Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

25 avril 2017

La démocratie malade de la représentation

 Je ne veux pas, par ce titre, ajouter ma voix à toutes celles qui dénoncent la corruption ou l’incompétence de ceux qui, à quelque niveau et de chat qui louche maykan alain gagnon francophoniequelque façon, nous représentent, mais plutôt attirer l’attention sur un mal bien plus profond : la perversion de la représentation que génère la société du spectacle dans laquelle nous sommes toutes et tous littéralement engloutis.  La désaffection des citoyens, la faiblesse des états, de plus en plus ingouvernables, et même l’effondrement des institutions partout observable, sont autant de signes ou de symptômes qu’il y a quelque chose de pourri au royaume de la représentation, comme dirait Hamlet.  Et par représentation, j’entends spectacle, mais aussi politique ; j’entends à la fois l’autoreprésentation — et Dieu sait si de nos jours, elle a atteint le stade de la virulence — et la projection/délégation dont naissent toutes les formes de rapports à l’autre qui fondent le sujet individuel, mais aussi le spectaculaire sans lequel il n’est pas de communauté ni d’institutions pour lui servir d’armature et de symbole à la fois.

Heidegger disait : « on ne peut être sans se représenter », version philo du célèbre « on fait tous du show-business » de Plamondon, dont on a fait le maître mot de toutes les téléréalités qui nous pourrissent les ondes.

Et c’est précisément ce que les anciens Grecs avaient obscurément compris en inventant d’un même coup de génie le théâtre et la démocratie, et en faisant jouer au premier un rôle capital dans la consolidation de la seconde, les deux s’incorporant en outre dans des fêtes religieuses qui célébraient la communauté bien plus que les divinités.

Le spectacle écrasé

Quand tout est spectacle, paradoxalement plus rien ne l’est.  Car plus rien n’advient dans cette distance à soi et à l’autre qu’exige toute représentation.  La preuve ?  Plus le sujet contemporain se représente sur toutes les plateformes que la technologie lui offre, moins il est intéressé par les représentations des autres.  Les artistes ne s’intéressent guère à l’art des autres, les écrivains ne lisent que leurs amis, les cinéastes vont rarement voir les films des autres, c’est un constat que tout le monde peut faire dans les vernissages, les librairies ou les salles de spectacle.  Seuls peut-être les gens de théâtre semblent curieux des réalisations de leurs collègues : mais c’est sans doute qu’ils en sont tributaires, car celui dont ils vont voir la mise en scène est peut-être celui qui demain les engagera.  Plus encore que le cinéma, le théâtre est un art collectif et c’est sans doute ce qui le sauve en tant qu’institution.

Et parlant d’institution, il m’apparaît indéniable que le virus de la représentation universelle de soi à l’exclusion de toute autre forme de représentation est en train de liquider purement et simplement toute forme d’art : la rage de la projection du moi exclut tout partage, toute ouverture à l’autre dont il s’agit seulement désormais de saturer l’espace, d’envahir le regard, d’assommer l’âme.  Ce qu’on appelle noblement l’interactivité n’est qu’une miette de participation — remplir les espaces vides, faire dévier un rayon laser, dire oui ou non à une « proposition » — dont l’hypocrisie est manifeste : car si je te fais participer à ma performance, c’est pour mieux t’incorporer à elle, c’est-à-dire aux formes de ma représentation, à la célébration de mon individualité, à la gloire de ma créativité.

