Post mortem, un texte de Luc Lavoie…

28 mars 2017

Dans le silence…  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Dans le silence et la solitude d’un fin rayon de lumière, les cadavres aux sourires idiots marinent au sous-sol. L’odeur y est insoutenable, mais les insatiables affamés dévorent…

Les diptères, ces sales bestioles ; mouches vertes et bleues, auront trouvé terreau fertile pour la ponte. Dans les bouillons et les gargouillis répugnants, bientôt les larves naissent, puis se nourrissent. Elles sont, tels les croque-morts ; oiseaux de mauvais augure. Elles entonnent un air putride. Chantent en chœur la décomposition. Dansent dans un tourbillon malsain. Peuplades visqueuses et révulsives. Troupes d’acteurs sur une scène rongée où les bides morts deviennent les instruments inertes d’une cadence infernale.

Léthargie animée. Descente vers les profondeurs. Bal des pourritures.

Vermines rampantes au resto. À table. Là s’anime la décrépitude dans la pénombre des lendemains. Les asticots grignotent dans les orbites. Engeance malsaine qui charrie, consomme et digère ces plats savoureux. Un dîner de viande froide ? Encore un peu de foie ? De cervelle ? Le Tartare se tarit. Matière immobile et flasque qui tombe en lambeaux. Sang coagulé. Corps bleuis, enflés. Nauséabonds. Villes et cités lugubres d’un temps d’effervescence éphémère, propice au développement excessif ; à la vie trépidante dans les miasmes urbains. On passe, on dépasse. On trépasse. Moments frétillants voués à l’intemporalité finie des abîmes. Cortège des avaleurs aux appétits gargantuesques qui mastiquent dans la solitude des espaces… Oasis périssables des immondices.
Blattes, scarabées, charançons, rats et vers repoussants ; citadins étranges de quartiers incertains ; zones hautement peuplées où on circule et s’affaire sur des autoroutes osseuses. Les excavateurs se déplacent dans les fosses et les rampants progressent dans les trachées. À l’intérieur de tunnels œsophagiques, fragiles d’une architecture en décrépitude constante, l’affaissement et le glissement des tronçons sont chose commune. Dans ces ruelles incertaines, univers des organes gisants à ciel ouvert, il y a des kilomètres de voies de contournement à franchir. Les légions rouges et noires vagabondent à travers la porosité des cavernes aux parois inertes… Que de chair à excaver ! De résidus à transporter. Les équipes de dépeceurs sont au travail. Fouisseurs et exciseurs sont à l’œuvre sur des chantiers en déclin. Ils se vautrent dans la mort exquise.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecDents allongées, mandibules tranchantes, bouches broyeuses et trompes poilues. Tous sont là pour prendre part au festin. Les convives s’en donnent à cœur joie. Pour que rien ne se perde.
Quand viendra enfin le dernier jour, voraces, les videurs n’auront laissé que peu de chose derrière eux. Que contrées désertes, de carcasses en arêtes, squelettes jaunis par le temps et la poussière. Que paysages d’immobiles dépouilles où les incessants courants d’air des jours et des nuits traverseront encore agglomérations d’agrégats et charpentes. D’ossatures lisses à faire frémir. Ruines et débris sans subsistance. Instantané des victimes du temps qui passe. Dureté de l’éphémérité des éléments. Qu’absence des regards. Que deux trous béants dans des crânes vides. Qu’un bras allongé. Sa main ouverte sur le plancher, l’index recourbé ; doigt nu qui traverse la gâchette d’un révolver rouillé Smith & Wesson. 38 spécial recouvert d’une toile d’araignée tendue parmi quelques détritus.
Plus qu’un vent glacial qui lève, un coup de fouet au dos de la quiétude des éternités de ce que furent autrefois ces deux corps habités d’une vie.

Pour le meilleur, mais également pour le pire…

Luc Lavoie © tous droits réservés, 2013

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Quand l'automne… un texte de Luc Lavoie…

3 décembre 2016

Quand l’automne

(Crédit photos : Luc Lavoie)

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Feuilles en sursis.
Nées d’une trop courte saison.
Elles tombent. Elles chutent légères des arbres mûrs qui partagent à nouveau ce qu’ils ont reçu de la terre.

