit.  Elle lève les yeux.  Ce regard sur lui ne laisse rien transparaître, son visage est une façade impénétrable.  Il gémit une seconde fois, il pressent qu’elle s’approchera.  Elle est l’obéissance incarnée, on l’a sommée de veiller à son bien-être.  Peu importe ce qu’elle pense ou connaît de lui, elle obtempérera.  Il a visé juste.  Elle se lève, s’approche.  Le froissement de ses jupes l’une contre l’autre lui rappelle une époque plus heureuse.  Elle est maintenant près de lui, la tête penchée au-dessus de la sienne, une main en appui sur le bord du lit.  Sans hésiter, il saisit cette main et l’emprisonne.  Elle ne sursaute pas, ne cherche pas à se soustraire à l’étreinte.  Il plonge son regard dans le sien.  Ce regard bleu clair qui fait douter.  Limpide comme une eau.  Elle semble surprise, rien de plus.  Il relâche son étreinte.  Elle recule jusqu’à sa chaise, s’y rassoit.  Son visage a toujours son air impassible.  Elle se dit que son regard clair lui a servi d’alibi, elle en a soudain la conviction.  Les minutes passent, puis les heures.

Dehors, le jour décline.  Elle se lève, se rend fermer les rideaux.  Lorsqu’elle revient vers le lit, leurs regards se croisent.  Elle ne baissera pas les yeux, pas cette fois.  Se trouver à proximité de cet homme l’a transformée.  Elle doute maintenant de sa foi, le pardon lui sera impossible.  Depuis qu’il l’a touchée, lorsqu’elle le regarde, elle voit derrière lui ses victimes, filles et garçons confondus, de tous âges, qu’il a forcés à s’agenouiller devant lui.

Il n’a pas l’intention de soutenir ce regard dans lequel il ne lit rien.  Il n’a pas envie d’un affrontement avec elle.  S’il était encore jeune, toujours en position d’autorité, elle y serait passée comme les autres.  Cette pensée est sa victoire sur elle, sur son regard qui le fusille.  Il ferme les yeux.  Elle ne sera plus jamais tranquille, tiraillée entre sa haine pour lui et les vœux qu’elle a prononcés.

Dans le grand lit, il sourit.

Notice biographique

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

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Lou, une nouvelle de Dany Tremblay…

12 octobre 2016

LOU

Il s’appelle Lou. Efflanqué, un visage ingrat, une acné qui résiste.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

— La faute du stress ? a répété la mère, incrédule. Mon fils n’est pas le moins du monde stressé.

En effet, difficile de croire que Lou est anxieux. Démarche nonchalante, jamais pressé d’accourir lorsqu’on l’appelle, toujours à rêvasser le regard dans le vague.

Il a 15 ans, Lou, et il fréquente la polyvalente. Sa mère le dit solitaire, son contraire. À l’école, elle était une vedette, impliquée partout, une meneuse.

Lou, lui, est seul. Elle ne lui connaît pas d’amis. C’est l’âge, pense-t-elle, et puis les garçons, ce n’est pas comme les filles. Durant les cours, il est muet, le regard rivé à son pupitre. De l’avis de ses professeurs, un ado effacé, aux notes moyennes. Ni bon ni mauvais, simplement moyen. Les élèves, eux, savent que Lou redoute de parler devant la classe. Parce que peu importe la réponse qu’il donnera, il y perdra. On prétendra qu’il a joué à faire l’intéressant ou qu’il est un cancre, c’est selon.

Sur l’heure du dîner, il se terre près de la conciergerie. Les concierges le connaissent par son prénom. Il s’installe face à la porte ouverte, fait semblant de lire. Parfois un étudiant s’aventure jusqu’à sa retraite. Il évite de lever les yeux. Le moindre geste peut suffire à déclencher des agressions, certains s’offusquent d’un rien. Un faux pas, un simple regard de sa part, c’est ce qu’ils attendent, Lou le sait.

Depuis son entrée au secondaire, Lou est une ombre. Les grandes vacances, parfois, ça creuse des fossés infranchissables. On se quitte amis au printemps, se retrouve étrangers à l’automne. Durant l’été, il est devenu plus efflanqué alors que les autres ont élargi d’épaules et adopté une démarche d’homme. Lui n’a pas de modèle masculin, personne n’a idée de qui est son père. Le charmant petit Lou du primaire est devenu une fille manquée au secondaire, la risée des autres.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecAu début, il a riposté aux insultes verbales. Lorsqu’on a entrepris de le bousculer à la sortie des classes et de lui donner des jambettes, il a montré les poings. Lou, seul contre une meute, c’était perdu d’avance. Il n’était pas de taille, il le savait, eux aussi.

Il a commencé à se tenir à l’écart. Il a refusé de prendre l’autobus scolaire, préféré la marche, même les jours de grands froids. À destination, il attendait dans le sous-bois que la cloche qui annonce le début des cours sonne.

Ceux qui le pourchassaient ont compris son manège. Ils l’ont piégé, lié à un arbre, lui ont arraché ses vêtements, ont rigolé de son corps maigre. Lui les suppliait. L’ont traité de fille manquée, de tantouse, de tapette, de grande folle, de fifille à sa maman. Lui ont arraché son caleçon, l’ont suspendu au bout d’une branche après avoir écrit dessus, avec un crayon au feutre rose, en lettres carrées : Lou. Lui ont ensuite ordonné de courir, lui ont laissé une minute d’avance avant de se lancer à ses trousses.

Parvenu chez lui, il est demeuré tapi dans les aunes à l’arrière de la maison, à grelotter, jusqu’à ce que sa mère parte au travail. Barricadé dans sa chambre, il a pleuré et crié à tue-tête qu’il ne serait plus leur victime. Il a pleuré encore et crié plusieurs autres fois. Il a fini par s’endormir après s’être juré de leur résister.

Les jours suivants, il a feint d’être souffrant. Sa mère l’a gardé à la maison. Il en a profité pour réfléchir à une solution. Longuement. Sans trouver. Elle lui est venue par un concours de circonstances. Le samedi, sa mère l’a envoyé aux commissions. Il a emprunté un sentier inhabituel. À mi-chemin, il a surpris deux de ses tortionnaires en train de fumer un joint. L’idée lui est venue de les faire chanter. Lui restait à trouver le talon d’Achille des autres.