L’art banalisé

Quiconque dispose d’une caméra vidéo ou d’un téléphone cellulaire, c’est-à-dire tout le monde, sauf moi, peut désormais placer sur YouTube des images de lui ou de son chien qu’il ne tiendra qu’à lui de baptiser artistique, la critique tétanisée par le coup d’éclat célèbre de Marcel Duchamp n’y verra que du feu, puisque n’est, depuis lors, art que ce qu’un individu décrète tel, de toute l’autorité que lui confère son ego bardé de droits.  Et comme, dans ce domaine de l’art, la technologie a pris le contrôle, rendant faisable par tout un chacun ce qui, autrefois, exigeait apprentissage, patience, ascèse, on ne fait pas une œuvre qui vous dirait artiste, on est un artiste, de naissance, par décret personnel, ou pire, par obtention d’un diplôme, et tout ce qu’on fait, même la chose la plus insignifiante devient dès lors une œuvre.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLe rapport d’altérité que tout artiste entretenait avec sa matière, parce que la travaillant, il se trouvait lui-même travaillé par elle, s’est changé en simple projection, sans distance, sans dialectique, sans interaction.  L’œuvre n’est plus qu’une ombre portée.  Et du même coup, tout de l’art devient affaire de marketing : si j’arrive à surfer sur une tendance ou, mieux, à la créer, je projetterai cette ombre sur la totalité du visible.  Car il faut le remarquer, nous sommes aussi à l’époque des « chires » et de l’effet boule de neige qui répand la renommée comme une traînée de poudre au point, par exemple, que gagner un prix, c’est presque à tous les coups, en gagner d’autres : le prix des libraires en sait quelque chose, comme tous ces jeunes écrivains sacrés vedettes parfois à partir d’un seul texte et qui se retrouvent du jour au lendemain, sur toutes les tribunes et dans toutes les fonctions.

La politique autiste

Mais, parlant de fonctions, et pour changer d’institution, la fonction politique est désormais elle aussi affaire de représentation unidimensionnelle et saturante.  Comme l’artiste, l’homme politique vise d’abord à se répandre, à devenir virus.  Des maires ont des émissions de radio ou de télé régulières et prétendent ainsi mieux servir leurs citoyens, des hommes politiques squattent littéralement les réseaux sociaux apparemment pour commenter l’actualité, mais surtout pour être perpétuellement présents : le pouvoir est dans la représentation universelle et exclusive de soi.  Même si, bien souvent, à l’instar de notre communication compulsive où rien ne se communique… que la communication elle-même, rien ici ne se représente que la hantise de se représenter.

Et le pire, c’est que ça marche !

Car la capture de la tendance et donc de l’approbation repose ici aussi sur la force du même : le narcissisme militant de l’homme politique rencontre le narcissisme maladif de l’électeur — cet homme sans qualité ni identité.  Pris dans ce piège, l’électeur vote pour une ombre : la représentation victorieuse.  Et il croit d’autant plus voter pour lui-même que l’autre, celui qu’il va élire n’est qu’un autre lui-même, sans qualité, sans identité : il se reconnaît en lui, dans la mesure où l’autre n’a strictement rien dit d’autre que son désir de représentation.

Un art, une politique sans distances, où ne se projette que du soi et où l’autre n’est que le mur sur lequel on projette, des institutions désertes où chat qui louche maykan alain gagnon francophoniene circulent plus que des images, des ombres ou des avatars, une agora où tout le monde veut non seulement prendre sa place, mais prendre toute la place, tout cela cadenasse à double tour l’espace du même.  Un espace dans lequel toutes les différences sont abolies, tous les mérites effacés, au profit d’une indistinction universelle qui fait de tous des choses, sans altérations ni intimités, mais représentées sans cesse, comme l’éternité de la matière.

Il n’y a plus de spectateurs, de citoyens, il n’y a plus que des acteurs et des politiciens fous : nous.  Des acteurs et des politiciens qui, dans leur volonté de puissance où nul autre ne trouve l’espace de naître ou de s’insérer, abolissent et le théâtre et la démocratie, ces lieux où l’on débattait autrefois de l’autre et, partant, de la communauté.

Et c’est ce qu’on appelle, justement, la masse.

