Faits non divers : Dans le noir et le froid au Salon, par Alain Gagnon…

25 février 2017

Cokatiel et Salon…

Il y a de ces souvenirs, de ces images qui nous reviennent souvent et semblent porter signification.  Pourtant, ils ne se raccrochent en rien à quelque chose de très tragique ou d’extraordinaire.

Hier, je me demandais si j’irais ou non au Salon du Livre de Québec en avril.  Et m’est revenu en mémoire cet oiseau auquel je rêve souvent.  C’était en avril de l’année dernière.  Nous prenions l’apéro vers 18 h, dans notre chambre, au septième ou huitième étage du Delta.  La vue sur le bassin Louise et la basse-ville y est magnifique.  Soudain, Lucie m’a dit : « Regarde donc le drôle d’oiseau. »  Un volatille  à tête d’un jaune éclatant, une huppe bien dessinée, tache orange sous l’œil, plastron et ailes grisâtres, de petits yeux vifs et noirs.  Taille un peu plus réduite que celle  d’un cardinal.  Exotique en grand.  Il nous apparaissait perdu, et perdu il était.  Animal domestique, ce cokatiel, originaire de l’Australie centrale, a la réputation de s’enfuir et de se perdre dans la nature.  Il faisait un vent fort et froid.  Je ne donnais pas cher de sa peau.  Il arpentait le rebord de la fenêtre, semblait vouloir entrer.  Mais comme me disait un garçon d’étage : « Ces fenêtres-là sont faites pour regarder dehors, pas pour s’ouvrir à la visite. »

Que faire ?  Téléphoner à la SPCA ?  Aux pompiers ?  Tout de même !  Grimper à cette hauteur pour ensuite voir l’oiseau s’envoler…  Nous avons pris des photos.

À mon presque soulagement, il est parti.

Cette nuit-là, je me suis levé plusieurs fois, pour sonder le noir où brillaient les lumières de la ville.  Je me demandais si, en Australie centrale, les nuits sont froides.  S’il n’était pas retourné dans sa cage dorée, si, si, si…  Depuis ce jour, le Salon de Québec et le cokatiel ne font qu’un dans mon armoire à souvenirs qui grince.

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Faits non divers… Un oiseau dans le noir et le froid du Salon…

21 janvier 2016

Cokatiel et Salon… 

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecIl y a de ces souvenirs, de ces images qui nous reviennent souvent et semblent porter signification.  Pourtant, ils ne se raccrochent en rien à quelque chose de très tragique ou d’extraordinaire.

Hier, je me demandais si j’irais ou non au Salon du Livre de Québec en avril.  Et m’est revenu en mémoire cet oiseau auquel je rêve souvent.  C’était en avril de l’année dernière.  Nous prenions l’apéro vers 18 h, dans notre chambre, au septième ou huitième étage du Delta.  La vue sur le bassin Louise et la basse-ville y est magnifique.  Soudain, Lucie m’a dit : « Regarde donc le drôle d’oiseau. »  Un volatille  à tête d’un jaune éclatant, une huppe bien dessinée, tache orange sous l’œil, plastron et ailes grisâtres, de petits yeux vifs et noirs.  Taille un peu plus réduite que celle  d’un cardinal.  Exotique en grand.  Il nous apparaissait perdu, et perdu il était.  Animal domestique, ce cokatiel, originaire de l’Australie centrale, a la réputation de s’enfuir et de se perdre dans la nature.  Il faisait un vent fort et froid.  Je ne donnais pas cher de sa peau.  Il arpentait le rebord de la fenêtre, semblait vouloir entrer.  Mais comme me disait un garçon d’étage : « Ces fenêtres-là sont faites pour regarder dehors, pas pour s’ouvrir à la visite. »

Que faire ?  Téléphoner à la SPCA ?  Aux pompiers ?  Tout de même !  Grimper à cette hauteur pour ensuite voir l’oiseau s’envoler…  Nous avons pris des photos.

À mon presque soulagement, il est parti.

Cette nuit-là, je me suis levé plusieurs fois, pour sonder le noir où brillaient les lumières de la ville.  Je me demandais si, en Australie centrale, les nuits sont froides.  S’il n’était pas retourné dans sa cage dorée, si, si, si…  Depuis ce jour, le Salon de Québec et le cokatiel ne font qu’un dans mon armoire à souvenirs qui grince.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Salon du livre : une nouvelle de Pierre Patenaude…

20 janvier 2016

Oreste Bouchard craint d’aller au Salon du livre de Fjordcity.  Il annonce à une directrice littéraire, fantasme de son imagination, sa venue à la foire des éditeurs.  Une telle démarche pourrait jouer en sa faveur, mais la lâcheté le cloue.

