Marc-Aurèle et la conscience, par Alain Gagnon…

3 juin 2017

Propos sur l’oubli de soialain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Ne pas s’oublier ne signifie pas un sursaut de vanité.  Ne jamais oublier ses mérites sociaux, sportifs ou financiers.  Que l’un soit écrivain, l’autre pilote de ligne, l’autre courtier, électricien ou facteur…  Tout cela, ce sont des masques plus ou moins consistants, plus ou moins temporaires.

Ne pas s’oublier signifie se ressouvenir toujours de sa véritable nature et toujours agir, dans son quotidien, de façon à ne pas la décevoir, à ne pas en déchoir — pour plagier Marc-Aurèle, le divin empereur.

*

Lorsque je me promène sur la Rive sud, je vais d’une église à l’autre.  Le cumul générationnel des joies et des peines m’y attire ; et ce calme qui réverbère celui du Fleuve dans l’odeur cireuse des lampions.  Immobiles, des silhouettes y prient, ou, cous tendus, scrutent les images de la voûte, examinent les statues sulpiciennes des nefs latérales.

*

Penser contre tous ; penser contre tout.

Et pour tous ; et pour tout.

Dans quelques années, je serai mort.  Jusqu’à la fin j’espère le droit et la capacité de m’interroger sur l’existence, sur sa nature même, sur le principe qui anime le vivant, sur la Conscience derrière la conscience.  C’est là le privilège, l’honneur et le fardeau du mortel humain.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Propos sur l’oubli de soi… Jésus et la pyramide de Maslow…

5 mai 2017

Extraits de Propos sur l’oubli de soi… 

Dans l’évangile de Mathieu, on trouve cette parabole que je résume à ma façon, en ignare de l’exégèse.

Les pharisiens tendent un piège à Jésus. Sous prétexte de le consulter, ils tentent de le compromettre.  D’abord ils le flattent : « Nous savons que tu enseignes la vérité… » Puis le dard empoisonné : « D’après toi, est-il permis, oui ou non, de payer le tribut à César ? »

Ces malins croient l’avoir coincé.  S’il répond : « Il faut payer l’impôt à l’empereur des gentils », tous les zélotes juifs vont l’accuser d’être un collabo.  S’il répond : « Ne payez pas l’impôt », ce sont les Romains et leurs amis du lieu qui lui tombent dessus.  Jésus réplique : « Montrez-moi la monnaie qui sert à payer l’impôt. »  On lui présente un denier.  Alors il demande : « C’est l’image de qui et le nom de qui que nous apercevons sur cette pièce ? »  « César Auguste ! » reprennent-ils en chœur.  « Alors rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. »  Fin politique, Jésus.  Jésuite avant l’heure.

Cette parabole a beaucoup servi.  Aux monarques pour s’assurer le paiement des impôts, à départager les responsabilités lors des discussions sur les pouvoirs respectifs de l’Église et de l’État…  Ce fut donc une parabole utile.

Hors la sphère institutionnelle, cette parabole possède aussi une portée, un sens pour chaque individu.   Chacun est aussi complexe, composite qu’une organisation sociale.  Nous sommes légion.  On retrouve en soi plusieurs mondes, plusieurs ordres de choses.  Si nous nous référons à la pyramide d’Abraham Maslow[1], des besoins hiérarchisés s’expriment à divers paliers de notre être.

À la base de la personne, nous retrouvons les besoins primaires (1 et 2) : la faim, la soif, le besoin d’abri contre les intempéries, le sexe…  Une fois qu’un

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Pyramide de Maslow

humain a comblé ses besoins de se nourrir, même avec gourmandise, il ne peut manger à l’infini.  Une fois qu’il possède trois résidences, sera-t-il plus à l’abri s’il possède cent châteaux ?  Sur le plan sexuel, les limites à la consommation sont notoires et font la fortune des pharmaceutiques et des Sex Shops.

Au deuxième palier, réclament les besoins sociaux (3 et 4).  Besoins d’être accepté par les autres, d’être reconnu comme personne distincte, et de se reconnaître comme apportant à sa communauté une contribution propre.  À ce stade, le qualitatif domine.  La satisfaction de ces besoins exige le développement d’aptitudes interrelationnelles, un apprentissage de soi et des autres, une reconnaissance de l’autre comme différent de soi.

