La magie des mots, par Francesca Tremblay…

17 mai 2017

 Lune Bleue

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes branches des arbres ballottées par le vent se débarrassaient de leur plumage aux couleurs de l’automne. Il neigeait des feuilles mortes sur tous les sentiers, souches et rochers de cette ancienne forêt. Une courtepointe embrasée réchaufferait leurs racines avant que la blanche cape de l’hiver ne les ait recouvertes en entier.

J’avais suivi le même sentier qui cheminait dans la sombre forêt sauvage, cette nuit où j’avais croisé ta route la première fois. Lorsque j’avais aperçu la bête, mon cœur, ce petit oiseau, avait sursauté dans sa cage. Te revoir était mon souhait. Une demande toute spéciale faite aux étoiles qui, ce soir-là, scintillaient dans le noir rideau de la nuit. C’était un soir de lune bleue, et le bruit mouillé des feuilles étouffait mes pas incertains. Je guettais donc chaque ombre, chaque arbre pour voir si tu en resurgirais, le cœur un peu affolé au moindre croassement rauque des corneilles absentes. Et tu me surpris encore. Belle louve noire aux crocs d’ivoires. Pattes de velours dont la silhouette se dessinait au détour du chemin.

Tu avais flairé mes fragrances au-delà des parfums de la ville. J’étais la proie. Fascinée par ce regard bleu acier, sans pitié. Un long hurlement déchira les ténèbres qui nous entouraient et je fus inquiète. Inquiète de tomber dans ta gueule affamée. Tes yeux comme des lunes voilées de brume, j’étais là, à t’aimer, puis à espérer que nous serions un jour réunies. J’étais envoûtée par ce que j’avais vu, cette nuit-là, près de la rivière.

Qu’attendais-tu de moi ? Qu’à mon tour je me fasse louve ? Que je sois comme ceux avec qui dans les bois tu courais ? J’étais celle qui t’enlèverait ta liberté. Savais-tu que j’étais celle qui te ferait mourir par sa magie ? Ton museau dans mon cou, un souffle chaud sur ma peau. Mes doigts palpaient ta fourrure luisante comme le jais. Ils glissaient et la pétrissaient.

Tu fis quelques pas en arrière et tu dissimulas l’animal en toi. Les griffes devinrent des ongles et la créature recouverte d’une noire fourrure devint alors le corps gracieux d’une femme svelte et grande. Se dissémina, dès lors, la partie de toi qui se nourrissait de chair et de sang. Ta peau basanée et tes yeux dangereux me firent tressaillir. Tu revins vers moi, si émue. Ta démarche souple et désinvolte faisait bondir tes seins nus. Ne pas soutenir ton regard était sacrilège. Un sourire en coin s’esquissa sur tes exquises lèvres. Tes longs cheveux aile de corbeau tombaient en cascade dans ton dos, caressant la chute de tes reins. Tu fonçais tête baissée vers ta mort. Une mort tremblante et terrifiée.

J’étais celle qui te ferait perdre ta magie, en avais-tu seulement conscience ? Le souvenir de l’eau caressant ton corps me fit oublier les mots.

Un doigt se déposa sur mes lèvres. « Embrasse-moi ». Je voulais que tu m’étreignes avec vigueur afin chat qui louche maykan alain gagnon francophonied’oublier qui j’étais.

Nous avions fait de la nuit un éternel rêve que l’on vit. Un amour que je chérissais avec avidité. Tant que tu étais à mes côtés, la vie avait un sens. Car dès la seconde où nos regards s’étaient croisés, je sentis qu’enfin, je pourrais aimer… de nouveau.

Ta bouche sur la mienne, mon cœur avait prié pour te garder. Qu’était-ce la fin du monde, quand notre amour commençait enfin ? Au contact de ton corps brûlant contre le mien, le temps s’était figé, ébahi de notre cran. Et l’aura bleue de cette lune fit poésie de cet instant.

Francesca Tremblay

NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

24 avril 2017

Blessures de l’enfance

Je te déteste.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Je veux faire sortir cette boule dans la gorge, mais je ne réussis pas.  Les hommes ne versent pas de larmes.  Elle grossit à mesure que je retiens mes sanglots.  Je me noierai si je continue et pourtant, je persiste à me la fermer.  Je m’en veux de ne pas réussir.  Je t’en veux de me retenir.

Je te déteste.

Toutes ces fois où tes silences ont fait saigner mes attentes.  Où tes mains ont volé vers mes joues si tendres.  Ces mains qui se resserraient sur mon poignet comme un étau.  Toutes ces fois, je m’en souviens parce que tu les écrivais sur les murs à coup de point final.  Tu écrasais mon ombre trop petite pour me défendre.

Les genoux meurtris par des prières silencieuses pour un Bon Dieu quelque part au-delà du plafond de ma chambre.  Au-delà des tuiles mille fois comptées.  Les camisoles blanches tachées de sueur.  Mes draps, souillés de peur.  Je me cachais sous le lit pour être protégé parmi les monstres.  Tu criais après le chien que j’étais et je cédais.  Ma saleté rebutait mes amis et leurs regards lourds de mépris me faisaient mal.  Ma différence, je la payais cher.  Les bancs d’école ont connu mes tremblements, mes soubresauts lorsque l’enseignant m’appelait et mes retards ont servi plus que de raison à faire de moi le cancre de la classe.  J’y ai cru longtemps.  Mais ce n’était rien.  Tout était moins mauvais que ce qui m’attendait, le reste du temps.  Je débarquais de l’autobus où j’avais peiné à me frayer un chemin à travers les jambettes et les surnoms.  Et j’empruntais le sentier de gravelle qui menait jusqu’à chez moi.  Je jetais un coup d’œil à cette vieille automobile rouillée dans le champ et je l’enviais.  Elle pouvait survivre dehors et pas moi.

Je me souviens encore des larmes versées en vain, des « Je t’aime » criés dans le noir de ma chambre.  Je voulais que tu meures.  Je voulais que tu m’aimes.  « Tu ne seras jamais un homme ! » que tu crachais entre tes dents avant de me frapper derrière la tête.  Un bruit sec sur mes cheveux en bataille.  J’enfouissais cette tête lourde dans mes épaules et je retenais mes gémissements.  Et jamais je ne le suis devenu, cet homme.  Je mouille encore mon lit quand je fais ces rêves qui me ramènent à la maison.  Je suis pris entre ces murs barbouillés par la pauvreté.  La fenêtre de ma chambre ne s’ouvre pas et je t’entends en sourdine railler au rez-de-chaussée.  Maman ne parle pas.  Elle n’a jamais pu dire quoi que ce soit.  Je sais que c’est le tonnerre qui gronde au loin, mais que la tempête approche.  Et là, j’entends tes hurlements poussés par l’alcool qui te grise.  Qui te dévore le foie.  Mon nom est un blasphème pour moi.  Je veux mourir !  Je ne peux même pas fuir.  Je n’ai nulle part où aller.  Ni refuge pour me réconforter.  Je vois ton ombre sous la porte et je me recroqueville dans un coin, les bras autour de mes genoux.  Je tremble comme une feuille.  Je suis foutu.  Tu vas me foutre une sale raclée.  La porte s’ouvre toute seule parce qu’elle n’a jamais eu de poignée et ta silhouette noire se découpe dans la lumière du couloir.

Arrête !  Ne fais pas ça.  Je t’aime, papa !

Et je me réveille couvert de sueur.  De l’air !

Je ne serai jamais assez fort pour me battre contre ce souvenir de toi.  Je crie dans l’oreiller pour étouffer ma peine.  Je suffoque presque.  Ce sanglot m’étrangle.  Même éveillé, je cherche l’air pour respirer.  Tu m’as brisé, papa.  Tu m’as brisé.  Mais être un homme, ce n’est pas être quelqu’un comme toi.  Être un homme c’est serrer dans ses bras l’enfant que j’étais et le rassurer que les éclairs pendant la tempête ne lui feront pas de mal.  C’est aussi de trouver à la vie une raison de dire merci et d’aider cet enfant à en faire autant.  J’aurais tellement aimé que tu sois cet homme, papa.  Mais même le temps ne peut pas tout effacer.  Les blessures s’ouvrent et chaque fois, se déversent sur les fragments de mes souvenirs comme des coulées de lave en fusion, effaçant les espoirs d’une vie qui aurait pu être autrement

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Essentia, un texte de Francesca Tremblay…

17 février 2017

Essentia

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 Le printemps resurgissait enfin et faisait fondre les grandes figures froides des montagnes gelées.  À leurs pieds, il y avait la forêt du premier jour dans laquelle errait le Grand Cerf blanc.

Ce vieil esprit des bois, dont l’immense panache givré se fondait avec les branches nues des arbres, progressait dans l’immensité endormie.  Et aussitôt passé, l’humus creusé par ses sabots nacrés se transformait en un sentier fécond.  Comme il avait coutume de le faire depuis des millénaires, il traversa l’amont de la rivière gonflée par la gaieté des saisons hâtives et ses sabots s’enfoncèrent dans la terre spongieuse d’où suintaient les eaux des hauts monts glacés.  Puis, il s’arrêta.  Il lécha son museau pour rafraîchir les effluves de la saison qui naissait.  Il brama sous les branches d’un chêne et son souffle chaud se sublima en une buée diaphane, qui s’éleva vers les rayons d’un soleil encore farouche.  Le moment était venu.  Mû par un irrépressible instinct, il pencha sa tête et du bout de ses longs bois majestueux, il toucha la surface d’un tumulus.  À ce contact, une onde flamboyante déferla dans tous les lieux de la forêt, soufflant tout sur son passage.  Les oiseaux et le vent dans les branches se turent.

L’esprit de la forêt releva la tête et recula quelque peu.  Le monticule de terre trembla et se souleva lentement.  Péniblement, une main s’agrippa aux ronces, tandis qu’une autre s’accrocha aux herbes naissantes pour s’extirper de l’endroit.  Sous la terre humide apparut un visage et des animaux curieux s’attroupèrent près d’eux.  Les épaules dégagées, la créature put enfin trouver une prise ferme pour s’extraire de la cavité boueuse.  Le roi de la forêt s’inclina devant celle, qui avec peine, se tenait debout.  Fragile, elle respira hâtivement l’air frais et poussa un hurlement si fort que la terre en trembla.  La peur, le froid et la douleur d’être sortie d’un sein en lequel tout était si douillet la poussa à crier de nouveau.  Et les larmes coulèrent de ses yeux verts aux reflets bleus.  Celles-ci glissaient sur ses joues tâchées de terre et de rousseur, y creusant de blancs sillages.  Abasourdie, elle regarda le ciel et la lumière du soleil l’éblouit.  Elle tourna son regard vers le Cerf qui la contemplait.  Renards et lièvres, loups et corbeaux avaient entendu la rumeur.  Le vent du nord murmura son nom : « Essentia ! »

Le roi Cerf s’approcha et lécha ce visage ruisselant de larmes.  Un duvet de plumes marron sur son dos voltigeait à la moindre brise.  Se trouvaient sur sa tête deux cornes brunes torsadées et sa chevelure rousse humide encadrait un visage aux lèvres fines et vermeilles.  Les animaux n’avaient pas coutume d’apercevoir un être aussi étrange.  La nature s’éveilla promptement.  Tandis que les bourgeons éclosaient, les arbres explosèrent de vert.  Les têtes des fougères se déroulèrent frénétiquement et étendirent leurs longues mains dont les paumes se tournèrent vers le ciel bleu.  Les arbres au duveteux manteau de mousse entendaient les oiseaux qui chantaient de plus belle et l’eau de la rivière cavalait fervemment, contournant les noirs rochers aux dessins de spirales ancestrales.

Celui qui avait touché la terre de ses bois ensorcelés continua sa route et fit une halte à la rivière.  Elle le suivit et plaqua son corps contre le sien si chaud.  Il s’abreuva et elle hésita quelque peu avant de faire de même, buvant par la suite fiévreusement l’eau sacrée.  Il l’invita à le suivre de nouveau.  Elle s’agrippa à son cou et grimpa sur son dos.  Le cervidé au pelage blême l’amena au pied de la montagne de l’aigle et s’arrêta devant l’entrée d’une caverne.  Un autre comme elle les attendait.  Celui-là était né avant que l’hiver n’endorme même les cœurs des rochers, pendant le long automne aux flancs saignants.

