Notre-Dame-du-Portage : La jeune fille et la Mort, par Alain Gagnon…

20 juin 2017

Dires et redires…

Hier soir, dans un suroît à ébranler les murets sous les lames, une fine mélodie perlait sur tout ce fracas. Les pieds dans l’eau du fleuve, une jeune violoniste et les plaintes de son archet. J’ai cru reconnaître La jeune fille et la Mort de Franz Schubert. Je n’en suis pas certain. Elle jouait quelques mesures, s’arrêtait, posait son violon sur sa hanche, observait les vagues, souriait à une compagne, reprenait la mélodie…

Paix et nostalgie.

(Le chien de Dieu, Éditions du CRAM, 2009.)

*

L’été ou l’automne, il me prend une fringale pour ces auteurs de littérature fantastique : Jean Ray, Edgar Allan Poe, H. P. Lovecraft et Claude Seignolle, ce chantre de la Bretagne et de la Normandie fin dix-neuvième siècle. Chemins rocailleux et poussiéreux, détours et collines abruptes, raidillons de ronces et de garenne, nuits bretonnes, châteaux délabrés de la noblesse provinciale, étangs et genêtières… Paysans frustes et cupides. Il plante un décor de poésie terrienne qui remue en nous quelque chose de profond. Tout son art repose sur cette capacité à créer des atmosphères prégnantes. On retrouve cette qualité chez Conan Doyle. On peut lire et relire, entre autres, Le chien des Baskerville pour ce mystère, ce romantisme noir qui transporte le lecteur. (Même pittoresque du clair-obscur chez Emily Brontë.) Compense-t-il inconsciemment les froides déductions et inductions de Sherlock Holmes ? Le Doyle celte, rêveur et spirite, réclame sa part du récit et l’obtient par cette poésie soutenue d’intérieurs victoriens ou de landes du Devonshire. (On ne retrouve en rien ces atmosphères chez Agatha Christie ; je n’ai jamais pu terminer un de ses livres.) Simenon présente aussi cette qualité : celle de la poésie accompagnatrice de l’enquête policière. Maigret se promène dans une atmosphère à couper au couteau.

Pourquoi les auteurs québécois n’accordent-ils pas plus de temps et d’espace au fantastique ? Prédominance des préoccupations politiques, sociales et existentielles d’une collectivité qui se cherche une identité ? Possible. Possible, mais j’en doute. J’inclinerais plutôt vers un manque d’épaisseur temporelle, historique. On peut éveiller la nostalgie en Bretagne : les ruines féodales abondent, et les monuments celtiques. On éveille chez le lecteur cette curiosité trouble pour un passé qui est sien, tout en étant très lointain. Jean Ray use et abuse des références historiques – réelles ou inventées. Lovecraft, nord-américain pourtant, plongeait dans les mythes éternels, le passé colonial et les cultures amérindiennes, tout comme Stephen King aujourd’hui. À l’époque de la Nouvelle-France, la population, donc l’occupation sédentaire du sol, n’était pas assez importante pour laisser en place un riche terreau où rêver. Du côté amérindien, c’est une tout autre question. À explorer…

(Le chien de Dieu, Éditions du CRAM, 2009.)

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Écriture, Wittgenstein et Atlantic City…

30 mai 2017

Dires et redires…

À cet auteur en panne qui m’écrit : « Chaque matin, la seule pensée d’ouvrir mon ordinateur et de me crayon-sur-clavier-ordinateurretrouver devant l’écran blanc me terrorise. Mon roman est bloqué. Je cherche, cherche, sue, réfléchis, fais de longues promenades… Rien ! Le texte m’apparaît irrémédiablement dans une impasse. »

Tu prends tout à l’envers, camarade. Cesse de réfléchir ! Ce qui écrit en toi est beaucoup plus intelligent et créatif que toutes tes réflexions. C’est le fait même de t’asseoir devant l’écran et de faire aller très concrètement tes doigts sur le clavier qui résoudra tes problèmes d’écriture. Attendre d’avoir découvert « la solution » par des marches ou des méditations tourmentées est une ineptie. Ce sont les mots écrits pour vrai qui attirent les autres mots, ce sont les phrases qui attirent les phrases, les paragraphes qui engendrent les paragraphes, les chapitres, etc.

