Dieu, ce tabou, par Jean-Marc Ouellet…

Dieu, ce tabou

 Il y a quelques millions d’années, l’Humanité naissait. Parmi les plantes, parmi les insectes et les mammifères, arrivés bien avant elle. L’Homme,  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecune pièce de plus d’un magnifique casse-tête, d’un Univers merveilleux, vaste, obscur, complexe. Regardez le ciel, la nuit, observez ces petits points lumineux qui scintillent, là-haut, à des millions de kilomètres de nous ; goûtez au vent qui chatouille votre joue ; humez les parfums des arbres, des fleurs ; écoutez le gazouillis des oiseaux, les appels des écureuils, des grenouilles. La Nature est si belle, si forte, si ordonnée. Prenez le temps. Vous verrez. Vous vous sentirez minuscule. Et vous douterez. De la nature de tout ça, de ce que vous êtes, de votre place dans ce monde. Votre insignifiance vous frappera.

Il est fabuleux ce monde, il est improbable. Pourtant, il est cohérent et accessible. Albert Einstein disait : « Ce qui est incompréhensible, c’est que le monde soit compréhensible. » Il est réglé au quart de tour, comme une horloge. Et qui dit horloge, dit horloger.

Dieu existe-t-il ?

Je regarde les étoiles, je hume le parfum des fleurs, j’écoute les grenouilles, et mon cœur espère. Je regarde la télé, je lis les nouvelles, je constate la cruauté, l’indifférence, j’entends la haine, je souffre l’iniquité et l’incurie, et ma raison vacille, doute.

Dans mon roman, L’Homme des jours oubliés, Jémacaël affirme : « Alors que l’homme fait partie de Dieu, Dieu n’est plus dans sa vie. » Nous ne nous arrêtons plus sur notre présence, sur ce que nous sommes. Nous ne regardons plus les étoiles, nous ne ressentons plus la douceur du vent. Nous courons, nous nous défilons dans la modernité, une réalité fourbe, une réalité technique, une promesse de confort, de vitesse et de bonheur facile, et éphémère. Un mirage. La consommation devient la nouvelle religion. Nous nourrissons nos gadgets d’applications, nous frelatons notre âme. Essoufflés, nous embarquons dans le train technologique du tout compris, de l’image toute faite, offerte par on ne sait trop qui, pour contrôler on ne sait trop qui, sans destination réelle, aux sorties de secours closes.

Mon collègue du Chat Qui Louche, Frédéric Gagnon, écrivait dans sa brillante et profonde chronique du 2 août dernier : « … il y a chez elle ― la matière ― une relative tendance à l’insubordination qui chez les hommes se traduit trop souvent par une haine de l’Esprit. » Embrouillés, les passions émoussées, nous nions notre nature, nous rejetons l’Essence, la Force qui englobe toute chose, qui nous domine. Le Bien, le Vrai et le Beau ne nous disent plus rien. Le sacré nous fait peur, nous irrite. Ne plus voir le Plein dans le vide en nous n’est plus suffisant ; s’indifférer à l’idée de Dieu ne suffit plus. Non. Nous haïssons Dieu, et ce qu’il représente. Nous l’évacuons dans l’oubliette du déni. Le mot transcendance s’éteint, comme s’éteignent les mots famille, entraide, écoute et sacrifice, remplacés par solitude, moi, moi et moi, Prozac, meurtre et suicide. Nous  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québeccroyons nous libérer de la tutelle du catholicisme dictatorial, nous confondons hommerie religieuse et transcendance, et nous combattons l’un en répudiant l’autre. Haïssant le vide en nous, nous nous affranchissons de l’influence spirituelle, nous châtions l’idée religieuse, nous ridiculisons le croyant, le chercheur de Vérité, ce pelleteux de nuages, le moins convaincu n’osant plus avouer sa tare, sa croyance en Jésus, en Dieu, en Allah, Bouddha… La spiritualité devient un tabou. Défenseurs de la nouvelle vérité terrestre, pourfendeurs de notre propre passé, nous nous moquons des symboles qui, il n’y a pas si longtemps, branchait l’âme à l’Esprit qui l’habite. L’inquisition moderne sévit. Les infidèles, ces adeptes de la simplicité volontaire ou de la vie intérieure sont cloués aux piloris. Les symboles propres aux spiritualités traditionnelles sont bafoués par une masse plus intéressée par une téléréalité abrutissante, abêtissante parfois, complice du pouvoir clandestin de l’argent. Sans égard pour ceux qui croient, qui sentent le divin et veulent s’y associer, nous saccageons les lieux du culte, les églises, les mosquées, les synagogues, nous faisons tout un plat pour une croix qui ne signifie rien pour nous, deux pièces de bois croisées accrochées à un mur, sur lesquelles une reproduction plâtrée d’un homme attend, presque nu. Sur la base d’une liberté de croire ou de ne pas croire, une liberté maintenant suspecte, nous abolissons les signes de la foi de ces tarés, nous renions le passé, nous reniant nous-mêmes. Nous prêchons la tolérance, l’ouverture d’esprit, par l’intolérance au sacré. Belle logique !

L’homme est Conscience. Dieu, Allah, Bouddha, Shiva, le nom importe-t-il ? La Vérité seule importe. Elle est l’Univers et l’Univers est en chacun  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecde nous. L’autre a le droit de s’y épanouir. Nier cette liberté, c’est nier sa propre Essence.

La croix de ton peuple t’énerve ? Ne la regarde pas. Ton voisin la vénère ? Et après. T’empêche-t-il d’admirer ta pop star préférée ? La croix à son cou vaut-elle moins que le piercing à ton sourcil ou le tatouage sur ta peau ? Respecte les traditions de tes ancêtres, celle de ton passé, que tu ne comprends pas. D’autres comprennent, et s’y identifient. La croix du peuple qui t’accueille ne te convient pas ?   Tourne le regard, ou va là où tu ne la verras pas. La femme que tu rencontres se voile ? Passe ton chemin et tu l’oublieras. Chacun a droit à sa Vérité dans une approche morale de l’autre.

