En marge de l’écriture(2), par Alain Gagnon…

11 juin 2017

Texte, et magies du texte… 

(suite)

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

5. Faire confiance au texte.  (Les mots attirent les mots, les phrases, les phrases…)  Il est agile, cursif.  Il a besoin d’air frais, de vent ; de notre pauvreté, de notre nudité.  Il ne demande qu’à entraîner dans ses chevauches farouches.  Laisser courir le texte comme court l’esprit, là où il veut.  Il mène en des pays dont on ne saurait rêver, dresse sur les paysages intérieurs des idéaux plus fous  que les plus fous idéalismes.

6. J’ai échappé le fil de ma narration…  Impossible.  Il n’appartient pas à l’auteur de le tenir.  La trame repose dans le récit, et le récit respire dans le texte.  Peut-être même les bouts en sont-ils noués.  Le texte attend la nudité, la vacance.  Le lien sommeille dans les hautes herbes des accumulations mentales – des peurs surtout, de ses vanités et de ses caprices d’auteur.  …révéler l’art et cacher l’artiste…  (Oscar Wilde)  Sois humble.  Humble et patient.  Tais-toi.

7.  Lors des premières rencontres avec des lecteurs, je parlais d’abord de moi, pour ensuite en venir à mes ouvrages.  Un peu plus tard, je parlai d’abord de mes romans ou poèmes, pour en venir à ma biographie.  Ce que je tente maintenant : parler des textes, de mes rencontres avec le texte en création, à l’interstice de la conscience et des mots, où la lucidité vacille, se cherche — c’est le plus difficile, le plus intime, le plus imprécis, le plus exigeant.  C’est une tout autre aventure, et c’est cet hiatus que je voudrais combler, narrer, partager.  Possible hors du poème ?

8.  Le texte est un outil de connaissance de soi.  C’est par cela qu’il vaut, comme la musique.  Non une connaissance qui s’en tiendrait à une lucidité utilitaire, comme le voudraient la caractérologie ou les examens de conscience traditionnels — chercher ses failles, ses qualités, ses défauts…  Une véritable connaissance de soi, comme la voulait ce Grec, Socrate.  Une interrogation sur sa nature profonde, son appartenance au règne hominal : — Qu’est-ce un être pensant, à volonté plus ou moins libre et qui réfléchit ?  — Qu’est-ce un être conscient de sa mort et qui se veut immortel ?  — Qu’est cette conscience, ce mental, qui suscite les questions et accorde des réponses qui se réverbèrent en abîme, jusqu’à l’infini ?  Quelles sont les sources de l’angoisse, du manque, du sentiment d’incomplétude ?

9.  Le mot texte : du latin textus, tissu.  On peut en faire un voile, dont la fonction sera d’occulter.  Une tapisserie qui remémore et narre.  Ou encore une voile de navire, à faseillement de voyage et d’espoir.

10.  Il est dans la nature d’un poème de nager en marge du texte.  Il vaut par son appartenance à la marge.  Ne lui conviennent ni la grève ni l’abîme.

11. Notre langue d’ici, rocailleuse, hachurée et chuintante parfois.  Trop pleine d’eau et de glaise.  C’est pourtant de cette eau et de cette glaise que doit naître le texte, que doit surgir le chant.

[12.  La seule façon de donner cohérence, un semblant de limpidité à ses rencontres avec le texte,  c’est la reconnaissance de Dieu, de la transcendance en soi, au plus intime.  Pas un de ces démons criminels, demi-fous et foudres de guerre qui hante plusieurs textes sacrés, mais le Dieu du silence, celui de la fidélité quiète à sa créature.  Celui qui rehausse, synthétise, résume accorde sens à l’esthétique — et à son éthique.]