Puis, on en arrive au faîte de la pyramide.  Le besoin d’autoréalisation (5).  L’auto-accomplissement par l’identification à une tâche ou  à une cause qui nous dépasse.  Ici, nous entrons dans un ordre purement qualitatif, celui du sens, des valeurs, des significations, des idéologies, de l’idéal, de l’esthétique, de la recherche du Beau, du Vrai, du Bien, de l’Absolu.  C’est à l’intérieur de ce territoire intérieur que l’humain avoisine l’élément divin qui l’habite et qui s’exprime par l’intuition supérieure, chère à Aurobindo.

La majorité des hommes et femmes se confinent aux besoins primaires et aux plus immédiats des besoins sociaux.  Et notre civilisation conspire à cela.  Les citoyens comme producteurs et consommateurs lui suffisent.  Les chevaliers de l’Absolu ou du qualitatif dérangent les machines, de là l’oubli institutionnel de ce qui fait que l’humain transcende de beaucoup le monde physique et social dans lequel il évolue.

Si nous revenons à la parabole plus haut citée, rendre à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu, consisterait pour chacun à prendre conscience des devoirs que chaque partie de son être ordonne, à n’en négliger aucun.


[1] Je fais ici une interprétation – pour ne pas écrire utilisation – très personnelle de la pensée de Maslow.


Rêve : les jeux du mental… Alain Gagnon

11 février 2017

Propos sur l’oubli de soi

Le temps draine vers nous tous ces rêves, tristes ou joyeux, qui de notre mental émergent, lente théorie ; et nous nommons cela notre vie.  Ils défilent, hachurés, et nous offrent une consistance factice qui cache la réelle consistance.

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Jeux du mental

*

Dans nos relations humaines, d’ordre professionnel ou privé, je peux interagir en mâle agressif et jaloux de ses privilèges réels ou supposés, ou me souvenir de ce que je suis et reconnaître dans l’autre ce que j’ai tendance à oublier en moi-même.

*

L’art comme raccourci vers la ressouvenance.

La musique invite, le tableau invite, les mots invitent, la danse invite… Qui sait répondre se rapproche de l’essentiel, du nœud de lui-même, de ce qui s’exprime mal par la raison des phrases liées, de ce qui le dépasse et le contient.


Carleton, la mer et Moïse… Alain Gagnon

9 février 2017

Propos sur l’oubli de soi… chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Les paysages sont des escabeaux sur lesquels s’arcboute l’esprit pour hausser ce vivant au-delà de lui-même.  Toute identification ne peut être qu’adjuvant temporaire.  Carleton et la mer me sont moins nécessaires.  Mais l’air y est toujours aussi doux au soir et les vagues une musique qui rend insatiable.

*

Par la musique nous avons la capacité de penser au-delà du moi quotidien, au-delà des dieux, au-delà de ce que les dieux auraient voulu que nous pensions, que nous sachions.

*

Beaucoup sont dans la situation de Moïse.  Du haut d’une colline, de loin, on lui a montré la Terre promise. Mais on ne lui a pas permis d’y entrer.  De même, nous pressentons au cœur du soi le Réel.  Nous l’effleurons, le courtisons.  Bien peu s’y fondent dès cette vie.

*

Tu croyais tuer le temps par de si nombreuses activités, de si nombreux projets.  Un si grand activisme…  Et c’est le temps qui a tué ce que tu croyais être toi.


Québécois ? Rien ! par Alain Gagnon…

15 janvier 2017

L’OUBLI DE SOI 

Au Québec, les nouveaux venus, s’ils sont de religion ou culture différentes — c’est-à-dire s’ils ont des façons autres de se rappeler qui ils sont —, ont droit à leurs différences, que cette différence s’exprime par le kirpan, la kippa, le foulard   ou toutes formes de manifestation — et le libéral en moi s’en réjouit.  Officiellement ou officieusement, il n’y a que les Québécois de souche qui ne peuvent être quelque chose et l’exprimer.  Ils ne peuvent qu’être rien.  Et ce Rien nous étouffe.

*

Notre personnalité apparente ?  Voilà ce que nous transportons, nommons moi et montrons aux autres comme étant soi : une masse de tissus cicatriciels ; elle forme coquille et nous suit, plus ou moins cohérente dans ses infirmités, de l’enfance à la tombe.

*

Que ou qui sommes-nous ?

