Individualisme et narcissisme : Abécédaire…

7 mars 2017

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Individualisme —  « Moi, mon besoin, ici et maintenant ! »  Encore en vogue dans les groupes de croissance.  Parfaite expression du nihilisme, de l’individualisme, du narcissisme contemporains.

Que peut-on édifier avec un tel programme ?  Tout projet, toute œuvre individuelle ou collective, toute institution, à commencer par la famille, deviennent impossibles.  C’est avec de tels slogans pavloviens que l’on fabrique lentement, mais sûrement, les esclaves de demain, qui consomment déjà par stimulus bien agencés et produiront tout ce qu’une ploutocratie planétaire voudra – et autant qu’elle le voudra.

Rupture des communautés naturelles : massification !  L’être humain n’est plus une personne qui s’épanouira en liens, à l’intérieur de projets partagés, mais un compétiteur pour ses frères et sœurs dans une vaste foire d’empoigne néolibérale d’où devrait jaillir le rêve délétère de la production/consommation triomphante.  La mort constituerait le plus puissant antidote à l’illusion des marionnettistes océdéens[1] : seule la Grande Faucheuse peut obtenir du plus léger la réflexion.  Si seulement nos thanatologues cessaient de maquiller les morts comme pour le Five O’clock Tea…

Nous sommes loin des peuples constructeurs de cathédrales.

Nous marchons vers nos chaînes, poignets tendus, en beuglant : Liberté !


[1]Penseurs de l’OCDE

http://maykan.wordpress.com/


Néolibéralisme et culpabilité : Abécédaire…(39)

11 décembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Néolibéralisme — Le Québec en souffre, et tout l’Occident, et toutes ces parties du globe où l’on exporte cette lèpre aux dogmes aussi peu fondés que l’horoscope de votre quotidien favori.  La technologie et les capacités techniques de notre capital humain nous offrent plus que jamais la possibilité de satisfaire adéquatement une proportion importante des besoins humains – au moins de ceux qui relèvent des savoir-faire.  Pourtant, les populations s’appauvrissent, les salaires réels baissent, le chômage et l’exclusion s’accroissent, les emplois sont de plus en plus précaires.  Quant aux acquis sociaux et aux conditions de travail, on supprime des avantages déjà accordés… Toutes ces déconstructions à partir d’une fable que Smith renierait aujourd’hui et au profit de grosses corporations apatrides et d’un capital de plus en plus spéculatif, donc décroché de toute réalité.

Gérôme, L’esclave

 

 

Planqué dans cette mythologie fumeuse, l’argent s’engraisse de ses échanges incestueux et stériles, pendant que vieillards, nécessiteux et petits salariés se privent de l’essentiel.   Et nos politiques ?  Ils obéissent au doigt et à l’œil, ou plutôt au moindre sourcillement de Wall Street, de Standard and Poor, de Moody et comparses, et nous répètent : « Ça ne fait que commencer…  Ça va faire mal, vous savez…  Très mal !  On n’a pas le choix…» Le paiement de la dette devient un mythe qui permet d’asservir. Tout avantage retiré aux plus démunis de nos communautés va enrichir ceux qui sont déjà riches hors toute proportion.

 

Éclipse

 

Jamais, dans l’Histoire, n’avons-nous disposé d’autant de ressources techniques et humaines pour bien prendre soin les uns des autres : qu’attendons-nous ?  La permission de ceux qui ne voient en nous que des agents de production et de consommation ?  – quand ils ne nous considèrent pas comme de simples rejets qu’il faudra bien convaincre un jour ou l’autre des bienfaits de l’euthanasie…  La mort sera alors préférable à la vie au sein d’une société où l’on n’aura plus de rôles.  On fera du suicide une vertu !  – vous verrez.   L’asservissement du citoyen par la culpabilité suscitée et savamment entretenue.

