La boîte à cafards, par Myriam Ould-Hamouda…

14 juin 2016

La boîte à cafards

 Sur le pavé de la rue piétonne, deux silhouettes aux regards accrochés avancent l’une vers l’autre. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Jusqu’à se retrouver nez à nez, et presque bouche à bouche.  Jusqu’à n’en faire plus qu’une sur ce pavé mouillé qui les voit s’emmêler.  Et de cette silhouette sortent soudain mille bras qui semblent s’agiter.  Ils s’enlacent, s’embrassent, s’enlacent encore, et en un éclat de rire, effacent cette foule qui les scrute d’en bas.  Lui, effleure sa longue chevelure, la main tremblante.  Elle, perd un fragile sourire, le regard qui pétille.  Et puis vient effleurer leurs tympans une farandole de mots.  Des mots sucrés qui pansent les plaies.  Des mots brûlants qui réchauffent les cœurs.  Des mots d’Amour.  À jamais.  Pour toujours.  Des mots légers qui rebondissent un instant avant de s’envoler.  Mais personne ne verra ces mots-là prendre déjà le large.  Personne ne leur courra après ni ne les rattrapera à bout de bras, ces mots-là.  La silhouette n’est plus qu’un cœur qui bat.  Alors elle ne bouge pas, et infiniment bat.

Mais lorsque le cœur de la silhouette bat un peu moins vite, un peu moins fort et qu’elle relève soudain la tête, elle se demande enfin où ils sont partis, tous ces mots-là.  À s’en tordre le cou, elle scrute les yeux du monde pour s’en revêtir, encore frêle un instant.  Mais ces mots-là semblent perdus à tout jamais, volatilisés en un hier évanoui.  La silhouette accroche son regard à un dernier croissant de lune, et en un impossible cri, tombe à terre.  Le ciel est en colère, alors le tonnerre gronde et un premier éclair vient foudroyer la silhouette à terre.  Une vive douleur transperce celle qui se scinde soudain en deux morceaux aliénés.  La silhouette n’est plus.  Son cœur ne bat plus.  Ni trop vite.  Ni trop fort.  Elle s’éteint sans un bruit, sur le pavé mouillé qui la voit se déchirer.

Au petit matin, sur le pavé de la rue piétonne, deux silhouettes aux regards perdus reprennent leur chemin.  L’une à gauche.  L’autre à droite.  Sans but et sans dérive, fébriles devant cette nouvelle porte qu’il leur faudra ouvrir.  Mais devant chaque porte, chacun d’eux trouvera une petite boîte couverte de poussière.  Alors ils se poseront, chacun devant sa porte, et ouvriront cette boîte, et remonteront le temps.  Dans cette boîte, tous deux retrouveront un peu tard, ces mots-là trop légers qui s’étaient envolés.  Des sobriquets tout doux.  Ma princesse.  Mon Amour.  Des Je t’aime pour la vie.  Des Nous est le plus fort.  Des Veux-tu m’épouser ?  Et des Je t’attendais.  Mais en ce matin-là, ces mots-là ne sont plus qu’écœurants, oppressants.  Plus du tout sucrés, ni même chauds, ils donnent juste la nausée à ces deux silhouettes que le pavé mouillé distingue dériver le long d’amers regrets.

Mais qui toujours vole ces mots du premier jour ?  Ces promesses en suspens qui font battre le cœur des silhouettes bêtes qui s’aiment un peu trop vite.  Mais qui toujours rend ces mots le dernier jour ?  Et les transforme soudain en d’immondes cafards qui grouillent encore un temps sur la plaie béante de celle qui ne sera jamais… drapée d’éternité.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’autoroute du soleil, par Myriam Ould-Hamouda…

29 mai 2016

Billet de Maestitia

 Sur l’autoroute du soleil, tu regardes défiler les autres voitures.  On ne sert peut-être à rien d’autre alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecqu’à ça, courbé sur la place du mort d’une Twingo rouge.  Spectateur d’un monde qui défile.  Quelques gamins qui font des grimaces.  Deux ou trois routiers qui se curent le nez.  Des conducteurs absorbés par la dernière ligne droite.  Et toi.  Toi.  Qui te demandes encore ce que tu fous là.  Bercée par cette voiture de laquelle tu voudrais déjà sauter.  Aux côtés de ce type qui n’est rien d’autre qu’un étranger.  Sur l’autoroute du soleil, tu regardes ta vie défiler.

Cette vie qui a perdu son sens dès la première bretelle de l’autoroute que vous avez empruntée.  Vous.  Couple asymétrique.  Il – l’autre partie de ce curieux duo – sourit déjà au volant.  À te chanter monts et merveilles.  Que le soleil arrive bientôt.  Qu’il est presque là d’ailleurs. Et que tu jouiras.  Toi – elle – laisses perler le long de ta joue une imperceptible larme.  Qui te hurle dedans.  Mais qu’est-ce que tu fous là ?  Qui te pointe du doigt.  Traînée !  Traînée !  Traînée !  Et déjà, elle te brûle, cette larme.  Et enflamme ta joue salée.  Sur l’autoroute du soleil, le soleil est absent, mais ta joue, elle, pleure déjà vermeil.

Longiligne, soporifique, qu’elle est.  Cette autoroute du soleil.  Qui ne mène à rien d’autre.  Qu’à ce factice soleil.  Ce soleil qui te promet tant.  Douceur.  Chaleur.  Bonheur.  Et tout ce tralala en leurre.  Ce soleil qui ne fera jamais tout.  Et n’épanchera jamais ta peine.  Cette peine née d’une grisaille casse-pieds.  D’une grisaille née en toi.  Au creux de ce trou noir qu’aucun rayon de soleil n’atteindra jamais.  Au creux de ce rien du tout de fondations sur lesquelles ta frêle existence tient encore debout.  Jusqu’au prochain carrefour, peut-être.  Cent vingt-cinq voitures vertes.  Soixante-quinze jaunes.  Quatre-vingt-six bleues.  Trois cent soixante-six blanches.  Et cinq cent cinquante-quatre grises.  Même l’autoroute est grise.

Mais lui ne semble pas distinguer ce gris lancinant.  Ce gris obsédant.  Lui qui n’a jamais vu que le soleil dans sa vie.  D’un soleil né en lui.  Au creux de son enfance de conte de fées.  De minet écervelé.  Avec sa symétrie.  Son glaçage parfait.  Et ses non-sinuosités aussi.  Lisse.  Trop lisse, qu’il est le type à tes côtés. Et il aura beau plaider sa cause, du mieux qu’il le peut.  Que l’habit ne fait pas le moine.  Tout ça.  Tout ça.  Déjà, tu sais qu’ensemble vous n’irez pas plus loin.  Que sur cette autoroute du soleil qui ne promet déjà plus rien.

Longiligne, soporifique, qu’elle est.  Cette autoroute du soleil.  Qui, déjà, ne te chante rien d’autre qu’un tsss tsss oppressant.  Qu’un Ça va, bébé, va bébé ?  irritant.  Devant toi, tu fixes la ligne blanche.  Et les reflets de l’insolent soleil te donnent déjà le vertige.  Tu n’es pas là.  N’es pas là.  N’es pas là.  À sillonner cette autoroute qui ne te dit plus rien.  Plus rien.  Plus rien.  Cette autoroute longiligne.  Soporifique.  Aux côtés de ce mec dont les mots t’écœurent.  T’écœurent.  Tes cœurs.  Déjà, tu tournes de l’œil.  Le type à tes côtés s’inquiète soudain.  Ça va pas, bébé ?  Non, ça ne va pas.  Tu as vomi dans sa précieuse caisse.  Et déjà, tu sens ses yeux injectés de sang se poser sur toi.  Le rouge recouvre définitivement la grisaille.

Mais lui ne semble pas distinguer cette nouvelle couleur qui bâche ta grisaille intérieure.  Ce gris obsédant.  Lui qui ne voit déjà plus rien que cette saleté, cette odeur putride qui souillent sa précieuse caisse.  Lui qui presse sur l’accélérateur pour oublier.  Oublier tout ça.  Toi.  Ton intérieur apparent.  Mais sa conduite sportive retourne encore ton estomac.  Hey, mec, non, ça va pas ! que tu hurles à ce type à tes côtés qui ne t’entend déjà plus.  Ça va pas, vraiment pas…  Et encore, il presse sur le champignon, comme pour taire ce cri qu’il ne saurait entendre.  Griffant ta cuisse au passage.  L’autoroute du soleil, désormais, est trop rouge.

Sur l’autoroute du soleil, tu regardes défiler les autres voitures.  On ne sert peut-être à rien d’autre qu’à ça, courbé sur la place du mort d’une Twingo rouge.  Spectateur d’un monde qui défile.  Quelques gamins qui font des grimaces.  Deux ou trois routiers qui se curent le nez.  Des conducteurs absorbés par la dernière ligne droite.  Et toi.  Toi.  Qui te demandes encore ce que tu fous là.  Bercée par cette voiture de laquelle tu voudrais déjà sauter.  Aux côtés de ce type qui n’est rien d’autre qu’un étranger.  Sur l’autoroute du soleil, tu regardes ta vie défiler.

Cette vie qui a perdu son sens dès la première bretelle de l’autoroute que vous avez empruntée.  Vous.  Couple asymétrique.  Il – l’autre partie de ce curieux duo – sourit déjà au volant.  À te chanter monts et merveilles.  Que le soleil arrive bientôt.  Qu’il est presque là d’ailleurs. Et que tu jouiras.  Toi – elle – laisses perler le long de ta joue une imperceptible larme.  Qui te hurle dedans.  Mais qu’est-ce que tu fous là ?  Qui te pointe du doigt.  Traînée !  Traînée !  Traînée !  Et déjà, elle te brûle, cette larme.  Et enflamme ta joue salée.  Sur l’autoroute du soleil, le soleil est absent, mais ta joue, elle, pleure déjà vermeil.  Déjà, tu décroches ta ceinture.  Tournes la tête vers ton colocataire d’un temps.  Esquisses un rictus.  Ouvres la portière.  Et sautes.  Ecorchant l’autoroute du soleil.  Grise rouge grise.  Rouge.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Destinées latentes, par Myriam Ould-Hamouda…

5 janvier 2016

Billet de Maestitia

À chacun son arrêt de bus.  Couveuse d’âmes en veille, salle d’attente éphémère, ce soir, le nôtre n’échappera en rien à ces regards cernés, ces alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecnuques raidies, mais il sera le nôtre.  Le nôtre.  Notre toit, notre banc, nos compagnons d’une minute et plus si infinité.  Et on se sent déjà un peu chez nous, l’esprit en parallèle.  Et un presque silence se répand dans notre chez-nous, nous soustrayant subrepticement à l’effervescent brouhaha de la vie qui passe à côté.  Il n’y a aura plus que nous.  Nous et nos intimités partagées pour un instant d’errance spirituelle et d’affabulations camouflées sous d’épaisses doudounes.