(Chants d’août, Éd. Triptyque)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et formelle, Alain Gagnon, ce marginal de nos lettres,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage. À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musique, en 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août. En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES-CN) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3. Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs. De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une nouvelle maison liée aux Éditions du CRAM, qui se consacrait à la littérature québécoise.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche.  On peut lui écrire directement à : alain.gagnon28@videotron.ca

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

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Dieu, ce tabou, par Jean-Marc Ouellet…

6 juin 2017

Dieu, ce tabou

 Il y a quelques millions d’années, l’Humanité naissait. Parmi les plantes, parmi les insectes et les mammifères, arrivés bien avant elle. L’Homme,  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecune pièce de plus d’un magnifique casse-tête, d’un Univers merveilleux, vaste, obscur, complexe. Regardez le ciel, la nuit, observez ces petits points lumineux qui scintillent, là-haut, à des millions de kilomètres de nous ; goûtez au vent qui chatouille votre joue ; humez les parfums des arbres, des fleurs ; écoutez le gazouillis des oiseaux, les appels des écureuils, des grenouilles. La Nature est si belle, si forte, si ordonnée. Prenez le temps. Vous verrez. Vous vous sentirez minuscule. Et vous douterez. De la nature de tout ça, de ce que vous êtes, de votre place dans ce monde. Votre insignifiance vous frappera.

Il est fabuleux ce monde, il est improbable. Pourtant, il est cohérent et accessible. Albert Einstein disait : « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. » Il est réglé au quart de tour, comme une horloge. Et qui dit horloge, dit horloger.

Dieu existe-t-il ?

Je regarde les étoiles, je hume le parfum des fleurs, j’écoute les grenouilles, et mon cœur espère. Je regarde la télé, je lis les nouvelles, je constate la cruauté, l’indifférence, j’entends la haine, je souffre l’iniquité et l’incurie, et ma raison vacille, doute.

Dans mon roman, L’Homme des jours oubliés, Jémacaël affirme : « Alors que l’homme fait partie de Dieu, Dieu n’est plus dans sa vie. » Nous ne nous arrêtons plus sur notre présence, sur ce que nous sommes. Nous ne regardons plus les étoiles, nous ne ressentons plus la douceur du vent. Nous courons, nous nous défilons dans la modernité, une réalité fourbe, une réalité technique, une promesse de confort, de vitesse et de bonheur facile, et éphémère. Un mirage. La consommation devient la nouvelle religion. Nous nourrissons nos gadgets d’applications, nous frelatons notre âme. Essoufflés, nous embarquons dans le train technologique du tout compris, de l’image toute faite, offerte par on ne sait trop qui, pour contrôler on ne sait trop qui, sans destination réelle, aux sorties de secours closes.

Mon collègue du Chat Qui Louche, Frédéric Gagnon, écrivait dans sa brillante et profonde chronique du 2 août dernier : « … il y a chez elle ― la matière ― une relative tendance à l’insubordination qui chez les hommes se traduit trop souvent par une haine de l’Esprit. » Embrouillés, les passions émoussées, nous nions notre nature, nous rejetons l’Essence, la Force qui englobe toute chose, qui nous domine. Le Bien, le Vrai et le Beau ne nous disent plus rien. Le sacré nous fait peur, nous irrite. Ne plus voir le Plein dans le vide en nous n’est plus suffisant ; s’indifférer à l’idée de Dieu ne suffit plus. Non. Nous haïssons Dieu, et ce qu’il représente. Nous l’évacuons dans l’oubliette du déni. Le mot transcendance s’éteint, comme s’éteignent les mots famille, entraide, écoute et sacrifice, remplacés par solitude, moi, moi et moi, Prozac, meurtre et suicide. Nous  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québeccroyons nous libérer de la tutelle du catholicisme dictatorial, nous confondons hommerie religieuse et transcendance, et nous combattons l’un en répudiant l’autre. Haïssant le vide en nous, nous nous affranchissons de l’influence spirituelle, nous châtions l’idée religieuse, nous ridiculisons le croyant, le chercheur de Vérité, ce pelleteux de nuages, le moins convaincu n’osant plus avouer sa tare, sa croyance en Jésus, en Dieu, en Allah, Bouddha… La spiritualité devient un tabou. Défenseurs de la nouvelle vérité terrestre, pourfendeurs de notre propre passé, nous nous moquons des symboles qui, il n’y a pas si longtemps, branchait l’âme à l’Esprit qui l’habite. L’inquisition moderne sévit. Les infidèles, ces adeptes de la simplicité volontaire ou de la vie intérieure sont cloués aux piloris. Les symboles propres aux spiritualités traditionnelles sont bafoués par une masse plus intéressée par une téléréalité abrutissante, abêtissante parfois, complice du pouvoir clandestin de l’argent. Sans égard pour ceux qui croient, qui sentent le divin et veulent s’y associer, nous saccageons les lieux du culte, les églises, les mosquées, les synagogues, nous faisons tout un plat pour une croix qui ne signifie rien pour nous, deux pièces de bois croisées accrochées à un mur, sur lesquelles une reproduction plâtrée d’un homme attend, presque nu. Sur la base d’une liberté de croire ou de ne pas croire, une liberté maintenant suspecte, nous abolissons les signes de la foi de ces tarés, nous renions le passé, nous reniant nous-mêmes. Nous prêchons la tolérance, l’ouverture d’esprit, par l’intolérance au sacré. Belle logique !

