G-20, temps et poésie, par Alain Gagnon…

16 juin 2017

Actuelles et inactuelles…

Post-attentats de Paris — Voici ce que j’aurais dit à Justin Trudeau et à Stéphane Dion si j’avais été en Turquiechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec pour le G-20 :
— Lorsque le feu est dans la friteuse, ce n’est pas le moment rassembler un conseil de famille, ni de penser à organiser une formation pour les pompiers : on l’éteint !
Le Canada est devenu un long navire qui dérive sans capitaine.

*

Je voudrais mes poèmes espace. Immuables, hors du temps. Le temps est un legs du dix-neuvième siècle. Taylor, Hegel, Darwin, Marx : chaîne de montage, histoire sacralisée, évolutionnisme, matérialisme dialectique… Ce siècle est le siècle du temps. Cet intrus nécessaire à l’imperfection.

*

La poésie, c’est quoi ?
— Traverser une ville, une fin d’après-midi d’octobre, alors qu’aux fenêtres s’allument les lumières.
— Les septembres chauds des classes à cahiers mauves et les soirs hâtifs aux lunes montantes des équinoxes.
— Ces barges aux fous pavillons verts qui glissent sur le fleuve en une nuit de novembre.
— Ces chiens qui aboient aux nuits lentes et pivelées d’étoiles.
— Boire sa colère aux membres difformes et aux crânes rasés des enfants croisés de rouge.
— Ces fenêtres sombres : yeux ensommeillés des maisons endormies.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecNous sommes la première société où, par les jeux statistiques des sciences sociales, l’humain idéal est l’humain moyen, évalué par des courbes normales et encensé par le discours public. S’en dégagent le culte de la prévention et un jeu de cache-cache avec l’inéluctable mortalité : boire peu, manger peu, courir, faire de l’exercice, assurer sa retraite, ses vieux jours, comme s’ils devaient s’étirer éternellement. Tout cela sous le sourire niveleur de la liturgie publicitaire. Sans exigences lourdes, nous vous conduirons au bonheur.
Je n’écris pas pour ces gens. Je n’écris ni pour les pauvres ni pour les riches. Mes poèmes demandent un effort — mot honni ! J’écris pour ceux ou celles qui ont le désir et le courage d’explorer ces marges chatoyantes où univers et conscience se rencontrent, se testent, s’apprennent, s’étudient, s’éprennent et s’étreignent parfois.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le corbeau, Edgar Allan Poe…

7 juin 2017

Voici la traduction par Charles Baudelaire  de son chef-d’œuvre The Raven.

Le corbeau


« Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus. »

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Edgar Allan Poe

Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, — et qu’ici on ne nommera jamais plus.

Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin, pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée à la porte de ma chambre, quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; — c’est cela même, et rien de plus. »

Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, — dis-je, — ou madame, en vérité j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais, et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu taper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; — les ténèbres, et rien de plus !

Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » — C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » — Purement cela, et rien de plus.

Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, — dis-je, — sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; — c’est le vent, et rien de plus. »

Lenore

Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais, avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; — il se percha, s’installa, et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, — lui dis-je, — soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la Nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que Jamais plus !

Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, — jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »

Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : « Sans doute, — dis-je, — ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : Jamais, jamais plus !

Mais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son Jamais plus !

Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur ; je cherchais à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, — ah ! jamais plus !

Alors il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient des séraphins dont les pas frôlaient le tapis de la chambre. « Infortuné ! — m’écriai-je, — ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon, mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, — dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! — hurlai-je en me redressant. — Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus !

(Si vous voulez entendre Le Corbeau en anglais — une gracieuseté de Jean-François Tremblay : http://www.youtube.com/watch?v=LqlzElvN95g)


Divaguer sur le crépuscule, par Clémence Tombereau…

4 mai 2017

Chronique de Milan

  Il ne viendra plus.  Il viendra forcément.  En retard.  Un problème.  Des problèmes.  Des contretemps.  Des accidents.  Ton cœur bondit.

Il a oublié.  Il va venir.  Il ne peut pas oublier.  Il met du temps à se préparer pour toi.  Vendredi.  Les embouteillages de la ville.  On ne sait pas.  chat qui louche maykan alain gagnon francophonieOn ne sait pas tout ce qui peut se passer.  On imagine.  Le pire et le meilleur.  Il achète des fleurs.  Non, tu détestes ça.  Il te fait patienter.  Il te fait marcher.  Il veut vérifier si, vraiment, tu ne l’attends pas.  Il joue.  C’est une histoire normale et, dans les histoires normales, on joue, tu le sais.  Alors tu continues.  Ta vie comme sans lui.  Ta soirée trop normale.