Lorsque ses yeux plongèrent dans les siens, Essentia sentit croître en elle une irrésistible envie de savoir.  Le désir de connaître, d’apprendre, de partager et les petites plumes sur son dos poussèrent vivement et devinrent des ailes immenses qui se déployèrent.  Celui qui l’observait lui tendit une main.  Elle répondit à l’appel et au contact de sa main dans la sienne, l’étroit sentier dans le flanc de la montagne s’ouvrit devant eux.  Le roi Cerf savait qu’au bout de cette voie, il y avait un sommet duquel ils s’envoleraient tous deux.  D’autres saisons viendraient, et avec elles naîtraient d’autres comme elle.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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Les arracheurs de rêves, par Francesca Tremblay…

13 octobre 2016

Les arracheurs de rêvesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

 Ils avaient des dents aiguisées et des mains aux longs doigts effilés qui se terminaient par d’abominables ongles noirs et acérés. Ils plongeaient dans les esprits pour nous prendre ce qui nous constituait. Après qu’ils soient passés, nul ne survivait, disait-on, car ils repartaient avec ce qui restait des consciences libres et heureuses. Ils sortaient de sous le lit, comme une ombre malfaisante, prête à étouffer le bien qui veillait en chaque enfant que nous étions, en chaque homme et femme que nous voulions devenir.

Ils voulaient nous faire croire que nous étions faibles et pauvres. Mais si nous l’étions, nous ne l’étions pas du cœur. Pas de l’âme. Nous vivions pour nous abandonner à l’amour, même si c’était parfois l’amour qui nous abandonnait. Ils étaient arrivés à nous faire douter que notre courage ne fût qu’un magicien perdu dans un royaume trop chaste et pourtant, cette force que nous avions de nous relever après maints coups durs de la vie nous appartenait. Elle était ancrée solidement dans les mots que nous chuchotions au fin fond des geôles. On voulait nous enlever notre foi. Mais Dieu était en chacun de nous, faisant battre cette chair qui retenait nos os de s’effondrer.

Et quand à coup de massacres ils ont voulu nous faire croire que nous n’existions pas, nous ne nous sommes pas résignés. Main dans la main, nous avons tous marché vers ceux, qui nous miraient de leur mépris. Ceux qui nous épiaient jalousement. Nulle arme ne saurait détruire cette intégrité que nous avions. Les gens disparaissent, mais la vérité était contagieuse et se répandait jusqu’à celui qui voulait savoir. Chez celui qui voulait réellement comprendre. Et nous savions que l’amour naissait des cœurs purs. Que nous avions en chacun de nous un nid fécond pour créer des jours nouveaux et une rage pour défendre la lumière qui nous éclairait. Les cavernes n’étaient plus sombres avec les discours des gens qui avaient vu et racontaient le soleil.

Vivre n’était pas seulement respirer, c’était aussi être fait d’espoir. Souhaiter changer les choses pour rapprocher chaque être de l’évanescente quête personnelle.

Quand l’arracheur de rêves vola mon cœur encore chaud d’avoir vécu, je compris qu’autre chose se débattait pour vivre. Alors qu’il se délectait de ce coriace repas qui lui glissait entre les mains, une lumière remplit mes yeux qui se refermaient. L’arracheur de rêves ne vit pas que, du haut des airs, nous le regardions faire. Et je compris qu’ils ne pourraient jamais, tous autant qu’ils étaient, nous faire croire que nous ne pouvions changer le monde. Car la vraie liberté n’était ni la vie ni la mort. C’était nous. Nous qui avions réalisé de petits et grands exploits, et les autres qui continuaient, peuplant les rues de leurs convictions. Le passage des arracheurs de rêves dans nos vies nous avait fait prendre conscience de la chance de pouvoir nous exprimer, simplement.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLa vérité est une source si pure que le corps ne saurait la toucher, que l’esprit ne saurait la connaître. C’est ce qui nous lie au divin, et nous nous battions pour la garder intacte. Comment ? En nous tenant debout quand les dents ont transpercé notre chair. En ne passant pas sous silence l’injustice faite et en réclamant haut et fort qu’ensemble NOUS SOYONS.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Mon corps me lâche, un texte de Francesca Tremblay…

30 septembre 2016

(C’est avec plaisir que nous présentons ce texte puissant dans sa simplicité de Francesca Tremblay.  AG)

On a tous ressenti un jour le besoin de s’isoler, de se retrouver seul pour diverses raisons.  Prendre le temps de se alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecrecueillir pour retrouver la fibre réelle de l’être qui se cache en nous.  Vous est-il déjà arrivé d’apprendre une nouvelle qui vous a secoué à un point tel que votre forteresse en fut tout ébranlée ?  Il y en qui jamais ne vivront ce moment et d’autres qui en vivent presque chaque jour.  Maladie, deuil, rupture, dépression…  Écrire un petit journal de bord, un journal intime permet de prendre du recul face aux événements et aussi face à notre perception de la vie.  Il y a des jours où le moindre obstacle semble insurmontable et pourtant, pourtant…

 J’ai écrit ce texte il y a peu de temps, en hommage à tous ceux qui un jour, ont été frappés par l’annonce d’une nouvelle qui déconcerte, qui fait mal à l’âme et au cœur.  Aux amis que j’ai perdus et à ceux et celles qui continuent de se battre, je le dédie.

 Mon corps me lâche

Mon corps est une corde de violon

Qui se tend et se rompt

Plus aucune musique, plus un son

Il a cessé de chanter la chanson

Du cœur qui battait folichon

 

Mon corps est une touche de piano

Qui s’enfonce et remonte

Le son n’est plus qu’écho

Quand à la dernière seconde

Mon corps s’écroule et tombe

 

 Il y a une semaine, j’ai reçu une nouvelle qui ne m’a fait ni chaud ni froid sur le coup.  J’ai encaissé comme j’ai toujours appris à le faire.  Encaisse, ma grande, et on verra ensuite…  Mais quand je suis sortie du bureau du médecin, mes jambes, mes bras… tout mon corps s’est mis à trembler.  Trembler comme les feuilles séchées au grand vent d’automne.  J’ai tremblé comme si le froid me prenait toute la chaleur de mon cœur et y mettait un bloc de glace à la place.  J’ai tremblé et je t’ai regardé dans les yeux.  Tu m’as demandé si j’étais sûre de bien aller.  On répond toujours oui.  J’ai répondu oui, mais non, ça n’allait pas.

Nous sommes rentrés à la maison.  Tu m’as fait couler un bain chaud.  J’ai fermé la porte.  J’avais besoin d’intimité.  On m’avait fouillé tout le corps au grand complet pour trouver la raison de mes maux.  On avait mes os sur des photos monochromes, souvenirs de voyages d’hôpital, et je me sentais nue, au grand jour de cette lumière diaphane qui éclairait enfin ma lanterne.  Un jour, je savais que je finirais par avoir un « bobo » qui serait inguérissable, incurable.  Jamais malade.  Jamais, depuis mes jeunes années de lycéenne, je n’ai eu une journée d’absence, et aujourd’hui, tout bascule.  Je me sens nue.  C’est bien vrai, je ne suis qu’une petite poussière, un grain de sable dans l’engrenage.  J’enlève mes vêtements et je tremble encore.  Mes lunettes tombent et tu t’inquiètes derrière la porte.  « Ça va… », que je te répète.  Ma voix vacille.  Elle est moins assurée qu’elle veut le faire croire.  Il ne faut plus que je parle sinon, je vais me mettre à pleurer, je le sais.  Je te déteste de t’inquiéter.  Incertain, tu soupires, et tes pas s’éloignent.

Un pied dans l’eau chaude.  Si seulement elle pouvait tout laver.  Elle me brûle, mais j’ai besoin de cette douleur pour me sentir encore en vie.  Me punir de cette faiblesse que je ne peux contrôler.  Reconnaître cette sensation pour me dire que tout ne change pas vraiment.  L’eau me submerge et je ferme les yeux.  Derrière mes paupières closes, je vois des taches.  Mon « psy » me demanderait avec cette voie posée : « Que voyez-vous dans ces images ?  Est-ce une impression de bienfaisance ?  Ou éprouvez-vous de la peur face à ces taches ? »

J’ai un haut-le-cœur et je prends une profonde inspiration.  Je descends mon corps jusqu’à ce que l’eau recouvre ma tête.  Je t’entends sortir des chaudrons pour le souper.  Tes gestes résonnent dans l’eau du bain comme un écho lointain du quotidien qui ne sera plus jamais le même.  Les taches réapparaissent derrière mes paupières et je crierais à mon « psy » que ce n’est pas de la peur que je ressens, mais de la colère.  Je lui dirais que ces taches ne sont pas juste  derrière mes paupières, mais dans tout mon corps, aussi.  Elles se sont vicieusement infiltrées dans mes organes vitaux pendant qu’innocemment, je m’entraînais, pendant que je me nourrissais sainement et pendant mes cours de méditation que je suis ponctuellement depuis des années.  Ces taches grandissaient et se sustentaient de mes tissus pendant que je ne sortais pas le soir alors que je travaillais, pendant que je ne fumais pas parce que je n’ai jamais fumé de ma vie !  Chiennes de taches qui me pourrissent la vie et le dedans, comme si j’avais été la pire des dépravées.  Comme si je m’étais traînée dans la boue toute ma vie, sans tenir compte des conseils des autres.  Les conseils, c’est toujours moi qui les ai donnés…

Je n’ai plus d’air dans les poumons et je sors ma tête pour prendre à grande bouffée cet air chaud et humide qui circule dans la salle de bain.  Mes larmes s’ajouteront à l’eau du bain, et je le sais parce qu’elles me brûlent bien plus que je ne l’aurais pensé.  Et le médecin qui de la pointe de son stylo prenait la peine de me désigner les métastases sur le rayon X…

Je lui ai souri et je lui ai dit : « On m’a toujours dit que j’avais du chien…  Vous ne trouvez pas que ça fait un peu dalmatien tous ces points ? »

 Jouer la comédie, ça n’a jamais été mon fort.  J’avais la chienne…

Toi, tu avais l’air tellement triste.  Comme si la nouvelle t’avait touché bien plus que moi.  Mais je cachais ma douleur.  J’avais mal.  Mais tu espérais quoi ?  Que je pleure ?  Que je dise que je m’en doutais, qu’il fallait bien que ça arrive un jour ?  Je n’ai pas osé te regarder.  Tu m’aurais fait flancher.

Tu cognes à la porte, mais je ne veux plus jamais sortir du bain.  Je me sens tellement lourde.  Comme un poids mort.  Le souper est prêt, mais je ne le suis pas, moi.  Tu pourras peut-être m’aider, tu me supplieras, je m’en doute.  Mais c’est une guerre que je dois d’affronter seule.  Le combat est à l’intérieur de moi et l’ennemi est une partie de moi qui a déclenché une mutinerie.  Toi, mon beau pays allié, je te demande de ne pas trop t’inquiéter.  Il faudra me battre seule, mais ton soutien me réconfortera comme le vent chaud, un soir d’été.  J’aurai besoin de ta tendresse et de ton affection pour me donner le courage de continuer, même si l’ennemi a gagné plus de terrain qu’il n’aurait dû.  Je t’aime.  Je vais me battre, parce que c’est ce que j’ai fait toute ma vie et que je ne vois pas d’autre manière de continuer.  Je vais me battre, même si mon corps me lâche.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

 En 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création – alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecpoésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

 Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchantéAu printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.


La mémoire qui flanche, un texte de Francesca Tremblay…

13 septembre 2016

La mémoire qui flanche

La vie est un cimetière de souvenirs / Où j’apporte à ma tombe / Le dernier pétale de rose

 De toute ma longue vie, il n’y a pas beaucoup de soleils que je n’ai pas vus ni de lunes qui n’ont pas veillé sur mes chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecnuits.  Mais je sais pourtant que quelque chose m’échappe.  Il y a quelque chose, dans mon esprit, qui fuit et qui me renie.

Je sais que l’oubli sera mon pire ennemi.  Maints dommages sont constatés chaque jour que Dieu fait…  Il est dans un coin de mon esprit et apparaît quand je m’y attends le moins.  Rongeur sournois qui gruge mes souvenirs et les digère dans son grand estomac, gobant toute ma vie entière.  Son appétit rattrapera bientôt mes vieilles jambes chancelantes et je me noierai dans ma salive, qui coule et qui s’épaissit à tant vouloir y échapper.

Démence qui fait que certains matins où rien ne va plus, j’ai envie de cracher au visage de cette inconnue qui me déshabille dans le grand froid de ma chambre remplie de souvenirs qui ne m’appartiennent plus.  Le réconfort n’est plus ce caprice que j’ai tant chéri.  Je crie qu’on vienne me chercher, mais ma panique ne fait qu’attirer les regards des autres perdus comme moi, qui espèrent retrouver leur chemin.  Je suis le pèlerin égaré qui croyait avoir trouvé la vérité.