L’homme est Conscience. Dieu, Allah, Bouddha, Shiva, le nom importe-t-il ? La Vérité seule importe. Elle est l’Univers et l’Univers est en chacun  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecde nous. L’autre a le droit de s’y épanouir. Nier cette liberté, c’est nier sa propre Essence.

La croix de ton peuple t’énerve ? Ne la regarde pas. Ton voisin la vénère ? Et après. T’empêche-t-il d’admirer ta pop star préférée ? La croix à son cou vaut-elle moins que le piercing à ton sourcil ou le tatouage sur ta peau ? Respecte les traditions de tes ancêtres, celle de ton passé, que tu ne comprends pas. D’autres comprennent, et s’y identifient. La croix du peuple qui t’accueille ne te convient pas ?   Tourne le regard, ou va là où tu ne la verras pas. La femme que tu rencontres se voile ? Passe ton chemin et tu l’oublieras. Chacun a droit à sa Vérité dans une approche morale de l’autre.

Et accorde à ton esprit de courtiser ton cœur. Qui sait, s’y fondra-t-il sur le chemin de l’Harmonie ?

 

 Notice biographique :

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche


Esprit, création, demi-dieux, par Alain Gagnon…

29 avril 2017

Dires et redires…

L’Esprit est un, sans temps ni lieu. Autosuffisant. Pour lui, passé et futur ne sont pas. Il est. Il existe. Il est le Je suis. Sans comparable. Tout motchat qui louche maykan alain gagnon francophonie pour le décrire montre l’insuffisance du langage, de la partie congrue qui voudrait nommer le tout incommensurable auquel elle appartient.

Les religions, les philosophies, ont tenté de le définir, d’élaborer sur sa nature, ses qualités, ses volontés mêmes. Ces efforts, sans doute nécessaires, ont souvent mené à des confrontations entre croyants, à des drames, à des déchirements promus par l’intérêt et la vanité, qui n’étaient certes pas voulus par l’Esprit divin.

Comment – et pourquoi – cet être immobile dans sa perfection est-il devenu Source et s’est-il déployé en espaces infinis, où règnent le temps et la spatialité, et où ses créatures s’agitent ? Comment et pourquoi est-il passé de l’un au multiple ? Je n’en sais rien. Nous n’en savons rien.  Au mieux, retrouve-t-on quelques hypothèses sur la naissance des mondes, dont certaines sont devenues dogmes, articles de foi.

1) Dieu aurait voulu se contempler à distance : il se serait donné des points de vue sur lui-même en disséminant des consciences à travers le grand Univers.

2) L’excès d’amour en Dieu aurait débordé (si l’on peut déborder de l’infini) et donné naissance à des êtres quasi semblables à lui, qui, sans être aussi puissants, pouvaient entretenir avec leur Source une relation d’affection dans la liberté.  Certains de ces êtres premiers auraient abusé de leurs pouvoirs et de cette liberté, se seraient efforcés d’imiter le Père en se projetant eux-mêmes dans des créations à leur image, dont certaines, notamment la nôtre, présenteraient des lacunes évidentes.  Ces rebelles auraient ainsi entraîné une myriade de planètes, d’humanités, dans une aventure qui les éloignerait de plus en plus du divin et les enfermerait dans une situation matérielle et morale de plus en plus aliénante, dévolutive.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie3) D’autres croient que l’Esprit s’est projeté dans le mental et la matière pour se réintégrer ensuite, grâce aux choix moraux d’amour et de service (don de soi) que peuvent effectuer les êtres à conscience réfléchie de tous les univers.  Ces êtres libres, devenus demi-dieux ou demi-déesses, retourneraient vers leur Source dans un corps de lumière, après s’être façonné une âme immortelle dans les épreuves de l’espace et du temps.

