Nnnn… oui !  Miaoui !, avec Sophie Torris…

15 juin 2017

Balbutiements chroniques

 

Et voilà que ça me reprend. Je ne sais pas bien quand ni comment  ça a commencé, le Chat. Mais c’est arrivé. Je me suis mise à dire oui. Oui à tout. J’acquiesce, j’opine,chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec j’accepte, je consens sans vergogne et sans nuances. Parfois, j’affirme même sans sommation : Voui ! Voui ! Voui ! Et si j’échappe par inadvertance un mouais plus indolent,  mon non-verbal lui, de toutes les façons, s’enthousiasme. Ai-je atteint le point de non-retour ? Vous allez m’aider, cher Chat, n’est-ce pas ? À retrouver la forme. Ma forme négative.

Afin de reconquérir mon non pas à pas, j’en appelle, ici même, à ma désobéissance volubile. Je dénoncerai donc un à un chacun de mes ouï-dire. Yes, I can ! Eh oui, je le veux ! Car franchement, le Chat, comment ai-je pu perdre cette aptitude innée à dire non ? Aujourd’hui, mes propres enfants usent de la formule pour un oui pour un non tout comme hier j’en abusais moi-même. Et ça… c’est comme le vélo ! Ça ne peut pas s’oublier.

Tout d’abord, je dis oui à mes petits. Ils sont si beaux quand ils s’affirment tout en négation. Leurs non abrupts et déterminés appellent invariablement mon oui qui ainsi, je le confesse, s’achète la paix. Oh, j’ai bien essayé de biaiser en multipliant le mot par deux. Il équivaut ainsi à une négation surtout si vous traînez un peu sur le ton : « Oui, oui… » Mais on ne dupe pas longtemps un enfant. Je dis oui également pour ne pas décevoir, pour ne pas faire de peine à ceux qui, malheureusement trop nombreux, savent que je cède volontiers au chantage affectif : « Quoi ! Tu ne peux pas venir ? Tu ne vas pas me faire ça à moi ! » Et puis, évidemment, je dis oui parce que je veux qu’on m’aime. Mais m’aimera-t-on jamais assez, le Chat ? Enfin, je dis oui à toutes les opportunités qui se présentent, savourant le plaisir masochiste de me sentir débordée. Un peu comme l’âne qui trotte indéfiniment derrière la carotte au bout du bâton. Je trotte gaiment certes, mais il n’en reste pas moins que pendant ce temps, d’autres broutent paisiblement la pâture. Et comme je ressemble aux femmes d’aujourd’hui, plurielles dans leurs désirs de carottes, je ne vous dis pas, le Chat, comment je trotte. Et ce n’est pas tout, puisque depuis peu, s’est ajouté le ouiiii frondeur, celui qui de son plein gré, veut tout voir, tout goûter, tout sentir, tout nager, tout courir, tout voler même. Ce ouiiii un peu compulsif, ma foi, qui s’essaie sans cesse parce que je commence à craindre le jour où mon corps, lui, malgré moi, me dira non.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecOn dit qu’être jeune, c’est dire oui à tout et que devenir vieux c’est apprendre à dire non. Peut-être que je ne veux pas vieillir, tout simplement. Pourtant, le Chat, n’est-ce pas la jeunesse qui dit non aujourd’hui ? Et son non ne vous semble-t-il pas plus engagé à chaque pas ? Peut-être est-ce parce que ce non repose sur un oui profond, sur une évidence. Un non de survie. Alors c’est promis, le Chat, quand je serais grande, je serais jeune parce que je saurai dire non. 

Sophie

 

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis 15 ans. Elle vit à Chicoutimi où elle enseigne le théâtre dans les écoles primaires et l’enseignement des Arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire. Parallèlement à ses recherches doctorales sur l’écriture épistolaire, elle entretient avec l’auteur Jean-François Caron une correspondance sur le blogue In absentia à l’adresse : http://lescorrespondants.wordpress.com/.

 

 

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État islamique, idéal et beauté… un texte d'Alain Gagnon

12 novembre 2016

État islamique, idéal et beauté

 

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Mortiz Aust

L’État islamique et les jeunes — On s’interroge beaucoup sur les motivations de ces jeunes Occidentaux qui adhèrent à la frange extrémiste de l’Islam. On fait des tables rondes, on monte des commissions, on se paye de mots… et beaucoup d’intellectuels et de plumitifs profitent de ce sujet chaud pour requinquer une notoriété défaillante.

La réponse est pourtant simple. La jeunesse a besoin d’idéal, a soif d’idéal. À l’Ouest, le Parti communiste s’est embourgeoisé et il n’intéresse que peu de jeunes ; l’hitlérisme et autres fascismes sont morts – du moins dans leurs formes des années 30 et 40 ; les grandes causes humanitaires et environnementalistes ont déçu, sont trop imprécises, entachées de politiques et d’intérêts discutables, et n’ont pas de leaders très charismatiques… Nos religions, n’en parlons plus ; elles sont devenues des parkings temporaires où l’on se rassemble pour les naissances, morts et mariages.
Qu’avons-nous à offrir à la jeunesse ?

Des modèles intellectuels et sociaux mous, des idéaux à court terme – ton char, ta paye, tes gadgets, tes vêtements griffés – qui ne répondent en rien aux exigences d’une conscience le moindrement éveillée, si celle-ci s’interroge sérieusement sur les raisons et les comment de l’existence : Pourquoi suis-je moi et pas un autre ? Qu’est-ce que je fais de cette vie ? Où je m’en vais ? Pourquoi la souffrance et la mort ?

On dit que la Nature a horreur du vide ; il en est de même de l’Esprit. En ce moment, l’EI est là avec ses réponses toutes faites. Demain, ce seront d’autres totalitarismes fous qui offriront leurs réponses, leurs sens.
L’humain est un être de sens. Il ne peut vivre sans sens. Et il le cherchera n’importe où dans une société qui nie toute transcendance.

Parfums d’automne et beauté — Je ne suis pas connaisseur en parfums, et je me demande si  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecun parfumeur a réussi à rendre toutes ces odeurs que la saison offre, surtout dans les sous-bois. Feuilles humides et pourrissantes, champignons, terres noires des baissières, et toutes ces fleurs qui exhalent avant leur destruction par les froids ou le manque de lumière.

Par un étrange cheminement, ces arômes me poussent à réfléchir au beau, à la beauté du monde.
Me reviennent quelques citations de François Cheng (a) sur la beauté, que je vous livre :

« L’univers n’est pas obligé d’être beau, et pourtant il est beau. À la lumière de cette constatation, la beauté du monde, en dépit des calamités, nous apparaît également comme une énigme. »

« Est vraie beauté celle qui relève de l’Être, qui se meut dans le sens de la vie ouverte. La beauté du diable, elle, fondée sur la tromperie, jouant le jeu de la destruction et de la mort, est la laideur même. »

« C’est dans la mesure où le yi (b), dans une œuvre particulière, atteint son plus haut degré, jusqu’à résonner en harmonie avec le yi universel, que cette œuvre acquiert sa valeur de plénitude. »

« Le désir de dire se confond avec le désir de beauté.
La vraie beauté est celle qui va dans le sens de la Voie, étant entendu que la Voie n’est autre que l’irrésistible marche vers la vie ouverte, autrement dit un principe de vie qui maintient ouvertes toutes ses promesses. »

a) Cinq méditations sur la beauté
b) Yi : Dynamisme cosmique conscient de création et d’entretien de la vie de tout ordre dans le Cosmos.

L’auteur

Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livrealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont KassauanChronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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