C’est le début d’une longue léthargie. La nature qui composera bientôt avec la musique de la décomposition. Un prélude à une lente liturgie. Le temps fera son œuvre. Spectacle symphonique. Aux forts vents de l’orchestre dans un grand désarroi d’épinettes pareilles à des archets agités ; vibrations des cordes de Vivaldi. Sous la pluie drue qui martèle la rythmique. Mélodie d’une morne lenteur. D’où la lumière s’estompe. Au froid qui s’installe et qui glace le sang sève.

Peu à peu.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecCe sera le début du bain des fragrances. Portées par les courants d’air ; ces bouquets, qui exhalent dans les bruissements et les colorations, exciteront encore mes narines. Sous un soleil fade. La saison se commettra. Une fois de plus. Comme l’assassin revient sur la scène de son crime. On dira : C’est l’automne qui assassine l’été, puisqu’il rougit. Jusqu’à se pâlir jour après jour. Jusqu’à se tiédir dans l’aurore. Dans un quasi-évanouissement mortuaire.
La nuit, les cristaux de gel ; frimas et glaçons miroirs et fragments, multitudes de solitudes, auront paré de diamants tout le couvert forestier.

À la surface des étangs. alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
Dans les sous–bois.
Aux grèves des lacs tranquilles.
Seul, sur les chemins de lots.
Derrière mes pas…

Ne nous froissons point surtout.
Les longs jours d’hiver suivront.
À nouveau…

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

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Sous la pluie, un texte de Luc Lavoie…

16 septembre 2016

Sous la pluie…

La pluie tombait. Drue. Les larmes d’un ciel triste et sombre s’abattaient sur les paysages. Un ciel peint d’unchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec interminable gris. Gris comme un Polonais. Un Polonais en costard assis au fond d’une ruelle. L’homme noyé. Une bouteille de vodka Wyborowa entre les doigts. Incapable d’affronter la tempête. Recroquevillé sur lui-même. Submergé par le chagrin…
Les milliards de gouttelettes s’éclataient en un fracas étourdissant sur les toitures et sur le bitume. De l’autre côté de la rue. C’était à la fin juillet. L’âge d’or de l’été. Où la saison donne du fruit. Les arbres aux feuillages fournis en pleuraient déjà. Tout allait si vite. Mes yeux suivaient la route sinueuse de l’eau au sol. Ruissellement, chargé d’alluvions humaines et de détritus naturels, qui emportait avec lui les pires saletés de la vie. Méandres menant vers des caniveaux obscurs. Dans de sombres endroits. Là d’où on ne revenait jamais. Là où les étoiles ne brillaient plus.
Je revoyais mes jours d’antan. Quelques éclairs de lumière qui s’étaient écoulés sans que j’accepte de les saisir. Sans que je tente de les retenir. Endigués par mes sanglots. À l’intérieur de la cage de mes malheurs passés. Puis les écluses formées par les fatalités de mon destin avaient fini par se rompre. Ces malchances, ces calamités, s’étaient déversées tel un torrent. Souvent dévastateur pour moi et pour ceux qui m’entouraient. Le sort en avait décidé pour moi. Pourtant, il n’en aurait tenu qu’à ma détermination pour en décider autrement. Mais peut-être était-ce écrit dans le ciel ? De toute façon, mon étoile en avait souvent appelé à ma sollicitude. À ma vigilance. Je le réalisais aujourd’hui avec une certaine amertume. Mais j’avais failli. J’avais abdiqué. Par lâcheté, sans doute. Je n’avais pas compris alors que ma destinée me tendait la main. Le temps d’un instant, pour que je la suive au moins un moment. Pour les minutes de ma pauvre existence. Du moins, jusqu’à la croisée des chemins. Mais j’avais eu peur. Cette satanée frousse de l’inconnu. Jusqu’au moment où je me serais libéré du corps lourd qui me sied si mal et que j’avais peine à soutenir. Hélas ! Je m’étais laissé emporter par le temps, charrié par son tumulte au lieu de demander l’aide nécessaire. Tout le long de ses rapides, de ses remous. Baigné par son courant, je m’étais laissé aller dans l’adversité. M’étais noyé. Par pure faiblesse. Jusqu’à ce que je ne devienne plus qu’un fragment. Qu’une infime particule arriviste, sédiment dissout dans les bas-fonds de l’infini océan.
L’averse avait cessé. La terre s’était saoulée. Nous, nous étions assez semblables à la fin du compte. Un silence paisible nous enveloppait, moi et les environs. Un soleil puissant s’était glissé entre les nuées. Bienfaiteur. Je n’avais pas encore rejoint le caniveau. Heureusement. Dans les rayons, mes doigts avaient laissé tomber le flacon de vodka qui roulait sur la surface du trottoir, à quelques pas de ma personne. Mon cœur battait à tout rompre dans ma tête et cette déchirure dans ma poitrine. J’avais réalisé mon erreur. J’étais prêt à la réparer. Mais en ces lieux-ci, il était trop tard. Je me sentais quitter ce monde de pair avec les vapeurs d’éther qui se dispersaient dans le lointain. Je retournais en cette chaleur enveloppante, plus léger, vers ce ciel si bleu.
Semblable à l’eau qui se répand pour ensuite retourner à son état premier. À la fin du voyage. À l’aube du recommencement.
Je reviendrai peut-être… pareil à la pluie. S’il le faut.

 Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

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Variations pour une nuit, par Luc Lavoie…

11 juillet 2016

Opus 1

C’était une nuit.

Une nuit sans lune. Une nuit qui s’éternise. Un combat perdu d’avance. Une autre nuit qui se prostituait sous les regards des voyeurs.

Pour quelques malheureuses clopes…

Une sale nuit. Une nuit comme celles d’avant. Comme celles encore à venir…

À en finir…

Une lutte contre la promiscuité tragique des lieux. Intermittences ; transit entre les gouffres obscurs. Une vie qui s’amenuise. S’atrophie. Là où les étoiles se meurent. Petit à petit. Peu à peu. Emportée. Engloutie dans une redoutable torpeur.

À l’instant d’un dénouement cruel.

C’était une nuit sans nom. Une nuit troublée de l’écho des pas d’une marche funèbre. Loin de toute clarté. Quand le sommeil ne vient pas. Lorsque le triste sort a choisi. Que l’homme perd pied sur les escarpements d’une falaise.

Et que sa chute ne peut être alors… qu’inévitable.

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Opus 2

 

Nos rêves filent tels des cerfs-volants aux cieux et leurs teintes arc-en-ciel dessinent des mouvements dans l’aube du firmament. Ces oiseaux étranges et fragiles remontent dans les nuées et redescendent. Objets fugaces qui s’estompent parfois sur le bleu azur du ciel noyé de lumière.

Un fil ténu relie leurs ailes d’envergure à notre bras tendu, à notre regard brillant, et c’est lui qui ramène cet oiseau du paradis qui glisse et fend l’air. Pour ne pas qu’il chute. Pour ne pas qu’il s’écrase. La main et le regard en communion. Le rêve et l’oiseau en équilibre. La force et la fragilité dans l’instant.

Tout en mouvement.
Tout en contrôle.

La nuit.

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 Opus 3

 

La lune est massive et blême par cette nuit de novembre. C’est avec force et détermination qu’elle repousse encore les dernières nuées qui tentent de l’encercler. Un faible halo pénètre par la fenêtre de la cuisine inanimée. Dans ce silence froid, chaque goutte d’eau se gonfle. Se forme. Se sépare du tout. Tombe. Une à une. Pour se fracasser au fond de l’évier. Une perle qui, sur les traces de la suivante, minute après minute, marque un temps qui semble interminable au présent. Une seconde, une vie ; le chaos décomposé s’opère dans l’immense espace qui sépare la mobilité presque parfaite de l’insaisissable et qui, elle, s’oppose au mutisme de l’endroit ainsi qu’aux illusions fortuites de l’existence. Lorsque, au-delà de l’œil se soustrayant au vide, l’infini se révèle, le rythme de l’horloger est projeté dans les affres de l’ultérieur. Masse en mouvement lorsqu’elle fend l’air. Gravité exige. Ce plein vide. Cette sonorité, rythme sur la surface métallique, trouble la rigidité cadavérique d’une scène horrible. D’un événement insolite. D’un spectacle tragique. Gestes passés. Lointains.

