Réverbère, SRC, Lac-Saint-Jean et Queneau, par Alain Gagnon…

2 mars 2017

Actuelles et inactuelles…

Petite histoire — Dans un quartier urbain, un homme se promène dans la nuit.

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Tiré du blog Les Pas Sages

Sous un réverbère, penché vers le trottoir, un autre homme semble chercher quelque chose.
Le promeneur s’arrête et demande :
— Vous avez perdu quelque chose ?
— Mon porte-monnaie.
— Je peux vous aider ?
— Non, ça va, tout est clair ici, sous cette lumière. Je ne trouve rien. Mais je crois bien avoir perdu mon porte-monnaie un peu avant ou un peu après être passé sous ce réverbère.
— Pourquoi chercher ici, alors ?
— Parce qu’ailleurs c’est l’obscurité.
Cette histoire entendue ou lue il y a longtemps m’est revenue à l’esprit à la suite d’une conversation téléphonique.
Nous préférons piétiner dans notre zone de confort à chercher où les probabilités de trouver l’objet de la quête seraient plus assurées.

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecRadio Canada — J’apprécie généralement le travail de notre radio d’État. En bonne partie, elle a transformé et rescapé notre langue. J’aime aussi la rigueur de ses enquêtes journalistiques.
Cependant, on a les défauts de ses qualités. Notre SRC, surtout à la radio, souffre parfois d’un snobisme délirant, qu’accentue un montréalisme acharné.
Entendu cette semaine : un chroniqueur invité chez Catherine Perrin ridiculisait les nouveaux modes de décoration inspirés du zen, qui font des ravages, selon lui. Et il déclarait en substance : l’appartement d’une certaine dame, qui en a été victime, ne plaira certainement qu’à la visite du Lac-Saint-Jean… Forts ricanements dans le studio.
À quel point faut-il se mépriser soi-même pour en arriver à un tel mépris des autres, qu’on évalue selon leur provenance géographique ?

*

J’éprouve mes propres problèmes avec les éditeurs et, comme écrivain et comme éditeur, je reçois beaucoup dechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec questions d’écrivants qui souhaitent publier. Souvent, j’aurais envie de leur citer et de me répéter, à moi-même, ces paroles : Je garde encore en tête le jugement de Charles Nodier : « La plupart des fous conservent assez de raison pour ne pas écrire » et la correction de Raymond Queneau : mais certains maintiennent « assez d’adaptation sociale pour faire imprimer et éditer un livre » .*

  • Arthur Landry, Mystères vrais

L’auteur…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon chat qui louche maykan alain gagnondu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur .  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La démocratie en bulles, par Jean-Pierre Vidal…

4 novembre 2016

Chronique d’humeur

Au moment où j’écris ces lignes, le résultat des élections n’est pas encore connu. Mais quel qu’il soit, il n’infirme pas ce que je m’apprête à dire et qui est déjà, d’ailleurs, tout entier dans mon titre : l’enfermement confortable dans lequel nos consciences à tous coulent des jours heureux et l’insignifiance de nos discussions politiques quand, du moins, nous en avons.

Les bulles, ça me connaît : je suis un universitaire, et qui plus est, spécialiste d’une forme de littérature que le bon peuple, mais aussi la majorité de mes collègues considèrent comme absconse. Et pourtant j’ai l’impression d’avoir toute ma vie fait des pas vers l’extérieur, là où hors bulle et armure, tout se débat à découvert. Je parlerai donc de naïveté : la mienne et celle des autres. Celle de quiconque croit que le social est un dialogue et que les élections en sont le temps fort.

Chacun son enfermement

Dans une petite université régionale, quiconque a décidé de ne pas s’enfermer dans son bureau ou dans sa discipline trouve toujours injuste la vieille accusation d’habiter dans une tour d’ivoire, loin des réalités du monde. Je me suis toujours investi dans des situations et des organisations extérieures à l’université et un certain nombre de mes collègues de toutes disciplines aussi. Bien sûr, c’est toujours dans le prolongement de mon travail d’enseignant et de chercheur. Mais ce prolongement touche directement au milieu régional et transforme nécessairement ma perspective individuelle. Ici, l’université n’est pas une tour d’ivoire, sauf pour qui ne pense qu’à sa carrière de chercheur dont déjà l’enseignement l’éloigne.