Je n’ai pas laissé assez de repères avant d’oublier.  Je ne retrouve pas non plus la mince ficelle rouge.  Cette nuit, je me lèverai pour aller dans ce long corridor.  Pieds nus sur le carrelage, j’avais laissé se dérouler cette boule de laine pour que je puisse retrouver mon chemin vers la maison.  Mais on me ramène toujours ici.

L’oubli.  Si j’avais su qu’un jour, toute ma vie d’érudite s’émietterait comme ce vulgaire morceau de pain trop grillé qu’on me graisse et qui craque, qui se brise dans la main, j’aurais probablement…  Ah !  Si j’avais su… mais qu’est-ce que j’aurais pu faire ?  Être triste chaque jour jusqu’à ce que j’oublie d’être triste ?  Pauvre vieille femme que je suis.  Si j’avais su, je n’aurais rien changé.  En fait, j’aurais peut-être été très affolée.  C’est une chose qu’on ne nous dit pas quand on vient au monde.  « Tu souffriras » qu’ils devraient annoncer au détour d’un chemin de vie.  Mais après tout, c’est peut-être pour ça qu’on pleure, lorsque nous naissons.  Ils nous le disent peut-être, en fin de compte, mais on oublie…

L’oubli.  Venin translucide et vilain qui me laisse entrevoir la lumière, mais qui ne me laisse pas m’en approcher.

J’ai oublié les visages, ils sont flous et ne me disent plus rien.  Soudain, je crois reconnaître ce sourire, l’odeur d’un parfum, les cheveux ou la silhouette de quelqu’un, mais c’est passager.  Une lueur dans les yeux qui réchauffe mon regard et qui fait sourire la personne devant moi.  Mais ça aussi c’est passager.

Il y a des matins, j’aimerais tout oublier.  Ils se disent mes fils, mes petites-filles et je leur souris.  Juste pour ne plus avoir à penser que je ne me souviens plus.  Je ne sais même pas que je redécouvre quelque chose comme si c’était la première fois !  Une folle succession de recommencements.  Où est-elle, la fin ?  Je fais souffrir des gens qui m’aiment.  Où est-elle, leur fin à eux ?  Il m’arrive même, certains soirs, d’entendre des cris.  C’est ce qui me réveille et je me rends compte que c’est de ma bouche que sortent ces sons d’épouvante !  On vient me consoler.  Mais quand la personne repart, je me retrouve seule avec l’oubli, avec un monstre sous le lit.

Mais je n’oublie pas tout.  Les touches blanches et noires du piano.  Il m’arrive de les reconnaître, certains jours.  Parfois, je perds des journées entières à chercher si je suis toujours là, mais le vieux piano me rappelle qui j’ai été.  Il n’y a que la musique qui m’accompagne.  Je ne suis que l’ombre de ma vie, mais la musique sait me la raconter et me chante de vieux souvenirs qui persistent, qui luttent.

Je ferme les pans de ma robe de chambre et avance dans le long corridor.  Je croise des aides-soignantes, des hommes et des femmes qui sont mon reflet et j’arrive enfin dans la grande salle.  Je m’assois sur le banc noir, devant lui et je fais le vide autour de moi.  Soudain, les notes glissent telles les gouttes de pluie sur les carreaux de ma vie écorchée.  Je me surprends à sourire au soleil qui revient et réchauffe la peau plissée de mes mains qui dansent, qui se rapprochent, qui enfoncent les touches et sautent par-dessus d’autres.  Ces vieilles mains dont je ne contrôle plus les tremblements s’amusent enfin.  Je ferme les yeux et je les vois !

Des invités costumés.  Un bal !  Toute la nuit à faire danser les gens.  Je suis musicienne de l’âme et je fais vibrer leur être sur ma musique alors que la guerre vient de se terminer.  Je souris, j’ai chaud et mon chapeau à plume tombe sur mon front.  La fumée des cigares me pique les yeux, mais bon sang que je suis bien.  Un soldat me fait de l’œil.  Celui-là, je l’aimerai toute ma vie.

On secoue mon épaule.

J’ouvre les yeux et ils disparaissent tous.  Je ne reconnais plus le salon dans lequel j’aimais jouer.  Qui sont ces gens qui regardent le vide, qui se laisse absorber par sa présence.  On m’invite à descendre du banc pour prendre un médicament.

La musique s’est tue. / Une larme tombe.  S’écrase sur main. / Je ne me souviens plus. / La vie est un cimetière de souvenirs / Où j’apporte à ma tombe /  Le dernier pétale de rose.

 NOTICE BIOGRAPHIQUE

 En 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la créationchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec – poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

 Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.


Parce qu’elle n’est plus là, par Francesca Tremblay…

16 juillet 2016

Parce qu’elle n’est plus là

La porte s’était ouverte sur la cour arrière.  Je restais là, figée par le temps qui ankylosait mon squelette,e78cd8c1b9044eeef1fc06cca10a41e1 muscles et tissus.  Je n’avançais pas d’un cheveu et pourtant, pourtant je me rapprochais de ce corps blanc comme un drap, de ces lèvres bleues comme le froid et de ces cheveux mouillés comme les lourdes branches du saule après l’orage.

Ma sœur s’était noyée.  Noyée dans sa peur de vivre dans son trop-plein de fuir l’ici pour n’aller nulle part et courir ailleurs pour voir si elle y était.  C’est papa qui l’avait sortie de la piscine, de ce rond bleu chaleureux.  Elle ne faisait plus un rond dans l’eau.  Corps immobile, cœur trop fragile.

Papa me criait d’aller chercher de l’aide, mais c’était trop tard.  L’aide, il aurait fallu la demander bien avant son anorexie, sa toxicomanie et son refus catégorique de goûter le bonheur parce que c’était trop calorique et pas assez dopant pour elle.

Ma sœur avait le cœur qui ne battait plus et papa l’avait sortie de là comme on sort un petit animal sans vie dans un sceau rempli d’eau de pluie.  Petite chose fragile, poupée cassée aux longues jambes noueuses, aux côtes accordéon qui plus jamais ne s’étireront.  Visage calme à jamais gravé dans ma tête.

Maman pleurait et s’effondrait dans mes bras.  Je n’ai même pas osé recoller les petits morceaux de son âme de mère brisée.  Papa me hurlait dessus, un cri d’alarme, angoisse pleine de regrets.  L’appel déchirant d’une montagne qui s’effondrait.  Un père qui pleure et qui crie, ça m’a fait comme un coup de masse et plus aucun son ne sortit de ma bouche.

Le matin même, trop de mots étaient sortis et avaient dépassé ma pensée ou l’avait trop bien exprimée.  Je lui avais hurlé, avant qu’elle rejoigne ses amies, qu’elle était une paumée et qu’elle faisait vivre un cauchemar à toute la famille… un cauchemar dont on aurait pu se passer.

Mais le cauchemar n’était pas ce qu’elle nous avait fait vivre, maintenant je le sais plus que tout.  Le réel cauchemar commençait aujourd’hui, parce qu’elle avait arrêté de vivre.  L’eau avait éteint pour de bon les feux ardents qui la grugeaient de l’intérieur.  Ma sœur s’était tuée parce que je n’avais pas su l’aider.  Comment aurais-je pu y arriver ?  Comment, alors que c’était elle la grande sœur et pas moi ?

Comme elle était fougueuse et rebelle.  Comme elle était belle.  Moi ?  Beaucoup trop raisonnable à ses yeux.  Elle me répétait que j’étais morte en dedans et je lui criais que c’était faux !  Aujourd’hui, c’était elle la plus morte de nous deux et pourtant, je me sentais atrocement vide.  Vide comme une immense coquille qui écrouait le silence d’une mort latente.

Ma sœur était morte ce matin.  Le soleil se couchait maintenant sur sa mort et j’étais encore là, debout dans la cour arrière, à attendre qu’elle revienne.

Il sera tard quand elle rentrera, mais j’attendrai.

acc108ba456afbc3c189935429906255J’attendrai pour être là pour la consoler parce que c’est ce que je n’ai jamais su faire.

Je serai là pour lui caresser les cheveux et la rassurer.

Pour lui dire combien elle est belle.

Pour lui dire combien je l’aime.

Cette fois, j’attendrai parce qu’elle n’est plus là.

Francesca Tremblay

NOTICE BIOGRAPHIQUE

En 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

13 juin 2015

Le balcon des lucioleschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Il y a longtemps, je jugeais durement ces artistes que le feu consumait intérieurement. Je pensais que les tragédies n’appartenaient qu’à ces poètes maudits dont les mots s’enflammaient devant la seule présence de l’amour. Mais lorsqu’à mon tour, je faillis être consumée par l’amour, j’ai appris à me méfier de la lumière, si belle soit-elle…
Les papillons de nuit sur l’ampoule de verre brûlent leurs rêves sur la paroi ardente. Leurs battements d’ailes frénétiques les font tressauter et soudain, leurs pattes refroidies, ils reviennent se coller au plancher de verre comme si c’était leur seule raison d’être. Comme s’ils voulaient s’enfuir avec une partie de cette boule de soleil miniature. Faut-il à ce point vénérer la lumière pour en être soudainement aveuglé et croire que c’est une façon de vivre convenable. Ce soir, ils font des jeux d’ombre sur ma galerie et certains, tombés sur les lattes, sont complètement grillés. Je les balaierai demain, avec les morceaux de peinture séchée, dénudant encore plus le vieux bois. Cette maison est vieille et son âme est la mienne. Elle vit là depuis toujours, exclue du village et entourée des lucioles en plein bal qui n’ont rien à envier aux papillons de nuit. Elles sont la lumière.
Le fond de l’air est doux et l’alcool est fort. Je pense à lui. Lui qui est cette lumière pour laquelle je brûle. J’ai une vision chaotique de l’amour et il sait comment la peindre. Il dessine des nus de moi sur des toiles blanches et peint en couleur la vie telle qu’il la voit. Les cafés deviennent froids lorsqu’il est inspiré et je ne bouge plus. Tandis qu’il frotte les pinceaux sur le tableau, je rêve les yeux ouverts. Il perçoit des sensations que je ne saurais relater. J’ai en moi des réminiscences lointaines qui s’évadent par les miroirs de mon âme. Lorsque je le regarde, il en est submergé. Et parfois, dans la position de mon choix, je lui raconte une histoire sans utiliser les mots. La mienne, toujours, mais différemment. Je suis un peu comme ces papillons pour qui la brillance est si attirante. Elle reste un mystère et elle s’écoule de ses sourires en coin. S’écoule de cette bouche qui parle de passion. Baignés dans les nuages de fumée des cigarettes qu’il n’éteint jamais, nous flottons en pleine énigme, ne dissociant plus le réel de ce qui ne l’est pas. Je ne vois que ses yeux qui étudient, même encore à ce jour, les expressions de mon visage et de mon corps. Qui dessine toujours avec cette même ardeur le pourtour de mes seins et le galbe d’une hanche. La sueur qui perle sur son front n’est pas due qu’aux chaudes journées d’été, j’aime à le penser.
Mes semaines ne comprennent qu’un jour depuis lui : le samedi. Le reste du temps, je suis comme ces papillons de nuit à confondre la lumière du jour avec cette ampoule. Tel un rituel, chaque fois, il apporte son attirail de peintre. Du papier et des sanguines pour esquisser brièvement, ainsi que des pinceaux dont je ne saurais me servir pour teinter de couleurs les grandes toiles qu’il apporte. Les odeurs de l’huile et des diluants me font tourner la tête, mais c’est si bon de le savoir là. Je ne sais pas ce qu’il me trouve, mais il a dû chercher longtemps quelqu’un comme moi pour ainsi nous perdre des heures dans des moments de silence.
Au tout début, je lui ai demandé ce qui l’avait poussé à devenir peintre. Il m’a souri et m’a répondu que c’était parce qu’il cherchait à comprendre. Il ne m’a jamais dit quoi. Et je ne lui ai jamais demandé. Je n’ai pas besoin de savoir, ou qu’il me réponde quelque idiotie déjà réfléchie. Ce soir, il est venu peindre une histoire de moi que je n’ai pas osé raconter à personne, ni même à mes filles. J’ai pleuré, et il a, je crois, immortalisé cette larme sur ma bouche. Je ne regarde jamais le portrait lorsqu’il n’a pas terminé alors, je suppose, simplement. Si j’étais peintre, c’est ce que j’aurais fait.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieEt cette nuit, le temps est doux et l’alcool est fort. Sous ce croissant de lune qui me regarde d’un seul œil, les grillons chantent dans les hautes herbes qui remuent au gré du vent. Accoudée sur le garde en fer forgé du balcon, j’observe les lucioles qui scintillent comme les étoiles dans le ciel. Il ne me manque que les ailes pour les rejoindre. Être la muse de cet homme a fait de moi plus qu’un papillon de nuit. Je deviens cette lumière qui éclaire et qui brûle. Même si j’ai appris à me méfier des lumières trop magnifiques, je veux continuer à poser pour lui sur ce balcon parmi les lucioles qui dansent.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

16 mai 2015

La cape blanche

Pieds nus sur le carrelage de la cuisine, j’entends maman pleurer. Visage dans leschat qui louche maykan alain gagnon francophonie mains, elle cache les rides qui lui strient le malheur. Son maquillage balayé par les pluies forme des taches noires sous ses yeux. Pourquoi maman est-elle toujours aussi triste ? Mes jeux ne l’intéressent pas. Elle n’aime pas faire rouler les autos sur le tapis. Il y a des routes qu’elle prend qui ne mènent pas vers des fins heureuses. Moi, mes héros se battent et triomphent toujours. Pourquoi ne choisit-elle pas de gagner ? Ma mère, c’est la demoiselle en détresse que j’ai promis de sauver. Toujours.