Tu as la lumière.  Tu as tes lunettes.  Tu as ton livre.  Pourtant tu ne lis que des souvenirs à la place des lignes noires.  Lui évidemment.  Sa peau.  La tienne.  Le reste.  Les étreintes torrides qui épuisent vos sens.  Ce n’est que ça : du torride.

Une histoire normale.  Tu te concentres.  Deux mots.  Une phrase.  Et tu bifurques.  Ta mémoire se plait à se vautrer dans des scènes lascives aux allures de fantasmes.  Te vautrer.  Avec lui.  Avec son fantôme en attendant.  En italien, fantôme se dit « fantasma ».  Les deux mots sont pour l’heure si proches qu’ils sont synonymes.  Car c’est bien son fantôme qui rôde dans ta tête, que tu crois voir passer, là, par la vitre pas nette.  C’est bien son fantôme qui a laissé des traces sur ton cœur comme sur un lit.  Son corps emboité dans la matière.  Son empreinte sur les draps, au matin.  Fantasme.  Fantasma.  Les termes se mélangent alors que, sur les feuilles que tu tournes, les mots n’existent plus ; ils ont fui dans le réel à l’insipide odeur.  Toi, tu es dans le rêve.  « On est dans un rêve. » Tu ne sais plus.  Tu ne sais plus qui, de lui ou de toi, a prononcé ces mots.  Sa bouche ou la tienne.  Ou l’une sur l’autre.  Ou l’une dans l’autre.  Votre bouche unique scellée par le désir.  Votre bouche incendie qui embrase le monde.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieClémence Tombereau est née à Nîmes et vit actuellement à Milan.  Elle a publié deux recueils, Fragments, et Poèmes, Mignardises et Aphorismes aux éditions numériques québécoises Le chat qui louche, ainsi que plusieurs textes dans la revue littéraire Rouge Déclic (numéro 2 et numéro 4) et un essai(Esthétique du rire et utopie amoureuse dans Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier) aux Éditions Universitaires Européennes.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dires et redires : Musique et vent, par Alain Gagnon…

2 mai 2017

Musique et vent…

Je salue l’air, et je salue ce vent qui porte les voix et les miséricordes de la musique.  Devant moi cette lucarne prolonge la page et l’ouvre par leschat qui louche maykan alain gagnon francophonie souffles du suroît sur la frontière des marches.

(L’espace de la musiqueÉd. Triptyque)

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Nous aimions les feux de feuilles et de prêles ; et tous ces porteurs de flammes, inédits, que cachent les bruits d’un jardin calme.  Entre les flaques de lumière que nous abandonnait la lune, hissés sur la pointe des pieds, nous retenions notre souffle et exigions de la nuit une délivrance sûre, cette musique froide que l’orée des bois, à l’ouest, avait promise aux asclépiades blanches, en allées aux hivers.

(L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

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Ces dimanches de soleil sous les vents de suroît.  Dans la poussière, les flâneurs à même le trottoir s’étiraient sous la marquise des cinémas muets.  Parfois, ils parlaient gravement ; ou gardaient silence, yeux vers la grand-rue où passaient les autos engluées dans cette musique que les glaces baissées échappaient au vent.  Deux chiens s’approchaient, salivant à l’odeur des sorbets et des frites.

(L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

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L’Autre répétait à satiété lorsque la lumière entrait par les carreaux le soir :

— La pluie coule jusqu’à nous du ciel lourd.

— Le fleuve possède-t-il un ventre ou n’est-il que fluidité et musique ?

— Les oiseaux gris s’égarent sur les branches.

(L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Imagination, Chesterton et Jacques Parizeau, par Alain Gagnon

20 mars 2017

Notes de lecture…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

L’imagination, c’est une pensée qui a du corps. (H. Justin)

La poésie qui oublie ce corps devient éthérée, sans prise sur le réel — ni quotidien ni absolu. La poésie qui oublie la pensée oublie le chant, et se fait oublier de lui : elle demeure simplement vulgaire, sans envergure, sans durée.