Sur notre banc, cette blondinette de lycéenne, le visage dissimulé sous une vaste écharpe, qui griffonne quelques mots aussitôt rayés sur son petit carnet.  Mon Amour.  Scritch.  À toi, pour qui mon cœur ne cesse de battre.  Scritch.  Salut.  Ce tout petit bout de femme, plein de rêves et d’espoirs, au charme déjà bien prononcé.  Elle attend l’Amour.  Le premier.  Le vrai.  Elle attend ce regard qui fait vibrer un corps, cette sensation unique de se sentir en vie à travers l’autre, cette sensation cruelle d’une absence qui anéantit toute présence autre.  Elle attend.  Assise à côté d’elle, cette mamie au visage creusé, la canne coincée entre les jambes, le regard plongé en un portrait soigneusement conservé dans son sac à main.  Sur la photo, un plutôt bel homme, dont le regard pétille et le visage distribue des sourires par milliers.  Un air de famille, en fa dièse.  L’esprit égaré contre mille et un souvenirs, elle attend secrètement des nouvelles de ce fils avec qui un jour le ton a monté, bien trop haut, bien trop loin.  Ce fils dont la présence lui donnerait la force de jeter cette béquille qui octroie aujourd’hui un semblant d’équilibre à sa vie bancale.  Elle attend.  Adossé contre un corps aseptisé exhibé en un mètre sur deux, ce dynamique de jeune, pas encore encadré.  Moins dynamique que statique à cet instant-là d’ailleurs, les yeux rivés sur un écran luminescent.  Répétant inlassablement les mêmes répliques qu’il dégainera le jour adéquat, il attend un coup de fil.  N’importe lequel.  De n’importe quelle boîte.  De n’importe quel type accro aux jeunes cadres dynamiques.  Bien entendu monsieur, je suis disponible dès que vous le souhaitez, en fonction de vos disponibilités.  Il l’est bien trop lui, disponible.  Alors, il attend.  Juste à côté de moi, ce grand brun mal rasé, dont le téléphone vient de vibrer – un message – qui hésite, puis retient son pouce d’appuyer sur la touche appelJe suis à la pharmacie.  Je rentre faire le test et je t’appelle.  À plus.  Il a peur de comprendre.  Comprendre qu’elle a des doutes sur ce qui se trame dans son utérus.  Comprendre qu’elle ne lui fait pas assez confiance pour lui en avoir parlé avant.  Comprendre que, juste là, elle n’a pas vraiment envie d’en discuter, ni de partager ce moment avec lui.  Comprendre que bientôt, peut-être, sa vie va s’en trouver bouleversée avec cette impression de passer complètement à côté.  Alors il attend qu’elle daigne l’inviter à la danse, peut-être.  Il attend.  Et moi, étourdie par cette valse égoïste dans ce bout de chez nous.  Moi, je ne sais plus vraiment ce que je fous là, à attendre ce je ne sais quoi.  À attendre ce tout, ce rien.  Ce truc qui bousculerait ma vie.  Cette rencontre inopinée, ces nouvelles de fantômes du passé, ces propositions fortuites, ce grand départ pour un ailleurs.

Alors, tous, on attend.  Ce bus du hasard, rempli de tous nos rêves entrelacés.

Soudain, un doute plane.  Il est en retard.  Et s’il ne passait jamais ce bus, finalement ? Et si nous restions sur le bas-côté de cette vie qui passe ? Notre chez-nous bascule brusquement en un théâtre absurde duquel Beckett tire les ficelles.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCette blondinette de lycéenne se lève d’un coup du banc endolori et se précipite vers le lycée où elle l’a laissée tout à l’heure, Elle.  Elle, la seule, l’unique, celle pour qui, oui, son cœur ne cesse de battre.  Cet Amour qu’elle avait enfoui par peur de.  Mais ce de, aujourd’hui, elle s’en fout à un point.  Et cette mamie au visage creusé interpelle notre dynamique de jeune.  Excusez-moi, jeune homme… Est-ce que je pourrais emprunter votre téléphone, il faut que j’appelle… L’oreille collée contre ces interminables tuuut tuuut, ses yeux se remplissent de perles lacrymales édulcorées, un sourire s’esquisse sur son visage.  Et ce dynamique de jeune se redresse, jette sur le pavé sa veste de costume et sa cravate en soie, s’en va d’un pas décidé, prêt à remodeler le monde de ses mains.  Et le pouce de ce grand brun mal rasé ripe finalement sur la touche appel.  Un temps.  Il raccroche et laisse glisser le téléphone qui se brise par terre.  C’est un homme qui a répondu.  Il laisse échapper quelques larmes qui enseveliront ce château de sable qu’il avait essayé de construire pour deux.  Je pose ma main sur son épaule et esquisse un sourire.  Vous voulez aller prendre un verre ? Il sourit à son tour.  Et nous partons, portés par ces rayons de sourires, en laissant derrière nous tous ces instants vrais cristallisés en notre chez-nous d’un temps et plus si infinité.

Le tintement de la cloche de la cathédrale attenante à notre chez-nous, nous dérobe brutalement à cette scène égarée.  Quelques regards en coin camouflent ce doute qui plane et s’évitent finalement.  Un ange passe.  Soupir désolé général.  Ce n’est pas lui que l’on attendait.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

2 septembre 2015

Marchands de rien

 

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Musclés.  Siliconés.  Le sourire ajusté.  La langue qui claque.  Et l’œil chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecvide.  Ils ont atteint le premier palier du rêve de l’enfant qu’ils étaient.  Être sexy, comme Barbie.  Être fort, comme Ken.  Ce sont des enfants.  De grands enfants dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles de la voûte céleste.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et le monde d’aujourd’hui leur vend du rêve.  Ce rêve d’enfant enfoui : devenir enfin l’une de ces étoiles qui brillent.  Alors ils y croient, et fixent avec envie les strass et paillettes en se disant qu’un jour, ils feront partie de ces stars qui font briller les yeux du vulgaire passant.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Des milliers, séquestrés dans la pièce centrale de chaque foyer.  Dans cette boîte à images dont se gave le monde.  Leur rêve est devenu réalité.  Enfants de la télévision, ils ont rejoint ses entrailles, ce doux cocon paisible, ce ventre maternel.  Et tous les jours, lors de l’échographie, on les regarde évoluer dans leur jolie prison dorée.  On les nourrit, les montre du doigt, les flatte, les excite.  Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et à présent, le monde le sait.  Ils sont là.  Ils sont nés.  On les voit.  Partout.  Tout le temps.  À la télévision.  À la radio.  Sur Internet.  Dans les magazines.  Sur les affiches.  Dans les discussions.  Nos enfants-rois.  Et ils jubilent.  Parce qu’enfin, à cet instant, ils existent.  Pour chaque regard posé sur leur plastique parfaite.  Pour chaque bouche qui les encense.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Et, sous les projecteurs, derrière le masque et l’œil flatteur de Photoshop, ils rayonnent encore et toujours plus.  Alors, ils déploient leurs ailes fragiles et découvrent un autre monde où un jardin des possibles s’offre à eux.  Sans même avoir eu besoin de retourner la terre, semer la moindre graine, s’en occuper jour après jour, avant d’enfin en récolter le fruit.  Non, un jardin des possibles sous vide, entassé dans un caddie en plaqué or.  Vous avez la carte de fidélité s’il vous plaît ?  Un monde de strass et de paillettes, de faux-semblants et de paraître, de larges sourires et de couteaux dans le dos à la fin de la fête.  Ils enchaînent les séances photo, les défilés, les films X, les séries B, s’engendrent égéries, ou créateurs de fortune.  Et enfin, ils jouissent.  Sans se douter que dans ce triste jeu, ils ne seront jamais rien que des étoiles filantes.  Que demain n’attend déjà plus.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Victimes de ce monde qui glorifie la jeunesse et la beauté.  Ils sont beaux.  Ils sont jeunes.  Victimes de ce temps qui ne bonifiera jamais rien d’autre que l’esprit.  Ridules.  Calvitie.  Capitons.  Ils ne sont déjà plus assez jeunes.  Plus assez beaux.  Ces étoiles d’hier sur lesquelles les projecteurs se sont désormais éteints.  Parce que les yeux du monde se sont déjà posés sur d’autres.  D’autres, encore jeunes.  Encore beaux.  D’autres dont le regard pétillait jadis en contemplant les étoiles…  D’autres déjà sous ces mêmes projecteurs.  Tantôt le monde entre leurs mains, tantôt tristes pantins de ce monde vorace.

Ils sont jeunes.  Ils sont beaux.  Placardés en cent par cent cinquante dans les couloirs du métro.  À nous hurler : Regarde-moi !  À nous murmurer : Rejoins-moi…  Ils sont laids.  Tellement laids.  Figés sous vide, à côté de ce type.  Ce type en bas, qui colore notre bout de métro par ses mots.  Ses mots vrais, que les notes de sa guitare portent au-dessus de la foule.  Ce type que le monde ne voit pas.  Parce qu’il n’est pas vraiment jeune.  Pas vraiment beau.  Ce type auprès duquel une foule aujourd’hui s’arrête.  Touchée par sa musique, ses mots, ses messages d’espoir.  Qui le rendent beau.  Tellement beau.  En cette voûte céleste qu’il érige.  Lui qui n’a rien à vendre.  Ni corps.  Ni or.  Juste des sourires à répandre dans le monde.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

3 août 2015

Éperdument !

Mon regard se pose sur le clic-clac du salon.  Un tourbillon de bien-être m’envahit.  Je souris.  Allongé sur le chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, petit clic-clac à rayures, il y a un homme.  Mais pas n’importe quel homme.  L’homme que j’aime.  Mathieu.  Mon Mathieu.  Et je ne parviens plus à détourner mes yeux de ce prince tout droit sorti d’un conte de fées…  De ces cheveux châtains ébouriffés.  De cette barbe de deux jours qui borde son visage.  De ces lèvres qui, même au repos, semblent encore esquisser un sourire quiet.  Qu’il est beau, mon Mathieu !  Que j’en suis dingue, de ce type-là !  J’en crèverais, de l’aimer tant.

Ça n’a pas été toujours simple entre nous.  Je ne sais pour quelle raison, il s’est toujours interdit de m’aimer.  Alors qu’il l’était déjà, amoureux.  Amoureux fou.  Dès le premier jour.  Ce premier jour où l’on s’est croisé, lui et moi.  Dès le premier regard, j’ai senti quelque chose transpercer ma poitrine pour aller se planter dans mon cœur, un souffle chaud m’envahir, mes jambes chanceler sous le poids de ce je ne sais quoi.  Il m’a souri.  Je lui ai souri.  Nous avons échangé quelques mots.  Des mots qui, d’ordinaire anodins, résonnaient d’une intensité que je ne leur avais jamais connue.  Des mots qui voulaient déjà dire Je t’aime et promettaient des lendemains qui valsent dans ses bras.

Je savais déjà que l’on était fait l’un pour l’autre.  Que mon âme sœur, celui que j’avais attendu toute ma vie, ça ne pouvait être que lui.  Alors, en sortant de cet ascenseur, je l’ai suivi.  Discrètement, jusque chez lui.  J’ai pris mon petit carnet et y ai inscrit son nom, son prénom, son adresse.  Et puis, j’ai fait demi-tour.  Mathieu, il s’appelait Mathieu mon bel Ange !  Mathieu Barendt.  Monsieur Barendt Mathieu, acceptez-vous de prendre pour épouse mademoiselle Vindi Ingrid ?  Oui !  Vous pouvez embrasser la mariée.  Madame Ingrid Barendt, ça sonnait plutôt bien.

M’armant de patience, je me suis ensuite improvisée enquêtrice privée.  Grâce à la magie d’Internet, j’ai réécrit l’histoire de sa vie sur mon petit carnet.  Sa vie de prince parfait.  Presque parfait, du moins.  Il était marié.  Une pauvre fille dont il avait sûrement eu pitié, ne sachant pas que j’allais enfin entrer dans sa vie.  Moi, son âme sœur, son alter ego, son autre lui.  Durant des mois, j’ai écrit.  Des lettres enflammées à mon bien-aimé.  Laissé des messages sur son répondeur aussi.  Et puis, j’ai soudain vu sa belle d’un temps prendre le large.  De l’argent avait disparu de la caisse du salon de coiffure où elle travaillait.  Des lettres anonymes qui la pointaient du doigt ont fait beaucoup de bruit.  Elle a été renvoyée.  J’ai souri.  D’autres lettres ont mis en doute sa fidélité auprès de son cher époux.  Des mots.  Des photos.  Et autres preuves.  Il est parti.  Encore, j’ai souri.  À la vie.  À ce miraculeux corbeau, aussi.

Il a ensuite déménagé.  Plus près de chez moi, comme fait exprès.  De plus, un jour où j’errais devant son immeuble, à attendre je ne sais quoi, il est descendu.  On s’est heurté.  Moi qui tournais en rond.  Lui qui avançait d’un pas pressé.  Pardon, a-t-il chanté.  Il n’y a pas de mal, ai-je souri.  On se connaît, non ?  En une course folle, j’ai fui, en lâchant derrière moi un triste Non.  Pourquoi me posait-il cette question, mon bel Amour ?  Qui j’étais, il le savait pertinemment. Puisque régulièrement il me laissait entendre qu’il avait bien reçu mes lettres, qu’il m’aimait aussi follement, mais que ce n’était pas encore le moment.  Ses réponses faussement froides au téléphone, juste parce qu’il n’était pas seul.  Une offre de voyage pour Venise déposée dans ma boîte aux lettres.  Un livre emprunté à la bibliothèque – dont il était le précédent emprunteur – parsemé de mots qui ne pouvaient être adressés qu’à moi.  Une étoile filante dans le ciel une nuit où, accoudée à mon balcon, je ne pensais qu’à lui.

