Sous le soleil d’Opitciwan, par Virginie Tanguay…

27 juin 2017

Les couleurs de Virginie

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Quand le soleil se pointe à l’horizon, il diffuse sa lumière partout sur son passage : des grandes villes jusqu’au plus secret des jardins. Elle se faufile entre les bâtiments des places publiques, s’introduit dans les ruelles et fait croître les arbres de nos forêts. Illuminant à la fois le visage de tous, dont les enfants, les mendiants, les hommes d’affaires, et réchauffant le sable des plages désertes. La lumière est une source d’énergie universelle.

Il est important de valoriser les lieux de paix où le silence donne accès à notre intériorité. Ce sont des endroits qui alimentent les rêves de plusieurs. Quand on a besoin d’un retour aux sources, de ressentir pleinement ses émotions, il devient essentiel d’étancher cette soif d’évasion. Je connais bien un milieu où il fait bon s’exiler pour se retrouver. Parmi les paradis dont regorge le Québec, on trouve un village de la nation atikamek : Opitciwan. Derrière son lourd passé historique s’étale une vérité : les membres de la communauté autochtone ont de profondes racines et ils évoluent en sol fragilisé.

Personne ne peut nier cette réalité à laquelle ces gens ont été confrontés en 1917 : s’adapter au développement industriel. Un barrage fut construit afin d’assurer l’approvisionnement en eau des centrales hydroélectriques du Saint-Maurice. Cette innovation eut des répercussions majeures sur l’environnement et le mode de vie des Atikamekw. C’est une superficie gigantesque qui fut submergée, forçant les autochtones à délaisser leur milieu et à se déplacer toujours plus loin. Le réservoir Gouin a atteint une superficie de 1789 kilomètres carrés. Les troncs, les branchages, les écorces, les mousses, et autres débris végétaux accumulés partout le long des rives devenues impénétrables, finirent par couler et se décomposer.

Le village d’Opitciwan occupe ces lieux depuis les années 1940. Après toutes ces années, l’homme, la faune et la flore ont retrouvé un certain équilibre. Je pense que la gamme de frustrations jadis ressenties par ce peuple est immense. Le silence, qui les accompagne trop souvent, résulte de l’accumulation de souffrances et de chagrins.
À Opitciwan, c’est à travers la forêt boréale, et en se reflétant dans l’eau du réservoir, que se lève le soleil. En langue atikamek, on nomme ce moment : Petapan. Le soleil sera encore présent demain matin. Aux petites heures, regardons ensemble dans cette direction. La lumière réchauffe tous ceux qui ont froid et qui souhaitent simplement évoluer dans le respect des coutumes, des valeurs et des traditions.

Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

8 mai 2017

    L’immensité du lac Saint-Jean

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     Je marche lentement sur la grève, seule devant l’immensité du lac.  Le bleu de l’eau, réchauffé par la lumière du jour, me procure la détente.  Ici, c’est ma terre natale, et comme un enfant, je m’émerveille devant ce lac mystérieux.

      Avec mon père, je l’ai souvent survolé en hydravion.  Ses baies, ses îles, le dessin de son pourtour me sont familiers.  L’impressionnante Pointe-Taillon, à l’embouchure de la rivière Péribonka et le petit village éponyme.  J’ai bien contemplé ce paysage qui a vu naître, sous la plume de Louis Hémon, l’histoire de Maria Chapdelaine.  La nature omniprésente, les coutumes des gens d’ici et l’arôme du folklore ont permis à cet auteur de créer un chef-d’œuvre littéraire.

       Toujours sur les ailes de l’oiseau de toile, je distinguais la rivière Ashuapmushuan (nom montagnais signifiant « l’endroit où on guette l’orignal ») qui se déverse doucement près du village où j’ai grandi : Saint-Prime.  Je voyais l’étendue des terres agricoles, au loin, que bordait la forêt.  Des troupeaux de vaches laitières se déplaçaient dans les champs multicolores et les fermiers labouraient avec patience les sols, assis sur leur tracteur.

        Que dire des îles d’Alma qui se dessinaient à l’horizon, sous les feux d’un coucher de soleil !

         À ce jour, le bel oiseau ne vole plus dans les airs… mais vole encore dans mes souvenirs.

