Le chapelet en famille, par Denis Ramsay…

21 avril 2017

 Petit extrait de mon autofiction…

Je me rappelle le chapelet à la radio que nous récitions en famille.  C’était l’heure platechat qui louche maykan alain gagnon francophonie de notre semaine, le dimanche, en remplacement de la messe.  Certains d’entre vous ne savent peut-être pas ce qu’est un chapelet.  D’abord le mot désigne l’objet qui sert, en égrenant des billes, à compter les « Je vous salue Marie ! » On en récitait cinq dizaines, entrecoupées du « Notre Père » et du « Je crois en Dieu ».  Le chapelet désigne également la prière elle-même.  Cette corvée imposée par notre père était vite expédiée et la diction tournait aux marmonnages.  Même notre père n’y mettait pas une grande ferveur.

Il avait déjà fait du délire mystique.  Dans le garage où je suis né, mais je n’étais pas là.

— Envoyez les petits gars, pissez dans le chaudron.

— Voyons, Alcide !  Pourquoi tu demandes ça ?  T’es-tu encore allé voir la sorcière ?

— Questionne pas, ma femme.  Mais je peux te le dire quand même : c’est pour chasser les mauvais esprits.

Une fois qu’ils avaient tous uriné dans le chaudron, sauf ma mère parce que l’urine de femelle ne convenait pas, mon père mit le chaudron sur le poêle à bois bien chaud.  L’urine s’évapora et la puanteur se répandit dans toute la petite demeure.  Quand ma mère voulut aérer la place, son mari l’en empêcha.

— Maintenant qu’ils sont sortis, il faut pas les laisser entrer.

Ma mère se demandait ce que son mari pouvait bien avoir en tête, sachant très bien qu’il était beaucoup plus fort qu’elle et qu’elle ne pouvait s’opposer à ses projets.  Mon père revint avec des planches, des clous et un marteau.

  — Es-tu viré fou, Alcide ?

Son regard haineux et agressif la repoussa d’un pas.  Il cloua une première planche en travers de la porte, regarda son œuvre et la trouva insuffisante, en cloua une deuxième, un gros 2 X 4 (deux pouces par quatre pouces) de quatre pieds de long, avec des gros clous de six pouces qui entraient en trois coups.  Il venait de bloquer la seule sortie.  Cette fois-ci satisfait de son travail, il lança sur la porte ce qui restait de l’urine bouillie.

— Restez dehors ! dit-il d’une voix très forte.  Il parlait aux esprits qu’il venait de chasser !

Et dire que j’ai manqué tout ça, alors que j’habitais chez mon parrain à Ste-Hélène…

Notice biographique :

L’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

Advertisements

Une nuit avec les Hilton, un texte de Denis Ramsay…

14 avril 2017

Une nuit avec les Hilton

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

En 1986, je travaillais comme agent de sécurité à l’hôpital Fleury. J’avais atteint ma taille maximale de 5’4’’ et je n’étais pas impressionnant physiquement. J’avais par contre l’orgueil de ma jeunesse, 26 ans, et j’étais apprécié par mes patrons et mes collègues pour ma sagesse. Je me débrouillais bien avec le public : poli, pas trop familier, empathique, mais sans excès, j’avais pour fonction de voir au respect des règlements, au bien-être des patients et à la bonne tenue des patients les uns envers les autres et envers le personnel. Il m’est arrivé de faire du « contrôle physique » et de la « mise sous contention » lorsque des patients étaient agités, mais il s’agissait là du dernier recours et les interventions physiques se faisaient en groupe, soit les deux agents et quelques préposés. Certains agents et certains préposés aimaient l’aspect musclé que requérait parfois ce travail, mais j’avoue que, cette nuit-là, ce type de personnalité aurait provoqué la catastrophe !

J’entrais à l’urgence, du côté des salles d’attente, ce que l’on appelait communément l’admission. Notre bureau se situait entre l’entrée et l’admission. La secrétaire enregistrait l’arrivée du patient, montait son dossier et un agent de sécurité allait porter le dossier sur une pile à la salle de triage, juste à côté. Le temps d’attente variait selon le nombre de patients et la gravité de leur cas.

J’arrivais des étages. J’y avais fait ma ronde, c’est-à-dire vérifier de visu bon nombre de bureaux et de salles inoccupées, de même que deux édifices extérieurs appartenant à l’hôpital. Cette petite marche de santé durait un peu moins d’une heure quand il n’y avait rien à signaler.

