Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

11 novembre 2015

Le théâtre comme outil de socialisation

J’attends encore.  J’attends de voir qui va réagir en premier.  Qui va décider de me « unfriender » surchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec Facebook parce que j’écris parfois/souvent mes statuts en anglais, ou dans les deux langues.

J’attends de voir lesquels de mes amis sont des séparatistes purs et durs, lesquels sont intolérants envers la langue anglaise, lesquels me traiteront de vendu ou de quelque chose dans le genre.  En fait, j’ignore s’il y en a parmi eux, mais je suis curieux.  Une sorte de curiosité malsaine, si l’on veut…

Ce qui me fascine depuis mon arrivée en Ontario, et j’en ai probablement déjà parlé, c’est de voir l’intérêt des gens pour la langue française.  S’ils ne savent pas la parler, ils s’en excusent sincèrement.  J’en suis surpris parce qu’en grandissant au Québec, j’avais une impression tout autre du regard que les Anglos de l’extérieur de la province portaient sur nous.

La plupart des gens ici envoient leurs jeunes enfants en immersion française.  La culture québécoise les intéresse, comme en témoigne l’écoute attentive des étudiants lors des cours de ma copine, ainsi que leur participation active aux discussions sur les divers sujets qu’elle enseigne et qui concernent La Belle Province.

Au-delà de ça, il y a le sentiment d’acceptation que je reçois de la part des autres.  Jamais je n’ai été jugé, jamais on ne m’a fait sentir « à part ».  J’ai toujours été inclus dans les discussions, on me questionne avec intérêt, et j’ai des conversations passionnantes avec toutes sortes de personnes de toutes les provenances.  Peterborough en Ontario est un curieux melting pot de gens de tous les coins du monde et de tous les milieux.

Le milieu artistique ici est très vivant.  La communauté théâtrale est florissante, et de faire partie du Rocky Horror Show cet automne, spectacle sur lequel je travaille depuis trois mois, m’a grandement aidé à créer des liens qui seront, je l’espère, durables.  Je commence à avoir des projets et même des amis !

D’ailleurs, j’ai connu des gens dans le passé qui faisaient du théâtre simplement pour améliorer leurs capacités oratoires dans le but d’obtenir une promotion au travail, ou pour d’autres raisons.  Si vous cherchez une activité stimulante, sociale et amusante, le théâtre est tout indiqué, et ce, même si vous êtes débutants.  Je vous le recommande fortement !  On en apprend tous les jours sur soi-même, à tout âge, et le corps humain est un outil de travail fascinant.

La crème de la crème des podcasts québécois

Je vous ai parlé de podcasts récemment, mais laissez-moi revenir brièvement sur le sujet, car le 12 octobre dernier avait lieu à Montréal le Podcast All-Stars, un événement qui réunissait certaines personnalités derrière les podcasts les plus populaires au Québec.

Un genre « d’états généraux » sur le médium.  Pendant deux heures, il fut question de publicité et de possibles revenus pour les podcasteurs, de l’interaction avec le public et de l’influence qu’a celui-ci sur les sujets qu’abordent les divers podcasts, du choix des sujets en général, des balises que s’imposent les podcasteurs et de plusieurs autres questions importantes.

Si cela vous intéresse, vous pouvez écouter cet épisode en cliquant ici.

Bien que le médium du podcast soit encore un ovni au Québec, et que cette forme de communication ne soit pas prise au sérieux par la majorité des gens, ses acteurs principaux travaillent d’arrache-pied pour mieux la faire connaître.  Un tout nouveau réseau a d’ailleurs été créé et lancé lors de cette même soirée : RZO.

RZO regroupe (pour l’instant) 14 podcasts parmi les plus populaires au Québec.  Tous francophones, tous établis depuis un certain temps.  Leur public respectif est fidèle, et leur contenu riche et diversifié.  Allez jeter un coup d’œil au site web de RZO, un site convivial et simple.  Le but est de rendre accessible ce qui se fait de mieux en terme de podcast au Québec, en réunissant tout sous le même toit.  Ainsi, le public peut plus facilement s’y retrouver, autant les habitués que les néophytes.  L’union fait la force, quoi !

Un podcast peut être écouté en tout temps : en voiture, à pied, en faisant le ménage ou la vaisselle, en travaillant, etc.  Son avantage majeur sur la radio commerciale est sa grande liberté en ce qui a trait aux sujets abordés et à la longueur des interventions, débats et discussions.  Comme toute médaille possède deux côtés, il y a aussi place aux dérapages et au langage inapproprié, mais en général ça reste semi-professionnel, du moins en ce qui concerne les podcasts sélectionnés pour faire partie de RZO.

