Lovecraft, Baudelaire et Guillemin, par Alain Gagnon…

21 septembre 2016

Dires et redires…

En préface à La couleur tombée du ciel de H. P. Lovecraft, Jacques Berger présente la vision pessimiste, sulfureuse du fantastique lovecraftien et conclut : « Des historiens alain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littératurede la littérature arriveront sans doute à montrer pourquoi Lovecraft a choisi cette voie. La misère dans laquelle il a vécu toute sa vie, une mauvaise santé, un mariage malheureux y sont certainement pour quelque chose. Pourtant, il n’y a eu qu’un Lovecraft dans la littérature de tous les pays… Et c’est pourquoi toutes les explications données seront toujours nécessaires, mais jamais  « suffisantes ». Le « biographisme » est le nom que je donne à cette maladie de la critique qui consiste à réduire l’œuvre d’un artiste à ce qui, dans sa vie, peut être appréhendé et étiqueté comme faits – ce réductionnisme n’évalue, ne dévalue ou n’explique le contenu d’une œuvre qu’en fonction de l’histoire personnelle de son auteur. Proust a fort bien dénoncé ce mal, et de façon élaborée ; d’autres aussi. Henri Guillemin en a été atteint à un point à peine concevable et en a fait subir, entre autres, les effets pervers à Vigny.

alain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littérature

Coleridge

L’artiste – littérateur, musicien, peintre, grand politique… – est toujours indigne de ce qu’il produit. Certes, des thèmes, des obsessions, la langue, des manies stylistiques peuvent s’expliquer par l’histoire de vie ; ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel d’une œuvre, ce qui fait qu’elle compte, ne s’explique pas, ne se réduit ni au biographisme ni au psychologisme ; toute grande œuvre ne relève pas du personnel, mais du suprapersonnel. C’est par ce qui échappe aux contingences personnelles et aux facteurs historiques qu’une œuvre transcende le temps et pourra ainsi parler dans dix siècles à ceux qui la consulteront – je n’écrirai pas « feuilletteront », qui sait ce que la technique aura engendré comme support pour les œuvres dans dix siècles ! Combien y avait-il de rimailleurs à l’époque de Villon ? À l’époque de Coleridge ? Pourquoi ces deux-là nous parlent-ils encore ? Et Baudelaire ? S’il suffisait d’avoir été un orphelin à beau-père autoritaire, d’avoir bu de la bière et fumé du haschisch pour écrire L’invitation au voyage, les terrasses de la Grande-Allée et de la rue Saint-Denis dégorgeraient les Baudelaire.

Cette vision suprapersonnelle de l’art explique probablement cette timidité qu’on me reproche parfois à tort. On me dit audacieux, fonceur, bulldozerant lorsqu’il s’agit de brasser des affaires ou de mener des dossiers ; et on s’étonne de ma modestie un peu gauche lorsque j’en arrive à parler de mes livres. Et si c’était parce que j’ai un peu compris de quoi la littérature (et l’art) retourne ? Et si, en ce qui regarde la création littéraire, j’avais depuis longtemps échangé la vanité contre un orgueil lucide ?  (Le chien de Dieu)

Advertisements

Abécédaire : Le romantisme, par Alain Gagnon…

17 juin 2015

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… 

 

Romantiques — Les poètes romantiques étaient – sont encore !  – les victimes d’une folie douce. D’agréable fréquentation, mais des illusionnés profonds.  Voir dans la Nature une confidente ou une marâtre ; y percevoir de l’empathie ou de l’indifférence hautaine.  Lamartine, Musset, Hugo, Vigny…  De merveilleux magiciens, mais de méchants ébahis !

Ce poème de Friedrich Nietzsche exprime clairement ma pensée :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Nietzsche

Un voyageur va dans la nuit,

va d’un bon pas ;

vallée tortue et longue montée,

il les emprunte.

La nuit est belle, il va sans trêve

et sans relâche.

Où mène sa route ? Il n’en sait rien.

Un chant d’oiseau traverse la nuit :

« Hélas, oiseau, qu’as-tu fait là ?… »

Et le voyageur reproche à l’oiseau de l’avoir distrait de sa quête, de sa douleur, de l’avoir consolé… Et l’oiseau lui répondra qu’il n’a cure du voyageur, qu’il appelait une femelle dans les hautes branches et qu’il n’a cure de sa peine.

Deux mondes qui se compénètrent et s’ignorent. Influent involontairement l’un sur l’autre, toutefois.

La Nature ne prend sens, pour nous, que si nous la sortons du bucolique, de l’idyllique, de l’élégiaque ; si nous n’y cherchons point un sein tiède où nous réconforter.  Nous la découvrons alors source de nos besoins et pourvoyeuse du nécessaire à les combler.  Elle nous a également munis de ces caractéristiques spécifiquement hominales : la capacité pour le sujet humain de se prendre comme objet et de travailler à sa propre cocréation – de se finir, de se parachever ; et de finir et de parachever, en la surmontant, la Nature même, notre mère.  Est-elle la génitrice qui a enfanté, dans l’ignorance, des rejetons qui la briseront, la materont, la transformeront au point où elle ne se reconnaîtra plus ? Ou un tel aboutissement dialectique est-il inhérent à son être, à une planification rectrice du devenir ?  Par tempérament, j’incline vers la seconde proposition.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, il m’apparaît insensé d’attendre de sa part empathie ou compassion.