Les jours d’après, il a redoublé d’imagination et d’audace, les a suivis tour à tour pour trouver la faiblesse de chacun. Il leur a ensuite fait savoir qu’il allait les « stooler » si les agressions à son égard ne cessaient pas. On l’a laissé tranquille. Du moins quelque temps. Un soir, ils ont surgi. Cette fois, la correction a été bien pire, plus humiliante, plus dégradante. Lorsqu’ils en ont eu fini, le chef lui a expliqué comment les choses allaient se passer si l’envie de « stooler » le reprenait. Ce serait leur parole contre la sienne. Ils diraient que c’était une question de vengeance parce qu’ils ne l’avaient pas accepté dans leur gang.  Ils ajouteraient qu’ils l’avaient vu avec de jeunes garçons, des tout-petits, en train de leur faire des choses, des attouchements, genre. Lou a compris que rien n’était réglé. Il s’est senti encore plus seul, tellement différent.

Des semaines ont passé. Il a maigri.

Chaque jour, il changeait de parcours pour se rendre à l’école. Les fins de semaine, il se terrait dans sa chambre. Son acné a empiré, des cernes noirs sont apparus sous ses yeux. Sa mère a commencé à s’inquiéter, il esquivait ses questions, elle a cru qu’il consommait de la drogue.

Sans trop savoir comment, il est parvenu à les éviter, puis c’est arrivé. Il a pensé qu’en passant par le belvédère, il ne risquait rien. Au détour du sentier, il est arrivé face à face avec eux et la course s’est amorcée jusqu’à la falaise où Lou se tient à l’instant même.

Durant la dernière semaine, il a encore maigri. Il est facile de croire qu’un coup de vent peut le soulever, le projeter à des lieues de cet endroit, comme une feuille détachée de l’arbre. Derrière lui, en bas, la rivière est à son plus haut, la marée sur son descendant. S’il chute, il a peut-être une chance de s’en sortir, une toute petite chance. La hauteur, le courant, l’eau glacée. Contre eux en face de lui, cependant, il n’en a aucune. Ils ne le lâcheront pas, ne le lâcheront jamais. Ils sont sept, huit, peut-être davantage. Lou a les yeux pleins de larmes, il lui est impossible de compter. Il serre les poings de rage. Sa décision est prise, s’ils avancent, il saute.

Ce sont des lâches. Ils ne lui laissent pas le choix.alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Il recule d’un pas.

Ceux en face de lui ne ricanent plus, ils ont des airs sérieux comme il ne leur en a jamais vu. Ils ont compris. L’un d’entre eux tend la main, dit : « C’était pour rire, Lou, juste pour rire, je te le jure ». Le gars l’a appelé par son prénom, pas comme ils en ont l’habitude, pas comme « la fille manquée, la tantouse, la tapette, la grande folle, la fifille à sa maman ». Lou sourit, de rage. Ses larmes cessent.

Une blague !

Lui ne l’a jamais trouvée drôle.

Lui, il ne rit plus depuis longtemps.

Il baisse le menton, le regard par en dessous, il les fixe. Son regard est noir, mauvais, chargé de colère.

Puis il leur tourne le dos, s’élance, plonge du haut de la falaise sans un cri.

Derrière lui, la même excuse d’une bouche à l’autre, pareille à un mantra fait écho : « C’était pour rire, juste pour rire. »

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…


Guichet 10, une nouvelle de Dany Tremblay…

18 septembre 2016

Guichet 10

À Jean-Arthur

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La première fois où je l’ai vu, j’allais renouveler mon permis de conduire.  Nous étions en mai, un après-midi de soleil.  J’en avais déduit que le bureau des véhicules serait désert.  Je ne m’étais pas trompée.

J’ai pris un numéro au distributeur à l’entrée.  A59.  Je m’en souviens.  A pour Arthur, 59 pour l’année de ma naissance.  Puis, j’ai marché jusqu’au centre de la salle sans regarder personne.  Au moment où je me suis assise, on a appelé A48 au guichet 18.  A48 s’est levé, je l’ai accompagné du regard.  Lorsqu’il a placé les coudes sur le comptoir face au guichet 18, ça a cessé de clignoter sur l’écran.

J’avais une revue.  Je l’ai posée sur mes genoux, suis demeurée attentive à l’appel des numéros.  A49 est apparu sur l’écran.  Après quelque temps, une voix de femme a appelé A49, guichet 15.  Dans la salle, personne n’a bougé ; A49 a continué de clignoter.

J’ai tourné la tête vers la gauche et je l’ai vu.  Il se tenait derrière le guichet 10.  Le bouton du haut de sa chemise était défait.  Nos regards se sont croisés.  Le mien a glissé sur lui, est allé se perdre dans le fond de la salle.  Le sien est demeuré sur moi, il me détaillait, je n’avais pas besoin de regarder pour savoir.

Il était de grandeur moyenne, de grosseur moyenne, les cheveux clairs, le front dégarni, la quarantaine avancée.  Peut-être avait-il franchi les cinquante ans.  J’avais à peine posé les yeux sur lui, j’étais pourtant capable de le décrire.  Ses yeux surtout.  D’un bleu intense.  Couleur océane.  Impossible de ne pas les remarquer.  Même à cette distance.  Malgré ses verres.

Ils étaient quatre préposés.  Lui au guichet 10, un autre homme au guichet 18 et deux femmes.  Lorsque nos regards se sont rencontrés, j’ai détourné la tête.  J’ai attendu avant de jeter à nouveau un œil vers lui.  Lorsque je me suis décidée, lui aussi me regardait.

A50, A51, A52 ont défilé.  Le préposé aux yeux bleus et moi jouions à cache-cache.  Son regard est devenu insistant à plusieurs reprises.  Je n’ai jamais osé le soutenir.

A57 est apparu.  Mon tour s’en venait.  J’espérais ne pas être appelée au guichet 10.

À 58, j’ai cessé de regarder dans sa direction.  A59 guichet 18 s’est affiché sur l’écran.  J’ai été soulagée.  Je me suis levée, plutôt raide, appliquée à rentrer le ventre.  Trois minutes plus tard, mon permis était renouvelé.  J’ai rangé mes papiers dans mon porte-cartes, tourné le dos au guichet 18 et me suis retrouvée en face de lui.  Je crois qu’il souriait.  J’ai baissé les yeux trop vite pour en être sûre.  J’ai marché vers la sortie.  Au moment de pousser la porte, je lui ai lancé un dernier regard.  Cette fois, aucun doute, il m’a souri.  Quelques coins de rue plus loin, je l’avais oublié.

Ma deuxième rencontre avec lui s’est produite à la mi-septembre.  J’accompagnais mon père.  On exigeait qu’il repasse son permis de conduire.  Papa avait été le pilier de la famille.  Ça avait basculé en une nuit.  Infarctus, eau sur les poumons, complications de toutes sortes.  Sa survie dépendait maintenant d’une machine à oxygène, d’un pacemaker, de timbres de nitro, d’une batterie de pilules et des soins de ma mère.  En peu de temps, papa avait vécu une série de deuils.

