Escapade à la brunante, par Virginie Tanguay…

 Les couleurs de Virginie…

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Au début du siècle, lors de certaines journées glaciales, le vent soufflait sa détresse entre les planches des vieux bâtiments.  Ce son aigu ajoutait la mélancolie à la rigueur du climat.  La plupart des femmes, tels des piliers, toujours droites, avec un sens des responsabilités infaillible, s’accomplissaient en tant qu’épouses et mères au foyer.  Tout en chérissant leur mari, elles soignaient et éduquaient les enfants, cousaient les vêtements, entretenaient les maisons et cuisinaient de bons repas chauds.  Les cheminées fumaient jour et nuit, l’odeur des fèves au lard, au petit matin, enivrait les pièces jusqu’à réveiller les plus gourmands.  Au cours de la saison froide, les dépenses[1] étaient garnies de cannages et les galeries servaient de congélateurs.  C’était l’endroit idéal pour y faire refroidir les ragoûts de pattes de porcs !

On appréciait les joies de l’hiver, mais les rayons chauds du soleil et la lumière venaient à manquer.  Par doux temps, dans les champs endormis, le silence était roi.  Puis, le gazouillement des oiseaux se faisait timidement entendre, à commencer par celui du chardonneret jaune.  De peine et de misère, le sol québécois réussissait à se débarrasser de son manteau blanc.  Les bourgeons gorgés de sève éclataient.  Le plat pays qu’est le Lac-Saint-Jean se réveillait.

Les Jeannois[2] avaient hâte de sortir prendre l’air sans être emmitouflés de la tête aux pieds, ils rêvaient aux plaisirs estivaux.  Le départ des glaces allait entrainer une température clémente et permettre à la terre de porter à nouveau ses fruits.

Des mères, fières de présenter aux amis la binette de leur nouveau-né, les promenaient en poussette sur les trottoirs de bois.  La légèreté était au rendez-vous, elles avaient changé leurs vêtements de laine pour des jupes longues de coton et envoyaient la main aux gens, en guise de salutations en  passant devant les terrasses bondées.  Elles entendaient les discussions habituelles qu’amenait la nouvelle saison : d’après la quantité de neige tombée et le gel au sol, on prédisait les jours de pluie à venir, gageait sur l’abondance de la récolte des bleuets sauvages…  Les vieux pêcheurs se demandaient si les poissons allaient être de grande taille.

Certaines commères du village, attablées, écoutaient sournoisement les discussions et les ragots.  Ensuite, elles s’empressaient de bavasser à qui voulait entendre.  La vie était si paisible dans cette région que les histoires, réelles ou inventées, devenaient une source de divertissement.  Avec la chaleur qui s’installait tardivement dans ce coin de pays, les amoureux se réchauffaient à toute heure du jour sous les étoffes…  Voilà pourquoi les familles de l’époque comptaient en moyenne douze enfants ; ainsi, encore aujourd’hui, tout le monde se connaît, tout le monde est plus ou moins parent !  La chaleur humaine qui règne dans notre région a de quoi faire s’évanouir les morceaux de glace qui persistent au printemps !

L’aquarelle « Escapade à la brunante » suggère des personnages qui décrochent un moment des tâches quotidiennes et profitent d’une balade en canot sur le lac Saint-Jean.  Les eaux claires, aux couleurs tendres, inspirent une romance.  Au loin, repose un hydravion, attrayant par ses formes et l’ampleur de ses ailes.  Il s’agissait de la première visite d’un tel appareil dans la région, du jamais vu !

À bord de l’embarcation, le prétendant, au torse bombé comme celui d’un coq, ramait à la découverte de l’objet volant… à s’en déplumer le poitrail !  Certes, son endurance a dû impressionner les dames.  La nouvelle qui courut dans les alentours, les jours suivants, voulait qu’un oiseau rare niche au Quai des Anglais…  Et c’était la pure vérité !


[1] Endroit où on entrepose de la nourriture.

[2] Habitants du Lac-Saint-Jean.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

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