Sous le soleil d’Opitciwan, par Virginie Tanguay…

27 juin 2017

Les couleurs de Virginie

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Quand le soleil se pointe à l’horizon, il diffuse sa lumière partout sur son passage : des grandes villes jusqu’au plus secret des jardins. Elle se faufile entre les bâtiments des places publiques, s’introduit dans les ruelles et fait croître les arbres de nos forêts. Illuminant à la fois le visage de tous, dont les enfants, les mendiants, les hommes d’affaires, et réchauffant le sable des plages désertes. La lumière est une source d’énergie universelle.

Il est important de valoriser les lieux de paix où le silence donne accès à notre intériorité. Ce sont des endroits qui alimentent les rêves de plusieurs. Quand on a besoin d’un retour aux sources, de ressentir pleinement ses émotions, il devient essentiel d’étancher cette soif d’évasion. Je connais bien un milieu où il fait bon s’exiler pour se retrouver. Parmi les paradis dont regorge le Québec, on trouve un village de la nation atikamek : Opitciwan. Derrière son lourd passé historique s’étale une vérité : les membres de la communauté autochtone ont de profondes racines et ils évoluent en sol fragilisé.

Personne ne peut nier cette réalité à laquelle ces gens ont été confrontés en 1917 : s’adapter au développement industriel. Un barrage fut construit afin d’assurer l’approvisionnement en eau des centrales hydroélectriques du Saint-Maurice. Cette innovation eut des répercussions majeures sur l’environnement et le mode de vie des Atikamekw. C’est une superficie gigantesque qui fut submergée, forçant les autochtones à délaisser leur milieu et à se déplacer toujours plus loin. Le réservoir Gouin a atteint une superficie de 1789 kilomètres carrés. Les troncs, les branchages, les écorces, les mousses, et autres débris végétaux accumulés partout le long des rives devenues impénétrables, finirent par couler et se décomposer.

Le village d’Opitciwan occupe ces lieux depuis les années 1940. Après toutes ces années, l’homme, la faune et la flore ont retrouvé un certain équilibre. Je pense que la gamme de frustrations jadis ressenties par ce peuple est immense. Le silence, qui les accompagne trop souvent, résulte de l’accumulation de souffrances et de chagrins.
À Opitciwan, c’est à travers la forêt boréale, et en se reflétant dans l’eau du réservoir, que se lève le soleil. En langue atikamek, on nomme ce moment : Petapan. Le soleil sera encore présent demain matin. Aux petites heures, regardons ensemble dans cette direction. La lumière réchauffe tous ceux qui ont froid et qui souhaitent simplement évoluer dans le respect des coutumes, des valeurs et des traditions.

Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

8 mai 2017

    L’immensité du lac Saint-Jean

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     Je marche lentement sur la grève, seule devant l’immensité du lac.  Le bleu de l’eau, réchauffé par la lumière du jour, me procure la détente.  Ici, c’est ma terre natale, et comme un enfant, je m’émerveille devant ce lac mystérieux.

      Avec mon père, je l’ai souvent survolé en hydravion.  Ses baies, ses îles, le dessin de son pourtour me sont familiers.  L’impressionnante Pointe-Taillon, à l’embouchure de la rivière Péribonka et le petit village éponyme.  J’ai bien contemplé ce paysage qui a vu naître, sous la plume de Louis Hémon, l’histoire de Maria Chapdelaine.  La nature omniprésente, les coutumes des gens d’ici et l’arôme du folklore ont permis à cet auteur de créer un chef-d’œuvre littéraire.

       Toujours sur les ailes de l’oiseau de toile, je distinguais la rivière Ashuapmushuan (nom montagnais signifiant « l’endroit où on guette l’orignal ») qui se déverse doucement près du village où j’ai grandi : Saint-Prime.  Je voyais l’étendue des terres agricoles, au loin, que bordait la forêt.  Des troupeaux de vaches laitières se déplaçaient dans les champs multicolores et les fermiers labouraient avec patience les sols, assis sur leur tracteur.

        Que dire des îles d’Alma qui se dessinaient à l’horizon, sous les feux d’un coucher de soleil !

         À ce jour, le bel oiseau ne vole plus dans les airs… mais vole encore dans mes souvenirs.

      « Lac Saint-Jean » est une aquarelle pleine de mouvements.  Elle contient peu d’éléments et les couleurs évoquent la douceur.  J’ai voulu reproduire l’émotion que je perçois quand je fais face à ce magnifique lac.  Les éléments se fondent les uns dans les autres et interagissent.  Le vent cisaille et un cumulus se forme, ce qui indique une température orageuse de fin d’après-midi.  Les vagues sont dignes des sautes d’humeur et de la fougue du plan d’eau, très souvent imprévisible.  Le mystère, le rêve et la liberté qu’évoque pour moi cette étendue ressortent de ce tableau vaporeux.  Plusieurs ont laissé leurs traces dans le sable chaud de cette plage et aiment y revenir…

    Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


 Vacances à Murray Bay, par Virginie Tanguay…

11 avril 2017

 Les couleurs de Virginie

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     Il y a près d’une centaine d’années, et ce durant plusieurs décennies, les bourgeois bien nantis de l’époque fuyaient les villes industrialisées américaines et canadiennes en quête de grands espaces et de tranquillité. Charlevoix devenait alors un endroit de prédilection : la beauté des paysages et l’air salin rendaient les lieux charismatiques.

         Enfin, il était temps pour la noble famille Binsse de profiter des vacances. Propriétaire d’une chaîne d’hôtels de luxe, à Cleveland aux États-Unis, le patron pouvait s’offrir une vie de rêve. Le succès en affaires lui donnait les moyens financiers de voyager et également de savourer le bonheur d’être en famille pendant la saison chaude.

          Le 29 mai 1939, à bord d’un navire à vapeur du Canada Steamship Lines, les passagers naviguaient sur le fleuve Saint-Laurent depuis Montréal. Tout en relaxant, ils exploraient le bateau. Ils découvraient son architecture victorienne, dont les boiseries et les bas-reliefs ressortaient. L’escalier qui menait au salon était orné de ferrures et de dorures. Du papier peint de qualité aux motifs floraux tapissait les murs. Des draperies de tissus fins étaient disposées harmonieusement sur les sofas. Des œuvres de peintres canadiens renommés décoraient les murs. Sur le pont, les silhouettes féminines rendaient la scène romantique. Les robes longues et leur échancrure en triangle affinaient les tailles. Les chapeaux et les parapluies protégeaient les dames d’une délicate bruine. L’humidité rendait le ciel pesant, mais détendait l’atmosphère. Les heures passées sur le « bateau blanc » annonçaient l’arrivée imminente à destination : Murray Bay, nommée La Malbaie par Samuel de Champlain en 1608.

           Un quai sur pilotis permettait aux bateaux d’accoster. Aussitôt les pieds sur le plancher des vaches, les visiteurs étaient conquis par le dépaysement. Les habitants s’empressaient de donner la poignée de main et de les guider. Les touristes, qui semblaient captivés par le baragouinage de la langue, recevaient des informations supplémentaires sur les habitudes de la vie locales. Ils pouvaient facilement localiser les hôtels, le terrain de golf et l’impressionnant Manoir Richelieu.

         De leur côté, les membres de la famille Binsse, fébriles, s’avançaient vers leur maison victorienne située à flanc de colline. Les employés, tous des Canadiens Français étaient déjà en poste. Le jardinier travaillait le sol avec soin. Les pousses tendres d’un jardin à l’anglaise grandissaient dans le terreau fertile. La cuisinière faisait griller du poisson frais, en y mélangeant de l’huile au beurre et quelques assaisonnements secrets. Elle était enjouée et heureuse de revoir la propriétaire qui, au fil des années, était devenue une grande amie. Madame Binsse, tout en discutant avec la servante, retirait les draps qui couvraient les meubles. C’est en ouvrant les volets de la maison qu’elle contemplait avec ravissement, comme si c’était la toute première fois, une vue incomparable sur le fleuve et les montagnes. Les vacances à Murray Bay débutaient en force. Le bonheur était au rendez-vous.

           Je me souviens très bien de l’endroit, je l’ai scruté longuement. La maison de monsieur Binsse y est toujours debout. De nos jours, je ne sais pas à qui elle appartient. Là-bas, c’est un petit coin de paradis, au pied d’une falaise, là où le fleuve embrasse le rivage. Lors de la saison des amours, les vagues propulsent sur la grève des milliers de poissons… des capelans. C’est une manne argentée qui roule sur le sable et qui est cueillie à la chaudière par les pêcheurs. Ce phénomène particulier revient chaque printemps… tout revient chaque printemps !

         Ça y est… La neige qui commence à fondre dans mon coin de pays me donne envie, comme chaque année, de retourner m’échouer sur les grèves de Charlevoix, d’y retrouver des gens que j’aime et de songer à de belles histoires.

     Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie…

7 avril 2017

L’Hôtel Château Beemer

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L’Hôtel Château Beemer

 

De la naissance des coteaux qui bordaient les rives, jusqu’au plus lointain rayon de lune, les terres du Lac-Saint-Jean abondaient en précieuses richesses.  Ce pays des Montagnais était appelé, par quiconque s’y aventurait, le Royaume.

C’est avec acharnement que les colons y défrichaient et s’y établissaient.  Chaque membre de la famille accomplissait ses tâches.  Les jardins étaient semés, la crinière des chevaux de trait, brossée, et les vêtements, lavés à la main, séchaient au grand vent.