Je l’aimais.  Il m’aimait.  On le savait.  Mais la vie ne nous y autorisait pas.  Alors, j’ai décidé de prendre les choses en mains.  De bousculer le destin.  Puisque le destin, lui-même, n’engageait pas grand-chose pour nous réunir enfin.  Alors, la nuit dernière j’ai sonné à sa porte.  Il devait être trois, peut-être quatre heures.  La porte s’est ouverte.  Et son visage m’est enfin apparu.  Son doux visage.  Son regard profond.  Ses délicates fossettes.  Ses délicieuses lèvres.  Que, vite, j’ai drapées d’une compresse baignée de chloroforme. Et il est tombé dans mes bras et je l’ai rejoint… chez Nous.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, Depuis, je l’observe dormir dans Notre clic-clac à rayures, au beau milieu de Notre salon.  Mon Mathieu à moi.  Un sourire quiet accroché au bout des lèvres.  J’ai lié ses poignets.  J’ai eu peur.  Peur qu’il n’accepte toujours pas.  De m’aimer autant que, moi, je l’aime.  Peur qu’il s’empêche encore de m’aimer.  Alors que Nous ne fait déjà plus qu’un.  Que nous ne sommes déjà plus que moitié de l’autre.

J’ai peur.  Peur qu’il ne se réveille trop tôt.  Mais déjà, trop tôt, il se réveille :

— Hmm…  Où suis-je ?

— Chez nous, mon bel Amour.  Tu es chez Nous.

— Chez nous ?  Mais… qui êtes-vous, mademoiselle ?

­­— Je suis ton bel Amour, mon Ange.  Rendors-toi…  Demain, tout ne sera que lumière.

— Chez nous ?  Partez de chez moi…  S’il vous plaît, mademoiselle…

— Chez toi, c’est chez Nous, mon bel Ange.  N’aie pas peur, je suis là…

— Je reconnais votre voix…  S’il vous plait, laissez-moi enfin tranquille…

— Chut, mon tendre Amour.  Chut.

— Mademoiselle…

— Chut…

Et il s’est tu.  Mon bel Amour.  Quand, en sa poitrine, ma main a planté cette lame qui lui faisait les yeux doux.  Il dort, mon bel Amour, il dort paisiblement.  Et il m’aime, mon bel Ange adoré, toujours éperdument.  Hein, mon Mathieu ?  Hein que tu dors ?  […] Mathieu ?!  Mon doux Mathieu…  Tu le sais, hein, que tu dors ?  Tu sais, hein, que tu m’aimes ?  Respire, mon tendre Mathieu, respire lentement…  J’en crèverais, tu sais…  J’en crèverais, de t’aimer tant.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

8 mai 2015

Tendre obsession

Toc, toc, toc.

Voilà.  J’y suis.  Je considère, impuissant, cette main étrangère cogner contre la porte qui depuis un quart d’heure me fait face.  Cette mainchat qui louche maykan alain gagnon francophonie étrangère, je crois pourtant la connaître.  C’est la même qui, chaque matin, porte à ma bouche une tasse de café.  La même qui souvent vient effleurer mes lèvres, accompagnée d’une cigarette.  La même qui serre avec force tant de mains par jour.  La même qui jadis effleura avec douceur des courbes vallonnées.  Cette main étrangère, c’est la mienne.  Enfin, je crois.

La porte s’entrouvre.  Un visage au large sourire dévoué m’accueille, l’œil pétillant.  D’une disharmonie tellement à l’heure qu’on la suspecterait d’avoir été répétée au geste près.  Et nos deux mains qui se serrent d’un juste désaccord.  En une cacophonie parfaite.  Le visage qui me fait face semble déjà me murmurer des Ravi que tu sois là alors que d’un fragile rictus j’entame déjà un requiem de Je ne suis déjà plus là.  Cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble soudain se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’elle s’accroche.

Derrière ce premier visage, une vingtaine de silhouettes se dessinent dans le grand salon.  Elles se meuvent avec aisance au rythme d’un brouhaha oppressant.  Je crois avoir connu ces gens-là, dont tous les regards se fixent soudain sur cette carcasse qui me sert de carriole dans la vie.  Je crois avoir aimé ce brouhaha-là, pétri d’éclats de rire et de répliques fuselées.  Il me semble, oui, que ceux-là ont su faire pétiller ma vie jadis.  Jadis, quand Elle était encore là.  Quand ma vie n’était qu’un seul morceau.  Mais aujourd’hui, ces gens-là n’existent plus.  Et ces éclats de rire, ces mêmes répliques, me lèvent soudain le cœur.  Parce qu’aujourd’hui, il n’est plus qu’Elle.  Elle qui n’est déjà plus.

Je traverse cette foule comme un fantôme, sans remous et sans bruit.  Et ils ont beau, tous, ne plus me lâcher du regard, et perdre quelques mots qui piquent contre cette carcasse que les intempéries ont trop usée, je ne les vois, ne les entends, ne les sens pas.  Je rejoins d’un pas lourd et bancal un coin inoccupé de ce vaste appartement qui fait la joie de ses nouveaux propriétaires.  Ce coin-là sera le mien.  Devrais-je leur payer un loyer, à ceux-ci ?  Recroquevillé, j’observe de loin se jouer mille et une scènes qui n’existent déjà plus à l’instant où je pose mes yeux sur elles.  Ont-elles déjà existé, en réalité ?  Puisque déjà voici celle qui occupe tout mon esprit.  Elle.  Mathilde.

Mathilde.  Ma, comme deux lèvres qui se séparent en la faisant déjà leur.  Thilde, comme une langue qui éclot puis claque contre le palais.  La voilà, ma Belle, qui dans la foule, diffuse la seule lumière qui appelle encore mon regard.  Elle qui, depuis des mois déjà, se fait unique cible à la triste flèche de mon existence.  Elle qui, par sa chevelure d’or, illumine encore les hasardeux sentiers de ma frêle espérance.  Elle qui, depuis quarante-huit mois déjà, s’est proclamée conquérante d’un cœur qui n’est plus le mien.  Elle qui s’est substituée à une vie qui n’est plus la mienne.  Mathilde.

— Jean ?!

— Mathilde, ma belle Mathilde…

— Jean, mon beau Jean.  Tu sais que je ne suis plus.  Tu le sais, hein ?

— Je le sais, ma Douce.  Je le sais et pourtant, je ne peux m’empêcher de te sentir là.  Plus là qu’aucun vivant ne le sera jamais.  Ceux qui ont vécu par le cœur d’un autre ne meurent jamais vraiment, tu sais.  Et le mien, à chaque battement, te maintient en vie.

— Je le sais, mon Jean.  Comme je sais qu’en cet ici où j’erre, tu m’apparais encore en rêves…  Je souhaite juste qu’ici-bas, tu sois heureux.  Que tu effleures l’Eden, comme jamais je n’ai pu, par le passé, te le faire effleurer.  Jean, je te veux heureux.  Sans moi.

— Mathilde, ma dangereuse Mathilde…  Rien de ce que tu souhaites, rien de ce que tu n’exiges, ne se verra réalisé ici-bas.  Ici, il n’y a plus qu’une moitié de moi.  Et j’ai beau défier le temps, défier la vie, il me faut réapprendre sans cesse que demain t’ignore déjà…

— Jean, mon délicieux Jean…

Et je distingue déjà, son ombre à Elle, s’estomper au milieu de cette foule qui n’est déjà plus.  Cette foule tellement là qu’elle se confond déjà en un passé qui m’échappe.  Déjà.  Encore.  Cette foule inconsistante à qui désappartient hier.  Et demain.  Demain qui n’est déjà plus.  Demain qui semble déjà tellement trop là. Ici-bas.  Avec cette moitié de moi.  Et cette main qui cognait tout à l’heure contre l’épaisse porte en bois semble à nouveau se crisper.  N’ayant plus rien à agripper, c’est à sa propre peau qu’…  Encore.  Aïe.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

5 mai 2015

Le monde, c’est un voleur…

Le monde, c’est un voleur ; il a volé toutes les étoiles du ciel pour les mettre dans seschat qui louche maykan alain gagnon francophonie  rues et il les a appelées « lumières de Noël ». Mais quiconque a déjà couru à travers champs, s’est roulé dans une neige qui reste blanche même la nuit, s’est perdu dans le silence d’un soir d’hiver un brin d’herbe entre les lèvres (ou une Gauloise, à une époque où fumer tuait moins que le sucre raffiné) le sait bien : toutes les guirlandes et pommes d’amour de tous les marchés de Noël du monde, c’est rien que du pipi de chat, quand sous un ciel étoilé tu te prends la claque de ta vie. Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié la notion du temps, les distances et l’humilité.

À force de courir, de passer nos vies dans les TGV, de vouloir être toujours au bon endroit au bon moment, on a oublié que d’autres étaient là avant nous ; et qu’on les a perdus en route. À force d’avoir l’intimité du monde à portée de main, et toutes nos envies au rayon de n’importe quel supermarché, on a oublié à quoi pouvaient bien ressembler la liberté et le respect. À force de contempler toutes ces lumières d’aussi près, de les prendre pour des étoiles, de se prendre pour l’une d’elles, on a oublié de se sentir tellement petits.

On est tous, là, à vouloir laisser une trace, marquer notre différence, on cherche cet objet indispensable que personne n’a jamais inventé, cette phrase juste que personne n’a jamais dite, cette bombe qui n’a jamais explosé, on fait un gros fuck à ce monde alors qu’on n’est jamais que comme lui : des voleurs qui passent leur temps à gueuler « la bourse ou la vie ! » Nous sommes tous ces mêmes êtres étranges qui détruisent des forêts, qui en font du papier pour écrire dessus « sauvez un arbre » ; en s’émerveillant devant un sapin qui crève dans leur salon. Et du haut de nos gratte-ciels, dans nos appartements surchauffés, on passe nos vies à oublier. Qu’on ne fait jamais que transformer ce que la nature nous a donné. Qu’on ne fait jamais que paraphraser tous ces types qui nous ont collé ces claques qu’on avait méritées. Que le mec et ses chansons, sur le trottoir d’en bas, dégagent plus de chaleur que nos radiateurs.

On passe nos vies à oublier, ce que le monde lui-même à tellement bien compris, que derrière tous nos mensonges et nos masques de fortune, on cherche tous la même chose : cet amour qui fait briller les yeux des mômes et taire la colère des adolescents, cet amour qui renverse les certitudes des adultes et donne un second souffle aux rêves que les plus vieux avaient mis de côté. Si les corps se vendent et le plaisir s’achète, je ne te ferai jamais payer le prix de l’amour que tu me portes. Y’a des meufs qui bordent leur regard de mascara, exhibent leur féminité sous une robe noire un peu trop courte, embrassent des bouches qui sentent l’ail et le mauvais alcool. Y’a des mecs qui sortent leur carte bleue, leurs muscles et leurs mots bleus, qui boivent plus que de raison et mettent ces meufs-là dans leur lit. Mais qu’on soit des filles faciles ou un peu plus compliquées que ça, qu’on soit des mecs en rut ou que notre palpitant de mâle cogne un peu trop fort contre une carapace qu’on a appris à se forger, on espère tous la même chose en ouvrant les yeux au petit matin : qu’il ne se soit pas déjà envolé, ce piaf débile qui nous fait voir la vie en rose.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie  Le problème de ce monde, votre problème, mon problème, c’est qu’on a oublié. Oublié de dire je t’aime à ceux qu’on aimait. On a cru que les contes de fées nous avaient corrompus, alors qu’on les avait juste mal interprétés. On attendait la bonne intrigue, le bon décor, le bon mobile et le prince charmant qui pourrait enfin nous aider à sortir vivant de cette vie dont on ne voulait pas. On a cru qu’il fallait enfiler une camisole blanche, se mettre des chaînes aux pieds, faire une tripotée de gamins et vivre heureux à tout prix. On s’est raconté tant d’histoires qui postillonnaient et sur lesquelles on a préféré cracher avant de se rendre compte que, dans tes bras, tout était beaucoup moins compliqué que ce qu’on s’était imaginé. Que l’amour était là, sans le réclamer, sans avoir besoin de débourser quoi que ce soit. Dans ce monde ménopausé je ne serai jamais une exception à la règle, mais dans tes yeux, au creux de tes bras, contre ton corps nu sous les draps, j’ai l’impression d’être une étoile, mon Amour.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

9 mars 2015

Y’a des meufs…

Y’a des meufs qui se font tatouer sur le cœur le prénom de mauvais garçons, d’autreschat qui louche maykan alain gagnon francophonie qui chialent en écoutant en boucle un album de Reggiani.  Y’a des meufs qui enfilent leurs bas sans jamais les filer, enveloppent leur peau douce d’une robe en satin, accordent les couleurs sans l’aide d’un diapason, et d’autres qui se prennent pour de mauvais garçons.