— Vous les faites passer devant moi parce qu’ils sont connus !

Je fus ainsi accueilli par un patient impatient qui n’avait aucune blessure apparente, alors qu’un homme en fauteuil roulant avait une jambe en sang, à la suite d’une blessure ouverte au genou. Je regardai attentivement le visage de l’homme et j’allais expliquer à celui qui faisait les cent pas le système de priorité, mais les seuls mots qui sortirent de ma bouche, accompagnés d’un soupir d’exaspération bien marqué furent : « Connais pas ! »

— Pas lui ! Ceux qui sont avec !
— En effet, quatre hommes plutôt costauds voulaient accompagner le blessé en salle de triage et un collègue tentait de leur expliquer qu’une seule personne pouvait accompagner le patient au-delà de cette porte. Ces hommes dans la vingtaine semblaient très émotifs, saturés d’adrénaline et parlaient fort. Et encore, ils ne criaient pas… Il n’y avait pas dans leurs voix cette montée typique vers les notes aiguës. Leur timbre de voix était celui du bœuf mugissant ou du lion rugissant, des voix profondes, gutturales, proches du tremblement de terre. Et ils étaient tous dans une forme physique exceptionnelle. Pas de gringalets ni de petit-gros dans cette famille.

— C’est les Hilton ! me confia le chialeux. Et à ce moment même, je reconnus Dave, Dave junior en fait, plus célèbre que le digne père. De là à dire que Dave junior, le Dave que tout le monde connaît, est indigne ? Faudrait le demander à ses filles. Personnellement, je ne le dirais pas devant lui… Tous ces gaillards avaient le nez cassé des boxeurs, mais mon père aussi a le nez typique de ce sport. Il n’a pourtant jamais fait de boxe. Mais Dave avait un visage bestial. Il faisait peur ! Monter dans un ring contre lui dénotait pas mal de courage ou de folie. En vérité, personne ne voulait avoir affaire à lui…

Mon collègue, Bruno, parlait à l’un d’eux, que nous identifierons comme le plus jeune, Alex. Il semblait plus calme et raisonnable, et il raisonnait ses frères. Moi, je conversai avec Matthew, le plus vieux, et je dus lui avouer que je n’étais pas un amateur de boxe, mais plutôt un fan d’athlétisme, et particulièrement de sprint. « Quand t’es trop petit pour te battre, t’apprends à courir ! » lui lançai-je pour clore la conversation dans la bonne humeur. Car je ne voulais pas me les mettre à dos. Matthew l’avait trouvé drôle.

Récemment, ils avaient fait du grabuge dans un bar près de chez moi, au Beauceron. Il venait probablement de se passer la même chose dans le coin de l’hôpital Fleury, dans Ahuntsic ou Montréal-Nord. Ils ne revenaient pas d’un gala de boxe, mais plutôt d’une bataille de rue, si j’en jugeais par les relents de sueur qui émanaient de leurs corps…

Personne n’avait encore causé de désordre. Nous ne pouvions appeler la police tant qu’ils n’avaient rien cassé, tant qu’ils n’avaient frappé ou menacé personne. Nous pouvions toujours recourir à des renforts à l’interne, ce que nous appelions un « code blanc » à cause de la couleur de l’uniforme des préposés. Après un appel général dans tout l’hôpital, une dizaine de préposés aux bénéficiaires arrivaient en courant et entouraient ceux qu’on leur désignait pour les immobiliser. Ni Bruno ni moi n’avions envisagé cette solution, car ç’aurait probablement passé pour une provocation aux yeux des Hilton.

La solution vint de la secrétaire à l’admission qui appela son ami de cœur qui travaillait au troisième.

— Les Hilton sont dans la salle d’attente, lui dit-elle seulement.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Dave Hilton, photo RDS

Cet amateur de boxe et fan des Hilton appela ses autres collègues qui affluèrent vers l’urgence avec enthousiasme, mais sans courir. Ils ne se rendaient pas porter secours à des membres du personnel, mais simplement voir leurs idoles. Ils se présentèrent donc un à la suite de l’autre et les Hilton, qui aimaient aussi la gloire et le fait d’avoir des fans, donnèrent des poignées de mains et signèrent des autographes. Les employés formèrent une ligne et les boxeurs manièrent le stylo. Pendant ce temps, leur ami blessé avait été rafistolé et recousu ; il sortit de la salle de triage au moment où Dave Jr signait son dernier bout de papier. Tous, ils nous serrèrent la main, un peu fort, et cette nuit qui aurait pu facilement tourner au cauchemar, se termina dans la joie et le bonheur.