Quand il vient chez nous, celui qui n’est pas mon père, j’attache à mon cou ma cape rouge. Je suis un superhéros. J’ai le pouvoir de la sauver. De me rendre invisible. Il ne m’entend jamais. Ne me voit jamais. Ce n’est pas pour de faux ! J’ai appris à ne pas faire de bruit. C’est un méchant, un monstre qui lui fait du mal.
Un jour que nous fêtions mon anniversaire, il l’a frappée tellement fort que maman ne s’est pas réveillée. Moi aussi, il m’a giflé. Plusieurs fois, même. Mais cette fois, je n’ai pas pleuré ! J’étais trop en colère. Les monstres comme ça, il faut les prendre par surprise. Alors j’ai pris le couteau dans le tiroir de la cuisine et je l’ai menacé. Je lui ai dit que s’il faisait encore du mal à ma mère… Un héros ne tue pas sans raison. Il doit avertir d’abord, c’est le code d’honneur qui oblige. Mais après le coup qu’il m’a asséné, je ne me suis pas relevé non plus. La table du salon s’est évanouie comme un pont centenaire sur mes autos. Quand il est reparti, il a fallu que je trouve un autre endroit plus sécuritaire où abriter les voyageurs. Personne n’est à l’abri si je ne les protège pas.
Quand il est là, j’attache à mon cou ma cape rouge et je rassure maman. « Tout ira bien, je peux nous rendre invisibles pour deux, si tu y crois avec moi. » Mais ce jour-là, maman n’avait pas envie de croire. Elle m’a rendu invisible en refermant la porte de la garde-robe de sa chambre. Elle m’a demandé de garder le silence et je lui ai dit que je la protégerais. Mais elle a insisté en retenant ses sanglots. Sa panique lui enlevait tout courage. Elle le suppliait. Je n’ai pas compris pourquoi je pleurais aussi, dans le silence. Ne pas faire de bruit.
Tandis qu’il la frappait encore, je suis sorti du noir en criant de toutes mes forces. Je pensais que je le surprendrais, mais il était tellement grand… Il m’a pris par la gorge et m’a lancé dans les escaliers. La dernière chose que j’ai vue, c’est maman qui gémissait au-dessus de moi.

Je ne me souviens plus des moments après. C’est très flou. Je vois maman qui boit et qui pleure, le visage enfoui dans ma cape rouge. Mais quand il reviendra, je serai là. Je suis maintenant invisible pour toujours. Elle pleure encore et quand elle sent ma présence, elle regarde vers moi, sans me voir et, elle cesse de sangloter. « Je vais te protéger », que je lui dis. « J’ai à présent une cape blanche, maman. »

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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Un conte de Francesca Tremblay…

11 mai 2015

La jeune fille qui voulait devenir un arbre

Je pleure.

Je ne comprends plus le langage des arbres

J’ai oublié d’écouter

Le temps ne m’a pas aidé

J’ai oublié de chanter

Comme les oiseaux, sans souci…

Hier, je suis sortie de la maison.

Papa et maman se parlaient fort, sur un ton qui me fait mal aux oreilles et au cœur.  Quand je leur demande d’arrêter dechat qui louche maykan alain gagnon francophonie crier, ils me disent qu’ils ne crient pas, mais qu’ils parlent fort.

Ils n’ont même pas entendu la porte se refermer, trop enragés, trop occupés à enterrer l’autre.  Des fois, je me demande si ce n’est pas là où ils veulent en venir.  S’enterrer l’un l’autre, sous la terre, pour ne plus que ça crie.

Quand j’ai arrêté de courir, les mains sur les oreilles, c’est parce que j’étais arrivée dans la forêt derrière la maison.  Là, je peux recommencer à respirer.  Je n’entends plus la chicane qui brasse dans ma cabane.  Je marche sur la mousse et l’on dirait que je marche sur des nuages verts.  C’est mon paradis à moi.  Mon coin de ciel.  Les arbres sont des gardiens et moi je m’accroche à leur tronc de tout mon être qui tremble.  J’aimerais ça avoir le cœur aussi dur que le bois.  Ça me ferait moins mal, des fois.  L’arbre, il cicatrise.  Quand un ours, de sa grosse patte vient briser l’écorce de l’arbre, il se forme comme une grosse couche toute boursouflée.  On sait toujours que l’ours a laissé sa marque, mais l’arbre s’est guéri.  C’est comme quand je suis tombée de vélo et que mon genou s’est fendu sur une roche.  Quand ça a guéri, il s’est formée une grosse boursoufle rose, puis je n’avais plus mal.  Je me demande si un jour, je cicatriserai du cœur aussi.

Ah l’arbre.  Tu es tellement grand.  Tu danses dans le vent pour me consoler, pour me changer les idées.  Si tu pouvais te changer en humain, je serais amoureuse de toi.  Je le sais parce que je n’ai jamais ressenti ça pour personne.  Maman m’a dit que j’allais me marier et fonder une famille, un jour.  Elle dit ça parce que grand-mère lui a dit la même chose, petite.  Elle me répète ça parce qu’elle, ça l’a rassurée d’entendre ça, mais moi, ça ne me rassure pas du tout.  Je n’ai pas envie d’aimer quelqu’un et un jour de devoir lui crier par la tête que je le déteste et le hais.  Toi, l’arbre, tu es solide, tu connais pleins de choses, tu as vu plein d’époques.  Tu dois même connaître l’avenir et ce que j’admire chez toi, c’est ton inébranlable confiance que le vent soufflera toujours et que le soleil fera grandir tout ton corps.  Tu me parles par le chant des oiseaux.  Les oiseaux, eux, ne pleurent jamais.  Ils meurent, un point c’est tout.  Papa ne veut pas que j’essaie de les soigner.  Il dit que c’est plein de microbes et il préfère que je n’y touche pas.  L’autre jour, j’en ai trouvé un et il était mort.  J’ai compris qu’il ne chanterait plus jamais.  J’ai aussi compris que la forêt avait mal autant que moi et qu’on ne lui viendrait pas en aide.  On a peur de se salir les doigts.

Je pleure.

J’entends bruire tes feuilles

Mais n’entends plus leurs rires

La sève monte jusqu’au bout des racines et des branches

se transforment en petits points d’énergie transmise

dans la terre et le ciel

 

J’ai mal.

Et le vent qui s’en mêle

Te faisant danser pour mieux propager

Cet esprit de liberté et d’inaccessibilité

Faisant courir à son gré tes semences pour partager

Ton histoire dans d’autres contrées

Ils ont abattu tes frères, les arbres, mais jamais n’abattront ta mère, la forêt.

 

Il y a des souches devenues blanches.  Comme si je pénétrais dans un cimetière avec leur tronc debout et leurs branches d’un blanc cadavérique.  Blanc comme des os.  On aura beau dire ce qu’on voudra, la mort, même debout, c’est quand même la mort.

Vous êtes les plus grands voyageurs.  Malgré que vous restiez toute votre vie, enracinés au plus profond de la terre, le vent disperse le pollen par-delà les frontières, rejoignant d’autres frères toujours plus loin.  Vos feuilles atteignent de hauts sommets, au bout des branches les plus hautes et tombent quand vient l’automne pour nourrir la terre.  Et quand vos racines absorbent ce dont le sol s’est lui-même nourri, c’est à ce moment que les feuilles repoussent et reviennent dans les hauts sommets.  Vous êtes beaucoup plus actifs que nous pensons.  Nous qui croyions être de grands explorateurs…  Vous avez découvert et peuplé bien plus de contrées et de paysages que nous osions en imaginer.  Vous vous êtes adaptés à tous les climats, même là où la neige est la plus abondante, vous recouvrant de ce manteau de lichen faisant face vers le nord.  Chaque arbre est unique et est un vieil esprit des bois transformé en gardien.  C’est lorsque l’humain a cru qu’il n’avait plus besoin de la forêt qu’il s’est mis à la détruire.

Il y a même cet arbre à cinq troncs, qui jaillit du sol telle une main dont les doigts tentent de saisir le ciel.  Ils s’accrochent au bleu comme les racines s’abreuvent à l’eau.  Il me fait rire parce qu’on dirait un arbre à l’envers.  Sous la mousse, j’aime à penser qu’il a des feuilles.

Il y a aussi cet arbre qui pousse à même le cran.  Oui, il en faut du cran pour défier la gravité et s’arrimer aux parois.  Ils sont grands les arbres et ils veillent sur nous, s’élevant jusqu’au soleil pour nous protéger et nous faire de l’ombre.  Ce qui nous dépasse, tant d’une manière spirituelle que physique, nous cherchons à le posséder.  À tort, on a pensé qu’ils étaient prétentieux, mais les arbres cherchaient à nous protéger, à l’ombre de leur feuillage.

J’ai mal.

Je t’enlace dans mes bras,

Mais c’est moi qui ai besoin de ce réconfort.

Entoure-moi de ce manteau de bois

Pour sentir le pouls de ta sève qui circule

Fais de mes pieds de longues racines robustes

Pour m’accrocher à cette Terre mère

Fais de mes bras de solides branches dont les doigts éclatent en de vertes feuilles dentelées

Pour mordre les nuages et m’en abreuver

Fais de ma tête un esprit arborescent

Pour qu’il comprenne ce langage archaïque, me raconter l’histoire du monde avant l’homme

            Si j’étais un arbre, je ne ferais plus confiance en l’espèce humaine.  J’en tremblerais à la vue d’un randonneur puisque ce que l’humain aime, un jour il peut le détruire.  C’est comme mes parents qui se crient par la tête, mais qui s’étaient promis de s’aimer tout le temps.  Maman avait souri et avait flatté son ventre rond quand papa lui avait dit qu’il l’aimerait toujours.  Mais les arbres restent paisibles, car ils savent une chose que nous ignorons.  Bientôt, nous nous éteindrons, mais eux resteront.

Ils pleurent notre ignorance et souffrent de notre insouciance.  Ces tendres géants nous parlent.  Avons-nous seulement écouté ?

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieIl y a des arbres plus fous que d’autres.  Des conifères plus téméraires et des feuillus plus folichons.  Mais dis-moi l’arbre.  Est-ce que c’est vrai que tu ne mourras pas ?  Toi qui m’as beaucoup appris, toi à qui j’ai confié toutes mes peurs et mes joies.  Raconte-moi encore la légende du tout premier arbre.  Celui qu’on surnommait l’arbre marcheur et qui découvrait le monde et le façonnait pour rafraîchir les plus petits que lui.  Raconte-moi encore comment les humains sont arrivés et ont fabriqué des canots pour traverser les mers.

Papa m’a dit que c’était grâce à mes ancêtres si je vivais bien.  Que je pouvais m’estimer heureuse que d’autres aient défriché des arpents de forêts pour que je puisse faire ce que j’aime !  Est-ce que le courage et la détermination excusaient le fait qu’on abatte des forêts entières sous prétexte qu’il fallait vivre ?  Papa ne m’a pas répondu.  Il dit que je ressemble à maman quand je résonne comme ça.  Mais moi, je sais que la seule chose qui nous tienne vraiment en vie, c’est la nature.  C’est quand on s’en éloigne et qu’on ne l’entend plus chanter qu’à l’intérieur, on se sent seul.  Comme une coquille vide.  T’as rien en dessous de cette enveloppe de chair, si ton âme ne danse plus sur la mélodie du vent.

