Marc-Aurèle et la conscience, par Alain Gagnon…

3 juin 2017

Propos sur l’oubli de soialain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Ne pas s’oublier ne signifie pas un sursaut de vanité.  Ne jamais oublier ses mérites sociaux, sportifs ou financiers.  Que l’un soit écrivain, l’autre pilote de ligne, l’autre courtier, électricien ou facteur…  Tout cela, ce sont des masques plus ou moins consistants, plus ou moins temporaires.

Ne pas s’oublier signifie se ressouvenir toujours de sa véritable nature et toujours agir, dans son quotidien, de façon à ne pas la décevoir, à ne pas en déchoir — pour plagier Marc-Aurèle, le divin empereur.

*

Lorsque je me promène sur la Rive sud, je vais d’une église à l’autre.  Le cumul générationnel des joies et des peines m’y attire ; et ce calme qui réverbère celui du Fleuve dans l’odeur cireuse des lampions.  Immobiles, des silhouettes y prient, ou, cous tendus, scrutent les images de la voûte, examinent les statues sulpiciennes des nefs latérales.

*

Penser contre tous ; penser contre tout.

Et pour tous ; et pour tout.

Dans quelques années, je serai mort.  Jusqu’à la fin j’espère le droit et la capacité de m’interroger sur l’existence, sur sa nature même, sur le principe qui anime le vivant, sur la Conscience derrière la conscience.  C’est là le privilège, l’honneur et le fardeau du mortel humain.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’épouse de Socrate…

3 janvier 2017

 Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Xanthippe — L’épouse de Socrate, à qui l’on ne donne pas le beau rôle, lui était probablement aussi nécessaire que son démon.  Elle lui demandait de sortir acheter des poissons au marché : un jour, deux jours, trois jours passaient…  Le vieux baragouineur s’était volontairement égaré dans les ruelles d’Athènes.

À la maison, les enfants pleuraient.  On avait faim.

Xanthippe partait à sa recherche, furibonde, et le découvrait, devisant avec quelques jeunes hommes dans une taverne, lorsqu’il n’était pas carrément en train d’enguirlander, de façon subtile, un riche concitoyen qui, tôt ou tard, allait lui faire boire la ciguë.  Assez pour transformer la plus aimante épouse en harpie.

Quelles dégelées, elle a dû lui servir !  Quelles avalanches d’insultes bien aiguisées, comme seules les Méditerranéennes savent en asséner !

Xanthippe et Socrate : Yin et Yang ; Principe de Réalité et Principe de Plaisir.  La femme, par sa biologie, par ses maternités réelles ou potentielles, est peut-être plus près des réalités immédiates, du nécessaire quotidien que l’homme.  Mais, femmes comme hommes, tout humain porte en lui sa propre Xanthippe : son cerveau.  Son cerveau de chair, de neurones, de synapses, qui, comme l’explique Jung, dans son long commentaire sur le Thibetan Book of the Great Liberation, serait plus filtre de la Conscience universelle que producteur de conscience – contrairement à ce que croient les matérialistes.

Pourquoi ce cerveau-filtre ?  Ce cerveau-tamiseur ?  Cet occulteur ?  Ce réducteur de joie orgasmique ?  Cet empêcheur de tourner en rond, de valser gaiement avec ce monde que nous projetons, et sur lequel nous nous projetons ?  Pour notre survie dans le temps, qui fournit des occasions, bien ou mal vécues, d’individuation.

Si notre vie n’était que contemplation extatique des jeux protéiformes de la Conscience, nous nous refuserions à toute contrainte, à ces humbles et répétitives occupations que nécessite, jour après jour, notre survie biologique, nous vouant ainsi à une mort certaine – comme individus et comme espèce.  Nous serions alors privés de toute possibilité d’apprendre par la réussite et l’échec, d’élaborer des projets, de nous rêver, de nous construire, et de construire, conjointement avec cet esprit divin qui nous habite, cette âme, ce véhicule indispensable à notre voyage ultérieur vers l’Éternel, vers l’Absolu.

(Rapprochement à faire ici entre le cerveau-filtre et Ulysse qui, dans l’Odyssée, boute littéralement ses compagnons hors de l’Île des mangeurs de lotos, plante qui provoque l’oubli.  S’ils se laissent prendre au piège, l’espoir le plus infime de revoir Ithaque sera anéanti.)

Rien du manifesté ne pourra jamais étancher notre soif.  Donc, à chacun et à chacune, son cerveau, sa Xanthippe nécessaire.  Qu’elle soit bénie pour les tourments, privations, objurgations qu’elle nous inflige.  Elle nous conserve sur la Voie, à demi-éveillés, à demi-vigilants, pour la construction de cette nef d’or et d’onyx dont déjà les voiles se gonflent.

Xanthippe, bien aimée sorcière, continue à gueuler dans les ruelles d’Athènes !

Ne manquez pas de visiter cette page en marge du Chat Qui Louche :

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Procrastination… Alain Gagnon

30 décembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Vie — Assurance à sa mort, non pas de pleurer sur son propre départ, mais plutôt sur cette constante remise de l’existence à plus tard, dont parle Bataille dans L’expérience intérieure.

Chaque jour, l’assouvissement des passions, des désirs – qu’ils soient désirs de sagesse, de rectitude ou de se voir autre, autrement, autre part – est remis à plus tard, à demain.  Jusqu’au dernier crépuscule, lorsqu’il n’y aura plus de demains terrestres à espérer.  Procrastination !

Procrastinations ou retards permanents de la conscience journalière à rendre compte de l’être multidimensionnel, à plusieurs temporalités, que nous sommes.


Poésie et manque, par Alain Gagnon

28 novembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Poésie (2) — Limites inhérentes à toute poésie.