Nous devions maintenant rédiger les rapports… Bruno devait décrire le début de la rencontre et je m’occuperais de la fin.

Nous avions eu toute une frousse, et nous en avons convenu : elle était justifiée…

Notice biographique 

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieL’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’effet papillon, un texte de Denis Ramsay…

4 avril 2017

L’effet Papillonalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

L’histoire commence en Chine avec un papillon.  On dit que si, en Chine, un papillon bat des ailes à un certain moment, cette action peut déclencher une catastrophe en Amérique.  C’est l’effet papillon, façon de dire que tout est interrelié, interdépendant.  Le papillon en question dans cette histoire est une bombycidée, une maman prête à pondre et qui vit dans une ferme à bombyx, le vers à soie.  Elle a déjà commencé, mais s’interrompt, inquiète.  Combien survivront jusqu’au cocon ?  Et après, jusqu’à l’âge adulte ?  Elle n’est pas dupe.  Elle sait bien qu’elle n’est qu’une maille dans un camp de travail forcé.  Le travail continue.  Une lumière à la fenêtre.  Elle bat des ailes pour s’y rendre.  Son dernier œuf tombe en plein vol, parcourt une parabole précise pour aboutir à un endroit incongru :  à l’extérieur.  Il est passé par une fente très mince dans la paroi.  Il manquera donc un œuf à sa récolte et un fil à l’étoffe.

Sans les soins méticuleux des récolteurs, la mère papillon ne donne pas cher de la peau de son petit dernier.  Elle le chasse de son esprit pour s’occuper des centdextuplés restants.  Elle trouve toute la nourriture nécessaire à un battement d’ailes, sans effort et sans laisser ses petits plus d’une seconde.  Ça grouille de vers ici.  Les travailleurs chinois ramassent la manne et amènent la progéniture en un lieu plus propice à leur croissance :  l’orphelinat des vers à soie.  Ils donnent à leur précieux bétail le parfait matériau du « cocooning », car chacune de leur digestion est un ruisseau d’or, qui, uni à d’autres en rivière, coule vers une mer de tissu aux vagues très douces et miroitantes.  Mais il manque un ruisseau, un cocon non récolté, tout juste à l’extérieur.  Une maille est tirée, qui n’a jamais été là.  Personne ne s’en aperçoit.  Le tissu est vendu parmi cent autres, est cousu en joli foulard rouge et vendu à Paul Grégoire.  Il l’achète dans une boutique de l’avenue Mont-Royal, à Montréal, pour sa femme Georgette, à l’occasion du dixième anniversaire de sa demande en mariage.

— Oui !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Ils sont toujours en amour, comme un vieux couple qui baise encore souvent.  Ils n’ont pas d’enfant, pourtant, mais désirent procréer, avoir un bébé à torcher, à toucher et à aimer.  La chambre est prête, remplie de dessins de papillons, car Paul est un collectionneur.

Le bombyx unique prépare son cocon, le dur passage de l’adolescence, dans la chaleur de l’été chinois.  Une branche près du sol et le temps est suspendu pour la transformation.

Paul se prépare à son rendez-vous avec sa femme.  Son cadeau joliment emballé sous le bras, il se dirige vers leur restaurant préféré, une rose blanche à la boutonnière, en signe de reconnaissance…  Georgette est assise seule à une table, dégustant un café au lait et un croissant.  Elle lui sourit ; il s’assoit.  Ils flirtent comme au premier jour, ce jour béni ou Internet les a réunis.  Il lui touche les mains, premier contact.  Elle est belle !

Il déguste un verre de vin et quelques fromages, puis offre à sa belle son présent.  Elle est éblouie par la finesse du tissu, la clarté des couleurs, le dessin.  Tout va bien.  Soudain, elle remarque la faille, la maille manquante !

— Il est bien beau ton foulard, mais il a un défaut !

— Excuse-moi, mais je ne l’avais pas vu.

Il ne le voit toujours pas.

— Tu l’as eu en spécial, j’espère !  Parce que si tu penses me séduire en m’insultant…

Ce soir-là, ils auraient dû concevoir Julie ; tout était prêt.  Georgette était en pleine ovulation et tout en désir.  Mais elle ne le prenait pas et ils ne font pas l’amour.  Julie aurait été une grande chercheuse qui aurait découvert un remède définitif au SIDA.  Sans cette découverte, Pierre Leblond, sidéen, mourra et ne réalisera pas son chef-d’œuvre.

