Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

11 novembre 2015

Le théâtre comme outil de socialisation

J’attends encore.  J’attends de voir qui va réagir en premier.  Qui va décider de me « unfriender » surchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec Facebook parce que j’écris parfois/souvent mes statuts en anglais, ou dans les deux langues.

J’attends de voir lesquels de mes amis sont des séparatistes purs et durs, lesquels sont intolérants envers la langue anglaise, lesquels me traiteront de vendu ou de quelque chose dans le genre.  En fait, j’ignore s’il y en a parmi eux, mais je suis curieux.  Une sorte de curiosité malsaine, si l’on veut…

Ce qui me fascine depuis mon arrivée en Ontario, et j’en ai probablement déjà parlé, c’est de voir l’intérêt des gens pour la langue française.  S’ils ne savent pas la parler, ils s’en excusent sincèrement.  J’en suis surpris parce qu’en grandissant au Québec, j’avais une impression tout autre du regard que les Anglos de l’extérieur de la province portaient sur nous.

La plupart des gens ici envoient leurs jeunes enfants en immersion française.  La culture québécoise les intéresse, comme en témoigne l’écoute attentive des étudiants lors des cours de ma copine, ainsi que leur participation active aux discussions sur les divers sujets qu’elle enseigne et qui concernent La Belle Province.

Au-delà de ça, il y a le sentiment d’acceptation que je reçois de la part des autres.  Jamais je n’ai été jugé, jamais on ne m’a fait sentir « à part ».  J’ai toujours été inclus dans les discussions, on me questionne avec intérêt, et j’ai des conversations passionnantes avec toutes sortes de personnes de toutes les provenances.  Peterborough en Ontario est un curieux melting pot de gens de tous les coins du monde et de tous les milieux.

Le milieu artistique ici est très vivant.  La communauté théâtrale est florissante, et de faire partie du Rocky Horror Show cet automne, spectacle sur lequel je travaille depuis trois mois, m’a grandement aidé à créer des liens qui seront, je l’espère, durables.  Je commence à avoir des projets et même des amis !

D’ailleurs, j’ai connu des gens dans le passé qui faisaient du théâtre simplement pour améliorer leurs capacités oratoires dans le but d’obtenir une promotion au travail, ou pour d’autres raisons.  Si vous cherchez une activité stimulante, sociale et amusante, le théâtre est tout indiqué, et ce, même si vous êtes débutants.  Je vous le recommande fortement !  On en apprend tous les jours sur soi-même, à tout âge, et le corps humain est un outil de travail fascinant.

La crème de la crème des podcasts québécois

Je vous ai parlé de podcasts récemment, mais laissez-moi revenir brièvement sur le sujet, car le 12 octobre dernier avait lieu à Montréal le Podcast All-Stars, un événement qui réunissait certaines personnalités derrière les podcasts les plus populaires au Québec.

Un genre « d’états généraux » sur le médium.  Pendant deux heures, il fut question de publicité et de possibles revenus pour les podcasteurs, de l’interaction avec le public et de l’influence qu’a celui-ci sur les sujets qu’abordent les divers podcasts, du choix des sujets en général, des balises que s’imposent les podcasteurs et de plusieurs autres questions importantes.

Si cela vous intéresse, vous pouvez écouter cet épisode en cliquant ici.

Bien que le médium du podcast soit encore un ovni au Québec, et que cette forme de communication ne soit pas prise au sérieux par la majorité des gens, ses acteurs principaux travaillent d’arrache-pied pour mieux la faire connaître.  Un tout nouveau réseau a d’ailleurs été créé et lancé lors de cette même soirée : RZO.

RZO regroupe (pour l’instant) 14 podcasts parmi les plus populaires au Québec.  Tous francophones, tous établis depuis un certain temps.  Leur public respectif est fidèle, et leur contenu riche et diversifié.  Allez jeter un coup d’œil au site web de RZO, un site convivial et simple.  Le but est de rendre accessible ce qui se fait de mieux en terme de podcast au Québec, en réunissant tout sous le même toit.  Ainsi, le public peut plus facilement s’y retrouver, autant les habitués que les néophytes.  L’union fait la force, quoi !