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sachat qui louche maykan alain gagnon francophonie fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaires québécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtc,Ciel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Balbutiements chroniques, par Sophie Torris…

15 septembre 2016

Cher Chat,

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJe suis tombée dans le théâtre quand j’étais petite.  Mes plus beaux trésors sont dans ma malle à déguisements, et je traîne souvent dans mes grands sacs de fille des accessoires ou des morceaux de costumes pour répondre à mes envies subites de me prendre pour une autre.  C’est que la vie est trop courte pour s’habiller triste, vous ne trouvez pas, le Chat ?

Dimanche dernier, en randonnée sur le magnifique sentier Eucher à La Baie, alors que décollaient vers le sud des centaines de voiliers d’outardes, je ne me suis pas contentée de les regarder.  Il ne me faut pas grand-chose pour entrer dans la peau d’un personnage.  Un jupon et j’avais des ailes.

Hélas, cette joyeuse comédie-ballet a pris un tour tragique à la suite d’un triple salto un peu trop téméraire.

Si je me remets tranquillement de cette mésaventure, je dois cependant gérer la rébellion de mes organes.  Mon cerveau a décidé de faire la grève et reste quelque peu embrouillé.  À défaut de balbutier correctement, j’ai pensé vous offrir cette courte pièce, écrite il y a quelques années, à la gloire de ces organes que nous maltraitons parfois.

Du théâtre au Chat Qui Louche !  Une fois n’est pas coutume !

Sophie

Symphonie somatique en hic majeur

(Courte pièce pour organes)

Le décor est surréaliste, évoquant l’intérieur du corps humain.  L’intestin est endormi tandis que l’estomac est assis, l’air incommodé.  La scène commence avec l’arrivée du cerveau.

 Le cerveau

Debout !  Ici, la tour de contrôle…  J’ai dit debout là-dedans !  Mais qu’est-ce qu’ils ont tous ce matin ?…  Moi-même, j’me sens drôlement confus…  J’ai pas les idées très claires.  Voyons… une petite gymnastique matinale de mes synapses ne peut pas me faire de mal !  Une… deux… une… deux…  Ouille…  Aïe, j’aurais bien besoin d’un Tylenol !

L’estomac

Et là-haut, vas-y mollo !!!  J’suis vraiment pas dans mon assiette…  Quand est-ce qu’elle va comprendre que je suis quadragénaire et que je n’ai plus la constitution d’un estomac de 20 ans !  Si elle continue à maltraiter mes sucs gastriques, on va finir par manger les pissenlits par la racine beaucoup plus tôt que prévu !

Le cerveau

Qu’est-ce qu’elle a encore fait ?  C’est bizarre, je ne me souviens plus de rien.  J’ai les deux hémisphères dans la brume !

L’estomac (se moquant)

C’est pourtant toi le cerveau, p’tite tête !  Tu t’es encore fait rouler dans la farine !

Le cerveau

Quoi ?…  Elle a encore trop fêté hier soir, c’est ça ?

L’estomac (en colère)

Bravo, t’es une vraie lumière !  Eh bien oui !  Elle s’est encore saoulée et elle n’y est pas allée avec le dos de la cuillère.  Elle commence franchement à me courir sur le haricot.  J’ai dû bosser toute la nuit et j’ai encore du pain sur la planche !  J’ai tenté d’assimiler les neuf pintes de bière et le demi-litre de vin qu’elle s’est envoyés !  Je suis crevé…  T’aurais pas pu la raisonner pour une fois !

Le cerveau

Tu sais bien que l’alcool me coupe tous mes effets…  J’me disais bien qu’il me manquait quelques neurones ce matin et j’ai la dopamine en ébullition.

L’intestin qui est toujours endormi fait des borborygmes incongrus.

L’estomac (accusant l’intestin)

Et l’autre, il roupille comme si de rien n’était alors qu’il fait un bruit de casserole.  Faut quand même pas me prendre pour la bonne poire de service, je vais quand même pas me taper tout le boulot.  On est une équipe, oui ou non ?

Le cœur entre en fredonnant, l’air heureux.

