En marge de l’écriture(2), par Alain Gagnon…

11 juin 2017

Texte, et magies du texte… 

(suite)

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

5. Faire confiance au texte.  (Les mots attirent les mots, les phrases, les phrases…)  Il est agile, cursif.  Il a besoin d’air frais, de vent ; de notre pauvreté, de notre nudité.  Il ne demande qu’à entraîner dans ses chevauches farouches.  Laisser courir le texte comme court l’esprit, là où il veut.  Il mène en des pays dont on ne saurait rêver, dresse sur les paysages intérieurs des idéaux plus fous  que les plus fous idéalismes.

6. J’ai échappé le fil de ma narration…  Impossible.  Il n’appartient pas à l’auteur de le tenir.  La trame repose dans le récit, et le récit respire dans le texte.  Peut-être même les bouts en sont-ils noués.  Le texte attend la nudité, la vacance.  Le lien sommeille dans les hautes herbes des accumulations mentales – des peurs surtout, de ses vanités et de ses caprices d’auteur.  …révéler l’art et cacher l’artiste…  (Oscar Wilde)  Sois humble.  Humble et patient.  Tais-toi.

7.  Lors des premières rencontres avec des lecteurs, je parlais d’abord de moi, pour ensuite en venir à mes ouvrages.  Un peu plus tard, je parlai d’abord de mes romans ou poèmes, pour en venir à ma biographie.  Ce que je tente maintenant : parler des textes, de mes rencontres avec le texte en création, à l’interstice de la conscience et des mots, où la lucidité vacille, se cherche — c’est le plus difficile, le plus intime, le plus imprécis, le plus exigeant.  C’est une tout autre aventure, et c’est cet hiatus que je voudrais combler, narrer, partager.  Possible hors du poème ?

8.  Le texte est un outil de connaissance de soi.  C’est par cela qu’il vaut, comme la musique.  Non une connaissance qui s’en tiendrait à une lucidité utilitaire, comme le voudraient la caractérologie ou les examens de conscience traditionnels — chercher ses failles, ses qualités, ses défauts…  Une véritable connaissance de soi, comme la voulait ce Grec, Socrate.  Une interrogation sur sa nature profonde, son appartenance au règne hominal : — Qu’est-ce un être pensant, à volonté plus ou moins libre et qui réfléchit ?  — Qu’est-ce un être conscient de sa mort et qui se veut immortel ?  — Qu’est cette conscience, ce mental, qui suscite les questions et accorde des réponses qui se réverbèrent en abîme, jusqu’à l’infini ?  Quelles sont les sources de l’angoisse, du manque, du sentiment d’incomplétude ?

9.  Le mot texte : du latin textus, tissu.  On peut en faire un voile, dont la fonction sera d’occulter.  Une tapisserie qui remémore et narre.  Ou encore une voile de navire, à faseillement de voyage et d’espoir.

10.  Il est dans la nature d’un poème de nager en marge du texte.  Il vaut par son appartenance à la marge.  Ne lui conviennent ni la grève ni l’abîme.

11. Notre langue d’ici, rocailleuse, hachurée et chuintante parfois.  Trop pleine d’eau et de glaise.  C’est pourtant de cette eau et de cette glaise que doit naître le texte, que doit surgir le chant.

[12.  La seule façon de donner cohérence, un semblant de limpidité à ses rencontres avec le texte,  c’est la reconnaissance de Dieu, de la transcendance en soi, au plus intime.  Pas un de ces démons criminels, demi-fous et foudres de guerre qui hante plusieurs textes sacrés, mais le Dieu du silence, celui de la fidélité quiète à sa créature.  Celui qui rehausse, synthétise, résume accorde sens à l’esthétique — et à son éthique.]

(Chants d’août, Éd. Triptyque)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et formelle, Alain Gagnon, ce marginal de nos lettres,alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage. À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musique, en 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août. En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES-CN) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3. Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs. De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une nouvelle maison liée aux Éditions du CRAM, qui se consacrait à la littérature québécoise.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche.  On peut lui écrire directement à : alain.gagnon28@videotron.ca

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Dieu, ce tabou, par Jean-Marc Ouellet…

6 juin 2017

Dieu, ce tabou

 Il y a quelques millions d’années, l’Humanité naissait. Parmi les plantes, parmi les insectes et les mammifères, arrivés bien avant elle. L’Homme,  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecune pièce de plus d’un magnifique casse-tête, d’un Univers merveilleux, vaste, obscur, complexe. Regardez le ciel, la nuit, observez ces petits points lumineux qui scintillent, là-haut, à des millions de kilomètres de nous ; goûtez au vent qui chatouille votre joue ; humez les parfums des arbres, des fleurs ; écoutez le gazouillis des oiseaux, les appels des écureuils, des grenouilles. La Nature est si belle, si forte, si ordonnée. Prenez le temps. Vous verrez. Vous vous sentirez minuscule. Et vous douterez. De la nature de tout ça, de ce que vous êtes, de votre place dans ce monde. Votre insignifiance vous frappera.

Il est fabuleux ce monde, il est improbable. Pourtant, il est cohérent et accessible. Albert Einstein disait : « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. » Il est réglé au quart de tour, comme une horloge. Et qui dit horloge, dit horloger.

Dieu existe-t-il ?

Je regarde les étoiles, je hume le parfum des fleurs, j’écoute les grenouilles, et mon cœur espère. Je regarde la télé, je lis les nouvelles, je constate la cruauté, l’indifférence, j’entends la haine, je souffre l’iniquité et l’incurie, et ma raison vacille, doute.

Dans mon roman, L’Homme des jours oubliés, Jémacaël affirme : « Alors que l’homme fait partie de Dieu, Dieu n’est plus dans sa vie. » Nous ne nous arrêtons plus sur notre présence, sur ce que nous sommes. Nous ne regardons plus les étoiles, nous ne ressentons plus la douceur du vent. Nous courons, nous nous défilons dans la modernité, une réalité fourbe, une réalité technique, une promesse de confort, de vitesse et de bonheur facile, et éphémère. Un mirage. La consommation devient la nouvelle religion. Nous nourrissons nos gadgets d’applications, nous frelatons notre âme. Essoufflés, nous embarquons dans le train technologique du tout compris, de l’image toute faite, offerte par on ne sait trop qui, pour contrôler on ne sait trop qui, sans destination réelle, aux sorties de secours closes.