Un podcast peut être écouté en tout temps : en voiture, à pied, en faisant le ménage ou la vaisselle, en travaillant, etc.  Son avantage majeur sur la radio commerciale est sa grande liberté en ce qui a trait aux sujets abordés et à la longueur des interventions, débats et discussions.  Comme toute médaille possède deux côtés, il y a aussi place aux dérapages et au langage inapproprié, mais en général ça reste semi-professionnel, du moins en ce qui concerne les podcasts sélectionnés pour faire partie de RZO.

Si personne n’est payé dans ce milieu, et que le tout n’est pas pris au sérieux comme il le devrait, c’est la passion qui nourrit principalement les podcasteurs, et c’est cette passion contagieuse qui fait en sorte qu’on y revient.

J’ai l’immense chance de m’être joint à l’équipe de Horreur Gamer, un podcast qui traite principalement de cinéma d’horreur, une grande passion en ce qui me concerne.  J’ai participé à deux épisodes jusqu’à présent, et l’expérience fut incroyablement bonne.  Mon passage au micro fut apprécié et suivi de très bons commentaires, et j’y retournerai régulièrement.  J’ai découvert dans le podcast une avenue pour communiquer mes opinions et parler de mes sujets de prédilection de manière ludique, interactive, ce qui change de communiquer par l’entremise d’un clavier et de derrière un écran.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecIl en existe sur tous les sujets possibles, alors fouillez.  RZO est tout nouveau, mais son offre augmentera et se diversifiera avec le temps.  Le podcast mérite sa place dans le monde des communications.  Il s’agit d’une excellente option de rechange à la radio traditionnelle.

Ça me rappelle un peu le film Pump Up The Volume, dans lequel Christian Slater jouait le rôle d’un étudiant timide qui, le soir venu, se transformait en animateur d’une radio pirate dans son sous-sol et qui incitait les jeunes à se révolter contre le système en leur lançant la phrase : « Dites des horreurs ! »

Le podcast en général est plus poli, mais c’est un moyen démocratique de faire les choses différemment.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et dechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec cinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

7 août 2015


Grace Kelly, l’exposition (reprise)chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Lors d’un séjour récent à Montréal, j’en ai profité pour visiter l’exposition De Philadelphie à Monaco : Grace Kelly — au-delà de l’icône présentée au Musée McCord.

La célèbre Américaine est l’une de mes actrices préférées et selon moi, l’une des plus belles femmes qui n’aient jamais existé.  Je me devais donc d’aller visiter cette exposition qui est de passage dans la métropole jusqu’en octobre.

On y découvre plusieurs des robes ayant appartenu à l’actrice devenue princesse.  Ses goûts raffinés, résultat de son éducation de qualité, se déployaient notamment à travers ses vêtements, et c’est en grande partie ce que l’exposition met en valeur.

Je ne suis pas au départ un amateur de mode vestimentaire ou de haute couture, mais ces robes et vêtements divers sont souvent très beaux (et comme ma blonde le faisait remarquer, certains pourraient encore être portés fièrement aujourd’hui).

J’ai été impressionné simplement par le fait que cette femme que j’idolâtre a réellement porté ces tenues.  J’ai été étonné par sa taille très fine (taille des mannequins sur lesquels se trouvent les robes, calquée sur la sienne), d’avoir le sentiment à quelques reprises de me retrouver près d’elle, d’entrer dans son univers.

Tout au long de la visite, on découvre des affiches de films, des bandes-annonces de films sur divers écrans, ainsi que d’autres moments de sa vie — comme son passage d’actrice à princesse, son mariage, sa vie de famille…  Tout ceci se décline en films personnels, lettres manuscrites, photos et, bien sûr, encore des robes.  Sa robe de mariage civil y est exposée, ainsi que ses divers vêtements de voyage avec accessoires (sacs, gants, chapeaux, etc.).