En Chine un enfant chasse un papillon et capture un bombycidé mâle, très rare parce qu’ils ne les laissent pas parvenir à la maturité.  Des ouvrières, dont sa tante, trouvent le fil du cocon et le déroulent pour le tisser.  Si la tante vend le papillon à un touriste ou un collectionneur, elle pourra peut-être manger à sa faim aujourd’hui.  Pierre, frère de Paul, sera heureux de le ramener à Montréal.

Paul et Georgette concevront plus tard, et cette combinaison particulière de gènes produira celui qui deviendra « Yvon le terrible » selon l’appellation consacrée dans les médias, un tueur de masse et en série.  Une de ses victimes s’appellera Diane et aurait dû partager sa vie avec Serge qui se reproduira plutôt avec Lucie, donnant au monde Guillaume, le conquérant des étoiles, qui trouvera la façon de battre la lumière à la course et permettra les vols intersidéraux.

La légende raconte que le chercheur eut son coup de génie en examinant un foulard rouge que sa mère avait trouvé dans un marché aux puces.  « Il manque un fil ! » Sa théorie sera connue sous le nom de « la théorie du fil manquant »…

Quelque part au Mexique un monarque prend son envol.  Un peu trop vigoureusement pour le vent qui l’emporte en direction opposée des autres.  Confusion.  Son sens de l’orientation magnétique lui indique qu’il est dans la mauvaise direction, mais il poursuit.  L’équilibre est tout près et dans la direction de l’Argentine plutôt qu’au Québec, où il aurait dû, normalement, porter ses petits-enfants.  D’une façon ou d’une autre, il ne survivra pas assez longtemps pour voir la terre promise, où qu’elle fût.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCe subtil changement rompra l’équilibre des champs magnétiques.  Chaque corps, chaque objet a un champ magnétique, le monarque également.  Nous vivrons une inversion des pôles magnétiques, la première depuis 300 000 ans !  Les outardes ne passeront pas au printemps ; les tortues des îles vertes s’égareront en Afrique.

Tous les moteurs, tous les appareils électriques s’arrêteront au même moment, comme lors d’une explosion nucléaire, semant la pagaille.  Par contre, les satellites, de même que les dix stations spatiales permanentes continueront de fonctionner normalement, hors des caprices du champ magnétique de la Terre.  Et ils prendront alors, durant cette crise particulière, la décision de coloniser les planètes des autres systèmes stellaires.

Un seul battement d’ailes ouvre les choix.  Imaginons deux !

Restons-nous à la maison ou partirons-nous ?

Notice biographique 

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieL’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

 


