Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

L’ouvrier

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C’est le temps qui mûrit l’histoire et l’homme qui la fait évoluer.  Je suis interpellée par le récit de ceux qui sont passés avant moi.  Pour mieux comprendre le présent, il est souvent intéressant de connaître le passé et de retrouver le cours des événements dans le temps.  Qu’elle soit bonne ou mauvaise, à chacun son histoire.  La mienne me permet de m’interroger, de constater ce que je suis devenue.  C’est avec l’expérience et les essais que l’on grandit.  Chose certaine, celui que je croise sur mon chemin n’y est pas pour rien, il m’apporte un petit ou un grand « quelque chose ».

Je me promenais sur le trottoir de bois à Val-Jalbert quand j’aperçus, sur la terrasse du magasin général, un homme à l’air pensif.  Il dégageait une émotion palpable.  Mon imagination me transporta au début du vingtième siècle, en plein cœur de ce village industriel.  Déconcentrée, je trébuchai sur une borne-fontaine écarlate, pourtant très visible.  Je suis rêveuse et je m’y plais.

En une fraction de seconde, le vert sapin et le gris des toitures se modifiaient en des teintes neutres.  La couleur sépia enveloppait les lieux et évoquait les temps anciens.  Le chemin de fer où des troncs d’arbre ont poussé droitement accommodait maintenant un train à vapeur qui sifflait à son arrivée à l’usine.

Les touristes vêtus à la dernière mode, je les transformais en villageois.  Désormais, ils portaient chapeaux melon, salopettes, bretelles, lainages et robes en dentelles.

L’homme que j’avais repéré demeurait immobile et regardait en direction de la chute.  Il était ouvrier de la Ouiatchouan Falls Paper Company.  Je me demandais à quoi il réfléchissait.

Engagé au moulin de Val-Jalbert, il avait quitté son travail de bûcheron.  Quelques années étaient passées en un coup de vent.  Il était vaillant et apprécié.  L’opération de la machinerie n’avait plus de secrets pour lui : de l’écorçage, au défibrage, au tamisage… jusqu’au chargement des ballots de feuilles de papier dans les wagons.  Il offrait une qualité de vie à sa femme et à ses neuf enfants.  La famille habitait une luxueuse maison, dotée d’un système d’aqueduc, d’égout et d’électricité.  L’homme marchait jusqu’au moulin et rentrait auprès des siens après son quart de travail.  L’avenir laissait supposer un bonheur éternel et une certaine routine s’installait.  La réputation de Val-Jalbert n’était plus à faire.

Parfois les événements ne se déroulent pas comme prévus.  On ne peut pas tout planifier, peu importe l’époque que l’on traverse.  Au mois d’octobre 1918, une épidémie terrorisa les villageois, l’ouvrier y perdit deux enfants en moins de vingt-quatre heures.  Rien n’allait plus.  En l’espace de quelques années, la pulperie rencontra des difficultés insurmontables et les patrons se résignèrent à mettre définitivement la clef dans la porte.  Le village fut déserté, un gigantesque nuage noir assombrissait les lieux.

Ce travailleur me rappelle que rien n’est acquis dans la vie et que prendre le temps de dire « je t’aime » est important.  On se doit d’apprécier chaque moment parce que demain… tout peut basculer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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One Response to Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

  1. J’adore !! J’aime beaucoup la forme de ton texte, Virginie, autant que son contenu. C’est très beau. Merci…

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