Il reste cependant que l’universitaire est enfermé dans son réduit : les médias, qui devraient se soucier d’organiser la rencontre entre le détenteur d’un savoir et la curiosité du public, bouclent au contraire à double tour dans son savoir quiconque serait prêt à vulgariser. Vous n’êtes jamais assez simple pour le public. Et pourtant le Québec possède des vulgarisateurs hors pair qui seraient capables d’expliquer la physique quantique au plus épais des épais si on leur en donnait la possibilité. Mais même dépouillé de votre jargon, vous êtes toujours trop lourd, trop rude, trop exigeant pour l’écoute que les médias ont inventée de toutes pièces, car c’est une fiction : sinon, où diable sont passés tous ces gens instruits que le Québec a formés en nombre de plus en plus grand depuis un bon demi-siècle maintenant ? À moins qu’on en ait fait le deuil et qu’on pense qu’ils n’écoutent ni la télé ni la radio ? L’évolution de la Société Radio-Canada depuis une bonne trentaine d’années illustre éloquemment cette attitude méprisante qui consiste à prendre le public en général pour une mare d’incultes et d’affaissés du cerveau, ou pour des accablés du boulot, lessivés par le travail au point d’en être presque abrutis.

Faut-il rappeler à la haute direction de la SRC — c’est elle la responsable, et non ceux qu’elle chapitre manifestement dans le sens du poil le plus court — que c’est cette institution qui a, en grande partie, donné leur culture à tous ceux et celles qui ont plus de cinquante ans ? Et à une époque où l’école, elle, s’en chargeait pourtant encore, elle aussi, ce qu’elle ne fait plus guère. À cette époque, il y avait un véritable dialogue entre les deux, l’une appuyant l’autre.

La fin du dialogue

On a plutôt l’impression, désormais, que la facilité et la complaisance médiatiques dictent, au contraire, son attitude à l’école. Il n’y a en tout cas plus le moindre dialogue entre ces deux sphères pourtant capitales pour la constitution d’une communauté. Pas le moindre dialogue, parce que l’une a avalé l’autre. Et si ni l’école ni les médias ne se soucient de refonder la communauté, comme ils le devraient, quelle institution pourra bien le faire ? La religion ? Elle a volé en éclats de sectes, de superstitions, d’églises quasi confidentielles ou d’intégrismes plus ou moins avoués, comme celui de notre bon maire.

Le nivellement par le bas de la parole et de l’écoute, le refus de l’effort sur lequel se fonde ce nivellement, l’assimilation de toute opposition à de la violence, la peur du dialogue remplacé par l’assentiment complaisant ou la haine anonyme (voyez le niveau de discours des réseaux sociaux), tout cela emprisonne chacun d’entre nous dans un quant-à-soi imbécile et stérile.

On mesure jusqu’où peut aller notre enfermement si l’on ajoute encore à tous ces facteurs le fait que nos sphères privées les plus larges (et je ne parle même pas des « amis » Facebook) sont elles-mêmes des bulles où l’on pense sensiblement la même chose sur bien des sujets : par exemple, je n’ai, quant à moi, jamais rencontré quelqu’un qui ait voté pour le maire Tremblay, sauf à l’épicerie ou dans les transports en commun, seuls lieux, peut-être, avec l’hôpital, où un individu peut rencontrer des gens qui n’appartiennent pas à son monde.

Dès lors, quoi d’étonnant à ce qu’on ait les campagnes politiques que l’on a ? Notre culture n’est faite que de manies partagées avec un petit nombre, notre communauté n’est animée que d’intérêts minuscules, notre pensée politique ne repose que sur un individualisme soufflé au point de se croire universel alors qu’il est étriqué comme jamais, peut-être, dans l’histoire.

Duplessis pas mort

La majorité dite silencieuse est constituée, hélas, de gens qui ne veulent rien savoir ni de la politique ni de l’art ni de la culture ni de quoi que ce soit qui dépasse le pain et les jeux des Romains de la décadence. La promesse d’emplois et l’appel aux intérêts les plus locaux font foi de tout et quand la majorité silencieuse se réveille en grognant, une fois tous les quatre ans, pour voter, un peu comme on rote, on lui parle son langage : le simplissime et « les vraies affaires », le retour des Nordiques et les mines d’amiante à jobs, la loi qui défait toutes les lois et l’ordre de tous les baillons.