Arrêt sur image.

Le couteau repose sur le parquet. Du sang écarlate en macule la lame au carbure. Une courbe liquide cramoisie entoure d’un côté le corps inerte. La plaie est au thorax. Apparente. Yeux vides. Membres tendus. Et ce regard absent plaqué au plafond dans une rigidité grave…

Une mouche bourdonne. Arrivée de nulle part elle exécute un ballet aérien compliqué au-dessus du visage d’une occulte finitude. Le diptère se pose sur le bout de son nez aquilin. Incline sa tête au regard composé. Par moment, l’insecte entre par une narine. Qui sait ce qu’il y mijote. Quel dessein odieux se trame encore par ici. Dans la pénombre. Après quelques minutes il en ressort. Il remonte ses pattes arrière et lisse ses ailes transparentes. Sa trompe sonde la peau froide dans une forêt de capillaires. Une autre fois, c’est par la bouche ouverte que l’intrus pénètre.

Le lustre du plafond se reflète dans la marre rubiconde qui glisse sur le carrelage en damier noir et blanc. La main féminine aux ongles manucurés y baigne. Elle tient entre ses doigts crispés une photographie. Celle d’un homme. L’image est éclaboussée de sang.

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Opus 4



Un Jack Daniels « on the rocks » sur le comptoir usé de ma vie.
Du midi arrosé aux goulots de mes nuits blues harmonicas étranglées
Les vapes dans ma tête et une taverne au fond d’un verre
Odeurs illicites
Fond de tonne
Quartier du désespoir
Entonnoir
Défonce
cale
De l’autre côté du mur hurle du dedans la douleur du bitume des nuits qui s’écoulent
Les pleurs engourdis sont fleuves lents
Des entrailles démembrées aux éclats de verre brisé dans la glace froide d’une soirée de décembre
Quand le feu brûle la gorge et noie le cœur
Qu’encore une lampée découpe les mots
Lame maudite entre les dents
Ressac
Aphrodite
Fer amer
Instrument pervers
Qui submerge la vie
L’aurore lève le coude et boit à l’eau-de-vie du moment d’osmose avec les brumes
Dans la noirceur le cri du vieux sorcier mohawk hante la langue ancestrale
Écho sur les masses liquides aux palais des mouvances inaudibles aux marées viscérales
Tremble
Du bout des doigts qu’un verre de trop ne tinte les glaciers sur la paroi miroir océane et que tout bascule

La coupe aux lèvres
Regard vitreux sombre aux abîmes dans une geste déséquilibrée aux étranges visions où chavire l’incertain
S’enfonce le lointain
La noirceur avale, la musique cavale et de ses déhanchements,  soubresauts sous les « spotlights » l’ivrogne trinque encore
Voir les corps qui se vrillent et oscillent
Ces femmes qui ondulent fluides sur le « stage » enfumé
Chambranle chancèle vacille
Jusqu’aux chiottes à minuit
Pisse détresse de dégoût aux égouts
Imbibé
Les vapeurs de cognac se libèrent du mal mené aux amygdales déchues
Macère dans ton jus tout le long des rivières en méandres
Rampe vers la claire lune des caniveaux
Couleuvre des forêts endormies et des marécages vaseux loin des villes sauvages
Au retour des mouvances éthyliques
Aux extases mystiques
Boit
Boit au sommeil de l’ivresse
À la kermesse de la veille
Ingurgite
alcoolique du biberon enfant de la boisson ton amour platonique ta bouteille
Cette bouche pâteuse qui dégueule les mots
Cette gueule farouche des héros à tête creuse
Boit
Boit à t’en tordre les boyaux
Branle encore au sommet des gratte-ciel et à l’aube de l’hécatombe meurs
Pleure l’alcool de ta jeunesse
Les déboires de ta vieillesse
ta vie frelatée
Ta fin fermentée
Avale ta tasse
Par les soirs qui passent
Pilier de bar s’écroule buveur éteint plein au bouchon
Le cœur brisé
Saoul
« Last call »
Le barman le videur la ruelle
Destination misère humaine et sacs-poubelle