Lui et moi étions dans la cour.  On nous avait dit que quelqu’un viendrait nous y rejoindre.  Je l’ai aperçu qui sortait de la bâtisse.  C’était le gars du guichet 10.  Il s’est présenté à mon père, m’a saluée d’un signe de tête.  Je suis incapable de dire s’il m’a reconnue.  Il a expliqué à papa comment ça se passerait.  Ils allaient partir ensemble, circuler dans les rues du quartier, puis rouler un bout sur l’autoroute.  Il parlait d’une petite demi-heure.  Il était poli, sa voix était agréable.  Je me suis éloignée d’eux.  Je ne voulais pas gêner mon père.  Je les ai regardés partir :  papa au volant, amaigri, lui sur le siège du passager, à noter quelque chose sur son formulaire.

Lorsqu’ils sont revenus, mon père, d’ordinaire peu bavard, en avait long à dire.  Je ne l’avais jamais vu ainsi.  Ils étaient sortis de la voiture, s’en étaient éloignés.  Je me tenais à une quarantaine de pieds d’eux.  Mon père faisait de grands gestes.  Je me suis demandé ce qu’il racontait.  L’homme du guichet 10 écoutait, la tête inclinée, l’air toujours paisible.  Papa a fini par se taire, est demeuré immobile.  L’homme du guichet 10 est disparu dans la bâtisse.  J’ai rejoint mon père, glissé mon bras sous le sien et nous sommes entrés à notre tour.

Dans la salle d’attente, nous nous sommes assis, épaule contre épaule.  Papa était silencieux.  Je sentais sa peur.  Lui retirer son permis serait lui donner l’assaut final.  Mon père s’était fait tout seul.  Acquérir sa première voiture avait été synonyme de réussite.  À dix ans, il s’était déniché un emploi et rapportait de l’argent à la maison.  Toute sa vie, il avait aidé les autres.  Il avait l’habitude de donner, pas de demander.  Papa malade, maman s’était procuré un temporaire.  Elle n’envisageait pas de repasser son permis.  Ça viendrait, pourtant.  C’était inévitable.  Ils avaient seulement besoin de temps.  J’ai placé ma main sur celle de mon père.

L’homme du guichet 10 a quitté son comptoir, est venu vers nous.  À ma grande surprise, il s’est adressé à moi.  J’ai souri à papa et me suis levée pour le suivre.  Il avait regagné sa place derrière le comptoir.  Je me suis installée face à lui.  Il a placé une feuille entre nous, y a dessiné deux lignes parallèles.  Plus bas, il en a tracé deux autres, parallèles elles aussi, mais recourbées.  Il a relevé la tête, m’a regardée en silence, s’est repenché sur son dessin.

— Ton père a plus ou moins réussi l’examen, a-t-il fini par dire.

Sa voix était douce.  Il a poussé la feuille vers moi et avec son crayon, a pointé les deux lignes droites.

— Dans les bouts droits, il conduisait trop près de la ligne du milieu.

Il m’a regardée, s’est de nouveau concentré sur les lignes qu’il avait tracées sur la feuille.

— Dans les courbes…

Il a pointé les deux lignes recourbées avec la pointe de son crayon.

—… il s’est retrouvé dans l’autre voie, celle en sens inverse.  Ça s’est produit plusieurs fois.

Avec le crayon, il a entrepris de m’illustrer la trajectoire suivie par la voiture dans les courbes.  Je fixais la feuille.  Je me demandais comment j’allais expliquer à papa qu’on lui retirait son permis.  Mon père avait un moral de fer.  Il croyait dur qu’il prendrait du mieux.  Ça n’arriverait pourtant jamais.  L’un de ses poumons était comme de la roche.  Pour l’autre :  une question de temps.  Ce qui restait de son ancienne existence se résumait à sortir boire un café en après-midi.  Maman le conduisait.  Une escapade d’une demi-heure.  Sans le permis de papa, au diable tout cela.  J’ai regardé dans le vague.  L’homme du guichet 10 a senti mon désarroi, j’en suis certaine.  Le silence entre nous s’est étiré, puis il a dit :

— Je vais renouveler son permis.

J’ai levé la tête.  Il avait un regard clair.  Aucun doute, cet homme était hors du commun.

Au moment de quitter, je lui ai jeté un regard.  Il souriait.  Je lui ai rendu son sourire, je me sentais de connivence avec lui.

Dans la voiture, papa a gardé le silence, regardait par la fenêtre.  Je songeais au gars du guichet 10.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecLa troisième fois, je l’ai vu dans le journal, quatre mois après qu’il ait renouvelé le permis de papa.  J’ai appris son nom à ce moment, Arthur, qu’il avait dépassé de peu la cinquantaine.  Je venais de me servir un café, quelqu’un avait laissé le journal ouvert.  Je me suis approchée.  Sa photo était au centre.  Je me suis approchée plus près pour être sûre.  C’était bien lui.

 Je suis allée au salon funéraire.  On avait placé une photo sur le couvercle de sa tombe.  Il était tel que je l’avais vu au bureau des véhicules.  Je n’ai parlé à personne, suis demeurée à l’écart, contre le cadre de porte, un pied dans l’entrée, l’autre dans le salon où on l’avait exposé.  Je me voulais invisible.

Quatre ans plus tard, papa a toujours son permis, mais n’a jamais repris le volant.  Chaque après-midi, il sort boire un café.  Une sortie d’à peine une demi-heure.  Maman le conduit.

De mon côté, je songe souvent à Arthur.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Danse, une nouvelle de Dany Tremblay…

30 mai 2016

Danse

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLorsque je vous ai vu, j’ai su. Vous étiez fou de son corps mince, de ses fesses. J’ai deviné que, dès le premier soir, vous l’aviez suivie des yeux, sans jamais la lâcher après. Vous occupiez toujours la même table, le long de la scène, dans l’espoir d’un regard, d’un sourire, d’une parole d’elle. J’étais moi-même incapable de vous oublier, de me détacher de vous.

Quand vous êtes entré, elle dansait. Vous veniez de vous asseoir quand elle a obliqué vers vous, en lenteur, en dansant sur scène. Vis-à-vis votre table, elle s’est balancée sur place, en faisant des mouvements du bassin, vous a glissé quelques mots. Votre trouble était évident. Je l’ai compris à votre sourire, à cette rougeur sur vos joues malgré votre quarantaine, à cette façon de tenir votre verre et de le porter à vos lèvres.