 Le cœur

Salut, les mecs…  Ça gaze ?

L’estomac (lançant un œil critique à l’intestin)

Ça pour gazer, ça gaze !  (Hurlant au-dessus de l’intestin qui s’éveille en sursaut) Y’a d’la vie dans la tuyauterie !

L’intestin (bâillant et s’étirant)

Ahhh…  Désolé si je vous ai réveillés, mais il faut bien que la digestion se fasse !

L’estomac

Eh bien, lâche pas mon homme parce qu’il y a encore du stock…  Et c’est pas du gâteau !  Attention, je t’envoie la marchandise !

L’intestin (paniqué)

Oh non…  C’est trop là…  Tu te la gardes…  Moi, je n’en peux plus et je vais finir par devenir « dysfonctionnel » !  J’ai les muqueuses complètement enflammées !

L’estomac

Et voilà…  La grande nouille fait sa sucrée.  Écoute, si tu ne veux pas qu’on se prenne le chou tous les deux, tu ouvres tes vannes, car y’a pas écrit « consigne » !

L’intestin

Moi, j’en ai assez de faire des heures « sup » !  Non seulement je suis surexploité (en montrant l’estomac), mais en plus on me harcèle sur mon lieu de travail !  Moi, je me mets en grève !

L’estomac

Ça, c’est la cerise sur le sundae !  Je trime comme un malade pour lui livrer le tout haché menu et « môssieur » refuse de réceptionner le colis !  Il voudrait le beurre et l’argent du beurre peut-être !

Le cerveau

Bon, écoutez, calmez-vous !  Ça ne sert à…

L’estomac

Toi, mêle-toi de tes oignons, le maquereau !  On travaille pour toi et t’es même pas capable de nous protéger !  Quelques grammes d’alcool dans le sang et le cerveau pédale tranquillement dans la choucroute pendant que, moi, l’estomac, je me fais de la bile.  Et après on va dire que je suis soupe au lait !

Le cœur

Oh là, là…  Ça va pas fort ce matin…  Pourtant la vie est belle !  Laissez-vous bercer par mon tam-tam.  L’entendez-vous qui cogne sans relâche depuis hier soir ?

Le cerveau (dépité)

Ne me dites pas qu’elle est tombée amoureuse ?

 L’estomac

C’est un vrai cœur d’artichaut, vous le savez bien !  Elle fond comme une motte de beurre à chaque fois qu’il y a un gars qui lui fait des yeux de merlan frit.

Le cœur

Mais cette fois-ci, c’est différent !  Je suis emballé.  Je vis des pulsations inédites et folles.  J’ai les oreillettes qui pompent plus que de raison et le myocarde en pâmoison !

L’utérus entre très énervé.

 L’utérus (paniqué)

Au secours, à l’aide !  Déclenchez le signal d’alarme !…  Nous sommes envahis !

L’estomac

On le sait que nous sommes envahis !  C’est la faute de l’intestin qui ne veut pas évacuer !  Moi, je vous dis qu’on se prépare une occlusion (montrant l’intestin) si cette vieille saucisse continue à tourner autour du pot !

 Le cerveau

Chut !  Laisse donc l’utérus parler !  C’est curieux, je sens moi aussi tout à coup une présence étrangère qui commence à me titiller les nerfs !  (À l’utérus) Explique-nous ce qu’il se passe.

 L’utérus

Je suis bouleversé…  Ce matin, j’ai eu la visite des trompes de Fallope.  Sans un mot et l’air triomphant, elles m’ont largué un corps étranger.  Depuis, cet intrus s’incruste !…  Le pire, c’est qu’il se développe de plus en plus !  Je ne contrôle plus rien !

Le cerveau (catastrophé)

Ah non !!!

L’intestin

Quoi, c’est grave ?  C’est qui, cet importun ?  Si c’est un microbe, j’en fais mon affaire…  Moi, la faune bactérienne, ça me connaît !