La beauté est une garce quand elle se met à péter plus haut que son cul.  Quand face au miroir qui lui dit qu’elle est la plus belle, mais dans lequel elle ne se reconnaît plus, elle me dit de prendre soin de moi dans une langue que je ne comprends pas.  Je suis une faute de goût dans un monde où Photoshop est roi.  Y’a des meufs qui savent si bien maquiller leurs yeux qu’on dirait que le monde y naît pour la première fois, quand d’autres laissent tomber leurs paupières sans prendre la peine de les retenir.  Y’a des meufs qui marchent avec des talons plus hauts que leurs rêves sans jamais avoir l’air ridicules, et d’autres qui agitent leurs orteils dans des baskets sans jamais s’y sentir bien.  Y’a tant de meufs que j’ai haïes d’être plus belles plus à l’aise que moi.  Le long des tapis rouges ou des couloirs de course.  Sur les pistes de danse ou les quais déserts à attendre le dernier métro.  Y’a tant de meufs que j’ai haïes d’être là avant moi avec leur casque d’or, leurs yeux bleus et leurs doigts de fée sous ces draps que je n’ai jamais été la première à défaire.  La fille parfaite est une connasse, et je ne suis pas la dernière.

J’ai arpenté les terrasses pour faire payer à ceux qui faisaient la manche le prix fort de cet amour que tu ne méritais pas.  J’ai brisé le cœur des bons enfants pour tous ces petits jours où les mauvais garçons s’étaient tirés avant l’heure.  Y’a tant de meufs que j’ai haïes de ne pouvoir être un mauvais garçon et leur faire mal comme elles sont belles.  Y’a tant de mauvais garçons dont je me suis fait tatouer le prénom sur le cœur avant de chialer en écoutant en boucle les mots d’un Reggiani, d’un Brel ou d’un mec sur le trottoir dont j’ai oublié le nom et qui n’a jamais fait d’album.  Y’a tant de mauvaises filles, qui montrent leur doigt, leur cul ou leur candeur, que j’ai trouvées vulgaires avant d’apprendre à les aimer.  Comme elles m’ont appris à aimer la féminité — même si c’est tout un art, que l’art est un pays étranger et que j’ai peur en avion.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieY’a des meufs dont les mains me font oublier une heure ma colère, les mauvais garçons et le pot de Nutella qui n’est jamais assez bien caché.  Quand elles sortent du four des goûters qui sentent la pomme, les accords de guitare et la lumière d’automne, quand elles traduisent avec leurs yeux et leurs éclats de voix mon dedans mieux que mes mots ne le feront jamais.  Y’a des soirs où je me demande si je ne vais pas virer ma cuti, sortir de ce placard où je ne suis jamais entrée.  Le temps d’aimer bien ces meufs que j’ai toujours haïes aussi fort que je chante faux.  La beauté est une sirène quand elle oublie le mascara sur le lavabo et donne un second souffle à la mythologie.  Qu’elle laisse Sisyphe se révolter et Prométhée picoler sur le canapé du salon.  Y’a des meufs qui sentent si bon la farine de châtaigne et la purée d’amande qu’elles n’éprouvent pas le besoin de répandre ce patchouli qui empeste tous les ascenseurs du monde.  Surtout celui qui mène à ton appartement.  Y’a tant de meufs qui me prennent pour un mauvais garçon, qu’elles essuient leur pudeur et leur vanille sur ton paillasson.  Pour que tes draps défaits ne sentent jamais rien d’autre que ta sueur et tes chansons.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

10 février 2015

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

La nuit appartient à ceux qui…

…ont le cœur gros, même s’ils n’en veulent plus. Mais à bouffer à tous les râteliers de la vie, faudrait arrêter de s’étonner d’avoir les dents du fond qui baignent et le sommeil en option. J’voudrais te raconter, comme hier, mon lit trop dur, mes lattes qui décampent et mes rêves sans queue ni tête. Juste parce que ça te faisait sourire si fort que les matins d’automne ne pleuvaient plus.

Mais faut avouer que ces derniers temps, j’ai le rêve plutôt fuyant et la nuit à tuer. Les mauvaises nuits, c’est une histoire de filles de joie qui te refilent le désespoir en MST. Certaines détalent en allumant la lampe de chevet pour vérifier qu’aucun monstre n’a décidé de squatter l’armoire ou n’importe quel tiroir. D’autres s’égarent dans les bras d’un gros trou noir à coup de somnifères et de bouteilles à moitié vides. Mais quand le petit jour se lève déjà, que t’es en train de refaire pour la énième fois le nœud coulissant d’une corde au bout de laquelle n’auront jamais pendu que des promesses froissées, vraiment, ça te fait une belle jambe de l’avoir passée cette putain de mauvaise nuit.

À vouloir se sentir vivant à tout prix, y’a toujours un moment où demain et sa gueule moche finissent par se pointer. Et y’a des matins où t’as beau frotter du mieux que tu peux, plus rien ne part. Ni le tartre sur tes dents jaunies par la vie, ni la colère qui colle à ta peau acnéique, ni l’odeur de brûlé des feux de paille de tes mauvaises nuits. Et si la nuit appartient à ceux qui ont le cœur gros, l’art appartient à ceux qui ont du pognon. L’art est un animal sauvage que des mecs en costume-cravate gardent en cage. Des mecs qui attendent qu’il se fatigue à force de tourner en rond, pour pouvoir l’ausculter sans qu’il montre les dents. Excuse-moi, mais, ces mecs-là, ce sont les mêmes que ceux qui te parlent d’un pays à travers le buffet à volonté et la piscine d’un hôtel cinq étoiles. L’art est un cri du cœur et il ne faudrait le toucher qu’avec les yeux. L’art ne devrait appartenir à personne, ni aux mecs en costume-cravate qui se payent du bon temps sur son dos, ni aux artistes qui finissent par enfiler les mêmes costumes trop serrés, encore moins aux gourous qui s’en servent pour te direchat qui louche maykan alain gagnon francophonie comment penser. Ne forcez pas les gens à s’enfermer dans des salles à la lumière tamisée, ne leur demandez pas de le comprendre de le jauger de le juger le long d’un parcours fléché. Ne leur demandez pas de mesurer l’émotion sur une échelle qui n’ira jamais plus haut que le plafond. Laissez les joies faire un peu trop de bruit, laissez les colères exploser et salir les murs blancs. Laissez les amants faire l’amour dans les salles d’armes. Laissez les larmes mouiller les lettres d’antan. Laissez les rires et les cris se répandre dans les couloirs. Laisser la violence et l’espoir se prendre les pieds dans le tapis. Laissez les corps parler et les masques tomber, laissez l’émotion éternuer un peu trop fort dans les salles climatisées. Et puis, laissez ceux qui n’ont plus ni le temps ni l’envie secouer la tête, la prendre entre leurs mains et se faire rembourser. L’art est un pays étranger et j’ai peur en avion. La nuit n’en finit plus de tomber et mon cœur gros n’en veut plus.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

25 janvier 2015

Le ripeur misanthrope

4 h, petit matin.  La sonnerie du réveil résonne chez Monsieur Marcel.  D’un geste machinal, il lance sa main pour le faire taire enfin.  Chaque chat qui louche maykan alain gagnon francophoniematin, cette sonnerie l’exaspère.  Ce cri de coq…  Au début, il avait trouvé ça drôle et sucré à la fois.  Imaginer se réveiller à la campagne, en cette vie d’antan jamais effleurée.  Mais en réalité, il ne s’y réveillait jamais, à la campagne, et il émergeait toujours en 2012, dans sa petite chambre de bonne perdue en cette grande ville enclavée dans le béton froid.  Amèrement, il pose un premier pas en la réalité, enfile quelques vêtements, avale le fond d’un bol de café, et tourne la clé dans la serrure.  Il avance, d’un pas lent, se retourne deux trois fois vers cette porte, derrière laquelle sont dissimulés ses rêves et ses envies, puis hausse les épaules.  Il les retrouvera plus tard.  Pour l’heure, il regagne ce monde aux immondices désordonnées.

Et, comme chaque matin, le même refrain, en regagnant son camion poubelle avec ses compagnons d’un temps.  Ils échangent un regard, clandestinement, puis le posent sur ces rues encombrées qu’ils devront nettoyer, avant que ces corps en vie ne viennent, à leur tour, les obstruer.  Triste monde, marmonnent-ils.  Ils les détestent ces corps en vie.  Ceux qui passent quelques minutes à créer ces choses, à l’utilité celée.  Ceux qui expliquent pourquoi il faut, oui, absolument les acquérir, ces choses-là.  Ceux qui perdent quelques heures à tenter de se les procurer – parce qu’on leur aura dit qu’il les leur fallait – et qui finalement les jettent l’heure d’après, mécaniquement.  Parce qu’en cette société, consumériste à l’excès, où « tout se perd, tout se crée, rien ne se transforme », on jette.  Tout.  Tout le temps.  Partout.  Parce que plus rien n’a d’importance, sauf peut-être la prochaine danse.  Alors oui, ils les détestent ces corps en vie qui crachent sur le monde.  Ce monde qui, chaque matin, pue la décadence, le malaise et la mort.  Comment on sort d’ici ? sanglotent-ils sourdement.

Le moteur du camion vrombit.  Ils cheminent, dans l’immensité de cette ville bétonnée, raflant au passage les déjections de ceux qui prétendent l’habiter.  Et dire qu’il en a honte, Monsieur Marcel, de son métier.  Quand dans une discussion, on lui demande ce qu’il fait et qu’à chaque fois, on marque un temps durant lequel on le dévisage, puis le toise, un rictus accroché aux lèvres.  Toujours ce même rictus, qui pue l’arrogance de ces types-là.  Ces types qui ne se retournent jamais sur leur merde, à se dire qu’il en est d’autres, payés pour ça.  Alors, à chaque fois, Monsieur Marcel tourne les talons et fuit en ces rues qu’il ne connaît que trop.  Le dégoût le submerge.  Toujours ces mêmes nausées, face à ce monde qui tourne en rond.  Face à ces types-là.  Le camion s’arrête, pour la énième fois.  Bordel… encore des crétins qui se sont amusés à éventrer les poubelles…  Et il a beau découvrir le monde dans cet état chaque matin, chaque fois, ça lui lève le cœur, à Monsieur Marcel.

Il perd un œil sur ces relents d’un monde à la dérive qui couvrent le pavé mouillé.  Des sous-vêtements troués.  Trois entrecôtes.  Une photo déchirée.  Des cadavres de flacons.  Un téléphone portable.  Un test de grossesse.  Des pâtes.  Des préservatifs usagés.  Deux ou trois mégots.  Une robe de mariée.  Du steak haché.  Une poêle.  Deux alliances.  Des romans de gare.  Des pommes moisies.  Un peu de sang coagulé.  Un torchon déchiré.  Des fragments de soupière.  Des rêves brisés.  Un mouchoir imbibé.  Une télévision.  Un corps corrompu.  Et quelques cafards.  Monsieur Marcel esquisse un sourire.  Finalement, le seul plaisir qu’il parvient à arracher de ce job qui empeste, c’est quand il tente de recoller ces bribes de vie qui gisent sur ce pavé toujours mouillé.  Et parfois, il perd un soupir…  Ces corps en vie, qui peuplent ces rues encore abandonnées, ne seraient peut-être pas si différents de lui…  Peut-être.