Si personne n’est payé dans ce milieu, et que le tout n’est pas pris au sérieux comme il le devrait, c’est la passion qui nourrit principalement les podcasteurs, et c’est cette passion contagieuse qui fait en sorte qu’on y revient.

J’ai l’immense chance de m’être joint à l’équipe de Horreur Gamer, un podcast qui traite principalement de cinéma d’horreur, une grande passion en ce qui me concerne.  J’ai participé à deux épisodes jusqu’à présent, et l’expérience fut incroyablement bonne.  Mon passage au micro fut apprécié et suivi de très bons commentaires, et j’y retournerai régulièrement.  J’ai découvert dans le podcast une avenue pour communiquer mes opinions et parler de mes sujets de prédilection de manière ludique, interactive, ce qui change de communiquer par l’entremise d’un clavier et de derrière un écran.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecIl en existe sur tous les sujets possibles, alors fouillez.  RZO est tout nouveau, mais son offre augmentera et se diversifiera avec le temps.  Le podcast mérite sa place dans le monde des communications.  Il s’agit d’une excellente option de rechange à la radio traditionnelle.

Ça me rappelle un peu le film Pump Up The Volume, dans lequel Christian Slater jouait le rôle d’un étudiant timide qui, le soir venu, se transformait en animateur d’une radio pirate dans son sous-sol et qui incitait les jeunes à se révolter contre le système en leur lançant la phrase : « Dites des horreurs ! »

Le podcast en général est plus poli, mais c’est un moyen démocratique de faire les choses différemment.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et dechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec cinéma. Ila fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

29 décembre 2013

Souhaits

Alors que j’écris ceci, un air de Noël joue à la radio et ma mère prépare son repas du 25 décembre. Dans 432295_10151130281416193_857073040_squelques heures, nous serons plusieurs réunis autour de la table, et le vin coulera à flots.

J’aimerais prendre un moment pour vous remercier sincèrement, vous chers lecteurs et lectrices du Chat Qui Louche. Votre fidélité, votre grand nombre et votre enthousiasme pour nos textes nous poussent tous et toutes à continuer et à développer nos styles différents et à tenter de toujours vous offrir un produit de grande qualité. Je suis honoré de faire partie de cette merveilleuse équipe.

L’année 2013 fut riche en changements pour moi. Je suis passé d’une sorte de déprime dans une ville étrangère à une extase en renouant avec l’un de mes premiers amours, le théâtre, et ce faisant, je me suis fait une foule d’amis et de contacts professionnels.

Pour 2014, je me souhaite plusieurs choses.

Je veux tout d’abord faire mon premier semi-marathon. Tout est prévu à cet effet ; ça sera le 23 février, dans ma ville de Peterborough, là où ma passion pour la course est née. Cela occupe toutes mes pensées et ma détermination est énorme.

Je songe également à suivre une formation pour devenir entraîneur et ainsi aider les gens qui veulent se remettre en forme, comme je l’ai fait. J’aimerais partager mon expérience. Cela me passionne énormément.

À ce sujet, je me souhaite un job. Quelque chose qui me permette de vivre et non de vivoter, et de cesser de me « faire vivre par ma blonde », ce qui est pratiquement le cas présentement. Il n’y a rien de mal là-dedans, au contraire. C’est le genre de sujet que j’évite avec les « vieux » dans le temps des fêtes, mais sinon, il faut vivre avec son temps. Mais j’aimerais simplement être plus indépendant financièrement. La vie de pigiste n’est pas toujours facile…

Je souhaite que des projets auxquels je me suis joint, tels que le magazine Muse et RZO, de croitre et de toucher le plus grand public possible.

fashion_scans_remastered-doutzen_kroes-muse-fall_2011-scanned_by_vampirehorde-hq-1Muse est un nouveau genre de magazine, qui veut faire appel aux lectrices et lecteurs  qui ne se reconnaissent pas dans les publications « pour femmes » sur le marché actuel. Si le projet, dans le moment en campagne de socio-financement sur Kickstarter, voit le jour, il se pourrait je que j’y joue un rôle comme rédacteur.

En ce qui a trait à RZO, je vous en ai parlé, il s’agit d’un regroupement de baladodiffusions québécoises, les meilleures sur le web, choisies et répertoriées pour vous. Je fais partie de l’équipe d’Horreur Gamer et ma participation  à ce projet s’est avérée être l’une des choses les plus positives qui me soient arrivées en 2013.