Le cerveau (fataliste)

Non, rassurez-vous, nous ne sommes pas malades…  Nous sommes « enceinte » !

L’estomac (sarcastique)

La mayonnaise a pris !  Et bien voilà qui va nous pimenter l’existence !  Je ne voudrais pas en faire un fromage, mais on est dans le jus !  Et l’addition va être salée !

Le cœur

Mais non, c’est super !  Quelle bonne nouvelle !  Elle va être tellement heureuse !  Le jour de ses quarante ans, quel beau cadeau d’anniversaire !  C’était inespéré !

Le cerveau

Si seulement mes facultés n’avaient pas été amoindries par l’alcool, j’aurais pu au moins lui rappeler à quoi sert un condom.

 Le cœur

Il est bon de temps en temps que seul le cœur ait ses raisons !

Le cerveau

Mais il ne faut pas se leurrer, ça va faire un bébé sans père !  La belle ne se doute pas encore qu’ellechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec se prépare de vieux jours d’angoisse et mon hypothalamus de joyeux troubles de l’humeur !

L’estomac

Et puis un môme, ça prend de la place !  On était déjà serrés comme des sardines !

L’utérus

Bon…  Qu’est-ce que je fais moi ?

Le cerveau

Tu couves, mon cher…  C’est toi la matrice !  Réchauffe-nous cet embryon, prends-en bien soin pour qu’il nous arrive au moins complet et en santé.  Quant à nous, les amis, nous n’avons pas le choix…  Il va falloir être un peu plus solidaires !  Tous pour un !

Tous (se prêtant au jeu avec plus ou moins bonne volonté)

Un pour tous !

Le cerveau

Parfait !  Chut…  Elle se réveille !

L’estomac (tout bas)

Je crois que je vais vomir !

Fin

 Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecSophie Torris est d’origine française, Québécoise d’adoption depuis dix-sept  ans. Elle vit à Chicoutimi, y enseigne le théâtre dans les écoles et l’enseignement des arts à l’université. Elle écrit essentiellement du théâtre scolaire et mène actuellement des recherches doctorales sur l’impact de la voix de l’enfant acteur dans des productions visant à conscientiser l’adulte. Elle partage également une correspondance épistolaire avec l’écrivain Jean-François Caron sur le blogue In absentia. (http://lescorrespondants.wordpress.com)

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

11 novembre 2015

Le théâtre comme outil de socialisation

J’attends encore.  J’attends de voir qui va réagir en premier.  Qui va décider de me « unfriender » surchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec Facebook parce que j’écris parfois/souvent mes statuts en anglais, ou dans les deux langues.

J’attends de voir lesquels de mes amis sont des séparatistes purs et durs, lesquels sont intolérants envers la langue anglaise, lesquels me traiteront de vendu ou de quelque chose dans le genre.  En fait, j’ignore s’il y en a parmi eux, mais je suis curieux.  Une sorte de curiosité malsaine, si l’on veut…

Ce qui me fascine depuis mon arrivée en Ontario, et j’en ai probablement déjà parlé, c’est de voir l’intérêt des gens pour la langue française.  S’ils ne savent pas la parler, ils s’en excusent sincèrement.  J’en suis surpris parce qu’en grandissant au Québec, j’avais une impression tout autre du regard que les Anglos de l’extérieur de la province portaient sur nous.

La plupart des gens ici envoient leurs jeunes enfants en immersion française.  La culture québécoise les intéresse, comme en témoigne l’écoute attentive des étudiants lors des cours de ma copine, ainsi que leur participation active aux discussions sur les divers sujets qu’elle enseigne et qui concernent La Belle Province.

Au-delà de ça, il y a le sentiment d’acceptation que je reçois de la part des autres.  Jamais je n’ai été jugé, jamais on ne m’a fait sentir « à part ».  J’ai toujours été inclus dans les discussions, on me questionne avec intérêt, et j’ai des conversations passionnantes avec toutes sortes de personnes de toutes les provenances.  Peterborough en Ontario est un curieux melting pot de gens de tous les coins du monde et de tous les milieux.