Mais de quelles oubliettes obscures de l’histoire du Québec a donc bien pu sortir ce maire d’une municipalité du lac Saint-Jean qui prétendait se faire élire comme indépendant pour se joindre ensuite au parti victorieux ? Pourquoi élirions-nous à l’Assemblée nationale des gens qui ne s’intéressent qu’au bien de leur bled et sont prêts à avaler toutes les couleuvres idéologiques pour le servir ? N’est-ce pas ainsi, petit intérêt par petit intérêt, que Harper a conquis le Canada ? Et Jean Charest n’a-t-il pas tenté in extremis de nous faire le même coup ?

Prise entre une majorité qui se tait massivement pendant quatre ans et des « individus » qui gazouillent en prenant leurs pouces pour des neurones, mais ne font que répéter les mêmes quatre ou cinq « opinions » simplettes, les mêmes blagues tristounettes, les mêmes injures de cour d’école, que devient la démocratie dont tout le monde se gargarise ?

Je crois qu’elle fait, elle aussi, des bulles.

Dans son bain d’indifférence.

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).

Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.

Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.

Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.


Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

9 octobre 2016

La démocratie en bulles

Au moment où j’écris ces lignes, le résultat des élections n’est pas encore connu. Mais quel qu’il soit, il n’infirme pas ce que je m’apprête à dire et qui est déjà, d’ailleurs, tout entier dans mon titre : l’enfermement confortable dans lequel nos consciences à tous coulent des jours heureux et l’insignifiance de nos discussions politiques quand, du moins, nous en avons.

Les bulles, ça me connaît : je suis un universitaire, et qui plus est, spécialiste d’une forme de littérature que le bon peuple, mais aussi la majorité de mes collègues alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec considèrent comme absconse. Et pourtant j’ai l’impression d’avoir toute ma vie fait des pas vers l’extérieur, là où hors bulle et armure, tout se débat à découvert. Je parlerai donc de naïveté : la mienne et celle des autres. Celle de quiconque croit que le social est un dialogue et que les élections en sont le temps fort.

Chacun son enfermement

Dans une petite université régionale, quiconque a décidé de ne pas s’enfermer dans son bureau ou dans sa discipline trouve toujours injuste la vieille accusation d’habiter dans une tour d’ivoire, loin des réalités du monde. Je me suis toujours investi dans des situations et des organisations extérieures à l’université et un certain nombre de mes collègues de toutes disciplines aussi. Bien sûr, c’est toujours dans le prolongement de mon travail d’enseignant et de chercheur. Mais ce prolongement touche directement au milieu régional et transforme nécessairement ma perspective individuelle. Ici, l’université n’est pas une tour d’ivoire, sauf pour qui ne pense qu’à sa carrière de chercheur dont déjà l’enseignement l’éloigne.

Il reste cependant que l’universitaire est enfermé dans son réduit : les médias, qui devraient se soucier d’organiser la rencontre entre le détenteur d’un savoir et la curiosité du public, bouclent au contraire à double tour dans son savoir quiconque serait prêt à vulgariser. Vous n’êtes jamais assez simple pour le public. Et pourtant le Québec possède des vulgarisateurs hors pair qui seraient capables d’expliquer la physique quantique au plus épais des épais si on leur en donnait la possibilité. Mais même dépouillé de votre jargon, vous êtes toujours trop lourd, trop rude, trop exigeant pour l’écoute que les médias ont inventée de toutes pièces, car c’est une fiction : sinon, où diable sont passés tous ces gens instruits que le Québec a formés en nombre de plus en plus grand depuis un bon demi-siècle maintenant ? À moins qu’on en ait fait le deuil et qu’on pense qu’ils n’écoutent ni la télé ni la radio ? L’évolution de la Société Radio-Canada depuis une bonne trentaine d’années illustre éloquemment cette attitude méprisante qui consiste à prendre le public en général pour une mare d’incultes et d’affaissés du cerveau, ou pour des accablés du boulot, lessivés par le travail au point d’en être presque abrutis.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecFaut-il rappeler à la haute direction de la SRC — c’est elle la responsable, et non ceux qu’elle chapitre manifestement dans le sens du poil le plus court — que c’est cette institution qui a, en grande partie, donné leur culture à tous ceux et celles qui ont plus de cinquante ans ? Et à une époque où l’école, elle, s’en chargeait pourtant encore, elle aussi, ce qu’elle ne fait plus guère. À cette époque, il y avait un véritable dialogue entre les deux, l’une appuyant l’autre.