Et je souhaite que ma collaboration au Chat Qui Louche dure encore longtemps, car cette tribune qui me permet de partager mes passions et états d’âmes avec vous me tient beaucoup à cœur.
Joyeux temps des fêtes, et une heureuse année 2014 à chacun de vous.  Que vos souhaits les plus chers se réalisent !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…*

28 novembre 2013

Renouveau

Tara Oram

Peut-on encore qualifier cette chronique d’urbaine ?

Depuis deux semaines, je suis résident de Peterborough, bourgade au cœur de la région des Kawarthas en Ontario. Entourée de champs, de fermes, de boisés, de parcs et de magnifiques lacs, Peterborough est une ville semblable (en terme de population) à ma ville de naissance, Jonquière.

Mais son économie semble être plus vivante, et la vie plus dynamique. Les gens sont souriants et paisibles  – quoique cela soit peut-être attribuable aux vacances et à la belle température. L’université de Trent, où ma copine enseigne depuis un an, attire des gens de toutes cultures et ethnies, peuplant la ville de résidents très diversifiés et ouverts au monde, à la différence.

À Peterborough, on trouve d’excellents restaurants et bars. Je ne saurais trop vous recommander le St. Veronus, qui se retrouve ce mois-ci dans un palmarès du magazine Toronto Life. Restaurant belge, le St.Veronus offre une quantité très respectable de bières belges et d’ailleurs (dont le Québec), et des plats tous plus délicieux les uns que les autres, servis dans des assiettes bien garnies.

Parlant de bière, j’ai retrouvé au Beer Store du coin ma bière préférée d’été, la St-Ambroise à l’abricot. Et dire que je craignais de m’ennuyer de Montréal…

À Jackson Park, j’ai entrepris quelque chose que je voulais faire depuis longtemps, soit la course à pied. J’y vais tous les deux jours, et l’endroit est des plus charmants. Le Sentier transcanadien traverse Jackson Park, et plusieurs autres sentiers permettent de courir en toute quiétude. On peut aller s’y promener, aller pêcher dans les étendues d’eau qui s’y trouvent, se balader en amoureux ou tout simplement prendre l’air en admirant la nature. Canards, martins-pêcheurs, écureuils et autres s’y côtoient.

Si vous aimez la musique en plein air, le Little Lake Music Fest est pour vous. Situé au Del Crary Park, en bordure de la rivière Otonabee et de la marina de Peterborough, le festival dure tout l’été et vous offre une variété de spectacles pour tous les goûts. Cet été, Carly Rae Jepsen, Hanson, Ramin Karimloo, Monkeyjunk, Jimmy Rankin, ainsi que des hommages à Elton John, John Denver, Chicago et autres font partie du festival. Et tous ces spectacles sont gratuits, et attirent de grandes foules.

Kathleen Edwards

D’ailleurs, tout au long de l’année, de nombreux artistes passent par Peterborough. Vous pouvez assister à un spectacle du vrai Elton John en septembre prochain au Memorial Centre. Des artistes de diverses statures, tels que Sarah Slean, The Good Lovelies, Kathleen Edwards, ou I Mother Earth s’arrêtent à Peterborough.

Vous pouvez également, comme je l’ai fait dès mes premiers jours ici, aller à la boutique de vinyles Bluestreak, sur la rue George, pour trouver tout ce que l’amateur de disques en vous recherche. Tenue par Éric Haines, le petit frère de la chanteuse du groupe Metric, la boutique tient une bonne sélection d’albums, neufs et usagés. Et dire que je craignais m’ennuyer de Montréal…

En été, on court les plages, et la région des Kawarthas en offre plusieurs. Vous pouvez vous rendre dans la magnifique petite ville de Coburg et aller vous baigner dans le Lac Ontario, mais celui-ci est extrêmement froid (au point d’engourdir les pieds et tout le reste). Je vous recommande plutôt le Ennismore Waterfront Park, à 30 minutes de route au nord de Peterborough. L’eau du Chemong Lake est calme et propre, malgré les quelques bateaux qui s’y promènent.  Un endroit plus sauvage, moins fréquenté, mais très bien aménagé, avec aires de jeux, toilettes, sentier pédestre et plus encore. Un vrai petit paradis.

Si l’histoire vous intéresse, le parc Provincial des pétroglyphes est un endroit fascinant. Ces dessins gravés dans la pierre par les Autochtones, il y a des centaines d’années, sont d’une très grande beauté. Le parc est un lieu à la fois d’apprentissage et de communion avec la nature. Essayez les sentiers pédestres, qui font plusieurs kilomètres, je vous garantis que vous serez charmés.