J’ai peur

De ne jamais être comme toi

J’ai peur

Que les autres aient eux aussi oublié la vérité

Fais-moi disparaître pour que je sois

Partie intégrante de cette forêt

 

Fais de moi, un arbre

Un arbre comme toi.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

 En 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la créationchat qui louche maykan alain gagnon francophonie– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

 Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

2 mai 2015

L’arbre à bulles

Il y a ce lac, cet arbre d’eau, et moi. Il donne l’impression de flotter au-dessus des chat qui louche maykan alain gagnon francophonievagues, mais en fait, ce sont ses larges racines qui le maintiennent au niveau de l’eau. Le sentier d’aigues-marines, qui apaisent les eaux de ce lac, me donne accès à ce refuge. Chaque fois que j’arpente cette voie de pierres fines, je fredonne un air vieux comme le soleil pour rendre légères les pensées qui défilent. Je suspends aux branches de cet arbre mes plus belles. C’est ce que font toutes les fées. J’y accroche des bulles qui tournoient autour de moi et dont la lumière vrille les fragiles prunelles des animaux curieux. Elles font miroiter des souvenirs et font éclore des sourires sur le visage de mes sœurs.

Jadis, les arbres d’eau aussi appelés arbre à bulles avaient la noble tâche d’aider les navigateurs et de les préserver du danger par temps de brouillards. C’est quand les hommes ont cessé d’avoir des pensées heureuses et lumineuses à suspendre à leurs branches qu’ils ont arrêté de les cultiver. Ils ont semé des phares qui eux aussi mourront.

Toutes les fées n’ont pas d’ailes. En fait, mes pieds doivent encore fouler le sol pour m’imprégner de la Terre. De son énergie. Gravir les rocs pour sentir sa force et nager parmi les poissons pour m’imprégner de sa sensibilité, de son inspiration.

Le lac qui héberge mon arbre d’eau se meut lorsque j’y agite ma main, car aussitôt voilà que les koïs attirés par le bruit arrivent en grand nombre. Ces poissons gigantesques sont pleins de douceur ; ils dessinent des taches orange et blanches derrière les pupilles de ce lac qui voit grand. Je me glisse auprès d’eux et ils m’accueillent comme si j’étais l’une des leurs. Ils m’invitent à les suivre. Je m’agrippe à la nageoire dorsale d’un de ces géants tandis que ses nageoires pectorales balaient l’eau comme les ailes des grands oiseaux.

La Lune éclaire ce grand ballet silencieux de doux rayons beiges. Le poisson me fait entrevoir ce monde qui l’entoure. Nous nageons entre les ronces des arbres d’eau, glissant dans les trous noirs comme l’animal au fond d’un terrier. Et soudain, nous ressortons sous le regard d’une Lune médusée. Nous rencontrons au passage des loutres colossales, aux dents longues comme des sabres. Leurs jeux me laissent perplexe et je suis heureuse que mon compagnon déjoue aussi facilement leurs ruses afin de semer ce clan aux dents redoutables.   Nous atteignons enfin l’autre rive.

Je le remercie d’un baiser et le laisse s’en aller.

Je quitte ce lac pour atteindre le rivage où le désert de vertes landes ondoie au gré d’une brise éternelle. Devant moi, une silhouette lumineuse me tend la main. Je la reconnais. La Lune me fait grâce d’un merveilleux sourire. Son visage ne me semble plus aussi rond, alors que tout son corps est devenu cette magnifique femme. C’est exactement la même chose avec les étoiles. Lorsqu’elles atterrissent sur la terre ferme, elles n’ont plus cette allure sphérique et commune. Mais la Lune demeure la plus particulière et, à mon avis, la plus gracieuse de toutes. Elle est beaucoup plus près de nous et, en l’occurrence, à l’écoute de nos confidences.

Elle me tend un présent. Ce sont des ailes. Des ailes légères, mais prêtes pour les grands voyages. Comme celle des papillons de nuit. C’est pour lui rendre visite qu’elle me souffle à l’oreille. Quand une fée a des ailes, c’est que la Lune lui en a fait cadeau, afin qu’elle la visite à son tour au-delà des nuages. Sa lumière est attirante pour celles qui, comme moi, aiment tout ce qui brille. Par contre, avec ces ailes viennent de grandes responsabilités. Je dois veiller sur ceux et celles qui n’ont pas cette chance.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieGrâce à mes ailes, je suis revenue à mon arbre d’eau par la voie des airs, cette fois. Et dans une bulle rose, j’ai protégé ce souvenir. Accrochée à la plus haute branche, la bulle tournoyait et brillait si fort que mon arbre s’est mis à ballotter comme par jour de grand vent. À la surface de l’eau éclataient de gros bouillons qui firent déguerpir mes amis les koïs. Et j’entendis des craquements qui me firent penser au pire. Mais en fait, c’étaient les racines de mon arbre qui se détachaient du sol vaseux et que je voyais apparaître à la surface de l’eau. Puis tout à coup, les bouillons et les tremblements s’apaisèrent. Doucement, mon arbre s’éloignait de moi et dérivait vers le large, emportant mes lumières avec lui. Mes bulles. Mes souvenirs…

D’un battement d’ailes, j’aurais pu le rattraper ! Mais je compris qu’il ne m’avait jamais appartenu. Tandis qu’il allait partager à d’autres les bonheurs que j’avais vécus, j’arpenterais à mon tour cette Terre pour découvrir que je ne sais rien, avant d’aller rejoindre au-delà du ciel, mon amie la Lune.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

17 avril 2015

La vie avait un goût de fraise et chocolat…

Nous n’avions pas pensé qu’elle irait aussi loin. Du fin fond des retranchements de son âme, elle s’était extirpée. Elle avaitchat qui louche maykan alain gagnon francophonie
refait surface et nous faisait grâce d’un sourire énigmatique. La jeune silencieuse avait mille secrets à dévoiler, mais commençait, ce matin-là, par le secret qui nous attirait le plus. Qui nous tourmentait. Elle avait emprunté à la Mona Lisa, sur le livre d’art de la bibliothèque de l’école, cet air de femme mystérieuse. Elle, qui ne levait jamais les yeux sur l’univers qui l’entourait, portait maintenant son regard sur nous quatre qui épiions le moindre de ses gestes.

Il faut se le dire, la jeune femme ne nous laissait pas beaucoup de chances. Nous étions quatre petits bourdons s’agglomérant autour de cette fleur prête à être cueillie et du haut de nos treize ans, gamins que nous étions, nous ne savions comment attirer sur nous ne serait-ce qu’un de ses regards de velours. Juchés sur les tabourets du comptoir, commandant notre deuxième milkshake, nous lancions des œillades enamourées vers la belle Lolita qui portait bien la queue de cheval. En sirotant notre récompense des chauds jours d’été, nous nous lancions des défis à relever et nos arguments bidon étaient accentués de bonnes tapes dans le dos pour exciter notre jeune testostérone. Des défis du genre : le premier à lui adresser la parole. Le premier à la raccompagner jusqu’à chez-elle. Et la crème de la crème, le premier à l’inviter à danser un slow chez Bigband Bar. Même si nous ne pouvions pas aller dans ce club, rêver ne nous coûtait pas la peau des fesses ! Mais chaque fois, nous nous dégonflions et, lorsque nous terminions notre dernier milkshake à la fraise ou au chocolat, nous détalions sur nos bécanes, avec le regret de ne pas avoir osé et la poussière du gravier qui dissimulait l’enseigne de notre resto préféré que nous quittions.

Et un jour, une chose étrange se produisit. Elle nous regarda avec ce sourire énigmatique et un peu coquin qui commençait à poindre sur son visage couleur fleur de vanille. Des quatre intrépides que nous étions, nous nous transformâmes en statues de sel, qui, de surcroit, auraient été dévastées par la vague. Moment fatidique. Lequel de nous quatre elle allait choisir ?

Jean était le plus grand et le chef de notre bande. Un beau prospect pour une fille qui cherche un garçon pour sa beauté, mais pas pour une vie de famille.

Peter était le plus grassouillet, mais le plus charitable. On pouvait compter sur lui pour nous sortir du pétrin, et Dieu savait comment nous savions nous y enliser. Maman disait même que nous avions beaucoup de talent.

Timmy était roux à cause de sa mère irlandaise et de son père écossais ! Les plus vieux de l’école le tabassaient à cause de cette couleur et il se faisait appeler « Poils de Carottes ». Il était un peu espiègle et tourmenté…

Moi, je me prénommais Philippe. Pas trop petit, mais pas très grand non plus. Cheveux bruns, yeux bruns. J’aimais faire des coups, je tirais bien de la fronde et je gagnais souvent aux billes.

Chacun pourrait faire un bon parti.

Alors qu’elle se dirigeait vers nous, notre cœur cessa de battre. Nous étions devenus, en l’espace de quelques instants, de dangereux adversaires. Je me voyais étrangler Peter avec une clé de bras que mon père m’avait enseignée.   Ou encore, casser le nez à Jean, si grand et si beau, pour le dévisager. Je me suis même imaginé ridiculiser Timmy en le traitant de tache de rouille et en lui baissant son pantalon devant elle. Je voulais triompher de mes rivaux pour qu’elle me choisisse !

D’un coup de pied, je fis pivoter le tabouret pour faire face au comptoir, fuir ce regard. Je faisais l’indépendant. Alors que j’entendais le son de ses pas dans mon dos, je sus qu’elle se dirigeait toujours vers nous quand, soudain, je n’entendis plus rien. Du coin de l’œil, je la vis sauter au cou de Jimmy qui venait d’entrer dans le resto. Lui, c’était le chef d’une vraie bande de motards avec blouson de cuir et sourire fendant. Elle ne riait plus, il l’embrassait à pleine bouche ! Il faut dire que Marilyne avait 19 ans et qu’elle était le fantasme de tous les gars de notre âge…

Et là, mes potes ont respiré de nouveau.

— Ça a passé à un cheveu ! s’exclama Peter. Je crois que mon cœur s’est emballé parce que j’ai entendu une sorte de grondement sourd !

— Gros balourd ! lança, Timmy. C’est ton estomac qui a fait ce boucan…

— Ouais, c’était près. Si Jimmy n’était pas arrivé, je suis certain qu’elle venait vers moi, affirma Jean en peignant ses cheveux saturés de brillantine volée à son père. Comment as-tu pu te retourner si vite, Phil ?

En soupirant, je répondis :

— Si elle s’était adressée à nous, les gars, ça aurait pu être dangereux !

— Et pourquoi ? me demandèrent-ils à l’unisson.

— Pour rien… dis-je en faisant pivoter de nouveau mon tabouret pour appuyer mes coudes sur la surface du comptoir et balancer mes pieds paresseusement.

Derrière la vitrine du restaurant, je vis la belle Marilyne chevaucher la superbe moto de ce Jimmy à la noix. Ils partirent tous deux dans un raffut terrible. Et seulement là, je compris qu’une fille ne valait pas la peine que je me brouille avec mes potes.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieCet été-là fut le dernier de nos étés à nous amuser. L’école avait recommencé si vite et les années ont passé. J’ai rencontré une merveilleuse femme qui est devenue la mienne et j’ai eu trois beaux enfants. Mais parfois, nostalgique, il m’arrive de retourner à ce petit resto et y commander un lait frappé au comptoir. Dès les premières saveurs, je me souviens de la belle Marilyne et de mes potes. Combien la vie était bonne quand elle avait un goût de fraise ou de chocolat.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

3 avril 2015

Avant de n’être que cendres

Il y a de ces mondes turbulents qui nous entourent.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Tandis que les fresques du ciel s’émiettent, tes bras forment autour de mon corps un refuge inespéré.  Les ciels malheureux ont un goût de poussière.  Un goût de cendre noire couchée sur les lacs qui bordent les feux de brousse.

Il y a de ces amours que l’on ne rencontre qu’une seule fois et qui nous bénissent de cette eau que versent les yeux quand la joie les réchauffe.  On s’imagine alors devenir quelqu’un de meilleur.  Un regard qui nous pousse à nous élever.  Qui nous pousse à faire de nos choix des réponses pour l’avenir.  Une voix à laquelle s’accrocher.  Un silence dans lequel on rêve.  Dans lequel on rêve à deux. Il y a cette personne que tu es.  Qui chérit la femme que je suis.  Qui la protège et l’aime au-delà de sa propre vie ?  Et qui la connaît bien plus qu’elle ne se connaîtra jamais.  Parce qu’elle ne voit pas comme ton cœur a vu tout ce qui se cache au fond de ses propres pupilles.