L’audition, un texte de Denis Ramsay…

26 mars 2017

L’audition

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Griot

Cette histoire est un fait vécu qui m’a été conté par la compagne du principal intéressé. Je ne sais pas le nom du personnage ; je l’appellerai donc Traoré, Traoré Binaré. Son pays d’origine ? Probablement le Nigéria, ou dans la région, en Afrique occidentale, en tout cas. Mais l’histoire se passe au Canada. Traoré n’a pas dormi de la nuit. Il est très nerveux. Il passe son audition ce matin à Immigration Canada.
Traoré est un réfugié politique. Le régime en place lui a fait comprendre qu’il n’aimait pas la contestation musicale. Traoré est chanteur et il a composé une chanson qui dénonçait l’absence de conscience de la classe dirigeante.
Traoré prit le métro, descendit à la Place des Arts ; le nom lui semblait de bon augure. Il se dirigea au complexe Ti-Guy Favreau, rencontrer les fonctionnaires d’Immigration Canada. Il rencontrait plutôt des commissaires, soit des fonctionnaires qui ont le droit de décision. Ils allaient décider de son cas ce matin dans une entrevue qu’ils nommaient audition. Traoré le prit dans le sens artistique plutôt que juridique, pour se mettre à l’aise. Il avait déjà passé quelques auditions, ici même, à Montréal. Il avait été retenu pour participer au festival africain qui aurait lieu au printemps 1998.
— M. Binaré ? Assoyez-vous.
Il s’agissait d’un petit local anonyme, sans fenêtre. Une table et quatre chaises le meublaient, mais trois chaises étaient du même côté de la table : le postulant citoyen face aux trois commissaires, deux hommes et une femme. L’enjeu était très important pour le postulant. Non qu’il idéalisait « le plus meilleur pays du monde ». Il en connaissait autant sur le Canada que nous sur le Burundi… Il ne voulait simplement pas retourner chez lui où on lui avait promis une condamnation sans procès. Le problème de Traoré, c’est que la population chantait sa chanson sur les barricades, sa balade devenait l’hymne de la contestation, le chant de ralliement.
— M. Binaré, demeurez-vous toujours à la même adresse ?
— Oui…
— Avec Mme Jocelyne…
— Mme Jocelyne, oui.
— Nous avons examiné votre dossier. Nous vous laissons maintenant la chance de vous faire entendre.
— Si je retourne là-bas, je suis mort. De toute façon, ils ne me laisseront jamais chanter de nouveau, ce qui revient presque au même.
— Pouvez-vous nous chanter la chanson litigieuse ?
— Là ? Maintenant ? Ici ?
— Oui ? Y a-t-il un problème ?
— Non. Pas de problème.
Il en voyait plusieurs : une atmosphère trop sèche et poussiéreuse, pas de musicien, pas même un petit tambour pour s’accompagner, et un public très restreint. Il s’exécuta néanmoins. Le grand Africain chanta haut et fort, avec émotion et sans fausses notes ; il était un professionnel. Il ne reçut aucun applaudissement, que d’autres questions.
— Est-ce là la seule chanson à votre répertoire demanda la femme ?
— Je ne vivrais pas vieux avec une seule chanson !
Traoré s’en était voulu d’avoir si franchement livré sa pensée. La docilité face à la machine gouvernementale était un réflexe de survie pour un Africain. Elle souriait… bizarre !
— Bien sûr. Quel genre de chansons chantez-vous habituellement ?
— Du folklore Haoussa, des chansons de fête et des chansons d’amour.
— Pouvez-vous nous en chanter une ?
— Une chanson d’amour ? Oui, je peux.
Il pensa à Jocelyne qui l’attendait chez lui, chez elle, chez eux, ici au Canada. Il regarda la commissaire droit dans les yeux, s’imaginant vouloir la séduire. Et il livra son art a capella, dans ces conditions exécrables, car il était un artiste de la voix, comme son père et son grand-père avant lui. Dans la culture de son peuple, ce talent, transmis sur trois générations, lui octroyait le titre convoité de « griot ». Une fois sa prestation terminée, il salua. Les commissaires s’échangèrent quelques mots à voix basse et quelques notes manuscrites. Finalement, celui qui devait être le chef se leva et tendit la main à Traoré.
— M. Binaré, bienvenue au Canada !
C’était réglé. Le nouveau citoyen trépignait de joie ; il était heureux. Il n’aurait jamais cru pouvoir entrer dans ce grand pays froid pour une chanson… ou deux !

Notice biographique 

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieL’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


L’oncle Wilbrod, Petits extraits de mon autofiction, par Denis Ramsay…

9 mars 2017

Le petit guenilloualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 Octobre 1968.  J’ai huit ans et je suis en troisième année.  J’aimais l’école et mon frère Alain la détestait.  J’étais un premier de classe alors que mon frère se complaisait en fond de grille.  Nos parents nous avaient littéralement abandonnés et, parmi les choses que deux petits gars ne considèrent pas comme prioritaires, le lavage des vêtements ressort au premier rang, d’autant plus qu’une boîte de savon valait bien un pain et une pinte de lait, soit notre nourriture pour une semaine…  Ce matin-là, je n’avais plus de linge propre à me mettre.  Comme mon frère ne comprenait pas mon désir de suivre des cours plutôt que d’intimider les voisins, il me trouva un vêtement un peu moins sale que le reste de la brassée : un haut de pyjama dont l’odeur n’était, selon son nez, pas aussi rebutante que le chandail que j’aimais.

— J’ne suis pas pour aller à l’école avec ça ; c’est un haut de pyjama.

— Personne ne va s’en apercevoir avec des pantalons ordinaires.

Je n’étais pas convaincu, mais j’étais prêt à faire l’essai puisque ce matin, on avait le cours de math, et les maths, c’est tellement rassurant.  On peut compter sur les mathématiques pour fournir une réponse claire à la même question, une stabilité dans ma vie.  Je mis donc mon pantalon pas très propre et le fameux haut de pyjama et me dirigeai vers l’école Ste-Famille.  Je marchais en me traînant les pieds et en regardant par terre, espérant devenir invisible, ayant trop honte pour exister vraiment.