C’était un jour de mai.  Le soleil se dissimulait derrière un immense et impénétrable nuage qui recouvrait le territoire.  Un feu incontrôlable détruisait tout sur son passage, y laissant même des cendres humaines.  Le magnifique paysage, qu’ornaient des milliers de pins blancs, était anéanti.  À perte de vue, les arbres calcinés et l’odeur étouffante terrifiaient : c’était irréel.   Pour survivre, les habitants et les bêtes se précipitaient désemparés dans le Piékouagami.  Les Montagnais nommaient le Lac-Saint-Jean ainsi, dans leur langue innue, ce qui signifie lac peu profond.  Des hurlements se faisaient entendre.  La suie, les matières en suspension souillaient l’air.  Tout était à rebâtir.

Le feu éteint et les braises moins ardentes, les rescapés se relevèrent les manches et décidèrent de ne pas se laisser abattre.  Une à une, les cabanes, construites de troncs brûlés, vibrèrent au  rythme de la musique.  Les verres se remplissaient d’eau-de-vie.  Le tabac à pipe sentait si fort qu’il était impossible pour les enfants de s’endormir…  Alors, la fête continuait !  Cuillère de bois à la main, les aînés tapaient du pied en chantant.  Ils jouaient à l’oreille de la ruine-babines, du violon et de l’accordéon.  Le reel évoquait parfois le vacarme d’un déraillement de train, sous une pluie battante en pleine tempête de vent.  On oubliait les fausses notes ; on chantait et dansait avec cœur : l’émotion ressentie devenait l’essentiel.

Tranquillement, le tapis végétal retrouva ses nuances.  Des feuilles d’éricacées émergèrent des mousses assombries.  Portant haut ses fleurs campanulées, la tige se préparait à accueillir ses fruits, les bleuets.  Ces baies savoureuses se dégustaient à volonté sur les lieux de la cueillette.  On les apprêtait également en tartes, en bonbons et en confitures.  Les eaux poissonneuses du Piékouagami assuraient un régime alimentaire équilibré aux habitants.  La ouananiche, le doré jaune et le grand brochet cohabitaient dans ses eaux limpides.

L’arrivée du chemin de fer permit l’échange des cultures.  Un homme d’affaires, venu de la grande ville, fit construire un hôtel de luxe près des berges.

En peu de temps, Le Royaume était devenu l’ultime destination pour les amateurs de pêche.  Voilà que de riches étrangers venaient des villes lointaines et logeaient dans le majestueux Hôtel Château Beemer.  La terre, l’eau et les riches couleurs étalaient leur féérie.    Tous ces gens s’émerveillaient devant la beauté des alentours.  Les saumons d’eau douce abondaient et faisaient rêver ces visiteurs avides.

Notice biographique de Virginie Tanguay

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Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvre  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Escapade à la brunante, par Virginie Tanguay…

4 mars 2017

 Les couleurs de Virginie…

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Au début du siècle, lors de certaines journées glaciales, le vent soufflait sa détresse entre les planches des vieux bâtiments.  Ce son aigu ajoutait la mélancolie à la rigueur du climat.  La plupart des femmes, tels des piliers, toujours droites, avec un sens des responsabilités infaillible, s’accomplissaient en tant qu’épouses et mères au foyer.  Tout en chérissant leur mari, elles soignaient et éduquaient les enfants, cousaient les vêtements, entretenaient les maisons et cuisinaient de bons repas chauds.  Les cheminées fumaient jour et nuit, l’odeur des fèves au lard, au petit matin, enivrait les pièces jusqu’à réveiller les plus gourmands.  Au cours de la saison froide, les dépenses[1] étaient garnies de cannages et les galeries servaient de congélateurs.  C’était l’endroit idéal pour y faire refroidir les ragoûts de pattes de porcs !

On appréciait les joies de l’hiver, mais les rayons chauds du soleil et la lumière venaient à manquer.  Par doux temps, dans les champs endormis, le silence était roi.  Puis, le gazouillement des oiseaux se faisait timidement entendre, à commencer par celui du chardonneret jaune.  De peine et de misère, le sol québécois réussissait à se débarrasser de son manteau blanc.  Les bourgeons gorgés de sève éclataient.  Le plat pays qu’est le Lac-Saint-Jean se réveillait.

Les Jeannois[2] avaient hâte de sortir prendre l’air sans être emmitouflés de la tête aux pieds, ils rêvaient aux plaisirs estivaux.  Le départ des glaces allait entrainer une température clémente et permettre à la terre de porter à nouveau ses fruits.

Des mères, fières de présenter aux amis la binette de leur nouveau-né, les promenaient en poussette sur les trottoirs de bois.  La légèreté était au rendez-vous, elles avaient changé leurs vêtements de laine pour des jupes longues de coton et envoyaient la main aux gens, en guise de salutations en  passant devant les terrasses bondées.  Elles entendaient les discussions habituelles qu’amenait la nouvelle saison : d’après la quantité de neige tombée et le gel au sol, on prédisait les jours de pluie à venir, gageait sur l’abondance de la récolte des bleuets sauvages…  Les vieux pêcheurs se demandaient si les poissons allaient être de grande taille.

Certaines commères du village, attablées, écoutaient sournoisement les discussions et les ragots.  Ensuite, elles s’empressaient de bavasser à qui voulait entendre.  La vie était si paisible dans cette région que les histoires, réelles ou inventées, devenaient une source de divertissement.  Avec la chaleur qui s’installait tardivement dans ce coin de pays, les amoureux se réchauffaient à toute heure du jour sous les étoffes…  Voilà pourquoi les familles de l’époque comptaient en moyenne douze enfants ; ainsi, encore aujourd’hui, tout le monde se connaît, tout le monde est plus ou moins parent !  La chaleur humaine qui règne dans notre région a de quoi faire s’évanouir les morceaux de glace qui persistent au printemps !

L’aquarelle « Escapade à la brunante » suggère des personnages qui décrochent un moment des tâches quotidiennes et profitent d’une balade en canot sur le lac Saint-Jean.  Les eaux claires, aux couleurs tendres, inspirent une romance.  Au loin, repose un hydravion, attrayant par ses formes et l’ampleur de ses ailes.  Il s’agissait de la première visite d’un tel appareil dans la région, du jamais vu !

À bord de l’embarcation, le prétendant, au torse bombé comme celui d’un coq, ramait à la découverte de l’objet volant… à s’en déplumer le poitrail !  Certes, son endurance a dû impressionner les dames.  La nouvelle qui courut dans les alentours, les jours suivants, voulait qu’un oiseau rare niche au Quai des Anglais…  Et c’était la pure vérité !


[1] Endroit où on entrepose de la nourriture.

[2] Habitants du Lac-Saint-Jean.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

17 février 2017

    Alaskans

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     L’essence même de cet expéditionnaire était de vivre simplement.  Il avait une soif insatiable d’aventure et carburait au grand air, toujours prêt à affronter les défis que lui imposait la nature en hiver.  Il s’emballait à la pensée de découvrir des terres qui n’avaient jamais été foulées l’homme.

À la fois éleveur et entraîneur d’une meute de chiens alaskans, Tristan  parcourait chaque année une partie du Nord québécois.  On l’appelait le musher.  Ce nom tire son origine du commandement des conducteurs de traîneaux.  Pour signifier à leurs chiens de se mettre en marche, ils criaient « marche ».  En anglais, cette expression  est devenue mush, d’où musher.  Solidement agrippé à son attelage, il voyait la vie sauvage défiler.  À chaque instant du périple, le musher  vivait des émotions semblables à celles que l’on ressent au début d’une histoire d’amour.  Son cœur palpitait de désir à l’idée de pénétrer les contrées lointaines.

Tristan parlait peu, seulement pour le nécessaire.  Ses compagnons canins et lui se comprenaient et se respectaient.  Son goût de la solitude et son tempérament calme en faisaient un maître-chien idéal.

Un matin, où la neige réverbérait la lumière dans la forêt, un accident survint.  L’attelage dévalait à toute allure la pente d’un sentier, lorsque dans un détour Tristan perdit l’équilibre et fut expulsé hors du traîneau.  Sous la force de l’impact, il se fracassa la tête sur une souche et sombra dans l’inconscience.

À l’instant même, les deux chiens de tête dirigèrent la meute vers le guide qui gisait au sol.  D’instinct, les animaux enveloppèrent l’homme pour le maintenir au chaud.  Les jappements insistants attirèrent l’attention d’un vieil Amérindien qui chassait dans les environs.

Le chasseur fit preuve de compassion.  À son réveil, Tristan se retrouva dans un camp de bois rond, étendu et bordé dans un lit de fortune.  La fille de l’aîné était à ses côtés.  Elle le veillait, l’observait et tentait de deviner la nature de ce bel inconnu.  Assurément, il s’agissait d’un homme courageux et sensible : le comportement de ses chiens ne trompait pas.  Leur maître leur avait témoigné de l’affection.  En retour, les bêtes lui avaient sauvé la vie.

Sur-le-champ, l’amour naquit.  Cette Amérindienne à la peau basanée déployait une chevelure aux couleurs de la nuit.  Sa tunique de cuir  frangée avantageait sa silhouette.  Pleine d’espoir, elle accrocha un capteur de rêves à la fenêtre.  À ce moment précis, un faucon tournoya dans le ciel.  Selon ses croyances, cet oiseau possédait des pouvoirs précieux.  Messager, il enseignait à observer les signes du quotidien et aidait à saisir au vol les occasions favorables.

En ouvrant l’œil, Tristan lui demanda son prénom.  « Chilali », répondit-elle — ce qui signifie Oiseau des Neiges…

Notice biographique de Virginie Tanguay

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

24 décembre 2016

Le trappeur

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Personne ne connaissait le prénom qui lui avait été donné à la naissance : depuis toujours on l’appelait Le Loup, et cette identité convenait.  En le voyant, l’image qu’il projetait ne trompait pas : c’était un homme des bois qui ne pensait ni ne vivait comme les autres.

