Miles Davis et le laisser-écrire…, par Alain Gagnon…

18 mars 2017

Dires et redires
alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Voilà ce que je répète [aux écrivains en devenir] : « Vous souhaitez écrire et ne savez par où commencer ?  Écrivez le premier mot, la première phrase : pour le reste, le texte s’autogérera adéquatement, si vous êtes honnêtes.  C’est-à-dire si vous ne le forcez à confesser des états d’âme ou des idéaux que vous souhaiteriez bien avoir et manifester. »

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

Miles Davis m’est d’un grand secours pour expliquer la notion d’inspiration et la nécessité pour un artiste de développer sa propre langue, sa propre musique. Davis joue les classiques du jazz (Porgy and Bess, Caravan…), mais une fois qu’on l’a entendu, on ne peut plus s’y tromper : il s’agit bien de Miles Davis, pas de Chet Baker ni de Louis Armstrong. Il joue de la trompette comme personne n’en a joué avant lui, il donne à la mélodie une couleur, une sonorité, une langueur – une autorité ! –, qui n’appartiennent qu’à lui.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

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alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLe laisser-écrire — Depuis trois ans, je m’acharnais à un recueil de poèmes que je n’arrivais pas à conclure. Je m’y acharnais, car la substance me plaisait – plus encore !  : elle me convenait. J’y mettais trop d’efforts. Je m’efforçais de pousser ce nouveau matériel dans des formes empruntées à certains de mes ouvrages qui m’avaient apporté de la satisfaction. Bref, l’histoire des vieilles outres et du vin nouveau. Une citation de Stevenson, reprise par Borges, a provoqué une embellie : « La prose est la forme la plus difficile de la poésie. » Je l’avais lu il y a déjà quelques semaines et n’y portais plus attention, lorsqu’hier matin… Dans la nuit de dimanche à lundi, j’avais très mal dormi. Petit déjeuner au restaurant, puis je revenais paresser et laisser filer le dernier jour de ce congé pascal. Par discipline et monomanie, je me suis assis devant mon ordinateur et ai ouvert le dossier poésie sans aucune attente. Le miracle s’est produit. Le laisser-écrire a pris le dessus et je me suis mis à parcourir mes vers en les abolissant. En les remontant à la ligne supérieure, le curseur les transformait peu à peu en prose…  Et, bon dieu ! ça se tenait ! La ponctuation française suffisait à créer et à maintenir la musique !

Heureuse fatigue qui exige le repos de la raison raisonnante et laisse le champ libre à l’inspiration. Laisser l’Esprit souffler, édifier lui-même ses propres formes pour y étendre sa substance…

De là à déclarer le vers libre inutile dans son mimétisme de l’anecdote versifiée, il n’y a qu’un pas que je n’hésite pas à franchir.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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Miles Davis et le laisser-écrire, par Alain Gagnon… »

6 mars 2014

Dires et redires…

Voilà ce que je répète [aux écrivains en devenir] : « Vous souhaitez écrire et ne savez par où commencer ?  Écrivez le premier mot, la première phrase : pour le reste, le texte s’autogérera adéquatement, si vous êtes honnêtes.  C’est-à-dire si vous ne le forcez à confesser des états d’âme ou des idéaux que vous souhaiteriez bien avoir et manifester. »

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

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Miles Davis m’est d’un grand secours pour expliquer la notion d’inspiration et la nécessité pour un artiste de développer sa propre langue, sa propre musique. Davis joue les classiques du jazz (Porgy and Bess, Caravan…), mais une fois qu’on l’a entendu, on ne peut plus s’y tromper : il s’agit bien de Miles Davis, pas de Chet Baker ni de Louis Armstrong. Il joue de la trompette comme personne n’en a joué avant lui, il donne à la mélodie une couleur, une sonorité, une langueur – une autorité ! –, qui n’appartiennent qu’à lui.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

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Le laisser-écrire — Depuis trois ans, je m’acharnais à un recueil de poèmes que je n’arrivais pas à conclure. Je m’y acharnais, car la substance me plaisait – plus encore !  : elle me convenait. J’y mettais trop d’efforts. Je m’efforçais de pousser ce nouveau matériel dans des formes empruntées à certains de mes ouvrages qui m’avaient apporté de la satisfaction. Bref, l’histoire des vieilles outres et du vin nouveau. Une citation de Stevenson, reprise par Borges, a provoqué une embellie : « La prose est la forme la plus difficile de la poésie. » Je l’avais lu il y a déjà quelques semaines et n’y portais plus attention, lorsqu’hier matin… Dans la nuit de dimanche à lundi, j’avais très mal dormi. Petit déjeuner au restaurant, puis je revenais paresser et laisser filer le dernier jour de ce congé pascal. Par discipline et monomanie, je me suis assis devant mon ordinateur et ai ouvert le dossier poésie sans aucune attente. Le miracle s’est produit. Le laisser-écrire a pris le dessus et je me suis mis à parcourir mes vers en les abolissant. En les remontant à la ligne supérieure, le curseur les transformait peu à peu en prose…  Et, bon dieu ! ça se tenait ! La ponctuation française suffisait à créer et à maintenir la musique !

Heureuse fatigue qui exige le repos de la raison raisonnante et laisse le champ libre à l’inspiration. Laisser l’Esprit souffler, édifier lui-même ses propres formes pour y étendre sa substance…

De là à déclarer le vers libre inutile dans son mimétisme de l’anecdote versifiée, il n’y a qu’un pas que je n’hésite pas à franchir.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

Notice biographique

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Tomas K(Pleine Lune, 1998). Trois de ses romans sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakobfils de Jakob (2004) etLe truc de l’oncle Henry (2006). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003),L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dontKassauan et Cornes (Éd. du CRAM) et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche(https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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