Individualisme et narcissisme : Abécédaire…

7 mars 2017

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Individualisme —  « Moi, mon besoin, ici et maintenant ! »  Encore en vogue dans les groupes de croissance.  Parfaite expression du nihilisme, de l’individualisme, du narcissisme contemporains.

Que peut-on édifier avec un tel programme ?  Tout projet, toute œuvre individuelle ou collective, toute institution, à commencer par la famille, deviennent impossibles.  C’est avec de tels slogans pavloviens que l’on fabrique lentement, mais sûrement, les esclaves de demain, qui consomment déjà par stimulus bien agencés et produiront tout ce qu’une ploutocratie planétaire voudra – et autant qu’elle le voudra.

Rupture des communautés naturelles : massification !  L’être humain n’est plus une personne qui s’épanouira en liens, à l’intérieur de projets partagés, mais un compétiteur pour ses frères et sœurs dans une vaste foire d’empoigne néolibérale d’où devrait jaillir le rêve délétère de la production/consommation triomphante.  La mort constituerait le plus puissant antidote à l’illusion des marionnettistes océdéens[1] : seule la Grande Faucheuse peut obtenir du plus léger la réflexion.  Si seulement nos thanatologues cessaient de maquiller les morts comme pour le Five O’clock Tea…

Nous sommes loin des peuples constructeurs de cathédrales.

Nous marchons vers nos chaînes, poignets tendus, en beuglant : Liberté !


[1]Penseurs de l’OCDE

http://maykan.wordpress.com/


Néolibéralisme et culpabilité : Abécédaire…(39)

11 décembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Néolibéralisme — Le Québec en souffre, et tout l’Occident, et toutes ces parties du globe où l’on exporte cette lèpre aux dogmes aussi peu fondés que l’horoscope de votre quotidien favori.  La technologie et les capacités techniques de notre capital humain nous offrent plus que jamais la possibilité de satisfaire adéquatement une proportion importante des besoins humains – au moins de ceux qui relèvent des savoir-faire.  Pourtant, les populations s’appauvrissent, les salaires réels baissent, le chômage et l’exclusion s’accroissent, les emplois sont de plus en plus précaires.  Quant aux acquis sociaux et aux conditions de travail, on supprime des avantages déjà accordés… Toutes ces déconstructions à partir d’une fable que Smith renierait aujourd’hui et au profit de grosses corporations apatrides et d’un capital de plus en plus spéculatif, donc décroché de toute réalité.

Gérôme, L’esclave

 

 

Planqué dans cette mythologie fumeuse, l’argent s’engraisse de ses échanges incestueux et stériles, pendant que vieillards, nécessiteux et petits salariés se privent de l’essentiel.   Et nos politiques ?  Ils obéissent au doigt et à l’œil, ou plutôt au moindre sourcillement de Wall Street, de Standard and Poor, de Moody et comparses, et nous répètent : « Ça ne fait que commencer…  Ça va faire mal, vous savez…  Très mal !  On n’a pas le choix…» Le paiement de la dette devient un mythe qui permet d’asservir. Tout avantage retiré aux plus démunis de nos communautés va enrichir ceux qui sont déjà riches hors toute proportion.

 

Éclipse

 

Jamais, dans l’Histoire, n’avons-nous disposé d’autant de ressources techniques et humaines pour bien prendre soin les uns des autres : qu’attendons-nous ?  La permission de ceux qui ne voient en nous que des agents de production et de consommation ?  – quand ils ne nous considèrent pas comme de simples rejets qu’il faudra bien convaincre un jour ou l’autre des bienfaits de l’euthanasie…  La mort sera alors préférable à la vie au sein d’une société où l’on n’aura plus de rôles.  On fera du suicide une vertu !  – vous verrez.   L’asservissement du citoyen par la culpabilité suscitée et savamment entretenue.