Lorsque la musique s’est tue, l’homme dans la boîte du fond a annoncé le spectacle d’une autre fille. Vous vous êtes agité sur votre siège. Vous saviez qu’elle viendrait à vous. Elle est descendue de l’estrade, a pris son temps, consciente des regards, du vôtre en particulier. À la voir emprunter cette démarche, ce déhanchement, j’ai eu mal pour vous. Si vous saviez.

Elle a circulé entre les tables, sûre d’elle, la tête un peu inclinée sur l’épaule. Elle s’est dirigée vers votre table, a soutenu votre regard, comme si elle se trouvait là pour vous seul. Je vous ai vu fondre devant elle. Sans que vous paraissiez le remarquer, son regard a voyagé dans la salle, est revenu à vous, ennuyé. Elle est demeurée à vos côtés, une main sur la hanche, le poids de son corps sur une seule jambe, le temps de quelques politesses. Elle est restée jusqu’au moment où celui pour qui son regard fouillait le noir apparaisse, se choisisse une place. J’ai vu, à votre attitude, que la gêne, comme la peur de perdre, vous retenait.

Elle s’est tournée vers lui. Vous n’existiez plus. J’ai vu la souffrance sur votre visage lorsqu’il s’est approché d’elle. Vous l’avez vue s’animer, devenir différente, éprouver une émotion certaine. Je vous ai vu vous effondrer sur votre chaise, rentrer les épaules, les haïr tous les deux d’un seul coup, vous qui aviez été assez fou d’elle pour lui porter respect, ne jamais l’obliger, payer.

Quand votre regard est devenu noir, j’ai pressenti la suite.

Dans le journal, on a écrit que vous pleuriez en silence, teniez son corps pressé contre le vôtre. J’imagine que c’est en douceur que vous avez resserré votre étreinte ; qu’au début, elle vous a fixé sans comprendre. Vos mains, autour de son cou, devaient paraître immenses.

J’aime croire que, malgré l’épouvante et le manque d’air, elle a fermé les yeux, s’est laissée aller ; que dans cet ultime moment d’abandon, elle a compris. Je sais qu’elle s’est endormie pour de bon en se revoyant sur scène, toutes lumières dirigées sur elle, tous les regards aussi, et que même là, prisonnière de vos bras et de vos mains, elle vous a échappé.

Vous avez eu l’impression que vos mains ne vous appartenaient plus tout à fait, et àchat qui louche maykan alain gagnon francophonie l’instant où elle a clos les yeux, vous vous êtes retrouvé loin, dans la fumée et les vapeurs de bière, assis à votre table, redevenu adolescent devant elle.

Vous ne pourrez pas vous empêcher de rêver à son corps, très mince, tout en longueur, à ses fesses rondes et fermes ― presque un corps de jeune garçon, d’autant plus troublant pour vous. Vous n’oublierez jamais que dès la première fois, vous l’avez suivie des yeux, sans plus la lâcher après, comme drogué, soir après soir, toujours à la même table le long de la scène, dans l’espoir fou d’un regard, d’un sourire, d’un mot.

De votre nom prononcé par elle.

(Nouvelle tirée d’un recueil intitulé Tous les chemins mènent à l’ombre, La Grenouille, 2009.)

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…


Recto/verso, une nouvelle de Dany Tremblay…

11 novembre 2015

Recto/Verso

Difficile de lui donner un âge. La quarantaine en tout cas. En compagnie de deux femmes qu’elle délaissait à toutchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec bout de champ pour aller au-devant de gens qu’elle embrassait sur les joues. Ses mains me fascinaient. Aériennes malgré les bagues, des cabochons aux formes rebondies, dorés et massifs, un pour chaque doigt. Ses ongles étaient vernis de la même couleur que sa robe. Ils pointaient en direction du ciel alors que la paume de sa main prenait appui sur l’épaule de son interlocuteur. On aurait juré des papillons.
En face de moi, Claude parlait, parlait, parlait. J’écoutais à demi. J’étais captive de cette femme qui portait toute son attention sur son interlocuteur, comme s’il n’y avait eu qu’eux sur cette terrasse. Fascinante. Elle était simplement fascinante. Lorsqu’elle revenait à sa table où les deux autres l’attendaient, elle s’arrêtait en chemin, échangeait avec l’un et l’autre. Elle connaissait un tas de monde. Des hommes surtout. Ça me rendait jalouse, j’avoue. Lorsqu’elle riait, elle renversait la tête. Je me disais que celui à qui elle tendait ainsi son cou devait être tenté de le baiser. Le reste du temps, elle souriait, la tête inclinée sur l’épaule. Au contraire de moi, elle fixait ses interlocuteurs dans les yeux, en battant des cils, à la façon de certaines actrices. Elle portait un collier de perles argent à rang triple. Un bijou extravagant. Sans doute coûteux. Je n’aurais jamais osé. Je la trouvais belle et sexy, j’étais hypnotisée par elle. C’est fou, je sais. Mais elle était si à l’aise parmi tous ces gens alors que j’étais d’une telle maladresse ! J’aurais fondu sur place, avoir été elle, avec tous ces regards sur moi. Sa façon de se déplacer me laissait bouche bée. Elle dansait, on aurait dit. Je n’aurais pas fait dix pas avec ça aux pieds. Des talons interminables. Je ne me serais jamais levée de ma chaise avec pareille robe sur le dos. Un vêtement qui la sculptait, court, d’un rouge vif, à mi-cuisse, dernier cri. Son corps était un défi au temps. Je l’enviais, vous n’avez pas idée.
J’étais obèse. Ronde de partout. Depuis l’enfance. Nous étions une génération entière à l’être. Malgré les régimes de toutes sortes. J’étais bien plus jeune que cette femme. Bien plus grosse. Pour moi, les occasions de sorties étaient raretés. Claude, mon voisin de palier, m’avait tendu la perche. Les terrasses venaient d’ouvrir, la soirée s’annonçait chaude, une exception en ce temps de l’année. Je m’étais dit pourquoi pas une petite virée en ville ? Et voilà le résultat, je me tenais droite sur ma chaise, à vivre l’instant à travers elle. Par procuration comme. Face à moi, Claude parlait, parlait, parlait. S’il avait été possible de le téléporter, j’aurais claqué des doigts. Derrière lui, cette femme emplissait mon horizon. Tout mon horizon.