Il portait des vêtements vieillots et rapiécés.  Sa longue chevelure était grisâtre et son regard intelligent.  J’arrivais à percevoir un visage aux traits raffinés que dissimulait une barbe.  Certes, il ne laissait pas pousser ses poils pour cacher une cicatrice.  C’est avec fierté qu’il disait se préparer pour affronter les froideurs de l’hiver.  Ce lainage rendait jaloux les imberbes.

Son enfance fut agréable.  Son père, un agriculteur, lui avait appris à travailler durement pour gagner son pain.  Dès cinq heures, au petit matin, le jeune enfilait une salopette et allait traire les vaches.  Il courait dans les champs labourés jusqu’à apercevoir la lisière de forêt.  L’appel de la nature le possédait.  Souvent, il prenait plaisir à s’amuser dans les bois jusqu’à l’épuisement et s’endormait à l’ombre des grands conifères.  Il était là, dans son univers, en terres accueillantes.

Le Loup avait compris le cycle de la vie en regardant les plantes émerger du sol, fleurir, propager leurs semences et mourir.  Ce personnage singulier avait choisi de vivre en retrait de la civilisation, dans le fin fond des bois, et de devenir trappeur.  Certains villageois le traitaient d’idiot ; moi, je le voyais comme un réfugié volontaire.

Le savoir qu’il avait acquis était dû, en grande partie à ses amis amérindiens qui lui avaient enseigné plusieurs techniques de chasse et le langage des animaux.  Cet homme ne craignait pas le hurlement des loups.  L’hiver venu, le froid et les grands espaces lui rappelaient qu’il avait le sang chaud et devait en tout temps s’adapter aux conditions climatiques pour ne pas être malade ou mourir gelé.

Selon lui, l’essentiel en forêt était de savoir faire du feu sans allumettes.  À l’aide d’un archet, d’une lanière de cuir, d’un bâton et de fibres de bois, il jouait du violon et l’air s’enflammait !

Les plats qui mijotaient dans son chaudron de fonte étaient délectables.  Les saveurs du terroir s’accentuaient par le mélange d’assaisonnements à base de feuilles, de racines, de mousses, de graines, de fruits et de sucs contenus dans les viandes sauvages.

Ce chasseur pratiquait le piégeage.  Ces peaux étaient à leur meilleure en saison froide de par la densité de leur fourrure.  Le Loup était rusé et ingénieux.  Ses pièges, placés à des endroits stratégiques, en témoignaient.  Certains, construits avec des perches, suspendaient d’un coup la bête au-dessus du sol.  D’autres noyaient l’animal sous la glace.  Il se servait d’arbres renversés au-dessus des ruisseaux pour y dissimuler des pièges et réussissait même à attraper des loutres dans des cabanes de castor.

Je prétends qu’on le nommait Le Loup, car il ressemblait curieusement à l’animal éponyme, physiquement, mais aussi de par son attitude.  Le printemps venu, il se pointait au village pour vendre ses peaux.  C’est comme s’il entrait en territoire étranger et que les habitants acceptaient difficilement ses différences.  C’est avec plaisir qu’il saluait les gens qui osaient le regarder dans les yeux.  Tel un vieux loup solitaire, il repartait.  Ceux qui se sont attardés à ses expériences de vie, aux connaissances qu’il aimait transmettre, s’en sont enrichis.  Je suis heureuse de l’avoir côtoyé.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

2 novembre 2016

 Magnifique lac Saint-Jean

Magnifique Lac Saint-Jean

    Je vois un ciel romantique aux couleurs de la passion.  Des éclats de lumière fendent l’horizon et donnent une profondeur à ce plat paysage.  C’est un attachement profond à ma région natale qui m’incite à peindre cette scène flamboyante du lac Saint-Jean.  L’amour ensorcelle.

    La nature guide mes coups de pinceau, justifie les nuances.  L’île à Dumais occupe une place limitée dans l’aquarelle, car sa réalité repose entre deux espaces.  C’est l’ensemble des éléments de terre et d’eau qui nous invite dans un monde merveilleux.  Au premier plan du tableau, des goélands argentés volent en toutes directions : la liberté dans sa plus simple expression.

   Vers la fin des années 1800, à Chambord, village du Lac-Saint-Jean, vivait un homme d’exception : Pascal-Horace Dumais.  Pratiquant le métier d’arpenteur, il relevait les cours d’eau.  Cet amant des grands espaces savait remonter à la source ; il possédait un sens aigu de l’observation.  Il a aussi habité l’île, qui porte aujourd’hui son nom.

    La faune le captivait, particulièrement les oiseaux.  L’île en abrite encore à ce jour des dizaines d’espèces.  J’ai marché sur cette parcelle de terre d’une centaine d’acres, je me suis imprégnée de l’atmosphère paradisiaque.  J’imagine facilement M. Dumais portant un chapeau à grands rebords, crayon de bois et carnet à la main, prenant des notes sur les différentes caractéristiques des volatiles.  À l’intérieur de son livre aux pages ondulées, se trouvait peut-être des états d’âme ou des constatations intéressantes : « 5 septembre 1876, les oiseaux migrateurs se préparent à quitter vers le Sud.  Ils se gavent de plantes aquatiques et se reposent.  J’ai approché une outarde, qui s’est laissée charmer, si bien que j’ai pu l’attraper à l’aide d’un filet à pêche.  Je lui enfilai une bague à une patte et la laissai repartir.  Je souhaite la retrouver au printemps…  C’est à savoir si elle reviendra ?  Je pense que oui, je la reverrai, car c’est toujours agréable de rentrer chez soi après un long voyage.  Mon élevage de pigeons se porte bien, j’en ai recensé plus de trois cents.  J’apprécie leur présence.  Le soir venu, je confonds leur roucoulement au son des vagues s’échouant sur la berge.  Nous sommes bien.  Ici, c’est la plénitude, je me sens vivre. »

   Écrivain à ses heures, je n’ai pas eu le privilège de le lire.  Il est fort probable qu’il se laissait inspirer par le lac : source d’énergie, eau douce cristalline, stagnante ou déchaînée.  Et, tout comme moi qui vit à proximité de l’île, se laissait-il emporter par le parfum des roses sauvages ?  Son âme sensible à la beauté se reflétait sans doute dans sa façon de manier la plume.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

22 septembre 2016

Sur les planches à Val-Jalbert

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

La foule applaudit.  Le jeu des comédiens est captivant.  Le français local se distingue par un accent « québécois du  Lac » où les voyelles sont étirées et mâchouillées.  Les personnages font revivre les habitants d’autrefois.  Leurs vêtements couleur terre et l’odeur des planches de cèdre vieilli m’imprègnent de l’air du temps : les années vingt.

Val-Jalbert est un attrait touristique majeur dans la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean.  Son histoire, marquée par l’exploitation d’une pulperie sur un site d’exception, a rendu ce village unique au Québec.  Nous trouvons là une initiative avant-gardiste d’urbanisation.

Dans ces lieux invitants, la rivière Ouiatchouan sillonne la forêt de conifères.  Un escarpement soudain du Bouclier canadien forme le lit de la renommée chute de Val-Jalbert.

Au petit matin, dès que la rosée s’évapore et que le brouillard se lève devant l’éloquente dame blanche, elle offre un spectacle saisissant : une scène où les acteurs sont l’eau, le roc, les arbres et les végétaux.  Leur rôle est d’émerveiller les visiteurs.  C’est avec puissance et cohérence que dévale une imposante quantité d’eau.  Quel romantisme !  En la contemplant, j‘ai envie de raconter des événements du passé.

Depuis la nuit des temps, ce paysage pittoresque est admiré et l’activité humaine y est présente.  Des pièces archéologiques amérindiennes en témoignent.

Les ressources naturelles offraient le potentiel nécessaire pour l’implantation d’une pulperie en 1901.  En fait, c’est un village industriel qui vit le jour avec des commodités et des services de rêve !  Le grand patron, Monsieur Damase Jalbert, assurait à ses employés le confort et le luxe pour l’époque, c’est-à-dire l’eau et l’électricité.  Il savait que plus ses travailleurs seraient heureux, plus ils seraient productifs.  C’est alors qu’il fit ériger plusieurs maisons modernes pour les y loger avec leur famille.

En 1927, l’usine allait fermer définitivement ses portes.  La concurrence des compagnies américaines et la baisse de la demande pour la pâte à papier allaient avoir raison de l’entreprise.  Les habitants, le cœur plein de nostalgie, quittèrent les lieux.

Abandonné, le village fantôme s’endormit pour renaître dans les années soixante et ouvrir un nouveau chapitre dans l’ère du tourisme régional.

Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.


Le chant du loup, par Virginie Tanguay…

25 juillet 2016

 Les couleurs de Virginie

 

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Dans le nord du Québec, la nature sauvage éblouit les aventuriers perdus.  La beauté traverse les miroirs de glace et atteint la cime des épinettes noires.  Une chaude lumière s’infiltre dans le couvert forestier.  Cet endroit est un refuge pour les animaux et l’homme, qui parfois se croisent et s’observent mutuellement.

La réputation du loup est souvent mauvaise.  L’imagination se construit une représentation effrayante, même si rares sont les cas où un loup affamé s’en soit pris à des humains.  Cet animal au sang chaud, présent dans les contes et légendes, continue d’apeurer les enfants.  Sachant que je suis en sécurité, j’aimerais faire face au regard d’un loup sauvage.  Je voudrais comprendre davantage son attitude.

Ces prédateurs sont d’excellents communicateurs.  Ils savent l’importance de s’exprimer aisément pour se faire entendre.  Seuls, ils survivent et en groupe, ils vivent : c’est en partageant avec les membres du clan qu’ils se donnent et reçoivent de l’affection et s’affirment.  Leurs expressions faciales, leurs gémissements et les postures manifestent leurs besoins et émotions.  Ensemble, ils sont plus forts et peuvent capturer des gibiers de grande taille, tels des chevreuils, des caribous et des orignaux.