Mon collègue du Chat Qui Louche, Frédéric Gagnon, écrivait dans sa brillante et profonde chronique du 2 août dernier : « … il y a chez elle ― la matière ― une relative tendance à l’insubordination qui chez les hommes se traduit trop souvent par une haine de l’Esprit. » Embrouillés, les passions émoussées, nous nions notre nature, nous rejetons l’Essence, la Force qui englobe toute chose, qui nous domine. Le Bien, le Vrai et le Beau ne nous disent plus rien. Le sacré nous fait peur, nous irrite. Ne plus voir le Plein dans le vide en nous n’est plus suffisant ; s’indifférer à l’idée de Dieu ne suffit plus. Non. Nous haïssons Dieu, et ce qu’il représente. Nous l’évacuons dans l’oubliette du déni. Le mot transcendance s’éteint, comme s’éteignent les mots famille, entraide, écoute et sacrifice, remplacés par solitude, moi, moi et moi, Prozac, meurtre et suicide. Nous  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québeccroyons nous libérer de la tutelle du catholicisme dictatorial, nous confondons hommerie religieuse et transcendance, et nous combattons l’un en répudiant l’autre. Haïssant le vide en nous, nous nous affranchissons de l’influence spirituelle, nous châtions l’idée religieuse, nous ridiculisons le croyant, le chercheur de Vérité, ce pelleteux de nuages, le moins convaincu n’osant plus avouer sa tare, sa croyance en Jésus, en Dieu, en Allah, Bouddha… La spiritualité devient un tabou. Défenseurs de la nouvelle vérité terrestre, pourfendeurs de notre propre passé, nous nous moquons des symboles qui, il n’y a pas si longtemps, branchait l’âme à l’Esprit qui l’habite. L’inquisition moderne sévit. Les infidèles, ces adeptes de la simplicité volontaire ou de la vie intérieure sont cloués aux piloris. Les symboles propres aux spiritualités traditionnelles sont bafoués par une masse plus intéressée par une téléréalité abrutissante, abêtissante parfois, complice du pouvoir clandestin de l’argent. Sans égard pour ceux qui croient, qui sentent le divin et veulent s’y associer, nous saccageons les lieux du culte, les églises, les mosquées, les synagogues, nous faisons tout un plat pour une croix qui ne signifie rien pour nous, deux pièces de bois croisées accrochées à un mur, sur lesquelles une reproduction plâtrée d’un homme attend, presque nu. Sur la base d’une liberté de croire ou de ne pas croire, une liberté maintenant suspecte, nous abolissons les signes de la foi de ces tarés, nous renions le passé, nous reniant nous-mêmes. Nous prêchons la tolérance, l’ouverture d’esprit, par l’intolérance au sacré. Belle logique !

L’homme est Conscience. Dieu, Allah, Bouddha, Shiva, le nom importe-t-il ? La Vérité seule importe. Elle est l’Univers et l’Univers est en chacun  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecde nous. L’autre a le droit de s’y épanouir. Nier cette liberté, c’est nier sa propre Essence.

La croix de ton peuple t’énerve ? Ne la regarde pas. Ton voisin la vénère ? Et après. T’empêche-t-il d’admirer ta pop star préférée ? La croix à son cou vaut-elle moins que le piercing à ton sourcil ou le tatouage sur ta peau ? Respecte les traditions de tes ancêtres, celle de ton passé, que tu ne comprends pas. D’autres comprennent, et s’y identifient. La croix du peuple qui t’accueille ne te convient pas ?   Tourne le regard, ou va là où tu ne la verras pas. La femme que tu rencontres se voile ? Passe ton chemin et tu l’oublieras. Chacun a droit à sa Vérité dans une approche morale de l’autre.

Et accorde à ton esprit de courtiser ton cœur. Qui sait, s’y fondra-t-il sur le chemin de l’Harmonie ?

 

 Notice biographique :

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche


Esprit, création, demi-dieux, par Alain Gagnon…

29 avril 2017

Dires et redires…

L’Esprit est un, sans temps ni lieu. Autosuffisant. Pour lui, passé et futur ne sont pas. Il est. Il existe. Il est le Je suis. Sans comparable. Tout motchat qui louche maykan alain gagnon francophonie pour le décrire montre l’insuffisance du langage, de la partie congrue qui voudrait nommer le tout incommensurable auquel elle appartient.

Les religions, les philosophies, ont tenté de le définir, d’élaborer sur sa nature, ses qualités, ses volontés mêmes. Ces efforts, sans doute nécessaires, ont souvent mené à des confrontations entre croyants, à des drames, à des déchirements promus par l’intérêt et la vanité, qui n’étaient certes pas voulus par l’Esprit divin.

Comment – et pourquoi – cet être immobile dans sa perfection est-il devenu Source et s’est-il déployé en espaces infinis, où règnent le temps et la spatialité, et où ses créatures s’agitent ? Comment et pourquoi est-il passé de l’un au multiple ? Je n’en sais rien. Nous n’en savons rien.  Au mieux, retrouve-t-on quelques hypothèses sur la naissance des mondes, dont certaines sont devenues dogmes, articles de foi.

1) Dieu aurait voulu se contempler à distance : il se serait donné des points de vue sur lui-même en disséminant des consciences à travers le grand Univers.

2) L’excès d’amour en Dieu aurait débordé (si l’on peut déborder de l’infini) et donné naissance à des êtres quasi semblables à lui, qui, sans être aussi puissants, pouvaient entretenir avec leur Source une relation d’affection dans la liberté.  Certains de ces êtres premiers auraient abusé de leurs pouvoirs et de cette liberté, se seraient efforcés d’imiter le Père en se projetant eux-mêmes dans des créations à leur image, dont certaines, notamment la nôtre, présenteraient des lacunes évidentes.  Ces rebelles auraient ainsi entraîné une myriade de planètes, d’humanités, dans une aventure qui les éloignerait de plus en plus du divin et les enfermerait dans une situation matérielle et morale de plus en plus aliénante, dévolutive.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie3) D’autres croient que l’Esprit s’est projeté dans le mental et la matière pour se réintégrer ensuite, grâce aux choix moraux d’amour et de service (don de soi) que peuvent effectuer les êtres à conscience réfléchie de tous les univers.  Ces êtres libres, devenus demi-dieux ou demi-déesses, retourneraient vers leur Source dans un corps de lumière, après s’être façonné une âme immortelle dans les épreuves de l’espace et du temps.

4) Certains nous estiment voués à une ignorance incontournable en ce qui a trait à nos origines, ainsi qu’à la raison d’être de l’humanité ou de nos vies individuelles.  Ils écoutent avec sympathie les tenants des diverses croyances et optent assez souvent pour un hédonisme utilitaire et soft, un peu similaire au carpe diem des épicuriens.

5) D’autres sont d’avis que l’Univers et la conscience résultent du hasard.  Nous serions ici, êtres pensants, par accident, par la rencontre accidentelle de probabilités multiples : aucune force intelligente ne l’aurait voulu ainsi.  Nos vies personnelles et le monde n’incluraient aucune finalité.  Des lois mécanistes, qu’auraient engendrées ces accidents originels, régiraient la nature d’où nous provenons et dans laquelle nous baignons.

Et nous pourrions allonger la liste…

Si tu te demandes ce que je crois — ou plutôt ce qui m’apparaît le plus intuitivement plausible, parmi ces hypothèses —, je te ferai une réponse de maquignon normand : un mélange de tout ça, la dernière exceptée.

(Propos pour Jacob, Éd. du CRAM)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Force organisatrice et création…, par Alain Gagnon…

28 avril 2017

Dires et redires

Je n’ai pas l’intention d’énumérer les preuves de l’existence de Dieu, dont celle, célèbre jadis, du Moteur premier.  Elles m’apparaissent peu chat qui louche maykan alain gagnon francophonieconvaincantes.  Par souci d’être bref et concret, j’utiliserai plutôt une approche micro, soit le petit bout de la lorgnette.