… un junco s’avance vers la mangeoire…

Difficile de saisir et de refléter la vie, car le poète est lui-même conscience et vie.  Tout comme il ne peut saisir l’amour, l’arrêter, le décrire, car il est lui-même amour.  Amour, conscience et vie : trois vecteurs dynamiques de la Réalité.  Miroir qui ne peut refléter sa propre substance.

 

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Un et multiple

 

L’art ne saisirait donc toujours que les manques, les accidents, les ratées ?  La tache de gras ou l’amoncellement de poussière qui empêche le miroir de retourner l’image dans son intégralité ?  Les béances dans le tissu du réel ?  Les imperfections conséquentes à la liberté et à l’éloignement entre l’émané et l’Émanant ?

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Marc-Aurèle et la conscience, Alain Gagnon…

17 octobre 2016

Extrait d’un ouvrage à paraître…

Ne pas s’oublier ne signifie pas un sursaut de vanité.  Ne jamais oublier ses mérites sociaux, sportifs ou financiers.  Que l’un soit écrivain, l’autre

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Marc-Aurèle, philosophe et empereur

pilote de ligne, l’autre courtier, électricien ou facteur…  Tout cela, ce sont des masques plus ou moins consistants, plus ou moins temporaires.

Ne pas s’oublier signifie se ressouvenir toujours de sa véritable nature et toujours agir, dans son quotidien, de façon à ne pas la décevoir, à ne pas en déchoir — pour plagier Marc-Aurèle, le divin empereur.

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Lorsque je me promène sur la Rive sud, je vais d’une église à l’autre.  Le cumul générationnel des joies et des peines m’y attire ; et ce calme qui réverbère celui du Fleuve dans l’odeur cireuse des lampions.  Immobiles, des silhouettes y prient, ou, cous tendus, scrutent les images de la voûte, examinent les statues sulpiciennes des nefs latérales.

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Penser contre tous ; penser contre tout.

Et pour tous ; et pour tout.

Dans quelques années, je serai mort.  Jusqu’à la fin j’espère le droit et la capacité de m’interroger sur l’existence, sur sa nature même, sur le principe qui anime le vivant, sur la Conscience derrière la conscience.  C’est là le privilège, l’honneur et le fardeau du mortel humain.

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Les arracheurs de rêves, par Francesca Tremblay…

13 octobre 2016

Les arracheurs de rêvesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

 Ils avaient des dents aiguisées et des mains aux longs doigts effilés qui se terminaient par d’abominables ongles noirs et acérés. Ils plongeaient dans les esprits pour nous prendre ce qui nous constituait. Après qu’ils soient passés, nul ne survivait, disait-on, car ils repartaient avec ce qui restait des consciences libres et heureuses. Ils sortaient de sous le lit, comme une ombre malfaisante, prête à étouffer le bien qui veillait en chaque enfant que nous étions, en chaque homme et femme que nous voulions devenir.

Ils voulaient nous faire croire que nous étions faibles et pauvres. Mais si nous l’étions, nous ne l’étions pas du cœur. Pas de l’âme. Nous vivions pour nous abandonner à l’amour, même si c’était parfois l’amour qui nous abandonnait. Ils étaient arrivés à nous faire douter que notre courage ne fût qu’un magicien perdu dans un royaume trop chaste et pourtant, cette force que nous avions de nous relever après maints coups durs de la vie nous appartenait. Elle était ancrée solidement dans les mots que nous chuchotions au fin fond des geôles. On voulait nous enlever notre foi. Mais Dieu était en chacun de nous, faisant battre cette chair qui retenait nos os de s’effondrer.

Et quand à coup de massacres ils ont voulu nous faire croire que nous n’existions pas, nous ne nous sommes pas résignés. Main dans la main, nous avons tous marché vers ceux, qui nous miraient de leur mépris. Ceux qui nous épiaient jalousement. Nulle arme ne saurait détruire cette intégrité que nous avions. Les gens disparaissent, mais la vérité était contagieuse et se répandait jusqu’à celui qui voulait savoir. Chez celui qui voulait réellement comprendre. Et nous savions que l’amour naissait des cœurs purs. Que nous avions en chacun de nous un nid fécond pour créer des jours nouveaux et une rage pour défendre la lumière qui nous éclairait. Les cavernes n’étaient plus sombres avec les discours des gens qui avaient vu et racontaient le soleil.

Vivre n’était pas seulement respirer, c’était aussi être fait d’espoir. Souhaiter changer les choses pour rapprocher chaque être de l’évanescente quête personnelle.

Quand l’arracheur de rêves vola mon cœur encore chaud d’avoir vécu, je compris qu’autre chose se débattait pour vivre. Alors qu’il se délectait de ce coriace repas qui lui glissait entre les mains, une lumière remplit mes yeux qui se refermaient. L’arracheur de rêves ne vit pas que, du haut des airs, nous le regardions faire. Et je compris qu’ils ne pourraient jamais, tous autant qu’ils étaient, nous faire croire que nous ne pouvions changer le monde. Car la vraie liberté n’était ni la vie ni la mort. C’était nous. Nous qui avions réalisé de petits et grands exploits, et les autres qui continuaient, peuplant les rues de leurs convictions. Le passage des arracheurs de rêves dans nos vies nous avait fait prendre conscience de la chance de pouvoir nous exprimer, simplement.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLa vérité est une source si pure que le corps ne saurait la toucher, que l’esprit ne saurait la connaître. C’est ce qui nous lie au divin, et nous nous battions pour la garder intacte. Comment ? En nous tenant debout quand les dents ont transpercé notre chair. En ne passant pas sous silence l’injustice faite et en réclamant haut et fort qu’ensemble NOUS SOYONS.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Je pense, et je suis, par Jean-Marc Ouellet…

13 mai 2016

 

Billet de Québec

L’être humain pense. Descartes disait : « Je pense, donc je suis. » Indubitable. L’inverse n’est pas certain. La roche existe, elle ne pense pas. Dans le coma, l’homme alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec existe, mais ne pense pas, du moins, pas notre réalité. Comment savoir ? La pensée se dérobe à l’investigation des sens. Elle n’apparaît qu’aux yeux d’un témoin intérieur, soi-même. La pensée ne se voit pas, ne s’entend pas, ne se palpe pas. Tu regardes, et toi seul sais si tu vois. Tu penses, et toi seul sais que quelque chose se déroule dans ton esprit. Nous ne pourrions savoir que la pensée existe si nous ne pouvions la vivre à travers la conscience. Elle n’apparaît qu’à soi-même. Penser, c’est agir en soi. Et sans la pensée, voir, entendre, imaginer ne servirait à rien.