Je garde le cap.  Je suis loin de la coupe aux lèvres.  Je le dis.  Je me le redis.  Malgré la soif, j’envisage.  Vous viendrez le premier octobre  au Salon du livre de Fjordcity, suivie d’une horde d’écrivains.  Je traînerai mon ombre entre les étals, un café à la main, un manuscrit dans l’autre.  J’arrêterai causer.  Je tousserai, échapperai mon écrit, le ramasserai, me redresserai et trouverai le moyen de braquer le titre : Le Roseau.  Vous avez aimé ?  Vous avez bien reçu la copie ?  J’attends votre motif.  J’espère.  Je me languis.  Je ne vis plus.  Mon œuvre me tient à cœur,  mais je crains le risible à ravir le mot œuvre.  Puis-je m’élever à ce point ?  Seuls les pur-sang de votre écurie auraient droit à ces deux syllabes ?

J’achèterai des livres au kiosque.  Vos poulains dédicaceront.  Vos pouliches aussi !  Je flânerai à l’enseigne  de la somptueuse collection La Verte Rainette, succursale du Borisk.  Vous me jaugerez.  Je serai de glace.  Si nos regards se croisaient, je vendrais la mèche.  Ne me craignez point.  Vous êtes à l’abri dans votre monde.  Je suis un être de paix et d’ardeur.  Serez-vous, après, au Hilton ?  Vous avez quitté ?  Un malin serait assis à votre place !  Cela me tuerait.  Durez.  Je vous veux comme directrice littéraire.

Oui, je sortirai de mon village.  Je rôderai près des carrousels de livres.  Le conseil de gestion des Éditions du Borisk vous aura mandée.  Oui, oui !  Je dis.  Vous savez, j’ai investi amour et passion dans l’écriture.  J’ai porté la chose.  Le travail m’a tué.  Les contractions m’ont déchiré.  L’enfant : un pseudocyesis — la dérision, je la souffre si elle est de moi.  J’ose crier.  Je m’alloue ce droit.  Je me convaincs de l’utilité de ma vie et de mon œuvre.  N’est-ce pas le propre de l’écrivain ?  D’un artiste, au pire ?  Quand je serai publié, je percevrai des droits, des royalties.  J’irai à la radio, à la télé, dans les écoles.  Vous paierez mes frais.  J’irai chercher notre prix à Paris.  La mention gonflera votre chiffre d’affaire.  Nous serons scénarisés.  Je vous le souhaite.  Pourquoi pas ?  Jésus a changé l’eau en vin.

Oubliez ces bêtises.  Je capote.  Je suis dur.  Qui ne l’est pas ?  Et par inadvertance, de surcroît !  Vous avez inventé la cruauté.  Je suis d’accord.  L’essai et l’épreuve vous ont refroidie.  Vous êtes culottée de semer le désarroi et de bien dormir.  La lettre de refus nuit.  Nous, les impubliables, avons un cœur.  Pensez à tous ces rabroués.  Vous heurtez, madame.  Pour ma part, j’acquiesce.  Les autres ?  J’ignore.  La bile sortie, j’absous.

La fatigue – en plus de l’inadvertance – tiédit votre imputation devant ces choix, ces aspirants à balayer sous le tapis.  Je me risque à vous interpeler.  Je tente de m’imposer.  J’ose allier cet élan à l’écriture.  Je n’ai rien à perdre.  Ma dernière carte est sur la table.  Après, je verrai si, le cas échéant, vous me tassez comme ce cendrier.  Lisez-moi jusqu’à la fin, au lieu de me survoler.  Oubliez ce dîner de tout à l’heure avec l’inhumain qui écrit des vétilles.

Pierre Patenaude est un écrivain\écrivant qui devrait publier bientôt son premier roman. Il nous a soumis ce texte d’une profonde originalité qui entremêle nature et écriture.  C’est le troisième texte qu’il présente sur ce blogue.  Naïveté apparente et ironie froide s’y côtoient.  Sa phrase a la précision, la vivacité et la retenue des grands satiristes.