∞∞∞

Grotesque. Elle était grotesque. Ta mère aurait agi de la sorte que tu aurais eu honte. Elle était accompagnée de deux femmes. Deux pareilles à elle. Vêtues aussi courtement, dans des teintes criardes, fardées avec exagération, pleine de breloques de mauvais goût. Elles étaient indécentes et déplacées, voilà. Elles avaient choisi une table placée dans un coin. De façon à voir arriver les gens d’un côté ou de l’autre de la rue, de l’une ou l’autre des ruelles qui donnaient sur la principale, tu l’aurais parié. La plus âgée, du moins elle semblait la plus âgée, était la pire des trois. La bougeotte, le regard qui fouille parmi les passants, une espèce d’énervement qui aurait pu passer pour de la fébrilité ou du plaisir, celui de retrouver une vieille connaissance, quoique, tu n’étais pas dupe. Tu connaissais le moineau. Elle s’esclaffait pour des riens, cherchait les regards, visait à devenir le point de mire. Une adolescente en chaleur qui veut se faire voir, as-tu pensé. Une de plus à refuser de vieillir et à jouer à la donzelle.
Tu t’es mise à l’étudier. Après tout, l’étude des comportements, c’est ton domaine. Aussitôt qu’une connaissance chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecapparaissait dans son champ de vision, elle se trémoussait sur sa chaise, s’excitait. Sa connaissance mettait pied sur la terrasse et elle se précipitait sur elle. C’était son prétexte pour parader. Elle s’avançait à sa rencontre les bras ouverts, affichait un demi-sourire, battait des cils. Tu secouais la tête, te promettais de ne jamais, oh grand jamais te comporter de la sorte. Elle embrassait comme dans les films français, sans toucher l’autre, s’appliquait à certaines distances. Ses lèvres baisaient le vide. À gauche d’abord, à droite ensuite. Elle était insignifiante. Maniérée. Artificielle. Les mots pour la qualifier ne te manquaient pas. Pendant qu’elle parlait au nouveau venu, tu regardais ses mains. Leur gestuelle. Elle avait dû les observer dans la glace des milliers de fois, reproduire les gestes jusqu’à ce que ça devienne de la mécanique. Elle pointait au ciel ses ongles vernis de rouge, plaçait la paume de sa main sur l’épaule de son interlocuteur et vlan, gardait la pose. Elle manquait de naturel en toutes choses. Jusqu’à sa façon de repousser du bout de l’index cette mèche qui fuyait de son chignon et chatouillait son front. Une gloire dépassée, voilà ce que tu as songé. Elle était grotesque. Grotesque. C’est le mot qui en bout de compte te revenait à l’esprit. Tu t’es mise à éprouver de la pitié, à vraiment en éprouver et tu as choisi de ne plus la regarder.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

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Lapsus chien, une nouvelle de Dany Tremblay…

14 mai 2015

Lapsus chien

« Parler me fait peur parce que, ne disant jamais assez,
je dis aussi toujours trop. »
Jacques Derrida

La Blonde laisserait à d’autres le soin d’affronter l’hiver. Lorsqu’elle reviendrait, c’enchat qui louche maykan alain gagnon francophonie serait terminé des froids, des tempêtes. Elle se voyait déjà sur la plage, dans une longue chaise, son livre près d’elle. Les serveurs de l’hôtel seraient empressés, comme s’il n’y avait qu’elle. Elle leur rendrait leur sourire ; parfois, son regard s’abîmerait un moment dans le verre de boisson colorée que l’un d’eux lui apporterait. Peut-être vivrait-elle une idylle ! Elle avait entendu de ces histoires ! On lui avait assuré que ça pouvait se produire, au moment où elle s’y attendrait le moins ! Elle lèverait les barrières, ces interdits qu’elle s’imposait au quotidien, elle s’en était fait la promesse.
Pour s’offrir un hiver dans le Sud, la Blonde avait trimé dur. À ce jour, les aéroports signifiaient pour elle « accompagner ceux qui partent ». Elle avait été celle qui se retrouve avec les clés de la voiture et de la maison ; elle était le bras sur lequel échoue le manteau doublé, celle à qui l’on rappelle d’arroser les plantes, de ramasser le courrier, de nourrir le chien, de le promener.
« On t’enverra une carte postale, te ramènerons un souvenir », entendait-elle avant qu’ils disparaissent parmi les autres voyageurs, de l’autre côté, dans un espace où elle n’existait plus.
Parfois, après y avoir conduit quelqu’un, elle s’attardait dans l’aéroport. Une vitre haute de deux étages permettait de voir les passagers sur le point de s’embarquer. Elle s’immobilisait devant cette vitre, posait son front contre et cherchait à retrouver un visage connu dans la foule. Quand elle en repérait un, elle envoyait de grands signes de la main. Elle ressentait une étrange tristesse, avait chaque fois ce serrement dans la gorge. Les départs l’angoissaient sans qu’elle sache au juste pourquoi.
Cette fois, cependant, ça ne se passerait pas ainsi. C’est à elle qu’on enverrait des au revoir de la main au travers de la vitre haute de deux étages. La Blonde n’avait jamais vu l’océan, jamais humé le varech, jamais liché le sel de mer qui colle à la peau. À l’automne, elle avait suivi des cours d’espagnol, elle saurait se débrouiller. De toute manière, elle avait déjà rencontré des étrangers. Elle travaillait comme serveuse au terminus voyageur. Les derniers étés, elle avait servi des Allemands, des Anglais, des Belges, des Français, des Espagnols. Les premiers temps, ça l’avait rendue nerveuse, elle craignait de ne pas les comprendre, qu’ils se moquent d’elle. Elle a vite réalisé que communiquer allait au-delà des mots, qu’il y avait le corps, les signes. Elle et les étrangers étaient toujours parvenus à s’entendre. Elle se sentait prête, fin prête pour partir. Il restait une chose à régler : le cas de Petitloup.
La Blonde a songé à demander à la Brune. Alors qu’elle habitait la maison du lac, elle avait logé chez elle la chienne de cette dernière. À plusieurs reprises en plus. La bête mâchouillait les plantes, les chaussures, les bas. Malgré cela, elle avait toujours accepté de l’accueillir. Lorsque la Brune revenait de voyage, passait chercher son bébé, comme elle l’appelait, la blonde se promettait que la prochaine fois, elle refuserait de la garder, se trouverait un prétexte. Elle finissait quand même par dire oui, prenait auprès d’elle l’animal que tous jugeaient insupportable. Elle ne savait pas refuser.
La Brune a été ravie de la voir arriver. Elle l’a invitée à s’installer en face d’elle. Un bureau large comme un boulevard les séparait l’une de l’autre. La Blonde n’en avait jamais vu de semblable, d’aussi imposant, a murmuré un wow qui en exprimait long.
La Brune s’est montrée emballée par le voyage que l’autre allait entreprendre, a posé quelques questions, s’est dite désolée de ne pouvoir garder Petitloup durant son absence.
— Déjà un chien, tu comprends ?
— C’est une vieille bête, il n’a pas besoin d’exercice, ne pense qu’à dormir, a expliqué la Blonde, sans chercher à convaincre.
La Brune n’a rien ajouté. Elle s’est calée dans son fauteuil, a attendu que la Blonde exprime quelque chose, ou se lève. Le silence s’est prolongé. De l’avis de la Brune, un silence trop long, sans contredit déplaisant, qui lui a laissé du temps pour toussoter, froncer les sourcils, se redresser dans son fauteuil, se retenir de respirer. En face d’elle, la Blonde, immobile, pensait aux clients allemands qu’elle avait servis au restaurant du terminus, aux grands gestes qu’ils faisaient pour qu’elle comprenne ce qu’ils attendaient d’elle. Elle a pensé à ces Européens qui lui avaient donné leur adresse, à ces Espagnols avec qui elle avait échangé des regards, des sourires, des accolades. Elle s’est finalement attardée à la portée du silence qui s’allongeait entre elle et la Brune, à ce moment très précis.
— Je comprends, a-t-elle fini par murmurer. Je comprends.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDu coup, la Brune s’est remise à respirer, soulagée. Elle s’est levée de son fauteuil. De l’autre côté du bureau, la Blonde avait entrepris de fixer le plancher, s’est perdue quelques secondes dans la contemplation des fleurs du tapis. Lorsqu’elle s’est décidée à quitter son siège, elle a aussitôt tourné les talons, a marché jusqu’à la porte.