C’est en écrivant qu’on résout les problèmes d’écriture.

(Le chien de Dieu)

*

Insomnie. Une bonne partie de la nuit à tourner et à retourner dans ma tête quelques passages des Remarques mêlées de Wittgenstein.

Notamment :

Si quelque chose est bon, alors c’est également divin. Voilà qui, étrangement, résume mon éthique.

Seul quelque chose de surnaturel peut exprimer le surnaturel.

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Je pourrais dire : Si le lieu auquel je veux parvenir ne pouvait être atteint qu’en montant sur une échelle, j’y renoncerais. Car là où je dois véritablement aller, là il faut qu’à proprement parler je sois.

Ce qui peut s’atteindre avec l’aide d’une échelle ne m’intéresse pas.

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C’est une grande tentation que de vouloir rendre l’esprit explicite.

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Le rapport entre un film d’aujourd’hui et un film d’autrefois est comme celui d’une automobile d’aujourd’hui avec une automobile d’il y a vingt-cinq ans. L’impression qu’il donne est tout aussi ridicule et inélégante, et l’amélioration du film correspond à une amélioration technique, comme celle de l’automobile. Elle ne correspond pas à l’amélioration – si l’on ose employer ce terme dans ce cas -d’un style d’art. Il doit en être tout à fait de même dans la musique de danse moderne. Une danse de jazz devrait donc se laisser améliorer comme un film. Ce qui distingue tous ces développements du devenir d’un style, c’est que l’esprit n’y a point part.

0000000000Opinion que je ne partage pas – je viens de revoir Atlantic City de Louis Malle… Mais opinion qui ouvre tout de même des perspectives à la réflexion.

Malgré ses fulgurances, j’abandonne la lecture de ce livre pour la deuxième fois – je devrais écrire la seconde, car il n’y en aura pas de troisième. Je comprends ce qui ne va pas chez lui : il ne respire pas, donc il ne fait pas place à la musique – ni à la sienne ni à celle du lecteur. Pas d’atmosphère, pas d’empathie par où communiquer. Tout comme chez Agatha Christie dont je n’ai jamais pu terminer un seul roman.

(Le chien de Dieu)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Rilke, Staline et la grive, par Alain Gagnon…

6 mai 2017

Dires et redires…

J’écoute les poèmes de Rilke mis en musique et je colle de très vieilles photos de famille dans un album neuf.  Je revois toute mon enfance en sépia chat qui louche maykan alain gagnon francophonieet noir et blanc.  Presque tous sont morts.  Je me fais penser à Staline, le petit père des peuples.  À la fin de sa vie, il découpait des photographies d’enfants dans les magazines et les collait un peu partout autour de sa chambre, au Kremlin.  Hobby de tyran.

J’écoute les vers de Rilke, mis sur une musique, et je me souviens de cette petite Allemande, Priscilla, qui m’a offert ce disque.  Que fait-elle maintenant ?  Dans combien d’années la vie aura-t-elle tué (ou accru ?) le meilleur en elle ?  Dans combien d’années la vie l’aura-t-elle réduite ?

(Le chien de Dieu)

*

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEt voici que du mélèze hachuré, à flanc de colline, la grive à flancs olive m’interpelle : — Je suis une grive, tu sais ; je ne suis pas la grive mais bien cette grive-là, solitaire dans le fouillis de mon univers qui n’est pas le tien, là.  Mon chant t’ignore, sache-le.  Il est aubade d’amour, cri de guerre ou de ralliement à la nichée, là.  Tu marches, voyageur, et, dans ta mémoire, musée de peines et de pitiés obscures, tu transportes mes notes et les rejoues sans cesse.  Pourquoi ?  Jusqu’à quel soir devrai-je chanter pour t’apprendre enfin la vacuité de mon chant pour toi, là, et qu’au-delà de mes mélodies absentes, tu oses cueillir la musique vraie, celle de tout temps vibrante pour toi, et qu’au plus intime tes apitoiements écrasent, là ?