      « Lac Saint-Jean » est une aquarelle pleine de mouvements.  Elle contient peu d’éléments et les couleurs évoquent la douceur.  J’ai voulu reproduire l’émotion que je perçois quand je fais face à ce magnifique lac.  Les éléments se fondent les uns dans les autres et interagissent.  Le vent cisaille et un cumulus se forme, ce qui indique une température orageuse de fin d’après-midi.  Les vagues sont dignes des sautes d’humeur et de la fougue du plan d’eau, très souvent imprévisible.  Le mystère, le rêve et la liberté qu’évoque pour moi cette étendue ressortent de ce tableau vaporeux.  Plusieurs ont laissé leurs traces dans le sable chaud de cette plage et aiment y revenir…

    Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


 Vacances à Murray Bay, par Virginie Tanguay…

11 avril 2017

 Les couleurs de Virginie

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     Il y a près d’une centaine d’années, et ce durant plusieurs décennies, les bourgeois bien nantis de l’époque fuyaient les villes industrialisées américaines et canadiennes en quête de grands espaces et de tranquillité. Charlevoix devenait alors un endroit de prédilection : la beauté des paysages et l’air salin rendaient les lieux charismatiques.

         Enfin, il était temps pour la noble famille Binsse de profiter des vacances. Propriétaire d’une chaîne d’hôtels de luxe, à Cleveland aux États-Unis, le patron pouvait s’offrir une vie de rêve. Le succès en affaires lui donnait les moyens financiers de voyager et également de savourer le bonheur d’être en famille pendant la saison chaude.

          Le 29 mai 1939, à bord d’un navire à vapeur du Canada Steamship Lines, les passagers naviguaient sur le fleuve Saint-Laurent depuis Montréal. Tout en relaxant, ils exploraient le bateau. Ils découvraient son architecture victorienne, dont les boiseries et les bas-reliefs ressortaient. L’escalier qui menait au salon était orné de ferrures et de dorures. Du papier peint de qualité aux motifs floraux tapissait les murs. Des draperies de tissus fins étaient disposées harmonieusement sur les sofas. Des œuvres de peintres canadiens renommés décoraient les murs. Sur le pont, les silhouettes féminines rendaient la scène romantique. Les robes longues et leur échancrure en triangle affinaient les tailles. Les chapeaux et les parapluies protégeaient les dames d’une délicate bruine. L’humidité rendait le ciel pesant, mais détendait l’atmosphère. Les heures passées sur le « bateau blanc » annonçaient l’arrivée imminente à destination : Murray Bay, nommée La Malbaie par Samuel de Champlain en 1608.

           Un quai sur pilotis permettait aux bateaux d’accoster. Aussitôt les pieds sur le plancher des vaches, les visiteurs étaient conquis par le dépaysement. Les habitants s’empressaient de donner la poignée de main et de les guider. Les touristes, qui semblaient captivés par le baragouinage de la langue, recevaient des informations supplémentaires sur les habitudes de la vie locales. Ils pouvaient facilement localiser les hôtels, le terrain de golf et l’impressionnant Manoir Richelieu.

         De leur côté, les membres de la famille Binsse, fébriles, s’avançaient vers leur maison victorienne située à flanc de colline. Les employés, tous des Canadiens Français étaient déjà en poste. Le jardinier travaillait le sol avec soin. Les pousses tendres d’un jardin à l’anglaise grandissaient dans le terreau fertile. La cuisinière faisait griller du poisson frais, en y mélangeant de l’huile au beurre et quelques assaisonnements secrets. Elle était enjouée et heureuse de revoir la propriétaire qui, au fil des années, était devenue une grande amie. Madame Binsse, tout en discutant avec la servante, retirait les draps qui couvraient les meubles. C’est en ouvrant les volets de la maison qu’elle contemplait avec ravissement, comme si c’était la toute première fois, une vue incomparable sur le fleuve et les montagnes. Les vacances à Murray Bay débutaient en force. Le bonheur était au rendez-vous.

           Je me souviens très bien de l’endroit, je l’ai scruté longuement. La maison de monsieur Binsse y est toujours debout. De nos jours, je ne sais pas à qui elle appartient. Là-bas, c’est un petit coin de paradis, au pied d’une falaise, là où le fleuve embrasse le rivage. Lors de la saison des amours, les vagues propulsent sur la grève des milliers de poissons… des capelans. C’est une manne argentée qui roule sur le sable et qui est cueillie à la chaudière par les pêcheurs. Ce phénomène particulier revient chaque printemps… tout revient chaque printemps !

         Ça y est… La neige qui commence à fondre dans mon coin de pays me donne envie, comme chaque année, de retourner m’échouer sur les grèves de Charlevoix, d’y retrouver des gens que j’aime et de songer à de belles histoires.

     Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie…

7 avril 2017

L’Hôtel Château Beemer

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L’Hôtel Château Beemer

 

De la naissance des coteaux qui bordaient les rives, jusqu’au plus lointain rayon de lune, les terres du Lac-Saint-Jean abondaient en précieuses richesses.  Ce pays des Montagnais était appelé, par quiconque s’y aventurait, le Royaume.