 J’étais le fantôme de ma propre enfance, un garçon de huit ans qui déambulait sans autre but qu’un prochain repas et une bonne note à l’examen.  Mon frère m’avait bien certifié que personne ne s’apercevrait de mon étrange accoutrement.  Pourtant, juste au coin de la rue, le premier ami que je rencontrai m’interpella gentiment.

— Heille !  T’es pas réveillé toé à matin !  Tu portes encore ton pyjama !

Je me regardai comme si je voyais pour la première fois ce vêtement de nuit et, sans le moindre commentaire, je retournai chez moi pour ne plus revenir avant le mois de mai, pétri de honte et d’amertume.

Ma tristesse infinie plombait mes pas et me brisa le cœur.  Aucune réaction de la part de l’école ; personne n’est venu frapper à ma porte.  Jusqu’à ce jour précis, mes notes excellentes m’immunisaient contre toute intervention des services sociaux.  J’avais de bonnes notes, donc j’allais bien et surtout, l’école allait bien…

 Les vêtements de l’oncle Wilbrod

 Quatre ans plus tard, je suis en famille d’accueil depuis un peu plus de trois ans.  Je me dois d’être rentable, de rapporter.  En ce qui a trait aux vêtements, les services sociaux donnent quelques dollars chaque saison pour m’habiller de vêtements neufs.  Cette famille d’accueil préfère garder l’argent pour leur enfant et accepter tout vêtement usagé donné pour moi.  Donc, plutôt que de recevoir du linge usé par ma propre famille, je recevais et portais des guenilles de leur parenté.

L’année de mes douze ans, en 1972, leur oncle Wilbrod est décédé.  L’oncle Wilbrod était petit et ses héritiers m’avaient laissé une grosse boîte de vêtements.  Je vous signale que l’oncle en question était né en 1899 et mort en 1972, ce qui lui faisait un retentissant 73 ans au moment de sa mort !  La taille était à peu près la bonne, la mode, très en retard.  Le velours cordé était à l’honneur, dont le manteau et le bonnet du style « Séraphin Poudrier ».  Déjà que j’étais petit et que je venais de sauter une année, être aussi mal attriqué n’allait pas m’aider à me faire des amis !

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieMais le pire, c’était les souliers.  Comme mes espadrilles étaient en fin de course, j’en espérais de nouvelles avec l’argent des services sociaux.  Je reçus plutôt une vieille paire de souliers très pointus et, pour être sûr que tout le monde les remarque, ils étaient en cuir patin, un cuir très brillant.  Et comme mes vieilles espadrilles m’ont justement lâché la même semaine, j’ai dû pratiquer mes sports chaussé de ces souliers à la semelle lisse, plus propices aux planchers de danse qu’aux terrains de jeux.  Au départ d’un sprint, discipline dans laquelle j’excellais, je pris du retard en « spinnant », en courant sur place, pendant que les autres décollaient.

Notice biographique :

L’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Première année du primaire, par Denis Ramsay…

28 février 2017

Première année du primaire : petit extrait de mon autofiction…

J’ai commencé ma scolarité à l’école Christ Roi sur la rue Alexandre à Sherbrooke en alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec 1965. Bizarrement, mes frères m’avaient appris l’alphabet et les nombres jusqu’à mille. Malheureusement, j’ai lâché l’école, au niveau d’une maîtrise en droit social et du travail. Mais j’ai l’impression d’avoir décroché à chaque niveau. Techniquement, c’est le cas. J’ai décroché et raccroché en troisième année, en 4e secondaire, au CÉGEP, au Bac, et finalement en maîtrise où je n’ai pas raccroché. Mais l’école a été une des rares stabilités dans ma vie. Quelqu’un m’a déjà dit : « L’intellectualisme t’a sauvé la vie. »

Chercher un sens à ma vie a donné un sens à ma vie.

L’école était le seul endroit où j’étais valorisé, le seul endroit où on me nommait. Je n’avais jamais une note en bas de 90 %. Vous connaissez des enfants qui ont un trouble de la concentration ? Moi, c’était tout le contraire. Je n’avais pas besoin qu’on me répète ; je comprenais toujours du premier coup. Sauf que j’étais gêné. À ma première journée d’école, j’avais une grosse envie de pipi quand la maîtresse parlait. Je me suis levé et je suis allé lui demander, en avant de la classe avec une option sur la porte de sortie.