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Néolibéralisme et culpabilité, par Alain Gagnon…

26 novembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Néolibéralisme — Le Québec en souffre, et tout l’Occident, et toutes ces parties du globe où l’on exporte cette lèpre aux dogmes aussi peu fondés que l’horoscope de votre quotidien favori.  La technologie et les capacités techniques de notre capital humain nous offrent plus que jamais la possibilité de satisfaire adéquatement une proportion importante des besoins humains – au moins de ceux qui relèvent des savoir-faire.  Pourtant, les populations s’appauvrissent, les salaires réels baissent, le chômage et l’exclusion s’accroissent, les emplois sont de plus en plus précaires.  Quant aux acquis sociaux et aux conditions de travail, on supprime des avantages déjà accordés… Toutes ces déconstructions à partir d’une fable que Smith renierait aujourd’hui et au profit de grosses corporations apatrides et d’un capital de plus en plus spéculatif, donc décroché de toute réalité.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Gérôme, L’esclave

 

 

Planqué dans cette mythologie fumeuse, l’argent s’engraisse de ses échanges incestueux et stériles, pendant que vieillards, nécessiteux et petits salariés se privent de l’essentiel.   Et nos politiques ?  Ils obéissent au doigt et à l’œil, ou plutôt au moindre sourcillement de Wall Street, de Standard and Poor, de Moody et comparses, et nous répètent : « Ça ne fait que commencer…  Ça va faire mal, vous savez…  Très mal !  On n’a pas le choix…» Le paiement de la dette devient un mythe qui permet d’asservir. Tout avantage retiré aux plus démunis de nos communautés va enrichir ceux qui sont déjà riches hors toute proportion.

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Éclipse

 

Jamais, dans l’Histoire, n’avons-nous disposé d’autant de ressources techniques et humaines pour bien prendre soin les uns des autres : qu’attendons-nous ?  La permission de ceux qui ne voient en nous que des agents de production et de consommation ?  – quand ils ne nous considèrent pas comme de simples rejets qu’il faudra bien convaincre un jour ou l’autre des bienfaits de l’euthanasie…  La mort sera alors préférable à la vie au sein d’une société où l’on n’aura plus de rôles.  On fera du suicide une vertu !  – vous verrez.   L’asservissement du citoyen par la culpabilité suscitée et savamment entretenue.

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Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

16 juin 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec devenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.

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Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

27 avril 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec devenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.

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Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

16 avril 2015

Le sens commun des porteurs d’eau

Il y a quelque chose de profondément décourageant dans la façon dont, au Québec, sitôt qu’un gouvernement veut un tant soit peu gouverner, chat qui louche maykan alain gagnon francophoniepar exemple en protégeant la langue ou en exigeant un prix un peu moins colonial des ressources naturelles, une coalition de pissous, d’esclaves repus et de businessmen as usual, vous plombe avec entrain toute possibilité de changement.  Au nom de la vulgate économique, de son obsession des déficits et des emplois à créer.  Lieux communs qu’aucun démenti ne parvient à forcer : ils sont pourtant nombreux, ces démentis, et apportés autant par de grands spécialistes souvent nobélisés que par les faits.

C’est que l’idéologie néolibérale fait tout pour rendre littéralement impensable la sortie du moule de l’exploitation et de la consommation à outrance.  La montée extravagante des désirs individuels disproportionnés, puissamment programmés par la pub, transforme les endettés chroniques en toutous dociles prêts à lécher n’importe quelle main puante et sale.  Quant aux prétendus « créateurs de richesse », ils n’ont pas encore songé à maîtriser, ne serait-ce qu’un peu, leur appétit insatiable de fric.  Et ils ont parfaitement réussi à convaincre les médias — la chose n’est pas difficile pour qui les possède et peut les modeler à son image — qu’exploitation, dans tous les sens du mot, notamment celui qui a encore fait périr dernièrement plusieurs dizaines de malheureux Bangladeshis — rime avec développement ; que tout développement est un développement humain et que l’homme est un animal essentiellement domestiqué, berné, crédule et somme toute assez peu intelligent, rivé qu’il est à son sacro-saint « gros bon sens ».  Car c’est bien à partir de ce gros bon sens que les pires aberrations peuvent paraître « naturelles », si du moins on y met le prix en termes de propagande.

La chose du monde la mieux partagée

Descartes avait raison, le bon sens est la folie la plus commune qui ait jamais assis l’humanité : si l’on avait écouté le bon sens, nous vivrionschat qui louche maykan alain gagnon francophonie encore en troglodytes, sans feu ni lois.  Car toutes les avancées qui nous ont fait sortir un peu du simiesque se sont produites, l’histoire nous l’apprend, « en dépit du bon sens ».