Dans le silence de la nuit, ils chantent l’hymne à la fraternité.  Le hurlement marque leur territoire et ils prennent plaisir à entendre leur voix s’égarer dans la pénombre.

On raconte que certains Esquimaux arrivent à décoder les hurlements et que ceux-ci contiendraient de l’information pertinente.  Pourraient-ils indiquer la venue d’un troupeau de caribou ?  C’est possible, car les loups ont des qualités intellectuelles.  Une véritable hiérarchie est présente dans la meute.  Chacun a son rôle pour une efficacité exemplaire.  Utilisant des techniques de chasse élaborées, ils sélectionnent leurs proies, tuant les plus faibles sujets, les plus vieux ou les malades.  Ils créent ainsi un équilibre naturel.

Le souffle chaud des bêtes qui se dissipe à travers les brumes indique la force, le courage et la vitalité.  Hurlons avec les loups, pour mieux les aimer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

15 juin 2016

Voyage à l’île aux Couleuvres

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Cette étendue de terre sauvage baigne dans les eaux du lac Saint-Jean.  Un paradis exilé qui garde les vestiges d’un passé lointain.  Une forteresse naturelle, que blindent de hautes vagues, qui l’encerclent en tout temps.  Lorsque l’une d’elles s’échoue, une autre, souvent plus puissante, prend le relais.  L’île est à proximité d’un monde moderne, mais le temps l’a épargnée.  Son visage est resté semblable à ce qu’il était il y a des décennies.  L’exotisme qu’elle dégage nous permet de voyager par l’imaginaire.  Là-bas, loin du bruit des moteurs, le son qui domine est celui des vagues qui roulent sur les sables de la plage.

 En quête de découvertes, mes pieds foulent le rivage.  Je me sens privilégiée d’être en ce lieu magique.  Il y a ici des trésors oubliés que mes yeux se plaisent à contempler et mes mains à caresser.  J’admire un corail fossilisé et me remémore ce que je sais de cette île, ce joyau du patrimoine.  Celle qui porte le nom d’île aux Couleuvres aurait pu aussi bien se nommer l’île des Mauvais Esprits.

                 Il y a longtemps, les Amérindiens qui vivaient sur les berges du lac Saint-Jean avaient demandé à un missionnaire de chasser les couleuvres des environs.  Pour plusieurs, la vue de ces reptiles indiquait la présence de mauvais esprits.  Ce serpent non venimeux inspirait la duperie et les tentations de la chair.  Certains Amérindiens les considéraient comme de petits diables malfaisants.  L’attitude sournoise de ces bêtes au  regard froid et à la peau écailleuse les répugnait.  D’autres, moins sévères, voyaient en cet animal la sagesse et la capacité d’innover.  Le missionnaire acquiesça à la demande et captura des dizaines de spécimens qu’il déménagea sur cette île propice à leur survie par sa flore et sa faune.  Elles s’y reproduisirent jusqu’à recouvrir ce territoire.  Bannies d’une terre, elles devinrent les reines de leur lieu d’exil.

  La fonte des glaciers, à la fin de la dernière glaciation, donna naissance à la mer de Laflamme.  L’eau y était salée, car ce bras de mer était relié au fleuve Saint-Laurent.  Puis, lentement, l’étendue se retira pour former le lac Saint-Jean, un lac d’eau douce alimenté par d’importantes rivières.  Des plantes et des poissons marins se sont adaptés.  L’île aux Couleuvres a conservé l’empreinte de ces transformations, car elle héberge encore des plantes de cette époque, dont le « pois maritime ».  On y retrouve aussi « l’astragale du Labrador » qui se fait beau sur les berges dorées.  En 1870, lors du Grand Feu, ce végétal, comme bien d’autres, a été la proie des flammes dans notre région.  Mais l’île aux Couleuvres, épargnée de la conflagration, a permis de sauvegarder cette espèce rare qui provient du Grand Nord.

 Je savoure ces précieux moments sur l’île.  Je me demande ce qu’il en adviendra.  Accroupie devant une talle de fleurs menacées, je n’ose les cueillir, car elles s’épanouissent et je ne veux pas les tuer.  L’amour que l’on porte aux êtres vivants ne doit pas nécessairement se traduire  par leur possession.  On peut également les regarder vivre, les admirer et en être heureux.

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

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Un récit de Jacques Girard…

2 juin 2016

La vieille Indienne

À Pierre Gill

La Montagnaise, par Virginie Tanguay

Plusieurs la croyaient morte depuis des lunes, la vieille Wednesday.

On ne l’avait pas vue souvent sur la réserve.

Jusqu’à la mort subite de son mari, le couple vivait en forêt de la trappe.  Il se nourrissait de la cueillette des fruits, mangeait du poisson et du gibier.  Les Wednesday faisaient partie des quelques familles qui vivent encore selon le mode de vie traditionnelle.

La vieille Montagnaise revient habiter sa cabane avec ses deux fils.

Bref renouement.  L’aîné meurt dans un accident d’automobile imputable à la vitesse et à l’alcool.  Quelques mois plus tard, on retrouva le cadet dans une crevasse en bordure de la voie ferrée que le CN délaisse.  Sa gorge était nouée au bout de son foulard en fourrure.

Alors, la vieille Indienne décide de vivre sa vie.  À 80 ans.  Jamais trop tard pour emprunter son sentier, proclame la patriarche.

Elle participe à toutes les assemblées publiques du Conseil de Bande, est présente aux séances des commissions, dont celle des Aînés, assiste aux réunions diverses et prend part aux manifestations.

Les Amérindiens écoutent les aînés.  L’ancêtre profite de ce privilège.  Les quelque 1,200 Montagnais ont peine à croire que cette femme, robuste sous une apparence frêle, ait passé les trois quarts de sa vie en forêt, une vie dure, exigeante.  Elle était née sous une tente par une nuit glaciale, avait vécu son enfance et adolescence dans le territoire de chasse et de pêche de sa famille.  La jeune femme des bois avait rencontré son mari sur la grande roche chaude qui mouille dans la rivière, au pied de leur campement.  Le couple se complétait en forêt comme le bouleau et l’écorce.  Soumise à lui.  Par contre, leurs fils refusèrent cette vie.

Son entourage s’émerveille de la voir si épanouie, si connaissante.

Quelle mémoire infaillible !  La petite histoire de son peuple est gravée dans sa chair, dans ses gestes, associés aux mouvements de la lune et aux grandes saisons.

Son père fut chef du Conseil de Bande ; et son défunt mari un ardent défenseur des coutumes ancestrales.

Ses expériences, l’ancêtre aime les partager avec son entourage.

La direction de l’école primaire l’invite.  Quel succès !  La vieille Montagnaise transporte sa jeune troupe au pays de ses ancêtres,  tend un collet, un petit piège, calle l’orignal dans le silence le plus complet.  Elle allume un feu imaginaire autour duquel les jeunes se réchauffent les mains et mangent du pain, de la banik.

Son vieux bonnet ancré sur la tête, vêtue d’un poncho, la vieille Wednesday ne passe pas inaperçue.  L’aïeule sillonne le village, quelle que soit la température.  Elle pisse où l’envie la prend.  Fatiguée, la vieille dame s’assoit et se repose en fumant une grosse pipe bourrée d’un tabac dont l’odeur est forte, particulière, différente du tabac commercial.  Les jeunes disent que c’est du pot !

C’est le tabac qu’elle cultive dans son petit jardin.  Ses plants dégagent une senteur forte, louche, prétendent les voisins sans trop s’en soucier.

La vieille Indienne boit maintenant et reprend le temps perdu.  Toute sa vie, la mère avait donné l’exemple, bien inutilement, à ses enfants.  Son mari en prenait, peu.  Trop tard pour revenir en arrière.

Un matin, l’envie de boire l’avait saisie aux tripes.  Comme une grippe de castor.  Par dépit ou avec l’intention de se rapprocher des siens, la vieille dame, seule, s’était soûlée.  Avec passion.  À se rouler sur le plancher gondolant de sa cabane.

Une odeur de veille continue flotte autour d’elle !  Une odeur amplifiée par le tabac et l’absence de soins corporels.  La vieille Indienne pue la vie…

Peine à croire que ses jambes tordues et son cœur fatigué lui permettent de danser, comme une jeune fille, et de fêter toute la nuit sans cligner de l’œil.

Une gourde de cognac pend à sa ceinture.  Des perles brillent dans les longs poils qui encerclent sa bouche édentée.

On penserait que la vielle amérindienne est toujours prête à partir tant elle traîne de bagages.  Elle va sur la grande place avec le sac en bandoulière de son fils aîné et vêtu du vieux poncho effiloché de l’autre, le poète qui mariait la langue de son peuple au français.  C’était elle qui lui avait appris l’importance de maîtriser le parler des autres.  « Les mots nous rapprochent des autres », défendait-elle.  L’ancêtre agissait comme traductrice quand la professeure n’était pas là.  Comme son père, elle avait appris l’anglais en fréquentant les marchands de fourrures.

Tout un personnage dans la communauté à la recherche de son identité.  C’est ce qu’on dit.

Lorsque le Canadian National évoque l’intention de retirer le tronçon de la voie ferrée qui desservait le magasin Hudson Bay fermé depuis plusieurs années, la farouche aïeule ameute la communauté.

On occupe les lieux.  La vieille dame indigne, dirait Graham Greene, reçoit les journalistes dans une sorte de grotte, une grosse crevasse, dans laquelle son fils, le barde, était mort.

Cette voie fait partie de leur vie et est liée à leur histoire.

« Le sentier de fer et de bois coule dans nos veines comme la rivière où je suis née », clame-t-elle.  Les appuis se manifestent.

Le CN transforma la voie désaffectée en un sentier piétonnier baptisé « Le sentier de la mère Wednesday ».