Je suis devant une statue. Je perçois la chose devant moi. Je peux faire semblant de ne rien voir. Un effort me sera nécessaire. Je devrai penser pour ne pas regarder. J’abandonne, je regarde. Je décide de ne voir que le marbre, rien d’autre. Aussitôt, je vois les replis de la surface, la physionomie qui l’anime, l’attitude que l’artiste lui a fait prendre. Le personnage n’est pas réel, il ne vit pas devant moi. Mais la statue lui ressemble. Pendant que mon inconscient élimine, déforme, filtre, une image me vient en tête, je fais des liens, avec mon langage, mes souvenirs (une personne, un lieu, un événement), mes croyances, mes valeurs, mes stratégies. J’appréhende pour moi seul l’objet devant moi. La statue ne pénètre pas en moi. Elle devient une image. Dès lors, je ne suis plus le même. Je suis enrichi d’une réalité nouvelle, une représentation intérieure qui agira sur mes émotions, sur mon comportement, et finalement, sur mes expériences de vie.

Il en est de même de toute pensée, qu’elle se rapporte à une personne, à un objet, à un projet, à une création. Au départ, une image naît des informations reçues des sens, ou des profondeurs de soi. Cette image sollicite les liens, se peaufine, s’approprie le réel. Elle sera rejetée, ou deviendra un roman, une peinture, un projet, une symphonie… « Avec nos pensées, nous créons le monde », disait Bouddha.

On peut s’imposer une pensée, plusieurs mêmes, mais une à la fois, à la queue leu leu. Trop de pensées embrouillent. Elles se bousculent, s’inhibent, comme des gestes inutiles retardent l’action, comme trop de légumes dénaturent la soupe. Dans les arts martiaux, on dit de ne pas penser, de laisser venir l’action, sans distractions, l’esprit libre étant le maître de l’action. Les meilleures idées sont d’ailleurs celles qui surgissent en voleur, sans qu’on s’y attende, souvent dans les moments non propices. Si l’on ne les saisit pas au passage, si l’on ne s’y attarde pas, elles s’évanouissent, se camouflent dans un tiroir du subconscient, et attendent d’émerger à nouveau, sans crier gare.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecDe la sensation, ou de l’inconscient, la pensée germe, crée la connaissance, qui sera réutilisée par les sens. Ce processus dépendra de la fonctionnalité chimique cérébrale, des mouvements moléculaires dans les centres nerveux. Profitant des technologies modernes, des chercheurs exploitent le pouvoir de la pensée. Un patient quadriplégique, incapable d’utiliser ses membres, mais qui pense comme vous et moi, dirigera son fauteuil roulant par la pensée. Comment ça marche ? Au début, on calibre le système. On demande au patient de se concentrer sur une seule pensée, bouger sa main droite paralysée par exemple. On enregistre le profil encéphalographique de cette pensée, puis on fait de même pour la main gauche. On programme ensuite la chaise de sorte qu’elle réponde adéquatement au tracé spécifique à ces pensées. Ainsi, lorsque le patient entraîné focalisera son esprit sur sa main droite, la chaise ira à droite. De même pour la gauche. S’agissait d’y penser! Et ça ne fait que commencer. Bientôt, nous conduirons notre auto, jouerons du piano, écrirons en pensant. Sceptiques ? Vous verrez…

Un dilemme pointe. Les ondes cérébrales produisent-elles la pensée ou cette dernière vient-elle d’abord, les ondes s’enregistrant ensuite ? L’œuf ou la poule ?

Parlant de poule, les animaux pensent aussi. Le chien pense. Le chat et la poule pensent. Ils sentent une menace, ils réagissent. Ils voient la nourriture approcher, une image se forme, ils font des liens avec la faim, se diront peut-être : « Enfin ! », accourront au moment opportun, immédiatement si le porteur est leur maître, ou après le départ d’un étranger. Le chien te regarde tristement quand tu es contrarié, il hésite, quelque chose se déroule dans son esprit canin. Pas juste l’instinct.

En 1966, Cleve Backster, l’inventeur d’un système de détecteurs de mensonges, imposera sa notoriété en réalisant des expériences chez des plantes. Il installa des  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecélectrodes sur une d’elles et enregistra ses réactions à un stimulus (l’arroser, l’orienter dans une autre direction, etc.). En pensée, il menaça la plante de la bruler avec une allumette. La lecture du polygraphe se transforma, la plante s’affola. Elle avait perçu la cruelle pensée du chercheur. Quand par la pensée, il menaça de génocide un groupe de plantes branchées, toutes s’affolèrent en même temps. Par ailleurs, il découvrit aussi que les plantes manifestaient de l’aversion pour les personnes qui ne les aimaient pas, et de l’affection pour celles qui les traitaient avec soin. Ses travaux furent critiqués quant à ses méthodes. Mais… s’il avait raison ?