Le clocher de l’église avoisinant la dernière rue annonce que les onze heures sont désormais rattrapées.  En cette rue, d’ailleurs, fourmillent à présent ces corps jadis enclavés en un cocon impénétrable.  Allez, on rentre à la maison !  Le moteur du camion vrombit une dernière fois.  Jusqu’à demain, en tous les cas.  Ils échangent un dernier regard.  Hey, Marcel, tu viens prendre un verre ?

En regagnant sa petite chambre de bonne, ces rues bondées lui donnent à présent le vertige.  Clic.  Clac.  Il pénètre en son antre d’un temps, fonce droit dans la salle de bain, ôte ses vêtements imprégnés de ces effluves de misère, et bondit sous la douche.  Il oriente le pommeau contre son corps fatigué.  Ce jet ardent lui fait un bien fou.  Il prend un gant de toilette et frotte.  Frotte.  Frotte encore.  Pour décaper ces purulences viles d’un monde imparfait accrochées à sa chair.  Il verse un peu d’eau de javel dans la paume de sa main.  L’étale sur chaque parcelle de son anatomie.  Ça brûle.  Il ponce, décape, abrase.  Jusqu’au sang.  En les artères du monde, on trouvera demain un peu de sang dilué.  L’odieuse infection semble s’atténuer.  Il ferme le robinet, sort de la douche, et revêt ses rêves et envies jadis étendus dans le salon.  Il saisit le combiné du téléphone à cadran rotatif, rescapé de son monde d’antan.  Tut.  Tuut.  Tuuuut.  Et lâche un J’arrive, ma Douce, dont l’écho retentit en son labyrinthe exigu.  Il va enfin la rejoindre.  Elle, de laquelle émane un parfum délicat.  Elle, qui n’abandonne jamais, mais raccommode inlassablement les accrocs du destin.  Elle, ses rêves et ses envies.  Elle, la rescapée de ce monde d’antan qu’elle maintient en vie.

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C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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13 janvier 2015

Gorge serrée…

Que ceux qui défendent soudain la liberté d’expression laissent à ceux qui ont lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie gorge trop serrée la liberté de ne pas s’exprimer. La douleur n’est pas une matière enseignée sur les bancs de l’école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu’il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s’arrange toujours avec sa douleur du mieux qu’il le peut. Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l’intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s’ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l’air, comme depuis que la douleur les en a privé ils n’arrivent plus à respirer ; ils marchent d’un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d’à côté, ils galopent autour d’un stade la nuit tombée en espérant qu’à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l’entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de pallier ou celles de n’importe qui tant qu’elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d’en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas que le monde n’est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l’oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha.

Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; c’est des images-chocs des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu’elles n’ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d’en bas. Et putain que c’est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d’une meute en pleine confusion. Et même si chat qui louche maykan alain gagnon francophonieleur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d’eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu’elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d’apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu’on ne pense jamais vraiment quand c’est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

31 décembre 2014

« Ne posez pas de questions si…

« Ne posez pas de questions si vous vous foutez de la réponse. Un matin, devant lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie machine à café, elle risque de sortir sans faire exprès ; et y’a des fausses notes un peu trop noires dont même la plus belle mélodie du bonheur ne se remettrait pas. J’veux dire, aucun metteur en scène ne nous a jamais soufflé ce refrain qu’on s’époumone à chanter un peu trop fort et beaucoup trop faux. On n’est pas obligé de brandir un bonjour alors qu’une mauvaise nuit borde nos yeux. On n’est pas obligé de demander si ça va juste pour avoir l’occasion de parler de soi. On n’est pas obligé de sourire avec une rage de dents. De toute façon, quand ça sonne faux, j’ai le frisson qui se réveille à l’intérieur. Pas celui qui germe sous les doigts de la coiffeuse juste après le shampoing, non. Celui qui hurle toujours moins fort que les ongles de la maîtresse contre le tableau noir. On n’est pas obligé, non plus, d’oublier qu’on n’est pas obligé et de balancer ceux qui ne chantent plus. C’est trop facile, de se cacher derrière des slogans publicitaires et des métaphores qui ont trop bu. Taper le carton, ça passe parfois le temps, mais la vie c’est peut-être un peu plus compliqué qu’une partie de belote, de tas de merde ou de solitaire. Et si l’important ce ne sont pas les cartes, mais ce que vous en faites, vous oubliez trop souvent ceux qui ne comprennent plus rien aux règles du jeu.

« Les gens qui ont un avis sur tout font flipper mes sacs de je sais pas. J’veux dire, aucune argumentation en bois ou en béton ne couvrira jamais le bruit d’une larme ou d’un éclat de rire ; et la politique n’est rien qu’un vaudeville qui a mal tourné. C’est trop facile de suffoquer sous un costume trois-pièces et de reprocher au mec qui tire la gueule dans le métro de voler tout l’oxygène. Et même s’il n’a pas une pièce administrative pour justifier son droit d’être malheureux, y’a des matins, devant la machine à café, où je le comprends ce mec-là. Essaye, toi, de trouver une place dans ce wagon qui déborde déjà de faussaires ; de trouver un sens à tout ça, au milieu des bandes blanches, des stops et des sens interdits. Dans ce monde qui file plus vite que la vitesse de la lumière, on freine toujours trop tard et il est déjà le bas-côté. Y’a tellement de poèmes qui ressemblent à des suicides avortés. Tellement d’explications de textes qui ont ronflé sous ces pendus qui ne savaient pas crier. Tellement d’adolescents paumés qui en ont fait leur livre de chevet. Qui ont évité tous les squares, même celui du souvenir, qui n’ont jamais fumé de pétards ailleurs que dans leur lit. Qui se sont toujours assis par terre, en laissant les bancs publics aux amoureux et leurs gueules sympathiques. Qui n’avaient donc aucune chance de croiser la route de ce type qui fume un petit ninas, ce type avec ses binocles et son costume gris. J’veux dire, la prévention est toujours cueillie si mûre, que même les mâchoires les plus musclées finissent par s’y casser les dents.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie« Le désespoir n’est pas assis sur un banc et celui que je prenais pour un coup d’un soir est encore là au petit jour, à faire crisser un croissant au beurre sous ses dents en foutant des miettes partout dans mes draps. Le désespoir, c’est une histoire de petits jours qui se suivent et se ressemblent toujours. Une histoire d’aspirateurs qui expirent de miettes ne sont plus là, mais qui démangent encore. De matins qui font mal à force d’avoir gratté, de café qui coule sans attendre le gobelet. Une histoire de questions surtaxées et de mains brûlées au second degré. »

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

16 décembre 2014

Du Prozac dans mes cornflakes…

tu me dis qu’il faudrait que je me libère d’hier n’aie plus peur de demain et jouisse chat qui louche maykan alain gagnon francophonie aujourd’hui

tu me dis qu’il faudrait que j’ignore les tics les tacs trop bruyants de l’horloge de la gare

tu me dis qu’il faudrait que je dise oui que je dise non mais que je dise quelque chose merde et me décide à monter tic oui tac non dans ce train pressé qui n’attendra pas

mais le monde lui-même tu sais a oublié qu’il fallait qu’il fasse un choix une bonne fois pour toutes encore à jamais sans CTRL-Z à portée de main

et déjà le monde a tiré ce trait indélébile sur l’ordre des choses les il faudrait les choix les saisons les trains trop pressés et le temps qui passe

l’hiver n’a jamais été si doux sans parvenir à se décider à pointer le nez de ses degrés son blanc manteau ses lèvres gercées ses mains craquelées

mais sur le quai de gare le monde se sent impuissant s’en veut et ne sait plus contre qui tourner sa colère qu’il ne peut exprimer de tempêtes en inondations

c’est le monde qui prend l’eau et c’est moi qui m’y noie

tu me dis que je suis une cocotte-minute sous pression moi qui n’ai jamais su cuisiner qu’avec mes pieds et m’efforce de faire coller les pâtes car elles sont meilleures comme ça

tu me dis que les métaphores m’échappent et que je suis beaucoup trop à fleur de peau moi qui suis allergique à ces trucs jaunes oranges rouges qui bourgeonnent au printemps

tu me dis qu’il faudrait que je sorte mon rapporteur et délaisse le premier degré mes œillères et mon nombril pour voir un peu plus loin que le bout de mon nez

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde avec cet air paternaliste du tout qui me montre les dents de « c’est pas bien » en « il faudrait » et la marque de sa main sur ma joue beaucoup trop rebondie

ce monde fais ce que je dis pas ce que je fais oui mais y’a pas de mais dis merci à la dame excuse-toi baisse ton froc et souris à monsieur le curé

ce monde qui a perdu son sourire avant moi

mais c’est le monde qui a commencé tu sais c’est pas moi

ce monde paternaliste pater noster papaoutai mais tu sais je m’en fous

tu me dis qu’il faudrait que j’encaisse les coups en gardant la tête haute qu’une balle dans la tête si on n’y pense pas ça fait même pas mal en fait

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même avec des seins et un vagin

tu me dis qu’il faudrait que je noie mes cornflakes dans du prozac que je cache ma poitrine sous un ruban adhésif bien trop serré qu’il n’y paraîtrait rien

tu me dis qu’un mec un vrai ça chiale pas même dans le caniveau d’une ruelle isolée non ça serre juste le poing et le plante parfois contre ce macadam qui ne cède pas

mais toi le monde les autres l’enfer et moi on en est tous au même point je crois

à faire cogner nos talons sur les pavés creux de ce monde inanimé

à brandir ce bouclier de certitudes sans y croire vraiment

à se dire que finalement le prozac se digère tellement mieux que le lait

MAIS y’a pas de mais avale-le et tais-toi

ne rien voir ne rien entendre ne rien dire

sois singe, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille

est-on toujours soi sous camisole chimique ? pleure-t-on toujours aussi aigu le sourire qui sonne faux ? pense-t-on encore la larme sèche ?

je pense donc je suis ; le prozac digéré je n’existe déjà plus

tu me dis qu’il faudrait coûte que coûte que je me sorte les doigts du cul que je me file des coups de pied aux fesses que je me couvre de bleus pour tes beaux yeux

tu me dis qu’une fille chouette elle avale sanglote ravale

sa fierté ses rêves et les excréments du monde

qu’une fille c’est chouette ça doit être chouette sourire exhiber ses dents blanches ses couettes de blondinette et sa taille de guêpe

comme Barbie – Barbie qui sourit merde à la plage au ski à la salle de sport en boîte de nuit au lit avec Ken et qui exhibe fièrement son thigh gap

j’ai le thigh gap neurologique et les cuisses qui se touchent beaucoup trop s’enlacent s’entrelacent trépassent derrière de grosses plaques rouges en été

le teint beaucoup trop pâle tu sais j’aurais été une putain de bombe au 16e siècle

chat qui louche maykan alain gagnon francophonietu me dis que – je le veuille ou non – tu feras de mes épaules les plus solides du monde

tu me dis que – pour mon bien donc OSEF – tu verseras

du prozac dans mes cornflakes

quitte à me faire suffoquer pour atteindre le dernier cran de la ceinture

quitte à me ligaturer les trompes la pensée

quitte à les noyer – mes cornflakes

tu me dis que tout ira bien maintenant qu’il ne faut pas que je m’inquiète tant que j’aurai

du prozac dans mes cornflakes

mais tu sais peut-être t’as oublié mais il a toujours été

le matin j’ai toujours été infoutue d’avaler quoi que ce soit

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

1 décembre 2014

L’ÉCOLE M’A TUÉE —

(Ou l’histoire d’une déclaration d’amour qui perd pied)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

 

 On s’était promis de ne jamais se faire payer le prix de l’amour qu’on se portait. Mais les promesses, même gravées sur un banc à la pointe du canif, y’a toujours un cul qui finit par s’assoir dessus. Les promesses ne volent jamais plus loin qu’un il était une fois, et quand le réveil sonne il est déjà l’heure de reprendre le chemin de l’école. Se lever le mercredi matin, faire le chemin à pied qu’il pleuve, qu’il neige, que le soleil tape trop fort, ça nous a jamais tués. L’école n’a jamais eu besoin d’aide pour avoir notre peau. Son problème, c’est pas le rythme, c’est la mélodie. Une complainte d’adultes qui soupirent en répondant à des questions qu’on ne s’est jamais posées ; quand on chante faux, on réserve ça à la salle de bain – c’est la moindre des politesses. La même, d’ailleurs, qu’elle glissait dans notre soupe froide tous les midis dans cette cantine qui sentait toujours mauvais, même les jours de frites. La politesse, j’en ai bouffé plus que mon pharynx pouvait déglutir. À force de oui madame, bien monsieur, merci s’il vous plaît et vice et versa, j’y ai laissé mon œsophage, mon estomac et mon intestin grêle. Je m’excusais pour les mains aux fesses que mon sourire avait agressées. Je disais même pardon pour les fausses notes que mes côtes craquaient quand un poing, qui n’avait pas, lui, la politesse en intraveineuse, voulait tâter de l’enfant sage. Alors qu’on ne s’étonne pas si ce matin j’ai le bonjour qui me reste en travers de la gorge, si je ne cède pas ma place à la première petite vieille venue – aussi plissée, aussi courbée soit-elle. Alors qu’on ne me reproche pas, les soirs de pluie, mon côlon irritable et mes diarrhées verbales. L’école, c’est comme un plat dans un restaurant gastronomique. Sur la carte ça fait rêver, mais dans l’assiette y’a pas grand-chose à grailler. Les chimères, ça n’a jamais fait taire l’estomac de l’homme qui a faim, même s’il ferme les yeux, même s’il y croit aussi fort que son cœur cogne contre sa poitrine.