4) Certains nous estiment voués à une ignorance incontournable en ce qui a trait à nos origines, ainsi qu’à la raison d’être de l’humanité ou de nos vies individuelles.  Ils écoutent avec sympathie les tenants des diverses croyances et optent assez souvent pour un hédonisme utilitaire et soft, un peu similaire au carpe diem des épicuriens.

5) D’autres sont d’avis que l’Univers et la conscience résultent du hasard.  Nous serions ici, êtres pensants, par accident, par la rencontre accidentelle de probabilités multiples : aucune force intelligente ne l’aurait voulu ainsi.  Nos vies personnelles et le monde n’incluraient aucune finalité.  Des lois mécanistes, qu’auraient engendrées ces accidents originels, régiraient la nature d’où nous provenons et dans laquelle nous baignons.

Et nous pourrions allonger la liste…

Si tu te demandes ce que je crois — ou plutôt ce qui m’apparaît le plus intuitivement plausible, parmi ces hypothèses —, je te ferai une réponse de maquignon normand : un mélange de tout ça, la dernière exceptée.

(Propos pour Jacob, Éd. du CRAM)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Force organisatrice et création…, par Alain Gagnon…

28 avril 2017

Dires et redires

Je n’ai pas l’intention d’énumérer les preuves de l’existence de Dieu, dont celle, célèbre jadis, du Moteur premier.  Elles m’apparaissent peu chat qui louche maykan alain gagnon francophonieconvaincantes.  Par souci d’être bref et concret, j’utiliserai plutôt une approche micro, soit le petit bout de la lorgnette.

Les phénomènes parfois étonnants, bizarres, excentriques, d’une complexité inouïe, que nous présentent les sciences naturelles, m’inclinent à présumer une Force intelligente (ou des forces intelligentes) à l’œuvre dans la nature.  Dieu aurait donné le coup d’envoi, et un aspect ou l’autre de la divinité soutiendrait, dans son déploiement, l’aventure cosmique, continuerait à expérimenter dans une débauche de formes — et de complications parfois inutiles — que la sélection naturelle, darwinienne ou néodarwinienne ne saurait à elle seule expliquer.

À titre d’illustrations.  Au fond des abysses vit une crevette qui, des ténèbres, lance des signaux lumineux pour attirer ses proies.  Comment la sélection darwinienne aurait-elle pu en arriver à la doter d’un tel organe ? Tu connais les colibris, ces oiseaux-mouches qui, l’été, viennent dans nos mangeoires.  Comment la sélection aurait-elle pu conférer à cette espèce son vol hélicoptère ?  Dans les eaux de l’océan Austral, on trouve le chat qui louche maykan alain gagnon francophoniepoisson des glaces qui vit dans des eaux fortement salines, à une température sous zéro degré Celsius.  Notre vertébré possède une caractéristique étonnante : son foie sécrète un antigel — ce qui empêche son sang de se congeler et de le transformer en popsicle.  Dans les rivières amazoniennes se prélasse le gymnote, cette anguille-pile des fonds vaseux.  Ses organes électriques, au nombre de deux, se situent dans les flancs, de la tête à la queue, et leur disposition rappelle une pile de Volta — sa tête servant de pôle positif, sa queue de pôle négatif.  Le gymnote émet à volonté des décharges électriques qui paralysent ses proies et peuvent même renverser un homme.  Et que dire de cette guêpe de cauchemar, l‘Hyménoptère Liris, qui paralyse un grillon et l’enfouit dans un terrier avant de pondre un œuf sur lui : la larve, à son éveil, disposera ainsi de chair fraîche à profusion.  L’injection, qu’elle fiche aux ganglions nerveux de sa proie, doit être accomplie avec une précision inouïe — pour l’immobiliser sans la tuer —, sinon, ce sera la famine assurée pour la progéniture.  Et j’en passe ; et des meilleurs.