Tes mains sur mes hanches et c’est tout mon monde qui bascule.  S’effondrent les assises et les boucliers que j’avais érigés.

Et si c’était nous qui avions raison ?  Qui savions réellement ce que c’est que le bonheur ?  Nous dessinons de nos amours, de nouvelles teintes que les yeux ne peuvent percevoir.  Des couleurs trop vives pour ceux perdus dans le noir qu’ils broient comme des mortiers acharnés.  Et lorsque la pluie ruisselle, les feuilles des arbres sous lesquels nous faisons l’amour sont tachées des arcs-en-ciel qui glissent sur leur derme lustré.  Et qui tombent sur nos corps étreints.

À trop nous aimer, nous nous faisons des ennemis.  Des regards lourds de mépris scrutent le moindre de nos baisers.  Envient la moindre de nos caresses.  Et mon corps répond à tes souffles chauds.  Toi qui m’emportes comme les grandes marées d’automne qui ensevelissent les dangereux écueils.  Tes mains sur mes hanches et c’est toute ma vie qui balance.

Il y a de ces moments où l’on croit pouvoir changer le monde.  Où l’amour nous rapproche d’un paradis perdu.  Paradis oublié quelque part entre les rôties que l’on graisse au petit-déjeuner et le livre qu’on dépose sur la table de chevet quand les nuits sont blanches.  Et dans ces moments, je prends la voûte qui mène là où les morosités ne sont que des brumes qui se dispersent lorsque le soleil se lève.  C’est plus qu’une question d’attirance.  C’est bien différent de la plupart des relations que j’ai entreprises auparavant.  C’est toi qui sauves une partie de moi.  Celle qui ne croyait plus en l’amour avec un grand « A ».  Qui pensait réellement que les petits « a » amoncelés les uns sur les autres pouvaient en bâtir un grand.

Mais à un certain âge, on se rend compte que se mentir à soi-même, c’est se refuser le droit au bonheur.  Et tout ce qu’on a collectionné jusqu’à présent, ce sont les amours mortelles au goût de cendre.  Un peu comme ces ciels miséreux que j’ai connus et dont j’efface la trace doucement à chaque baiser que tu m’offres.  Je sais aussi que tout meurt et que nous ne serons jamais à l’abri de l’invisible.  Mais avant de n’être que cendres à notre tour, tes mains sur mes hanches, étendus l’un près de l’autre et les yeux dans les yeux, nous sommes si près du bonheur.

Et si c’était nous qui avions raison…

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

7 mars 2015

La passeuse d’âmeschat qui louche maykan alain gagnon francophonie

J’avais envie de pleurer.

La vraie créativité part des tripes et aboutit dans un cri.  Le cri peut être silencieux.  Il peut déchirer la nuit.  Il peut se perdre dans l’huile d’une peinture ou dans le sang d’encre d’une histoire, mais l’important, c’est qu’il parte des tripes.  Après, tout n’est que mascarade, car il faut sans cesse créer pour se sentir exister.

Je lui dis qu’elle est normale et qu’elle réussira à s’exprimer librement, si elle s’en donne la chance.  Derrière le glacis de ses larmes, elle me considère d’une étrange façon.  Dans un sourire, je lui dis que sa coquille explosera enfin et qu’elle s’envolera comme le papillon bleu que, jeune, elle rêvait de saisir.  Mais pendant que ces mots se fraient un chemin jusqu’à son cœur, j’ai tellement peur de mon ombre.  Je ne suis pas capable de trouver le courage de mes convictions parce que je n’en ai aucune.  Je suis là, à la rassurer, alors que mon potentiel s’envole en une nuée d’insectes noirs.  Et je demeure là, à écrire plutôt qu’agir.  Peu m’importe si je porte le même pyjama depuis des semaines, car l’héroïne du roman que j’écris ne le saura jamais.

Elle pense, pense, pense.  Elle me dit qu’elle a un problème, mais c’est moi qui en ai un.  Je n’éprouve aucune émotion parce que mon cœur a été enfermé dans une cage de verre et se montre à peine le bout du nez sur la mezzanine de mon cerveau.  Il voit à travers mes grandes fenêtres couleur noisette, la vie qui s’écoule et il se sent loin de tout, comme l’enfant malade qui regarde les autres enfants jouer dehors du haut de sa chambre.  Mon cœur porte une camisole de force pour éviter qu’il ne se blesse quand il en aura assez.  Quand il voudra se fracasser sur les parois de ma cellule grise.  Petit oiseau à qui j’ai coupé les ailes.  Il saigne à chaque pulsation et cavale après sa mort.

Je sais que le lépidoptère s’envolera un jour, et qu’elle trouvera enfin le chemin vers sa liberté.  Mais moi, je suis la passeuse d’âmes.  Je resterai là pour aider d’autres papillons à s’envoler, parce que c’est plus facile de vivre dans le fardeau de cette mission que de goûter à la vraie liberté qui a un prix que je ne veux pas payer.  Mon visage change soudain pour prendre les traits de la nuit qui borde mes pensées.  Au fond de leurs yeux scintillent les étoiles.  Ils ne savent pas qu’elles brillent en eux et je suis celle qui les aide à prendre conscience de cette existence.

Elle pleure maintenant sur mon épaule qu’elle éprouve des désirs pulsionnels, des désirs charnels et qu’elle ne peut pas comprendre pourquoi.  Elle me raconte toutes les fois où elle s’est sentie à côté de ses pompes, traversant les miroirs dont les reflets mensongers trahissent ses angoisses.  Et je pleure en silence que je n’ai pas de désir et que j’aimerais cent fois plus être à sa place qu’à la mienne.  Même si je lui disais, le papillon ne me croirait pas.  Ça n’existe pas quelqu’un comme moi.  Des larmes qui coulent par en dedans, ça fait d’immenses étendues amères qui noient les bouteilles à la mer.

Elle bat des ailes et je lui crie de ne pas y aller trop fort.  D’y aller doucement, étape par étape.  Que les oiseaux les plus fous parcourent des milliers de kilomètres, mais qu’ils débutent toujours par le premier battement d’ailes.  Que d’autres se fracassent le bec dans les miroirs des villes, ces immeubles qui grattent le ciel.  Je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça…  Je vois sa moue inquiète et pour me faire pardonner, je lui fais un cadeau inestimable.  Je crois en elle.  J’embrasse ses fantaisies et la pousse à s’accomplir.  Je l’aime d’un amour inconditionnel, parce que l’amour donne des ailes.  Mais je ne veux pas qu’elle s’envole.  En fait, pas tout de suite.  Sa compagnie me rassure.  Des sourires se dessinent sur mes bras lorsqu’ils l’étreignent !

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMais un beau matin, j’ai vu par terre une coquille cassée.  J’ai regardé vers le ciel et j’y ai vu le soleil.  Éblouie, j’ai caché du revers de ma main, mes yeux peu habitués à l’éclat de lumière.  Elle avait été attirée vers la liberté parce qu’elle avait du courage.  Et je me retournai.  Je pris dans ma main la ficelle qui entourait mon petit corps et je vérifiai si elle était toujours aussi solidement attachée.  Je ne m’envolerai pas, j’avais tout fait pour que ça n’arrive pas.  J’avais coupé mes ailes d’oiseau bleu pour ne jamais être attirée par la soyeuse lumière de la vérité.

Après tout, je ne suis que l’élan qui pousse les autres à franchir la ligne.

Et je ne suis que la voix qui leur demande de rêver.

Notice biographique

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Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

7 février 2015

Mélusine

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Elle souriait. Mélusine se rappelait le piaillement aigu des oisillons qui excitait ses oreilles sensibles à leur joie, mais la saison n’était plus et les chants avaient changé. Le vent encore doux faisait courir les feuilles qui séchaient et qui seraient prisonnières de l’hiver, lorsque les pluies deviendraient neiges légères. À ses pieds nus, celles-ci couraient dans un sens et dans l’autre comme si elles allaient manquer le bal. Il faisait froid maintenant que l’été avait complètement disparu et Mélusine était de celles qui croyaient que la mort était le silence et la poésie précédant la naissance d’autre chose.

Elle s’était glissée dans l’éclat de lumière qui dessinait d’or la silhouette des branches. Sentant la chaleur du soleil timide réchauffer la peau de son visage. Un voile doré descendit jusqu’à son cou lorsqu’elle pencha un peu la tête en arrière et elle se surprit à rire. Les bras ouverts, son manteau s’ouvrit, dévoilant sa nudité. Ses longs cheveux blonds glissaient sur sa poitrine nue. À son nombril scintillait un bijou en argent. Moment de grâce, elle remerciait le ciel d’être ici.

Elle se trouvait devant son arbre favori. Depuis des années qu’elle le veillait et l’aidait à croître dans cette forêt très dense, tassant les souches d’arbres morts. Elle n’aurait su dire pourquoi, mais elle s’était sentie liée à cet arbre. Elle connaissait le sentiment d’oppression que génèrent les autres parce que vous êtes différent. Les cèdres lui cachaient le soleil de leur épais feuillage vert, mais il prenait tout de même sa place. Lentement, mais sûrement. Contemplative, elle posa sa main sur son tronc, faisant tressauter ses doigts sur les rugueuses et profondes rides. Elle sentit sa sève circuler sous les couches qu’avaient ajoutées les années, et un oiseau curieux, qui s’était posé sur une branche repartit gaiement en poussant de petits cris hardis.

Aussitôt sortie du halo de lumière, elle eut le frisson. Elle resserra les pans de son manteau. Elle était venue en cet endroit pour réfléchir. Réfléchir à ce que serait sa vie avec l’homme qui possédait son nom. Qui le murmurait telle une incantation, les soirs, alors que les lunes s’accrochaient aux étoffes des ténèbres. Il l’accusait de l’avoir envoûté, mais elle était bien plus ensorcelée que lui ne le serait jamais, et elle le savait. Avait-elle réellement besoin d’amour ? Enfin, d’amour charnel ? Elle supposait que oui.

Et elle songeait à lui. Entre les mèches sombres de ses cheveux rebelles, elle percevait ce regard meurtri qui pénétrait les abîmes de son âme. Ses yeux qui la tueraient de passion. Et elle imagina la ligne dure de sa mâchoire et le creux de ses joues noircies de cette barbe persistante, cachant une cicatrice d’enfance. Sa bouche sensuelle, rouge et chaude d’avoir exploré son intimité. Son sexe offrant et humide de son désir. Sa verge en elle, elle lui offrait le spectacle de son corps qui bougeait sous ses caresses, faisant monter l’excitation. Quand l’amour la prenait, elle était dans une sorte de transe et de grandes ailes noires se déployaient dans son dos. Elle était Mélusine. Il ne les voyait pas, ses appendices aux plumes géantes. Il ne les verrait jamais. Mais elle savait qu’elle était la femme de plusieurs comme lui. Elle était la mère de toutes les femmes et elle se repaissait de ces hommes comme ils l’affamaient.

Ses doigts laissaient des rougeurs sur ses cuisses et quand tous ses muscles se tendaient, que ses reins se cambraient en un dernier assaut, leur chair bouillait déjà d’une mort qui courait dans toutes les fibres de son être. Il se répandait en elle comme la vie, en un potentiel, peut tout créer. Et dans un râle qui s’exhalait de cette gorge puissante, il s’effondrait sur la rosée de sueur qui perlait sur son corps, caressant ses seins tourmentés de passion. Quand ses yeux se fermaient pour rêver, elle quittait le bel amant et s’enfermait dans son atelier. Toute la nuit, à la lumière des chandelles, nue devant son chevalet, elle peignait des horizons au point de fuite infini. Rien pour la retenir. Pas même le ciel.

