La boîte à cafards, par Myriam Ould-Hamouda…

14 juin 2016

La boîte à cafards

 Sur le pavé de la rue piétonne, deux silhouettes aux regards accrochés avancent l’une vers l’autre. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Jusqu’à se retrouver nez à nez, et presque bouche à bouche.  Jusqu’à n’en faire plus qu’une sur ce pavé mouillé qui les voit s’emmêler.  Et de cette silhouette sortent soudain mille bras qui semblent s’agiter.  Ils s’enlacent, s’embrassent, s’enlacent encore, et en un éclat de rire, effacent cette foule qui les scrute d’en bas.  Lui, effleure sa longue chevelure, la main tremblante.  Elle, perd un fragile sourire, le regard qui pétille.  Et puis vient effleurer leurs tympans une farandole de mots.  Des mots sucrés qui pansent les plaies.  Des mots brûlants qui réchauffent les cœurs.  Des mots d’Amour.  À jamais.  Pour toujours.  Des mots légers qui rebondissent un instant avant de s’envoler.  Mais personne ne verra ces mots-là prendre déjà le large.  Personne ne leur courra après ni ne les rattrapera à bout de bras, ces mots-là.  La silhouette n’est plus qu’un cœur qui bat.  Alors elle ne bouge pas, et infiniment bat.

Mais lorsque le cœur de la silhouette bat un peu moins vite, un peu moins fort et qu’elle relève soudain la tête, elle se demande enfin où ils sont partis, tous ces mots-là.  À s’en tordre le cou, elle scrute les yeux du monde pour s’en revêtir, encore frêle un instant.  Mais ces mots-là semblent perdus à tout jamais, volatilisés en un hier évanoui.  La silhouette accroche son regard à un dernier croissant de lune, et en un impossible cri, tombe à terre.  Le ciel est en colère, alors le tonnerre gronde et un premier éclair vient foudroyer la silhouette à terre.  Une vive douleur transperce celle qui se scinde soudain en deux morceaux aliénés.  La silhouette n’est plus.  Son cœur ne bat plus.  Ni trop vite.  Ni trop fort.  Elle s’éteint sans un bruit, sur le pavé mouillé qui la voit se déchirer.

Au petit matin, sur le pavé de la rue piétonne, deux silhouettes aux regards perdus reprennent leur chemin.  L’une à gauche.  L’autre à droite.  Sans but et sans dérive, fébriles devant cette nouvelle porte qu’il leur faudra ouvrir.  Mais devant chaque porte, chacun d’eux trouvera une petite boîte couverte de poussière.  Alors ils se poseront, chacun devant sa porte, et ouvriront cette boîte, et remonteront le temps.  Dans cette boîte, tous deux retrouveront un peu tard, ces mots-là trop légers qui s’étaient envolés.  Des sobriquets tout doux.  Ma princesse.  Mon Amour.  Des Je t’aime pour la vie.  Des Nous est le plus fort.  Des Veux-tu m’épouser ?  Et des Je t’attendais.  Mais en ce matin-là, ces mots-là ne sont plus qu’écœurants, oppressants.  Plus du tout sucrés, ni même chauds, ils donnent juste la nausée à ces deux silhouettes que le pavé mouillé distingue dériver le long d’amers regrets.

Mais qui toujours vole ces mots du premier jour ?  Ces promesses en suspens qui font battre le cœur des silhouettes bêtes qui s’aiment un peu trop vite.  Mais qui toujours rend ces mots le dernier jour ?  Et les transforme soudain en d’immondes cafards qui grouillent encore un temps sur la plaie béante de celle qui ne sera jamais… drapée d’éternité.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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L’autoroute du soleil, par Myriam Ould-Hamouda…

29 mai 2016

Billet de Maestitia

 Sur l’autoroute du soleil, tu regardes défiler les autres voitures.  On ne sert peut-être à rien d’autre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecqu’à ça, courbé sur la place du mort d’une Twingo rouge.  Spectateur d’un monde qui défile.  Quelques gamins qui font des grimaces.  Deux ou trois routiers qui se curent le nez.  Des conducteurs absorbés par la dernière ligne droite.  Et toi.  Toi.  Qui te demandes encore ce que tu fous là.  Bercée par cette voiture de laquelle tu voudrais déjà sauter.  Aux côtés de ce type qui n’est rien d’autre qu’un étranger.  Sur l’autoroute du soleil, tu regardes ta vie défiler.