(L’espace de la musique)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Dires et redires : Musique et vent, par Alain Gagnon…

2 mai 2017

Musique et vent…

Je salue l’air, et je salue ce vent qui porte les voix et les miséricordes de la musique.  Devant moi cette lucarne prolonge la page et l’ouvre par leschat qui louche maykan alain gagnon francophonie souffles du suroît sur la frontière des marches.

(L’espace de la musiqueÉd. Triptyque)

*

Nous aimions les feux de feuilles et de prêles ; et tous ces porteurs de flammes, inédits, que cachent les bruits d’un jardin calme.  Entre les flaques de lumière que nous abandonnait la lune, hissés sur la pointe des pieds, nous retenions notre souffle et exigions de la nuit une délivrance sûre, cette musique froide que l’orée des bois, à l’ouest, avait promise aux asclépiades blanches, en allées aux hivers.

(L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

*

Ces dimanches de soleil sous les vents de suroît.  Dans la poussière, les flâneurs à même le trottoir s’étiraient sous la marquise des cinémas muets.  Parfois, ils parlaient gravement ; ou gardaient silence, yeux vers la grand-rue où passaient les autos engluées dans cette musique que les glaces baissées échappaient au vent.  Deux chiens s’approchaient, salivant à l’odeur des sorbets et des frites.

(L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

 *

L’Autre répétait à satiété lorsque la lumière entrait par les carreaux le soir :

— La pluie coule jusqu’à nous du ciel lourd.

— Le fleuve possède-t-il un ventre ou n’est-il que fluidité et musique ?

— Les oiseaux gris s’égarent sur les branches.

(L’espace de la musique, Éd. Triptyque)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Le divin compagnon, par Alain Gagnon…

18 avril 2017

Dires et redires…

Il s’agit du sujet le plus délicat où rien ne se prouve, tout s’y éprouve, car tout y relève de l’ordre qualitatif de lachat qui louche maykan alain gagnon francophonie pensée, celui de l’intuition supérieure.

La Kabbale nous apprend ceci : le sujet en nous, l’être réfléchi à capacité restreinte, mais réelle de liberté, est toujours lié à l’Être[1] par un fil d’or qui unit encore l’humain à Dieu au cœur de la boue, du chaos, des pires turpitudes.

Une autre source, romaine celle-là, nous informe de cette même présence, de cette altérité divine en nous.  Il s’agit de Marc-Aurèle (121-180), empereur et philosophe stoïcien.

Dans son recueil de maximes, intitulé Pensées pour moi-même[2], on retrouve ces passages qui ouvrent des pistes :

12, 2 : Dieu voit à nu tous les principes directeurs sous leurs enveloppes matérielles, sous leurs écorces et leurs impuretés.  Car il ne prend contact, et par sa seule intelligence, qu’avec les seules choses qui sont, en ces principes, émanées de lui-même et en ont dérivé.

 

Cette notion de principe directeur (ou de présence divine en l’humain) est une constante de sa pensée.  Dieu serait, si je lis bien Marc-Aurèle, le Principe directeur de nos principes directeurs individualisés.

3, 4.  N’use point la part de vie qui te reste à te faire des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises à quelque intérêt pour la communauté.  Car tu te prives ainsi d’une autre tâche d’importance, celle, veux-je dire, que tu négliges en cherchant à te faire une idée de ce que fait un tel ou un tel […], et en t’étourdissant et te distrayant par des préoccupations de ce genre…  Tous ces tracas sans importance t’écartent de l’attention que tu dois à ton principe directeur.  […] Car un homme, qui ne négligerait aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, serait comme un prêtre et un serviteur des dieux, voué au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserverait cet homme des souillures, le rendrait invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toute démesure, insensible à toute méchanceté […].

 

Il serait donc témoin de notre histoire sans en être altéré.