— Madame ? Est-ce que je peux aller aux toilettes ?

Et là, j’avais tellement envie que je me suis lâché. La maîtresse a vu ça. Elle m’a pris par la main et m’a tourné vers la classe.

— Là, là, quand vous voulez aller aux toilettes, attendez pas de faire pipi dans vos culottes comme lui, là, là.

Dès qu’elle m’eut lâché la main, je me dirigeai aussi vite que possible vers la toilette. Comme j’avais évacué une partie de mon envie, je réussis à fermer le robinet. Mais mes bobettes étaient irrémédiablement trempes. Je m’enfermai dans les toilettes pour finir mon pipi. Et tordre mes bobettes au-dessus du bol. Et essayer d’essuyer l’urine sur mon pantalon, avec du papier de toilette qui se désagrégeait. Je remis mes bobettes avec du papier de toilette à l’intérieur pour me tenir les organes au sec. Je me lavai les mains au lavabo. J’ai un souvenir précis de ce moment, où je me lave les mains : l’odeur du savon. C’était la même à la poly, au CÉGEP et à l’UQAM, comme si une odeur avait négocié un monopole sur les moments où je me lave les mains dans une école. Je suis retourné à ma place. La maîtresse s’attendait peut-être à ce que je demande à m’absenter. Non. Chez nous, c’était sans intérêts. Je suis resté et j’ai séché sur mon banc d’école, en écoutant attentivement tout ce que disait la prof. Malgré la honte qu’elle m’a foutue, j’ai tout de suite aimé l’école. J’étais avide d’apprendre ; je le suis toujours.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec L’heure du dîner. Je pouvais manger à la cafétéria si j’avais de l’argent ou un lunch, mais je n’avais ni l’un ni l’autre. Je retournais donc chez moi, trouver quelque chose à manger ou faire semblant, quitte à retourner encore plus affamé en classes l’après-midi. À ma première journée d’école, il n’y avait personne pour me faire à dîner, pour m’accueillir, me demander comment ça avait été. Il m’était arrivé ce qui pouvait arriver de pire dès ma première journée d’école : pisser dans mes culottes devant tout le monde ! Dure de faire plus faux départ. Et la maîtresse qui me fout la honte devant tout le monde ! Mais je me suis vengé. Je n’ai plus jamais fait pipi dans mes culottes et j’ai obtenu les meilleurs résultats dès mes premiers bulletins.

(Nous souhaitons la bienvenue à Denis Ramsay qui devient un chroniqueur régulier du Chat Qui Louche. AG)

Notice biographique :

L’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Sire, un texte de Denis Ramsay…

2 septembre 2016

Sire

— Sire, le peuple est dans la rue ! chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

— Ah oui ?  Et notre sécurité ?

— Assurée par la garde nationale.

— Et la troisième division ?

— À vos ordres !

— Alors ?

— Je voulais vous annoncer que le peuple est mécontent de vos politiques économiques…

— Ah oui ?

— Oui, Sire.

Le commando était prêt.  Ils étaient prêts aussi, les membres du commando :  Hervé (Her), Brigitte (Bri), Nestor (Nes) et Djangord (Dan).  Ils voulaient faire sauter le poste de police, qui servait également de poste de commandement aux forces armées.  La foule vibrait, était fébrile, en colère.  Elle avait faim.  Leur niveau de vie avait dramatiquement baissé l’année précédente, passant du troisième au cent vingt-troisième rang mondial, avant le Rwanda…  La politique ultra libérale envers les capitaux, et les capitaux seulement, avait labouré le terrain pour la guerre civile.  La foule n’approuvait pas une société sans salaire minimum !

Quelques radicaux, et un commando.  Ils étaient dans le petit camion, petits dans le camion.  Chacun avait sa veste C-4, avec détonateur au bout des manches.  Ils mourraient ce soir ; ils le savaient.  Ils allaient tuer aussi.  La foule allait affronter l’armée.  Eux tentaient simplement de réduire les forces répressives avant l’affrontement.

— Sire, le peuple est dans la rue !

— Ah oui ?  Et notre sécurité ?

— Assurée par la garde nationale.

— Et la troisième division ?

— À vos ordres !

— Alors ?

— Oui ?

— Faites-la venir.

— Ici ?  Dans la capitale ?

— Et la deuxième aussi.

— La deuxième contrôle le secteur sept, où ont débuté les troubles.