Cette vie qui a perdu son sens dès la première bretelle de l’autoroute que vous avez empruntée.  Vous.  Couple asymétrique.  Il – l’autre partie de ce curieux duo – sourit déjà au volant.  À te chanter monts et merveilles.  Que le soleil arrive bientôt.  Qu’il est presque là d’ailleurs. Et que tu jouiras.  Toi – elle – laisses perler le long de ta joue une imperceptible larme.  Qui te hurle dedans.  Mais qu’est-ce que tu fous là ?  Qui te pointe du doigt.  Traînée !  Traînée !  Traînée !  Et déjà, elle te brûle, cette larme.  Et enflamme ta joue salée.  Sur l’autoroute du soleil, le soleil est absent, mais ta joue, elle, pleure déjà vermeil.

Longiligne, soporifique, qu’elle est.  Cette autoroute du soleil.  Qui ne mène à rien d’autre.  Qu’à ce factice soleil.  Ce soleil qui te promet tant.  Douceur.  Chaleur.  Bonheur.  Et tout ce tralala en leurre.  Ce soleil qui ne fera jamais tout.  Et n’épanchera jamais ta peine.  Cette peine née d’une grisaille casse-pieds.  D’une grisaille née en toi.  Au creux de ce trou noir qu’aucun rayon de soleil n’atteindra jamais.  Au creux de ce rien du tout de fondations sur lesquelles ta frêle existence tient encore debout.  Jusqu’au prochain carrefour, peut-être.  Cent vingt-cinq voitures vertes.  Soixante-quinze jaunes.  Quatre-vingt-six bleues.  Trois cent soixante-six blanches.  Et cinq cent cinquante-quatre grises.  Même l’autoroute est grise.

Mais lui ne semble pas distinguer ce gris lancinant.  Ce gris obsédant.  Lui qui n’a jamais vu que le soleil dans sa vie.  D’un soleil né en lui.  Au creux de son enfance de conte de fées.  De minet écervelé.  Avec sa symétrie.  Son glaçage parfait.  Et ses non-sinuosités aussi.  Lisse.  Trop lisse, qu’il est le type à tes côtés. Et il aura beau plaider sa cause, du mieux qu’il le peut.  Que l’habit ne fait pas le moine.  Tout ça.  Tout ça.  Déjà, tu sais qu’ensemble vous n’irez pas plus loin.  Que sur cette autoroute du soleil qui ne promet déjà plus rien.

Longiligne, soporifique, qu’elle est.  Cette autoroute du soleil.  Qui, déjà, ne te chante rien d’autre qu’un tsss tsss oppressant.  Qu’un Ça va, bébé, va bébé ?  irritant.  Devant toi, tu fixes la ligne blanche.  Et les reflets de l’insolent soleil te donnent déjà le vertige.  Tu n’es pas là.  N’es pas là.  N’es pas là.  À sillonner cette autoroute qui ne te dit plus rien.  Plus rien.  Plus rien.  Cette autoroute longiligne.  Soporifique.  Aux côtés de ce mec dont les mots t’écœurent.  T’écœurent.  Tes cœurs.  Déjà, tu tournes de l’œil.  Le type à tes côtés s’inquiète soudain.  Ça va pas, bébé ?  Non, ça ne va pas.  Tu as vomi dans sa précieuse caisse.  Et déjà, tu sens ses yeux injectés de sang se poser sur toi.  Le rouge recouvre définitivement la grisaille.

Mais lui ne semble pas distinguer cette nouvelle couleur qui bâche ta grisaille intérieure.  Ce gris obsédant.  Lui qui ne voit déjà plus rien que cette saleté, cette odeur putride qui souillent sa précieuse caisse.  Lui qui presse sur l’accélérateur pour oublier.  Oublier tout ça.  Toi.  Ton intérieur apparent.  Mais sa conduite sportive retourne encore ton estomac.  Hey, mec, non, ça va pas ! que tu hurles à ce type à tes côtés qui ne t’entend déjà plus.  Ça va pas, vraiment pas…  Et encore, il presse sur le champignon, comme pour taire ce cri qu’il ne saurait entendre.  Griffant ta cuisse au passage.  L’autoroute du soleil, désormais, est trop rouge.

Sur l’autoroute du soleil, tu regardes défiler les autres voitures.  On ne sert peut-être à rien d’autre qu’à ça, courbé sur la place du mort d’une Twingo rouge.  Spectateur d’un monde qui défile.  Quelques gamins qui font des grimaces.  Deux ou trois routiers qui se curent le nez.  Des conducteurs absorbés par la dernière ligne droite.  Et toi.  Toi.  Qui te demandes encore ce que tu fous là.  Bercée par cette voiture de laquelle tu voudrais déjà sauter.  Aux côtés de ce type qui n’est rien d’autre qu’un étranger.  Sur l’autoroute du soleil, tu regardes ta vie défiler.