Au début tu joues le jeu, et au premier cours d’histoire t’oublies déjà Barbie sous le lit : quand tu seras grand, tu seras Indiana Jones. Mais quand on te parle de problèmes, de guerres dans des langues que tu ne comprends pas, les étoiles s’éteignent et ta tête s’aperçoit qu’elle est juste à côté de tes pieds, sous le béton qu’ils sont en train de couler. Mais quand on te gifle parce tu gueules aussi fort dans tes rédactions que devant les photos de ton livre d’histoire, tu cesses définitivement d’y croire, baisses la tête et t’éteins, comme les étoiles tout à l’heure. L’école, c’est une histoire d’adultes désabusés qui marchent à côté de leur vie, de mômes qu’on prive de contes de fées, à qui on tend un sachet de baby carrots parce que c’est meilleur pour la santé. À la cour de l’école qui a toujours raison, on est tous des cancres en devenir, et les bons élèves ne sont rien que des comédiens qui ont appris par cœur les pas que le metteur en scène leur a soufflés. En se disant que c’est juste un mauvais moment à passer, que quitte à couvrir son cul d’escarres sur des chaises trop dures, autant remplir ses poches avant de décamper.

J’étais bonne comédienne, le masque collait à mes joues rebondies et le soir j’apprenais mes leçons par cœur. J’ai appris à détester la chimie, parce qu’on m’a dit que c’était pas un truc de filles. J’ai appris à détester la couleur quand le prof de dessin a lâché son premier sourire en recouvrant mes dessins d’une craie grasse que les lames de rasoir ne savaient pas faire partir. J’ai appris à détester la philosophie quand celui pour qui j’avais mis deux-trois rêves de côté s’est finalement moins intéressé à mes questions qu’à mon cul. J’ai appris à détester la justice à coup de punitions collectives, j’ai appris à détester la solidarité quand on m’a demandé de balancer ma copine, j’ai appris à détester la communauté quand elle a ri à gorge déployée derrière mon bonnet d’âne, sans même prendre la peine de faire passer ça pour des sanglots. Et dans la cour de récré, à regarder les filles jouer à la poupée, les garçons jouer à se faire les filles, les gros bras jouer à se taper les gringalets à lunettes, j’ai appris à me détester. J’ai appris à détester le sport et la littérature, les épinards et les filets de colin ; j’ai jamais su prendre mon pied, à renifler ceux des autres dans les vestiaires, à compter ceux des poètes sur les polycopiés. J’avoue, j’ai jamais fait que simuler, mes explications de textes salissaient des pages sans y croire vraiment et je croisais plus d’inconnus dans la rue que dans les équations. Pour l’école ça n’avait aucune valeur, mais pour moi ça n’avait pas de prix. J’ai appris à remplir les fiches de la rentrée comme si de rien n’était, à faire rentrer « décédé » dans chat qui louche maykan alain gagnon francophoniela case « profession » sans que ça dépasse jamais ; j’ai appris à sceller mes larmes sous mes paupières et la grille de l’école en regardant les bons élèves se pendre aux arbres de l’autre côté. Alors qu’on ne s’étonne pas si ce matin je couve une grosse colère. Alors qu’on ne me reproche pas, les soirs de pluie, de la tourner vers l’école même si c’est toi qu’avais promis. J’ai perdu mes rêves dans les couloirs du collège et son acné, comme j’ai fait la paix avec le sport la littérature et ma fièvre d’exister dans tes bras qui m’ont déjà oubliée. On s’était promis de ne jamais se faire payer le prix de l’amour qu’on se portait ; sauf que, pendant que ton valet fait claquer tes deniers pour te réveiller, moi je termine ma nuit, qui n’a jamais commencé, dans un bar mal léché à faire la causette au cendrier d’une jolie blondinette, juste pour me sentir un peu en vie.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

18 novembre 2014

 Nœuds intimes           

Ou la peur du vide, entre deux rives

 Début de soirée, appartement X. Une dépouille git sur le canapé rouge. Pas un bruit.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie C’est le calme qui succède à une journée effrénée. Ou peut-être celui qui précède un orage encore ankylosé…

 Elle se lève péniblement. Se dirige d’un pas lourd vers la salle de bain. Fixe un instant le miroir qui lui fait face, vite détourne le regard. Dégage son visage de son masque fardé. Le plonge entre ses mains mouillées. Puis le relève maladroitement. Et toujours ce miroir qui lui fait face. Ce miroir qui jamais ne la lâche. Ce miroir qui la suit à chacun de ses pas. Elle scrute ce visage qui l’observe odieusement. Ce visage qui lui échappe et qui l’effraie aujourd’hui. Ce visage qui ne lui appartient pas.

 Une larme a coulé. Son pas s’est pressé. Son corps échoué sur cet encore canapé rouge. À travers la fenêtre embuée, le ciel qui s’assombrit semble annoncer le départ du soleil pour d’autres horizons. Un oiseau tombe à terre. Mais, à cet instant, tout cela lui échappe. Elle ne voit plus, n’entend plus, ne sent plus. Elle est partie, ailleurs. Douloureux voyage intérieur. Et son enveloppe corporelle n’est plus qu’œuvre fade fondue en ce canapé rouge. Comme chaque soir, une dépouille ici git.

 C’est un brouhaha inaudible qui écorche ses tympans. Une fourmilière qui grouille dans sa boîte crânienne. Un feu féroce qui la consume de l’intérieur. C’est un cruel poison qui la pénètre par tous les pores. Parce qu’aux fantômes du passé se seront mêlés ces paradoxes qui la broient. Ces pourquoi ces comment auxquels ne subsiste aucun écho. Parce que toutes ces émotions enfouies chaque seconde de cette journée se seront soudain exhibées. Plongée en un mutisme inaccessible, rien de ce chaos n’apparaît. Et si ce que l’on ne peut distinguer n’existait pas en vérité ?

 Et elle, existe-t-elle d’ailleurs ? Qui est-elle dans la réalité ? Quelle est la réalité ? Est-ce ce monde auquel elle s’efforce de s’adapter ? Est-ce ce monde auquel elle tente d’échapper ? On nommera instant Folie – puisqu’il faut nommer – cet instant où plusieurs réalités se confondent sourdement. Soudain, le sol se dérobe sous ses pieds. Elle veut tout, dans l’excès. Qu’importe les paradoxes enfouis, tout lui semble à portée de main, hypersensible assumée. Alors, à nouveau, elle croit en la Vie. Pas celle d’un quotidien insipide, non. La vraie. Celle qui enivre, celle qui fait vibrer. Celle où une passion ardente ne cesse de brûler dans son ventre, la transperce, la transporte en un monde hors de portée. Celle où lucidité peut malgré tout rimer avec légèreté. Elle n’est pas malade, non, elle est juste différente. Ni meilleure ni pire, juste, différente. Mais au premier verre qui grise, succède la bouteille qui brise. Et tout, soudain, lui semble trop abrupt. Hypersensible inadaptée. En un grand écart, elle fléchit. Ses doigts se figent. Ses yeux fixent cette page blanche. Toutes ces pensées effrénées aliénées en un corps à la dérive. Et parce que rien ne saura s’échapper de cette dépouille sclérosée, un tsunami féroce l’emportera, loin, trop loin. Quand un sourire se mêle aux larmes.

 Elle est. N’est plus. Est. N’est plus. Et cette douleur qui s’accentue. Celle que personne ne voit, n’entend. Qui pourtant est. Trop, et plus encore. Parce qu’aucun mot déposé ne sera jamais parvenu à traduire ses maux sauvages. Et si ce sang qui se répand sur le canapé parvenait à faire sortir un peu de cette abjecte douleur ? Et si cette eau de javel savait décaper son intérieur souillé ? Et si ce train, dans un choc, pouvait exhiber son moi défiguré au quidam aveuglé ? La raison s’est éclipsée. Son corps se tord en une douleur infinie. Demain ne sera qu’en ses bras. Ou ne sera pas.

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieParce que cette seule envie qui subsiste, celle d’en crever, est dépossédée par sa seule pensée. Parce qu’à travers son regard, la peur de ce vide n’est plus. Parce qu’il incarne tout ce à quoi elle ne croyait plus. Sa vue se brouille. Un orage éclate. La terre tremble. Le trou noir. Elle se relève. Derrière la fenêtre, les lampadaires déshumanisés ont évincé l’éclat de cette lune oubliée. Son regard se pose sur ce canapé qui lui semble plus rouge que jamais. Rouge sanglant. Elle tend sa main gauche vers son sac à main. Ouvre la fermeture éclaire. Attrape hâtivement un Lysanxia. Demain, tout ça appartiendra au passé. Ses paupières se baissent. Le canapé rouge n’est déjà plus.

Bip-bip, bip. Petit matin, 7h15, heure d’été. Sur le canapé rouge, une dépouille git. Elle ouvre un œil. Puis le second. Se lève péniblement. Se dirige d’un pas lourd vers la salle de bain. Fixe un instant le miroir qui lui fait face, vite détourne le regard. Travestit son visage pour cette nouvelle journée. Toujours ce miroir. Une larme s’échappe. Rimmel coulé. Elle s’élance en ce quotidien digéré.

Même joueur joue encore.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

21 octobre 2014

La même histoire

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieL’histoire a commencé comme ça. Comme toutes ces mêmes histoires. Toutes ces histoires dont ils revendiquent l’unicité, alors qu’elles ne sont jamais que la même. Qui tourne en boucle. Avec ce même refrain, avec ce goût amer de Jamais plus que l’écho étouffera. L’histoire a commencé comme ça – donc – avec ces deux cœurs qui battent un peu trop fort, ces regards qui s’évitent, et puis s’effleurent, se pénètrent, avec ces corps qui se rapprochent un peu trop faux, ces mots qui glissent, piquent, réchauffent enfin.

 Il y avait lui. Il y avait elle. Il y avait eux. Les mêmes, il y a trois ans. Ils étaient faits l’un pour l’autre. Il était l’homme de sa vie. Elle était la princesse de ses mille et une nuits. Ils faisaient l’amour un peu trop fort. Ils chantaient l’amour un peu trop faux. Et le monde tournait autour de leur nombril. Je t’aime ! L’histoire a commencé comme ça. Avec des shabadabadas. Avec des chamallows, des pommes d’amour et un peu de barbe à papa. Sur un rythme toujours trop mou de Reality de Richard Sanderson. L’histoire a commencé comme ça. En trop. Trop peu, aussi. Avec passion. Avec parcimonie. Avec elle. Avec lui.