Hors la tragédie, tout est babiole.


Le romantisme : Abécédaire…(62)

30 septembre 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Romantiques — Les poètes romantiques étaient – sont encore !  – les victimes d’une folie douce. D’agréable fréquentation, mais des illusionnés profonds.  Voir dans la Nature une confidente ou une marâtre ; y percevoir de l’empathie ou de l’indifférence hautaine.  Lamartine, Musset, Hugo, Vigny…  De merveilleux magiciens, mais de méchants ébahis !

Ce poème de Friedrich Nietzsche exprime clairement ma pensée :

 

chat qui louche maykan maykan2 alain gagnon

Nietzsche

 

 

Un voyageur va dans la nuit,

va d’un bon pas ;

vallée tortue et longue montée,

il les emprunte.

La nuit est belle, il va sans trêve

et sans relâche.

Où mène sa route ? Il n’en sait rien.

Un chant d’oiseau traverse la nuit :

« Hélas, oiseau, qu’as-tu fait là ?… »

Et le voyageur reproche à l’oiseau de l’avoir distrait de sa quête, de sa douleur, de l’avoir consolé… Et l’oiseau lui répondra qu’il n’a cure du voyageur, qu’il appelait une femelle dans les hautes branches et qu’il n’a cure de sa peine.

Deux mondes qui se copénètrent et s’ignorent. Influent involontairement l’un sur l’autre, toutefois.

La Nature ne prend sens, pour nous, que si nous la sortons du bucolique, de l’idyllique, de l’élégiaque ; si nous n’y cherchons point un sein tiède où nous réconforter.  Nous la découvrons alors source de nos besoins et pourvoyeuse du nécessaire à les combler.  Elle nous a également munis de ces caractéristiques spécifiquement hominales : la capacité pour le sujet humain de se prendre comme objet et de travailler à sa propre cocréation – de se finir, de se parachever ; et de finir et de parachever, en la surmontant, la Nature même, notre mère.  Est-elle la génitrice qui a enfanté, dans l’ignorance, des rejetons qui la briseront, la materont, la transformeront au point où elle ne se reconnaîtra plus ? Ou un tel aboutissement dialectique est-il inhérent à son être, à une planification rectrice du devenir ?  Par tempérament, j’incline vers la seconde proposition.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, il m’apparaît insensé d’attendre de sa part empathie ou compassion.

Hors la tragédie, tout est babiole.


Le romantisme, par Alain Gagnon…

19 juillet 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Romantiques — Les poètes romantiques étaient – sont encore !  – les victimes d’une folie douce. D’agréable fréquentation, mais des illusionnés profonds.  Voir dans la Nature une confidente ou une marâtre ; y percevoir de l’empathie ou de l’indifférence hautaine.  Lamartine, Musset, Hugo, Vigny…  De merveilleux magiciens, mais de méchants ébahis !

Ce poème de Friedrich Nietzsche exprime clairement ma pensée :

 

Nietzsche

 

 

Un voyageur va dans la nuit,

va d’un bon pas ;

vallée tortue et longue montée,

il les emprunte.

La nuit est belle, il va sans trêve

et sans relâche.

Où mène sa route ? Il n’en sait rien.

Un chant d’oiseau traverse la nuit :

« Hélas, oiseau, qu’as-tu fait là ?… »

Et le voyageur reproche à l’oiseau de l’avoir distrait de sa quête, de sa douleur, de l’avoir consolé… Et l’oiseau lui répondra qu’il n’a cure du voyageur, qu’il appelait une femelle dans les hautes branches et qu’il n’a cure de sa peine.

Deux mondes qui se compénètrent et s’ignorent. Influent involontairement l’un sur l’autre, toutefois.

La Nature ne prend sens, pour nous, que si nous la sortons du bucolique, de l’idyllique, de l’élégiaque ; si nous n’y cherchons point un sein tiède où nous réconforter.  Nous la découvrons alors source de nos besoins et pourvoyeuse du nécessaire à les combler.  Elle nous a également munis de ces caractéristiques spécifiquement hominales : la capacité pour le sujet humain de se prendre comme objet et de travailler à sa propre cocréation – de se finir, de se parachever ; et de finir et de parachever, en la surmontant, la Nature même, notre mère.  Est-elle la génitrice qui a enfanté, dans l’ignorance, des rejetons qui la briseront, la materont, la transformeront au point où elle ne se reconnaîtra plus ? Ou un tel aboutissement dialectique est-il inhérent à son être, à une planification rectrice du devenir ?  Par tempérament, j’incline vers la seconde proposition.

Mais, dans un cas comme dans l’autre, il m’apparaît insensé d’attendre de sa part empathie ou compassion.

Hors la tragédie, tout est babiole.


%d blogueurs aiment ce contenu :