Est-ce que Montréal me manque ?

Oui. Je l’avais dans la peau. J’aimais Montréal de tout mon cœur, et c’est toujours le cas. Je m’ennuie de plusieurs aspects de la ville.

J’étais craintif avant mon départ. Je craignais de ne pas être heureux ici. Mais j’ai déménagé pour permettre à mon couple de demeurer solide et de s’épanouir (quoiqu’il n’y avait pas encore lieu de s’inquiéter). Et je m’étais promis, avant de partir, que je m’investirais à fond dans cette nouvelle vie.

C’est pourquoi, avant de déménager, je me suis inscrit à une audition en vue d’obtenir un rôle dans une pièce de théâtre présentée en septembre prochain, à la rentrée des classes à Trent, devant les nouveaux étudiants.

J’ai fait beaucoup de théâtre dans ma vie, mais jamais en anglais, et je suis un peu rouillé. C’est donc avec une trouille immense que je suis allé à l’audition, qui s’est très bien déroulée, et j’ai obtenu un rôle ! J’en suis très heureux et fier.

Et bien sûr, je garde les yeux ouverts pour tout emploi susceptible de me convenir.

Après cinq ans à me sentir comme un poisson dans l’eau à Montréal, puis-je être heureux à Peterborough ?

Pour l’instant, tout semble indiquer que oui…   Avec les efforts nécessaires, la volonté de s’adapter, avec une certaine curiosité pour tout ce qui nous entoure, en allant vers les autres, il est possible de s’adapter à tout milieu.

J’ai laissé une partie de moi à Montréal, mais ce renouveau me permet de faire le point sur ce dont j’ai vraiment envie, de renouer avec des expériences qui m’ont manqué (le théâtre), d’essayer de nouvelles choses (la course), de me poser des questions à propos de ce que je veux, et de changer certaines priorités.

Peu importe le nom des villes, ceci est pareil pour tout le monde. C’est ce qui est formidable chez l’humain, cette capacité à s’adapter à tout changement, à tous les milieux.

Heureux de vous retrouver, amis du Chat.  À bientôt !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

17 novembre 2013

Un show de fifs…

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 Je pourrais facilement qualifier plusieurs œuvres de marquantes dans ma vie.  Et, par coïncidence, elles arrivèrent toutes (ou presque) à l’adolescence.  Ce qui confirme que les expériences vécues à cet âge sont les plus susceptibles de s’incruster en nous, comme j’en parlais dans une chronique précédente.

Il y eut différents films, des albums, des romans, et plusieurs œuvres diverses qui m’ont grandement influencé.  Toutefois, The Rocky Horror Picture Show occupe une place particulière dans mon cœur.

Si vous connaissez le film ou le spectacle de Richard O’Brien dont il est tiré, vous savez donc déjà qu’il s’agit de l’histoire d’un jeune couple banal (et virginal) qui, à la suite des fiançailles, décide de rendre visite au professeur qui fut à l’origine de leur rencontre.  En chemin, une crevaison les force à sonner à la porte d’un château lugubre où ils feront la connaissance de Frank ‘n Furter et de ses mystérieux serviteurs.  Frank est un savant fou et travesti qui est sur le point de révéler sa nouvelle création, un homme musclé et parfait du nom de Rocky Horror.

En dire davantage ne rendrait service ni à l’œuvre ni au possible spectateur que vous pourriez devenir.  The Rocky Horror Show (ou Picture Show, dans le cas du film) se doit d’être vécu, ressenti.

Si j’en parle aujourd’hui, c’est que, de juillet à octobre, j’ai été plongé dans l’univers de Richard O’brien comme jamais auparavant.  Je vous en ai déjà parlé en juillet dernier, donc nul besoin de tout raconter de nouveau.  Seulement, je voudrais revenir quelques instants sur l’expérience que fut le show.

Bien qu’il ne s’agisse pas de mon premier spectacle de théâtre ici, à Peterborough, c’était par contre le premier qui était de calibre professionnel.  Sans être rémunérés, nous étions entourés d’une équipe hors-pair.  Maquilleuses, costumière, techniciens, etc.  L’équipe était grande pour un spectacle de théâtre communautaire, surtout qu’il s’agissait là du premier spectacle de ce collectif, portant le nom de The Motley Collective.  Les deux filles à la tête de la formation, Amy M. Cummings et Jessica Lynch, deux habituées du monde du théâtre communautaire dans la région, ont fait un travail de gestion, d’organisation et de direction totalement remarquable.  Entre leurs mains, je me sentais en sécurité.