On retrouve également une pièce complète où nous est expliqué son rôle « d’ambassadrice » des arts à Monaco, grâce notamment à ses contacts hollywoodiens.  On y trouve de magnifiques robes de bal, portées lors d’événements de charité, de galas, etc.  J’ai particulièrement aimé cette pièce où son côté théâtral et son amour pour les arts sont mis en valeur.

Ma copine faisait remarquer que l’exposition nous en apprend peu sur sa biographie.  Qu’il faut avoir un minimum de connaissances sur Grace Kelly avant d’y entrer.  Et c’est vrai.  Vous ne saurez pas grand-chose sur sa naissance, et encore moins sur sa mort tragique.  L’exposition met surtout l’accent sur ses goûts en matière de vêtements et sur son apport en général à la communauté de Monaco.

Mais pour un court voyage dans l’univers de cette femme remarquable, je vous conseille fortement d’y aller.  J’ai été charmé et j’y retournerais volontiers.  En sortant du musée, je n’avais qu’une envie : me replonger dans sa filmographie et me laisser charmer à nouveau par cette femme fascinante…

Jadea Kelly, le spectacle

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecMême patronyme, mais un autre genre d’artiste…

Je vous en parlais à la toute fin d’une récente chronique.  Originaire de Whitby en Ontario, cette jeune chanteuse qui vient de lancer un magnifique album, Clover, était de passage par chez moi à la fin juin.

Ma copine et moi, déjà sous le charme de l’album depuis quelques semaines, avons donc décidé d’aller nous faire bercer par la douce voix et les ensorcelantes mélodies de cette artiste.  Et le charme a opéré sur scène, autant que lors des écoutes répétées du disque.

Sa voix est limpide, précise.  Si la chanteuse manque un peu d’assurance, et qu’elle s’appuie peut-être un peu trop sur les membres de son groupe, surtout sa claviériste – dont le nom m’échappe pour le moment –, elle compense par son talent de chanteuse, sa sincérité et sa sympathique candeur.

Après le concert, nous avons pu facilement approcher l’artiste pour la féliciter.  Le spectacle se tenait dans un petit café que nous aimons beaucoup, qui force en quelque sorte la proximité avec les artistes de par l’étroitesse des lieux.  Mais ces rencontres se font toujours dans la bonne humeur, sentiment qui règne dans l’endroit chaque fois que nous y allons.  Et Jadea Kelly a semblé très heureuse d’entendre nos bons mots.  En rentrant à la maison, nous avions le sourire aux lèvres, ayant passé une superbe soirée.

Pour en apprendre davantage sur cette jeune chanteuse, rendez-vous sur son site officiel : DarthJadea.com

Rocky Horror

Le 28 juin dernier, je me suis présenté à des auditions pour une production locale de The Rocky Horror Show.

J’ai un background en théâtre (j’ai joué dans diverses productions et courts-métrages du secondaire à l’université).  C’est un métier qui m’a toujours fasciné et attiré.  C’est ce qui s’apparente le plus à une forme d’ambition que j’aurais pu avoir dans ma vie.  En effet, je ne suis pas très ambitieux, mais je n’ai jamais totalement abandonné l’espoir de devenir acteur.

Donc, The Rocky Horror Show.  Si vous connaissez la version cinématographique de 1975 (The Rocky chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecHorror Picture Show, de Jim Sharman), vous savez de quoi il s’agit.  C’est une comédie musicale rock’n’roll, à saveur sexy, qui célèbre la différence, la marginalité.

J’ai vu le film pour la première fois en octobre 1993 (c’est souvent perçu comme un film d’Halloween).  C’était à Musique Plus, avec des sous-titres ridicules.  Mais je me suis reconnu dans ce film.  Je me sentais différent.  J’étais un ado à la recherche de moi-même.  Ce film me parlait.