La fin du dialogue

On a plutôt l’impression, désormais, que la facilité et la complaisance médiatiques dictent, au contraire, son attitude à l’école. Il n’y a en tout cas plus le moindre dialogue entre ces deux sphères pourtant capitales pour la constitution d’une communauté. Pas le moindre dialogue, parce que l’une a avalé l’autre. Et si ni l’école ni les médias ne se soucient de refonder la communauté, comme ils le devraient, quelle institution pourra bien le faire ? La religion ? Elle a volé en éclats de sectes, de superstitions, d’églises quasi confidentielles ou d’intégrismes plus ou moins avoués, comme celui de notre bon maire.

Le nivellement par le bas de la parole et de l’écoute, le refus de l’effort sur lequel se fonde ce nivellement, l’assimilation de toute opposition à de la violence, la peur du dialogue remplacé par l’assentiment complaisant ou la haine anonyme (voyez le niveau de discours des réseaux sociaux), tout cela emprisonne chacun d’entre nous dans un quant-à-soi imbécile et stérile.

On mesure jusqu’où peut aller notre enfermement si l’on ajoute encore à tous ces facteurs le fait que nos sphères privées les plus larges (et je ne parle même pas des « amis » Facebook) sont elles-mêmes des bulles où l’on pense sensiblement la même chose sur bien des sujets : par exemple, je n’ai, quant à moi, jamais rencontré quelqu’un qui ait voté pour le maire Tremblay, sauf à l’épicerie ou dans les transports en commun, seuls lieux, peut-être, avec l’hôpital, où un individu peut rencontrer des gens qui n’appartiennent pas à son monde.

Dès lors, quoi d’étonnant à ce qu’on ait les campagnes politiques que l’on a ? Notre culture n’est faite que de manies partagées avec un petit nombre, notre communauté n’est animée que d’intérêts minuscules, notre pensée politique ne repose que sur un individualisme soufflé au point de se croire universel alors qu’il est étriqué comme jamais, peut-être, dans l’histoire.

Duplessis pas mort

La majorité dite silencieuse est constituée, hélas, de gens qui ne veulent rien savoir ni de la politique ni de l’art ni de la culture ni de quoi que ce soit qui dépasse le  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecpain et les jeux des Romains de la décadence. La promesse d’emplois et l’appel aux intérêts les plus locaux font foi de tout et quand la majorité silencieuse se réveille en grognant, une fois tous les quatre ans, pour voter, un peu comme on rote, on lui parle son langage : le simplissime et « les vraies affaires », le retour des Nordiques et les mines d’amiante à jobs, la loi qui défait toutes les lois et l’ordre de tous les baillons.

Mais de quelles oubliettes obscures de l’histoire du Québec a donc bien pu sortir ce maire d’une municipalité du lac Saint-Jean qui prétendait se faire élire comme indépendant pour se joindre ensuite au parti victorieux ? Pourquoi élirions-nous à l’Assemblée nationale des gens qui ne s’intéressent qu’au bien de leur bled et sont prêts à avaler toutes les couleuvres idéologiques pour le servir ? N’est-ce pas ainsi, petit intérêt par petit intérêt, que Harper a conquis le Canada ? Et Jean Charest n’a-t-il pas tenté in extremis de nous faire le même coup ?

Prise entre une majorité qui se tait massivement pendant quatre ans et des « individus » qui gazouillent en prenant leurs pouces pour des neurones, mais ne font que répéter les mêmes quatre ou cinq « opinions » simplettes, les mêmes blagues tristounettes, les mêmes injures de cour d’école, que devient la démocratie dont tout le monde se gargarise ?

Je crois qu’elle fait, elle aussi, des bulles.

Dans son bain d’indifférence.

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecenseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).

Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.

Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.

Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.


Rétrospective : Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

5 août 2012

Que se cache-t-il derrière notre political correctness ?

Samedi dernier, ma copine et moi regardions la télé sur l’heure du dîner quand nous sommes tombés sur une reprise de l’émission Tout le Monde en Parlait, à Radio-Canada.

L’émission traitait d’un documentaire de l’ONF réalisé par Robert Favreau en 1975, intitulé Le Soleil a pas d’Chance, et qui porte sur le Carnaval de Québec, et plus particulièrement des Duchesses du Carnaval.