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Néolibéralisme et culpabilité, par Alain Gagnon…

26 novembre 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Néolibéralisme — Le Québec en souffre, et tout l’Occident, et toutes ces parties du globe où l’on exporte cette lèpre aux dogmes aussi peu fondés que l’horoscope de votre quotidien favori.  La technologie et les capacités techniques de notre capital humain nous offrent plus que jamais la possibilité de satisfaire adéquatement une proportion importante des besoins humains – au moins de ceux qui relèvent des savoir-faire.  Pourtant, les populations s’appauvrissent, les salaires réels baissent, le chômage et l’exclusion s’accroissent, les emplois sont de plus en plus précaires.  Quant aux acquis sociaux et aux conditions de travail, on supprime des avantages déjà accordés… Toutes ces déconstructions à partir d’une fable que Smith renierait aujourd’hui et au profit de grosses corporations apatrides et d’un capital de plus en plus spéculatif, donc décroché de toute réalité.

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Gérôme, L’esclave

 

 

Planqué dans cette mythologie fumeuse, l’argent s’engraisse de ses échanges incestueux et stériles, pendant que vieillards, nécessiteux et petits salariés se privent de l’essentiel.   Et nos politiques ?  Ils obéissent au doigt et à l’œil, ou plutôt au moindre sourcillement de Wall Street, de Standard and Poor, de Moody et comparses, et nous répètent : « Ça ne fait que commencer…  Ça va faire mal, vous savez…  Très mal !  On n’a pas le choix…» Le paiement de la dette devient un mythe qui permet d’asservir. Tout avantage retiré aux plus démunis de nos communautés va enrichir ceux qui sont déjà riches hors toute proportion.

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Éclipse

 

Jamais, dans l’Histoire, n’avons-nous disposé d’autant de ressources techniques et humaines pour bien prendre soin les uns des autres : qu’attendons-nous ?  La permission de ceux qui ne voient en nous que des agents de production et de consommation ?  – quand ils ne nous considèrent pas comme de simples rejets qu’il faudra bien convaincre un jour ou l’autre des bienfaits de l’euthanasie…  La mort sera alors préférable à la vie au sein d’une société où l’on n’aura plus de rôles.  On fera du suicide une vertu !  – vous verrez.   L’asservissement du citoyen par la culpabilité suscitée et savamment entretenue.

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Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

16 juin 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec devenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.

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Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

27 avril 2016

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dualain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec devenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.

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Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

16 avril 2015

Le sens commun des porteurs d’eau

Il y a quelque chose de profondément décourageant dans la façon dont, au Québec, sitôt qu’un gouvernement veut un tant soit peu gouverner, chat qui louche maykan alain gagnon francophoniepar exemple en protégeant la langue ou en exigeant un prix un peu moins colonial des ressources naturelles, une coalition de pissous, d’esclaves repus et de businessmen as usual, vous plombe avec entrain toute possibilité de changement.  Au nom de la vulgate économique, de son obsession des déficits et des emplois à créer.  Lieux communs qu’aucun démenti ne parvient à forcer : ils sont pourtant nombreux, ces démentis, et apportés autant par de grands spécialistes souvent nobélisés que par les faits.

C’est que l’idéologie néolibérale fait tout pour rendre littéralement impensable la sortie du moule de l’exploitation et de la consommation à outrance.  La montée extravagante des désirs individuels disproportionnés, puissamment programmés par la pub, transforme les endettés chroniques en toutous dociles prêts à lécher n’importe quelle main puante et sale.  Quant aux prétendus « créateurs de richesse », ils n’ont pas encore songé à maîtriser, ne serait-ce qu’un peu, leur appétit insatiable de fric.  Et ils ont parfaitement réussi à convaincre les médias — la chose n’est pas difficile pour qui les possède et peut les modeler à son image — qu’exploitation, dans tous les sens du mot, notamment celui qui a encore fait périr dernièrement plusieurs dizaines de malheureux Bangladeshis — rime avec développement ; que tout développement est un développement humain et que l’homme est un animal essentiellement domestiqué, berné, crédule et somme toute assez peu intelligent, rivé qu’il est à son sacro-saint « gros bon sens ».  Car c’est bien à partir de ce gros bon sens que les pires aberrations peuvent paraître « naturelles », si du moins on y met le prix en termes de propagande.