 

5, 26 Que le principe directeur et souverain de ton âme reste indifférent au mouvement qui se fait, doux ou violent, dans ta chair […].

5, 27.  Vivre avec les dieux.

Il vit avec les Dieux, celui qui constamment leur montre une âme satisfaite des lots qui lui ont été assignés, docile à tout ce que veut le génie que, parcelle de lui-même, Zeus a donné à chacun comme chef et comme guide.  Et ce génie, c’est l’intelligence et la raison de chacun.

6, 8.  Le principe directeur est ce qui s’éveille de soi-même, se dirige et se façonne soi-même tel qu’il veut, et fait que tout événement lui apparaît tel qu’il veut.

 

Quelles seraient, dans un résumé hâtif, les caractéristiques de notre principe directeur — ou de l’élément divin qui nous habite ?

1) Notre principe individuel se juxtaposerait à notre nature, serait plus proxime à nous que notre propre cœur, selon le Coran.  Toutefois, il ne se confondrait pas avec ce que nous sommes, demeurerait une entité distincte, appartenant à un autre ordre de choses.

2) Il serait une émanation de la divinité créatrice première, donc de même nature qu’elle — le tu es cela de l’hindouisme.

3) Cette divinité serait personnelle puisque capable de contact — nous sommes loin de l’Horloger distant des théistes voltairiens.

4) Comme personnes, nous entretiendrions une relation intime avec ce principe directeur — Marc-Aurèle nous exhorte à ne jamais le décevoir par nos pensées ou nos actes.

5) S’il peut être déçu, c’est qu’il est éthique : certaines choses lui conviennent, d’autres moins.

6) Il serait à la fois compagnon, boussole, gourou, mutateur, exhausteur…

On n’en terminerait jamais d’énumérer ses caractéristiques, puisqu’elles représentent les attributs de Dieu — l’énumération pourrait se dévider à l’infini.

[…]

J’aurais pu, sur ce même sujet, citer maître Eckhart : « Dieu se complaît dans son serviteur, il vit joyeusement et intellectuellement en lui […][3]. » Ou encore : « Comme c’est Dieu lui-même qui a semé en nous cette semence, qui l’a imprimée en nous et l’a engendrée, on peut bien la couvrir et la cacher, mais jamais la détruire totalement ni l’éteindre ; elle continue sans arrêt de brûler et de briller, de luire et de resplendir, et sans cesse elle tend vers Dieu[4]. » Cette semence en l’humain doit donner naissance à ce que le mystique rhénan appelle l’homme intérieur.

(Propos pour Jacob, La Grenouille Bleue)


[1] Dieu.

[2] Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.  (Traduction de Mario Meunier.)

[3] Maître Eckhart, Traités et sermon, Paris, GF Flammarion, 1995, p.357.  (Sermon numéro 66).

[4] Ibid., p. 175.  (Traité de l’homme noble).

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Tempête, poésie, kir et Laclavetine, par Alain Gagnon…

5 avril 2017

Dires et redires…

Tempête.  Vent, neige.  Contre le blanc, frotté de gris par les rafales, les aiguilles du pin oscillent… alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Poésie : toujours en deçà de ce que suggère le texte.  Je ne parle pas que de mes seules insuffisances.  Ronsard, Villon, Éluard, Aragon, St-John Perse…  Le poème qui vaut est liminaire.  Il se tient à la frontière, indique qu’il y a, au-delà de ce que peuvent les sens, de ce que peuvent les mots, un indicible sublime qui chatoie.  Toujours, nous errons à la limite de ce désert, un pied sur l’erg, l’œil fouailleur sur ces dunes que l’horizon avale.

Auteurs ou lecteurs, jamais nous ne pénétrerons plus avant dans ce territoire de désarroi et de fous appels, de fous espoirs.

Regard par la fenêtre hachurée de givre, striée de flocons : …l’arbre est un événement de lumière au centre de la clairière…  (Rime interne à éliminer.  Dommage.)  Regard sur ce verre où le froid trace fééries, correspondances, analogies, anagrammes crissant de la glace.