Le reportage (signé Caroline Gaudreault et Denis Roberge) nous montrait comment le documentaire de Favreau a choqué, surpris et même blessé des gens à sa sortie, en accusant le Carnaval de sexisme envers les jeunes femmes qui se présentaient au concours de Duchesses.

Plusieurs témoins de l’époque ont participé au reportage, réalisé l’an dernier (si je ne m’abuse). On y retrouve Favreau et sa collaboratrice France Capistran, qui défendent leur documentaire, ainsi que Pierre Villa (président du Carnaval en 1975) et Yves Chabot (qui sélectionnait les duchesses), offrant quant à eux un point de vue bien différent. Quelques anciennes duchesses viennent balancer le tout.

Le reportage s’avère des plus intéressants, surtout si l’on s’intéresse un tant soit peu à la question du féminisme.

Je n’ai pas vu le documentaire de Favreau, mais le reportage m’a donné le goût de le visionner. Apparemment, le film (d’environ 2 h 30) ne comporte aucune narration. Il s’agit simplement d’un exercice d’observation, où les images parlent d’elles-mêmes. On y voit – si je me fie à ce que le reportage télé montrait – de nombreuses scènes où les duchesses sont traitées comme des êtres sans cervelle, des idiotes qu’on parade sans que l’on s’intéresse à ce qu’elles peuvent penser. Certaines tombent d’épuisement dû aux exigences plutôt élevées que demande le rôle de duchesse. Et il est aberrant de voir (et surtout d’entendre), dans les extraits montrés,  les responsables de la sélection des duchesses – surtout Yves Chabot – faire preuve dans leurs propos d’un sexisme et d’une bêtise effarants.

Le documentaire, sorti en plein cœur de l’Année internationale de la Femme, a suscité de nombreux et houleux débats à l’époque, le Carnaval tentant – entre autres – de faire interdire sa distribution, en vain.

L’image des Duchesses a pris un vilain coup à la suite de ce documentaire, et le concours ne fut plus jamais le même, jusqu’à son annulation en 1996.

Aujourd’hui, en 2011, des sondages sont menés pour tenter de jauger l’intérêt du public envers cette compétition. Apparemment, 80 % de la population de Québec serait partante pour remettre sur pied le concours des Duchesses du Carnaval.

Comment justifie-t-on encore ce genre de compétition en 2011? Les Miss World, USA, Univers, les Duchesses ?

Des décennies de féminisme nous ont menés où ? À ça ? Et la question principale que je me pose : pourquoi les femmes continuent-elles de participer à ce genre d’événement dégradant ?

Et autre chose : comment les vieux machos, ceux qui avaient carte blanche avant que le « politically correct » ne prenne le dessus sur la

Robert Favreau

plupart des autres discours, se sentent-ils aujourd’hui ? Alors qu’on les musèle depuis des années, qu’on les sermonne, lorsqu’ils utilisent des expressions racistes, sexistes ou misogynes qui ont longtemps fait partie de leur vocabulaire ? J’imagine que souvent ça doit bouillir à l’intérieur.

Je voyais Pierre Villa dans le reportage qui regardait sur un écran derrière lui un extrait d’entrevue donnée par Robert Favreau en 1975, un jeune Favreau aux cheveux longs et moustache. Et Pierre Villa qui se retourne vers la caméra de Tout le Monde en Parlait et traite Favreau de « granola » et affirme ceci : « […] il y avait à une époque des gens qui avaient des styles qui ne correspondaient pas nécessairement à cette élite montante que nous étions, que nous essayions d’être. »

Ce genre de propos fait peur.

Et je ne me fais pas d’illusions sur le fait qu’une bonne partie de la population, bien que l’on croit naïvement avoir évacué de nombreux préjugés, continue d’entretenir en silence ce genre de pensée. Je n’ai qu’à penser à tout ce que je peux entendre dans mon entourage en termes de propos racistes et sexistes à peine déguisés en blagues pour m’en faire une idée.

L’animateur américain ultraconservateur Glenn Beck a déjà dit : « Political Correctness doesn’t change us, it shuts us up.

Voici un lien pour visionner l’épisode en question de Tout le Monde en Parlait. Cliquez ici.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

16 mai 2011

Que se cache-t-il derrière notre political correctness ?

Samedi dernier, ma copine et moi regardions la télé sur l’heure du dîner quand nous sommes tombés sur une reprise de l’émission Tout le Monde en Parlait, à Radio-Canada.