C’est avec acharnement que les colons y défrichaient et s’y établissaient.  Chaque membre de la famille accomplissait ses tâches.  Les jardins étaient semés, la crinière des chevaux de trait, brossée, et les vêtements, lavés à la main, séchaient au grand vent.

C’était un jour de mai.  Le soleil se dissimulait derrière un immense et impénétrable nuage qui recouvrait le territoire.  Un feu incontrôlable détruisait tout sur son passage, y laissant même des cendres humaines.  Le magnifique paysage, qu’ornaient des milliers de pins blancs, était anéanti.  À perte de vue, les arbres calcinés et l’odeur étouffante terrifiaient : c’était irréel.   Pour survivre, les habitants et les bêtes se précipitaient désemparés dans le Piékouagami.  Les Montagnais nommaient le Lac-Saint-Jean ainsi, dans leur langue innue, ce qui signifie lac peu profond.  Des hurlements se faisaient entendre.  La suie, les matières en suspension souillaient l’air.  Tout était à rebâtir.

Le feu éteint et les braises moins ardentes, les rescapés se relevèrent les manches et décidèrent de ne pas se laisser abattre.  Une à une, les cabanes, construites de troncs brûlés, vibrèrent au  rythme de la musique.  Les verres se remplissaient d’eau-de-vie.  Le tabac à pipe sentait si fort qu’il était impossible pour les enfants de s’endormir…  Alors, la fête continuait !  Cuillère de bois à la main, les aînés tapaient du pied en chantant.  Ils jouaient à l’oreille de la ruine-babines, du violon et de l’accordéon.  Le reel évoquait parfois le vacarme d’un déraillement de train, sous une pluie battante en pleine tempête de vent.  On oubliait les fausses notes ; on chantait et dansait avec cœur : l’émotion ressentie devenait l’essentiel.

Tranquillement, le tapis végétal retrouva ses nuances.  Des feuilles d’éricacées émergèrent des mousses assombries.  Portant haut ses fleurs campanulées, la tige se préparait à accueillir ses fruits, les bleuets.  Ces baies savoureuses se dégustaient à volonté sur les lieux de la cueillette.  On les apprêtait également en tartes, en bonbons et en confitures.  Les eaux poissonneuses du Piékouagami assuraient un régime alimentaire équilibré aux habitants.  La ouananiche, le doré jaune et le grand brochet cohabitaient dans ses eaux limpides.

L’arrivée du chemin de fer permit l’échange des cultures.  Un homme d’affaires, venu de la grande ville, fit construire un hôtel de luxe près des berges.

En peu de temps, Le Royaume était devenu l’ultime destination pour les amateurs de pêche.  Voilà que de riches étrangers venaient des villes lointaines et logeaient dans le majestueux Hôtel Château Beemer.  La terre, l’eau et les riches couleurs étalaient leur féérie.    Tous ces gens s’émerveillaient devant la beauté des alentours.  Les saumons d’eau douce abondaient et faisaient rêver ces visiteurs avides.

Notice biographique de Virginie Tanguay

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Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvre  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Escapade à la brunante, par Virginie Tanguay…

4 mars 2017

 Les couleurs de Virginie…

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Au début du siècle, lors de certaines journées glaciales, le vent soufflait sa détresse entre les planches des vieux bâtiments.  Ce son aigu ajoutait la mélancolie à la rigueur du climat.  La plupart des femmes, tels des piliers, toujours droites, avec un sens des responsabilités infaillible, s’accomplissaient en tant qu’épouses et mères au foyer.  Tout en chérissant leur mari, elles soignaient et éduquaient les enfants, cousaient les vêtements, entretenaient les maisons et cuisinaient de bons repas chauds.  Les cheminées fumaient jour et nuit, l’odeur des fèves au lard, au petit matin, enivrait les pièces jusqu’à réveiller les plus gourmands.  Au cours de la saison froide, les dépenses[1] étaient garnies de cannages et les galeries servaient de congélateurs.  C’était l’endroit idéal pour y faire refroidir les ragoûts de pattes de porcs !

On appréciait les joies de l’hiver, mais les rayons chauds du soleil et la lumière venaient à manquer.  Par doux temps, dans les champs endormis, le silence était roi.  Puis, le gazouillement des oiseaux se faisait timidement entendre, à commencer par celui du chardonneret jaune.  De peine et de misère, le sol québécois réussissait à se débarrasser de son manteau blanc.  Les bourgeons gorgés de sève éclataient.  Le plat pays qu’est le Lac-Saint-Jean se réveillait.