La Brune aurait aimé dire quelque chose, a cherché quoi, mais n’a rien trouvé. La Blonde a ouvert la porte. De sa main libre, elle a éteint la lumière, a franchi le seuil et a refermé derrière elle.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

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Les loups, une nouvelle de Dany Tremblay…

13 avril 2015

Les loupschat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Chaque matin, Jonas passe devant la butte du loup. C’est comme ça qu’il l’appelle. Plusieurs semaines qu’il y voit la bête, sa silhouette se découpe à l’horizon. Tous deux s’observent jusqu’à ce que le soleil monte en altitude, que la bête lui tourne le dos et s’enfonce dans les bois.

Leur première rencontre a eu lieu au village. Jonas achevait sa tournée de journaux, le loup se tenait au bout de sa rue. Il a d’abord cru que c’était un grand chien. La bête le fixait de ses yeux jaunes. À force de la détailler, il a douté, ce n’était peut-être pas un chien après tout. Son grand-père lui avait parlé des bêtes sauvages. Dans son temps, disait-il, les ours n’attaquaient pas les hommes. Son grand-père prétendait que les humains bafouaient la nature et qu’un jour, ils paieraient pour ça. Jonas l’écoutait les yeux ronds.

Quand même ! Un loup dans son village ! Au bout de sa rue !

Face à la bête aux yeux jaunes, Jonas avait baissé le regard, fixé un point au bord du chemin, gonflé le poitrail pour paraître imposant. Il s’était éloigné avec lenteur. À reculons. Hors de vue, il avait couru, était entré en coup de vent. Sa mère avait crié de ne pas claquer la porte. Dans la cuisine, son père déjeunait. Il était passé sans rien dire, pâle comme s’il avait vu un mort, encore à se demander si c’était un chien ou un loup. Il y avait pensé toute la journée et le soir avait eu du mal à s’endormir. Le lendemain, il avait livré ses journaux la peur au ventre, se retournant tous les dix pieds.

Ensuite, sept jours ont passé sans qu’il rencontre la bête. Il a cru que, chien ou loup, elle était maintenant loin. À l’aube du huitième jour, au détour d’une rue, il l’a revue. Debout, elle le fixait. Jonas s’est illico transformé en statue. Après un moment, le loup a baissé les yeux, lui a tourné le dos, est disparu. De retour chez lui, il a cherché des photos de loups sur son ordinateur, les a examinées durant des heures.

Un loup ! Il avait rencontré un loup ! En plein village ! Deux fois !

Les jours d’après, plus de trace de la bête. Une autre fois, il a pensé qu’il ne la reverrait plus. Il se trompait. Un matin, sur la fin de sa tournée, elle se tenait sur la butte. Le soir, il a placé dans son sac à journaux une barre de fer, au cas, et décidé de ne parler de cette histoire à personne. On rirait de lui. Déjà qu’à l’école on le surnommait « Jonas dans la baleine ».

Depuis, il l’aperçoit sur la butte chaque matin. Mai et juin ont passé, juillet est entamé, au total, quatre-vingts matins qu’ils se rencontrent. Jonas marque chaque fois d’un trait le calendrier à la tête de son lit. Un après-midi, il calcule qu’il lui faudrait vingt minutes pour monter sur la butte. L’envie d’y aller le tourmente. Si la bête lui avait voulu du mal, elle lui serait tombée dessus depuis longtemps. Après quelques hésitations, il abandonne sa place sur la galerie. En chemin, il s’immobilise pour écouter les bruits. Ne lui proviennent que ceux des automobiles, de l’autre côté des arbres. Il a autrefois emprunté ce sentier avec son père, il se souvient du chant incessant des oiseaux. Pour l’instant, c’est le silence.

Au sommet de la butte, il a le souffle court. La peur, l’excitation d’avoir désobéi à son père, aussi parce qu’il a couru les derniers mètres. Il regarde au-delà où le bois s’épaissit. Il scrute la forêt d’épinettes, se répète qu’il est fou alors que ses pieds foulent le sol de mousse. Puis il les découvre. Plusieurs loups assis ou couchés au pied des arbres. À le fixer. Il avale de travers, recule d’un pas. L’une des bêtes se lève. Il maudit son audace. Elle lui semble immense. Elle va bondir, c’est une certitude. Il ferme les yeux, attend, rien ne se passe. Lorsqu’il les ouvre à nouveau, le loup aux yeux jaunes est là, fait mur entre lui et les autres. Il en profite pour dévaler jusque chez lui où il s’enferme dans sa chambre, le cœur battant, les jambes en flanelle.

Le lendemain, le loup est à sa place sur la butte. Jonas, qui n’a pas dormi, lui envoie un signe de tête. La bête l’a sauvé. Il est tenté d’en parler à son père. La crainte d’être puni le retient.