L’émission traitait d’un documentaire de l’ONF réalisé par Robert Favreau en 1975, intitulé Le Soleil a pas d’Chance, et qui porte sur le Carnaval de Québec, et plus particulièrement des Duchesses du Carnaval.

Le reportage (signé Caroline Gaudreault et Denis Roberge) nous montrait comment le documentaire de Favreau a choqué, surpris et même blessé des gens à sa sortie, en accusant le Carnaval de sexisme envers les jeunes femmes qui se présentaient au concours de Duchesses.

Plusieurs témoins de l’époque ont participé au reportage, réalisé l’an dernier (si je ne m’abuse). On y retrouve Favreau et sa collaboratrice France Capistran, qui défendent leur documentaire, ainsi que Pierre Villa (président du Carnaval en 1975) et Yves Chabot (qui sélectionnait les duchesses), offrant quant à eux un point de vue bien différent. Quelques anciennes duchesses viennent balancer le tout.

Le reportage s’avère des plus intéressants, surtout si l’on s’intéresse un tant soit peu à la question du féminisme.

Je n’ai pas vu le documentaire de Favreau, mais le reportage m’a donné le goût de le visionner. Apparemment, le film (d’environ 2 h 30) ne comporte aucune narration. Il s’agit simplement d’un exercice d’observation, où les images parlent d’elles-mêmes. On y voit – si je me fie à ce que le reportage télé montrait – de nombreuses scènes où les duchesses sont traitées comme des êtres sans cervelle, des idiotes qu’on parade sans que l’on s’intéresse à ce qu’elles peuvent penser. Certaines tombent d’épuisement dû aux exigences plutôt élevées que demande le rôle de duchesse. Et il est aberrant de voir (et surtout d’entendre), dans les extraits montrés,  les responsables de la sélection des duchesses – surtout Yves Chabot – faire preuve dans leurs propos d’un sexisme et d’une bêtise effarants.

Le documentaire, sorti en plein cœur de l’Année internationale de la Femme, a suscité de nombreux et houleux débats à l’époque, le Carnaval tentant – entre autres – de faire interdire sa distribution, en vain.

L’image des Duchesses a pris un vilain coup à la suite de ce documentaire, et le concours ne fut plus jamais le même, jusqu’à son annulation en 1996.

Aujourd’hui, en 2011, des sondages sont menés pour tenter de jauger l’intérêt du public envers cette compétition. Apparemment, 80 % de la population de Québec serait partante pour remettre sur pied le concours des Duchesses du Carnaval.

Comment justifie-t-on encore ce genre de compétition en 2011? Les Miss World, USA, Univers, les Duchesses ?

Des décennies de féminisme nous ont menés où ? À ça ? Et la question principale que je me pose : pourquoi les femmes continuent-elles de participer à ce genre d’événement dégradant ?

Et autre chose : comment les vieux machos, ceux qui avaient carte blanche avant que le « politically correct » ne prenne le dessus sur la

Robert Favreau

plupart des autres discours, se sentent-ils aujourd’hui ? Alors qu’on les musèle depuis des années, qu’on les sermonne, lorsqu’ils utilisent des expressions racistes, sexistes ou misogynes qui ont longtemps fait partie de leur vocabulaire ? J’imagine que souvent ça doit bouillir à l’intérieur.

Je voyais Pierre Villa dans le reportage qui regardait sur un écran derrière lui un extrait d’entrevue donnée par Robert Favreau en 1975, un jeune Favreau aux cheveux longs et moustache. Et Pierre Villa qui se retourne vers la caméra de Tout le Monde en Parlait et traite Favreau de « granola » et affirme ceci : « […] il y avait à une époque des gens qui avaient des styles qui ne correspondaient pas nécessairement à cette élite montante que nous étions, que nous essayions d’être. »

Ce genre de propos fait peur.

Et je ne me fais pas d’illusions sur le fait qu’une bonne partie de la population, bien que l’on croit naïvement avoir évacué de nombreux préjugés, continue d’entretenir en silence ce genre de pensée. Je n’ai qu’à penser à tout ce que je peux entendre dans mon entourage en termes de propos racistes et sexistes à peine déguisés en blagues pour m’en faire une idée.

L’animateur américain ultraconservateur Glenn Beck a déjà dit : « Political Correctness doesn’t change us, it shuts us up.

Voici un lien pour visionner l’épisode en question de Tout le Monde en Parlait. Cliquez ici.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


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