Les Jeannois[2] avaient hâte de sortir prendre l’air sans être emmitouflés de la tête aux pieds, ils rêvaient aux plaisirs estivaux.  Le départ des glaces allait entrainer une température clémente et permettre à la terre de porter à nouveau ses fruits.

Des mères, fières de présenter aux amis la binette de leur nouveau-né, les promenaient en poussette sur les trottoirs de bois.  La légèreté était au rendez-vous, elles avaient changé leurs vêtements de laine pour des jupes longues de coton et envoyaient la main aux gens, en guise de salutations en  passant devant les terrasses bondées.  Elles entendaient les discussions habituelles qu’amenait la nouvelle saison : d’après la quantité de neige tombée et le gel au sol, on prédisait les jours de pluie à venir, gageait sur l’abondance de la récolte des bleuets sauvages…  Les vieux pêcheurs se demandaient si les poissons allaient être de grande taille.

Certaines commères du village, attablées, écoutaient sournoisement les discussions et les ragots.  Ensuite, elles s’empressaient de bavasser à qui voulait entendre.  La vie était si paisible dans cette région que les histoires, réelles ou inventées, devenaient une source de divertissement.  Avec la chaleur qui s’installait tardivement dans ce coin de pays, les amoureux se réchauffaient à toute heure du jour sous les étoffes…  Voilà pourquoi les familles de l’époque comptaient en moyenne douze enfants ; ainsi, encore aujourd’hui, tout le monde se connaît, tout le monde est plus ou moins parent !  La chaleur humaine qui règne dans notre région a de quoi faire s’évanouir les morceaux de glace qui persistent au printemps !

L’aquarelle « Escapade à la brunante » suggère des personnages qui décrochent un moment des tâches quotidiennes et profitent d’une balade en canot sur le lac Saint-Jean.  Les eaux claires, aux couleurs tendres, inspirent une romance.  Au loin, repose un hydravion, attrayant par ses formes et l’ampleur de ses ailes.  Il s’agissait de la première visite d’un tel appareil dans la région, du jamais vu !

À bord de l’embarcation, le prétendant, au torse bombé comme celui d’un coq, ramait à la découverte de l’objet volant… à s’en déplumer le poitrail !  Certes, son endurance a dû impressionner les dames.  La nouvelle qui courut dans les alentours, les jours suivants, voulait qu’un oiseau rare niche au Quai des Anglais…  Et c’était la pure vérité !


[1] Endroit où on entrepose de la nourriture.

[2] Habitants du Lac-Saint-Jean.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

17 février 2017

    Alaskans

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     L’essence même de cet expéditionnaire était de vivre simplement.  Il avait une soif insatiable d’aventure et carburait au grand air, toujours prêt à affronter les défis que lui imposait la nature en hiver.  Il s’emballait à la pensée de découvrir des terres qui n’avaient jamais été foulées l’homme.

À la fois éleveur et entraîneur d’une meute de chiens alaskans, Tristan  parcourait chaque année une partie du Nord québécois.  On l’appelait le musher.  Ce nom tire son origine du commandement des conducteurs de traîneaux.  Pour signifier à leurs chiens de se mettre en marche, ils criaient « marche ».  En anglais, cette expression  est devenue mush, d’où musher.  Solidement agrippé à son attelage, il voyait la vie sauvage défiler.  À chaque instant du périple, le musher  vivait des émotions semblables à celles que l’on ressent au début d’une histoire d’amour.  Son cœur palpitait de désir à l’idée de pénétrer les contrées lointaines.

Tristan parlait peu, seulement pour le nécessaire.  Ses compagnons canins et lui se comprenaient et se respectaient.  Son goût de la solitude et son tempérament calme en faisaient un maître-chien idéal.

Un matin, où la neige réverbérait la lumière dans la forêt, un accident survint.  L’attelage dévalait à toute allure la pente d’un sentier, lorsque dans un détour Tristan perdit l’équilibre et fut expulsé hors du traîneau.  Sous la force de l’impact, il se fracassa la tête sur une souche et sombra dans l’inconscience.

À l’instant même, les deux chiens de tête dirigèrent la meute vers le guide qui gisait au sol.  D’instinct, les animaux enveloppèrent l’homme pour le maintenir au chaud.  Les jappements insistants attirèrent l’attention d’un vieil Amérindien qui chassait dans les environs.

Le chasseur fit preuve de compassion.  À son réveil, Tristan se retrouva dans un camp de bois rond, étendu et bordé dans un lit de fortune.  La fille de l’aîné était à ses côtés.  Elle le veillait, l’observait et tentait de deviner la nature de ce bel inconnu.  Assurément, il s’agissait d’un homme courageux et sensible : le comportement de ses chiens ne trompait pas.  Leur maître leur avait témoigné de l’affection.  En retour, les bêtes lui avaient sauvé la vie.