La chose du monde la mieux partagée

Descartes avait raison, le bon sens est la folie la plus commune qui ait jamais assis l’humanité : si l’on avait écouté le bon sens, nous vivrionschat qui louche maykan alain gagnon francophonie encore en troglodytes, sans feu ni lois.  Car toutes les avancées qui nous ont fait sortir un peu du simiesque se sont produites, l’histoire nous l’apprend, « en dépit du bon sens ».

Basé sur la perception et confirmé par la connivence, le bon sens, malgré ses prétentions, se rit de la réalité : même si la science a prouvé le contraire il y a plusieurs siècles, il continue, par exemple, à croire que la terre est plate — l’horizon semble rendre cette intuition irréfutable — et que le soleil tourne autour.  Comme le « prouve » la langue qui le fait « se lever », monter dans le ciel, puis « se coucher ».  Le bon sens, c’est l’ignorance heureuse, l’anthropomorphisme magique, le confort intellectuel.  C’est, dirait Goya, « le sommeil de la raison » dont on sait qu’il engendre des monstres.

En matière de morale, cette nuit confortable fait naître la monstruosité des normes séculaires : d’abord elles semblent s’imposer d’elles-mêmes, elles correspondent à la façon implicite dont une société se pense.  Puis elles s’ossifient : on les observe comme on adore une idole, en passant, par habitude et sans trop réfléchir.  Elles deviennent le paysage des évidences sans conscience.

En matière politique, le gros bon sens justifie toujours le statu quo, l’absence de vagues et, au Québec tout particulièrement, la peur des chicanes qui ébranlent.  Tout à coup qu’elles feraient bouger les choses !

Tous les politiciens, de gauche comme de droite, carburent à la majorité silencieuse : pour se faire élire, ils se rabattent toujours vers ce centre, décidément mou, résolument marécageux, où ça n’en finit pas de penser immédiat, simplet, pas compliqué ; où ça croupit dans le gros bon sens et l’évidence qui se prend pour la vérité ; où ça digère plus que ça ne pense.

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes assis, les savants, les poètes

 

Rimbaud nommait « assis » ou « justes » les occupants heureux d’un centre délétère et lançait à leur collectif singulier une invective folle :

Des sueurs me prirent : « Tu veux voir rutiler les bolides ?

Et, debout, écouter bourdonner les fleurs

D’astres lactés et les essaims d’astéroïdes ? »

Et en effet, ouvrir des mondes, trouer le sommeil de la raison, faire voir d’autres possibles, c’est bien la fonction de la poésie, de l’art et osera-t-on ajouter de la science.  Cette science que Rimbaud évoque ici discrètement pour faire voler en éclats astronomiques les assises trop sages de qui s’est enfermé dans un quotidien d’habitudes et de constats tranquilles.

Car les pires ennemis de l’intelligence endormie qui fait toujours tenir le statu quo bien au-delà de sa date de péremption, ce sont la science et l’art, la raison et l’imagination, concurrentes et complices, vouées toujours à faire sortir l’être humain de son impuissance et de sa résignation.

En brisant le silence où se complait la prétendue majorité de tous ceux qui, ne disant mot, consentent à tout.

Et si la vraie tâche des politiciens consistait à faire sauter gaiement les chaises où chacun s’enfonce toujours un peu trop ?

Si le cul par terre, on voyait un peu plus large ?

Pour le moment, en guise de politiciens, nous n’avons que des rapailleurs à la petite semaine.

Et nous restons assis, silencieux et peureux, cois et sages.

Jean-Pierre Vidal

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi chat qui louche maykan alain gagnon francophonieoùil a enseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).

Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.

Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.

Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Individualisme et narcissisme : Abécédaire…(25)

9 septembre 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… 

 

 

Individualisme —  « Moi, mon besoin, ici et maintenant ! »  Encore en vogue dans les groupes de croissance.  Parfaite expression du nihilisme, de l’individualisme, du narcissisme contemporains.

Que peut-on édifier avec un tel programme ?  Tout projet, toute œuvre individuelle ou collective, toute institution, à commencer par la famille, deviennent impossibles.  C’est avec de tels slogans pavloviens que l’on fabrique lentement, mais sûrement, les esclaves de demain, qui consomment déjà par stimulus bien agencés et produiront tout ce qu’une ploutocratie planétaire voudra – et autant qu’elle le voudra.