Vingt ans plus tard, j’y obtiens un rôle.  Oui, en octobre prochain, je jouerai le rôle de Riff Raff dans cette production locale de la pièce !  Le rôle même que le créateur de la pièce, Richard O’Brien, jouait sur scène et dans le film.  Pas un petit rôle…

Alors, « let’s do the time warp again… », et on se reparle bientôt.

Lorsque vous lirez ceci, je serai à Londres, pour un voyage de 10 jours.  Mon premier séjour en dehors de l’Amérique du Nord.  Je vous en ferai un compte-rendu à mon retour !

Comme disent les Anglais : « Ta-ta ! »

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Il a fait chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

1 juin 2014

Rocky, la comédie musicale

Dans le cadre de mes fonctions de critique musical, je suis tombé récemment sur un tout nouvel album men rocky balboa actors rocky the movie sylvester stallone rocky 1976_wallpaperswa.com_7plutôt curieux : l’enregistrement de la troupe originale de la comédie musicale Rocky.

Et je ne parle pas ici du célèbre Rocky Horror Picture Show, non. Il s’agit d’une adaptation pour la scène du film de 1976 réalisé par John G. Avildsen et écrit par Sylvester Stallone, dans lequel celui-ci interprète le rôle d’un boxeur talentueux, mais malchanceux qui se voit offrir l’opportunité d’affronter un champion mondial, et est ainsi élevé au rang de héros improbable du peuple.

Une comédie musicale sur Rocky Balboa ? Sérieusement ? Vous me faites marcher, non ? Eh bien non… L’œuvre fut créée il y a deux ans, à Hambourg, et la production fut transférée récemment à Broadway. Le disque vient tout juste d’être lancé. Et laissez-moi vous dire : c’est mauvais ! C’est d’une bêtise sans nom. Pour vous donner une idée, l’une des premières chansons s’intitule My Nose Ain’t Broken (mon nez n’est pas cassé), une ballade sirupeuse sur fond de guitare acoustique dans laquelle Rocky Balboa chante ses doutes et ses peurs (avec une voix qui ne ressemble en rien à celle de Stallone, ce qui n’est peut-être pas si mal quand on y réfléchit…), et où le personnage fait des liens boiteux entre lui-même et Rocky Marciano, tout en décrivant la petite misère qu’est son quotidien.

C’est… terrible. Et pourtant, je fouille sur le web et je vois que les critiques sont excellentes. Apparemment, le spectacle est un succès.

Je peux comprendre l’attrait. Je suis un grand amateur de la franchise cinématographique Rocky. Mais – et c’est un amoureux des comédies musicales de toutes époques qui écrit ceci — jamais, JAMAIS, je n’ai rêvé ni souhaité voir ce récit raconté en chansons.

L’album contient une abominable version de Eye of the Tiger, des « training montages », tels ceux qui ont fait la réputation de ces films, et une foule d’autres moments qui font grincer des dents. Si je n’avais pas la certitude que le projet est sérieux, j’aurais pu facilement croire qu’il s’agit d’une parodie. D’un autre côté, je sais que Broadway a présenté au cours des dernières années des productions extrêmement dispendieuses d’adaptations de films telles que Spider Man, alors le phénomène n’est pas nouveau.

Broadway, qui à une époque fouillait dans les œuvres littéraires obscures et moins obscures pour trouver le matériel source de ses pièces musicales, préfère aujourd’hui offrir à son public des trucs commerciaux, avec lesquels ce dernier est familier. Ce public, qui se laisse difficilement attirer hors de son séjour, doit en avoir plein la vue et surtout ne pas être confronté à des textes et à des personnages trop complexes. Il faut attirer dans les théâtres les touristes bedonnants et un public de plus en plus culturellement illettré, et quoi de mieux pour cela que l’histoire archiconnue du petit boxeur sympathique, l’underdog américain par excellence que tout le monde aime déjà ?