Il ne peut exister qu’une ou des intelligences derrière tout ça.  Cette planète paraît un immense laboratoire, où des transporteurs de fluide vital semblent avoir expérimenté d’abondance, semblent avoir ajouté grandement à la danse initiale de Maya, cette représentation sensible, ondoyante et transitoire qu’offriraient à Dieu toutes ses créatures.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le divin compagnon, par Alain Gagnon…

18 avril 2017

Dires et redires…

Il s’agit du sujet le plus délicat où rien ne se prouve, tout s’y éprouve, car tout y relève de l’ordre qualitatif de lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie pensée, celui de l’intuition supérieure.

La Kabbale nous apprend ceci : le sujet en nous, l’être réfléchi à capacité restreinte, mais réelle de liberté, est toujours lié à l’Être[1] par un fil d’or qui unit encore l’humain à Dieu au cœur de la boue, du chaos, des pires turpitudes.

Une autre source, romaine celle-là, nous informe de cette même présence, de cette altérité divine en nous.  Il s’agit de Marc-Aurèle (121-180), empereur et philosophe stoïcien.

Dans son recueil de maximes, intitulé Pensées pour moi-même[2], on retrouve ces passages qui ouvrent des pistes :

12, 2 : Dieu voit à nu tous les principes directeurs sous leurs enveloppes matérielles, sous leurs écorces et leurs impuretés.  Car il ne prend contact, et par sa seule intelligence, qu’avec les seules choses qui sont, en ces principes, émanées de lui-même et en ont dérivé.

 

Cette notion de principe directeur (ou de présence divine en l’humain) est une constante de sa pensée.  Dieu serait, si je lis bien Marc-Aurèle, le Principe directeur de nos principes directeurs individualisés.

3, 4.  N’use point la part de vie qui te reste à te faire des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises à quelque intérêt pour la communauté.  Car tu te prives ainsi d’une autre tâche d’importance, celle, veux-je dire, que tu négliges en cherchant à te faire une idée de ce que fait un tel ou un tel […], et en t’étourdissant et te distrayant par des préoccupations de ce genre…  Tous ces tracas sans importance t’écartent de l’attention que tu dois à ton principe directeur.  […] Car un homme, qui ne négligerait aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, serait comme un prêtre et un serviteur des dieux, voué au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserverait cet homme des souillures, le rendrait invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toute démesure, insensible à toute méchanceté […].

 

Il serait donc témoin de notre histoire sans en être altéré.

 

5, 26 Que le principe directeur et souverain de ton âme reste indifférent au mouvement qui se fait, doux ou violent, dans ta chair […].

5, 27.  Vivre avec les dieux.

Il vit avec les Dieux, celui qui constamment leur montre une âme satisfaite des lots qui lui ont été assignés, docile à tout ce que veut le génie que, parcelle de lui-même, Zeus a donné à chacun comme chef et comme guide.  Et ce génie, c’est l’intelligence et la raison de chacun.

6, 8.  Le principe directeur est ce qui s’éveille de soi-même, se dirige et se façonne soi-même tel qu’il veut, et fait que tout événement lui apparaît tel qu’il veut.

 

Quelles seraient, dans un résumé hâtif, les caractéristiques de notre principe directeur — ou de l’élément divin qui nous habite ?

1) Notre principe individuel se juxtaposerait à notre nature, serait plus proxime à nous que notre propre cœur, selon le Coran.  Toutefois, il ne se confondrait pas avec ce que nous sommes, demeurerait une entité distincte, appartenant à un autre ordre de choses.

2) Il serait une émanation de la divinité créatrice première, donc de même nature qu’elle — le tu es cela de l’hindouisme.

3) Cette divinité serait personnelle puisque capable de contact — nous sommes loin de l’Horloger distant des théistes voltairiens.

4) Comme personnes, nous entretiendrions une relation intime avec ce principe directeur — Marc-Aurèle nous exhorte à ne jamais le décevoir par nos pensées ou nos actes.

5) S’il peut être déçu, c’est qu’il est éthique : certaines choses lui conviennent, d’autres moins.

6) Il serait à la fois compagnon, boussole, gourou, mutateur, exhausteur…

On n’en terminerait jamais d’énumérer ses caractéristiques, puisqu’elles représentent les attributs de Dieu — l’énumération pourrait se dévider à l’infini.