Des observations par résonance magnétique indiquent que le cerveau décide 300 millièmes de seconde à 10 secondes avant que cette décision n’atteigne la conscience. Comme l’écrit Sam Harris, spécialiste américain en neurosciences et auteur de Free Will, « nos décisions ne sont pas de notre fabrication. » De l’eau du corps, le rein sécrète l’urine. Le cerveau ne pourrait-il pas sécréter un fluide conceptuel filtré d’un flux d’idées universelles dans lequel les êtres vivants baignent, une énergie supérieure qui abreuve la vie ? Pour le religieux et le mystique, la pensée relie la matière à la création, au Créateur, qui génère la pensée. À la limite infinitésimale de la matière, les particules sont composées d’ondes d’énergie. Et comme la matière, la pensée est une énergie qui vibre à sa source, sous une forme autre, insaisissable. « La pensée se forme dans l’âme comme les nuages se forment dans l’air », écrivait l’essayiste français Joseph Joubert.

Pour conclure, je laisse la parole à M. J. Tyndall, physicien anglais du 19e siècle :

« Si notre intelligence et nos sens étaient assez perfectionnés, assez vigoureux, assez illuminés, pour nous permettre de voir et de sentir les molécules mêmes du cerveau; si nous pouvions suivre tous les mouvements, tous les groupements, toutes les décharges électriques, si elles existent, de ces molécules; si nous connaissions parfaitement les états moléculaires correspondant à tel ou tel état de pensée ou de sentiments, nous serions encore aussi loin que jamais de la solution de ce problème : Quel est le lien entre cet état physique et les faits de conscience ? L’abîme qui existe entre ces deux classes de phénomènes serait toujours intellectuellement infranchissable. » (1)

 (1)     Les forces physiques et la pensée, M.J. Tyndall, Revue des cours scientifiques 1868-69, Trad. De l’anglais par Éd. Barbier

Quelques sources :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0776-5541_1894_num_1_4_1389

http://www.ulaval.ca/phares/vol4-ete04/texte06.html

© Jean-Marc Ouellet 2012

Notice biographique

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche


ART HAPPENS !, par Alain Gagnon…

29 juillet 2015

Dires et redires…

Une citation de James A. M. Whistler, ce peintre américain de la fin du XIXe siècle, créateur des plus originales atmosphères. On discutait devant lui de l’influence du

milieu sur l’art et, entre autres, de l’influence de l’hérédité – bref, on théorisait. Il a laissé tomber : « Art happens ! »

J’aurais envie de reproduire cette citation en caractères immenses et de l’afficher partout, surtout dans ces facultés d’arts et lettres où, faute de comprendre quoi que ce soit, les professeurs théorisent à bras raccourcis. Faut bien que les étudiants fassent leur temps – c’est ce que les gardiens répètent aux prisonniers ; faut bien que les enseignants remplissent les blancs pendant quarante-cinq heures… Alors, quand on n’a pas l’organe qu’il faut, la sensibilité qu’il faut, quand l’essentiel nous échappe et nous échappera toujours, on théorise, on emploie les phrases les plus abstruses, en espérant que les étudiants ne découvrent jamais l’immense farce qu’on leur a jouée avant la fin de la session.

Pourtant, malgré la psychanalyse, le symbolisme, le naturalisme, le réalisme, le structuralisme, la sémiologie, la sociocritique, la psychocritique, malgré tous les réductionnismes, ART HAPPENS ! Il surgit, malvenu. Imprévisible. Irréductible. Défiant toutes les lois, toutes les grilles, toutes les règles. Il surgit de façon inopportune et dérange. Inhérent à l’humanité  – donc, bouturé à la conscience-, l’art persiste et signe, et se gausse des pisse-vinaigre qui lui courent après pour l’enfermer aux cachots humides du quantifiable et du démontrable – lui qui, plus que tout, appartient à l’ordre du qualitatif, de l’insondable, et qui vaut parce que  insondé.

(Le chien de Dieu)

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Nocturne en bleu


Procrastination… Abécédaire…, Alain Gagnon…

23 juillet 2015

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… 

Vie — Assurance à sa mort, non pas de pleurer sur son propre départ, mais plutôt sur cette constante remise de l’existence à plus tard, dont parle Bataille dans L’expérience intérieure.

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Chaque jour, l’assouvissement des passions, des désirs – qu’ils soient désirs de sagesse, de rectitude ou de se voir autre, autrement, autre part – est remis à plus tard, à demain.  Jusqu’au dernier crépuscule, lorsqu’il n’y aura plus de demains terrestres à espérer.  Procrastination !

Procrastinations ou retards permanents de la conscience journalière à rendre compte de l’être multidimensionnel, à plusieurs temporalités, que nous sommes.


Dieu n’est pas un fakir à miracles, par Alain Gagnon…

7 juin 2015

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Dieu — Les miracles n’ont jamais infirmé ni confirmé ma foi.  Si le miraculeux ou l’extraordinaire prouvait l’existence du divin, Harry Houdini, David Copperfield, Chris Angel et consorts seraient de formidables thaumaturges et hiérophantes.  Sans parler des fakirs indiens ou de ces yogis qui peuvent passer des temps fabuleusement longs sous l’eau ou sans boire, ni manger.

Les sciences font reculer les frontières de l’extraordinaire et du surnaturel.  Combien de ressuscités des temps passés ne seraient jamais ressuscités parce qu’ils ne seraient tout simplement pas morts, notre technologie médicale fine les aurait décelés encore vivants.  Quant aux guérisons,  les sciences du cerveau et la psychologie nous enseignent les capacités inouïes d’autoguérison de l’esprit humain.

Si l’on veut prouver (plutôt éprouver) la transcendance dans la nature et dans l’humain, c’est beaucoup plus vers l’existence de la conscience, non seulement réactive à l’environnement, mais surtout réfléchie et engendrant une marge de liberté, qu’il faut se tourner — là gîte le merveilleux, là gîte ce qui dépasse les contingences et ce que l’on pourrait nommer le divin : être conscient et être conscient de l’être…

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La conscience, photo de Skip Hunt

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du


Dieu n’est pas un fakir à miracles, par Alain Gagnon…

20 novembre 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Dieu — Les miracles n’ont jamais infirmé ni confirmé ma foi.  Si le miraculeux ou l’extraordinaire prouvait l’existence du divin, Harry Houdini, David Copperfield, Chris Angel et consorts seraient de formidables thaumaturges et hiérophantes.  Sans parler des fakirs indiens ou de ces yogis qui peuvent passer des temps fabuleusement longs sous l’eau ou sans boire, ni manger.