 Mais le temps qui passe, le quotidien qui s’installe, les preuves de n’importe quoi qui s’accumulent, éloignent toujours même les plus téméraires des amants. Aimer, un combat de tous les jours. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, il y a deux ans, a exploré d’autres contrées. Plus blondes. Plus minces. Plus rieuses. Plus niaises, aussi. Elle, il y a deux ans, a posé sur son visage des œillères et un masque au large sourire dévoué. Demain, demain encore chantera.

 Mais le temps qui file, le quotidien qui oppresse, les preuves qui alimentent la haine au détriment de l’amour éloignent toujours plus les amants des premiers jours. Aimer, un combat voué à l’échec. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, depuis un an, mène une double vie avec une autre princesse. Une princesse qui grogne un peu moins à cause de ses affaires qui traînent. Une princesse qui jouit de l’attention qu’il daigne encore lui accorder. Une princesse un peu plus légère. Elle, depuis un an, a fait tomber le masque. Et a choisi de faire un pas en arrière, en cette valse à trois temps. Elle est déjà loin lorsqu’il l’imagine encore déjà trop là, juste derrière lui.

 Mais le temps qui galope, le quotidien qui retient, les preuves qui rendent fou avant l’heure éloignent pour toujours les amants d’hier. Aimer, un combat qui n’aura jamais plus de raison d’être. Entre lui et elle. Entre eux. Depuis ce il y a trois ans, depuis ces shabadabadas, et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Lui, aujourd’hui, dort sur le canapé, loin du lit conjugal comme son esprit s’éloigne des rêves conjugaux, dans les bras de l’autre aux yeux bleus océan, à la chevelure blé, et au sourire contagieux. Elle ne ferme même plus le premier œil dans ce lit conjugal aux songes mille fois trop grands, aux songes mort-nés, et rêve éveillée de contrées vastes à souhait. De contrées-paradis. De belles histoires, de contes de fées. Comme avant.

 Comme avant. Il y a trois ans de ça. Quand il y avait encore un lui. Encore une elle. Des shabadabadas, des chamallows, des pommes d’amour, un peu de barbe à papa et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Ces histoires de contes de fées que l’on raconte aux petites filles pour les endormir. Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Mais aujourd’hui n’a plus rien de comme avant. Et son prince charmant, lui, s’est tiré depuis longtemps. Sans s’en apercevoir. Elle a pris ses distances depuis longtemps aussi, sans qu’il s’en aperçoive. Pour ne plus souffrir, enfin, de ce manque d’attention. De ce manque de tout. De ce manque de rien. De ce manque de prince charmant. De marmots à tire-larigot. Et ils vécurent heureux et… merde.

 Demain, le monde ira mieux. Lorsque la même histoire cessera enfin de se répéter. Avec ses cœurs quichat qui louche maykan alain gagnon francophonie battent la chamade. Avec ses ils vécurent heureux, avec ses et eurent beaucoup d’enfants. Avec ses shabadabadas, ses chamallows, ses pommes d’amour, ses barbes à papa et autres sornettes qui font papillonner les premiers jours et chanter les lendemains ensoleillés. Demain lorsque, enfin, il/elle/eux se réveillera(ont).

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

23 septembre 2014

La fuite

 chat qui louche maykan maykan2 alain gagnonTu voudrais être partout. Partout, sauf ici. Ici où il y a beaucoup trop de bruit. Ce brouhaha indigeste te pénètre déjà par tous les pores. Des cris. Des insultes. Des menaces. Des hurlements sourds. Et surtout. Surtout. Des silences trop lourds. Et trop criards, aussi.

Petit déjà, tu ne supportais pas les conflits. Aujourd’hui, un peu moins petit, la même scène se déroule inlassablement sous tes yeux. Sans que tu ne puisses jamais en modifier le moindre fragment. À ceci près que ce ne sont plus tes parents qui hurlent, s’empoignent, se cognent dans le grand couloir. Non. C’est vous. Toi et ta femme. Dans l’étroit cagibi. Te voilà planqué sous l’étagère peuplée de boîtes de conserve en tous genres, alors qu’à la porte, de son regard révolver s’échappe une détonation sourde. Pan. Pan ?!

Et tu la distingues, de ton bunker, gesticuler en tous sens. Taper partout. Contre la porte. Contre le mur. Contre le vent. Et tu perçois, au loin, l’écho de bribes de tentatives de communication belliqueuse. Partir. Fatigue. Douleur. Connard, aussi. Qui s’époumone. Se tait. Puis reprend, de plus belle, son chant piquant. Ne réponds pas, surtout !

Non. Tu ne répondras pas. Peut-être même n’es-tu déjà plus là. Si tu as un jour été là, d’ailleurs. Spectateur de ces scènes obscènes. S’ils savaient. Ceux-là qui se succèdent sur ces mêmes planches. Ceux-là qui se succèdent dans le temps. Comme tu aimerais déjà leur jeter les tomates qui pourrissent dans tes poches depuis trop longtemps. Comme tu aimerais les huer, du haut de ton siège en papier mâché. Comme tu aimerais n’avoir jamais été là. Comme tu n’as jamais été là, en réalité. Réalité et rêves se confondent soudain.

Et déjà, tu n’es plus là. Non. Absorbé par un ciel trop lourd et quelques conserves oubliées, tu t’engendreschat qui louche maykan maykan2 alain gagnon nuage, haricot, pluie, maïs, soleil, champignon, tonnerre, épinard, giboulée, petit pois, et cætera. Et déjà, la réalité s’enfuit. Oui. Et sur ceux. Sur celle. Qui crient. Qui crient. Qui s’époumonent dans le grand couloir, l’étroit cagibi. Le ciel grogne. Et l’étagère s’affole. Une ondée. Un ouragan. Un tremblement de terre. Et le monde, pour tous, s’arrêtera un instant quand ils te distingueront, impuissants, sourdre de ce ciel trop lourd, de toutes ces boîtes de conserve entassées sur l’étagère du cagibi.

 Notice biographique

Chat Qui Louche maykan maykan2 alain gagnonMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

26 août 2014

Le super héro

Dehors, il y a le monde qui défile à vitesse grand V. Au rythme effréné de l’aiguille du cadran. Et cette foule qui s’yJusticeLeague emmêle harmonieusement, à peine essoufflée. Dedans, de l’autre côté du carreau embué, il y a Nicolas. Nicolas qui ne sait plus très bien. Si c’est le monde qui va trop vite. Ou si c’est lui qui est trop lent. A ne jamais pouvoir s’y emmêler à son tour, comme cette foule qui ondule en tous sens. Cette foule enchantée aux cinq sens un peu trop sages.

Les siens, de sens, ne jaillissent jamais qu’avec rage. Une rage féroce. Une rage de vivre. Qui ne lui laisse aucun répit. Jamais. Comme si le monde résonnait en lui par un amplificateur mal réglé, Nicolas ne ressent plus les choses qu’avec excès. Il a vécu mille fins du monde. Des tremblements de terre. Des ouragans. Des tsunamis. A touché du bout des doigts le soleil. À s’y brûler les ailes, toujours. A décroché la lune mille et une fois. Il voit/entend/sent ce que personne ne verra/entendra/sentira jamais. La silhouette qui disparaît contre l’horizon. Le mot jamais dit. Le parfum désuet. Alors parfois, Nicolas a l’impression de devenir fou en ce monde aseptisé qui ne sait ressentir.

Dans la rue, les passants le montrent de l’index. Celui qui ne rit que trop fort. Celui qui ne pleure qu’à grandes eaux. Celui qui s’enflamme un peu trop. Celui qui s’enferme bien trop tôt. Dans la rue, comme il aimerait brandir le majeur. À ceux-là qui le montrent du doigt, et ne vivent qu’à moitié. Avec leur vue/toucher/ouïe/goût/odorat au rabais. Avec leur monde qui traîne les pieds. S’ils savaient, ces demis-là, cet insatiable théâtre qui se joue en lui, au bord de leurs rues. Ce grand huit perpétuel qui le balance de haut en bas. De gauche à droite. Qui tantôt le porte. Au plus haut. Ce haut qu’ils ne sauront jamais atteindre. Qui tantôt l’enfonce. Au plus bas. Ce bas où ils ne s’écraseront pas.

Ce bas qu’il rejoint à chaque doigt qui vient s’écraser contre lui. Chaque doigt qui ne rejoint pas sa fête intérieure. Chaque doigt qui ne perce pas sa bulle maussade. Chaque, ou presque. En réalité, les doigts des quidams de passage ne lui importent plus. Ou si peu. Mais ce matin, c’est son doigt à Elle qu’il a vu pointer en sa direction. Quand, porté par son indicible monde, la bouche de Nicolas a malencontreusement laissé s’échapper un mot. Un mot un peu trop lourd. De sens. De sens en rage. Un mot qui pesait depuis trop longtemps sur ses frêles épaules. Ce mot jamais dit, ni même deviné par ce monde à la cataracte exacerbée. Ce mot qu’il avait choisi de libérer enfin, dans le creux de ses bras, à Elle. Parce ce qu’Elle n’était pas de ces demis-là, aveugles et sourds. Et depuis quelques mois qu’ils en échangeaient, des mots, il lui semblait qu’Elle pouvait enfin entrer dans sa ronde. Cette ronde jamais partagée. Avec quiconque. Mais, ce mot-là est venu s’écraser contre le macadam froid. Sans autre écho qu’un rire éphémère. Son rire à Elle, qui pointait du doigt ce mot-là.

Alors, à cet instant, Nicolas a encore déployé sa coquille, dont il s’était délesté un instant. Un fragile instant. Elle n’a pas compris. Ni sa mine défaite. Ni ses larmes retenues qui débordaient pourtant déjà. Ni cette colère qui semblait jaillir de nulle part. Ni ces autres mots, violents, eux, qui ont suivi. Je ne veux plus jamais te voir. A hurlé Nicolas. Alors, Elle est restée là, sur le macadam froid. Avec ce premier mot qui avait semé le trouble en lui, entre eux deux. À le regarder s’éloigner soudain, sans comprendre ce qui avait bien pu se passer. Entre le moment où ses yeux pétillaient encore et celui où ils étaient devenus noirs et rouges à la fois. Et Nicolas s’est laissé porté par ses deux jambes sans savoir où. Droit devant. Loin. Loin d’Elle à qui il avait ouvert sa bulle un instant. Elle qui l’avait fait éclater par ce rire inopportun. Elle qu’il détestait à présent. Elle qui lui manquait pourtant déjà.

Dehors, il y a le monde qui défile à vitesse grand V. Au rythme effréné de l’aiguille du cadran. Et cette foule qui s’y emmêle harmonieusement, à peine essoufflée. Dedans, de l’autre côté du carreau embué, il y a Nicolas. Nicolas qui oscille sur le fil de sa vie. Qui ne sait plus très bien. S’il doit encore retenir sa main qui ne demande qu’à saisir le téléphone. S’il doit encore retenir sa bouche qui ne demande qu’à crier Pardon, reviens ! S’il doit tirer un trait définitif sur cette Traîtresse qui fait déjà beaucoup trop partie de sa vie. Sur cette Déesse dont il distingue les traits partout. Sur son plafond. Sur les lames du plancher. Sur cette toile jadis vierge où il déverse sa haine et son amour. Sa tristesse. Sa félicité. Son angoisse. Sa sérénité. Sa force et sa faiblesse.

Toc. Toc. Toc. Trois Tocs viennent déranger Nicolas perdu en son labyrinthe intérieur. Sa rage dissimulée qui remue son intérieur. Son cœur. Ses poumons. Sa tête. Son foie. Nicolas est fou. Fol amoureux. Fou furieux. Et tellement seul, avec pour seule compagnie cette sourde folie. Qui le force à envoyer valser tout ce qui pourrait rappeler sa Belle dans sa chambre exiguë. Des photos. Des lettres. Des trucs sans importance empreints pourtant de tout. Qui fait jaillir enfin toutes ces larmes retenues en un torrent enragé. Qui le fait se tordre en une douleur infinie sur le bord du lit.

004-hotel-radisson-enfant-bulle1Toc. Toc. Toc.

Oui ?!

—   Nico, je peux rentrer ?

—   Qu’est-ce que tu veux, Ben ?

—   C’est papa, il m’a dit de te dire que le manger est prêt.

—   J’arrive.

—   Tu pleures ? Ça va pas, Nico ?