Notice biographique de Jacques Girard

Jacques Girard est écrivain, journaliste, enseignant…  Il est de plus un efficace animateur culturel : on ne saurait évaluer le nombre de fidèles qu’il a intronisés à la littérature québécoise et universelle.  Ses écrits reflètent un humanisme lucide.  De la misère, il en décrit.  Aucun misérabilisme, toutefois. Il porte un profond respect à ces personnages bafoués par la vie qui hantent les tavernes, les restos et les bars semi-clandestins de sa ville.  Il les connaît bien, et il ne se distancie pas d’eux.  Il a conscience d’appartenir à la même espèce, pour paraphraser Lawrence Durrell.  Nous considérons Des nouvelles du Lac son chef d’œuvre.  Mais il nous a aussi donné, entre autres, Fragments de vieLes Portiers de la nuit et Des hot-dogs aux fruits de mer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielletanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

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Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

10 mai 2016

Le pont des artistes

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     C’est jour de printemps et les glaces viennent de libérer les eaux. Incolores, elles se gonflent avec la crue, reflétant le cobalt du ciel. Des filaments de nuages miroitent sur le lac Saint-Jean tout en fuyant vers l’Est. La clarté qui s’avance discrètement me décroche un sourire. Je suis prête à écouter les mots de la terre.

     J’observe le jeu de la nature : elle était en veille, voilà qu’elle arbore à nouveau des teintes enflammées. Je me sens comme cette dame : une artiste qui se laisse bercer par les couleurs de chaque saison. Quand elle provoque la foudre, elle y met le feu. Lorsque la pluie inonde les fossés, vient au monde l’angélique.

     Je compare la réalité des artistes à cette floraison : nous sommes maîtres de nos états d’âme. Lorsque je crée, j’ai l’impression de semer un grain. Ce moment m’anime. J’ai ce désir de partager de la beauté, du rêve, alors il me faut offrir des gerbes de fleurs et qu’elles se laissent cueillir… ou pas. Je passe des lunes à semer, à noyer mes récoltes parce que j’y mets trop d’eau, à souvent recommencer mes aquarelles parce que la pureté y est plus ou moins… Consciente que j’apprendrai toute ma vie en repiquant des semis. La persévérance et les essais me donnent de l’expérience. Je veux traiter l’aquarelle avec authenticité. Sans gène, je regarde mes œuvres dans le blanc du papier pour y voir la lumière.

     Le vent m’a confié qu’il s’estompe toujours après la tempête et qu’il est parfois préférable de lui faire face. Mon instinct a toujours guidé ma prise de décisions. C’est alors qu’un certain matin d’automne, je fis un pas de plus : je présentai mes créations pour la toute première fois… J’avais osé traverser le pont des artistes.

     Ce pont était sur ma route. Il me semblait craquelant. À y penser, il n’y avait pas de risque à le traverser si je posais les pieds sur des planches solides : simplement un défi. Mon objectif était de toucher un cœur. J’avançais à pas feutrés, mais avec la hâte de découvrir cette berge.

         Une fois traversée sur l’autre rive, les oiseaux étaient immobiles dans le ciel et il n’y avait aucun bruit, pas même celui des feuilles qui tremblaient sur les ailes du vent. Étrangère et en zone inconnue, mon cœur battait à en perdre le rythme. Seule parmi les conifères géants, le silence me permettait d’entendre ma voix. J’y compris que l’essence même de ma vie d’artiste était de voyager par l’imaginaire pour atteindre la liberté et que de cette façon, j’arrivais à fixer le temps.

         Que les oiseaux dansent ou non dans le ciel, c’est le fruit de l’imagination. Souvent, les artistes traversent le pont parce qu’ils ont ce besoin puissant de partager… la liberté.

 Virginie Tanguay

Notice biographique

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean. Elle peint depuis une vingtaine d’années. Elle estVirginie Tanguay près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes. Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique. Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif. Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion. Les détails sont suggérés. Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien. Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche. Pour ceux qui veulent en savoir davantage, son adresse courrielle : tanguayaquarelle@hotmail.com.

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Les goélettes de Saint-Joseph-de-la-Rive, par Virginie Tanguay…

9 avril 2016

Les couleurs de Virginie

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Village de Saint-Joseph-de-la Rive.  Le vieil homme déambulait rue de l’Église.  Dès que le soleil m’indiquait huit heures, chaque matin, j’apercevais sa silhouette au bout du chemin.  Il avançait avec la démarche d’un jeune : fier, la tête haute et le dos droit.  Du haut de ses quatre-vingt-cinq ans, il regardait avec sérénité les deux épaves qui reposaient dans les foins salés.

Ce vieux loup de mer était un témoin précieux du temps du cabotage.  Il était issu d’une grande famille de marins et de constructeurs de goélettes.  Depuis des générations ces femmes et ces hommes naviguaient en fonction du climat, et souvent à leurs risques et péril.  Monsieur  Desrochers avait décidé depuis longtemps que s’il attendait l’absence de danger pour mettre les voiles, il ne prendrait jamais la mer.  Dans sa jeunesse, vaincre la furie des eaux le comblait de bonheur.

Le bonjour matinal destiné à cet homme au regard vif devint vite une habitude.   J’étais éblouie par sa présence d’esprit et son passé riche en anecdotes.  Son enthousiasme pour la navigation me fascinait.

Un jour, la vue de sa goélette endormie éveilla en lui un souvenir douloureux qu’il partagea avec moi.  J’ai pu ressentir la douleur encore vive d’un amour perdu.

À Saint-Joseph-de-la Rive, le mois d’avril 1930 fut marqué par la mise à l’eau d’une élégante goélette à deux mâts.  Quelques membres de l’équipage montèrent à bord.  Le capitaine du bateau, Monsieur Desrochers, menait à bon port les cargaisons de bois et de ravitaillements.  Le trajet habituel de la voiture d’eau allait de l’embouchure du golfe Saint-Laurent à Montréal.

Bien qu’il fût le premier responsable du navire et que les tâches à effectuer ne manquaient pas, il se laissa distraire par les attraits de la cuisinière.   À l’occasion, la jeune femme se retrouvait dans la cabine du commandant ; ensemble, ils écoutaient le chant des baleines et se laissaient bercer par les flots…   Monsieur Desrochers était follement amoureux d’Annette.

Passaient les jours et les saisons…  Leur histoire se dessinait dans le sillage de la voiture d’eau.

Une nuit houleuse, où la goélette tanguait et que la noirceur évoquait les pires cauchemars, la belle glissa sur le pont et se noya dans le Fleuve.  On ne retrouva jamais son corps.  Le capitaine en eut le cœur brisé par le chagrin.

J’ai compris que, lorsqu’il regardait les goélettes échouées sur le rivage, il se remémorait sa vie et celle des gens qu’il avait aimés.

Ces bateaux ont joué un rôle important dans l’histoire des Charlevoisiens.  Le temps des goélettes est révolu, mais Monsieur Desrochers, comme tant d’autres, voudrait qu’on se souvienne…

Virginie Tanguay

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les couleurs de Virginie…

1 avril 2016

 Zoo sauvage de Saint-Félicien… l’école d’une vie !

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Le caribou forestier

 

    Quand le cœur d’un homme garde en mémoire l’amour, le moment présent et le rêve, je crois qu’il n’y a pas de limites à ce qu’il peut accomplir et que la vieillesse devient secondaire.  De même, lorsque l’on s’exprime avec son cœur, on s’épanouit et ce sentiment contagieux est le secret du bonheur.  C’est alors que le message peut se propager à l’infini.

    Les terres du Lac-Saint-Jean ont porté des créateurs, des visionnaires, des génies qui ont su apporter un développement durable à la région.  Il me vient à l’idée, de sortir ma plume et d’écrire ma perception d’un de ces initiateurs de rêves : Monsieur Ghislain Gagnon, le fondateur du Zoo de Saint-Félicien.

    Je regardais attentivement une ancienne photographie en noir et blanc, et en saisissait les couleurs : la main gauche de l’homme caressait la nuque d’un girafon et l’autre, avec tendresse, invitait la mère à faire sa connaissance.  Les yeux charbonneux des bêtes établissaient un lien de confiance.  C’est avec passion, sans aucun doute, qu’il a laissé son empreinte dans les missions du zoo.  Se sont joints à lui plusieurs membres actifs qui avaient une vision semblable et des projets d’avenir.  Celui qui étudiait, comprenait et aimait les animaux a su transmettre des valeurs universelles d’harmonie entre l’homme et l’animal : des notions que comprennent des visiteurs du monde entier.

    En 1960, c’est un parc à renards désaffecté qu’il choisit comme site idéal pour accueillir le zoo.  Rapidement, l’espace allait manquer.  On déménagea donc les installations sur l’Île-aux-Bernard qui allait conférer au Jardin zoologique un éclat particulier grâce à la rivière aux Saumons qui l’enserre de ses blanches cascades.  Celui que l’on nomme « le père du Zoo » voulait que la beauté de la nature ressorte avant tout.

    L’idée d’enfermer des animaux en cage le refroidissait.  Surgit alors une inspiration parmi tant d’autres : créer un parc des sentiers de la nature.  À l’intérieur de cette zone, les animaux sont libres et les visiteurs se baladent à bord d’un « train » construit sur mesure.  C’est aux rythmes d’une musique traditionnelle que, lors d’une visite, défilaient sous mes yeux le camp des bûcherons, le poste de traite, la ferme du colon, le ranch de l’Ouest canadien, et j’en passe.  J’ai aimé le contact avec la biodiversité boréale et l’histoire merveilleuse des bâtisseurs de notre coin de pays m’a captivée.

  J’ai été séduite par la présence d’un caribou qui broutait des graminées sur les rives du lac Montagnais, près d’une tente de prospecteurs.  L’esprit de cohabitation qui se dégageait de la scène m’a inspiré l’aquarelle « Caribou forestier ».  Je le sentais heureux dans son environnement, et nullement dérangé par notre présence.