Le bal des dieux… Un roman d’Alain Gagnon sonde l’origine de l’humanité…

26 mai 2015

Le bal des dieux (présenté par Louise Turgeon dans Planète Québec)

Résumé

Ce thriller s’appuie sur la Genèse,  la mythologie mésopotamienne, Le livre d’Énoch, le Popol Vuh, les prophéties des chat qui louche maykan alain gagnon francophonieHopis, les pères de l’Église…  et prend prétexte des prédictions ayant trait au 21 décembre  2012 pour dresser une fresque historique stupéfiante.
Ayant besoin d’esclaves, des dieux mineurs ont créé les hommes.  Cette création s’est faite à l’encontre de la volonté expresse du Dieu Suprême.  Certains de ces dieux délinquants ont poussé la rébellion jusqu’à se faire rendre un culte ; d’autres ont voulu détruire l’espèce humaine.  D’autres encore se sont épris de l’humanité et l’ont protégée.  D’où cette guerre dans les cieux dont parle l’Ancien Testament.
Et au cœur de ce drame à l’échelle cosmique, une histoire d’amour très contemporaine.  Des plus banales et des plus inattendues.  Entre Ishtar (la déesse-mère) et Marc Darlan, parapsychologue et enquêteur sur le paranormal.  Ishtar va vers une fin certaine : elle a trahi les autres dieux en octroyant à ses enfants humains la curiosité qui allait les mener à la liberté, à la connaissance et à la révolte.  Quant à Darlan, les nouvelles réalités de la Terre le dépassent.  Son psychisme se dissout en même temps que se dissolvent le monde et le dictionnaire. Pendant que les cadavres des dieux circumnaviguent autour de la planète…
Toutefois, la vie de tous les jours se continue dans l’indifférence somnolente des humains.

L’auteur

D’une forte originalité thématique et formelle, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K (Pleine Lune).  Il a également remporté, à trois reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire (Loup de Gouttière) ; en 2006, pour L’espace de la musique (Triptyque) ; et, en 2009, pour Les versets du pluriel (Triptyque).  En 2011, un essai, Propos pour Jacob (Grenouille Bleue), lui vaudra le Prix Intérêt général.

  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une maison liée aux Éditions du CRAM, qui se consacrait à la littérature québécoise.  De plus, depuis plus de deux ans, Alain Gagnon anime, gère et alimente un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche (http://maykan.wordpress.com/). On y retrouve dix collaborateurs réguliers. Ce magazine électronique présente les œuvres (et des commentaires sur les œuvres) de peintres, de poètes, de penseurs et d’écrivains, ainsi que des extraits d’ouvrages parus ou à paraître.

LE BAL DES DIEUX
Alain Gagnon
LES ÉDITIONS MARCEL BROQUET
LA NOUVELLE ÉDITION
Collection La mandragore
2012 – 162 pages


Je me souviens : Félix-Antoine Savard, par Alain Gagnon…

25 mai 2015

Voisin de bornes… (publié en septembre 2010)chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

L’initiative du Salon du Livre a inscrit biographie et texte de trente-six auteurs sur des bornes de bon goût, à proximité de trois rivières, dans les arrondissements de Jonquière, de Chicoutimi et de La Baie.  J’ai de l’admiration pour la personnalité et l’art de la majorité de ceux qui m’avoisinent, vivants et morts. Toutefois, un disparu m’impressionne plus que les  autres.  Et il m’avait déjà impressionné alors que j’étais plus jeune ; j’oserais même écrire qu’il est partiellement responsable du fait que je sois devenu auteur.  (Ce pour quoi je devrais lui en vouloir, si je n’avais pas si doux caractère…)  Il s’appelle Félix-Antoine ; il était curé et immense écrivain.

J’avais 16 ans.  En ces temps de pauvreté livresque, j’ignore comment Le Barachois avait échoué sur le bureau du maître.  Pendant la récréation, j’avais ouvert le volume et lu avec stupéfaction les lignes que vous allez lire ci-dessous.  Après la cloche, je dis au frère qui saisissait mon admiration et me demandait : — Ça t’a plu, hein ?  – C’est trop beau…  J’aimerais écrire comme ça.  Le mariste avait haussé les épaules et bien ri. – Tu as besoin de t’améliorer, et de beaucoup.  Pensez donc, vouloir égaler monseigneur Savard !  Il riait ; moi, je ne riais pas.  J’étais à la fois blessé et souqué – c’est-à dire incité à montrer ce que je pouvais faire.  Je me suis procuré l’ouvrage, l’ai lu et relu, et tous les autres de Savard, et bien d’autres livres…  J’ai écrit au père de Menaud ; il m’a répondu sur  son papier Saint-Gilles ; m’a invité…  Jamais je n’ai oublié ces lignes.

Le huard (extrait)

(…)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLe huard, lui, vole peu.