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Luc Lavoie
© Tous droits réservés 2014

 

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

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Innu aimun/ La parole de l’être humain, un texte de Luc Lavoie…

6 février 2016

Innu aimun/ La parole de l’être humain

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Sous le pied de l’Innu, il y a la Terre mère. Celle qui enfante. Celle qui nourrit. Celle qui donne. Qui guérit. Sous le couvert végétal, entre les sommets escarpés, il y a le monde qui murmure. Un lieu sacré au couvert forestier incrusté de sapins, de bouleaux, d’érables, de lichens ou d’herbes longues. Un sol veiné de rivières gorgées d’une eau vive qui s’engouffre dans des bassins aux contours souvent immenses. À l’intérieur de territoires morcelés, du Nitassinan jusqu’à la toundra du Nord. Sous le pied de l’Innu, il y a la vie qui foisonne. Il y a sa trace incrustée dans la mousse des tourbières.

Dans la main de l’Innu, il y a le Teuehikan. Le tambour qu’il frappe. L’instrument magique duquel il tire le pouvoir — les rêves. Il y a la lance habile qui perfore la ouananiche au fil de l’eau. Il y a le départ du feu qui s’attise entre les pierres. Le repas du soir. Dans la main de l’Innu, il y a celle du patriarche. Témoin et passeur des traditions orales, qui s’inscrivent dans la perpétuation du patrimoine ancestral. Pour la survivance de l’espèce.

Dans l’œil de l’Innu, il y a la brillance du Soleil. Il y a l’éclat de la Lune. Il y a les reflets miroirs sur les lacs tranquilles. Quand les animaux tout près s’y nourrissent. S’y abreuvent. S’y baignent. Il y a encore les étoiles dans le firmament et la profondeur de la nuit. Celle qui emplit l’œil de l’Innu de contes et de légendes.

Dans le souffle de l’Innu, il y a la tempête. Il y a l’orage. Il y a l’hiver rude et la survie dans les montagnes. Il y a Manitou qui chuchote à travers les branches le chemin à suivre. La piste qui s’enfonce dans la forêt boréale. La descente des rapides en canoë. Il y a la fumée purificatrice de l’homme médecine. Il y a la langue vivante. Il y a les pow-wow, grands rassemblements sur les rivages à l’aube où les vagues déferlent. Le long des lacs houleux. Aux sons des chants, aux rythmes des danses et des prières. Il y a le saumon qui remonte à travers le grondement et le tumulte des rivières surgies de gorges et de cavernes profondes. Sources d’eau fraîches qui coulent sauvages, à même les flancs des montagnes. Dans le souffle de l’Innu, il y a aussi le calme de l’existence.

Dans l’âme de l’Innu, il y a le craquement des branches de l’ours en fuite. Il y a la plainte lugubre du loup affamé à la pleine lune et le vol gracieux du faucon dans le ciel rouge de l’été. Il y a l’orignal à l’immense panache, qui, solitaire, fouille les marais en quête de sa pitance. Dans l’âme de l’Innu, il y a l’émerveillement dans le silence. L’amour de la vie au grand air, et bien plus encore.

Dans le sourire de l’Innu, il y a celui de l’enfant qui respecte l’ancêtre. Il y a la chasse, la trappe et la pêche. La cueillette des fruits sauvages. Il y a la guérison par les plantes. Les nuits brumeuses sous le tipi.
Il y a le respect de la nature. Il y a l’immensité. La pureté des territoires.

Dans le cœur de l’Innu, il y a le cercle des jours et des nuits, des saisons, de la vie, de la mort et celui de la course incessante des astres dans les cieux.
Il y avait, il y a et, il y aura…

Luc Lavoie
© Tous droits réservés, 2014

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier enchat qui louche maykan alain gagnon alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

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Le siège, un poème en prose de Luc Lavoie…

1 février 2016

Le siège

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Ce texte en prose est inspiré d’une photographie de M. Steve Harrison.  Photographe et ami.