— Ah oui !  Les troubles…

La foule était agressive, arrachait les parcomètres et tout ce qui formulait une interdiction.  Elle réclamait, exigeait, ne demandait pas, ne mendiait pas.  Quelqu’un cria RÉ-VO-LU-TION et la foule reprit le cri.  Évaluation :  500 000 personnes…

— Sire, le peuple est dans la rue !

— Ah oui ?  Et notre sécurité ?

— Assurée par la garde nationale.

— Et la troisième division ?

— Arrivée, elle prend position autour du palais.

— Bien.  D’autres problèmes ?

— Le ministre de l’Intérieur désire vous voir.

— Le sinistre de l’intérieur ?  Pourquoi ?

— Quatre bombes viennent de sauter au quartier général de la garde nationale.  Les troubles…

— Les troubles ?  Ah !  Oui.

La foule arrivait dans les jardins du palais.  Derrière les buissons, les tireurs d’élite de la troisième division.  Ils n’avaient pour l’instant que des balles de plastique.  La foule piétinait les plates-bandes du pouvoir, égorgeait les œillets.  Première salve.

— Sire, le peuple est dans la rue.

— Je sais, mon cher ministre.  On me l’a déjà dit.

— Que devons-nous faire ?

— Prendre un verre et laisser votre ministère s’en occuper.  Vous vouliez tant ce pouvoir.  Vous l’avez maintenant et ne m’incommodez plus avec les troubles, sauf quand ils seront finis.  À moins que vous ne soyez pas compétent…  Voici justement le ministre de la Famine !

Les épiceries étaient pillées, les restaurants, réquisitionnés.  Cantines populaires !  Les tambours reprirent le rythme des tambours de guerre amérindiens.

Pam-pam-pam pamp Pamp-pamp-pamp pamp.

Le rythme habitait toute la scène.  Une direction.  Une invasion.  La troisième division attendait la manifestation, baïonnette au fusil.  Il ne restait plus d’équipement antiémeute inutilisé.

— Sire, le peuple est dans les jardins.

— Il est las de la rue ?  Et notre sécurité ?

— Encore assurée.  Mais nous avons prévu vous évacuer.

— Comme un déchet ?  l’interrompit de façon stridente le président.

— Votre présence attire les foules.

— Merci.  Je le savais.  Où est la sortie ?

— Par l’arrière.

— Comme un voleur…

Le palais vide fut pris d’assaut malgré quelques éventrés.  Les cadavres étaient portés à l’intérieur en procession.  La foule se disciplinait comme un rouleau compresseur.  Le commandant de la troisième division attendait l’ordre de tirer à vraie balle, mais le pouvoir se sauvait.  Il avait déjà perdu trois hommes tués à coups de pied.  Avoir des missiles téléguidés avec une précision de 92 % et se faire battre à coups de pied !  Il n’y aurait pas de médailles dans cette sale guerre.

— Sire, le peuple est dans le palais.

— Si je leur parlais, ils comprendraient.

— Je ne crois pas, Sire, c’est du peuple qu’il s’agit.

— Il s’enfuit ! scanda la rumeur.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecLe mouvement de foule s’élargit tout d’un coup et certains courraient déjà vers l’arrière de l’imposant édifice.  Il s’enfuit.  Un hélicoptère attendait.  Et les soldats avaient de vraies balles.  Première Salve.  La foule portait de nouveaux morts, mais avançait toujours.  L’hélicoptère s’envola, le pouvoir à son bord.

L’appareil survola la scène.

— Mais qu’est-ce qu’ils veulent à la fin ?

— Votre peau, je crois, Sire…

Notice biographique 

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieL’auteur se présente ainsi :

« Né à Victoriaville dans un garage où sa famille habitait, l’école fut la seule constante de son enfance troublée.  Malgré ses origines modestes, où la culture était un luxe hors d’atteinte, Denis a obtenu un bac en sociologie.  Enchaînant les petits emplois d’agent de sécurité ou de caissier de dépanneur, il publia son premier ouvrage chez Louise Courteau en 1982 :La lumière différente, un conte fantastique pour enfants.  Il est un ardent militant d’Amnistie Internationale et un rédacteur régulier dans des journaux universitaires et communautaires.  Finalement, après plusieurs manuscrits non publiés, il publiera chez LÉR Les chroniques du jeune Houdini.  D’autres romans sont en chantier…  »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


%d blogueurs aiment ce contenu :