Aux envolées extrêmes, il préfère l’acte de nager, de connaître et interpréter les rives, et de concerter avec l’écho.

Il a la tête autoritaire, des yeux d’ardents rubis, un cou de velours muant du vert au bleu, un collier de nacre larmé de noir, un superbe manteau pailleté de gouttelettes, qu’il porte avec lenteur parmi les lis, comme s’il sortait d’entre les perles de la mer ou la rosée du matin.

Les lacs les plus sauvages et reclus, les sanctuaires inviolés, les forêts attentives, tels sont les lieux qu’il choisit pour l’exercice de son art, pour le jeu de ses ébats et de ses amours.

À l’aube, dès qu’au profond jardin de l’eau, les mirages ont commencé d’éclore, il quitte ses quenouilles, et procède à maintes ablutions égayées de virevoltes et frissons de délices.

(Extrait de Le Barachois, Éditions Fides.)

(Monseigneur, aujourd’hui je vous retrancherais quelques adjectifs…  Mais, merci tout de même.  C’est pour moi un honneur de me retrouver borné à quelques enjambées de vous. A.G.)


Chroniques de Québec… par Jean-Marc Ouellet

15 janvier 2015

Un homme, une table, des livres…

Il s’assoit. Nerveux. Il transpire. Il ajuste son chandail, sort son stylo. L’utilisera-t-il ? Qui sait ? C’est la première fois.

Il regarde sur la table. Des livres y sont déposés, des livres identiques, chers dans son cœur. C’est son livre. Son premier.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieIl lève la tête, regarde autour. Il y a des gens, un tas de gens. Il y a aussi des livres, un tas de livres. Et les gens regardent les livres qui, patiemment, se laissent regarder. Parfois, un homme, une femme, en attrape un sur un présentoir, le feuillète. Plusieurs le replacent, quelques-uns passent à la caisse.

Personne n’attrape le livre de l’homme. Certains le regardent, il est vrai, en passant. Mais personne n’arrête. Pour l’instant. Pour l’instant.

À côté, des lecteurs impatients font la file pour faire dédicacer leur exemplaire du livre  d’un auteur à succès. Ils ont chaud. Certains piétinent, d’autres s’étirent, se dégourdissent, mais pas question de partir, pas question de louper cette occasion unique. Un instant, notre homme se sent seul, ou soulagé. Il entrevoit la vedette qui écrit, et écrit, signant chaque exemplaire vendu, un sourire qui se force parfois.

De nouveau, l’homme regarde les spécimens de son propre livre. Il n’y a personne devant son stand. Il n’y a que les exemplaires de son bébé, de cet être qui veut vivre, qui vit, après cette longue gestation. Il est bon son livre. Il le sent, il le sait. Mais les autres, eux, ne le savent pas. Pas encore. Mais ça viendra. Oui. Ça viendra. L’homme a confiance. Il est son père après tout. Il l’aime donc, comme un père peut aimer.

Une femme arrête devant sa table. Il lève les yeux. Il la reconnaît. Une ancienne consœur de travail.

−       Je ne savais pas que tu écrivais, qu’elle demande.

−       Eh oui, et j’adore ça.

Et la femme s’informe, du petit secret qui se révèle, du livre devant elle, sur la table. Elle en prend un exemplaire, et sans même le regarder, demande une dédicace.

L’homme sourit, prend le livre,  tremble. Il récupère sa plume, oubliée près des bouquins, sur la table. Il ouvre les premières pages, et écrit. Il transpire, cherche les mots. C’est la première fois.

−       J’ai hâte de lire ça.

La femme semble heureuse. L’écrivain lui sourit et la salue de la main alors qu’elle passe à la caisse. Lui aussi, il espère qu’elle l’aimera son livre. Pas facile d’encaisser la critique, surtout la mauvaise. Cette peur d’être jugé qu’il faut apprivoiser. C’est si nouveau.

Un homme suit. Un inconnu. Il s’arrête, prend le livre, lit le texte de la page 4, la couverture arrière. Il semble intéressé. Il s’informe dechat qui louche maykan alain gagnon francophonie l’histoire. L’écrivain répond, heureux qu’on s’intéresse à lui, à son bébé. Il y prend goût. L’étranger tend le livre et demande un mot. L’homme se soumet. Radieux.

L’histoire ne fait que commencer. Pour la suite… on verra.