Les phénomènes parfois étonnants, bizarres, excentriques, d’une complexité inouïe, que nous présentent les sciences naturelles, m’inclinent à présumer une Force intelligente (ou des forces intelligentes) à l’œuvre dans la nature.  Dieu aurait donné le coup d’envoi, et un aspect ou l’autre de la divinité soutiendrait, dans son déploiement, l’aventure cosmique, continuerait à expérimenter dans une débauche de formes — et de complications parfois inutiles — que la sélection naturelle, darwinienne ou néodarwinienne ne saurait à elle seule expliquer.

À titre d’illustrations.  Au fond des abysses vit une crevette qui, des ténèbres, lance des signaux lumineux pour attirer ses proies.  Comment la sélection darwinienne aurait-elle pu en arriver à la doter d’un tel organe ? Tu connais les colibris, ces oiseaux-mouches qui, l’été, viennent dans nos mangeoires.  Comment la sélection aurait-elle pu conférer à cette espèce son vol hélicoptère ?  Dans les eaux de l’océan Austral, on trouve le chat qui louche maykan alain gagnon francophoniepoisson des glaces qui vit dans des eaux fortement salines, à une température sous zéro degré Celsius.  Notre vertébré possède une caractéristique étonnante : son foie sécrète un antigel — ce qui empêche son sang de se congeler et de le transformer en popsicle.  Dans les rivières amazoniennes se prélasse le gymnote, cette anguille-pile des fonds vaseux.  Ses organes électriques, au nombre de deux, se situent dans les flancs, de la tête à la queue, et leur disposition rappelle une pile de Volta — sa tête servant de pôle positif, sa queue de pôle négatif.  Le gymnote émet à volonté des décharges électriques qui paralysent ses proies et peuvent même renverser un homme.  Et que dire de cette guêpe de cauchemar, l‘Hyménoptère Liris, qui paralyse un grillon et l’enfouit dans un terrier avant de pondre un œuf sur lui : la larve, à son éveil, disposera ainsi de chair fraîche à profusion.  L’injection, qu’elle fiche aux ganglions nerveux de sa proie, doit être accomplie avec une précision inouïe — pour l’immobiliser sans la tuer —, sinon, ce sera la famine assurée pour la progéniture.  Et j’en passe ; et des meilleurs.

Il ne peut exister qu’une ou des intelligences derrière tout ça.  Cette planète paraît un immense laboratoire, où des transporteurs de fluide vital semblent avoir expérimenté d’abondance, semblent avoir ajouté grandement à la danse initiale de Maya, cette représentation sensible, ondoyante et transitoire qu’offriraient à Dieu toutes ses créatures.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le divin compagnon, par Alain Gagnon…

18 avril 2017

Dires et redires…

Il s’agit du sujet le plus délicat où rien ne se prouve, tout s’y éprouve, car tout y relève de l’ordre qualitatif de lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie pensée, celui de l’intuition supérieure.

La Kabbale nous apprend ceci : le sujet en nous, l’être réfléchi à capacité restreinte, mais réelle de liberté, est toujours lié à l’Être[1] par un fil d’or qui unit encore l’humain à Dieu au cœur de la boue, du chaos, des pires turpitudes.

Une autre source, romaine celle-là, nous informe de cette même présence, de cette altérité divine en nous.  Il s’agit de Marc-Aurèle (121-180), empereur et philosophe stoïcien.

Dans son recueil de maximes, intitulé Pensées pour moi-même[2], on retrouve ces passages qui ouvrent des pistes :

12, 2 : Dieu voit à nu tous les principes directeurs sous leurs enveloppes matérielles, sous leurs écorces et leurs impuretés.  Car il ne prend contact, et par sa seule intelligence, qu’avec les seules choses qui sont, en ces principes, émanées de lui-même et en ont dérivé.

 

Cette notion de principe directeur (ou de présence divine en l’humain) est une constante de sa pensée.  Dieu serait, si je lis bien Marc-Aurèle, le Principe directeur de nos principes directeurs individualisés.

3, 4.  N’use point la part de vie qui te reste à te faire des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises à quelque intérêt pour la communauté.  Car tu te prives ainsi d’une autre tâche d’importance, celle, veux-je dire, que tu négliges en cherchant à te faire une idée de ce que fait un tel ou un tel […], et en t’étourdissant et te distrayant par des préoccupations de ce genre…  Tous ces tracas sans importance t’écartent de l’attention que tu dois à ton principe directeur.  […] Car un homme, qui ne négligerait aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, serait comme un prêtre et un serviteur des dieux, voué au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserverait cet homme des souillures, le rendrait invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toute démesure, insensible à toute méchanceté […].

 

Il serait donc témoin de notre histoire sans en être altéré.

 

5, 26 Que le principe directeur et souverain de ton âme reste indifférent au mouvement qui se fait, doux ou violent, dans ta chair […].

5, 27.  Vivre avec les dieux.

Il vit avec les Dieux, celui qui constamment leur montre une âme satisfaite des lots qui lui ont été assignés, docile à tout ce que veut le génie que, parcelle de lui-même, Zeus a donné à chacun comme chef et comme guide.  Et ce génie, c’est l’intelligence et la raison de chacun.

6, 8.  Le principe directeur est ce qui s’éveille de soi-même, se dirige et se façonne soi-même tel qu’il veut, et fait que tout événement lui apparaît tel qu’il veut.

 

Quelles seraient, dans un résumé hâtif, les caractéristiques de notre principe directeur — ou de l’élément divin qui nous habite ?

1) Notre principe individuel se juxtaposerait à notre nature, serait plus proxime à nous que notre propre cœur, selon le Coran.  Toutefois, il ne se confondrait pas avec ce que nous sommes, demeurerait une entité distincte, appartenant à un autre ordre de choses.

2) Il serait une émanation de la divinité créatrice première, donc de même nature qu’elle — le tu es cela de l’hindouisme.

3) Cette divinité serait personnelle puisque capable de contact — nous sommes loin de l’Horloger distant des théistes voltairiens.

4) Comme personnes, nous entretiendrions une relation intime avec ce principe directeur — Marc-Aurèle nous exhorte à ne jamais le décevoir par nos pensées ou nos actes.

5) S’il peut être déçu, c’est qu’il est éthique : certaines choses lui conviennent, d’autres moins.

6) Il serait à la fois compagnon, boussole, gourou, mutateur, exhausteur…

On n’en terminerait jamais d’énumérer ses caractéristiques, puisqu’elles représentent les attributs de Dieu — l’énumération pourrait se dévider à l’infini.

[…]

J’aurais pu, sur ce même sujet, citer maître Eckhart : « Dieu se complaît dans son serviteur, il vit joyeusement et intellectuellement en lui […][3]. » Ou encore : « Comme c’est Dieu lui-même qui a semé en nous cette semence, qui l’a imprimée en nous et l’a engendrée, on peut bien la couvrir et la cacher, mais jamais la détruire totalement ni l’éteindre ; elle continue sans arrêt de brûler et de briller, de luire et de resplendir, et sans cesse elle tend vers Dieu[4]. » Cette semence en l’humain doit donner naissance à ce que le mystique rhénan appelle l’homme intérieur.