Imaginez une sphère de lumière ou un diamant lumineux, pointes à la verticale.  Un rayon pâle en jaillit et pénètre une zone d’ombre où sa luminosité se tamise.  Ce rayon a pouvoir de réflexion et un fort besoin de s’identifier, se projeter.  Sans cesse, il se répète : « Je suis ce que je perçois ». Bientôt, il développera des aperçus généraux sur l’ombre, pour en arriver à se prouver la seule existence de l’ombre, et il se niera toute autre origine ou destination que l’ombre, et il souffrira d’une solitude et d’un manque que la présence d’autres rayons ternes comme lui n’arrivera pas à combler.  Ni les modes d’être au monde sans transcendance que les autres rayons et lui auront tenté, dans l’absurde, d’élaborer.

Jusqu’à ce que, par effort de conscientisation ou par révélation, il se ressouvienne soudain de sa source et réalise l’immensité de son être, de ce qu’il est.

Voilà ce que nous sommes, le fragment (ego) d’un diamant de lumière (soi), identifié à l’ombre qui l’entoure et coupé de son être originel.  Et nous nous sommes voulus rétrécis de la sorte.  C’est ce que nous avons probablement choisi.


Dieu, Jésus et les dieux…, un texte d’Alain Gagnon

5 décembre 2016

Propos sur l’oubli de soi…

 

 

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Ce dieu de l’Ancien Testament dont la voix s’entremêle à celle du Dieu Esprit, ce dieu mégalomane et ses démons ont sévi d’abondance dans l’histoire de la Terre.  Les mythes racontent leurs exploits et méfaits.

*

Au royaume du dieu menteur, Jésus le Nazaréen est venu ouvrir une succursale spirituelle, une colonie de la Vérité sur terre.

*

Le néo-monisme du matérialisme voudrait tout expliquer.  En vain.  Malgré ses exploits dans la sphère sensible, il n’y arrivera jamais.  Ses outils, quoique techniquement admirables, demeureront toujours en deçà de cette tâche : décrire le qualitatif, ce qui s’expérimente par l’intuition supérieure, le supra-moi, ne se définit que par métaphores ou musiques.


L’oubli de soi et Notes de lecture, par Alain Gagnon…

24 novembre 2016

Extrait de Propos sur l’oubli de soi :

Il m’arrive de m’oublier.  Souvent.  D’oublier qui je suis, ce que je suis, de me laisser submerger par les mouvements intérieurs, les appétences.  Les passions, les émotions vives – comme la colère ou la lubricité – sont faciles à déceler, à contrer même.  Le plus pernicieux, ce sont ces envahissements par les causes apparemment nobles, celles qui seraient dignes de louange, d’intérêt : l’altruisme de pacotille, les devoirs qu’on nous impose ou que l’on s’impose…  Quiconque s’y plonge sans s’être ressouvenu de ce qu’il est donnera bientôt au mieux dans la fatuité, au pire dans le despotisme ou le grand banditisme.

— Mais de quoi veux-tu donc que l’on se ressouvienne tant ? demande mon démon intérieur.

— De son caractère divin.  De la présence du divin en soi.  De son origine divine et de sa destination divine.  Hors cette prise de conscience, institutions, civilisations, législations, entreprises individuelles ou collectives, ne sont que fruits de la vanité, constructions sur le sable que le temps ne manquera pas d’éroder ou d’effacer hâtivement.

Notes de lecture :

Je me délecte de Les grands sages de l’Égypte ancienne de Christian Jacq. (Perrin, 2009.  Coll. Tempus, # 281)

Nous nous retrouvons au troisième millénaire avant J-C.  Pour l’histoire connue des hommes, c’est très loin.  Pour la géologie, même pas hier. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Je m’arrête au chapitre 4, celui consacré à la reine Méresânkh III, dont le nom signifie « la Vivante qui aime ». Atoum, le principe créateur, est à la fois masculin et féminin.  Le pharaon et sa reine rejouent sur terre les péripéties de ce mariage sacré, cette union des sexes avant le sexe,  qui a engendré l’univers visible et invisible, ses énergies et la conscience.  Méresânkh représente donc cette… « Matrice céleste, elle répand à travers l’univers de l’émeraude, de la malachite et de la turquoise afin d’en façonner des étoiles.  En devenant une Hathor (déesse), Méresânkh réactualise la création du monde. » (p. 41)  Spiritualités féminine et masculine vécues sous le soleil éclatant du plateau de Guizeh.

À rapprocher des noces de la Mère Esprit et du Christ Créateur dont parle La Cosmogonie d’Urantia. Réfléchir aussi au sens profond de cette Vierge qui donne naissance au Christ le 25 décembre prochain dans la tradition chrétienne.