Et accorde à ton esprit de courtiser ton cœur. Qui sait, s’y fondra-t-il sur le chemin de l’Harmonie ?

 

 Notice biographique :

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

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7 Responses to Dieu, ce tabou, par Jean-Marc Ouellet…

  1. L’harmonie, un mot qui a du sens mais un mot difficile à trouver.
    Un mot qui fait du bien pourtant un monde le retire de leur vie.
    Par ce genre de réflexion, ce mot est semé à tous vents. Souhaitons qu’il se pose sur les coeurs les plus persistants. Qui sait ce que demain pourrait voir naître.
    Merci pour ton texte… magnifique!!!

    Lolita Leblanc

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  2. Jean-Marc Ouellet dit :

    Merci pour ton sage commentaire, Lolita.

    Les gens ont peur de découvrir les beautés qui se cachent en eux, trop préoccupés qu’ils sont à regarder les autres peut-être, à critiquer le voisin, à se débattre dans la modernité. Ils en oublient le trésor en eux. L’Harmonie est là, partout. Faut juste prendre le temps de s’y connecter, plutôt que de le renier.

    Jean-Marc O.

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  3. jacques girard dit :

    Parler de Dieu est tabou. Y croire entraîne des querelles et l’ostracisme. Dieu a les épaules larges, les hommes souvent des consciences étroires. Dans ton texte, tu démontres fort bien que «Chacun a droit à sa Vérité dans une approche morale de l’autre», lisons-nous à la fin. Jean-Marc, tu illustres ton propos sans concepts fumants. Ta démonstration est profonde et accessible à la fois. Avec des penseurs comme toi, la spiritualité a droit de citer. Malraux applaudirait. JG.

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    • Jean-Marc Ouellet dit :

      Ce tabou est fort, si fort que même un gars comme moi, qui se préoccupe rarement de ce que les gens pensent de lui, a ressenti une certaine hésitation à publier ce texte, qui nécessairement, fait réagir. Mais la plus belle raison d’écrire n’est-elle pas d’exprimer pour réfléchir, pas seulement pour faire plaisir?

      La spiritualité fait partie de la vie. Alors, pourquoi ne pas en parler?

      Merci pour ton si beau commentaire.

      Jean-Marc O.

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  4. pelaprat christine dit :

    Un magnifique texte sur Dieu,les religions et la tolérance.Que de violences,de guerres,de génocides inutiles pour un Dieu,une religion qui détiendrait la vérité et la suprématie?
    En effet,si les personnes goûtaient au sacré,non seulement par leur religion,mais par leurs propres expériences,cela changerait leur point de vue.
    L’homme a beaucoup à apprendre de
    Dame Nature,dont il fait partie
    intégrante,et un retour aux sources lui
    ferait le plus grand bien.S’assoir sur un
    banc et contempler les étoiles,regarder
    la mer,l’océan,s’enfoncer dans une
    forêt,humer les odeurs,écouter les
    bruits,observer les animaux,toute cette beauté,s’hypnotiser en regardant unemer de nuages….et lâcher prise,se sentir petit devant cet infini,et lâcher
    prise…garder en lui ce sentiment,ce vécu.Cela permettrait à l’homme,de relativiser,d’être plus humble et tolérant.
    Je n’ai pas de Dieu,pas de religion,et pourtant,j’ai depuis toujours en moi
    le vécu du sacré.Je pense qu’il y a quelque chose,quelque part,peu importe le nom qu’on lui donne.
    Il y a des croyances,des religions que
    l’on doit respecter,mais une seule
    vérité que nous connaîtrons le
    moment venu….
    Merci Jean-Marc pour ce merveilleux
    texte que tout le monde devrait lire
    pour plus de tolérance et d’harmonie dans ce monde.
    Amitiés.Christine.

    de nuages sur un pic de montagne…et
    lâcher prise,se sentir petit,et garder en lui ce v

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    • Jean-Marc Ouellet dit :

      Merci, Christine, pour votre commentaire. Il résume si bien mon propos. Les vôtres me touchent sincèrement. Lire ce texte n’est qu’un minuscule pas. Reste encore à l’intégrer dans nos vies. Mais encourageons-nous. Comme le disait quelqu’un dont j’oublie l’identité: Chaque voyage commence par un pas.

      Jean-Marc O.

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  5. E dit :

    Merci Jean-Marc pour ce très beau texte.

    Oui Dieu est tabou. Car lorsqu’on fait une croix sur le pain avant de le commencer, on nous regarde d’un air surpris. Comme si c’était dérangeant.

    Oui ce Dieu qui peut nous punir quand on a commis des fautes, et dont nous avions peur quand nous étions enfants.
    Il en est tout autrement aujourd’hui. Il n’inspire plus la crainte.
    Il y a eu tellement de querelles et de dérapages à cause de la religion que nous ne croyons plus en ce Dieu qui semble oublier ses enfants.
    Ce Dieu notre Père semble si loin. Nous ne croyons qu’au concret et nous sommes comme Saint Thomas ! Nous croyons que ce que nous voyons !
    Pourtant il est toujours là autour de nous dans toutes ses belles créations : La nature, l’être humain ( parfait ou imparfait ), et surtout dans l’Amour des autres.
    Seulement, il nous laisse vivre et agir en toute liberté. Et c’est à nous de prendre conscience qu’il existe dans les moindres petits gestes de tous les jours.
    Il suffit d’écouter la Vie et de regarder chaque chose d’un autre oeil !

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