—   Si, si, ça va. T’inquiète pas p’tit frère.

—   J’aime pas quand t’es comme ça. Tu veux un câlin tout doux comme faisait maman ?

—   Ça va aller. Il paraît que c’est une question d’hypersensibilité.

—   Hyper quoi ?

—  Hypersensibilité. Tu vois, c’est un peu comme si j’avais des super pouvoirs qui me font sentir un peu trop les choses. Et parfois, ça remue un peu trop, voilà tout.

—   Ah, mais c’est génial ! T’es un super héros alors !

Nicolas esquisse un sourire. Super héros, ce n’est peut-être pas si mal, après tout.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

2 juin 2014

Laisser une trace

 Un dimanche après-midi. Au square des Souvenirs. Un banc. Un banc qui tombe nez à nez avec toi. À 2277852297_small_2vive allure, qu’il arrivait ce banc-là. À croire qu’il n’attendait que toi. Sur ce banc, une inscription gravée : Marie + Antoine = <3. Tu te souviens. De cet après-midi-là. Cet après-midi, lors duquel, Marie et toi avez rejoint ce banc-là. C’était. Pfiou. Il y a peut-être trente ans de ça. Vous étiez jeunes. Vous étiez beaux. Vous étiez amoureux. Vous aviez le monde à vos pieds et l’amour pour ailes. Vous n’aviez jamais eu telle certitude que celle des sentiments que vous éprouviez l’un pour l’autre. Et, comme pour prouver à votre vous de demain que vous ne rêviez pas, que ça a bel et bien existé, vous aviez pris un petit canif pour graver ces quelques mots sur ce banc-là. Marie + Antoine = <3. Juste après, vous aviez fait l’amour, comme pour graver cet instant en harmonie avec le monde en vous, à jamais.

 C’était il y a trente ans. Depuis, la vie t’a porté vers d’autres chemins. Loin de Marie. Loin de cet amour absolu que vous vouliez hurler au monde entier. Que vous aviez gravé sur ce banc-là. Pour laisser une trace. De toi. D’elle. De vous. De cet amour qui semblait promis à l’éternité. Laisser une trace. Pour prouver au monde que tu, elle, vous aviez existé. Un jour. Tu esquisses une moue, malgré toi. C’est fou. Comme hier le monde t’appartenait encore. C’est fou comme aujourd’hui demain n’est même plus certain de pouvoir t’accueillir. Qu’auras-tu laissé comme trace en ce monde, quand la grande faucheuse t’emportera, hormis cette gravure gauche à laquelle jamais personne ne prêtera réellement attention ? Qu’as-tu fait au cours de ces trente dernières années pour que le monde, demain, puisse se souvenir de toi ? Demain, le monde tournera sans toi. Est-ce que tout ça n’aura servi à rien ?

 Durant ces trente dernières années, finalement, tu n’as jamais pris conscience de l’urgence de vivre. D’être, de faire quelque chose de tes maigres doigts. Tu t’es laissé bouffer par un quotidien qui a pris le pas sur tes envies. Études. Boulot. Vie de couple. Famille. Quotidien. Divorce. Solitude. Boulot. Boulot. Boulot. Tout s’est enchaîné si vite. Si conformément à ce que le monde attendait de toi. Sans que jamais tu ne puisses élever la voix pour crier ce Je veux ! Tu croyais vouloir tout ça, parce qu’on a voulu te le faire croire. Te faire croire que ceux qui n’en avaient pas envie sortaient du droit chemin. Tu ne voulais pas sortir du droit chemin. Pas te faire remarquer. Pas te faire pointer du doigt. Alors, tu as suivi. La queue du troupeau. Qui, elle-même, suivait le troupeau originel. Tu as fait les études que ton père voulait que tu fasses. Tu n’as trouvé qu’un boulot en usine, malgré ton niveau d’études, parce que chômage, crise, et bla bla bla. Tu as épousé une femme que tu n’as jamais vraiment aimée, pour ne pas briser ses rêves de petite fille. Tu as eu des enfants pour tenter de recoller les morceaux avec celle que tu avais déjà quittée depuis longtemps. Tu as vécu. Survécu. Sans jamais. Non jamais. Vibrer. Tout s’est enchaîné si vite. Jusqu’à aujourd’hui.

 Toi, ce dont tu aurais eu envie. Envie, vraiment. C’est autre chose. Un autre chemin. D’autres rencontres. D’autres aventures. Qui auraient fait trembler ta vie. Jouir. Souffrir. Exister aux yeux du monde. Au lieu de passer furtivement, sans le moindre faux pas. Tu aurais aimé être chanteur. Écrire, composer tes chansons. Tu les aurais balancées à l’oreille des passants le long d’une rue, dans un bar. Pour crier ta vérité, sur ton chemin non clouté. Tu aurais aimé parcourir le monde. Découvrir, te fondre en mille cultures. Pour te nourrir réellement. De richesses que le quotidien ne saura jamais offrir. Rencontrer des gens. Encore. Toujours. Au lieu de croiser, chaque jour, les mêmes têtes que tu ne peux plus voir en peinture. Avec la même rancœur pour repère. Tu aurais voulu bousculer ces repères. Quotidien. Habitudes. Métro. Boulot. Dodo. Dodo. Dodo. Zzzzzzzzzzz. Les bousculer. Les envoyer en l’air. Prendre le premier train. Vers nulle part. Vers ailleurs. Où l’herbe est forcément plus verte. Mais il y avait tes joyaux, depuis bientôt dix ans.

 Tes joyaux, ces deux petites pépites de ta vie qui l’enchantent depuis leur arrivée : Samuel et Jack. Tes deux petits d’homme. À toi. À l’origine pansements d’un couple à la dérive, ils ont finalement transcendé ta vie. Ils sont devenus ta raison d’être, pour la vie. Ta force, ton envie. Et, depuis la première fois de ta vie, à leur arrivée, tu as cessé enfin de subir. Subir une vie dont tu ne voulais pas. Ils étaient là. Tu étais père. Et, même si tu n’as pu, au cours de ces trente dernières années, crier au monde entier ce Je veux ! Tu sais qu’ils seront, demain, la plus belle trace de ton passage en ce monde éphémère. Qu’ils sauront, demain, esquisser au monde tes traits tels qu’ils étaient réellement, derrière ce masque du quotidien, de l’habitude, du dégoût. Alors, non, tu n’auras jamais hurlé au monde, aux passants, tes mots vrais portés par une mélodie envoûtante. Non, tu n’auras jamais parcouru ni découvert tous ses visages. Mais aujourd’hui, tu sais. Que tes mots. Tes mots enfouis seront portés par tes deux bonshommes qui ont bousculé ta vie. Que leur regard est déjà loin. Vers cet ailleurs, ces autres visages. L’éternité, c’est eux. Tes deux bouts de chou déjà trop grands.

 Traces-de-pas-sur-le-sable-Flickr-GravitywaveUn dimanche après-midi. Dans le square des Souvenirs. Devant ce banc-là. Tu esquisses un sourire. Tu plonges la main dans la poche de ton grand imperméable gris pour en sortir un petit canif. À la pointe du canif, tu laisses au monde une nouvelle trace. Un Sam et Jack, je vous aime. Papa. Une trace qu’ils trouveront peut-être un jour sur leur chemin. Une trace sur laquelle le monde, un jour, posera peut-être les yeux. Soudain, la toux à nouveau te prend. Tu sors un mouchoir. Sur lequel s’imprime un peu, beaucoup, de sang. Il est l’heure. L’hôpital t’attend. Demain ne sera peut-être pas. Mais s’il est, c’est certain, tu seras là, posté devant ta fenêtre, pour assister au réveil de ce monde. Avant qu’il ne puisse assister à ton sommeil éternel. Aujourd’hui, plus que jamais, tu croques la vie à pleines dents. Pour laisser une trace. Ne serait-ce qu’une infime trace de ton passage ici. Demain, Sam et Jack seront là. Et tu as tellement de choses à leur dire avant. Avant de t’endormir. Pour l’éternité.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

19 mai 2014

Le cauchemar

 images (1)Trois heures quinze, petit matin. Deux petites billes percent l’obscurité. Soudainement. Un corps se redresse. Violemment. Envoyant valser au passage une petite tribu nocturne. Un ours à l’oreille morcelée. Un castor égratigné. Un éléphant mauve. Et quelques poupées de chiffon. Le souffle haletant, les mains d’Émilie attrapent fébrilement sa tête comme pour tenter d’y remettre un peu d’ordre et calmer ses angoisses. Mais aucun fluide magique n’en sort, jamais. Et, comme toutes les nuits, celle-ci s’annonce longue et beaucoup trop noire…

 Chaque nuit, la même scène qui se répète inlassablement. Comme un mauvais scénario qui ne trouverait jamais sa fin. À trois heures quinze, toujours, Émilie se réveille en sursaut, émergeant en une réalité marquée par cet horrible cauchemar. Toujours le même. Elle prend une douche dans les vestiaires d’un gymnase. D’abord, un fin filet d’eau s’écoule du pommeau, coulant le long de son corps. Effleurant chaque sinuosité de son anatomie, délicatement, la couvrant de frissons. Puis, soudain, l’eau se met à couler fort, encore plus fort, creusant chaque parcelle de son corps. Alors elle redevient cette petite fille à la fragilité exacerbée, derrière cette ondée déchaînée. Elle a peur. Elle court. Pour échapper à ce sadique pommeau. Pour laisser derrière elle cette petite fille fragile. Mais le pommeau la suit, crachant du sang. Elle tombe à terre et sa tête vient cogner contre le sol. Un peu de son sang se mélange à celui qui inonde désormais le vestiaire. Du sang dedans. Du sang dehors. Elle rouvre un œil et, devant elle, distingue presque le visage de ce pommeau qui fonce droit sur elle. Et, à chaque fois, elle se réveille à ce moment-là. Blême, affolée, horrifiée par ce qu’elle vient de vivre. Encore. Sans jamais parvenir à en comprendre le sens. La seule chose qu’elle sait, malheureusement, c’est qu’à partir de trois heures quinze, elle ne parvient jamais plus à fermer l’œil.

 Alors, mécaniquement, elle répète les mêmes gestes de ses petits matins. Elle presse sur l’interrupteur. Fait son lit. Y redépose sa petite tribu. Fait couler un café. Ouvre le volet du salon. Se poste devant la fenêtre. Allume une cigarette. Et contemple la forêt qui lui fait face. Dehors, il fait encore nuit. Chez elle, toutes les ampoules sont allumées, comme pour faire fuir ces ténèbres qui l’enclavent. Cela fait des années que ça dure. Le vestiaire. Le pommeau. Le sang. Des années qu’elle se réveille en sursaut. Des années qu’elle fixe l’aiguille du cadran qui avance au ralenti entre trois heures quinze et six heures, petit matin. Des années qu’elle angoisse à l’idée d’aller sous la douche. Des années qu’elle se sent prisonnière de sa propre vie. Elle avait déjà songé à changer tout ça. Aller voir un psychologue, peut-être. Pour l’aider à comprendre ce qui avait bien pu se passer dans sa vie pour que ce cauchemar qu’elle ne comprend pas la réveille ainsi chaque nuit. Mais jamais elle n’avait franchi le pas. Au fond, ce qu’elle aurait pu découvrir lui faisait peut-être bien plus peur que l’inconnu. La violence de ce cauchemar ne présageait rien de bon, et le fait que sa mémoire ait décidé d’occulter un pan de sa vie la terrifiait.

 Quelques cafés et cigarettes plus tard, alors que son réveil – qu’elle n’a jamais songé à désactiver – se imagesmet à retentir dans son petit appartement, Émilie se dirige, fébrile, en direction de la salle de bain. Elle ôte ses vêtements et fait couler, doucement, l’eau du pommeau de la douche. Une hésitation. Elle entre finalement, laissant l’eau glisser le long de son corps un instant, un instant seulement. Elle se sèche. Enfile rapidement des collants et une robe. Peigne ses longs cheveux. Jette un coup d’œil contre le miroir. Esquisse une moue. Revêt son masque. Et descend dans la rue. Armée d’un sourire ajusté. Drapée d’émotions mille fois trop grandes.

Notice biographique

Myriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

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