Asseyons-nous au grand damne du midi angélus

Le siège sied seul sur le sol

Fermons les yeux et baignons-nous de l’eau lumière sur les vastes océans prairies quand ceux-ci coulent et que la source aveuglant le jour de son éclair rejaillit sur les chemins destinés

Ces souffles qui se perdent dans les gerbes des blés sont telles les caresses chaudes du vent

Des bouquets de trilles à nos visages

Marchons du dedans au bien-être des éclats du repos où les fleurs parfois naissent de l’aride

Main dans la main réunis

Vers la plaine voile dans le lointain

Nos îles mortes illusions rejetées vers l’aube rescapée

Légers soyons pareils les feuilles filtrent les lueurs de la beauté aux grands arbres arches ployées au-dessus de nos pas

Ces longs bras comme le ressac ramènent les naufragés du ciel ici-bas

Aux dalles des passages d’espérance serpentent nos âmes frêles d’enfants innocents

Aux foulées décisives des grandes migrations aériennes du silence passager

Aux oiseaux glorieux des champs songeurs aux envols éclairés de fruits suaves et de ciel nu

Sentiers secrets empruntés en miroirs sur les flaques d’eau aux reflets de la geste des soleils en taches à vos pinceaux

Manet

Degas

Renoir

Cézanne

Monet

Nos sommeils lumineux des chemins prometteurs entre deux escales à la croisée des tableaux rêvés

Au départ des mouvements des bateaux qui portent à gué notre esprit qui s’égare encore un peu

Ailleurs

Là où l’envie à l’aventure enjambe le pont à l’autre rive

En vers… et contre tous

Débordants de visions dans la lumière nous renaîtrons à la traversée de la vie

Lorsque sied sur ce siège seul sur le sol nous entrouvrirons à nouveau les yeux

Conscients d’êtres libres enfin

Ou bien enchaînés à jamais

Luc Lavoie, Steve Harrison © Tout droits réservés 2014

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Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier en alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec alimentation. Auteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

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L’homme et l’hirondelle, un récit de Luc Lavoie…

17 octobre 2015

L’homme et l’hirondelle

 

Un filet de lumière m’éveille. Sa caresse réchauffe. Serait-ce l’été à ma fenêtre ? Oui. C’est bien lui. C’est son lointain visage qui me salue. Je lui souris, dans lachat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec pénombre, par respect, mais au-dedans je me sens triste. Le vent dehors respire et apaise de son souffle. Il joue à cache-cache dans les feuillages qui frissonnent. Comme j’aimerais y prendre part… Je m’assois devant le battant ouvert. Le cœur lourd.

Mais j’ouvre grand les yeux. Je tends l’oreille. J’essaie encore une fois. Je veux y croire. Je n’ai pas oublié. Non. Je ne pourrai jamais oublier cela…

Dans l’obscurité j’écoute le chant du jaseur. Il s’enivre, heureux, de baies savoureuses tandis que la grasse marmotte aux aguets, à ses pieds, entourée de verdures, se dore sous ses rayons bienveillants. La campagne s’est fardée de mille couleurs. Elle s’est mise en mouvement. Elle est femme. Celles qui se vêtent, légères, par temps ensoleillé. Leurs magnifiques cheveux luisent et leurs corps voluptueux ondulent telles les herbes folles qui s’agitent au gré des regards des hommes qui les désirent, quand les beaux jours s’offrent en bouquets de lilas. Quand les fleurs sont femmes et que les femmes sont fleurs en retour. Lorsque les champs gorgés d’or donnent du fruit.

Alors je prends mon envol.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecFrêle oiseau. Je déploie mon plumage sur l’air chargé d’humidité. J’interprète, de mes ailes pointues, un ballet aérien. En ce moment, je n’ai point plus de bonheur que l’hirondelle qui virevolte au-dessus des eaux bleutées. Une vrille, un piqué, et hop, j’y plonge un instant pour m’y rafraîchir. C’est la canicule… Aussitôt je reprends mon ascension. À gauche, j’y frôle le lys d’eau, ensuite le nénuphar, puis, à droite, un vieux chaland échoué, sa coque déchiquetée par les années qui passent et une cigale qui chante près des quenouilles. Elles font oui de leurs têtes émoussées, leurs faces au suroît, pour sans doute approuver l’allure de ma trajectoire un peu trop frivole. Mais je poursuis tout de même, sans oser me retourner, la libellule au vol agité et croise le vol rectiligne du faux-bourdon. J’entends le roulement des vagues tout le long des plages qui entourent le bassin aux reflets cristallins. Je me sens affranchie. Serein.