Mes craintes furent nombreuses au fil des mois : premièrement, la crainte de danser, de ne pas pouvoir apprendre les nombreux pas et figures requis pour les chorégraphies élaborées et conçues par Ali Campion.  Mais j’y suis parvenu.  Il faut se faire confiance dans la vie…  Ensuite fut celle de la langue ; je suis francophone d’origine, entouré d’acteurs anglophones.  La pièce originale est anglaise, mais il m’est impossible de recréer un accent british.  Au fil des mois, de nombreuses sorties dans les bars et partys avec la bande d’acteurs, j’ai pu me dégêner et créer des liens que je pense solides avec certaines personnes de la distribution.  Tous et toutes furent extrêmement accueillants dès le départ, ils m’ont tous supporté et encouragé et ont vu en moi quelque chose dont je ne soupçonnais pas l’existence.  Et le personnage s’est retrouvé, au final, avec un accent français.  Personne n’y a vu de problème.

Et puis vint la question du chant.  Mon rôle, Riff Raff, était joué à l’origine par l’auteur de la pièce (et dans le film).  Sa voix est aigüe et nasillarde.  De toutes les chansons du film, celles que j’ai fredonnées le moins souvent dans ma vie furent celles de Riff Raff, parce que difficiles à chanter.  Disons seulement que lors des premières répétitions des chansons, j’étais terrorisé.  Et le résultat fut très ordinaire (selon moi).

Mais, après un cours de chant avec la fabuleuse Pamela Birrell, professeure locale et chanteuse extraordinaire, une seule session de 30 minutes (attrapée au vol dans son horaire surchargé), quelque chose s’est débloqué en moi.  Cette femme, qui possède sûrement des pouvoirs magiques, a libéré quelque chose en moi qui restait coincé depuis toujours.  Lorsque je chantai à la répétition suivante, ce fut comme voir les quatre chaises se tourner spontanément à l’émission The Voice.  La réaction des membres de la distribution face au son qui sortait de ma bouche valait de l’or.  Ce moment est gravé à tout jamais dans ma tête.

Il y eut ensuite les superbes costumes, résultat du travail acharné de la mère de l’une des actrices.  Et les sessions photo pour l’affiche et le programme.

D’ailleurs, j’ai eu écho que quelqu’un de mon entourage, qui ne connaît ni le spectacle ni le film, a posé la question suivante en voyant nos photos et, donc, les personnages en bas résille : « C’est un show de fifs ? »

Vous savez quoi ?  La question ne s’est jamais posée dans mon esprit quand j’ai vu le film pour la première fois à la télé en 1993.

Des travestis, des relations sexuelles entre personnes du même sexe ?  Évidemment, cette œuvre traite d’ambiguïté sexuelle.  Mais à 16 ans, ce n’est pas ce qui est venu me chercher.  Probable que mon identité sexuelle, à cet âge, était déjà assez définie.  Je me savais straight et assuré dans ma sexualité.  Je ne me posais pas de question à ce sujet.

Ce qui m’a plu dans ce film, c’est le message.  La musique aussi, bien sûr ; l’histoire, le jeu des acteurs (en particulier Tim Curry), etc.  Mais principalement, ce fut le message.  À la fin du spectacle, les personnages entonnent le désormais célèbre :  Don’t dream it, be it.  Ne le rêvez pas.  Soyez-le.

The Rocky Horror Show c’est plus qu’un show de « fifs ».  C’est une œuvre sur l’acceptation de la différence.  Un show qui glorifie la marginalité.  L’adolescent timide et maladroit que j’étais y a trouvé refuge à l’époque et, 20 ans plus tard, alors que j’étais malheureux dans une ville étrangère, le spectacle m’a permis de trouver une nouvelle famille.  Des amis que je chéris de tout mon cœur, avec qui j’espère travailler de nouveau, un groupe de gens tous plus fabuleux les uns que les autres qui m’ont accepté totalement, sans discrimination, et qui m’ont fait sentir que j’étais partie intégrante d’un tout.

Et ça, ça n’a pas de prix.  Ce que j’ai vécu au cours des dernières semaines restera à jamais gravé dans mon esprit.  Lors des quatre représentations, pour lesquelles la critique fut incroyablement positive, j’ai prix un plaisir fou à fouler la scène en chantant The Time Warp et à jouer aux côtés de ces acteurs merveilleux, et j’aurais fait cela pendant plusieurs semaines si possible.

Aujourd’hui, j’entrevois mon avenir dans ma ville ontarienne avec de nouveaux yeux.  Davantage de portes semblent s’être ouvertes.  À moi d’oser franchir leur pas.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


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