Basé sur la perception et confirmé par la connivence, le bon sens, malgré ses prétentions, se rit de la réalité : même si la science a prouvé le contraire il y a plusieurs siècles, il continue, par exemple, à croire que la terre est plate — l’horizon semble rendre cette intuition irréfutable — et que le soleil tourne autour.  Comme le « prouve » la langue qui le fait « se lever », monter dans le ciel, puis « se coucher ».  Le bon sens, c’est l’ignorance heureuse, l’anthropomorphisme magique, le confort intellectuel.  C’est, dirait Goya, « le sommeil de la raison » dont on sait qu’il engendre des monstres.

En matière de morale, cette nuit confortable fait naître la monstruosité des normes séculaires : d’abord elles semblent s’imposer d’elles-mêmes, elles correspondent à la façon implicite dont une société se pense.  Puis elles s’ossifient : on les observe comme on adore une idole, en passant, par habitude et sans trop réfléchir.  Elles deviennent le paysage des évidences sans conscience.

En matière politique, le gros bon sens justifie toujours le statu quo, l’absence de vagues et, au Québec tout particulièrement, la peur des chicanes qui ébranlent.  Tout à coup qu’elles feraient bouger les choses !

Tous les politiciens, de gauche comme de droite, carburent à la majorité silencieuse : pour se faire élire, ils se rabattent toujours vers ce centre, décidément mou, résolument marécageux, où ça n’en finit pas de penser immédiat, simplet, pas compliqué ; où ça croupit dans le gros bon sens et l’évidence qui se prend pour la vérité ; où ça digère plus que ça ne pense.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes assis, les savants, les poètes

 

Rimbaud nommait « assis » ou « justes » les occupants heureux d’un centre délétère et lançait à leur collectif singulier une invective folle :

Des sueurs me prirent : « Tu veux voir rutiler les bolides ?

Et, debout, écouter bourdonner les fleurs

D’astres lactés et les essaims d’astéroïdes ? »

Et en effet, ouvrir des mondes, trouer le sommeil de la raison, faire voir d’autres possibles, c’est bien la fonction de la poésie, de l’art et osera-t-on ajouter de la science.  Cette science que Rimbaud évoque ici discrètement pour faire voler en éclats astronomiques les assises trop sages de qui s’est enfermé dans un quotidien d’habitudes et de constats tranquilles.

Car les pires ennemis de l’intelligence endormie qui fait toujours tenir le statu quo bien au-delà de sa date de péremption, ce sont la science et l’art, la raison et l’imagination, concurrentes et complices, vouées toujours à faire sortir l’être humain de son impuissance et de sa résignation.

En brisant le silence où se complait la prétendue majorité de tous ceux qui, ne disant mot, consentent à tout.

Et si la vraie tâche des politiciens consistait à faire sauter gaiement les chaises où chacun s’enfonce toujours un peu trop ?

Si le cul par terre, on voyait un peu plus large ?

Pour le moment, en guise de politiciens, nous n’avons que des rapailleurs à la petite semaine.

Et nous restons assis, silencieux et peureux, cois et sages.

Jean-Pierre Vidal

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi chat qui louche maykan alain gagnon francophonieoùil a enseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).

Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.

Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.

Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Individualisme et narcissisme : Abécédaire…(25)

9 septembre 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… 

 

 

Individualisme —  « Moi, mon besoin, ici et maintenant ! »  Encore en vogue dans les groupes de croissance.  Parfaite expression du nihilisme, de l’individualisme, du narcissisme contemporains.

Que peut-on édifier avec un tel programme ?  Tout projet, toute œuvre individuelle ou collective, toute institution, à commencer par la famille, deviennent impossibles.  C’est avec de tels slogans pavloviens que l’on fabrique lentement, mais sûrement, les esclaves de demain, qui consomment déjà par stimulus bien agencés et produiront tout ce qu’une ploutocratie planétaire voudra – et autant qu’elle le voudra.

Rupture des communautés naturelles : massification !  L’être humain n’est plus une personne qui s’épanouira en liens, à l’intérieur de projets partagés, mais un compétiteur pour ses frères et sœurs dans une vaste foire d’empoigne néolibérale d’où devrait jaillir le rêve délétère de la production/consommation triomphante.  La mort constituerait le plus puissant antidote à l’illusion des marionnettistes océdéens[1] : seule la Grande Faucheuse peut obtenir du plus léger la réflexion.  Si seulement nos thanatologues cessaient de maquiller les morts comme pour le Five O’clock Tea…

Nous sommes loin des peuples constructeurs de cathédrales.

Nous marchons vers nos chaînes, poignets tendus, en beuglant : Liberté !


[1] Penseurs de l’OCDE

 

http://maykan.wordpress.com/

 

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