Rupture des communautés naturelles : massification !  L’être humain n’est plus une personne qui s’épanouira en liens, à l’intérieur de projets partagés, mais un compétiteur pour ses frères et sœurs dans une vaste foire d’empoigne néolibérale d’où devrait jaillir le rêve délétère de la production/consommation triomphante.  La mort constituerait le plus puissant antidote à l’illusion des marionnettistes océdéens[1] : seule la Grande Faucheuse peut obtenir du plus léger la réflexion.  Si seulement nos thanatologues cessaient de maquiller les morts comme pour le Five O’clock Tea…

Nous sommes loin des peuples constructeurs de cathédrales.

Nous marchons vers nos chaînes, poignets tendus, en beuglant : Liberté !


[1] Penseurs de l’OCDE

 

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Caïn et le néolibéralisme : Abécédaire…(9)

31 août 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

 

 

Bien —  Par la magie du temps, à la fin de toutes choses, le Bien aura tout transformé en bien    — même le mal.  Le mal n’est qu’absence.  Sa substance est plus ténue qu’un voile de harem.  Il n’existe qu’à peine, suspendu, pieds dans le vide, au-dessus des abîmes du temps hors du temps.  Déjà le néant le happe et le digère.

 

 

Caïn — Au tout début de la Genèse, on pose à l’humanité une question fondamentale qui vaudra pour la totalité de sa période historique.  Yahvé s’approche de Caïn, qui vient de tuer son frère, et lui demande : « Où est ton frère Abel ? »  Et Caïn de répondre : « Je ne sais pas.  Suis-je le gardien de mon frère ? »[1] Question très concrète.  Chaque individu, chaque organisation politico-sociale se doit d’y répondre au préalable.   Une fois cette responsabilité acceptée, selon les inclinations, les connaissances, les intérêts, les préjugés savants ou primaires, la position occupée sur l’éventail des idéologies   —  ou des absences d’idéologies –, on y répondra de diverses façons.  Aucune tendance ne possède, au départ, l’exclusivité des bonnes réponses en ce qui a trait aux moyens d’instaurer cette responsabilité dans les faits.  Toutefois, certaines options — le néolibéralisme, entre autres —  nous apparaissent difficilement dissociables de la réponse de Caïn.

Lorsque, par principe, les autres ne sont plus des prochains mais universellement réduits au rôle de compétiteurs ou de consommateurs à capter au sein de marchés soigneusement ciblés, toute fraternité humaine, cohérente et responsable, devient en pratique impossible.


[1] Bible de Jérusalem, Genèse 4, 9.

 


Néolibéralisme et nihilisme, par Alain Gagnon…

24 juin 2014

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets dudevenir…

Néolibéralisme —  Système économique qui accorde de fastueuses récompenses à des gestionnaires technocrates pour avoir créé de la misère économique et morale par des licenciements massifs, rebaptisés downsizings.

Nihilisme — Une de ses conséquences heureuses : il n’y a plus de menteurs.  Tous disparus avec la vérité qui, seule, pouvait donner naissance au mensonge.  Règne du regard dans le miroir et de ses rois-bouffons patentés.

Malgré tout, je le maintiens, le nihilisme a été un mal nécessaire.  La Vérité et Dieu avaient besoin d’un bon récurage après des siècles d’Église triomphante et de scolastique – religieuse ou laïque.


Chronique d’humeur*, par Jean-Pierre Vidal…

9 septembre 2013

Les aventures de la juste part

Depuis quelque temps, des choses se passent qui ne semblent pas atteindre nos gouvernements, décidément sourds, à moins qu’ils ne soient complices, par faiblesse plus encore que par corruption, encore qu’au Québec on puisse se poser la question. Quoi qu’il en soit, des voix s’élèvent pour dénoncer l’ordre des choses dont on nous fait croire qu’il est immuable et qu’il faut le prendre, comme on disait autrefois pour vous vendre n’importe quelle fausse aubaine, « tel que tel ».