(Propos pour Jacob, La Grenouille Bleue)


[1] Dieu.

[2] Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.  (Traduction de Mario Meunier.)

[3] Maître Eckhart, Traités et sermon, Paris, GF Flammarion, 1995, p.357.  (Sermon numéro 66).

[4] Ibid., p. 175.  (Traité de l’homme noble).

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Aurobindo : Les trésors du Chat, par Alain Gagnon…

6 février 2017

Pensées…

Certains pensent qu’il est présomptueux de croire à une Providence particulière ou de se considérer alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québeccomme un instrument entre les mains de Dieu.  Mais je trouve que chaque homme a une Providence spéciale et je vois que Dieu manie la pioche de l’ouvrier et babille dans le petit enfant.

*

La Providence n’est pas seulement ce qui me sauve du naufrage quand tous les autres ont péri.  La Providence est aussi ce qui m’arrache ma dernière planche de salut, tandis que tous les autres sont sauvés, et me noie dans l’océan désert.

*

La joie de la victoire est quelquefois moindre que l’attraction de la lutte et de la souffrance ; pourtant, le laurier et non la croix doit être le but de l’âme conquérante.

*

Les âmes qui n’aspirent pas sont les échecs de Dieu, mais la Nature est satisfaite et aime à les multiplier, parce qu’elles assurent sa stabilité et prolongent son empire.

*

Ceux qui sont pauvres, ignorants, mal nés et mal éduqués ne sont pas le troupeau vulgaire.  Le vulgaire comprend tous ceux qui sont satisfaits de la petitesse et de l’humanité moyenne.

*

Aide les hommes, mais n’appauvris pas leur énergie.  Dirige et instruis-les, mais aie soin de laisser intactes leur initiative et leur originalité.  Prends les autres en toi-même, mais donne-leur en retour la pleine divinité de leur nature.  Celui qui peut agir ainsi est le guide et le gourou. Dieu a fait du monde un champ de bataille et l’a rempli du piétinement des combattants et des cris d’un grand conflit et d’une grande lutte.  Voudrais-tu dérober sa paix sans payer le prix qu’il a fixé ?

*

Méfie-toi d’un succès apparemment parfait ; mais quand, après avoir réussi, tu trouves encore beaucoup à faire, réjouis-toi et va de l’avant, car le labeur est long jusqu’à la réelle perfection.

*

Il n’y a pas d’erreur plus engourdissante que de prendre une étape pour le but ou de s’attarder trop longtemps à une halte.

 

Sri Aurobindo (1914 ou avant ?)
Traduction de La Mère.

Extraites de : Aperçus et Pensées, Pondichéry, 1956, p. 13 à 17.

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L’effroi sacré, Alain Gagnon…

22 décembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecSacré — Pléthore de cultes plus ou moins orientaux et gourous de fin de semaine.  Le dieu sauvage se venge, le dieu intime se venge.  Ce dieu négligé, contre qui les Églises ont tant péché, de ces péchés contre l’Esprit, difficilement pardonnables.

Ce dieu ne se contente d’aucun temple, d’aucun drapeau, d’aucun mariage politique ou éthico-social.  Il souffle hors des lieux de culte avec les vents, exige le don, le désarroi et l’enthousiasme des fous dansants.

Cette eau, que l’on nous verse en abondance, nous en avons égaré la source – quelque part entre nos bibliothèques aux manuscrits poussiéreux et la bénédiction sociale du dernier ordinateur dont la mission est d’assurer à tout jamais la pérennité de nos mots qui ne chantent plus.


Dieu, Jésus et les dieux…, un texte d’Alain Gagnon

5 décembre 2016

Propos sur l’oubli de soi…

 

 

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Ce dieu de l’Ancien Testament dont la voix s’entremêle à celle du Dieu Esprit, ce dieu mégalomane et ses démons ont sévi d’abondance dans l’histoire de la Terre.  Les mythes racontent leurs exploits et méfaits.

*

Au royaume du dieu menteur, Jésus le Nazaréen est venu ouvrir une succursale spirituelle, une colonie de la Vérité sur terre.

*

Le néo-monisme du matérialisme voudrait tout expliquer.  En vain.  Malgré ses exploits dans la sphère sensible, il n’y arrivera jamais.  Ses outils, quoique techniquement admirables, demeureront toujours en deçà de cette tâche : décrire le qualitatif, ce qui s’expérimente par l’intuition supérieure, le supra-moi, ne se définit que par métaphores ou musiques.


D’Ormesson, Dieu, Kant et le temps, par Alain Gagnon…

29 novembre 2016

Notes de lecture…

Lecture de Qu’ai-je donc fait (sans ?) de Jean d’Ormesson, Laffont, 2008.  Livre de souvenirs, de réflexions… Un peu répétitif, lorsqu’on a lu

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Jean d’Ormesson

ses précédents comme C’était bien. Mais c’est vif, alerte, primesautier, léger… et la langue est belle : c’est du d’Ormesson.

J’y ai cueilli quelques formules bien relevées et qui portent à sourciller, sourire ou à réfléchir : l’âge n’a pas soustrait d’acuité à son style.

Cette formule qu’il rapporte et sert de conclusion à une dispute entre rabbins : « Ce qu’il y a de plus important, c’est Dieu — qu’il existe ou qu’il n’existe pas. » (p. 39)

« La littérature, c’est une affaire entendue, est du chagrin dominé par la grammaire. » (p. 111)

Alors qu’il s’apprête à raconter une histoire d’amour dont il est peu fier : « On ne va pas tomber dans le sirop d’orgeat d’une littérature d’édification et de la repentance. » (188)

« La lumière est l’ombre de Dieu. » (p. 309)

« Oui, bien sûr, je doute.  Je doute de l’existence de Dieu.  Je doute encore bien davantage de son inexistence.  Les uns croient en Dieu.  Les autres doutent de Dieu.  Je doute en Dieu. » (p. 340)

À propos du mystère du temps qu’il appelle notre prison : « Kant parle quelque part d’une hirondelle qui s’imagine qu’elle volerait mieux si l’air ne la gênait pas.  Il n’est pas impossible que le temps soit pour nous ce que l’air est pour l’hirondelle. » (p. 348)

Jean d’Ormesson a le grand mérite d’avoir su admirer Chateaubriand tout en se gardant bien de l’imiter.


Ma page littéraire, par Dominique Blondeau…

29 octobre 2016

Croire en Dieu sans aucun doute *** 1/2

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecQue dire des nouvelles mondiales qui prennent possession du peu de temps dont nous disposons.  Les journaux et la télé nous informent du pire ; rarement, le bien auquel contribuent des hommes et des femmes ne fait l’objet d’une mention spéciale.  Est-ce utile de nous rebattre les oreilles des méfaits de nos semblables ?  Depuis longtemps, grandes et petites guerres se perpétuent sans que nous en tirions une leçon.  Dieu nous aurait-il oubliés ?  Allons voir ce qu’il en est dans l’essai d’Alain Gagnon, Propos pour Jacob.