[…]

J’aurais pu, sur ce même sujet, citer maître Eckhart : « Dieu se complaît dans son serviteur, il vit joyeusement et intellectuellement en lui […][3]. » Ou encore : « Comme c’est Dieu lui-même qui a semé en nous cette semence, qui l’a imprimée en nous et l’a engendrée, on peut bien la couvrir et la cacher, mais jamais la détruire totalement ni l’éteindre ; elle continue sans arrêt de brûler et de briller, de luire et de resplendir, et sans cesse elle tend vers Dieu[4]. » Cette semence en l’humain doit donner naissance à ce que le mystique rhénan appelle l’homme intérieur.

(Propos pour Jacob, La Grenouille Bleue)


[1] Dieu.

[2] Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.  (Traduction de Mario Meunier.)

[3] Maître Eckhart, Traités et sermon, Paris, GF Flammarion, 1995, p.357.  (Sermon numéro 66).

[4] Ibid., p. 175.  (Traité de l’homme noble).

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Aurobindo : Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

6 février 2017

Pensées…

Certains pensent qu’il est présomptueux de croire à une Providence particulière ou de se considérer alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québeccomme un instrument entre les mains de Dieu.  Mais je trouve que chaque homme a une Providence spéciale et je vois que Dieu manie la pioche de l’ouvrier et babille dans le petit enfant.

*

La Providence n’est pas seulement ce qui me sauve du naufrage quand tous les autres ont péri.  La Providence est aussi ce qui m’arrache ma dernière planche de salut, tandis que tous les autres sont sauvés, et me noie dans l’océan désert.

*

La joie de la victoire est quelquefois moindre que l’attraction de la lutte et de la souffrance ; pourtant, le laurier et non la croix doit être le but de l’âme conquérante.

*

Les âmes qui n’aspirent pas sont les échecs de Dieu, mais la Nature est satisfaite et aime à les multiplier, parce qu’elles assurent sa stabilité et prolongent son empire.

*

Ceux qui sont pauvres, ignorants, mal nés et mal éduqués ne sont pas le troupeau vulgaire.  Le vulgaire comprend tous ceux qui sont satisfaits de la petitesse et de l’humanité moyenne.

*

Aide les hommes, mais n’appauvris pas leur énergie.  Dirige et instruis-les, mais aie soin de laisser intactes leur initiative et leur originalité.  Prends les autres en toi-même, mais donne-leur en retour la pleine divinité de leur nature.  Celui qui peut agir ainsi est le guide et le gourou. Dieu a fait du monde un champ de bataille et l’a rempli du piétinement des combattants et des cris d’un grand conflit et d’une grande lutte.  Voudrais-tu dérober sa paix sans payer le prix qu’il a fixé ?

*

Méfie-toi d’un succès apparemment parfait ; mais quand, après avoir réussi, tu trouves encore beaucoup à faire, réjouis-toi et va de l’avant, car le labeur est long jusqu’à la réelle perfection.

*

Il n’y a pas d’erreur plus engourdissante que de prendre une étape pour le but ou de s’attarder trop longtemps à une halte.

 

Sri Aurobindo (1914 ou avant ?)
Traduction de La Mère.

Extraites de : Aperçus et Pensées, Pondichéry, 1956, p. 13 à 17.

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L’effroi sacré, Alain Gagnon…

22 décembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecSacré — Pléthore de cultes plus ou moins orientaux et gourous de fin de semaine.  Le dieu sauvage se venge, le dieu intime se venge.  Ce dieu négligé, contre qui les Églises ont tant péché, de ces péchés contre l’Esprit, difficilement pardonnables.

Ce dieu ne se contente d’aucun temple, d’aucun drapeau, d’aucun mariage politique ou éthico-social.  Il souffle hors des lieux de culte avec les vents, exige le don, le désarroi et l’enthousiasme des fous dansants.

Cette eau, que l’on nous verse en abondance, nous en avons égaré la source – quelque part entre nos bibliothèques aux manuscrits poussiéreux et la bénédiction sociale du dernier ordinateur dont la mission est d’assurer à tout jamais la pérennité de nos mots qui ne chantent plus.


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