L’oracle et l’horreur

Tel que tel, des gens, de plus en plus nombreux, pensent que cela n’a pas d’allure.

Il y a d’abord eu, montrant comme il se doit la voie, « l’oracle d’Omaha », Warren Buffet lui-même, l’un des hommes les plus riches du monde, qui n’a jamais fait, de toute sa vie, que spéculer, spéculer et encore spéculer. Bref, un créateur de richesse, comme aime à dire la droite canine, celle qui jappe dès qu’on questionne un peu les richesses que peuvent bien créer des boursicoteurs et des affairistes qui se voilent sous l’appellation pudique d’investisseurs. Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est cette engeance dorée, c’est un peu comme des souteneurs qui payent à leurs « gagneuses » le bout de trottoir où elles turbinent. C’est grâce à l’investissement de ces gens-là que vous pouvez, vous et vos semblables, travailler pour les enrichir et accessoirement gagner votre vie, jusqu’à ce que, ne vous trouvant pas assez rentable, il vous jette, vous et votre usine, comme un vieux condom usagé. Mais Warren Buffet et ses semblables ne se salissent jamais à ce point-là les mains : ils investissent, c’est tout ce qu’ils font ; d’autres prennent pour eux les décisions difficiles, celles qui consistent à traduire « la maximisation des profits » en « gains de productivité », avant que des politiciens complaisants ne traduisent ça en une autre langue encore et ne nous chantent la puante mélodie de la lucidité, de la rigueur budgétaire, de la responsabilisation fiscale ! (Ce point d’exclamation s’est placé tout seul, sans que j’y sois pour rien : dame, c’est un peu fort de café, venant des amis des évasifs fiscaux qui, de façon plus ou moins directe, nous gouvernent.)

Quoi qu’il en soit, le Buffet en question a récemment mené la charge pour… être imposé davantage. Un souci qui l’honore, mais qui n’a pas obtenu le moindre haussement de sourcil de nos gouvernements. À croire que ce maître de la finance parlait là de ballet classique, de tutus et d’entrechats et que nos vaillants gouvernants avaient d’autres félins à flageller.


Puis, autre événement assez mémorable, c’est le maître de l’horreur lui-même, Stephen King, pour ne pas le nommer, qui exprimait son… horreur de n’être imposé qu’à 28 %, alors qu’il devrait, selon lui, l’être à 50 %. Il allait même jusqu’à dire — et ça, messieurs-dames, c’est la cerise sur tout ce que vous voudrez — que son taux d’imposition actuel était « unamerican » ! Oui, vous avez bien lu, Stephen King utilisait, sans doute sciemment, car le bougre est intelligent et connaît son histoire, le terme qui avait servi, dans les années cinquante, au sénateur McCarthy, de sinistre mémoire, pour qualifier les activités de quiconque était soupçonné de « communisme ».

Un peu partout dans le monde, aux États-Unis, cette Mecque du capitalisme prédateur et des fortunes grotesques, mais aussi en France et ailleurs en Europe, des voix de riches supplient qu’on « détourne » un peu de leur argent vers la collectivité. C’est sans doute que, contrairement à nos gouvernants, il arrive à ces gens de lire et qu’ils sont peut-être tombés sur l’étude récemment publiée par un historien américain selon qui les inégalités actuelles dans les sociétés occidentales sont mathématiquement plus grandes que… sous l’Empire romain. Wall Street et Néron même combat ? À moins que ce ne soit le signe que, l’Histoire se répétant, les invasions barbares sont à nos portes. Il est vrai que, vu sous cet angle, les barbares sont déjà dans la place : nous ne les avons pas reconnus parce qu’ils portent complet-cravate et savent, dans notre langue, articuler très distinctement la formule « juste part ».(ici, si possible, image et de Wall Street et de Néron)

Il est vrai également que certaines idoles chéries du bon peuple, qui s’identifie chaleureusement à elles, s’empressent d’aller quérir domicile dans ces contrées excentriques de l’Empire où l’on impose moins les malheureux riches : Aznavour et plusieurs autres en Suisse, Houellebecq et une flopée d’autres en Irlande, sans compter ces Monégasques d’adoption que furent naguère Pavarotti et notre Gilles Villeneuve. Plus patriote et attaché à ta communauté que ça, tu meurs off-shore.