Quelques jours plus tard, il lit dans le journal qu’un loup a attaqué un cycliste. Désormais, s’il en parle, on le croira, c’est certain. D’autant que l’incident s’est produit près de la butte. C’est au milieu du repas du soir qu’il se décide et déclare que chaque matin il voit un loup. Il avoue aussi être allé au-delà de la limite permise, constaté qu’ils étaient plusieurs. L’un d’eux s’apprêtait à l’attaquer et celui aux yeux jaunes l’a protégé. Un interminable silence suit sa confession. Sa sœur sourit. Sa mère secoue la tête. Son père se dit que son gars ne manque pas d’imagination. Il lui rappelle l’interdiction pour les escapades du côté de la butte, du danger de se perdre en forêt. Il passera l’éponge pour cette fois, dit-il, mais lui intime de cesser de raconter ces histoires abracadabrantes.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes jours d’après, plus de loup, comme si la bête a deviné que Jonas avait parlé, rompu un pacte secret. Il continue de livrer les journaux, de surveiller chaque bout de rue, la butte. La bête demeure invisible. L’envie de retourner voir le tenaille. Un après-midi, c’est plus fort que lui, il emprunte à nouveau le sentier qui mène au sommet. C’est l’automne, le sol couvert de branches craque sous ses pas. Il n’a pas long à parcourir avant de les trouver. Des dizaines de loups. La grande bête s’y trouve aussi. On jurerait qu’elle l’attendait. Elle le fixe de ses yeux jaunes. Les autres derrière ne bougent pas. Ils sont ici pour rester, songe Jonas. Ils sont venus reprendre leur dû. Son grand-père l’avait prévenu. Malgré leur nombre, il est surpris de ne pas avoir peur. Pas autant qu’il l’aurait cru en tout cas. Il ne s’explique pas comment cela est possible, il croit entendre le loup dans sa tête, se dit qu’il devient fou.

Il rentre de son escapade désorienté. Personne ne le croira. Une pareille meute ! Sans qu’on l’ait attaqué ! Il ne doit pas parler de cela. S’il raconte que la bête a communiqué avec lui, on l’enfermera.

L’automne s’achève. Chaque matin, Jonas scrute la butte où la bête n’est jamais réapparue. Le soir, il sort sur la véranda, étudie l’horizon. Il lui semble que des milliers de yeux luisent dans le noir, regardent vers le village. Il se répète que ce sont des lucioles. Ses nuits sont agitées, peuplées de cauchemars. Il pense à eux sans cesse, a fini par parler d’eux à l’école, s’est aussi échappé à la maison. Il les a vus, il le jure. Ils sont des dizaines, des centaines même ! Un soir, après le souper, il sort une carte, l’étend sur la table. Regarde, dit-il à son père, autour de nous, c’est la forêt à perte de vue. On va être isolé du monde, papa. Ils vont nous encercler. Son père fronce les sourcils. Plus tard, il entend ses parents qui discutent. Au matin, sa mère le conduit chez le médecin. Jonas lui raconte son histoire de grand loup aux yeux jaunes. Le médecin conclut que la mésaventure du cycliste et les histoires du grand-père lui ont farci l’imagination. Il explique à Jonas que s’il persiste à raconter des choses pareilles, on doutera de sa raison et que… Jonas l’écoute les yeux ronds, aussi ronds que lorsqu’il écoutait les histoires de son grand-père. Il se promet de ne plus parler des loups.

Maintenant, il dort de moins en moins et les observe. Leurs yeux brillent dans le noir. D’une nuit à l’autre, ils sont plus nombreux.

Il ne fréquente plus l’école. Il livre ses journaux, passe le reste du temps dans sa chambre, à la fenêtre.

Il n’a pas peur, la bête aux yeux jaunes est là pour veiller sur lui, il en est certain.

L’hiver est proche.

C’est pour bientôt. Il le sait.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieDany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.  En mai de cette année, elle a publié aux éditions JCL un récit témoignage : Un sein en moins ! Et après…

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Félicitations à Dany Tremblay…

14 novembre 2014

Tous les chemins mènent à l’ombre, recueil de nouvelles de Dany Tremblay, remporte le Prix littéraire Récit 2010

Voici ce qu’en écrivait le jury du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean :

Nouvelliste de talent, Dany Tremblay excelle dans la création d’ambiances inquiétantes, à la limite duchat qui louche maykan alain gagnon francophonie soutenable. Ses nouvelles, qui scrutent le côté sombre de l’existence, ont une force telle qu’elles hantent le lecteur et l’habitent bien après qu’il ait quitté les pages de son recueil. D’un texte à l’autre, la lumière se raréfie : les personnages sont immergés dans le clair-obscur, la brunante, le jais et l’encre, le black-out, les trous noirs et autres espaces temps. Ses écrits matraques, dont l’unité est remarquable, évoquent la part d’ombre de gens marginaux, borderline, en plein dérapage. Sans une ligne en trop, l’auteure entre directement dans le vif du sujet, là où la tourmente bat son plein, jouant d’images puissantes pour recréer le malaise suprême, la chute vers des abîmes de paranoïa, de folie, de vengeance, de méchanceté. Et à travers toute cette noirceur, Tous les chemins mènent à l’ombre trouve sa lumière dans l’écriture simple, coulante, épurée et efficace de Dany Tremblay.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieQuelque part où le Saguenay se noie dans le Fleuve, Dany T. a créé un monde bien à elle qu’elle dépeint également dans une langue bien à elle.  Une des meilleures nouvellistes de ce début de siècle.

Des récits sobres par leur forme, mais d’une extravagance vivifiante de par leurs personnages et situations. Un auteur qui écrit par nécessité, avec la calme assurance du marin qui murmure ses confidences à la buvette à matelot. Lire Dany T., c’est se dépayser et partager un univers neuf. (Alain Gagnon)


Le miroir aux alouettes… Un roman-nouvelles de Dany Tremblay…

27 novembre 2011

(Il nous fait particulièrement plaisir de représenter cet ouvrage de l’auteure et éditrice Dany Tremblay.  Dans un secteur d’activités connexe, elle poursuit avec audace et brio un peu de la mission du CQL.  AG)

L’originalité de Miroirs aux alouettes tient dans la présence des Intermèdes de Martial Ouellet, lui-même originaire de Baie-Sainte-Catherine où se déroulent les intrigues des nouvelles de ce recueil.  Ces intermèdes, plus réels que fictifs, témoignent d’événements et de lieux passés, avant le tourisme aux baleines, avant l’industrialisation, avant même la naissance de la Terre. Ils sont l’équivalent des entractes au théâtre. Sur une note à la fois humoristique et philosophique, ces courts textes arrachent des sourires tout en émettant de grandes vérités…  C’est d’un de ces intermèdes que nous avons tiré l’extrait ci-dessous.

Je voulais m’appeler Bernard

J’avais trois ans et je n’aimais pas mon nom. J’en  voulais  un  comme  tout  le  monde,  pas un  nom  qu’on  est  le  seul  à  porter.  Je  pensais qu’en  vieillissant,  j’en  changerais  pour  Bernard, le  nom  de  mon  frère  aîné. Pour  moi,  ils  étaient comme  un  costume  qu’on  quitte  lorsqu’il  est devenu  trop  petit.  Ainsi  j’aurais  pris  son  nom  et  j’aurais  refilé  le  mien  à  mon  petit  frère.  Un peu  plus  tard,  j’aurais  pris  celui  de  Jean,  le  plus  vieux  de  la  famille. Une fois homme, je serais devenu Jean-Louis, comme mon père et finalement, lorsque très très vieux, Walter, comme mon grand-père.