 

Les sciences font reculer les frontières de l’extraordinaire et du surnaturel.  Combien de ressuscités des temps passés ne seraient jamais ressuscités parce qu’ils ne seraient tout simplement pas morts, notre technologie médicale fine les aurait décelés encore vivants.  Quant aux guérisons,  les sciences du cerveau et la psychologie nous enseignent les capacités inouïes d’autoguérison de l’esprit humain.

Si l’on veut prouver (plutôt éprouver) la transcendance dans la nature et dans l’humain, c’est beaucoup plus vers l’existence de la conscience, non seulement réactive à l’environnement, mais surtout réfléchie et engendrant une marge de liberté, qu’il faut se tourner — là gîte le merveilleux, là gîte ce qui dépasse les contingences et ce que l’on pourrait nommer le divin : être conscient et être conscient de l’être…

chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

La conscience, photo de Skip Hunt


Dieu n’est pas un fakir à miracles, par Alain Gagnon…

26 juillet 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Dieu — Les miracles n’ont jamais infirmé ni confirmé ma foi.  Si le miraculeux ou l’extraordinaire prouvait l’existence du divin, Harry Houdini, David Copperfield, Chris Angel et consorts seraient de formidables thaumaturges et hiérophantes.  Sans parler des fakirs indiens ou de ces yogis qui peuvent passer des temps fabuleusement longs sous l’eau ou sans boire, ni manger.

 

Les sciences font reculer les frontières de l’extraordinaire et du surnaturel.  Combien de ressuscités des temps passés ne seraient jamais ressuscités parce qu’ils ne seraient tout simplement pas morts, notre technologie médicale fine les aurait décelés encore vivants.  Quant aux guérisons,  les sciences du cerveau et la psychologie nous enseignent les capacités inouïes d’autoguérison de l’esprit humain.

Si l’on veut prouver (plutôt éprouver) la transcendance dans la nature et dans l’humain, c’est beaucoup plus vers l’existence de la conscience, non seulement réactive à l’environnement, mais surtout réfléchie et engendrant une marge de liberté, qu’il faut se tourner — là gîte le merveilleux, là gîte ce qui dépasse les contingences et ce que l’on pourrait nommer le divin : être conscient et être conscient de l’être…

La conscience, photo de Skip Hunt


Poésie et manque, par Alain Gagnon…

25 juin 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Poésie (2) — Limites inhérentes à toute poésie.

… un junco s’avance vers la mangeoire…

Difficile de saisir et de refléter la vie, car le poète est lui-même conscience et vie.  Tout comme il ne peut saisir l’amour, l’arrêter, le décrire, car il est lui-même amour.  Amour, conscience et vie : trois vecteurs dynamiques de la Réalité.  Miroir qui ne peut refléter sa propre substance.

 

Un et multiple

 

L’art ne saisirait donc toujours que les manques, les accidents, les ratées ?  La tache de gras ou l’amoncellement de poussière qui empêche le miroir de retourner l’image dans son intégralité ?  Les béances dans le tissu du réel ?  Les imperfections conséquentes à la liberté et à l’éloignement entre l’émané et l’Émanant ?

 


Rétrospective* : L’épouse de Socrate…

6 septembre 2013

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Xanthippe — L’épouse de Socrate, à qui l’on ne donne pas le beau rôle, lui était probablement aussi nécessaire que son démon.  Elle lui demandait de sortir acheter des poissons au marché : un jour, deux jours, trois jours passaient…  Le vieux baragouineur s’était volontairement égaré dans les ruelles d’Athènes.

À la maison, les enfants pleuraient.  On avait faim.

Xanthippe partait à sa recherche, furibonde, et le découvrait, devisant avec quelques jeunes hommes dans une taverne, lorsqu’il n’était pas carrément en train d’enguirlander, de façon subtile, un riche concitoyen qui, tôt ou tard, allait lui faire boire la ciguë.  Assez pour transformer la plus aimante épouse en harpie.

Quelles dégelées, elle a dû lui servir !  Quelles avalanches d’insultes bien aiguisées, comme seules les Méditerranéennes savent en asséner !

Xanthippe et Socrate : Yin et Yang ; Principe de Réalité et Principe de Plaisir.  La femme, par sa biologie, par ses maternités réelles ou potentielles, est peut-être plus près des réalités immédiates, du nécessaire quotidien que l’homme.  Mais, femmes comme hommes, tout humain porte en lui sa propre Xanthippe : son cerveau.  Son cerveau de chair, de neurones, de synapses, qui, comme l’explique Jung, dans son long commentaire sur le Thibetan Book of the Great Liberation, serait plus filtre de la Conscience universelle que producteur de conscience – contrairement à ce que croient les matérialistes.

Pourquoi ce cerveau-filtre ?  Ce cerveau-tamiseur ?  Cet occulteur ?  Ce réducteur de joie orgasmique ?  Cet empêcheur de tourner en rond, de valser gaiement avec ce monde que nous projetons, et sur lequel nous nous projetons ?  Pour notre survie dans le temps, qui fournit des occasions, bien ou mal vécues, d’individuation.

Si notre vie n’était que contemplation extatique des jeux protéiformes de la Conscience, nous nous refuserions à toute contrainte, à ces humbles et répétitives occupations que nécessite, jour après jour, notre survie biologique, nous vouant ainsi à une mort certaine – comme individus et comme espèce.  Nous serions alors privés de toute possibilité d’apprendre par la réussite et l’échec, d’élaborer des projets, de nous rêver, de nous construire, et de construire, conjointement avec cet esprit divin qui nous habite, cette âme, ce véhicule indispensable à notre voyage ultérieur vers l’Éternel, vers l’Absolu.