Le milieu artistique ici est très vivant.  La communauté théâtrale est florissante, et de faire partie du Rocky Horror Show cet automne, spectacle sur lequel je travaille depuis trois mois, m’a grandement aidé à créer des liens qui seront, je l’espère, durables.  Je commence à avoir des projets et même des amis !

D’ailleurs, j’ai connu des gens dans le passé qui faisaient du théâtre simplement pour améliorer leurs capacités oratoires dans le but d’obtenir une promotion au travail, ou pour d’autres raisons.  Si vous cherchez une activité stimulante, sociale et amusante, le théâtre est tout indiqué, et ce, même si vous êtes débutants.  Je vous le recommande fortement !  On en apprend tous les jours sur soi-même, à tout âge, et le corps humain est un outil de travail fascinant.

La crème de la crème des podcasts québécois

Je vous ai parlé de podcasts récemment, mais laissez-moi revenir brièvement sur le sujet, car le 12 octobre dernier avait lieu à Montréal le Podcast All-Stars, un événement qui réunissait certaines personnalités derrière les podcasts les plus populaires au Québec.

Un genre « d’états généraux » sur le médium.  Pendant deux heures, il fut question de publicité et de possibles revenus pour les podcasteurs, de l’interaction avec le public et de l’influence qu’a celui-ci sur les sujets qu’abordent les divers podcasts, du choix des sujets en général, des balises que s’imposent les podcasteurs et de plusieurs autres questions importantes.

Si cela vous intéresse, vous pouvez écouter cet épisode en cliquant ici.

Bien que le médium du podcast soit encore un ovni au Québec, et que cette forme de communication ne soit pas prise au sérieux par la majorité des gens, ses acteurs principaux travaillent d’arrache-pied pour mieux la faire connaître.  Un tout nouveau réseau a d’ailleurs été créé et lancé lors de cette même soirée : RZO.

RZO regroupe (pour l’instant) 14 podcasts parmi les plus populaires au Québec.  Tous francophones, tous établis depuis un certain temps.  Leur public respectif est fidèle, et leur contenu riche et diversifié.  Allez jeter un coup d’œil au site web de RZO, un site convivial et simple.  Le but est de rendre accessible ce qui se fait de mieux en terme de podcast au Québec, en réunissant tout sous le même toit.  Ainsi, le public peut plus facilement s’y retrouver, autant les habitués que les néophytes.  L’union fait la force, quoi !

Un podcast peut être écouté en tout temps : en voiture, à pied, en faisant le ménage ou la vaisselle, en travaillant, etc.  Son avantage majeur sur la radio commerciale est sa grande liberté en ce qui a trait aux sujets abordés et à la longueur des interventions, débats et discussions.  Comme toute médaille possède deux côtés, il y a aussi place aux dérapages et au langage inapproprié, mais en général ça reste semi-professionnel, du moins en ce qui concerne les podcasts sélectionnés pour faire partie de RZO.

Si personne n’est payé dans ce milieu, et que le tout n’est pas pris au sérieux comme il le devrait, c’est la passion qui nourrit principalement les podcasteurs, et c’est cette passion contagieuse qui fait en sorte qu’on y revient.

J’ai l’immense chance de m’être joint à l’équipe de Horreur Gamer, un podcast qui traite principalement de cinéma d’horreur, une grande passion en ce qui me concerne.  J’ai participé à deux épisodes jusqu’à présent, et l’expérience fut incroyablement bonne.  Mon passage au micro fut apprécié et suivi de très bons commentaires, et j’y retournerai régulièrement.  J’ai découvert dans le podcast une avenue pour communiquer mes opinions et parler de mes sujets de prédilection de manière ludique, interactive, ce qui change de communiquer par l’entremise d’un clavier et de derrière un écran.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecIl en existe sur tous les sujets possibles, alors fouillez.  RZO est tout nouveau, mais son offre augmentera et se diversifiera avec le temps.  Le podcast mérite sa place dans le monde des communications.  Il s’agit d’une excellente option de rechange à la radio traditionnelle.