Des enfants sortent d’une représentation théâtrale : les spectateurs, ces acteurs qui ont payé le privilège de jouer.

Et le kir réconfortera le cœur de l’homme au centre de son nulle part.

(Le chien de Dieu)

*

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marie Laclavetine.  Un nom pas facile à se remémorer.  Pas banal.  Pas banal non plus, son roman : Première ligne.  Le personnage central est éditeur.  Une petite maison qui veut promouvoir la vraie littérature.  Donc, peu de moyens.  L’éditeur étouffe sous les arrivages quotidiens de manuscrits.  En majeure partie médiocres, insipides.  Et il rencontre les auteurs.  Même les refusés.  Celui de Zoroastre et les maîtres nageurs sort un revolver et se suicide devant lui.  En complicité avec Justine Bréviaire, une autre refusée, la veuve du suicidé cherchera vengeance.

Un roman pour écrivains ou éditeurs.  Un roman pour tous ceux qui virevoltent dans l’entourage de la production littéraire.  Comme auteur et lecteur de manuscrits, j’y ai reconnu plusieurs tares, plusieurs tics, y ai ri parfois pour ne pas pleurer.  Un roman d’initiés.  Bien léché.

Une forme qui peut dérouter : absence de guillemets et tirets -les dialogues intercalés dans le texte, entre descriptions et commentaires, pourraient égarer : ce n’est pas le cas).

Une phrase : « L’écrivain est un géant aveugle qui ouvre des routes. »  On en trouve plusieurs du genre.  Il ne s’agit pas d’un roman inutile.

(Le chien de Dieu)

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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Kabbale, nature et esthétique, par Alain Gagnon…

27 mars 2017

Dires et rediresalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le sujet en nous, toujours relié à l’Être par ce fil d’or qui, selon la Kabbale, unit encore l’humain à Dieu au cœur de la boue, du chaos, des pires turpitudes. Ce sujet, donc, contient le moi. Moi qui souffre de son ignorance et de son éloignement. Poésies et musiques seront donc souvent mélancoliques et sombres, avec, çà et là les embellies des rapprochements.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

Il est aussi dans la nature de l’humain de triturer la matière jusqu’à ce qu’elle crache quelques-unes de ses lois physico-chimiques que ce bimane rendra opératoires. L’humain est à la fois l’inquisiteur et le transmutateur du réel. Il n’est ni anaturel ni antinaturel ; il est surnaturel. Par sa technique, il engendre une surnature. Il se recrée et, ce faisant, il devient créateur d’une réalité aussi tangible que ce qui était déjà, mais étrangère à ce qui était déjà. L’urbanité, (comme courant littéraire, anthropologique, esthétique) est la résultante de la technique, de cette surnature en émergence.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)

*

Esthétique et supramental — [Sur un troisième plan, à l’intérieur de la personnalité, on trouve] le supramental alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec(mental intuitif) qui régit l’intuition supérieure et dont les manifestations éthiques, religieuses, esthétiques sont plus subtiles — il n’appartiendrait qu’au règne hominal, et selon Sri Aurobindo, la mission de l’humanité consisterait à faire descendre la réalité supramentale au niveau de la matière et du mental ordinaire, et d’ainsi régénérer le monde[1]. En soi, on le voit à l’œuvre par l’émotion et la satisfaction qu’éveillent en nous la beauté, la bonté et la vérité. Certains transposeront ces ressentis éthiques et esthétiques dans la beauté que l’on crée : musique, peinture, architecture, poésie…   Le supramental ouvre sur l’infini et permet à l’humain d’appréhender sa surnature, ce qu’il peut devenir, et ce que l’humanité sera demain. Il est au-delà des mots, des définitions, ce qui rend difficile tout exposé à son sujet. Il s’éprouve, ne se prouve pas. Il s’expérimente à travers les intuitions déformées qu’il offre au mental ordinaire.

(Propos pour Jacob, Éd. de la Grenouille Bleue)


[1] Si on souhaite approfondir, lire de Aurobindo La Vie divine, (4 volumes), Albin Michel.

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998). Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet). On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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