J’aime les comédies musicales quand c’est bien fait. Et je sais d’expérience qu’on ne peut juger une production sur le simple album de la troupe. Cependant, en tant qu’élément promotionnel pour le spectacle, le disque ne réussit pas à me donner envie de voir Rocky, la comédie musicale. Heureusement que j’y ai eu accès gratuitement (et légalement), car je ne paierais aucunement pour ce produit déplorable. Mais bon, ça m’a bien fait rire. Il y a au moins ça de positif…

Rosemary’s Baby, la conclusion

rosemary_s_baby_nbc_serieLaissez-moi revenir un instant sur la deuxième partie de la minisérie Rosemary’s Baby présentée récemment au réseau NBC. Je vous ai parlé de la première partie dans la chronique précédente, et je vous ai fait part de mon mécontentement face à cette nouvelle mouture du récit d’Ira Levin. Conclusion suite au visionnement de la deuxième et dernière partie : tenez-vous loin de cette version ! La finale est vaguement plus intéressante que les deux premières heures, mais l’ensemble est une bien mièvre adaptation, bourrée de clichés, de dialogues creux et de performances risibles. Vous serez mieux servi par le film de Roman Polanski, ou le roman original.

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Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

17 novembre 2013

Un show de fifs…

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 Je pourrais facilement qualifier plusieurs œuvres de marquantes dans ma vie.  Et, par coïncidence, elles arrivèrent toutes (ou presque) à l’adolescence.  Ce qui confirme que les expériences vécues à cet âge sont les plus susceptibles de s’incruster en nous, comme j’en parlais dans une chronique précédente.

Il y eut différents films, des albums, des romans, et plusieurs œuvres diverses qui m’ont grandement influencé.  Toutefois, The Rocky Horror Picture Show occupe une place particulière dans mon cœur.

Si vous connaissez le film ou le spectacle de Richard O’Brien dont il est tiré, vous savez donc déjà qu’il s’agit de l’histoire d’un jeune couple banal (et virginal) qui, à la suite des fiançailles, décide de rendre visite au professeur qui fut à l’origine de leur rencontre.  En chemin, une crevaison les force à sonner à la porte d’un château lugubre où ils feront la connaissance de Frank ‘n Furter et de ses mystérieux serviteurs.  Frank est un savant fou et travesti qui est sur le point de révéler sa nouvelle création, un homme musclé et parfait du nom de Rocky Horror.

En dire davantage ne rendrait service ni à l’œuvre ni au possible spectateur que vous pourriez devenir.  The Rocky Horror Show (ou Picture Show, dans le cas du film) se doit d’être vécu, ressenti.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est que, de juillet à octobre, j’ai été plongé dans l’univers de Richard O’brien comme jamais auparavant.  Je vous en ai déjà parlé en juillet dernier, donc nul besoin de tout raconter de nouveau.  Seulement, je voudrais revenir quelques instants sur l’expérience que fut le show.

Bien qu’il ne s’agisse pas de mon premier spectacle de théâtre ici, à Peterborough, c’était par contre le premier qui était de calibre professionnel.  Sans être rémunérés, nous étions entourés d’une équipe hors-pair.  Maquilleuses, costumière, techniciens, etc.  L’équipe était grande pour un spectacle de théâtre communautaire, surtout qu’il s’agissait là du premier spectacle de ce collectif, portant le nom de The Motley Collective.  Les deux filles à la tête de la formation, Amy M. Cummings et Jessica Lynch, deux habituées du monde du théâtre communautaire dans la région, ont fait un travail de gestion, d’organisation et de direction totalement remarquable.  Entre leurs mains, je me sentais en sécurité.

Mes craintes furent nombreuses au fil des mois : premièrement, la crainte de danser, de ne pas pouvoir apprendre les nombreux pas et figures requis pour les chorégraphies élaborées et conçues par Ali Campion.  Mais j’y suis parvenu.  Il faut se faire confiance dans la vie…  Ensuite fut celle de la langue ; je suis francophone d’origine, entouré d’acteurs anglophones.  La pièce originale est anglaise, mais il m’est impossible de recréer un accent british.  Au fil des mois, de nombreuses sorties dans les bars et partys avec la bande d’acteurs, j’ai pu me dégêner et créer des liens que je pense solides avec certaines personnes de la distribution.  Tous et toutes furent extrêmement accueillants dès le départ, ils m’ont tous supporté et encouragé et ont vu en moi quelque chose dont je ne soupçonnais pas l’existence.  Et le personnage s’est retrouvé, au final, avec un accent français.  Personne n’y a vu de problème.