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Les faits, me semble-t-il, indiquent toutes les directions comme des milliers de ramilles sur un arbre. C’est seulement la vie de l’arbre qui a de l’unité et qui monte. C’est seulement la sève qui jaillit comme une source vers les étoiles. (Chesterton)

Chesterton illustre bien cette vérité : sans le Dessin Intelligent qui l’anime, le réel serait néant.

*

Ils (mes parents) n’aimaient pas, ni moi, d’ailleurs, le mot « tolérance ». Ce mot était pour eux une espèce de condescendance vis-à-vis de l’autre. Ils préféraient le mot « partage », pour le partage de la nationalité, des ressources matérielles et de tout ce qui peut se partager entre humains qui se respectent. C’est le principal héritage que j’ai reçu d’eux et que j’ai cherché à promouvoir toute ma vie. (Michel El-Khoury, politicien libanais, in Ils ont vécu le siècle, Mélanie Loisel.)

Bonne distinction… La tolérance réduit l’autre au rôle de sujet passif. La participation en fait un égal. À ruminer en ces temps de frontières qui éclatent.

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Vous doutez toujours, mais, le doute, c’est la liberté. Et le défi de la liberté, c’est de le relever avec sa conscience… (Michel Camdessus, ancien directeur général du FMI, in Ils ont vécu le siècle, Mélanie Loisel.)

À l’inverse, la certitude serait l’ennemi de la liberté ?…

*

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe pense cependant que l’on a fait une grosse erreur en fermant les écoles normales. On n’aurait pas dû confier la formation des maîtres aux universités. Ce n’est pas dans les universités que l’on apprend à enseigner à des enfants du primaire et du secondaire. (Jacques Parizeau, ancien PM du Québec, in Ils ont vécu le siècle, Mélanie Loisel.)

À l’intérieur des facultés d’Éducation, on apprend à apprendre… aux autres. Les apprenants sont des récepteurs plus ou moins passifs, et la matière importe peu. Aucune pédagogie ne remplacera la passion d’un enseignant enflammé par la matière qu’il transmet.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Bar et crépuscule : Chronique de Porto, par Clémence Tombereau…

21 janvier 2017

Au Crépuscule

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecUne façade en lambeaux, anciennement flamboyante.

De grandes vitres tellement encrassées qu’elles se prennent pour des murs.

Un fantôme de bâche, timide, agite quelques souvenirs poussiéreux pour ne pas s’ennuyer.

En lettres effacées, un mot semble s’écrire, ou s’écrier, bancal et incertain. L’impie lira avec peine Acepule, et croira en un nom bizarre, cependant que le regard bien gaillard des initiés déchiffrera le poétique rendez-vous. AU CRÉPUSCULE.

Dans cette rue de Paris si semblable à d’autres, vous passerez devant le bar sans même y jeter un œil ou un brin d’attention – trop précieuse attention accaparée à coup sûr par votre vie remplie. Peut-être que le rêveur, le flâneur, le paumé ou le dingue laissera glisser sa vue sur cet établissement si vieux qu’il n’existe probablement pas. Il osera entrer. Il tombera sur les yeux doux d’Eurydice, derrière ses grosses lunettes, derrière son comptoir. De sa bouche vermillonnée et charnue, elle dessinera un sourire immense en guise d’invitation.

Il commandera un verre, avide d’un peu d’ivresse pour égayer l’insipide. Elle aura la main lourde, pas avare pour deux sous, et poussera même l’audace à lui dire quelques mots. Le temps qu’il fait, la politique : elle s’en fout. Elle parle juste de l’humain et sait aussi se taire, consciente des vérités qui planent dans le silence.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit désormais à Porto au Portugal.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rougedéclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous auriez intérêt à visiter : le Clémence Dumper :http://clemencedumper.blogspot.com/

Elle fait désormais partie de l’équipe régulière du Chat Qui Louche et nous présente bimensuellement une chronique.


Rimbaud, Alain Gagnon…

19 décembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Rimbaud — Cette phrase magnifique de Borer sur Rimbaud : « Mais il avait un destin, il n’aurait pas pu faire carrière. »

Ce seul poème alchimique prouve la justesse du propos de Borer :

Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
O l’Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Pour l’art pictural,Cézanne, Picasso Léger et autres nous affirmaient : une pomme, un visage, tout objet du monde familier, sont aussi, ou d’abord, des formes, des volumes. Par ce poème, en regard de la poésie, Rimbaud nous présente la valeur sonore intrinsèque des lettres qui constituent les mots de cette langue supposément connue de nous.  Métagraphie et métalangue.


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