Elle ne savait pas ce que les arbres pensaient d’elle. Elle serpentait pour échapper à sa réalité au lieu de s’ancrer à la Terre et chercher à s’élever vers le soleil. Ils lui diraient qu’elle pousserait croche à fuir la lumière. Et là, Mélusine s’esclaffa. Un rire sonore, aussi gai que le chant du ruisseau s’écoula dans toute la forêt. La femme qui parlait aux arbres. C’était quand même les seuls êtres vivants qui ne lui demandaient pas sans cesse d’être une autre. Qui écoutaient et qui lui racontaient la vie. Même les animaux avaient des attentes. Pour les plus domestiqués d’entre eux, ils avaient besoin d’être soignés. Ils avaient besoin d’attention et elle n’avait pas envie d’en concéder. Elle voulait seulement partager avec d’autres, sans qu’il y ait d’attente en retour. Sans qu’on lui prenne tout et qu’on la laisse plus seule qu’elle ne l’était déjà… Même chose avec les humains. On aimait, on voulait être aimé. On dénaturait l’autre et on se rendait dépendant de lui, quitte à s’oublier ou oublier celui qui était devant nous. Les arbres ne lui avaient jamais rien demandé en retour pour l’énergie qu’ils lui avaient transmise. Ils n’auront pas besoin d’elle pour continuer d’exister. Selon la jeune femme blonde, tout ce qui était sauvage et indompté était beau. Beau parce qu’il demeurait pur. Intact. Domestiquez l’animal et vous penserez avoir trouvé un ami, mais libérez une buse et vous aurez trouvé votre propre félicité.

Arrivée devant le lac aux reflets orangés du soleil qui s’éteignait, elle fit glisser sonchat qui louche maykan alain gagnon francophonie manteau sur sa peau hérissée par le froid. Lasse et engourdie par toutes ces pensées, elle ne sentait plus la morsure du temps. Mélusine continua à marcher vers le lac et elle y pénétra lentement, comme dans un rituel gravé en sa mémoire pour les siècles et des siècles. Sur la surface de l’eau reposaient quelques feuilles de bouleau qu’elle frôla du bout des doigts tout en continuant d’avancer. Elle plongea dans l’eau glacée et revint à la surface comme une nouvelle femme. L’eau du lac lavait son corps et son esprit des peurs, des angoisses et des doutes.

Le soleil se couchait et les arbres se camouflaient dans le voile de la nuit avant de disparaître. Ses ailes avaient besoin d’amour pour être déployées. Elle reviendrait vers lui. Lui qui attendait de savoir qui elle était devenue, cette fois.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

10 janvier 2015

Sous un rideau de saules…

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

La Forêt de Fontainebleau (1867) de Narcisse Diaz de la Peña

Ces temps-ci, j’affectionnais beaucoup ces balades que je faisais sur les berges de la rivière et chaque fois que le temps me le permettait, j’atteignais cette saulaie que je croyais imprégnée de magie. Les passants devaient ressentir le même émoi puisque les sentiers étaient fréquemment empruntés, malgré la saison tardive. Un couple âgé fit une halte sur le ponceau et observait les envoûtants remous de l’eau à cet endroit. Assise sur un banc, sous les branches frivoles d’un saule, je me surpris à rêvasser à propos de l’amour. Vous occupiez donc toutes mes pensées.

Un rossignol cherchait désespérément un vers sous cette terre qui gelait et moi, je cherchais les mots pour vous aborder. L’amour c’était attendre que cette vie passe pour que dans l’autre vous me rencontriez.

Pour que vous ouvriez les bras quand vous me verriez. Pour que vous posiez vos lèvres sur les miennes sans avoir peur de ce que diraient ces autres qui épiaient. Pour que vous puissiez dire : « Je suis libre d’aimer qui je veux ! » et que cet amour ne vous effaroucherait guère. Peut-être était-ce foncer vers l’inconnu et raconter de l’étincelle dans les yeux le secret de la vie ?

L’amour, ce serait attendre que vous acceptiez d’aimer la personne que j’étais parce que je savais très bien qu’il me faudrait du courage et de la patience pour continuer d’espérer. L’amour, ce serait de tomber vers le ciel tandis que le monde était à l’envers. Ce serait ouvrir son âme à des jours meilleurs et la nourrir de beauté.

Ce serait aussi nager sur les vagues immenses tout en s’enlaçant sur la plage. Et compter les nuages en effeuillant les marguerites de nos couronnes. Ça serait sans doute apprivoiser la tempête quand celle-ci gronderait. Ce serait aimer le silence des cœurs qui battent des ailes à deux.

L’amour serait de reconnaître derrière le miroir, la femme que je suis. Et traverser le vôtre pour commencer la vie.

L’amour, au fond, serait votre main dans la mienne. Et que toutes ces certitudes s’effondrent.

Derrière les immenses montagnes, le soleil s’en alla dormir. Il se mit à faire froid et un frisson fit naître en moi le désir de partir. Tandis que les derniers rayons de cet astre heureux effleuraient la peau de mon visage, la rivière en contrebas murmurait dans l’ombre. Je quittai ce banc trop grand et je traversai le rideau de feuilles jaunes qui se garnissaient de cire à l’approche de l’automne. Retroussant le collet de mon coupe-vent, mains dans les poches, j’arpentai le même sentier pour revenir à la maison, ne rencontrant nulle autre solitude que la mienne.

Hélas, je n’ai pas trouvé les mots pour vous aborder. Cependant, j’ai trouvé les couleurs pour vous peindre en lettre d’amour. Dans ce tableau que je composai, il y avait cette rivière pour nous y baigner. Vos yeux s’animaient dans des éclats de rire que partageaient les soleils d’été et l’ombrage des saules penchés dessinait des nids de porcelaine pour accueillir vos lectures. Et il y avait, bien sûr, ce banc. Ce banc où je vous ai rencontrée. Où tout a commencé.

En pleine nuit, je suivis le sentier bordé de lanternes et je revins dans cette saulaie. Sur ce banc, à votre attention, je déposai le tableau emballé d’un papier brun et avec pour seule couleur les lettres en rouge de votre nom. Lorsque vous le verrez, oserez-vous déballer ce présent ? Oserez-vous le contempler et vous voir comme je vous vois ? Je l’espérais. Et avant de m’en retourner sur le sentier, une brise légère se leva. Leurs longues branches dans le vent, les saules me firent le serment de vous révéler ce que je n’avais osé peindre. N’étaient-ils pas seigneurs de l’endroit et de leurs ravissants parfums, n’avaient-ils pas fait se réunir deux personnes que leur présence avait émues ? Alors que le soleil ouvrait les yeux sur un jour nouveau, sous un rideau de saules se cachait un tableau qui vous attendait.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

27 décembre 2014

Le flocon de neige

 Il était une fois, un flocon de neige qui descendit du ciel…

 Un soir de décembre, quelques jours après le Saint Anniversaire, la neige tombait chat qui louche maykan alain gagnon francophonie lentement sur les toits des maisons et des voitures, faisant ombrage à la lumière qui s’efforçait de rappeler aux passants le chemin à suivre pour rentrer chez eux. Les immenses flocons tombaient comme dans une boule de verre que l’on aurait secouée dans tous les sens, semant une tempête silencieuse.

 Je me souviens de cette nuit comme si c’était hier. Le grand pin aux cocottes gelées caressait de ces longues branches aux plumes vertes les carreaux de ma fenêtre givrée. La solitude avait coutume de me faire frissonner et j’observais avec envie les voisins festoyer en famille. Je n’étais plus toute jeune, mais je persistais à croire en cette étoile qui brillait tout là-haut, derrière les ciels bas d’une nuit enneigée. Le cœur rempli d’espoir et de folie, j’avais fait un souhait étrange. En regardant le ciel, mon cœur s’emballa juste à la pensée d’avoir été mère. Mon vœu était d’autant plus impossible qu’absurde, puisqu’à mon âge, on ne pense plus au temps que l’on a devant soi. On pense plutôt à celui qui nous a filé si vite entre les doigts. Je demandai à ce bon vieux bonhomme barbu, qui la veille était descendu du ciel, un cadeau qui ne se place hélas pas sous le sapin. Un cadeau qui apaiserait mes tremblements d’un sourire. Cet enfant que je n’avais jamais eu… Ah oui ! J’ai prié aussi fort que pouvaient l’être les verres de whiskey de mon Irlandais de mari, Dieu ait son âme ! Et je me surpris à rire de moi. « Quelle folle ! fis-je, agenouillée à la fenêtre, mains jointes pour prier. Un enfant qui tomberait du ciel ! » En me relevant, la chanson de mes vieux os me rappela que la seule chose que j’avais gagnée avec les années, c’était de l’âge.

 Mon défunt mari et moi n’avions pas eu la chance de voir une marmaille pleine d’espérance et de joie descendre quatre à quatre les escaliers, lors des matins de Noël, afin de déballer ces cadeaux que nous n’achetions en fait que pour remplir ce vide autour de nous.

 Soudain, un bruit me fit revenir à la réalité. On frappait à ma porte. Hésitante, je refermai les pans de mon peignoir et j’allai tout de même vérifier. Quelle ne fut pas ma surprise de voir derrière cette porte un garçon emmitouflé dans une épaisse pèlerine grise !

 chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJe jetai un coup d’œil aux alentours, pour voir si quelqu’un l’accompagnait, mais il semblait seul. Son visage était blanc comme le lait et ses joues rouges comme les pommes en automne. Il ne semblait pas frigorifié et j’en fus étonnée, car cette nuit-là, la fumée des cheminées dansait très bas sur nos têtes. Sur la galerie et les marches d’escalier, il n’y avait ni traces de pas ni l’ombre d’un père ou d’une mère. Cet enfant devait avoir été abandonné et errait dans les rues, à chercher quelque chose à se mettre sous la dent. Quelle horreur ! Un enfant ne devait pas avoir à emprunter de tels chemins de vie. Entendre miauler les chats errants sur le pas de ma porte pour quêter une arête de poisson me retournait, inutile de dire comment je me sentais devant cet enfant qui venait de nulle part. Je le pressai d’entrer et refermai la porte derrière lui.

 Comme il était beau ce petit ange qui me regardait. Ses grands yeux bleus me fixaient comme si le ciel avait choisi cette couleur parce qu’il l’avait regardé, lui aussi. Il semblait voir très loin en moi. Ce regard étincelant me fit croire que l’âme de ce garçon était bien plus vieille que je ne le croyais. Presque aussi vieille que le monde lui-même. Émerveillée, un sourire naquit sur mes lèvres.

 Je lui apportai une couverture pour apaiser la morsure du froid. Lorsque je revins avec la courtepointe de ma mère, sa petite bouche vermeille me gratifia d’un merveilleux sourire.

 Je l’aidai à se dévêtir. Quand je fis choir son capuchon, de blancs cheveux hirsutes apparurent. Quel drôle de couleur pour un enfant qui ne devait pas avoir plus de cinq ans ! Assis près du foyer, je lui posai un tas de questions qui restèrent, malgré mon insistance, sans réponses. Il continuait de me regarder. Ses courts cheveux blancs, ébouriffés, le rendaient adorable. J’ai bien vu qu’il ne comprenait pas un traitre mot de ce que je lui disais ! Soudain, son attention fut détournée. Médusé, il observait les décorations de Noël qui scintillaient, passant du rouge au bleu et du rose au jaune. Dans le but de lui délier la langue, et pensant bien faire, tandis qu’il scrutait les petits soldats accrochés aux branches du sapin, je lui préparai quelques bons biscuits faits la veille et un grand verre de lait chaud. Il devait mourir de faim. J’avais été bête de ne pas y avoir songé plus tôt.

 Lorsque je revins au salon avec le plateau de victuailles, je fus étonnée de constater son absence. Je l’appelai dans toutes les pièces de la maison en le surnommant : « garçon », puisque son prénom m’était inconnu. Aucune trace du petit bonhomme. Peut-être était-il reparti ? En ouvrant la porte, je ne perçus que l’épais tapis de neige.

 Le vide en moi me hurlait sa présence à nouveau.

 Lorsque je me suis assise à la place qu’il occupait quelques instants plus tôt, je constatai que mes pantoufles étaient humides. Mes pieds barbotaient dans une flaque d’eau. Je me souviens d’avoir levé les yeux vers le plafond pour découvrir la provenance de cette eau. Je ne trouvai pas de réponses à l’existence de cette mare près du foyer. Jusqu’à il y a quelques années. La réponse m’apparut alors aussi évidente que le nez au milieu de la figure.

 Aujourd’hui, le vieux pin gratte toujours à la fenêtre de ma chambre, comme un chat à la porte pour entrer. Alors que ma vie s’achève, chaque Noël, je pense encore à cet enfant qui est entré dans ma vie. Je crois que l’on exauça mon vœu ce soir-là. Je crois aussi avoir rencontré le plus magnifique flocon de mon existence et, depuis, le souvenir de son sourire me réchauffe l’âme.