Cette vie qui a perdu son sens dès la première bretelle de l’autoroute que vous avez empruntée.  Vous.  Couple asymétrique.  Il – l’autre partie de ce curieux duo – sourit déjà au volant.  À te chanter monts et merveilles.  Que le soleil arrive bientôt.  Qu’il est presque là d’ailleurs. Et que tu jouiras.  Toi – elle – laisses perler le long de ta joue une imperceptible larme.  Qui te hurle dedans.  Mais qu’est-ce que tu fous là ?  Qui te pointe du doigt.  Traînée !  Traînée !  Traînée !  Et déjà, elle te brûle, cette larme.  Et enflamme ta joue salée.  Sur l’autoroute du soleil, le soleil est absent, mais ta joue, elle, pleure déjà vermeil.  Déjà, tu décroches ta ceinture.  Tournes la tête vers ton colocataire d’un temps.  Esquisses un rictus.  Ouvres la portière.  Et sautes.  Ecorchant l’autoroute du soleil.  Grise rouge grise.  Rouge.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Destinées latentes, par Myriam Ould-Hamouda…

5 janvier 2016

Billet de Maestitia

À chacun son arrêt de bus.  Couveuse d’âmes en veille, salle d’attente éphémère, ce soir, le nôtre n’échappera en rien à ces regards cernés, ces alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecnuques raidies, mais il sera le nôtre.  Le nôtre.  Notre toit, notre banc, nos compagnons d’une minute et plus si infinité.  Et on se sent déjà un peu chez nous, l’esprit en parallèle.  Et un presque silence se répand dans notre chez-nous, nous soustrayant subrepticement à l’effervescent brouhaha de la vie qui passe à côté.  Il n’y a aura plus que nous.  Nous et nos intimités partagées pour un instant d’errance spirituelle et d’affabulations camouflées sous d’épaisses doudounes.

Sur notre banc, cette blondinette de lycéenne, le visage dissimulé sous une vaste écharpe, qui griffonne quelques mots aussitôt rayés sur son petit carnet.  Mon Amour.  Scritch.  À toi, pour qui mon cœur ne cesse de battre.  Scritch.  Salut.  Ce tout petit bout de femme, plein de rêves et d’espoirs, au charme déjà bien prononcé.  Elle attend l’Amour.  Le premier.  Le vrai.  Elle attend ce regard qui fait vibrer un corps, cette sensation unique de se sentir en vie à travers l’autre, cette sensation cruelle d’une absence qui anéantit toute présence autre.  Elle attend.  Assise à côté d’elle, cette mamie au visage creusé, la canne coincée entre les jambes, le regard plongé en un portrait soigneusement conservé dans son sac à main.  Sur la photo, un plutôt bel homme, dont le regard pétille et le visage distribue des sourires par milliers.  Un air de famille, en fa dièse.  L’esprit égaré contre mille et un souvenirs, elle attend secrètement des nouvelles de ce fils avec qui un jour le ton a monté, bien trop haut, bien trop loin.  Ce fils dont la présence lui donnerait la force de jeter cette béquille qui octroie aujourd’hui un semblant d’équilibre à sa vie bancale.  Elle attend.  Adossé contre un corps aseptisé exhibé en un mètre sur deux, ce dynamique de jeune, pas encore encadré.  Moins dynamique que statique à cet instant-là d’ailleurs, les yeux rivés sur un écran luminescent.  Répétant inlassablement les mêmes répliques qu’il dégainera le jour adéquat, il attend un coup de fil.  N’importe lequel.  De n’importe quelle boîte.  De n’importe quel type accro aux jeunes cadres dynamiques.  Bien entendu monsieur, je suis disponible dès que vous le souhaitez, en fonction de vos disponibilités.  Il l’est bien trop lui, disponible.  Alors, il attend.  Juste à côté de moi, ce grand brun mal rasé, dont le téléphone vient de vibrer – un message – qui hésite, puis retient son pouce d’appuyer sur la touche appelJe suis à la pharmacie.  Je rentre faire le test et je t’appelle.  À plus.  Il a peur de comprendre.  Comprendre qu’elle a des doutes sur ce qui se trame dans son utérus.  Comprendre qu’elle ne lui fait pas assez confiance pour lui en avoir parlé avant.  Comprendre que, juste là, elle n’a pas vraiment envie d’en discuter, ni de partager ce moment avec lui.  Comprendre que bientôt, peut-être, sa vie va s’en trouver bouleversée avec cette impression de passer complètement à côté.  Alors il attend qu’elle daigne l’inviter à la danse, peut-être.  Il attend.  Et moi, étourdie par cette valse égoïste dans ce bout de chez nous.  Moi, je ne sais plus vraiment ce que je fous là, à attendre ce je ne sais quoi.  À attendre ce tout, ce rien.  Ce truc qui bousculerait ma vie.  Cette rencontre inopinée, ces nouvelles de fantômes du passé, ces propositions fortuites, ce grand départ pour un ailleurs.