***

Depuis des années, je fréquente le Salon du livre de Québec. Normal,  j’aime les livres. Circulant anonyme dans les allées, me faufilant à travers les files d’attente de gens en quête de mots manuscrits de leur auteur préféré, observant ces autres, ces hommes et ces femmes qui attendent de l’autre côté de leur stand que quelqu’un fasse attention à eux, à leur livre, je me demande quel sentiment m’envahirait si j’étais là, à leur place, dédicaçant une tonne de mes livres, ou espérant qu’un seul lecteur potentiel vienne me voir, me parle de tout et de rien, mais surtout de livres, de mon livre. Je me demande combien réalisent la somme de travail dans ce petit paquet de feuilles couvertes d’encre. Au moment d’écrire les lignes que vous lisez en ce moment, je n’ai pas encore de réponses. Demain, ou après-demain, j’en aurai peut-être. Ce sera mon premier lancement, ma première dédicace. La première fois.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieJean-Marc Ouellet est né le 11 septembre 1959 à Rimouski.  Il a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, jusqu’à l’âge de 15 ans. Après l’obtention de son diplôme de médecine à l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie à Québec, puis à Montréal. Il a amorcé sa carrière médicale à Saint-Hyacinthe, pour la poursuivre ensuite à Québec jusqu’à ce jour. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les littératures, mais il avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, pour du dépannage, il passe plusieurs semaines en région ; il s’accorde alors un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, est lancé cette fin de semaine au Salon du livre de Québec (Éditions de la Grenouillère).  Il est maintenant chroniqueur régulier pour le magazine littéraire Le Chat Qui Louche où il avait déjà publié des nouvelles.


Je me souviens : F.-A. Savard…

10 octobre 2014

Voisin de bornes…chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

L’initiative du Salon du Livre a inscrit biographie et texte de trente-six auteurs sur des bornes de bon goût , à proximité de trois rivières, dans les arrondissements de Jonquière, de Chicoutimi et de La Baie.  J’ai de l’admiration pour la personnalité et l’art de la majorité de ceux qui m’avoisinent, vivants et morts. Toutefois, un disparu m’impressionne plus que les  autres.  Et il m’avait déjà impressionné alors que j’étais plus jeune ; j’oserais même écrire qu’il est partiellement responsable du fait que je sois devenu auteur.  (Ce pour quoi je devrais lui en vouloir, si je n’avais pas si doux caractère…)  Il s’appelle Félix-Antoine ; il était curé et immense écrivain.

J’avais 16 ans.  En ces temps de pauvreté livresque, j’ignore comment Le Barachois avait échoué sur le bureau du maître.  Pendant la récréation, j’avais ouvert le volume et lu avec stupéfaction les lignes que vous allez lire ci-dessous.  Après la cloche, je dis au frère qui saisissait mon admiration et me demandait : — Ça t’a plu, hein ?  – C’est trop beau…  J’aimerais écrire comme ça.  Le mariste avait haussé les épaules et bien ri. – Tu as besoin de t’améliorer, et de beaucoup.  Pensez donc, vouloir égaler monseigneur Savard !  Il riait ; moi, je ne riais pas.  J’étais à la fois blessé et souqué – c’est-à dire incité à montrer ce que je pouvais faire.  Je me suis procuré l’ouvrage, l’ai lu et relu, et tous les autres de Savard, et bien d’autres livres…  J’ai écrit au père de Menaud ; il m’a répondu sur  son papier Saint-Gilles ; m’a invité…  Jamais je n’ai oublié ces lignes.

Le huard (extrait)

(…)

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLe huard, lui, vole peu.

Aux envolées extrêmes, il préfère l’acte de nager, de connaître et interpréter les rives, et de concerter avec l’écho.

Il a la tête autoritaire, des yeux d’ardents rubis, un cou de velours muant du vert au bleu, un collier de nacre larme de noir, un superbe manteau pailleté de gouttelettes, qu’il porte avec lenteur parmi les lis, comme s’il sortait d’entre les perles de la mer ou la rosée du matin.

Les lacs les plus sauvages et reclus, les sanctuaires inviolés, les forêts attentives, tels sont les lieux qu’il choisit pour l’exercice de son art, pour le jeu de ses ébats et de ses amours.

À l’aube, dès qu’au profond jardin de l’eau, les mirages ont commencé d’éclore, il quitte ses quenouilles, et procède à maintes ablutions égayées de virevoltes et frissons de délices.

(Extrait de Le Barachois, Éditions Fides.)

(Monseigneur, aujourd’hui je vous retrancherais quelques adjectifs…  Mais, merci tout de même.  C’est pour moi un honneur de me retrouver borné à quelques enjambées de vous. A.G.)


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