Kephren et Méresânkh III


Dieu, Jésus et les dieux…

27 octobre 2016

Propos sur l’oubli de soi…

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Ce dieu de l’Ancien Testament dont la voix s’entremêle à celle du Dieu Esprit, ce dieu mégalomane et ses démons ont sévi d’abondance dans l’histoire de la Terre.  Les mythes racontent leurs exploits et méfaits.

*

Au royaume du dieu menteur, Jésus le Nazaréen est venu ouvrir une succursale spirituelle, une colonie de la Vérité sur terre.

*

Le néo-monisme du matérialisme voudrait tout expliquer.  En vain.  Malgré ses exploits dans la sphère sensible, il n’y arrivera jamais.  Ses outils, quoique techniquement admirables, demeureront toujours en deçà de cette tâche : décrire le qualitatif, ce qui s’expérimente par l’intuition supérieure, le supra-moi, ne se définit que par métaphores ou musiques.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).


Marc-Aurèle et la conscience, Alain Gagnon…

17 octobre 2016

Extrait d’un ouvrage à paraître…

Ne pas s’oublier ne signifie pas un sursaut de vanité.  Ne jamais oublier ses mérites sociaux, sportifs ou financiers.  Que l’un soit écrivain, l’autre

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Marc-Aurèle, philosophe et empereur

pilote de ligne, l’autre courtier, électricien ou facteur…  Tout cela, ce sont des masques plus ou moins consistants, plus ou moins temporaires.

Ne pas s’oublier signifie se ressouvenir toujours de sa véritable nature et toujours agir, dans son quotidien, de façon à ne pas la décevoir, à ne pas en déchoir — pour plagier Marc-Aurèle, le divin empereur.

*

Lorsque je me promène sur la Rive sud, je vais d’une église à l’autre.  Le cumul générationnel des joies et des peines m’y attire ; et ce calme qui réverbère celui du Fleuve dans l’odeur cireuse des lampions.  Immobiles, des silhouettes y prient, ou, cous tendus, scrutent les images de la voûte, examinent les statues sulpiciennes des nefs latérales.

*

Penser contre tous ; penser contre tout.

Et pour tous ; et pour tout.

Dans quelques années, je serai mort.  Jusqu’à la fin j’espère le droit et la capacité de m’interroger sur l’existence, sur sa nature même, sur le principe qui anime le vivant, sur la Conscience derrière la conscience.  C’est là le privilège, l’honneur et le fardeau du mortel humain.

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Heidegger et la pensée méditative, par Alain Gagnon…

9 août 2016

Propos sur l’oubli de soi…

 

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Martin Heidegger

 

La foi préserve ce que Heidegger appelait la pensée méditative ou contemplative contre les prédominances indues de la pensée utilitariste, analytique et technicienne.

La pensée contemplative sauve.  La pensée analytique aide à vivre dans ce monde, mais elle ne résout pas les problèmes du sens, des valeurs, des significations.  Seules réalités qui intéressent à long terme le soi.

*

Civilisations inconnues qui ont fleuri sur les bords de la Caspienne, à la frange du désert de Gobi.  Civilisations sumériennes et autres du Proche Orient…  Égyptienne, grecque et autres qui nous sont proches par filiation.

Le spirituel donne naissance aux civilisations, et les civilisations étouffent le spirituel sous leurs décombres.  À vol d’oiseau, (et d’oiseaux myopes !) l’Histoire semble une série de culs-de-sac.  Comment les civilisations en arrivent-elles à se nier successivement et à manifester le triomphe du  sable sur la pierre taillée ?

*

Tout provient de l’intérieur de soi et tout finit en soi.

Au fond de soi, réside ce roc sur lequel édifier durablement.

En nous réside l’objet de notre quête, la porte qui ouvre sur l’infini.


Propos sur l’oubli de soi… Québécois ? Rien !, Alain Gagnon…

2 mai 2016

Extraits de Propos sur l’oubli de soi 

Au Québec, les nouveaux venus, s’ils sont de religion ou culture différentes — c’est-à-dire s’ils ont des façons autres de se alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecrappeler qui ils sont —, ont droit à leurs différences, que cette différence s’exprime par le kirpan, la kippa, le foulard   ou toutes formes de manifestation — et le libéral en moi s’en réjouit.  Officiellement ou officieusement, il n’y a que les Québécois de souche qui ne peuvent être quelque chose et l’exprimer.  Ils ne peuvent qu’être rien.  Et ce Rien nous étouffe.

*

Notre personnalité apparente ?  Voilà ce que nous transportons, nommons moi et montrons aux autres comme étant soi : une masse de tissus cicatriciels ; elle forme coquille et nous suit, plus ou moins cohérente dans ses infirmités, de l’enfance à la tombe.