(Rapprochement à faire ici entre le cerveau-filtre et Ulysse qui, dans l’Odyssée, boute littéralement ses compagnons hors de l’Île des mangeurs de lotos, plante qui provoque l’oubli.  S’ils se laissent prendre au piège, l’espoir le plus infime de revoir Ithaque sera anéanti.)

Rien du manifesté ne pourra jamais étancher notre soif.  Donc, à chacun et à chacune, son cerveau, sa Xanthippe nécessaire.  Qu’elle soit bénie pour les tourments, privations, objurgations qu’elle nous inflige.  Elle nous conserve sur la Voie, à demi-éveillés, à demi-vigilants, pour la construction de cette nef d’or et d’onyx dont déjà les voiles se gonflent.

Xanthippe, bien aimée sorcière, continue à gueuler dans les ruelles d’Athènes !

Notice biographique

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Tomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).


Rétrospective* : Poésie et manque : Abécédaire…(45)

2 avril 2013

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Poésie (2) — Limites inhérentes à toute poésie.

… un junco s’avance vers la mangeoire…

Difficile de saisir et de refléter la vie, car le poète est lui-même conscience et vie.  Tout comme il ne peut saisir l’amour, l’arrêter, le décrire, car il est lui-même amour.  Amour, conscience et vie : trois vecteurs dynamiques de la Réalité.  Miroir qui ne peut refléter sa propre substance.

Un et multiple

L’art ne saisirait donc toujours que les manques, les accidents, les ratées ?  La tache de gras ou l’amoncellement de poussière qui empêche le miroir de retourner l’image dans son intégralité ?  Les béances dans le tissu du réel ?  Les imperfections conséquentes à la liberté et à l’éloignement entre l’émané et l’Émanant ?

http://maykan.wordpress.com/


Chronique des idées et des livres de Frédéric Gagnon…

5 janvier 2013

Une quête de l’Absolu

Schlesinger, Hegel

Schlesinger, Hegel

Un peu de philosophie mène souvent à l’athéisme ; la meilleure philosophie vous convaincra non seulement de votre nature spirituelle, mais de la spiritualité de l’ensemble du cosmos.  Le monde tel qu’on le voit, avec ses merveilles innombrables, tous ses abîmes et toutes ses grandeurs, est l’expression de l’Esprit, de l’Esprit du monde qui dans le monde retrouve ses propres contenus.  Vous êtes l’Esprit, vous êtes cet Esprit : ce qu’est cet Esprit dans son infinité, vous l’êtes sous la forme d’un corps fini, d’une conscience qui virtuellement, mais virtuellement seulement, embrasse le Tout, si bien qu’en un sens on ne peut que donner raison à ce sophiste qui disait de l’homme qu’il est la mesure de toutes choses.

C’est d’abord en étranger que l’Esprit erre dans un monde qui est pourtant le sien.  La conscience animale est pour cet Esprit, en tant qu’il est immanent, un premier éveil.  Mais c’est avec l’homme, être de culture capable de concevoir des objets idéaux, que l’Esprit entreprend la longue marche qui le conduira jusqu’à la pleine conscience de soi, vers un monde accompli dans lequel la matière sera spiritualisée et l’Esprit profondément conscient de retrouver dans le monde sa propre vérité.  Il va sans dire que dans l’épreuve dialectique qui conduit l’Esprit d’une relative inconscience vers le Savoir absolu, l’art, la religion et la philosophie jouent un rôle éminent.  Je ne doute pas, pour ma part, que l’on retrouve dans la religion chrétienne des vérités sublimes et sans doute éternelles.  Je vois ainsi dans la crucifixion du Christ l’image saisissante du sort de l’Esprit dans notre monde.  Bien que la matière soit l’Autre de l’Esprit dans l’Esprit, il y a chez elle une relative tendance à l’insubordination qui chez les hommes se traduit trop souvent par une haine de l’Esprit.  Les hommes, tant qu’ils n’ont pas été touchés par cette grâce qu’est chez eux l’éveil de la Conscience transcendantale, sont essentiellement des créatures hylétiques (pour reprendre une ancienne expression des gnostiques) : leur mental est obscurci par la matière et les passions qu’elle entraîne ; fils de la matière, ils ressentent pour l’Esprit, dont la vie est lumière, puissance et vérité, une haine qui peut les mener au meurtre.

La grâce, le véritable baptême, que représente l’éveil de la Conscience transcendantale, ne suppose tout de même pas que chaque individu refasse pour lui-même le parcours intellectuel qui mène de Kant à Husserl ; un tel éveil a lieu quand émergent dans une conscience obscure les premières conceptions morales, quand un objet de beauté nous ébranle et nous tire de nous-mêmes ; quand, de pures virtualités qu’ils étaient, le Bien, le Vrai, le Beau deviennent les principes organisateurs de notre évolution.  Il va sans dire que bien des êtres qui connaissent semblable éveil retombent dans leurs anciens travers : la chair est faible et le monde souvent ambigu, mais je crois qu’on peut affirmer que celui qui fut touché par la grâce ne peut pas mourir totalement à la vérité de l’Esprit.  Dans sa bêtise, l’homme peut retarder les moissons, mais il est par ailleurs certain que tôt ou tard les semences de l’Esprit germeront pour s’épanouir au soleil du Vrai.  C’est là, je crois, le sens de la résurrection du Christ : la loi de notre monde exige la mise à mort de l’Esprit, mais, plus profonde, la loi de l’Esprit exige que lentement son règne vienne.  Rappelons-nous que le Christ est descendu aux Enfers : ainsi l’Esprit doit-il subir sa propre agonie, descendre dans les profondeurs de la matière afin de l’élever vers sa propre vérité.