En introduction, un narrateur confie à son petit-fils ce qu’il lui léguera à sa mort : des réflexions personnelles, des questionnements spirituels traitant de l’existence de Dieu.  Ce même narrateur prévient Jacob qu’il s’avancera « à pas prudents de loup » dans « l’ampleur du sujet » qu’il prétend connaître.  Celui du monde tel qu’il est, mais aussi dans l’univers d’un dieu qui sommeillerait en nous, soit le sacré qui nous différencie du règne minéral, végétal, animal.  Tout d’abord, Alain Gagnon affirme que l’Esprit est « un, sans temps ni lieu. » Impérieux, il souffle, se réverbère au centre de toutes les philosophies.  Dépourvues de cet esprit universel, nombre d’œuvres auraient avorté : poésie, littérature, peinture, architecture, la nature s’appliquant à nous démontrer la perfection de la fleur la plus humble.  Faut-il responsabiliser Dieu d’un semblable et grandiose dessein ?  Ne nourrit-on pas aujourd’hui un brin de lassitude, quand rabâchant à souhait les causes de malheurs superposés les uns sur les autres, nos oreilles et nos yeux se ferment ?  Dieu n’est-il pas désespéré de devoir tout reconstruire, contemplant le monde usé plutôt qu’existant mal, comme le suggère l’auteur.

On admire Alain Gagnon d’attester sans faillir l’existence de Dieu.  Les exemples théoriques ou concrets se multiplient que nous ne pouvons mettre en doute.  Pourtant, n’appartient-il pas à chacun d’interpréter « l’aspiration vers l’infini » tel un phénomène scientifique, logique et intelligent, une volonté naturelle complexe et moins crédule ?  N’est-ce point devenir l’égal de Dieu en se faisant complice de ses créations ?  En soi, ne sommes-nous pas des dieux par le fait même de combattre dans un maelström essoufflant une destinée qui nous a été transmise, pour que nous la menions du mieux possible ?  Ne sommes-nous pas, à l’image de Dieu, le « Sacakoua » du début de l’univers ?  En quoi Dieu et ses créatures ont-ils changé ?  Plusieurs mythes nous apprennent que des rébellions se sont produites avant que Dieu entreprenne sa tâche ; on pense aux faux prophètes qui, en leur temps, ont juré être les sauveurs de l’humanité avant que Jésus se sacrifie pour elle.  Que de brumes idéalistes et fascinantes suggérées par Alain Gagnon ; tant de légendes préhistoriques sont ancrées dans nos consciences, imprégnant l’innommable en nous, défiant nos peurs, nos forces.  Notre conscience propre au règne hominal, celle qui nous est étrangère, peut-elle être gouvernée par des anges ou des démons, exilés que nous sommes dans un « univers auquel nous nous adaptons de par notre nature animale […] » ?  Que penser des atrocités que l’homme a mises sur pied pour exterminer ses frères ?  Où intervient le divin cosmique quand il s’agit d’exploiter la misère des innocents, ceux et celles qui ne savent se défendre contre des hommes de mauvaise volonté ?  Peut-on demander aux démunis de vaincre la souffrance et la peur pour devenir Dieu ?  L’Être divin serait-il sélectif ?  Le péché originel nous aurait-il départagés ?  Les martyrs s’abandonnant au dogme chrétien — et l’ignorant — lors de spectacles sanguinaires se présentaient-ils déjà comme des hommes nouveaux, une vision béatifique exaltant leur indéfectible croyance ?  Le christianisme n’est-il pas né de ces affres, d’un enivrement céleste, répliqueront les irréductibles de la Foi.

Le livre, car c’en est un où l’amour du divin l’emporte sur la pauvreté morale, intellectuelle de l’homme, foisonne de références qui ont guidé Alain Gagnon vers des ancrages resplendissants.  Nos interrogations tumultueuses sont prises en main par l’auteur, serein et grave.  La Joie de croire en Dieu s’avère la force suprême de l’ouvrage, louant « l’homme intérieur » que nous devons chercher au détriment du « vieil homme ».  On a aimé que Gagnon multiplie ses approches, citant Nicodème, Paul de Tarse, Maître Eckhart, Sri Aurobindo, l’empereur Marc-Aurèle, définissant ainsi nos diverses consciences à travers des paraboles de Jésus.  Mais Dieu est-il accessible à tous, sa parole à Lui se répercutant « par images et impressions […] » indicibles. Il serait impossible de répertorier les axiomes philosophiques que propose l’auteur, l’œuvre se révélant riche, extrêmement réfléchie.  Il suffit de s’acheminer intérieurement vers une éthique embellie d’une « vraie » liberté, ce que recommande l’auteur à son petit-fils.  L’humain ne se révèle-t-il pas le véritable sujet et mystère de cet essai érudit, inclassable ?

Pour clore ces éloquents propos, 99 bouts de papier, sous forme d’aphorismes, vagabondent spontanément d’une pensée à une autre.  Ils sont là, témoignant d’une angoissante lucidité, nous obligeant parfois à nous interroger sur la nécessité de vivre, de parcourir en trébuchant une courte distance heurtant nos certitudes, nos hésitations.  Il n’empêche qu’en fermant ce livre, et malgré la beauté spirituelle du texte, la sincérité absolue de l’auteur, nous ne sommes sûrs de rien, surtout pas de l’existence d’une entité désincarnée, pétrissant, telle la glaise, la chair périssable de l’humain.  Le génie de l’homme, selon Nietzsche, n’est-il pas d’être « humain, trop humain », donc imparfait ?  À défaut de croire en Dieu, croyons en la parole persuasive d’Alain Gagnon, lui aussi, trop humain !

Propos pour Jacob, Alain Gagnon
Les Éditions de la grenouille bleue, Montréal, 2010, 122 pages

Notes bibliographiques

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecInstallée au Québec depuis 1969, Dominique Blondeau, romancière et nouvellière, a été lauréate du Prix France-Québec/Jean-Hamelin pour son roman Un Homme foudroyé. Entre autres ouvrages, elle est aussi l’auteure de Les Feux de l’exilFragments d’un mensonge,Alice comme une rumeur, Éclats de femmeset Larmes de fond, ces cinq derniers livres publiés aux éditions de la Pleine Lune. En 2002, les éditions Trois-Pistoles ont édité son essai, Des grains de sel, dans la collection «Écrire». Elle a fait paraître des nouvelles dans plusieurs revues et collectifs et, en 1997, elle a été lauréate du Prix de la Meilleure Plume au concours XYZ. La revue de la nouvelle. Son treizième roman Une île de rêves a été publié en 2004 chez VLB éditeur. En 2008, elle a publié un recueil de nouvelles, Soleil et cruautés, dans Internet, sur le site Lulu. Au début de 2012, elle publiait Des trains qu’on rate aux éditions numériques Le Chat Qui Louche. En 2007, elle a créé un blogue surtout consacré à la littérature québécoise, Ma page littéraire(http://dominiqueblondeaumapagelitteraire.blogspot.com/)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dieu, Jésus et les dieux…

27 octobre 2016

Propos sur l’oubli de soi…

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Ce dieu de l’Ancien Testament dont la voix s’entremêle à celle du Dieu Esprit, ce dieu mégalomane et ses démons ont sévi d’abondance dans l’histoire de la Terre.  Les mythes racontent leurs exploits et méfaits.

