Mode et rareté : Abécédaire, Alain Gagnon

21 novembre 2016

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecMode — Toutes ces recherches, ces ressources que l’on consacre à découvrir et à promouvoir de nouvelles coupes, de nouvelles formes, un nouveau design pour les vêtements, afin de rendre désuet ce qui existe déjà et pousser à une consommation compulsive et absurde, on nous les fait payer très cher.  Non seulement sur les cartes de crédit individuelles, mais socialement, ce qui est plus sérieux.  Ces énergies, cette créativité, ces ressources financières vouées à l’éphémère, ne sauraient-elles pas être mieux utilisées ailleurs ?  Regardons tout autour.  Inutile de voyager jusqu’au Darfour ou au Sahel.  Des besoins pressants existent partout.  Enfants au teint blême, aux poignets bleutés, qui n’ont pu déjeuner avant de se rendre bâiller de fringale sur ces livres de classe dont les lignes s’entrecroisent et auxquels ils ne comprendront rien.

Honte sur nous !  Adam Smith mal compris et nihilisme des élites : belle copulation néolibérale !  Fruits amers.

L’Être nous vomirait s’il n’était l’Être ; dans ma myopie, j’en suis convaincu.

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Propos sur l’oubli de soi… Québécois ? Rien !, Alain Gagnon…

2 mai 2016

Extraits de Propos sur l’oubli de soi 

Au Québec, les nouveaux venus, s’ils sont de religion ou culture différentes — c’est-à-dire s’ils ont des façons autres de se alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecrappeler qui ils sont —, ont droit à leurs différences, que cette différence s’exprime par le kirpan, la kippa, le foulard   ou toutes formes de manifestation — et le libéral en moi s’en réjouit.  Officiellement ou officieusement, il n’y a que les Québécois de souche qui ne peuvent être quelque chose et l’exprimer.  Ils ne peuvent qu’être rien.  Et ce Rien nous étouffe.

*

Notre personnalité apparente ?  Voilà ce que nous transportons, nommons moi et montrons aux autres comme étant soi : une masse de tissus cicatriciels ; elle forme coquille et nous suit, plus ou moins cohérente dans ses infirmités, de l’enfance à la tombe.

*

Que ou qui sommes-nous ?

Imaginez une sphère de lumière ou un diamant lumineux, pointes à la verticale.  Un rayon pâle en jaillit et pénètre une zone d’ombre où sa luminosité se tamise.  Ce rayon a pouvoir de réflexion et un fort besoin de s’identifier, se projeter.  Sans cesse, il se répète : « Je suis ce que je perçois ». Bientôt, il développera des aperçus généraux sur l’ombre, pour en arriver à se prouver la seule existence de l’ombre, et il se niera toute autre origine ou destination que l’ombre, et il souffrira d’une solitude et d’un manque que la présence d’autres rayons ternes comme lui n’arrivera pas à combler.  Ni les modes d’être au monde sans transcendance que les autres rayons et lui auront tenté, dans l’absurde, d’élaborer.

Jusqu’à ce que, par effort de conscientisation ou par révélation, il se ressouvienne soudain de sa source et réalise l’immensité de son être, de ce qu’il est.

Voilà ce que nous sommes, le fragment (ego) d’un diamant de lumière (soi), identifié à l’ombre qui l’entoure et coupé de son être originel.  Et nous nous sommes voulus rétrécis de la sorte.  C’est ce que nous avons probablement choisi.


Parabole du grain de sénevé, par Alain Gagnon…

3 février 2016

Propos sur l’oubli de soi…

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Sénevé

Le plus petit geste de compassion ou d’entraide, la plus petite intention de ce faire, engendrent  sur le plan spirituel des répercussions au centuple et aux centuples.  Nous sommes là dans un ordre de choses où les effets de nos actions et pensées dépassent de beaucoup la progression géométrique.  Nous nous augmentons considérablement (ou nous nous diminuons) à partir de sentiments ou d’actes que nous considérons futiles, parfois indignes de la mémoire.