*

Que ou qui sommes-nous ?

Imaginez une sphère de lumière ou un diamant lumineux, pointes à la verticale.  Un rayon pâle en jaillit et pénètre une zone d’ombre où sa luminosité se tamise.  Ce rayon a pouvoir de réflexion et un fort besoin de s’identifier, se projeter.  Sans cesse, il se répète : « Je suis ce que je perçois ». Bientôt, il développera des aperçus généraux sur l’ombre, pour en arriver à se prouver la seule existence de l’ombre, et il se niera toute autre origine ou destination que l’ombre, et il souffrira d’une solitude et d’un manque que la présence d’autres rayons ternes comme lui n’arrivera pas à combler.  Ni les modes d’être au monde sans transcendance que les autres rayons et lui auront tenté, dans l’absurde, d’élaborer.

Jusqu’à ce que, par effort de conscientisation ou par révélation, il se ressouvienne soudain de sa source et réalise l’immensité de son être, de ce qu’il est.

Voilà ce que nous sommes, le fragment (ego) d’un diamant de lumière (soi), identifié à l’ombre qui l’entoure et coupé de son être originel.  Et nous nous sommes voulus rétrécis de la sorte.  C’est ce que nous avons probablement choisi.


Carleton, la mer et Moïse…

13 février 2016

Propos sur l’oubli de soi…

 

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Les paysages sont des escabeaux sur lesquels s’arcboute l’esprit pour hausser ce vivant au-delà de lui-même.  Toute identification ne peut être qu’adjuvant temporaire.  Carleton et la mer me sont moins nécessaires.  Mais l’air y est toujours aussi doux au soir et les vagues une musique qui rend insatiable.

*

Par la musique nous avons la capacité de penser au-delà du moi quotidien, au-delà des dieux, au-delà de ce que les dieux auraient voulu que nous pensions, que nous sachions.

*

Beaucoup sont dans la situation de Moïse.  Du haut d’une colline, de loin, on lui a montré la Terre promise. Mais on ne lui a pas permis d’y entrer.  De même, nous pressentons au cœur du soi le Réel.  Nous l’effleurons, le courtisons.  Bien peu s’y fondent dès cette vie.

*

Tu croyais tuer le temps par de si nombreuses activités, de si nombreux projets.  Un si grand activisme…  Et c’est le temps qui a tué ce que tu croyais être toi.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet). On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Parabole du grain de sénevé, par Alain Gagnon…

3 février 2016

Propos sur l’oubli de soi…

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Sénevé

Le plus petit geste de compassion ou d’entraide, la plus petite intention de ce faire, engendrent  sur le plan spirituel des répercussions au centuple et aux centuples.  Nous sommes là dans un ordre de choses où les effets de nos actions et pensées dépassent de beaucoup la progression géométrique.  Nous nous augmentons considérablement (ou nous nous diminuons) à partir de sentiments ou d’actes que nous considérons futiles, parfois indignes de la mémoire.

Jésus de Nazareth a exprimé cette réalité dans cette parabole tirée de Mathieu : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences ; mais, quand il a poussé, il est plus grand que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel viennent habiter dans ses branches.

Et dans celle-là : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.

*

Chacune de nos décisions obscurcit ou éclaire.  Non seulement soi-même, mais l’ensemble du Corps mystique, de la Communion des saints.  Le tout vaut ce que valent ses parties – que ce tout soit spirituel ou social.

*

Dans le langage familier, s’oublier signifie déchoir, ne pas être à la hauteur de sa conduite, de ses comportements habituels.  Mal se comporter. L’oubli de soi, de son intime religion à l’Être, c’est se renier ou nier l’essentiel de son existence, ce pour quoi il vaut de naître, de vivre et de mourir.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Gnosticisme, mal et beauté, par Alain Gagnon…

6 janvier 2016

Extraits de Propos sur l’oubli de soi… 

Entre les gnostiques et ce monde, la rupture ne peut être que radicale.  Catholiques et chrétiens ont accommodé, récupéré le Christ et Paul — un pied dans le Royaume des cieux, l’autre dans celui de Mammon.

Le mal, je ne l’ai pas inventé ; il était là avant moi, il sera là après moi.  Il loge au principe même de la vie.  Tout vivant doit tuer pour perdurer et se reproduire.  Aucun véritable pacifiste ne survit.  C’est la loi de cet univers.  Cela commence avec la course des spermatozoïdes, puis la respiration qui détruit les microbes aux muqueuses, puis les leucocytes, ces guerriers mirifiques qui bouffent tout, puis la nutrition…   Tout cela, bien avant la guerre, l’esclavage, et ces autres injustices sociales qui paraissent de bien pâles reflets humains du principe implacable qui anime et dynamise la vie.