Ça me rappelle un peu le film Pump Up The Volume, dans lequel Christian Slater jouait le rôle d’un étudiant timide qui, le soir venu, se transformait en animateur d’une radio pirate dans son sous-sol et qui incitait les jeunes à se révolter contre le système en leur lançant la phrase : « Dites des horreurs ! »

Le podcast en général est plus poli, mais c’est un moyen démocratique de faire les choses différemment.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et dechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec cinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

17 novembre 2013

Un show de fifs…

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 Je pourrais facilement qualifier plusieurs œuvres de marquantes dans ma vie.  Et, par coïncidence, elles arrivèrent toutes (ou presque) à l’adolescence.  Ce qui confirme que les expériences vécues à cet âge sont les plus susceptibles de s’incruster en nous, comme j’en parlais dans une chronique précédente.

Il y eut différents films, des albums, des romans, et plusieurs œuvres diverses qui m’ont grandement influencé.  Toutefois, The Rocky Horror Picture Show occupe une place particulière dans mon cœur.

Si vous connaissez le film ou le spectacle de Richard O’Brien dont il est tiré, vous savez donc déjà qu’il s’agit de l’histoire d’un jeune couple banal (et virginal) qui, à la suite des fiançailles, décide de rendre visite au professeur qui fut à l’origine de leur rencontre.  En chemin, une crevaison les force à sonner à la porte d’un château lugubre où ils feront la connaissance de Frank ‘n Furter et de ses mystérieux serviteurs.  Frank est un savant fou et travesti qui est sur le point de révéler sa nouvelle création, un homme musclé et parfait du nom de Rocky Horror.

En dire davantage ne rendrait service ni à l’œuvre ni au possible spectateur que vous pourriez devenir.  The Rocky Horror Show (ou Picture Show, dans le cas du film) se doit d’être vécu, ressenti.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est que, de juillet à octobre, j’ai été plongé dans l’univers de Richard O’brien comme jamais auparavant.  Je vous en ai déjà parlé en juillet dernier, donc nul besoin de tout raconter de nouveau.  Seulement, je voudrais revenir quelques instants sur l’expérience que fut le show.

Bien qu’il ne s’agisse pas de mon premier spectacle de théâtre ici, à Peterborough, c’était par contre le premier qui était de calibre professionnel.  Sans être rémunérés, nous étions entourés d’une équipe hors-pair.  Maquilleuses, costumière, techniciens, etc.  L’équipe était grande pour un spectacle de théâtre communautaire, surtout qu’il s’agissait là du premier spectacle de ce collectif, portant le nom de The Motley Collective.  Les deux filles à la tête de la formation, Amy M. Cummings et Jessica Lynch, deux habituées du monde du théâtre communautaire dans la région, ont fait un travail de gestion, d’organisation et de direction totalement remarquable.  Entre leurs mains, je me sentais en sécurité.

Mes craintes furent nombreuses au fil des mois : premièrement, la crainte de danser, de ne pas pouvoir apprendre les nombreux pas et figures requis pour les chorégraphies élaborées et conçues par Ali Campion.  Mais j’y suis parvenu.  Il faut se faire confiance dans la vie…  Ensuite fut celle de la langue ; je suis francophone d’origine, entouré d’acteurs anglophones.  La pièce originale est anglaise, mais il m’est impossible de recréer un accent british.  Au fil des mois, de nombreuses sorties dans les bars et partys avec la bande d’acteurs, j’ai pu me dégêner et créer des liens que je pense solides avec certaines personnes de la distribution.  Tous et toutes furent extrêmement accueillants dès le départ, ils m’ont tous supporté et encouragé et ont vu en moi quelque chose dont je ne soupçonnais pas l’existence.  Et le personnage s’est retrouvé, au final, avec un accent français.  Personne n’y a vu de problème.