Alors, tous, on attend.  Ce bus du hasard, rempli de tous nos rêves entrelacés.

Soudain, un doute plane.  Il est en retard.  Et s’il ne passait jamais ce bus, finalement ? Et si nous restions sur le bas-côté de cette vie qui passe ? Notre chez-nous bascule brusquement en un théâtre absurde duquel Beckett tire les ficelles.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCette blondinette de lycéenne se lève d’un coup du banc endolori et se précipite vers le lycée où elle l’a laissée tout à l’heure, Elle.  Elle, la seule, l’unique, celle pour qui, oui, son cœur ne cesse de battre.  Cet Amour qu’elle avait enfoui par peur de.  Mais ce de, aujourd’hui, elle s’en fout à un point.  Et cette mamie au visage creusé interpelle notre dynamique de jeune.  Excusez-moi, jeune homme… Est-ce que je pourrais emprunter votre téléphone, il faut que j’appelle… L’oreille collée contre ces interminables tuuut tuuut, ses yeux se remplissent de perles lacrymales édulcorées, un sourire s’esquisse sur son visage.  Et ce dynamique de jeune se redresse, jette sur le pavé sa veste de costume et sa cravate en soie, s’en va d’un pas décidé, prêt à remodeler le monde de ses mains.  Et le pouce de ce grand brun mal rasé ripe finalement sur la touche appel.  Un temps.  Il raccroche et laisse glisser le téléphone qui se brise par terre.  C’est un homme qui a répondu.  Il laisse échapper quelques larmes qui enseveliront ce château de sable qu’il avait essayé de construire pour deux.  Je pose ma main sur son épaule et esquisse un sourire.  Vous voulez aller prendre un verre ? Il sourit à son tour.  Et nous partons, portés par ces rayons de sourires, en laissant derrière nous tous ces instants vrais cristallisés en notre chez-nous d’un temps et plus si infinité.

Le tintement de la cloche de la cathédrale attenante à notre chez-nous, nous dérobe brutalement à cette scène égarée.  Quelques regards en coin camouflent ce doute qui plane et s’évitent finalement.  Un ange passe.  Soupir désolé général.  Ce n’est pas lui que l’on attendait.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

2 septembre 2015

Marchands de rien

 

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Musclés.  Siliconés.  Le sourire ajusté.  La langue qui claque.  Et l’œil chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecvide.  Ils ont atteint le premier palier du rêve de l’enfant qu’ils étaient.  Être sexy, comme Barbie.  Être fort, comme Ken.  Ce sont des enfants.  De grands enfants dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles de la voûte céleste.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et le monde d’aujourd’hui leur vend du rêve.  Ce rêve d’enfant enfoui : devenir enfin l’une de ces étoiles qui brillent.  Alors ils y croient, et fixent avec envie les strass et paillettes en se disant qu’un jour, ils feront partie de ces stars qui font briller les yeux du vulgaire passant.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Des milliers, séquestrés dans la pièce centrale de chaque foyer.  Dans cette boîte à images dont se gave le monde.  Leur rêve est devenu réalité.  Enfants de la télévision, ils ont rejoint ses entrailles, ce doux cocon paisible, ce ventre maternel.  Et tous les jours, lors de l’échographie, on les regarde évoluer dans leur jolie prison dorée.  On les nourrit, les montre du doigt, les flatte, les excite.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et à présent, le monde le sait.  Ils sont là.  Ils sont nés.  On les voit.  Partout.  Tout le temps.  À la télévision.  À la radio.  Sur Internet.  Dans les magazines.  Sur les affiches.  Dans les discussions.  Nos enfants-rois.  Et ils jubilent.  Parce qu’enfin, à cet instant, ils existent.  Pour chaque regard posé sur leur plastique parfaite.  Pour chaque bouche qui les encense.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et, sous les projecteurs, derrière le masque et l’œil flatteur de Photoshop, ils rayonnent encore et toujours plus.  Alors, ils déploient leurs ailes fragiles et découvrent un autre monde où un jardin des possibles s’offre à eux.  Sans même avoir eu besoin de retourner la terre, semer la moindre graine, s’en occuper jour après jour, avant d’enfin en récolter le fruit.  Non, un jardin des possibles sous vide, entassé dans un caddie en plaqué or.  Vous avez la carte de fidélité s’il vous plaît ?  Un monde de strass et de paillettes, de faux-semblants et de paraître, de larges sourires et de couteaux dans le dos à la fin de la fête.  Ils enchaînent les séances photo, les défilés, les films X, les séries B, s’engendrent égéries, ou créateurs de fortune.  Et enfin, ils jouissent.  Sans se douter que dans ce triste jeu, ils ne seront jamais rien que des étoiles filantes.  Que demain n’attend déjà plus.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Victimes de ce monde qui glorifie la jeunesse et la beauté.  Ils sont beaux.  Ils sont jeunes.  Victimes de ce temps qui ne bonifiera jamais rien d’autre que l’esprit.  Ridules.  Calvitie.  Capitons.  Ils ne sont déjà plus assez jeunes.  Plus assez beaux.  Ces étoiles d’hier sur lesquelles les projecteurs se sont désormais éteints.  Parce que les yeux du monde se sont déjà posés sur d’autres.  D’autres, encore jeunes.  Encore beaux.  D’autres dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles…  D’autres déjà sous ces mêmes projecteurs.  Tantôt le monde entre leurs mains, tantôt tristes pantins de ce monde vorace.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Placardés en cent par cent cinquante dans les couloirs du métro.  À nous hurler : Regarde-moi !  À nous murmurer : Rejoins-moi…  Ils sont laids.  Tellement laids.  Figés sous vide, à côté de ce type.  Ce type en bas, qui colore notre bout de métro par ses mots.  Ses mots vrais, que les notes de sa guitare portent au-dessus de la foule.  Ce type que le monde ne voit pas.  Parce qu’il n’est pas vraiment jeune.  Pas vraiment beau.  Ce type auprès duquel une foule aujourd’hui s’arrête.  Touchée par sa musique, ses mots, ses messages d’espoir.  Qui le rendent beau.  Tellement beau.  En cette voûte céleste qu’il érige.  Lui qui n’a rien à vendre.  Ni corps.  Ni or.  Juste des sourires à répandre dans le monde.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