*

Il y a du plaisir dans la beauté.  La beauté rehausse, nous rassure quant à notre nature réelle, nous prévient par nostalgie que nous sommes orphelins, prisonniers, quarantainiers.

« La définition du Beau est facile : il est ce qui désespère. » (Paul Valéry)  On pourrait affirmer le contraire.  La douleur que fait naître le beau en soi révèle le manque ; et si le manque est ressenti c’est qu’il y a quelque chose à manquer de. Une réalité qui nous appartient et qui présentement nous échappe.

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La Vénus de Botticelli


L’expérience subjective, par Alain Gagnon…

10 décembre 2015

Propos sur l’oubli de soi…

Le Suprême veut que nous comprenions.  Il nous a faits ainsi.  La nature nous a dotés d’outils pour comprendre le monde, pour comprendre soi et pour comprendre cette présence transcendante qui gîte au fond de chacun et le fonde dans son humanité.

Le plus Vivant, au plus vivant de soi, veut la compréhension.  Vaut donc mieux errer que de ne pas chercher à comprendre.

*

La science a déifié par sa méthode l’expérience objective, vérifiable, répétable, quantifiable…  Et cette méthode a accordé à l’humain des pouvoirs immenses de connaissance, d’utilisation et de transmutation de l’univers physique.  Cependant l’expérience subjective est tout aussi réelle, tout aussi valable.  Ce n’est parce qu’une expérience est subjective qu’elle n’existe pas.

Sur un quai du Bas-Saint-Laurent, s’assemblent, chaque soir de beau temps, naturels du lieu et touristes.  Lorsque le soleil s’enfonce derrière les

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Le regard intérieur

montagnes, à l’ouest, un silence religieux s’installe.  Les rires et les saillies font silence.  Tous entrent dans un étrange recueillement, âges confondus.  Cette expérience n’est ni quantifiable, ni répétable ; elle n’en est pas moins réelle, pas moins valable.

Tous ces gens qui se tassent dans les fauteuils souvent inconfortables des auditoriums pour entendre un concert, n’y vont pas tous par snobisme, par souci de s’y faire voir.  Beaucoup s’y rendent vivre une expérience subjective gratifiante, donc très réelle.

Dans un domaine plus terre-à-terre, dont je me suis un peu préoccupé, la qualité de la vie au travail, il est reconnu que la propension à s’automotiver ou à se laisser motiver d’un travailleur, dépend beaucoup de facteurs subjectifs : qualité des relations avec son superviseur immédiat, avec les collègues, sentiment de reconnaissance de son apport, importance sociale de sa contribution… (En fait, les employés seraient plus sensibles à l’humiliation qu’au salaire ou aux avantages sociaux.)  Toutes ces expériences subjectives comptent.  Leurs conséquences sont bien réelles : elles peuvent faire la différence entre profits ou pertes.

L’AUTEUR…

 

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jeanchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).



Rétrospective : La religion comme expérience individuelle et sociale…

1 mars 2015

Propos sur l’oubli de soi…

Sans la reconnaissance active et sociale du divin en elle, on n’accordera à la personne humaine aucun droit infrangible.  La nature naturante, organique, apparente, celle du monde des phénomènes sensibles, celle du laïcisme et du matérialisme, ne connaît que la conquête, la sujétion, la loi du plus fort.

Même si des siècles de religion ont introduit dans nos civilisations les valeurs de respect de la personne, de droits humains… – peu importe le nom qu’on leur donne –, si ces droits ne sont pas ancrés dans la certitude qu’une transcendance habite la nature humaine et participe de la nature humaine, ces droits ne résistent pas aux impératifs égotiques du politique et de l’avidité.

*

L’étranger : Le jeune humain ne peut que se sentir étranger dans ce monde laïc où on lui nie l’accès au plus fondamental en lui.  Au mieux, on s’en gausse.  Les intellectuels ont fait de la soif de sacré un objet d’étude, parmi d’autres.

Un objet d’étude occupe l’esprit, mais il ne donne aucune raison de vivre ni d’espérer.

*

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLe monde de l’instant coïncide avec le monde du soi.  Le mode de l’instant est le seul mode qui convient au soi, lui permette d’être.  L’instant est un perpétuel miracle : résultat de la lutte du fini et de l’infini pour produire  du temps.