*

Au royaume du dieu menteur, Jésus le Nazaréen est venu ouvrir une succursale spirituelle, une colonie de la Vérité sur terre.

*

Le néo-monisme du matérialisme voudrait tout expliquer.  En vain.  Malgré ses exploits dans la sphère sensible, il n’y arrivera jamais.  Ses outils, quoique techniquement admirables, demeureront toujours en deçà de cette tâche : décrire le qualitatif, ce qui s’expérimente par l’intuition supérieure, le supra-moi, ne se définit que par métaphores ou musiques.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).


Les arracheurs de rêves, par Francesca Tremblay…

13 octobre 2016

Les arracheurs de rêvesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

 Ils avaient des dents aiguisées et des mains aux longs doigts effilés qui se terminaient par d’abominables ongles noirs et acérés. Ils plongeaient dans les esprits pour nous prendre ce qui nous constituait. Après qu’ils soient passés, nul ne survivait, disait-on, car ils repartaient avec ce qui restait des consciences libres et heureuses. Ils sortaient de sous le lit, comme une ombre malfaisante, prête à étouffer le bien qui veillait en chaque enfant que nous étions, en chaque homme et femme que nous voulions devenir.

Ils voulaient nous faire croire que nous étions faibles et pauvres. Mais si nous l’étions, nous ne l’étions pas du cœur. Pas de l’âme. Nous vivions pour nous abandonner à l’amour, même si c’était parfois l’amour qui nous abandonnait. Ils étaient arrivés à nous faire douter que notre courage ne fût qu’un magicien perdu dans un royaume trop chaste et pourtant, cette force que nous avions de nous relever après maints coups durs de la vie nous appartenait. Elle était ancrée solidement dans les mots que nous chuchotions au fin fond des geôles. On voulait nous enlever notre foi. Mais Dieu était en chacun de nous, faisant battre cette chair qui retenait nos os de s’effondrer.

Et quand à coup de massacres ils ont voulu nous faire croire que nous n’existions pas, nous ne nous sommes pas résignés. Main dans la main, nous avons tous marché vers ceux, qui nous miraient de leur mépris. Ceux qui nous épiaient jalousement. Nulle arme ne saurait détruire cette intégrité que nous avions. Les gens disparaissent, mais la vérité était contagieuse et se répandait jusqu’à celui qui voulait savoir. Chez celui qui voulait réellement comprendre. Et nous savions que l’amour naissait des cœurs purs. Que nous avions en chacun de nous un nid fécond pour créer des jours nouveaux et une rage pour défendre la lumière qui nous éclairait. Les cavernes n’étaient plus sombres avec les discours des gens qui avaient vu et racontaient le soleil.

Vivre n’était pas seulement respirer, c’était aussi être fait d’espoir. Souhaiter changer les choses pour rapprocher chaque être de l’évanescente quête personnelle.

Quand l’arracheur de rêves vola mon cœur encore chaud d’avoir vécu, je compris qu’autre chose se débattait pour vivre. Alors qu’il se délectait de ce coriace repas qui lui glissait entre les mains, une lumière remplit mes yeux qui se refermaient. L’arracheur de rêves ne vit pas que, du haut des airs, nous le regardions faire. Et je compris qu’ils ne pourraient jamais, tous autant qu’ils étaient, nous faire croire que nous ne pouvions changer le monde. Car la vraie liberté n’était ni la vie ni la mort. C’était nous. Nous qui avions réalisé de petits et grands exploits, et les autres qui continuaient, peuplant les rues de leurs convictions. Le passage des arracheurs de rêves dans nos vies nous avait fait prendre conscience de la chance de pouvoir nous exprimer, simplement.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLa vérité est une source si pure que le corps ne saurait la toucher, que l’esprit ne saurait la connaître. C’est ce qui nous lie au divin, et nous nous battions pour la garder intacte. Comment ? En nous tenant debout quand les dents ont transpercé notre chair. En ne passant pas sous silence l’injustice faite et en réclamant haut et fort qu’ensemble NOUS SOYONS.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

16 juin 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec devenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.

http://maykan.wordpress.com/


Musique, errance et Dieu, par Alain Gagnon…

26 mai 2016

Dires et redires…

C’est en ces moments d’errance et d’exil qu’il y a nécessité âpre de la musique ; mais celle-ci nous fuyait ou n’arrivait plus à soumettre ce monde, chat qui louche maykan alain gagnon francophonieni à le raccorder à ce qu’il devait être.

*

Et alors nous avons compris : la Chine est partout où l’interrogation erre, et nous nous sommes résumés à un point de l’espace où toute musique se laque d’eaux perdues dans les milles mirages de la mer – et y convergent les miels lactés d’une alarme immobile.

*

Dieu, c’est le vent, dans l’espace de la musique ; celle qui chante et sait relier en sa caresse uniforme.

*

Dieu était partout – où il est demeuré d’ailleurs : dans l’espace de la musique, celle que toute oreille a entendue – avant d’avoir un nom à soi, avant qu’on nomme même la musique, dans la plus pure réminiscence.

*

Nos mains cherchaient cette vaine géométrie des mots qui nous avait tant rassérénés jadis.  La joie nouvelle exigeait le grand large, celui de Dieu, celui de la musique froide – étendue vaste, plaquée, déployée, où les horizons s’allient aux eaux sourdes de la mer, où aucun oiseau de rivage n’a même rêvé d’un voyage pour soi, ni d’errance au soleil.

(Ces citations sont tirées du recueil de poèmes L’espace de la musique, publié aux Éditions Triptyque.)


Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

27 avril 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec devenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.

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L’effroi sacré, par Alain Gagnon…

10 avril 2016

 Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

 

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecSacré — Pléthore de cultes plus ou moins orientaux et gourous de fin de semaine.  Le dieu sauvage se venge, le dieu intime se venge.  Ce dieu négligé, contre qui les Églises ont tant péché, de ces péchés contre l’Esprit, difficilement pardonnables.

Ce dieu ne se contente d’aucun temple, d’aucun drapeau, d’aucun mariage politique ou éthico-social.  Il souffle hors des lieux de culte avec les vents, exige le don, le désarroi et l’enthousiasme des fous dansants.

Cette eau, que l’on nous verse en abondance, nous en avons égaré la source – quelque part entre nos bibliothèques aux manuscrits poussiéreux et la bénédiction sociale du dernier ordinateur dont la mission est d’assurer à tout jamais la pérennité de nos mots qui ne chantent plus.