  Le Zoo sauvage de Saint-Félicien est une preuve qu’un rêve peut devenir réalité.  Au-delà des années, des expériences, des innovations, il laisse un message important : l’importance de posséder et de développer une conscience écologique.

      Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue :virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La vieille Indienne, un récit de Jacques Girard…

14 mars 2016

(Le Chat ne devait rouvrir que dans quelques semaines.  Je ne peux m’empêcher d’ouvrir temporairement pour rendre hommage à l’ami et à l’écrivain Jacques Girard.  Rien de mieux que de le laisser parler.  Alain G.)

La vieille Indienne

À Pierre Gill

La Montagnaise, par Virginie Tanguay

Plusieurs la croyaient morte depuis des lunes, la vieille Wednesday.

On ne l’avait pas vue souvent sur la réserve.

Jusqu’à la mort subite de son mari, le couple vivait en forêt de la trappe.  Il se nourrissait de la cueillette des fruits, mangeait du poisson et du gibier.  Les Wednesday faisaient partie des quelques familles qui vivent encore selon le mode de vie traditionnelle.

La vieille Montagnaise revient habiter sa cabane avec ses deux fils.

Bref renouement.  L’aîné meurt dans un accident d’automobile imputable à la vitesse et à l’alcool.  Quelques mois plus tard, on retrouva le cadet dans une crevasse en bordure de la voie ferrée que le CN délaisse.  Sa gorge était nouée au bout de son foulard en fourrure.

Alors, la vieille Indienne décide de vivre sa vie.  À 80 ans.  Jamais trop tard pour emprunter son sentier, proclame la patriarche.

Elle participe à toutes les assemblées publiques du Conseil de Bande, est présente aux séances des commissions, dont celle des Aînés, assiste aux réunions diverses et prend part aux manifestations.

Les Amérindiens écoutent les aînés.  L’ancêtre profite de ce privilège.  Les quelque 1,200 Montagnais ont peine à croire que cette femme, robuste sous une apparence frêle, ait passé les trois quarts de sa vie en forêt, une vie dure, exigeante.  Elle était née sous une tente par une nuit glaciale, avait vécu son enfance et adolescence dans le territoire de chasse et de pêche de sa famille.  La jeune femme des bois avait rencontré son mari sur la grande roche chaude qui mouille dans la rivière, au pied de leur campement.  Le couple se complétait en forêt comme le bouleau et l’écorce.  Soumise à lui.  Par contre, leurs fils refusèrent cette vie.

Son entourage s’émerveille de la voir si épanouie, si connaissante.

Quelle mémoire infaillible !  La petite histoire de son peuple est gravée dans sa chair, dans ses gestes, associés aux mouvements de la lune et aux grandes saisons.

Son père fut chef du Conseil de Bande ; et son défunt mari un ardent défenseur des coutumes ancestrales.

Ses expériences, l’ancêtre aime les partager avec son entourage.

La direction de l’école primaire l’invite.  Quel succès !  La vieille Montagnaise transporte sa jeune troupe au pays de ses ancêtres,  tend un collet, un petit piège, calle l’orignal dans le silence le plus complet.  Elle allume un feu imaginaire autour duquel les jeunes se réchauffent les mains et mangent du pain, de la banik.

Son vieux bonnet ancré sur la tête, vêtue d’un poncho, la vieille Wednesday ne passe pas inaperçue.  L’aïeule sillonne le village, quelle que soit la température.  Elle pisse où l’envie la prend.  Fatiguée, la vieille dame s’assoit et se repose en fumant une grosse pipe bourrée d’un tabac dont l’odeur est forte, particulière, différente du tabac commercial.  Les jeunes disent que c’est du pot !

C’est le tabac qu’elle cultive dans son petit jardin.  Ses plants dégagent une senteur forte, louche, prétendent les voisins sans trop s’en soucier.

La vieille Indienne boit maintenant et reprend le temps perdu.  Toute sa vie, la mère avait donné l’exemple, bien inutilement, à ses enfants.  Son mari en prenait, peu.  Trop tard pour revenir en arrière.

Un matin, l’envie de boire l’avait saisie aux tripes.  Comme une grippe de castor.  Par dépit ou avec l’intention de se rapprocher des siens, la vieille dame, seule, s’était soûlée.  Avec passion.  À se rouler sur le plancher gondolant de sa cabane.

Une odeur de veille continue flotte autour d’elle !  Une odeur amplifiée par le tabac et l’absence de soins corporels.  La vieille Indienne pue la vie…

Peine à croire que ses jambes tordues et son cœur fatigué lui permettent de danser, comme une jeune fille, et de fêter toute la nuit sans cligner de l’œil.

Une gourde de cognac pend à sa ceinture.  Des perles brillent dans les longs poils qui encerclent sa bouche édentée.

On penserait que la vielle amérindienne est toujours prête à partir tant elle traîne de bagages.  Elle va sur la grande place avec le sac en bandoulière de son fils aîné et vêtu du vieux poncho effiloché de l’autre, le poète qui mariait la langue de son peuple au français.  C’était elle qui lui avait appris l’importance de maîtriser le parler des autres.  « Les mots nous rapprochent des autres », défendait-elle.  L’ancêtre agissait comme traductrice quand la professeure n’était pas là.  Comme son père, elle avait appris l’anglais en fréquentant les marchands de fourrures.

Tout un personnage dans la communauté à la recherche de son identité.  C’est ce qu’on dit.

Lorsque le Canadian National évoque l’intention de retirer le tronçon de la voie ferrée qui desservait le magasin Hudson Bay fermé depuis plusieurs années, la farouche aïeule ameute la communauté.

On occupe les lieux.  La vieille dame indigne, dirait Graham Greene, reçoit les journalistes dans une sorte de grotte, une grosse crevasse, dans laquelle son fils, le barde, était mort.

Cette voie fait partie de leur vie et est liée à leur histoire.

« Le sentier de fer et de bois coule dans nos veines comme la rivière où je suis née », clame-t-elle.  Les appuis se manifestent.

Le CN transforma la voie désaffectée en un sentier piétonnier baptisé « Le sentier de la mère Wednesday ».

Notice biographique de Jacques Girard

Jacques Girard est écrivain, journaliste, enseignant…  Il est de plus un efficace animateur culturel : on ne saurait évaluer le nombre de fidèles qu’il a intronisés à la littérature québécoise et universelle.  Ses écrits reflètent un humanisme lucide.  De la misère, il en décrit.  Aucun misérabilisme, toutefois. Il porte un profond respect à ces personnages bafoués par la vie qui hantent les tavernes, les restos et les bars semi-clandestins de sa ville.  Il les connaît bien, et il ne se distancie pas d’eux.  Il a conscience d’appartenir à la même espèce, pour paraphraser Lawrence Durrell.  Nous considérons Des nouvelles du Lac son chef d’œuvre.  Mais il nous a aussi donné, entre autres, Fragments de vieLes Portiers de la nuit et Des hot-dogs aux fruits de mer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielletanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


L'albatros, un récit de Jacques Girard…

11 mars 2016

(Le Chat devait rouvrir dans quelques semaines.  Je ne peux m’empêcher d’ouvrir temporairement pour rendre hommage à l’ami et l’écrivain Jacques Girard.  Rien de mieux que de le laisser parler.  Alain G.)

L’Albatros

L'Albatros. Virginie Tanguay

L’Albatros. Virginie Tanguay

La salle de billard roule encore dans ma mémoire, au sous-sol de l’immeuble qui abrite maintenant plusieurs commerces ou services dont Mode Choc, RS Informatique et la Banque Royale.  Je m’assois sur le même banc.  L’adolescent arrive tôt le dimanche.  Le patron organise des tournois où s’affrontent les meilleures « queues » de la région.  Les joueurs se lancent des défis.  Les places pour les spectateurs sont limitées et le maître des lieux, un joueur invétéré, tolère les jeunes à la condition qu’ils se tiennent tranquilles.

Le choc des billes me ramène à cette époque.  Mon joueur favori, c’est monsieur Pilote.  Il demeure près du quai municipal de Roberval, dans mon quartier.  Je le rencontre sur le chemin qui conduit à la « salle de pool », comme on l’appelait avant l’application de la loi 101.

L’homme se déplace en pivotant comme un oiseau blessé.  Chaque pas est laborieux.  L’effort marque son visage.  La jambe gauche, rachitique, gratte le sol ; le bras pend le long du corps déformé.  La main droite manie une grosse canne en bois taillée dans une vieille perche, tandis que sa carcasse avance sous l’impulsion vigoureuse de la jambe droite, qui gonfle le pantalon d’étoffe.  L’ancien pêcheur commercial l’appelle « ma rame de rue » avec un sourire serein.

— Bonjour, monsieur Pilote.

— Salut, mon petit Girard, dit-il de sa voix essoufflée.

Mon regard évite son corps tordu par un accident cardio-vasculaire.  Monsieur Pilote est fier, et on le respecte.  À intervalles réguliers, la fatigue l’oblige à s’arrêter.  Haletant, vacillant, le marcheur s’adosse à un poteau ou à une galerie.  À mi-chemin, il s’assoit sur le perron de béton de la Ferronnerie Gagnon et Frères, rue Paradis.  Monsieur Pilote s’essuie le visage avec son mouchoir, fume une pipe avec lenteur et fait sauter les mégots qui gisent au sol du bout de sa canne.

Puis l’homme brisé repart.  Son épaule pousse la lourde porte de la salle.  L’escalier en terrazzo est abrupt ; l’infirme accroche sa canne à son épaule inerte.  Libre, sa grosse main agrippe la rampe.  Il saute d’une marche à l’autre.  Monsieur Pilote s’arrête sans que personne n’intervienne.  Descente exténuante.  À peine cinquante ans ; on lui en donnerait quinze de plus.  En arrivant tôt, il évite la cohue.