Mais ça ne s’est pas passé de cette manière.

Quand j’ai compris que je ne m’appellerais jamais  Bernard,  j’ai  voulu  m’appeler  Louis.  Si je  ne  pouvais  pas  changer  de  nom  à  plusieurs reprises, peut-être  le  pouvais-je  au  moins  une fois.  Mon  nom  de  baptême  est  Joseph  Louis Marcel Martial : Joseph, pour le père de Jésus, Marcel, pour  mon  parrain  et  Martial,  pour  moi. Exceptionnellement, mes parents ont inséré un Louis  après  le  Joseph,  parce  que  Marcel  et Martial se ressemblaient trop. Dans ma tête d’enfant,  ce  nom  était  parfait,  il  était  déjà  à moi,  je  pouvais  donc  le  prendre.  J’ai  demandé  à  maman  si  je  pouvais  désormais  m’appeler Louis, elle n’a jamais voulu. C’est là que j’ai compris que j’étais collé avec Martial pour la vie !

Présentation de l’ouvrage

Miroirs aux alouettes entraîne le lecteur à Baie-Sainte-Catherine, village au bord du fleuve Saint-Laurent et le fait entrer tour à tour dans l’intimité de dix personnages. Dix histoires.  Dix façons de voir le monde.

Rita a passé sa vie à Baie-Sainte-Catherine, Marie y séjourne quelques heures, M a quitté le village il y a longtemps. Dans Miroirs aux alouettes, on rencontre aussi Coq l’œil et Clara, deux êtres complexes dont les chemins se croisent, et Coralie, contrainte d’aller vivre là-bas. Leurs vies à tous se recoupent et se transforment au contact les unes des autres.

Notice biographique

Dany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle s’est mérité le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.


Lancement des Éditions du Chat Qui Louche…

14 septembre 2011

LANCEMENT DES ÉDITIONS DU CHAT QUI LOUCHE…

Retenez bien ce rendez-vous : jeudi le 13 octobre prochain ; Cinq à Sept à la Marina du Vieux-Port de Chicoutimi, 531, boul. du Saguenay E (Club de Yacht).

Vous êtes tous invités à célébrer la naissance d’une nouvelle maison d’édition électronique qui nous a fait l’honneur de choisir comme raison sociale celle de notre blogue littéraire.

Sous la direction de l’écrivaine Dany Tremblay, cette maison publiera des ouvrages littéraires de la Francophonie québécoise et mondiale.  Alain Gagnon y joue le rôle de conseiller spécial à l’édition.

La première cuvée de huit auteurs sortira en ce 13 octobre.  Dans une dizaine de jours, le Chat Qui Louche vous communiquera les noms des romanciers, billettistes et nouvelliers, ainsi que les titres et résumés des huit premiers ouvrages à paraître.

Lors de cette rencontre, on lira des extraits des textes publiés et un vin sera servi.

Présentation de Dany Tremblay, propriétaire et gestionnaire des Éditions du Chat Qui Louche

Dany Tremblay a vécu son adolescence et  le début de sa vie d’adulte à Chicoutimi. Après un long séjour dans la région de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en Création littéraire à l’UQAM, elle s’est de nouveau installée au Saguenay où elle partage son temps entre l’écriture et l’enseignement de la littérature au Collège de Chicoutimi. Au début des années 80, elle a remporté le troisième prix de la Plume Saguenéenne en poésie ; en 1994, elle est des dix finalistes du concours Nouvelles Fraîches de l’UQAM. Organisatrice de Voies d’Échanges, qui a accueilli, deux années de suite, une vingtaine d’écrivains à Saguenay, elle est aussi, à deux reprises, boursière du CALQ. Elle s’est impliquée dans l’APES-CN dont elle a été présidente de 2006 à 2008. Depuis presque dix ans, elle pratique l’écriture publique avec les Donneurs de Joliette, fait partie des lecteurs pour le Prix Damase-Potvin et celui des Cinq Continents.

À ce jour, elle a publié des nouvelles dans plusieurs revues au Québec, a coécrit avec Michel Dufour Allégories : amour de soi amour de l’autre publié en 2006 chez JCL et Miroirs aux alouettes, roman-nouvelles, publié en 2008 chez les Équinoxes, ouvrage auquel a participé Martial Ouellet.  En 2009 et 2010, elle fera paraître successivement, aux Éditions de la Grenouille Bleue, deux recueils de nouvelles : Tous les chemins mènent à l’ombre (Prix récit : Salon du Livre du SLSJ en 2010) et Le musée des choses.

 

 


Lancement de Dany T.

20 mai 2010

Lancement du Musée des choses de Dany Tremblay : un succès !

Plus de soixante personnes se sont déplacées au Cégep de Chicoutimi, le 12 mai, pour rendre hommage à Dany Tremblay qui lançait son dernier recueil de nouvelles : Le musée des choses.  On peut trouver cet ouvrage remarquable dans toutes les librairies.

Laissez-vous bercer par son imaginaire et séduire par ses multiples personnages, à la fois si originaux et si proches de nous.

(Voir notre billet du 6 mai.) http://maykan.wordpress.com/

Rembrandt : jeune fille lisant le texte de Dany

Dany T.


Ne pas oublier le Club de lecture… Dany Tremblay et Tous les chemins…

16 décembre 2009

Club de lecture… On vous attend !

 

Dany Tremblay

On se souviendra que Tous les chemins mènent à l’ombre, le recueil de nouvelles  de l’auteure Dany Tremblay, qui a été lancé en septembre dernier, a été le premier livre du mois d’un nouveau club de lecture.  On y étudiera par la suite le dernier ouvrage de Dany Laferrière et autres…  Il y a environ trois mois ce club est né de la collaboration de CBJ, de la libraire Les Bouquinistes, du Conseil régional de la culture et  de Progrès-Dimanche. Il permet à ses membres de partager leurs réflexions sur une lecture commune d’un écrivain québécois.  Le premier samedi du mois, l’énergique écrivain et critique littéraire Yvon Paré commente  et présente l’ouvrage retenu à l’émission Beau temps, mauvais temps, ainsi que dans le Progrès-Dimanche du lendemain.

On peut adhérer à ce club en envoyant son nom, son adresse civile et un courriel à : clubdelecture@lequotidien.com

Yvon Paré


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