Les brumes des commencements, par Alain Gagnon…

20 juin 2015

Dires et redires…

Plusieurs des mythes se recoupent sur ces points : il y a eu un début à notre Univers, à la Terre et à l’humanité.  chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieIl y a eu une faute (ou des fautes) avant, pendant ou après ce commencement.  Il y a eu divergences d’opinions (ou rebellions) entre créateurs — ou entre un Créateur premier et plusieurs sous-créateurs.  Des êtres appartenant à des niveaux d’existence que nous pouvons difficilement appréhender, se seraient révoltés, auraient conspiré, se seraient livrés à des expérimentations sur les espèces végétales, animales, et humaine.  (Franchement, dans le cas des hommes, j’ignore si c’était dans le but de les améliorer ou de les asservir, d’en faire des esclaves minimalement raisonnables.  Pour ces deux fins, peut-être ?)

Tout ceci serait advenu dans un passé indéfinissable.  Dans les brumes des commencements, on pressent des drames dont résulterait notre pénible condition sur cette planète qui peut nous apparaître le royaume de la cruauté et de la mort.

L’un de mes premiers souvenirs d’enfant : sur le parquet se traîne péniblement un mille-pattes.  Accrochés à l’insecte qui se convulse, des dizaines de fourmis le dévorent vivant.  J’offre également, en guise d’exemple, cette scène dont je fus témoin et que j’ai insérée dans mon roman Lélie ou La vie horizontale :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieEt lui revint l’image de ces eaux mortes, où expiraient des centaines de milliers d’arbres, ce réservoir récent qu’il avait visité avec Eugène, le jour même de sa rencontre avec Belle Rabbitskin.  Entre les troncs et les racines du rivage, un goujon agonisait.  Des sangsues s’agrippaient à ses branchies et à sa gueule, à ses chairs palpitantes encore, et son corps se gonflait et s’affaissait de respirations saccadées, pour prolonger de quelques minutes encore la vie de ce corps où les sangsues formaient des dizaines de soleils rougeâtres…  Voilà ce qu’ils appellent Dieu…  Et ce soir-là, la veille, il a aussi songé à l’Autre et à tous ses dires, et, affolé soudain, il a bondi vers la fenêtre la plus proche, et il a hurlé de terreur, mais personne ne pouvait l’entendre.  Il se retrouvait seul pour sonder la nuit.  Il est monté alors.  Il le savait, le sommeil viendrait dru.

Et cette même nuit lui a amené un rêve, à lui qui ne rêve jamais.  Il a rêvé de l’Homme, de l’homme d’humanité.  Au temps des commencements, l’homme est descendu du ciel, géant.  Une femme géante — la Femme Aude ou sa véritable jumelle — le tenait par la main.  Ils se sont allongés pour faire ce que font les hommes et les femmes, et la lèpre est advenue : vaste moisissure verte qui a recouvert les forêts, les océans et les lacs — même les déserts de sable et de glace.  Et du fond du sommeil le plus noir et le plus lumineux, l’Autre répétait : Il va nous falloir faire la paix avec tous les animaux et avec les arbres.  Peut-être que pour ça, il nous faudra être morts, s’entendait balbutier Médéric.[1]

La citation est longuette, mais Médéric exprime efficacement l’horreur d’exister.  Lorsque l’on considère le monde dans ses fondements, la vie dans ses fondements ultimes, tout n’est qu’entredévoration perpétuelle, domination, soumission, souffrances permanentes du vivant.  Manger ou être mangé.  Je ne vis que par la mort d’autres organismes, animaux ou végétaux — les végétariens ou végétaliens ne peuvent s’en tirer à bon compte.  Chacune de mes respirations élimine combien d’animalcules aux muqueuses ?  Mes globules blancs chassent et phagocytent les bactéries sans trêve.  Un jour, mes leucocytes se reposeront, diminueront en nombre ou en vigueur.  Les micro-organismes auront tôt fait de répandre l’infection et de me réduire à la pourriture de la tombe.

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Kali

Toutes les espèces, du tigre carnassier à l’herbivore et au tendre agneau, vivent ainsi, implacables et cruels.  Les animaux et les plantes s’entredévorent dans l’innocence.  L’humain, qui devient conscient et vrille ses yeux sans ciller dans la réalité du monde, demeure stupéfié.  Puis il se demande :  Qui a donc pu concevoir et élaborer tout ça ?

Il ne peut admettre qu’un Dieu infini, un Dieu d’amour, ait pu donner substance à une telle horreur.  Le Dieu premier, la Source de l’Être ne peut qu’être différent, dans ses attributs, de ce que montre la création.  Cette répulsion de l’humain conscient provient d’un manque, de la divergence apparente entre ce qu’est le monde et ce qu’il devrait être pour satisfaire ses propres critères de bonté, de justice, d’amour.  Ces critères de référence, si l’humain les possède, il les a bien reçus, acquis d’une provenance ou d’une autre, d’une cause ou d’une autre, et ce n’est certes pas de la Nature (Natura naturans[2]), vraisemblablement mère de toute cruauté, à ce que l’on perçoit.  Il faut bien que l’homme conscient ait puisé quelque part ce point de comparaison qui engendre chez lui la révolte et l’effroi.  Sinon, il serait, tout comme les animaux, instinctif, souffrant dans sa chair parfois, mais sans douleurs morales.

À mon avis, le seul fait que l’humain soit en quête d’un univers plus éthique, prouve une source de l’éthique (Dieu) ; tout comme le seul fait que l’humain souhaite l’immortalité, incline à croire à sa propre immortalité, présente ou future.  Il ne saurait désirer ce qu’il ne peut atteindre, comme individu ou comme espèce.  Ainsi, la soif est la meilleure preuve de l’existence de l’eau.  Si tu as soif, c’est que ton organisme tire son origine de l’eau et que, pour ce, cet élément est essentiel à ta survie.  De même, la pulsion qui pousse l’humain, sous toutes les latitudes et en tous les temps, à se créer ou à rechercher un être supérieur, est la meilleure preuve de l’existence de Dieu.

Les grandes mythologies, la cruauté observable qui sous-tend le monde sensible, ainsi que les impératifs moraux inhérents au règne hominal, me portent à croire que cet univers, où l’homme se sent étranger, n’est pas celui voulu par Dieu.  Que des rebelles — anges ou démons — auraient joué aux démiurges, élaboré des créations locales selon leurs fantaisies ou leurs volontés dévoyées, et de ces fautes, nous souffrons, humains exilés dans un univers auquel nous nous adaptons de par notre nature animale, et que nous déplorons de par le divin qui nous habite.

(Propos pour Jacob, Éd. du CRAM)


[1]Alain Gagnon, Lélie ou La vie horizontale, Montréal, Les Éditions Triptyque, 2003, p 85, 86.

[2] La Nature qui se crée et qui crée le monde sensible.


Dieu n’est pas un fakir à miracles, par Alain Gagnon…

7 juin 2015

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Dieu — Les miracles n’ont jamais infirmé ni confirmé ma foi.  Si le miraculeux ou l’extraordinaire prouvait l’existence du divin, Harry Houdini, David Copperfield, Chris Angel et consorts seraient de formidables thaumaturges et hiérophantes.  Sans parler des fakirs indiens ou de ces yogis qui peuvent passer des temps fabuleusement longs sous l’eau ou sans boire, ni manger.