Les joueurs et les amis le saluent.  Sa réponse : une œillade souriante.  Il s’assoit à l’écart, reprend son souffle, le visage en eau.  L’employé lui apporte sa queue et son chevalet remisés sous le comptoir.

— Merci, c’est pas nécessaire…  J’aurais pu aller les chercher, dit le joueur.

— Toucher à votre baguette me porte chance, répond l’employé.

Monsieur Pilote attend son tour.  Calmement.  Les joueurs chassent la nervosité comme ils peuvent.  En tirant quelques billes, en fumant, en caressant leur queue.  Certains parlent.  D’autres vont à la toilette à répétition.  Chacun son rituel.  Les spectateurs arrivent.  Quelques minutes avant le début, le patron tire au hasard le drap du tournoi.  Dévoilement de l’adversaire initial.  On peut présumer des autres adversaires au gré des victoires attendues.  Les paris sont ouverts.  Personne ne mise sur monsieur Pilote pour remporter le tournoi.  Mais ce diable peut mêler les billes…

Le visage de son adversaire affiche une mine sombre.

Le tournoi démarre.  Les billes roulent sur plusieurs tables.  Des arbitres contrôlent les parties.  Les spectateurs se taisent.

Monsieur Pilote s’avance.  Son handicap s’estompe.  Le joueur sautille avec aisance autour de la table, soutien rigide, solide.  Comme autrefois le bord de sa chaloupe.  Le bord de la table remplace sa main morte.  Il ne joue que d’une main.  Une main sûre.  Un peu de bleu au besoin.  Lorsque la blanche s’éloigne de la bande, le manchot emploie un petit chevalet long d’un demi-mètre.  Le poids de sa main gauche le tient en place.  Au besoin, il utilise le chevalet normal.

Aussi rapide que les autres joueurs.  Son état l’oblige à jouer de façon non classique.  Un champion des traverses.  Des coups audacieux.  Des boules tirées avec des effets surprenants.  Quel rétro !

Jeu égal.  Jamais un geste de colère ou de dépit.  Jamais de jurons.  Son visage buriné sourit, et mes oreilles entendent sa voix pleine de vagues douces.

Comme au temps de sa jeunesse, quand il pêchait le jour et jouait au billard le soir.  Il porte encore le pantalon de lainage tenu par des bretelles, la chemise à carreaux et la calotte.  Quelle que soit la saison, l’ancien marin porte ses grosses bottes.

Ce dimanche-là, monsieur Pilote joue en maître.  Les spectateurs s’agglutinent autour de lui.  On chuchote.  Comme avant son embolie.  Joueur redoutable.  Un champion.  Des photos sur les murs le prouvent.  J’ai lu les articles.  Les journalistes mettent en évidence sa modestie.  « Un champion sans démonstration » titre un texte.

Monsieur Pilote avait réappris à jouer à l’écart.  En composant avec son handicap.  Impossible de redevenir le joueur du passé.  Mais on lui voue respect.

Un coup audacieux me rive sur le banc.  Encore deux billes et c’est la victoire contre un dandy arrogant, prétentieux, fils à papa.  Sa famille est riche.  Leur appartement couvre tout un étage de l’immeuble.  On ne lui connaît pas de travail.  Le dandy passe ses journées à courir les filles et à jouer au billard.  Garde-robe impressionnante.  Le joueur porte des chemises aux manches amples, comme le poète Baudelaire, qui aimait la table verte.  « Baudelaire aimait à la passion le jeu de billard et le jouait avec une coquetterie extrême, relevant à chaque instant ses manches de mousseline », a écrit Gabriel de Gonet.  Cette parenté avec l’auteur des Fleurs du mal, mon livre de chevet, est plus profonde.  Mon imagination tisse des correspondances !

Je vis un autre dimanche baudelairien.  Monsieur Pilote, c’est l’Albatros ; cet oiseau qui boite sur terre, mais qui vole comme un dieu dans le ciel :

À peine les ont-ils déposés sur les planches

Que ces rois de l’azur, maladroits et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d’eux

L’Albatros de Baudelaire

La table autour de laquelle vole le joueur des beaux jours flotte sur les eaux du lac Saint-Jean.  Le vieux pêcheur tient sa queue comme une canne à pêche en indiquant la poche où tombera la dernière bille.  Son imposante main coiffe le bout de sa baguette de bleu ciel.  Il jette un regard au dandy.  La dernière boule garde l’entrée de la poche.  Danger d`y loger la blanche.

— Par la bande, la huit dans la poche au coin, annonce-t-il.

Il place sa queue sur le bord de la table, tire avec succès.  Victoire.

Le dandy marmonne des félicitations.  Les spectateurs applaudissent.

L’Albatros regagne, le visage défait, son banc.

Qu’en est-il de ces souvenirs ?  Monsieur Pilote est mort.  Un jour, la famille du dandy est partie en coup de vent.  Difficultés financières.

Quarante ans plus tard…

Ce soir-là, le jeune homme contre qui je joue à la Tabagie Harvey manie la queue d’un seul bras, plus petit, mal formé.  Impossible de soulever ce membre plus haut que l’épaule.  L’autre est un moignon.  Il joue sans chevalet.  Rapide.  Il appuie la queue sur le bord de la bande et lance.  Quelle habileté !

Comme l’Albatros, il me bat.  Je l’applaudis.

— Une revanche ?

— Avec plaisir, dit-il en souriant.  Une dernière, j’ai un meuble à finir à soir…

Notice biographique de Jacques Girard

Jacques Girard est écrivain, journaliste, enseignant…  Il est de plus un efficace animateur culturel : on ne saurait évaluer le nombre de fidèles qu’il a intronisés à la littérature québécoise et universelle.  Ses écrits reflètent un humanisme lucide.  De la misère, il en décrit.  Aucun misérabilisme, toutefois. Il porte un profond respect à ces personnages bafoués par la vie qui hantent les tavernes, les restos et les bars semi-clandestins de sa ville.  Il les connaît bien, et il ne se distancie pas d’eux.  Il a conscience d’appartenir à la même espèce, pour paraphraser Lawrence Durrell.  Nous considérons Des nouvelles du Lac son chef d’œuvre.  Mais il nous a aussi donné, entre autres, Fragments de vieLes Portiers de la nuit et Des hot-dogs aux fruits de mer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le pêcheur de dorés, un texte de Jacques Girard, illustré par Virginie Tanguay… »

16 février 2016

La ténacité du pêcheur de dorés

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le pêcheur ne lâche pas les dorés.  La barmaid tend un œil.  Le manque d’intérêt sillonne son visage blafard.

Son client est ivre et répète inlassablement la même phrase, la même rengaine.

— Le doré est meilleur en eau froide.

La serveuse s’en fout royalement de tout ça.  La jeune fille déteste la pêche.  Son registre de conversation couvre les racontars, le TV-Hebdo, Flash et Musique Plus.  Elle ne réussit même pas à raconter une histoire… convenablement.  Mais, son travail derrière ce comptoir minable l’oblige à s’occuper de cet unique client matinal qui, en revanche, ne lésine pas sur les pourboires.

L’adolescente ignore si le doré en eau froide possède les vertus dont discourt de façon intarissable le pêcheur d’origine amérindienne.  Assurément, sa patience ne se compare pas à celle de cet amant de la ligne.

« Passer une journée dans un canot à ferrer le doré dans les fosses froides, ça, c’est la vraie vie », soutient ce pêcheur en buvant une grosse bière par gorgées généreuses, sa troisième déjà.

— Ça, c’est « la p’tite vie », saute sur l’occasion l’employée de bar dans l’espoir qu’on change un peu de sport ou de sujet.

— Le doré est meilleur en eau froide, revient aussitôt le vieux pêcheur.  Il vante sa chair blanche et moelleuse.  En filet, les rois s’en régaleraient…

— Si vous le dites, ponctue-t-elle à tous les deux refrains.

La cafetière chante.  L’arrivée des buveuses de café approche.  Bienvenues seront-elles en ce matin de brume.   Vaut mieux leur bavardage que de tanguer en compagnie de son voisin d’en face.  Une odeur de poisson se répand dans le petit bar miteux.

La jeune fille supporte avec peine la vague.  Le mal de mer l’assaille, et son estomac souffre des relents de la nuit dernière.  Son visage non maquillé jaunit.

Le pêcheur, lui, vacille sur le bout d’un tabouret usé.  Comme s’il était perché sur une roche lisse.  Il lance sa ligne dans l’allée qui sépare l’endroit en deux sections.  La zone la plus sombre se métamorphose en une fosse si recherchée.

— Ça, c’est toute une fosse !

Coriaces, ces poissons !  Son amour l’emporte.  Le pêcheur enlève avec précaution l’hameçon, caresse la prise, lui parle et semble attendre la réponse.  Puis, les dorés « glissent » en douceur dans son sac délavé en bandoulière.  Une rasade — plus réduite maintenant — salue chacune des prises.

— Ma petite, souviens-toi bien d’une chose : le doré est meilleur en eau froide.

La serveuse en a assez et s’invente des travaux, excédée.

Finalement, les travaux d’entretien, ce qu’on appelle dans le jargon du métier le ménage, triomphent de lui et d’elle – des deux, disons-le.

— Le matin, c’est le temps du ménage, prétexte-t-elle en respirant comme un poisson qui cherche de l’air hors de l’eau.

La barmaid est petite, délicate et se moule dans un chandail mousseux.  Elle porte un jeans qui se marie au tapis usé.  Ses pieds nus gondolent dans ses godasses.

Elle peste contre le torchon et les articles de toilette.  Toutefois, ce matin-là, son allergie possède des nageoires, flotte sur les miroirs, frotte le comptoir, gratte le lavabo tout cerné et écaille  le plancher de céramique.