3 août 2015

Éperdument !

Mon regard se pose sur le clic-clac du salon.  Un tourbillon de bien-être m’envahit.  Je souris.  Allongé sur le chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, petit clic-clac à rayures, il y a un homme.  Mais pas n’importe quel homme.  L’homme que j’aime.  Mathieu.  Mon Mathieu.  Et je ne parviens plus à détourner mes yeux de ce prince tout droit sorti d’un conte de fées…  De ces cheveux châtains ébouriffés.  De cette barbe de deux jours qui borde son visage.  De ces lèvres qui, même au repos, semblent encore esquisser un sourire quiet.  Qu’il est beau, mon Mathieu !  Que j’en suis dingue, de ce type-là !  J’en crèverais, de l’aimer tant.

Ça n’a pas été toujours simple entre nous.  Je ne sais pour quelle raison, il s’est toujours interdit de m’aimer.  Alors qu’il l’était déjà, amoureux.  Amoureux fou.  Dès le premier jour.  Ce premier jour où l’on s’est croisé, lui et moi.  Dès le premier regard, j’ai senti quelque chose transpercer ma poitrine pour aller se planter dans mon cœur, un souffle chaud m’envahir, mes jambes chanceler sous le poids de ce je ne sais quoi.  Il m’a souri.  Je lui ai souri.  Nous avons échangé quelques mots.  Des mots qui, d’ordinaire anodins, résonnaient d’une intensité que je ne leur avais jamais connue.  Des mots qui voulaient déjà dire Je t’aime et promettaient des lendemains qui valsent dans ses bras.

Je savais déjà que l’on était fait l’un pour l’autre.  Que mon âme sœur, celui que j’avais attendu toute ma vie, ça ne pouvait être que lui.  Alors, en sortant de cet ascenseur, je l’ai suivi.  Discrètement, jusque chez lui.  J’ai pris mon petit carnet et y ai inscrit son nom, son prénom, son adresse.  Et puis, j’ai fait demi-tour.  Mathieu, il s’appelait Mathieu mon bel Ange !  Mathieu Barendt.  Monsieur Barendt Mathieu, acceptez-vous de prendre pour épouse mademoiselle Vindi Ingrid ?  Oui !  Vous pouvez embrasser la mariée.  Madame Ingrid Barendt, ça sonnait plutôt bien.

M’armant de patience, je me suis ensuite improvisée enquêtrice privée.  Grâce à la magie d’Internet, j’ai réécrit l’histoire de sa vie sur mon petit carnet.  Sa vie de prince parfait.  Presque parfait, du moins.  Il était marié.  Une pauvre fille dont il avait sûrement eu pitié, ne sachant pas que j’allais enfin entrer dans sa vie.  Moi, son âme sœur, son alter ego, son autre lui.  Durant des mois, j’ai écrit.  Des lettres enflammées à mon bien-aimé.  Laissé des messages sur son répondeur aussi.  Et puis, j’ai soudain vu sa belle d’un temps prendre le large.  De l’argent avait disparu de la caisse du salon de coiffure où elle travaillait.  Des lettres anonymes qui la pointaient du doigt ont fait beaucoup de bruit.  Elle a été renvoyée.  J’ai souri.  D’autres lettres ont mis en doute sa fidélité auprès de son cher époux.  Des mots.  Des photos.  Et autres preuves.  Il est parti.  Encore, j’ai souri.  À la vie.  À ce miraculeux corbeau, aussi.