Mon cœur s’emballe. Ma raison chavire. Ma voix chante l’hymne à l’immensité et s’emplit de ce soleil radieux. Dans le midi, je célèbre la vie. Je reçois la lumière comme une bénédiction.

Une musique estivale m’emporte au gré de paysages verdoyants. Les grands espaces m’enseignent la liberté. Plus haut, toujours plus haut.

Plus loin…

Mais pour reprendre mon souffle, je dois me percher un instant sur un pieu de cèdre centenaire. Près d’un battant ouvert. Là, à l’intérieur, un homme hébété me regarde. Immobile dans le clair-obscur. Ses yeux remplis d’émotivité se noient dans l’eau. Mon gazouillis lui parle. Je tourne la tête, retrousse mes plumes de mon court bec, l’invite à sortir, pour voir la beauté du jour. Pourtant, une larme coule sur sa joue. L’homme assis dans l’ombre m’entretient un moment. Il ne sort jamais. Sa maladie l’en empêche, m’explique-t-il. Depuis, la force du jour lui brûle les yeux. Lui meurtrit la peau. Le condamne à vivre dans la noirceur. Malgré lui.

L’hirondelle incline la tête. Elle se sent abattue.

Mais l’homme dans la noirceur, dans un élan de lucidité, ferme les yeux et ouvre à nouveau son cœur. Il a donc réussi! C’est incroyable! Il laisse s’échapper une onde; chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecla force de son imaginaire dirigée vers le tendre oiseau. Alors, empreinte de mouvement, l’hirondelle bicolore déploie ses petites ailes pour reprendre l’air. Pour flotter légère dans les cieux. Le bonheur envahit l’homme à nouveau. L’hirondelle comprend alors mieux ce qu’il fait. Ce qu’il veut. À travers ses yeux, il désire voir. Il souhaite voyager grâce à sa fine enveloppe et sentir la clarté, puis la chaleur du jour sur son corps sans se blesser. Pour l’espace de cette saison, pour l’intervalle d’un été, pour le temps qu’il lui reste à vivre…

Le magnifique volatile se dit alors, fier de lui : « Je deviendrai sa substance, et lui  me prêtera son âme et nous vivrons tous les deux dans la lumière. »

Dorénavant, je sais que la vie de tous les êtres se veut semblable à un trop court été. Un trop bref instant dans le perpétuel cycle des saisons. Lorsque j’observe les énergies vives de la nature, couplées à celles de l’humanité, je m’aperçois qu’elles produisent de si grandes choses… Et il demeurera toujours en moi, les souvenirs impérissables de ces bouleversements profonds ; des moments d’une intense affection, d’une indicible beauté, d’un inconditionnel et réciproque amour.

Pareil à celui de l’hirondelle et de cet homme, qui ensemble, un beau jour d’été, se fondirent dans l’azur…

Luc Lavoie  © Tout droits réservés 2012

 

Notice biographique

Âgé de 47 ans, Luc Lavoie vit à Roberval.  Il a suivi une formation en graphisme au Collège de Rivière-du-Loup.  Il est présentement courtier en alimentation. chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecAuteur autodidacte, il écrit pour le plaisir depuis quinze ans.  Il privilégie la nouvelle fantastique, d’anticipation ou de science-fiction.

Il aime voyager à travers l’espace des mots et traverser avec eux le temps.  Il explore la page blanche – cette toile vierge de l’immensité –  comme un cosmonaute aux commandes de son clavier numérique, et qui s’est lancé, de son propre chef,  dans l’infini littéraire.

Son rêve ?  Être un jour remarqué et publié. Il prépare, à cette fin, un recueil de nouvelles.  Il envoie également des textes à des magazines spécialisés.

 

 


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