Jésus de Nazareth a exprimé cette réalité dans cette parabole tirée de Mathieu : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.

Et dans celle-là : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

*

Chacune de nos décisions obscurcit ou éclaire.  Non seulement soi-même, mais l’ensemble du Corps mystique, de la Communion des saints.  Le tout vaut ce que valent ses parties – que ce tout soit spirituel ou social.

*

Dans le langage familier, s’oublier signifie déchoir, ne pas être à la hauteur de sa conduite, de ses comportements habituels.  Mal se comporter. L’oubli de soi, de son intime religion à l’Être, c’est se renier ou nier l’essentiel de son existence, ce pour quoi il vaut de naître, de vivre et de mourir.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Barre du jour : Abécédaire, par Alain Gagnon…

29 janvier 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… 

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecBarre du jour — Ce mot d’origine celte, qui signifie à la fois pièce de bois, pièce de fer, partie d’un gouvernail ou amas de sable à l’entrée d’un fleuve, a connu un sort particulièrement heureux au Québec dans l’expression la barre du jour (l’aube).  Quelle richesse d’évocation !  Ce rempart de sable et de pierraille entre deux mondes : l’eau fluviale et l’eau du barachois – cette dernière qu’on aimerait imaginer douce, de jour comme de nuit…

Supériorité de la métaphore sur la comparaison.  La comparaison juxtapose et débilite par l’analyse ; la métaphore vivifie, dynamise, marie et déploie synergiquement une myriade de sens.  Jonglerie polymorphe de la langue : terreau et source d’avitaillement pour le poète qui s’appuie encore sur l’émerveillement pour accoucher de significations et s’accoucher lui-même.

Beauté — Dans la nature, beauté et cruauté sont à l’Esprit créateur ce qu’étaient le souffre et le mercure pour les alchimistes médiévaux.

Bien —  Le Bien donne de la densité au réel en lui conférant de l’expansion, en lui ouvrant des succursales dans les autres dimensions de l’Être.  Le mal se racornit et racornit le réel, son aire d’appui.  Il ne peut que s’autodétruire par asphyxie.  La victoire du Bien est assurée par les lois mêmes de l’Être.  La finitude et l’extinction sont inhérentes au mal.  L’expansion et le triomphe final sont inhérents au Bien.  Quelle cause ce pantin aveugle et désarticulé, qu’est le mal,  est-il donc à servir ?  Il n’importe : le Bien se nourrit de tout   —  même du mal.

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Vénus bleue


Poésie, orgasmisme et verbe, par Alain Gagnon…

9 janvier 2016

Dires et redires…

Tous les textes à prétention poétique oscillent entre ces pôles. D’une part, le langage éminemment personnel, langage pour soi de l’écrivant : idiomealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec qui relève de cette conversation intérieure entre la mémoire, le rêve et les mots appris de la communauté, puis conversation transmutée par l’imaginaire volitif en un réseau de signifiants, où les seules références sont celles du sujet-auteur. D’autre part, le langage communicationnel, qui relève de la langue commune et comble le besoin d’être compris par les autres, d’être intelligible. La poésie est dialectique ou, plutôt, compromis. Je veux exprimer ce qui en moi, dans mon rapport au monde, est inintelligible, y compris (et surtout) pour moi. Pour ce faire, je me dois d’utiliser le bagage linguistique hérité de mon appartenance communautaire, je me dois de placer des mots sur l’innommable, et chaque mot me trahit, et chaque enfilade de mots demeure obscure sous peine de ne rien révéler que ne révélerait mieux la prose.

De l’indicible, il faut dire, se trahir ou se taire. Pour ce, beaucoup de poètes sont devenus fous ; d’autres ont abandonné la poésie après l’adolescence ; beaucoup ont carrément opté pour la prose – quant aux sans-talents, ils n’y comprennent rien et ils continuent, heureux… Les vrais poètes sont des musiciens ratés, qui recherchent la musique et, sans se l’avouer, méprisent la mesquinerie des mots.