Il a ensuite déménagé.  Plus près de chez moi, comme fait exprès.  De plus, un jour où j’errais devant son immeuble, à attendre je ne sais quoi, il est descendu.  On s’est heurté.  Moi qui tournais en rond.  Lui qui avançait d’un pas pressé.  Pardon, a-t-il chanté.  Il n’y a pas de mal, ai-je souri.  On se connaît, non ?  En une course folle, j’ai fui, en lâchant derrière moi un triste Non.  Pourquoi me posait-il cette question, mon bel Amour ?  Qui j’étais, il le savait pertinemment. Puisque régulièrement il me laissait entendre qu’il avait bien reçu mes lettres, qu’il m’aimait aussi follement, mais que ce n’était pas encore le moment.  Ses réponses faussement froides au téléphone, juste parce qu’il n’était pas seul.  Une offre de voyage pour Venise déposée dans ma boîte aux lettres.  Un livre emprunté à la bibliothèque – dont il était le précédent emprunteur – parsemé de mots qui ne pouvaient être adressés qu’à moi.  Une étoile filante dans le ciel une nuit où, accoudée à mon balcon, je ne pensais qu’à lui.

Je l’aimais.  Il m’aimait.  On le savait.  Mais la vie ne nous y autorisait pas.  Alors, j’ai décidé de prendre les choses en mains.  De bousculer le destin.  Puisque le destin, lui-même, n’engageait pas grand-chose pour nous réunir enfin.  Alors, la nuit dernière j’ai sonné à sa porte.  Il devait être trois, peut-être quatre heures.  La porte s’est ouverte.  Et son visage m’est enfin apparu.  Son doux visage.  Son regard profond.  Ses délicates fossettes.  Ses délicieuses lèvres.  Que, vite, j’ai drapées d’une compresse baignée de chloroforme. Et il est tombé dans mes bras et je l’ai rejoint… chez Nous.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, Depuis, je l’observe dormir dans Notre clic-clac à rayures, au beau milieu de Notre salon.  Mon Mathieu à moi.  Un sourire quiet accroché au bout des lèvres.  J’ai lié ses poignets.  J’ai eu peur.  Peur qu’il n’accepte toujours pas.  De m’aimer autant que, moi, je l’aime.  Peur qu’il s’empêche encore de m’aimer.  Alors que Nous ne fait déjà plus qu’un.  Que nous ne sommes déjà plus que moitié de l’autre.

J’ai peur.  Peur qu’il ne se réveille trop tôt.  Mais déjà, trop tôt, il se réveille :

— Hmm…  Où suis-je ?

— Chez nous, mon bel Amour.  Tu es chez Nous.

— Chez nous ?  Mais… qui êtes-vous, mademoiselle ?

­­— Je suis ton bel Amour, mon Ange.  Rendors-toi…  Demain, tout ne sera que lumière.

— Chez nous ?  Partez de chez moi…  S’il vous plaît, mademoiselle…

— Chez toi, c’est chez Nous, mon bel Ange.  N’aie pas peur, je suis là…

— Je reconnais votre voix…  S’il vous plait, laissez-moi enfin tranquille…

— Chut, mon tendre Amour.  Chut.

— Mademoiselle…

— Chut…

Et il s’est tu.  Mon bel Amour.  Quand, en sa poitrine, ma main a planté cette lame qui lui faisait les yeux doux.  Il dort, mon bel Amour, il dort paisiblement.  Et il m’aime, mon bel Ange adoré, toujours éperdument.  Hein, mon Mathieu ?  Hein que tu dors ?  […] Mathieu ?!  Mon doux Mathieu…  Tu le sais, hein, que tu dors ?  Tu sais, hein, que tu m’aimes ?  Respire, mon tendre Mathieu, respire lentement…  J’en crèverais, tu sais…  J’en crèverais, de t’aimer tant.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

8 mai 2015

Tendre obsession

Toc, toc, toc.