Et puis vint la question du chant.  Mon rôle, Riff Raff, était joué à l’origine par l’auteur de la pièce (et dans le film).  Sa voix est aigüe et nasillarde.  De toutes les chansons du film, celles que j’ai fredonnées le moins souvent dans ma vie furent celles de Riff Raff, parce que difficiles à chanter.  Disons seulement que lors des premières répétitions des chansons, j’étais terrorisé.  Et le résultat fut très ordinaire (selon moi).

Mais, après un cours de chant avec la fabuleuse Pamela Birrell, professeure locale et chanteuse extraordinaire, une seule session de 30 minutes (attrapée au vol dans son horaire surchargé), quelque chose s’est débloqué en moi.  Cette femme, qui possède sûrement des pouvoirs magiques, a libéré quelque chose en moi qui restait coincé depuis toujours.  Lorsque je chantai à la répétition suivante, ce fut comme voir les quatre chaises se tourner spontanément à l’émission The Voice.  La réaction des membres de la distribution face au son qui sortait de ma bouche valait de l’or.  Ce moment est gravé à tout jamais dans ma tête.

Il y eut ensuite les superbes costumes, résultat du travail acharné de la mère de l’une des actrices.  Et les sessions photo pour l’affiche et le programme.

D’ailleurs, j’ai eu écho que quelqu’un de mon entourage, qui ne connaît ni le spectacle ni le film, a posé la question suivante en voyant nos photos et, donc, les personnages en bas résille : « C’est un show de fifs ? »

Vous savez quoi ?  La question ne s’est jamais posée dans mon esprit quand j’ai vu le film pour la première fois à la télé en 1993.

Des travestis, des relations sexuelles entre personnes du même sexe ?  Évidemment, cette œuvre traite d’ambiguïté sexuelle.  Mais à 16 ans, ce n’est pas ce qui est venu me chercher.  Probable que mon identité sexuelle, à cet âge, était déjà assez définie.  Je me savais straight et assuré dans ma sexualité.  Je ne me posais pas de question à ce sujet.

Ce qui m’a plu dans ce film, c’est le message.  La musique aussi, bien sûr ; l’histoire, le jeu des acteurs (en particulier Tim Curry), etc.  Mais principalement, ce fut le message.  À la fin du spectacle, les personnages entonnent le désormais célèbre :  Don’t dream it, be it.  Ne le rêvez pas.  Soyez-le.

The Rocky Horror Show c’est plus qu’un show de « fifs ».  C’est une œuvre sur l’acceptation de la différence.  Un show qui glorifie la marginalité.  L’adolescent timide et maladroit que j’étais y a trouvé refuge à l’époque et, 20 ans plus tard, alors que j’étais malheureux dans une ville étrangère, le spectacle m’a permis de trouver une nouvelle famille.  Des amis que je chéris de tout mon cœur, avec qui j’espère travailler de nouveau, un groupe de gens tous plus fabuleux les uns que les autres qui m’ont accepté totalement, sans discrimination, et qui m’ont fait sentir que j’étais partie intégrante d’un tout.

Et ça, ça n’a pas de prix.  Ce que j’ai vécu au cours des dernières semaines restera à jamais gravé dans mon esprit.  Lors des quatre représentations, pour lesquelles la critique fut incroyablement positive, j’ai prix un plaisir fou à fouler la scène en chantant The Time Warp et à jouer aux côtés de ces acteurs merveilleux, et j’aurais fait cela pendant plusieurs semaines si possible.

Aujourd’hui, j’entrevois mon avenir dans ma ville ontarienne avec de nouveaux yeux.  Davantage de portes semblent s’être ouvertes.  À moi d’oser franchir leur pas.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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