C’est sans doute la vérité du monde, comme l’autre de moi qui pourtant n’est que moi, que nous révèle l’art – et c’est pourquoi le grand art est une autorévélation de l’Esprit.  L’autre jour j’écoutais la musique de chambre de Gabriel Fauré en regardant les jeux de lumière dans les feuillages.  Il me semblait mieux comprendre la lumière et les feuilles parce que j’écoutais cette musique.  La musique me révélait la vérité de l’arbre, qui est de se chercher aveuglément tout en se retrouvant, dans sa poussée vitale, intime de l’Esprit ; Esprit de part en part et pourtant autre ; autre que moi et pourtant se confondant avec ma vérité propre qui est de me retrouver dans le monde comme dans mon monde.

Est-ce affaire d’idiosyncrasie, c’est dans les lettres que je retrouve le mieux la vérité que je cherche.  Je vois dans la langue la matière la plus proche de l’Esprit, bien proche d’être beaucoup plus que matière, matière déjà spiritualisée.  C’est à travers la littérature que s’approfondit ma capacité d’apprécier les autres arts, comme si une œuvre de langage faisait signe vers ces autres matières qui une fois organisées artistiquement deviennent aussi matière spirituelle, douée de sens et de vérité.   Toujours est-il que je ne peux lire Combray sans avant-goût du monde à venir.  Il me semble que dans La Recherche, la vérité intérieure de la littérature, qui est d’être style et pensée confondus, s’exprime totalement jusqu’à engendrer l’œuvre d’art absolue ; et que cette vérité m’introduit à celle finale d’un monde dont la matière subtile sera animée par une pensée infinie qui à travers le tout se pensera elle-même.

Il peut sans doute sembler étrange de parler de la vérité de l’œuvre de Proust, qui est après tout de fiction.  Mais je crois qu’une œuvre d’art est absolument vraie quand elle représente une nouvelle révélation de l’Esprit à lui-même ; qu’elle est relativement vraie quand elle tend vers la conscience que l’Esprit a de lui-même ; et qu’elle est sans vérité quand elle est une négation de la présence de l’Esprit.  En ce sens, l’œuvre de Proust n’est pas moins vraie que celle de Hegel, et celles de Bach et de Fauré, ou encore celle d’un Van Gogh, pas moins vraie que celles de Proust ou d’Homère, car il est une vérité dans la musique et dans les arts plastiques.  Écoutant Jean-Sébastien Bach, j’entends l’équivalent sonore des lois formelles qui régissent les univers physiques, supraphysiques et surnaturels ; l’œuvre de Fauré m’ouvre aux émotions supérieures, aux sentiments profonds de l’Esprit qui se dispersent dans les mondes humains et naturels, puis, riches d’infinies métamorphoses, se fondent dans une pensée qui passe tous nos mots, tous nos concepts, mais que nos meilleurs artistes expriment pourtant ; et j’ai vu dans certains cieux de Van Gogh les révolutions nécessaires de l’Esprit dont la vie n’est pas que douceur, mais également impétuosité ; et le miracle de la visibilité, d’une pensée faite corps, me fut révélé dans certains visages de jeunes femmes que l’on retrouve dans les tableaux de Botticelli.

Il m’arrive de penser que les philosophes de l’avenir jugeront sévèrement l’époque présente.  Je ne sais trop s’il y a parmi nos littérateurs et nos artistes des géants comparables à ceux que nous donnèrent encore des époques récentes (cela, les siècles en décideront) ; ce que je sais, toutefois, c’est qu’au cours du XXe siècle, avec toujours plus de force, s’est imposée une culture de masse révoltante qui ne sert qu’à dévoyer les consciences puisqu’elle est la négation absolue de la vérité et de la vie de l’Esprit.  Cette culture sous-humaine est à mon sens l’instrument dont se servent des capitalistes afin de soumettre les hommes à un Nouvel Ordre matérialiste et néfaste.  Je sais qu’il y a peu de libertés en dehors de l’Occident, mais je crains que nos descendants nous jugent aussi sévèrement qu’ils jugeront l’intégrisme musulman (on pourrait dire que l’Occident matérialiste et l’islam radical sont des formes de folie opposés ; on peut toujours espérer que ces deux formes s’affrontent dialectiquement pour qu’une vérité plus grande apparaisse).  Il n’y a qu’à regarder nos taux de suicide pour comprendre que l’homme ne vit pas que de pain et de jeux.  Des masses sont aujourd’hui vouées à l’errance morale ; rien ne peut les apaiser, les rasséréner dans un univers qui n’est plus qu’un spectacle débilitant qui ne sert au fond que des classes possédantes qui nous abusent.  On vit dans un monde où la consommation remplace la communion, où les signaux remplacent les signes ; il nous manque ces grands symboles propres aux traditions spirituelles, symboles qui permettaient à l’homme, même inculte, d’intégrer, à travers une pratique, la vie de l’Esprit supérieur qui l’habite.

Certains conservateurs ne manqueront pas de trouver dans un penseur comme Nietzsche l’un des symptômes, sinon l’une des causes, de notre déclin.  Peut-on leur donner tout à fait tort ?  Je me demande si l’œuvre du poète de Sils-Maria, tout athée qu’il se soit voulu, n’est pas l’une des stations de l’Esprit, l’un de ses moments forts.  L’Esprit est tout, il est donc également force, impétuosité et même violence (il y a réellement de saintes colères).  L’Esprit nécessairement se révolte contre les formes périmées.  Si la vérité du christianisme est éternelle, il n’en reste pas moins que l’Église catholique et les sectes protestantes s’enlisent depuis longtemps dans un autoritarisme brutal, un moralisme et un activisme social qui les éloignent du sacré.  Au fond, la vérité intérieure du christianisme, et plus généralement celle de l’Esprit, avait et a sans doute toujours besoin de Nietzsche (il faudrait ajouter, pour les conservateurs, que, même de leur point de vue, il y a des aspects fort positifs dans l’œuvre du penseur Allemand – mais on peut se demander si dans ses écrits les thèmes négatifs et positifs sont dissociables).  En un mot, un monde de formes périmées ou absurdes appelle ses destructeurs.