Et puis vint la question du chant.  Mon rôle, Riff Raff, était joué à l’origine par l’auteur de la pièce (et dans le film).  Sa voix est aigüe et nasillarde.  De toutes les chansons du film, celles que j’ai fredonnées le moins souvent dans ma vie furent celles de Riff Raff, parce que difficiles à chanter.  Disons seulement que lors des premières répétitions des chansons, j’étais terrorisé.  Et le résultat fut très ordinaire (selon moi).

Mais, après un cours de chant avec la fabuleuse Pamela Birrell, professeure locale et chanteuse extraordinaire, une seule session de 30 minutes (attrapée au vol dans son horaire surchargé), quelque chose s’est débloqué en moi.  Cette femme, qui possède sûrement des pouvoirs magiques, a libéré quelque chose en moi qui restait coincé depuis toujours.  Lorsque je chantai à la répétition suivante, ce fut comme voir les quatre chaises se tourner spontanément à l’émission The Voice.  La réaction des membres de la distribution face au son qui sortait de ma bouche valait de l’or.  Ce moment est gravé à tout jamais dans ma tête.

Il y eut ensuite les superbes costumes, résultat du travail acharné de la mère de l’une des actrices.  Et les sessions photo pour l’affiche et le programme.

D’ailleurs, j’ai eu écho que quelqu’un de mon entourage, qui ne connaît ni le spectacle ni le film, a posé la question suivante en voyant nos photos et, donc, les personnages en bas résille : « C’est un show de fifs ? »

Vous savez quoi ?  La question ne s’est jamais posée dans mon esprit quand j’ai vu le film pour la première fois à la télé en 1993.

Des travestis, des relations sexuelles entre personnes du même sexe ?  Évidemment, cette œuvre traite d’ambiguïté sexuelle.  Mais à 16 ans, ce n’est pas ce qui est venu me chercher.  Probable que mon identité sexuelle, à cet âge, était déjà assez définie.  Je me savais straight et assuré dans ma sexualité.  Je ne me posais pas de question à ce sujet.

Ce qui m’a plu dans ce film, c’est le message.  La musique aussi, bien sûr ; l’histoire, le jeu des acteurs (en particulier Tim Curry), etc.  Mais principalement, ce fut le message.  À la fin du spectacle, les personnages entonnent le désormais célèbre :  Don’t dream it, be it.  Ne le rêvez pas.  Soyez-le.

The Rocky Horror Show c’est plus qu’un show de « fifs ».  C’est une œuvre sur l’acceptation de la différence.  Un show qui glorifie la marginalité.  L’adolescent timide et maladroit que j’étais y a trouvé refuge à l’époque et, 20 ans plus tard, alors que j’étais malheureux dans une ville étrangère, le spectacle m’a permis de trouver une nouvelle famille.  Des amis que je chéris de tout mon cœur, avec qui j’espère travailler de nouveau, un groupe de gens tous plus fabuleux les uns que les autres qui m’ont accepté totalement, sans discrimination, et qui m’ont fait sentir que j’étais partie intégrante d’un tout.

Et ça, ça n’a pas de prix.  Ce que j’ai vécu au cours des dernières semaines restera à jamais gravé dans mon esprit.  Lors des quatre représentations, pour lesquelles la critique fut incroyablement positive, j’ai prix un plaisir fou à fouler la scène en chantant The Time Warp et à jouer aux côtés de ces acteurs merveilleux, et j’aurais fait cela pendant plusieurs semaines si possible.

Aujourd’hui, j’entrevois mon avenir dans ma ville ontarienne avec de nouveaux yeux.  Davantage de portes semblent s’être ouvertes.  À moi d’oser franchir leur pas.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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