L’instant est la seule cible qui vaille. Le passé est incertain ; le futur n’existe pas.  L’instant rutile des mille feux de la vérité.  Il est la seule réalité où se contemple le soi ; la seule mer où il peut nager sans s’atrophier, se diluer ou se perdre.



Propos sur l’oubli de soi, par Alain Gagnon…

7 février 2015

Précisions sur Abraham Maslow…

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLe 18 décembre dernier, j’ai utilisé la pyramide de Maslow pour exprimer la hiérarchie des besoins primaires, sociaux et d’autoréalisation  de l’humain, à l’occasion d’ un commentaire que je faisais sur une parabole tirée de l’Évangile de Matthieu (celle où l’on trouve cette phrase célèbre : Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu...) Cet article a connu un succès que je m’explique difficilement, et une fréquence élevée de visionnement qui perdure après deux mois.  (Sans compter les commentaires et questions, en majorité hors blogue.)  Pour cette raison, je présenterai brièvement Maslow.  Je tiens toutefois à préciser que je ne suis pas psychologue.  C’est à titre, pendant plus de 20 ans, de professeur  en gestion des ressources  humaines  et de gestionnaire sur le terrain que j’ai mis en pratique les enseignements de Maslow — avant tout, en ce qui a trait à la motivation des employés.

Abraham Harold Maslow (1908-1970) demeure une référence pour nombre de psychologues. Il est surtout connu dans le monde du travail

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Pyramide de Maslow

pour ses études sur la motivation.  Les résultats de ses recherches sont  illustrée, pour fins pédagogiques, par sa célèbre pyramide qui montre les besoins fondamentaux de l’humain et le cheminement à suivre pour les satisfaire, selon une progression ordonnée, de façon à atteindre l’autoréalisation de la personne.  Avec, en particulier, Carl Rogers, il est l’initiateur de cette école dite de la psychologie humaniste. Certains voient en lui un précurseur de la psychologie transpersonnelle — cette école de psychologie qui, au-delà de la personnalité, s’intéresse également à la dimension spirituelle de l’humain et aux états de conscience exceptionnels.  Notamment, Maslow a élaboré un lexique  qui décrit le mysticisme et les états de conscience paranormaux en termes scientifiques, tout en respectant la spécificité de ces expériences.

Pour ma part, j’ai toujours apprécié sa clarté et sa simplicité.  Il pense en pédagogue.  Un consultant en développement organisationnel, qui se retrouve en organisation, n’a pas toujours devant lui des gens qui possèdent des maîtrises ou des baccalauréats en psychologie ou en gestion.  Un outil comme la pyramide de Maslow permet de partager rapidement un vocabulaire commun et des références conceptuelles communes qui favorisent la compréhension mutuelle et le travail en équipe, à partir d’un outil simple, sur les réalités complexes de la motivation et de la satisfaction au travail.

Quelques citations de Maslow :

« Si vous projetez délibérément d’être moins que ce que vous êtes capable d’être, alors je vous avertis que vous serez profondément malheureux pour le reste de votre vie. »

« Si le seul outil que vous avez est un marteau, vous verrez tout problème comme un clou. »

« S’il veut être en paix avec lui même, un musicien doit faire le la musique, un peintre de la peinture, un poète de la poésie. »

Quelques ouvrages de Maslow :

L’accomplissement de soi : de la motivation à la plénitude, Paris, Eyrolles, 2004.

Vers une psychologie de l’être, Paris, Fayard, 1972.

Être humain : la nature humaine et sa plénitude, Paris, Fayard, 2006.

PS : Pour une description des étages de la pyramide de Maslow, voir, dans ce blogue, mon article du 18 décembre 2009.



Pensée analytique et pensée contemplative, par Alain Gagnon…

4 février 2015

Propos sur l’oubli de soi…

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Contemplation, Perry

Une des deux jambes est toujours la plus forte.  On le constate chez un égaré en forêt.  Il tournera dans le sens de sa jambe la moins forte.  Il ira où sa jambe la plus forte le conduit.  L’équilibre des forces ferait qu’il irait en ligne droite.

La pensée analytique et la pensée contemplative (ou méditative)  sont les deux jambes d’un même corps – corps social.  Dans quelle direction tournent nos sociétés ?

*

La religion est reliée aux sources de l’être à soi, de son existence propre chez l’humain.  Elle est plus qu’un épiphénomène à étudier ; elle explique le monde à l’enfant et sa présence au monde.  Elle éduque et forme.