Sur-le-champ, l’amour naquit.  Cette Amérindienne à la peau basanée déployait une chevelure aux couleurs de la nuit.  Sa tunique de cuir  frangée avantageait sa silhouette.  Pleine d’espoir, elle accrocha un capteur de rêves à la fenêtre.  À ce moment précis, un faucon tournoya dans le ciel.  Selon ses croyances, cet oiseau possédait des pouvoirs précieux.  Messager, il enseignait à observer les signes du quotidien et aidait à saisir au vol les occasions favorables.

En ouvrant l’œil, Tristan lui demanda son prénom.  « Chilali », répondit-elle — ce qui signifie Oiseau des Neiges…

Notice biographique de Virginie Tanguay

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

24 décembre 2016

Le trappeur

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Personne ne connaissait le prénom qui lui avait été donné à la naissance : depuis toujours on l’appelait Le Loup, et cette identité convenait.  En le voyant, l’image qu’il projetait ne trompait pas : c’était un homme des bois qui ne pensait ni ne vivait comme les autres.

Il portait des vêtements vieillots et rapiécés.  Sa longue chevelure était grisâtre et son regard intelligent.  J’arrivais à percevoir un visage aux traits raffinés que dissimulait une barbe.  Certes, il ne laissait pas pousser ses poils pour cacher une cicatrice.  C’est avec fierté qu’il disait se préparer pour affronter les froideurs de l’hiver.  Ce lainage rendait jaloux les imberbes.

Son enfance fut agréable.  Son père, un agriculteur, lui avait appris à travailler durement pour gagner son pain.  Dès cinq heures, au petit matin, le jeune enfilait une salopette et allait traire les vaches.  Il courait dans les champs labourés jusqu’à apercevoir la lisière de forêt.  L’appel de la nature le possédait.  Souvent, il prenait plaisir à s’amuser dans les bois jusqu’à l’épuisement et s’endormait à l’ombre des grands conifères.  Il était là, dans son univers, en terres accueillantes.

Le Loup avait compris le cycle de la vie en regardant les plantes émerger du sol, fleurir, propager leurs semences et mourir.  Ce personnage singulier avait choisi de vivre en retrait de la civilisation, dans le fin fond des bois, et de devenir trappeur.  Certains villageois le traitaient d’idiot ; moi, je le voyais comme un réfugié volontaire.

Le savoir qu’il avait acquis était dû, en grande partie à ses amis amérindiens qui lui avaient enseigné plusieurs techniques de chasse et le langage des animaux.  Cet homme ne craignait pas le hurlement des loups.  L’hiver venu, le froid et les grands espaces lui rappelaient qu’il avait le sang chaud et devait en tout temps s’adapter aux conditions climatiques pour ne pas être malade ou mourir gelé.

Selon lui, l’essentiel en forêt était de savoir faire du feu sans allumettes.  À l’aide d’un archet, d’une lanière de cuir, d’un bâton et de fibres de bois, il jouait du violon et l’air s’enflammait !

Les plats qui mijotaient dans son chaudron de fonte étaient délectables.  Les saveurs du terroir s’accentuaient par le mélange d’assaisonnements à base de feuilles, de racines, de mousses, de graines, de fruits et de sucs contenus dans les viandes sauvages.

Ce chasseur pratiquait le piégeage.  Ces peaux étaient à leur meilleure en saison froide de par la densité de leur fourrure.  Le Loup était rusé et ingénieux.  Ses pièges, placés à des endroits stratégiques, en témoignaient.  Certains, construits avec des perches, suspendaient d’un coup la bête au-dessus du sol.  D’autres noyaient l’animal sous la glace.  Il se servait d’arbres renversés au-dessus des ruisseaux pour y dissimuler des pièges et réussissait même à attraper des loutres dans des cabanes de castor.

Je prétends qu’on le nommait Le Loup, car il ressemblait curieusement à l’animal éponyme, physiquement, mais aussi de par son attitude.  Le printemps venu, il se pointait au village pour vendre ses peaux.  C’est comme s’il entrait en territoire étranger et que les habitants acceptaient difficilement ses différences.  C’est avec plaisir qu’il saluait les gens qui osaient le regarder dans les yeux.  Tel un vieux loup solitaire, il repartait.  Ceux qui se sont attardés à ses expériences de vie, aux connaissances qu’il aimait transmettre, s’en sont enrichis.  Je suis heureuse de l’avoir côtoyé.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


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