Voilà.  J’y suis.  Je considère, impuissant, cette main étrangère cogner contre la porte qui depuis un quart d’heure me fait face.  Cette mainchat qui louche maykan alain gagnon francophonie étrangère, je crois pourtant la connaître.  C’est la même qui, chaque matin, porte à ma bouche une tasse de café.  La même qui souvent vient effleurer mes lèvres, accompagnée d’une cigarette.  La même qui serre avec force tant de mains par jour.  La même qui jadis effleura avec douceur des courbes vallonnées.  Cette main étrangère, c’est la mienne.  Enfin, je crois.

La porte s’entrouvre.  Un visage au large sourire dévoué m’accueille, l’œil pétillant.  D’une disharmonie tellement à l’heure qu’on la suspecterait d’avoir été répétée au geste près.  Et nos deux mains qui se serrent d’un juste désaccord.  En une cacophonie parfaite.  Le visage qui me fait face semble déjà me murmurer des Ravi que tu sois là alors que d’un fragile rictus j’entame déjà un requiem de Je ne suis déjà plus là.  Cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble soudain se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’elle s’accroche.

Derrière ce premier visage, une vingtaine de silhouettes se dessinent dans le grand salon.  Elles se meuvent avec aisance au rythme d’un brouhaha oppressant.  Je crois avoir connu ces gens-là, dont tous les regards se fixent soudain sur cette carcasse qui me sert de carriole dans la vie.  Je crois avoir aimé ce brouhaha-là, pétri d’éclats de rire et de répliques fuselées.  Il me semble, oui, que ceux-là ont su faire pétiller ma vie jadis.  Jadis, quand Elle était encore là.  Quand ma vie n’était qu’un seul morceau.  Mais aujourd’hui, ces gens-là n’existent plus.  Et ces éclats de rire, ces mêmes répliques, me lèvent soudain le cœur.  Parce qu’aujourd’hui, il n’est plus qu’Elle.  Elle qui n’est déjà plus.

Je traverse cette foule comme un fantôme, sans remous et sans bruit.  Et ils ont beau, tous, ne plus me lâcher du regard, et perdre quelques mots qui piquent contre cette carcasse que les intempéries ont trop usée, je ne les vois, ne les entends, ne les sens pas.  Je rejoins d’un pas lourd et bancal un coin inoccupé de ce vaste appartement qui fait la joie de ses nouveaux propriétaires.  Ce coin-là sera le mien.  Devrais-je leur payer un loyer, à ceux-ci ?  Recroquevillé, j’observe de loin se jouer mille et une scènes qui n’existent déjà plus à l’instant où je pose mes yeux sur elles.  Ont-elles déjà existé, en réalité ?  Puisque déjà voici celle qui occupe tout mon esprit.  Elle.  Mathilde.

Mathilde.  Ma, comme deux lèvres qui se séparent en la faisant déjà leur.  Thilde, comme une langue qui éclot puis claque contre le palais.  La voilà, ma Belle, qui dans la foule, diffuse la seule lumière qui appelle encore mon regard.  Elle qui, depuis des mois déjà, se fait unique cible à la triste flèche de mon existence.  Elle qui, par sa chevelure d’or, illumine encore les hasardeux sentiers de ma frêle espérance.  Elle qui, depuis quarante-huit mois déjà, s’est proclamée conquérante d’un cœur qui n’est plus le mien.  Elle qui s’est substituée à une vie qui n’est plus la mienne.  Mathilde.

— Jean ?!

— Mathilde, ma belle Mathilde…

— Jean, mon beau Jean.  Tu sais que je ne suis plus.  Tu le sais, hein ?

— Je le sais, ma Douce.  Je le sais et pourtant, je ne peux m’empêcher de te sentir là.  Plus là qu’aucun vivant ne le sera jamais.  Ceux qui ont vécu par le cœur d’un autre ne meurent jamais vraiment, tu sais.  Et le mien, à chaque battement, te maintient en vie.

— Je le sais, mon Jean.  Comme je sais qu’en cet ici où j’erre, tu m’apparais encore en rêves…  Je souhaite juste qu’ici-bas, tu sois heureux.  Que tu effleures l’Eden, comme jamais je n’ai pu, par le passé, te le faire effleurer.  Jean, je te veux heureux.  Sans moi.