Enfin, une habituée se pointe.

Pause oblige.

De courte durée : la dame partage la même opinion que le pêcheur de dorés.  Aux dires de son mari, un adepte de la…

Marguerite reprend sa corvée.

— T’es en dépression à matin, Margot ! lui lance cette cliente si bénie qui connaît son aversion pour tout ce qui concerne les travaux de maintenance.

La fille derrière le zinc la dévisage, les yeux en hameçons.

— Elle est comme ma défunte femme, pas patiente, aime pas la pêche aux dorés et se jette dans le ménage.

— Votre femme est morte ? demande la serveuse.

— Ah oui.  Froide depuis longtemps.  Elle s’est noyée dans le grand Lac aux Dorés.  Une grosse tempête.  Je leur parle d’elle, aux poissons…

Notice biographique de Jacques Girard

Jacques Girard est écrivain, journaliste, enseignant…  Il est de plus un efficace animateur culturel : on ne saurait évaluer le nombre de fidèles qu’il a intronisés à la littérature québécoise et universelle.  Ses écrits reflètent un humanisme lucide.  De la misère, il en décrit.  Aucun misérabilisme, toutefois. Il porte un profond respect à ces personnages bafoués par la vie qui hantent les tavernes, les restos et les bars semi-clandestins de sa ville.  Il les connaît bien, et il ne se distancie pas d’eux.  Il a conscience d’appartenir à la même espèce, pour paraphraser Lawrence Durrell.  Nous considérons Des nouvelles du Lac son chef d’œuvre.  Mais il nous a aussi donné, entre autres, Fragments de vieLes Portiers de la nuit et Des hot-dogs aux fruits de mer.

Notice biographique de Virginie Tanguay

Virginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)



Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

11 février 2016

   Le printemps des berges

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le printemps des berges

  Dans notre coin de pays, dès la fonte des neiges, les eaux se retirent des terres fertiles, sillonnent les vallées, pour rejoindre le bassin versant du lac Saint-Jean.  Quand le paysage printanier se dessine, à la vue de mon canot qui émerge de la neige, je me plais à imaginer le mode de vie de ceux qui sont passés bien avant moi… les Amérindiens.  Voici l’histoire de Yepa.

       Une tempête balayait tout sur son passage, laissant à découvert les carcasses d’animaux gelés.  À chaque instant, c’était le combat extrême entre les hommes et le froid.  Les plus forts allaient survivre.  Une jeune fille était venue au monde dans ces conditions difficiles de la saison morte.  Ses parents l’avaient nommée Yepa ou, en français, Princesse de l’Hiver.  Le clan « kwi’kwa’ju » (carcajou) accueillit cette enfant avec amour.  Les membres du clan portaient ce nom ; ils s’identifiaient à cet animal doté d’une habileté et d’une intelligence hors du commun.  (De nos jours, nous côtoyons rarement cette bête, mais jadis sa présence était indéniable sur tout le territoire du Québec.  Sa réputation le présente comme un animal rusé, des plus féroces.)  Ces nomades possédaient des outils rudimentaires, efficaces pour la chasse, la pêche, et des techniques d’approche subtiles.  Ils se déplaçaient en fonction de la quête de nourriture.

      Yepa se réveillait à la lumière du jour, le sourire aux lèvres, remerciant la terre de lui donner ses fruits.  Sa mère était décédée d’un mal inconnu lorsqu’elle avait dix ans.  Cette petite veillait au bien-être de ses frères et de ses sœurs.  L’amour maternel lui manquait.  Les femmes du clan chérissaient cette enfant, elle était attachante.  Jeune femme en devenir, elle dégageait une énergie positive qui rayonnait ; son père en était très fier !

        Chaque matin, au départ des chasseurs, Yepa veillait à ce que le feu ne s’éteigne pas.  Il fournissait la chaleur et cuisait les aliments.  Les poissons et les gibiers à plumes fumaient jusqu’à une tendreté et un goût impeccables.

         Lors des moments de détente, l’art occupait un rôle de premier plan.  D’authentiques sculptures de pierre et de bois décoraient les berges du Lac.  Yepa portait un collier qu’avait taillé son père.  Cette œuvre d’art, fait d’os de caribou, avait été créée pour protéger la belle et inspirer le respect pour les ressources qu’offrait la Nature.  Au couchant, Yepa s’étendait sur une roche plate près du rivage et s’endormait en écoutant le clapotis des vagues.  L’esprit vagabond, elle songeait à l’avenir des siens.

          Un matin d’automne, le clan Carcajou partit à la recherche de nouveaux territoires de chasse.  Les bagages furent réduits pour faciliter les déplacements.  Par mégarde, le collier si précieux de Yepa tomba dans les eaux noires du lac.  Désolée, elle se consola en se disant que c’était là le destin et qu’elle le porterait désormais dans son cœur.  À la file indienne, les canots d’écorce fendaient l’eau au rythme des avirons…

           D’aussi loin que je me souvienne, au printemps, une joie m’envahit et, enthousiaste, je pars à la recherche de fossiles, de trilobites et de pointes de flèches sur les berges et dans les eaux de mon lac.  Il arrive que mes démarches soient récompensées : l’été dernier, j’y ai découvert les fragments d’os d’un collier…

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres  laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.

Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage : son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue :virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)



Les couleurs de Virginie, par Virginie Tanguay…

9 décembre 2015

 L’Ange

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    En ce jour terne, je me réveille et dois faire le deuil d’un être cher.  Les yeux fermés, je visualise quelques événements de ma vie : ma jeunesse a fui, emportant avec elle sa folie, je suis tombée amoureuse et j’ai donné naissance.  Les épreuves m’ont renforcée.  À mon âge, je me sens en pleine vigueur, je grandis.  J’agis naturellement avec mon cœur ou avec la raison.  Puis, viendra la vieillesse que j’apprivoiserai avec le sourire.  Voyant la mort arriver, je souhaiterai laisser de mon passage le mot « amour », comme l’a fait une femme que j’admirais de par sa chaleur et sa bonté : ma grand-mère Colombe.

     Elle était croyante et étudiait depuis plus de cinquante ans la religion catholique, tout en appliquant les volontés de Dieu.  Le dimanche, elle s’avançait discrètement près du jubé où son complice de toujours l’attendait : un banc de chêne, qui l’avait supportée dans les tristes comme dans les heureux moments de sa vie.  Bien mise, elle était gracieuse dans sa fourrure de vison.  Je la regardais.  J’étais impressionnée par l’écoute qu’elle portait au discours du vieux curé.  À son oreille, les messages de paix prenaient tout leur sens.

   De sa vie de jeune fille à celle d’une arrière-grand-mère heureuse, elle avait traversé plusieurs générations.  Elle s’interrogeait souvent sur les valeurs qui, selon elle, s’égaraient quelques fois, s’inquiétait de l’avenir, et les souffrances humaines l’attristaient.

   Provenant d’une grande famille, des liens solides les unissaient.  Ils prônaient l’entraide, la débrouillardise et l’harmonie.  Ce qui comptait le plus était d’être ensemble… pauvres, mais épanouis.  Cette famille de Couture a transmis à plusieurs descendants la passion de la musique.  Je savoure cette joie qui m’habite.

    Certains soirs d’hiver frisquets, le gin de Kuyper coulait à flots, l’accordéon et les tapages de cuillères animaient les alentours.  Il n’y avait pas de temps à perdre, il fallait s’amuser et chanter !  Des dizaines de manteaux s’empilaient maladroitement sur les lits et il y avait tellement de bottes à l’entrée que la porte n’ouvrait plus.  Un copieux festin accompagnait ces veillées.  Le fumet de la tourtière s’amalgamait aux notes exquises des gâteaux épicés.

     À l’affût des nouvelles et cultivée, la lecture occupait une place de choix dans ses loisirs.  Tout en feuilletant ses romans, elle écrivait son récit et tournerait bientôt la dernière page de ses quatre-vingts chapitres d’histoire.

     Dans son regard immense, l’ange peint par sa petite-fille représentait toute une vie ; il était un symbole de continuité.  Assises au pied de son lit, accompagnées de ma guitare, toutes deux en apesanteur, nous fredonnions une mélodie d’Yves Duteil : Prendre un enfant.  Cette chanson l’envoûtait depuis sa sortie dans les années soixante-dix.

      J’avais l’impression que ma créature céleste prenait grand-mère par la main et lui donnait confiance en son pas.  Je lui chantais son refrain, sachant qu’elle s’endormirait à la tombée du jour.  Je souhaite qu’un ange l’accompagne à jamais… dans la lumière.

 Virginie Tanguay

Notice biographique de Virginie Tanguay

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecVirginie Tanguay vit à Roberval, à proximité du lac Saint-Jean.  Elle peint depuis une vingtaine d’années.  Elle est près de la nature, de tout ce qui est vivant et elle est très à l’écoute de ses émotions qu’elle sait nous transmettre par les couleurs et les formes.  Elle a une prédilection pour l’aquarelle qui lui permet d’exprimer la douceur et la transparence, tout en demeurant énergique.  Rendre l’ambiance d’un lieu dans toute sa pureté est son objectif.  Ses œuvres laissent une grande place à la réflexion.  Les détails sont suggérés.  Son but est de faire rêver l’observateur, de le transporter dans un monde de vivacité et de fraîcheur, et elle l’atteint bien.  Elle est aussi chroniqueuse régulière au Chat Qui Louche.   Pour ceux qui veulent en voir ou en savoir davantage, son adresse courrielle :  tanguayaquarelle@hotmail.com et son blogue : virginietanguayaquarelle.space-blogs.com.  Vous pouvez vous procurer des œuvres originales, des reproductions, des œuvres sur commande, des cartes postales.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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