(Le chien de Dieu)

*

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMon petit-fils Jacob m’apparaît balbutier ses premiers mots. On le dit trop jeune. Les grands-pères ont l’oreille très subjective. Ça viendra tôt ou tard. Il déchiquettera le réel de mots. Terminée, la fusion orgasmique : paradis perdu, distanciation du monde. Perte douloureuse, mais nécessaire aux phénomènes de conscience de soi, d’individuation, de prise de contrôle des espaces intérieurs et extérieurs. Certains ne s’en remettront jamais et porteront ce manque jusqu’à la tombe. Les poètes, en quête incessante de cette parole-musique qui ramènerait la chaleur moite et la griserie de l’indifférencié, seraient donc des nourrissons attardés aux limbes ? On en retrouve des deux écoles. Certains poétisent pour s’abêtir dans l’infrarationnel ou régresser au stade fœtal ; d’autres pour découvrir, par le supramental, cette musique qui réconcilie et déploie la conscience aux multiples allées de l’Être.

(Le chien de Dieu)

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).


Pensée analytique et pensée contemplative, par Alain Gagnon…

4 février 2015

Propos sur l’oubli de soi…

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Contemplation, Perry

Une des deux jambes est toujours la plus forte.  On le constate chez un égaré en forêt.  Il tournera dans le sens de sa jambe la moins forte.  Il ira où sa jambe la plus forte le conduit.  L’équilibre des forces ferait qu’il irait en ligne droite.

La pensée analytique et la pensée contemplative (ou méditative)  sont les deux jambes d’un même corps – corps social.  Dans quelle direction tournent nos sociétés ?

*

La religion est reliée aux sources de l’être à soi, de son existence propre chez l’humain.  Elle est plus qu’un épiphénomène à étudier ; elle explique le monde à l’enfant et sa présence au monde.  Elle éduque et forme.

Nier cette réalité à soi-même et aux autres est l’équivalent de construire sa maison sur un pont.  Ce siècle laïque nous exhorte au bonheur sans transcendance — sa grisaille que distillent les écoles, est profonde, d’un absolu désespoir, parfois.

*

Le respect de soi et la véritable connaissance de soi contraignent à la charité.

*

Lorsque nu sur la terre glacé de novembre, je regarde le ciel s’éclater de noir, je me dis :chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

— Où t’es-tu oublié ?  Où t’a-t-on oublié ?


Barre du jour : Abécédaire…(8)

1 septembre 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

 

Barre du jour — Ce mot d’origine celte, qui signifie à la fois pièce de bois, pièce de fer, partie d’un gouvernail ou amas de sable à l’entrée d’un fleuve, a connu un sort particulièrement heureux au Québec dans l’expression la barre du jour (l’aube).  Quelle richesse d’évocation !  Ce rempart de sable et de pierraille entre deux mondes : l’eau fluviale et l’eau du barachois – cette dernière qu’on aimerait imaginer douce, de jour comme de nuit…

Supériorité de la métaphore sur la comparaison.  La comparaison juxtapose et débilite par l’analyse ; la métaphore vivifie, dynamise, marie et déploie synergiquement une myriade de sens.  Jonglerie polymorphe de la langue : terreau et source d’avitaillement pour le poète qui s’appuie encore sur l’émerveillement pour accoucher de significations et s’accoucher lui-même.

 

Beauté — Dans la nature, beauté et cruauté sont à l’Esprit créateur ce qu’étaient le souffre et le mercure pour les alchimistes médiévaux.

Bien —  Le Bien donne de la densité au réel en lui conférant de l’expansion, en lui ouvrant des succursales dans les autres dimensions de l’Être.  Le mal se racornit et racornit le réel, son aire d’appui.  Il ne peut que s’autodétruire par asphyxie.  La victoire du Bien est assurée par les lois mêmes de l’Être.  La finitude et l’extinction sont inhérentes au mal.  L’expansion et le triomphe final sont inhérents au Bien.  Quelle cause ce pantin aveugle et désarticulé, qu’est le mal,  est-il donc à servir ?  Il n’importe : le Bien se nourrit de tout   —  même du mal.

 

 

Vénus bleue

 


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