Nier cette réalité à soi-même et aux autres est l’équivalent de construire sa maison sur un pont.  Ce siècle laïque nous exhorte au bonheur sans transcendance — sa grisaille que distillent les écoles, est profonde, d’un absolu désespoir, parfois.

*

Le respect de soi et la véritable connaissance de soi contraignent à la charité.

*

Lorsque nu sur la terre glacé de novembre, je regarde le ciel s’éclater de noir, je me dis :chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

— Où t’es-tu oublié ?  Où t’a-t-on oublié ?


Suaire de Turin et transcendance, par Alain Gagnon…

2 juin 2014

Propos sur l’oubli de soi…

 

tiré du site deviantart

 

La conscience de la transcendance doit provenir d’un manque ressenti, d’une soif, d’une certitude intérieure.  Pas d’un phénomène externe que les croyances au goût du jour qualifieraient d’extraordinaire, de miraculeux, de surnaturel, pour ensuite le mettre en doute, et mettre ainsi en doute la foi qu’un tel phénomène soutenait.

Un ami, de formation scientifique et de tête positiviste, croyait dur comme fer à l’authenticité du suaire de Turin.  Il y a quelques années, on aurait démontré que cette relique serait peut-être un faux. Mon ami était dévasté.  Sa foi n’avait plus de point d’appui.  Je lui dis : « Quant à moi, cela n’a pas grande importance.  Ce n’est pas à partir d’un miracle, d’une relique ou d’un phénomène insolite que l’on croit à l’existence de valeurs et de dimensions surnaturelles dans l’Être, mais l’inverse. On cherche le merveilleux, les signes d’une présence transcendantale dans le monde naturel, parce que, déjà, l’on a en soi l’intuition qu’autre chose existe. »

Il m’accusa d’avoir la foi du charbonnier.  Soit !  Je préfère écouter le soi, qui me parle au plus intime, que de vouer un culte aux faits ou aux objets que la science ne peut expliquer encore.

Prenons l’exemple de ce roi de France, saint Louis.  Il obtint (par quel subterfuge ?) la soi-disant réelle couronne d’épines qui aurait été instrumentale dans la passion du Christ.  Il distribua à ses barons favoris de ces épines qu’ils enchâssèrent et vénérèrent.  Le plus prodigieux dans l’aventure historique du Nazaréen, ce ne sont pas les fragments de la vraie croix ou les épine de sa couronne, ce sont ses paroles d’une vérité prégnante qui traversent les millénaires et sèment encore le feu dans le cœur de ceux qui les entendent.


Déesses et dieux, par Alain Gagnon… » »

18 mai 2014

Propos sur l’oubli de soi :

Un concitoyen était riche.  Il ne lui restait que deux ou trois semaines à vivre.  Un mois tout au plus.  Il s’est procuré une auto luxueuse.  Il se promenait d’une station service à l’autre, d’un centre commercial à l’autre, et à ceux qui admiraient sa dernière acquisition, il répétait : « Je l’ai payée cash ! »  Il s’agissait pourtant d’un bon citoyen, d’un homme honnête et intelligent.  Il s’était simplement oublié.  Certains diraient qu’il avait la capacité d’amasser des sous mais pas celle de la réflexion sur soi.  Possible.  Je l’ignore.  Mais l’aurait-il possédée, cette faculté, que rien dans son milieu n’aurait pu l’aider à la développer.  Le christianisme et ses explications sur les réalités spirituelles de la personne humaine a bien laissé des traces ici et là.  On retrouve parfois ces références enfouies… lorsque l’on ne sait plus quoi faire avec la vie.  Ou pour marquer certains événements de solennité : enterrements et mariages.

*

Ce matin, au centre commercial, j’ai rencontré des déesses et des dieux.  Ce qu’ils y faisaient ?  Ils se croyaient vieillis. Devant des cafés tièdes, certains noircissaient des mots-mystères, d’autres frottaient des gratteux.  Et, de temps à autre, ils se rendaient à un kiosque transparent où une préposée bien humaine acceptait leurs dollars et leur remettait des lotto-max, des minis, des quotidiennes, des tangos, des 6-49, des québec-49, des triplex, des jours-de-paye, des astros, des bancos…  Et tous ces dieux étaient bien tristes.  Une coiffeuse m’a confié : « Il y a du suicide dans l’air. Les froids de janvier… »

Quelle magicienne a obscurci leur mémoire au point qu’ils en oublient leur nature : qui ils sont, d’où ils viennent, où ils vont ?

À bientôt !


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