— Mathilde, ma dangereuse Mathilde…  Rien de ce que tu souhaites, rien de ce que tu n’exiges, ne se verra réalisé ici-bas.  Ici, il n’y a plus qu’une moitié de moi.  Et j’ai beau défier le temps, défier la vie, il me faut réapprendre sans cesse que demain t’ignore déjà…

— Jean, mon délicieux Jean…

Et je distingue déjà, son ombre à Elle, s’estomper au milieu de cette foule qui n’est déjà plus.  Cette foule tellement là qu’elle se confond déjà en un passé qui m’échappe.  Déjà.  Encore.  Cette foule inconsistante à qui désappartient hier.  Et demain.  Demain qui n’est déjà plus.  Demain qui semble déjà tellement trop là. Ici-bas.  Avec cette moitié de moi.  Et cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble à nouveau se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’…  Encore.  Aïe.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

5 mai 2015

Le monde, c’est un voleur…

Le monde, c’est un voleur ; il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans seschat qui louche maykan alain gagnon francophonie  rues et il les a appelées « lumières de Noël ». Mais quiconque a déjà couru à travers champs, s’est roulé dans une neige qui reste blanche même la nuit, s’est perdu dans le silence d’un soir d’hiver un brin d’herbe entre les lèvres (ou une Gauloise, à une époque où fumer tuait moins que le sucre raffiné) le sait bien : toutes les guirlandes et pommes d’amour de tous les marchés de Noël du monde, c’est rien que du pipi de chat, quand sous un ciel étoilé tu te prends la claque de ta vie. Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié la notion du temps, les distances et l’humilité.

À force de courir, de passer nos vies dans les TGV, de vouloir être toujours au bon endroit au bon moment, on a oublié que d’autres étaient là avant nous ; et qu’on les a perdus en route. À force d’avoir l’intimité du monde à portée de main, et toutes nos envies au rayon de n’importe quel supermarché, on a oublié à quoi pouvaient bien ressembler la liberté et le respect. À force de contempler toutes ces lumières d’aussi près, de les prendre pour des étoiles, de se prendre pour l’une d’elles, on a oublié de se sentir tellement petits.

On est tous, là, à vouloir laisser une trace, marquer notre différence, on cherche cet objet indispensable que personne n’a jamais inventé, cette phrase juste que personne n’a jamais dite, cette bombe qui n’a jamais explosé, on fait un gros fuck à ce monde alors qu’on n’est jamais que comme lui : des voleurs qui passent leur temps à gueuler « la bourse ou la vie ! » Nous sommes tous ces mêmes êtres étranges qui détruisent des forêts, qui en font du papier pour écrire dessus « sauvez un arbre » ; en s’émerveillant devant un sapin qui crève dans leur salon. Et du haut de nos gratte-ciels, dans nos appartements surchauffés, on passe nos vies à oublier. Qu’on ne fait jamais que transformer ce que la nature nous a donné. Qu’on ne fait jamais que paraphraser tous ces types qui nous ont collé ces claques qu’on avait méritées. Que le mec et ses chansons, sur le trottoir d’en bas, dégagent plus de chaleur que nos radiateurs.

On passe nos vies à oublier, ce que le monde lui-même à tellement bien compris, que derrière tous nos mensonges et nos masques de fortune, on cherche tous la même chose : cet amour qui fait briller les yeux des mômes et taire la colère des adolescents, cet amour qui renverse les certitudes des adultes et donne un second souffle aux rêves que les plus vieux avaient mis de côté. Si les corps se vendent et le plaisir s’achète, je ne te ferai jamais payer le prix de l’amour que tu me portes. Y’a des meufs qui bordent leur regard de mascara, exhibent leur féminité sous une robe noire un peu trop courte, embrassent des bouches qui sentent l’ail et le mauvais alcool. Y’a des mecs qui sortent leur carte bleue, leurs muscles et leurs mots bleus, qui boivent plus que de raison et mettent ces meufs-là dans leur lit. Mais qu’on soit des filles faciles ou un peu plus compliquées que ça, qu’on soit des mecs en rut ou que notre palpitant de mâle cogne un peu trop fort contre une carapace qu’on a appris à se forger, on espère tous la même chose en ouvrant les yeux au petit matin : qu’il ne se soit pas déjà envolé, ce piaf débile qui nous fait voir la vie en rose.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié de dire je t’aime à ceux qu’on aimait. On a cru que les contes de fées nous avaient corrompus, alors qu’on les avait juste mal interprétés. On attendait la bonne intrigue, le bon décor, le bon mobile et le prince charmant qui pourrait enfin nous aider à sortir vivant de cette vie dont on ne voulait pas. On a cru qu’il fallait enfiler une camisole blanche, se mettre des chaînes aux pieds, faire une tripotée de gamins et vivre heureux à tout prix. On s’est raconté tant d’histoires qui postillonnaient et sur lesquelles on a préféré cracher avant de se rendre compte que, dans tes bras, tout était beaucoup moins compliqué que ce qu’on s’était imaginé. Que l’amour était là, sans le réclamer, sans avoir besoin de débourser quoi que ce soit. Dans ce monde ménopausé je ne serai jamais une exception à la règle, mais dans tes yeux, au creux de tes bras, contre ton corps nu sous les draps, j’ai l’impression d’être une étoile, mon Amour.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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