On me dira que l’art existe encore ; je répondrai qu’il a cessé d’être un vecteur des contenus essentiels de l’époque : l’art, tout comme la philosophie, se tient en réserve.  La mission essentielle de notre temps est peut-être de créer les fondements technologiques d’une humanité nouvelle ; je ne suis pas loin, en fait, de croire que Gene Roddenberry a joui d’une sorte d’illumination, que demain, tout comme dans Star Trek, nos machines puissantes nous serviront à fédérer les intelligences à travers les espaces semés d’étoiles.  Mais quoi qu’il en soit du destin de notre époque et du futur, chaque personne, unique, doit suivre sa propre voie, même quand celle-ci l’oppose, ce qui peut être douloureux, à la logique interne de l’histoire contemporaine.  Pour ma part, si je ne me désintéresse pas complètement des nécessités de notre temps, je trouve plus de charme à la poésie et d’intérêt à mon accomplissement métaphysique qu’au règne des machines.

Je cherche l’intelligible absolu.

© Frédéric Gagnon, 6 juillet 2011.

Notice biographique

Frédéric Gagnon a vécu dans plusieurs villes canadiennes, dont Montréal, Kingston et Chicoutimi.  Il habite aujourd’hui Québec.  Il a étudié, entre autres, la philosophie et la littérature.  À ce jour, il a publié trois ouvrages, dont Nirvana Blues, paru, à l’automne 2009, aux Éditions de la Grenouille Bleue.  Lire et écrire sont ses activités préférées, mais il apprécie également la bonne compagnie et la bonne musique.


L'épouse de Socrate…

16 janvier 2011

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Xanthippe — L’épouse de Socrate, à qui l’on ne donne pas le beau rôle, lui était probablement aussi nécessaire que son démon.  Elle lui demandait de sortir acheter des poissons au marché : un jour, deux jours, trois jours passaient…  Le vieux baragouineur s’était volontairement égaré dans les ruelles d’Athènes.

À la maison, les enfants pleuraient.  On avait faim.

Xanthippe partait à sa recherche, furibonde, et le découvrait, devisant avec quelques jeunes hommes dans une taverne, lorsqu’il n’était pas carrément en train d’enguirlander, de façon subtile, un riche concitoyen qui, tôt ou tard, allait lui faire boire la ciguë.  Assez pour transformer la plus aimante épouse en harpie.

Quelles dégelées, elle a dû lui servir !  Quelles avalanches d’insultes bien aiguisées, comme seules les Méditerranéennes savent en asséner !

Xanthippe et Socrate : Yin et Yang ; Principe de Réalité et Principe de Plaisir.  La femme, par sa biologie, par ses maternités réelles ou potentielles, est peut-être plus près des réalités immédiates, du nécessaire quotidien que l’homme.  Mais, femmes comme hommes, tout humain porte en lui sa propre Xanthippe : son cerveau.  Son cerveau de chair, de neurones, de synapses, qui, comme l’explique Jung, dans son long commentaire sur le Thibetan Book of the Great Liberation, serait plus filtre de la Conscience universelle que producteur de conscience – contrairement à ce que croient les matérialistes.

Pourquoi ce cerveau-filtre ?  Ce cerveau-tamiseur ?  Cet occulteur ?  Ce réducteur de joie orgasmique ?  Cet empêcheur de tourner en rond, de valser gaiement avec ce monde que nous projetons, et sur lequel nous nous projetons ?  Pour notre survie dans le temps, qui fournit des occasions, bien ou mal vécues, d’individuation.

Si notre vie n’était que contemplation extatique des jeux protéiformes de la Conscience, nous nous refuserions à toute contrainte, à ces humbles et répétitives occupations que nécessite, jour après jour, notre survie biologique, nous vouant ainsi à une mort certaine – comme individus et comme espèce.  Nous serions alors privés de toute possibilité d’apprendre par la réussite et l’échec, d’élaborer des projets, de nous rêver, de nous construire, et de construire, conjointement avec cet esprit divin qui nous habite, cette âme, ce véhicule indispensable à notre voyage ultérieur vers l’Éternel, vers l’Absolu.

(Rapprochement à faire ici entre le cerveau-filtre et Ulysse qui, dans l’Odyssée, boute littéralement ses compagnons hors de l’Île des mangeurs de lotos, plante qui provoque l’oubli.  S’ils se laissent prendre au piège, l’espoir le plus infime de revoir Ithaque sera anéanti.)

Rien du manifesté ne pourra jamais étancher notre soif.  Donc, à chacun et à chacune, son cerveau, sa Xanthippe nécessaire.  Qu’elle soit bénie pour les tourments, privations, objurgations qu’elle nous inflige.  Elle nous conserve sur la Voie, à demi-éveillés, à demi-vigilants, pour la construction de cette nef d’or et d’onyx dont déjà les voiles se gonflent.

Xanthippe, bien aimée sorcière, continue à gueuler dans les ruelles d’Athènes !

 

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Procrastination… Abécédaire…(74)

30 novembre 2010

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Vie — Assurance à sa mort, non pas de pleurer sur son propre départ, mais plutôt sur cette constante remise de l’existence à plus tard, dont parle Bataille dans L’expérience intérieure.

Chaque jour, l’assouvissement des passions, des désirs – qu’ils soient désirs de sagesse, de rectitude ou de se voir autre, autrement, autre part – est remis à plus tard, à demain.  Jusqu’au dernier crépuscule, lorsqu’il n’y aura plus de demains terrestres à espérer.  Procrastination !

Procrastinations ou retards permanents de la conscience journalière à rendre compte de l’être multidimensionnel, à plusieurs temporalités, que nous sommes.


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