 Il était apparu dans ma vie, un soir de décembre, tel un brin de neige qui se dépose chat qui louche maykan alain gagnon francophoniesur le bout du nez. Sans prévenir. La magie de Noël a su raviver ce cœur qui n’avait pas aimé depuis des années. Je souhaite, à tous ceux qui espèrent, un tel instant de magie, aussi fugace peut-il être. Les cœurs sont plus tendres lorsqu’à la vie on demande.

 Cette nuit-là, étendue sur le grand lit, la vieille femme fit un dernier souhait.

Tandis que les étoiles brillaient dans le firmament, ses paupières se fermèrent à jamais.

Il était une fois deux flocons de neige qui s’élevèrent vers le ciel, prenant la route qui mène vers l’éternel.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

12 décembre 2014

Les édredons font de beaux cercueils

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Crédit photo : deviantart

 

 J’ai la peau qui bout sous tes caresses ardentes

J’ai leur cœur qui frémit sous tes baisers enflammés

Pourtant je me sens esseulée

Malgré que tu sois à mes côtés…

 Tomber amoureux. Nous avons chuté littéralement dans l’abîme, lui et moi. Une tranchée glissante, dont les amants morts ne remonteront jamais, enlisés dans la boue des jours sans lumière. Des nuits sans étoiles. Nous parlons si peu. Nous explorons nos corps oubliés pour découvrir que le soleil de minuit tatoué dans le creux de mes reins est un dernier ciel pour l’Icare qu’il est. Et quand nos têtes percutent les anneaux de saturne, nous brûlons nos ailes de cire pour nous écrouler sur Terre, dans sa chambre, sous ses draps.

 J’ai le souffle court, j’ai peine à respirer

Tes mains autour de ma gorge

Je sens que je vais m’envoler

Tes violences sont un poison

Que mon cœur apprend à pardonner

J’avais tant besoin de me brûler…

 Il croque la pomme jusqu’au cœur et il me crache en plein visage les pépins qui entravent son souffle. Il me dit que je suis de celles que l’on ne rencontre qu’une fois dans une vie, et c’est pourquoi il n’aime pas que d’autres hommes posent les yeux sur moi. J’étais tellement heureuse. Heureuse d’aimer. Je croyais que l’amour, c’était ce coup de foudre qui paralysait mon corps entier devant son sourire enjôleur. Je pensais que c’était ses mots défendus qu’il soufflait dans le creux de mon cou. Mais il n’y eut plus de magie. La foudre a disparu, mais les coups sont restés.

Les bras en croix, je songe au soleil et aux champs de blé à perte de vue. Des champs trop grands pour la gamine que je suis. Des blés qui se balancent dans le vent et j’ai le vertige à regarder la course des nuages. Ils se gonflent de blanc et foncent dans le bleu du ciel comme un troupeau de bisons tourmentés. Je suis déjà là-bas… Je suis déjà là-bas.

 Mon corps sous le tien, abîmé

Je suis celle qui creuse pour s’évader

Les édredons font de beaux cercueils

Quand l’amour tue la femme que tu effeuilles.

 NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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La magie des mots, par Francesca Tremblay…

28 novembre 2014

Novembre arrogant

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJe voulais me persuader que l’amour subsistait encore. Il devait être là, caché sous la neige euphorique d’un novembre arrogant. Je voulais me convaincre que l’amour n’était pas parti avec eux, enfermé dans leurs cœurs qui s’aimaient à deux. Il devait être là, dissimulé au fond des prunelles d’un autre comme moi…

Le café de la gare se remplissait de lumières très tôt en fin de journée et les ombres grandissantes créaient l’émoi chez les passants. Une douce fébrilité s’emparait d’eux comme un démon passé midi. L’hiver naissait rapidement cette année et la chaussée glissante ralentissait les ardeurs des travailleurs qui retournaient à la maison.

Souvent, il m’arrivait d’observer les couples d’amoureux qui s’étreignaient et je ressentais l’irrépressible convoitise d’être à leur place. Moi aussi, j’aurais voulu me perdre, main dans la main, sur les chemins qui mènent à Rome. Pourtant, j’étais incapable de me retrouver dans une autre moitié, une âme jumelle, celle rencontrée dans d’autres vies que celle-ci. Celle retrouvée pas plus loin qu’ici. Un éclat de rire, un sourire enjôleur par-ci, des œillades enamourées par-là, des moments où tout se jouait en un seul instant, il y en avait. Des réponses à mes questions, des folies sans raison. Les absences répétées d’un corps torride contre lequel se lover et avec lequel éprouver maints plaisirs… Ça aussi, il y en avait.

Je voulais me convaincre que l’amour existait encore. Quelle sorte de « moi » il y aurait sous ce masque rigide que j’enlèverais enfin, si je l’osais, pour aimer sans déguisement ! Cette autre que j’étais devenue parce que je croyais plus que tout que c’était ce qu’il fallait devenir. Et ces énigmes montaient vers les nuages de novembre, qui dormaient là-haut. Elles chutaient du ciel, sous forme de minuscules flocons, pour parsemer les ruelles que j’empruntais de retour vers mon appartement. Ils attendrissaient mon chagrin devenu pigeon d’argile que l’on vise et que l’on tire. Chagrin que je meurtrissais avec ferveur parce que le noir n’était pas ma couleur favorite. Je préférais les roses soleils couchants, les roses fleurs que l’on tend. Les rouges lèvres qu’on embrasse et les rouges joues qui s’embrasent.

Je m’étais vêtue d’habits confortables et m’étais assise devant le téléviseur fermé, avec pour seule lumière celle de ma fenêtre qui donnait sur la rue. Le vacarme de l’horloge fit sortir de sa torpeur l’adulte que j’étais. L’enfant que je ne serais plus. Je tripotais pensivement les laines brisées de ce chandail trop grand. L’amour avait glissé sur moi, comme l’eau sur le dos des oiseaux. Ne s’accrochant même plus aux perches que je lui tendais ni aux écorchures qui se refermaient.

Je voulais me convaincre que l’amour existait encore. Mais j’étais si loin de ce que je ressentais, si loin des sentiers que je voulais emprunter et, annihilée par la peur, je me barricadais dans le bourdonnement des silences qui guettent une femme seule.

Les brumes soporifiques de la ville me firent rêver à une autre, comme moi, qui descendrait l’escalier de l’immeuble pour aller à un rendez-vous avec un galant. Elle embrasserait ses lèvres pour le remercier des lys rouges. Son bras autour de sa taille, elle lui répèterait combien terne était la vie sans sa lumière. Ils remonteraient la rue vers leur restaurant favori, s’arrêtant quelques fois pour s’embrasser sous la neige légère d’un novembre arrogant. Les passants souriraient en les voyant s’aimer. Mais quelle femme étais-je pour croire que l’amour pouvait mourir un jour ? Tant qu’il y aurait des roses, il y aurait des gens qui s’aiment.

Et j’espérai encore que cette femme serait moi. Une fois, seulement.

Je voulus donc détruire le sourire narquois de l’hiver qui s’installait pour de bon et qui me voyait frissonner de solitude. Je m’habillai chaudement et sortis en trombe de cet appartement. D’un pas décidé, j’empruntai les ruelles blanches qui me conduiraient un jour à Rome. Puis, sur les trottoirs, je courais sous les lampadaires ne sachant trop vers où aller. Et soudain, je m’arrêtai net.

Dans la grande vitrine du café de la gare, je vis mon reflet. Une jeune femme au foulard rouge, haletante, nechat qui louche maykan alain gagnon francophonie sachant quoi espérer de la vie. Derrière cette image se trouvait un homme qui s’affairait à nettoyer les tables. C’était l’homme qui me souriait chaque matin en me servant mon café. Tout devint limpide. Comme si je lui avais demandé de me regarder, il leva les yeux vers moi et, surpris de me voir si tard sans doute, il me fit un large sourire. De ceux qu’ont les gamins lorsqu’ils déballent un cadeau. Il se préparait à la fermeture, mais il ouvrit la porte tout de même et, d’un grand geste de la main, il m’invita à entrer. Mes silences de femme seule n’auraient plus raison d’exister.

Le café de la gare veillait très tard dans la nuit. Nos ombres grandissantes dansaient sur les murs de briques rouges. Tandis que nos rires se racontaient la vie, je compris que l’arrogance de novembre m’avait persuadée d’ouvrir mon cœur à l’amour.

 NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Francesca Tremblay publie…

23 novembre 2014

C’est avec plaisir que nous vous présentons les nouvelles parutions de notre chroniqueuse Francesca Tremblay…

Le secret du livre enchanté — Le médaillon ensorcelé

Francesca Tremblaychat qui louche maykan alain gagnon francophonie

ISBN 978-2-923919-05-8

Format : 4,25 X 7 pouces

206 pages

Année de parution : 2011

 

Résumé
Mez est le fier messager de l’annonce du printemps. Remarquant par une fenêtre un enfant toujours endormi, la petite mésange croit qu’il est victime d’un maléfice. Aussitôt, il court chercher secours auprès d’une vieille amie. Arrivée devant la maison, Margareth découvre que le garçon malade est son petit-fils. Elle doit maintenant affronter son passé. Pour le sauver, il s’agit de faire ressurgir des confins de la terre un vieux grimoire poussiéreux rempli d’histoires fantastiques afin de libérer son esprit de ce corps malade. Pour réussir cet exploit, sa fille et elle devront se mesurer à de redoutables adversaires dans un univers magique. Réussiront-elles à sauver Michael ?

 

Le secret du livre enchanté — La Quête d’Éléanore

Francesca TremblayLe-secret-du-livre-enchanté_Tome2_La-quête-d'Éléanore

ISBN 978-2-923919-14-0

Format : 4,25 X 7 pouces

386 pages

Année de parution : 2012

Prix : 15,00 $

Résumé

Qui sont ces créatures maléfiques que Margareth craint tant ? Si elles ont causé la mort de son mari des années auparavant, celles-ci tenteront bien l’impossible pour terminer ce qu’elles ont commencé. Sorties par enchantement des pages du grimoire, elles remonteront à la source pour détruire les dernières traces de magie et Éléanore devra tout faire pour les en empêcher. La magie est la seule chose qui permette à la vie de s’épanouir et c’est cela même qui a sauvé son fils de la maladie.
Un mystérieux oiseau noir volera à son secours, mais la jeune femme n’est pas au bout de ses peines. Elle devra remonter dans le temps pour trouver une vieille sorcière qui en sait bien qu’elle sur l’origine de ses propres pouvoirs. Dans sa quête rocambolesque espérant semer ses adversaires, Éléanore découvrira la vérité. Mais une question s’impose : est-elle prête à assumer son rôle dans l’aventure qu’est sa vie ? Seule l’histoire le dira…

Le secret du livre enchanté — La statue de pierre

Francesca Tremblaychat qui louche maykan alain gagnon francophonie

ISBN : 978-2981451705

Format : 4,25 X 7 pouces

258 pages

Année de parution : 2014

Prix : 15,00 $

Résumé

Il y a 1800 ans : Un jour sans soleil, sur la mer d’Irlande, la vieille Molly Donegan, à bord de son embarcation fait une étrange découverte. À la vue de deux enfants sur cette porte de navire, elle présume qu’un bateau a été incendié au large. L’enfant aux cheveux roux porte à son cou le médaillon ensorcelé. La jeune Morgane et son frère seront voués à un grand destin, mais une sombre magie les guette. Un sorcier noir ayant le pouvoir de ramener les morts à la vie désire cette pierre magique et fera vaciller leurs destins ainsi que celui de tous leurs descendants.

 

Dans un cadeau

Francesca Tremblaychat qui louche maykan alain gagnon francophonie

ISBN 978-2-923919-11-9

Format : 7 X 8,5 pouces

184 pages

Année de parution : 2012

Prix : 24, 95 $

Résumé

N’avez-vous jamais eu envie de lire un journal intime qui ne vous appartenait pas, par simple curiosité d’y lire ce qui s’y trouvait ? Parcourez ce recueil comme si vos sentiments vous le dictaient, sans ordre ni logique. Prenez aussi avidement l’énergie et la puissance des mots que j’ai eu de plaisir à les écrire. Laissez-vous bercer par la douceur ou secouer par la peur d’un poème frais éclos. Je n’ai de vie qu’à travers la magie des mots. Laissez-vous toucher par elle et réinventez-la pour qu’elle vous réinvente à son tour!

(Francesca sera en séance de signatures à la Librairie Harvey d’Alma, le samedi 29 novembre ! Elle y dédicacera donc la trilogie  »Le Secret du livre enchanté » Tome 1 – 2 – 3, ainsi que le recueil de poèmes  »Dans un cadeau ». Allez la rencontrer! )


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