Les sciences font reculer les frontières de l’extraordinaire et du surnaturel.  Combien de ressuscités des temps passés ne seraient jamais ressuscités parce qu’ils ne seraient tout simplement pas morts, notre technologie médicale fine les aurait décelés encore vivants.  Quant aux guérisons,  les sciences du cerveau et la psychologie nous enseignent les capacités inouïes d’autoguérison de l’esprit humain.

Si l’on veut prouver (plutôt éprouver) la transcendance dans la nature et dans l’humain, c’est beaucoup plus vers l’existence de la conscience, non seulement réactive à l’environnement, mais surtout réfléchie et engendrant une marge de liberté, qu’il faut se tourner — là gîte le merveilleux, là gîte ce qui dépasse les contingences et ce que l’on pourrait nommer le divin : être conscient et être conscient de l’être…

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La conscience, photo de Skip Hunt

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du


Dieu, hyperespace et faux dieux, par Alain Gagnon…

5 juin 2015

Dires et redires…chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Dans les coulisses de notre univers multidimensionnel, dans ce que les auteurs de science-fiction se plaisent à nommer l’hyperespace, voyageraient, rôderaient une multitude d’êtres que nos sens ne peuvent percevoir, sauf en de rares occasions[1].  Pour prendre un raccourci, Jacob, situons-les quelque part entre l’homme et Dieu.

On y retrouve des alliés, des gardiens bienfaisants, mais aussi des bourreaux et des trompeurs.  Plusieurs influent sur le destin de la Terre, sur notre histoire.  Lorsque tu lis les textes sacrés, lorsque tu étudies les diverses traditions religieuses, demande-toi, toujours : Qui parlaient ?  Qui transmettaient ces messages[2] ? Certains veulent conserver leur cheptel – nous.  D’autres souhaitent contrecarrer le plan de la Providence.  D’autres veulent nous libérer de cette prison, de ce parc d’élevage, et nous faire prendre conscience de notre vraie nature comme personnes humaines, afin que l’histoire de notre planète réintègre le grand dessein cosmique.

Ces êtres ne sont pas des dieux, à peine des demi-dieux, même si certains se sont fait adorer et ont fondé des religions.  Ils nous ont abusés et nous abusent encore par leurs prouesses techniques[3].

Les diverses religions du globe sont des champs clos.  S’y côtoient et s’y affrontent ceux qui voudraient nous libérer de l’ignorance et des illusions qui nous confinent au désespoir, et ceux qui ont intérêt et plaisir à nous garder en sujétion par la culpabilité et la peur.  C’est pourquoi les textes sacrés recèlent, côte à côte, hautes inspirations morales et abominations, appels à l’amour et appels au meurtre[4].  C’est pourquoi les plus exaltantes idéologies conduisent à des holocaustes et les entreprises les plus criminelles donnent parfois des fruits d’une qualité étonnante.  Les trompeurs se sont efforcés de nous fournir en révélations de leur cru ou à immiscer leur venin mensonger dans les révélations que leurs semblables, favorables à l’humanité, nous avaient confiées.

Ces êtres connaissent intimement l’humain.  Ils savent le manipuler.  Ils jouent avec brio sur les ressorts de son animalité originelle : instincts et peurs.  Esthètes et créateurs maudits, si la Terre semble un bordel, ils en sont grandement responsables, tout comme ils sont responsables de la manière dont les grandes religions ont souvent abusé, à des fins de domination et de lucre, de cette soif de sacré inhérente aux humains.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieComment s’y retrouver dans ce fatras de propagandes et de manipulations ?  Comment séparer l’ivraie du bon grain ?  Comment en arriver à mener une vie qui serait vraiment humaine ?  C’est-à-dire en tension vers son propre parachèvement et en tension vers Dieu, l’unique, et non pas assujetti à la mascarade des faux dieux qui le singent ?

Les siècles ont soulevé cette question et tenté d’y répondre — les éthiques abondent.  Et les plus sages s’y sont souvent brisé les dents.  L’important, ce ne sont pas les réussites ou les échecs, mais le fait que l’humanité ait essayé sans cesse.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)


[1] Les  phénomènes insolites relèvent parfois de ces rares occasions.

[2] Qui parlait avec Moïse sur le mont Sinaï ?

[3] Peut-être aurions-nous dû demeurer inconscients, donc innocents, un temps plus long : le temps de notre développement physiologique et moral. Par leurs manipulations hétérodoxes, des créateurs rebelles ont peut-être accordé trop hâtivement liberté et conscience éthique à des embryons d’êtres, qui baignaient encore dans les nécessités par trop contraignantes, pour des êtres moraux, de l’animalité – nécessité de tuer constamment pour survivre. Ce serait là la faute originelle, où nous n’avons eu aucune part. Peut-être auraient-ils dû attendre que, tout comme les plantes, l’évolution nous ait dotés d’organes permettant la captation directe des énergies, solaire ou autres, nécessaires à la vie, sans avoir besoin de recourir au meurtre, à la destruction d’animaux ou de plantes ?  L’impatience plus que l’orgueil aurait été le péché des anges déchus ?

[4] Les démons, ce sont ces voix parfois contradictoires, parfois belliqueuses, parfois aimantes que l’on retrouve tout au long de l’Ancien Testament. Cris, accents et suggestions qui se mêlent aux révélations véridiques de l’amour et du rehaussement de soi. (A. Gagnon,  Le Bal des dieux)


En librairie : Fantômes d’étoiles, un nouvel essai d’Alain Gagnon…

20 avril 2015

Fantômes d’étoiles (Essai sur l’oubli de soi)

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En réalité, nous voyons des fantômes d’étoiles.  Elles scintillent à l’endroit où elles étaient, il y a des millions d’années ou plus.  En fait, nous les admirons là où elles ne sont plus.

Il en est de même du transcendant – ce qui dépasse notre ordre naturel de perception. Nous ne possédons pas l’équipement mental nécessaire à son appréhension certaine, qui convaincrait jusqu’au dernier humain. Nous tâtonnons, trébuchons comme l’Ermite de la neuvième lame du Tarot, qui porte ce nom. On y aperçoit un homme habillé de bure, qui cherche, lanterne en main.

Il ne doute pas que l’objet de sa quête existe.  Quant à trouver ?  Et dans quelles conditions ?

Perplexité et scepticisme marquent ses traits.  Une spiritualité en marge des institutions religieuses.  Une spiritualité axée sur la recherche patiente et la découverte parfois fulgurante de la transcendance.

Ce livre s’adresse à toute personne en quête de sens et de vérités fondamentales sur l’existence humaine.

 L’auteur

L’oeuvre d’Alain Gagnon, qu’il s’agisse de romans, de poèmes, de nouvelles ou d’essais, est majoritairement tournée vers la spiritualité et les réalités extradimensionnelles.  Dans ce livre, l’auteur nous présente une synthèse à la fois simple (sur le ton de la conversation) et étoffée de ses expériences et des conséquences qu’il en a tirées. Auteur prolifique, ce livre est son 37e et le 2e publié chez Marcel Broquet. (Le bal des dieux – 2011).


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