Mais il reste qu’à l’échelle planétaire, ce qui commence ainsi à s’effondrer, c’est un des mensonges éhontés sur lesquels repose le discours néolibéral, l’affirmation sans cesse colportée par les économistes aux ordres selon laquelle il ne servirait à rien de faire payer davantage les riches. Les actionnaires d’Astral Média, qui viennent de refuser au grand patron une prime, pourtant modeste, de 25 millions de dollars, ont sans doute fait dans leur tête le calcul rapide qui fait équivaloir cette somme à la masse salariale annuelle d’une entreprise d’un peu plus de 400 employés assez généreuse pour offrir un salaire moyen de 60 000 $, des avantages sociaux et un fonds de retraite. Si c’est ça qu’ils appellent ne rien changer, on se demande ce que les sbires de l’Institut économique de Montréal ou de l’Institut Fraser entendent par « changement ».

Langage des sourds pour incompétents notoires

Quoi qu’il en soit, la calamité incompétente et corrompue qui nous tient lieu de gouvernement n’entend rien, ne voit rien venir et continue de psalmodier sa « juste part », sans même la décence d’un sourire en coin.

Au contraire, donnant au mot « colonisé » un sens encore plus ravageur, le gouvernement se vante de construire une route vers une mine de diamants en investissant de cette accumulation de « justes (et injustes) parts » qu’on appelle nos impôts, 287 millions, tandis que la compagnie bénéficiaire investira, elle, un très généreux 44 millions, soit un peu plus de 13.27 %. Pour une infrastructure qui ne servira pratiquement qu’à elle ! Et notre ministre des ressources naturelles, ce joyeux drille de Clément Gignac, déclare en commission parlementaire, avec un humour dévastateur que je ne lui ferai pas l’injure de croire involontaire : « On n’est pas là pour subventionner les minières. » Si vous trouvez que la blague est trop bonne pour être vraie, reportez-vous au Devoir de fin de semaine.(image de la route)

Mais j’y pense, puisqu’on dit cet homme intelligent, c’est sans doute que cette déclaration prouve aussi hors de tout doute que ces gens-là nous prennent pour encore plus abrutis ou innocents que nous le sommes vraiment.

Décidément, ces sourds-là méritent bien le dialogue que leur offrent depuis peu nos casseroles.

Jean-Pierre Vidal

Notice biographique

PH.D en littérature (Laval), sémioticien par vocation, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis l’ouverture de l’institution, en 1969. Fondateur de la revue Protée, il a aussi été chercheur et professeur accrédité au doctorat en sémiologie de l’Université du Québec à Montréal. Il a d’ailleurs été professeur invité à l’UQAM (1992 et 1999) et à l’UQAR (1997).

Outre de nombreux articles dans des revues universitaires et culturelles, il a publié deux livres sur Robbe-Grillet, un essai dans la collection « Spirale » des Éditions Trait d’union, Le labyrinthe aboli ; de quelques Minotaures contemporains (2004) et deux recueils de nouvelles, Histoires cruelles et lamentables (Éditions Logiques 1991) et, cette année, Petites morts et autres contrariétés, aux éditions de la Grenouillère.  De plus, il vient de publier Apophtegmes et rancœurs, un recueil d’aphorismes, aux Éditions Le Chat Qui Louche.

Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (Spirale, Tangence, Esse, Etc, Ciel Variable, Zone occupée). Il a préfacé plusieurs livres d’artiste, publie régulièrement des nouvelles et a, par ailleurs, commis un millier d’aphorismes encore inédits.

Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec, Société et Culture.


Chronique d’humeur, par Jean-Pierre Vidal…

7 août 2013

Le client universel ou les beaux discours de maître renard

Les historiens ont depuis belle lurette fait justice de la division stricte en siècles ronds et de leur départage entre avant et après Jésus-Christ.  Ils ont même sacrifié à l’esprit superficiellement œcuménique de nos temps nunuches en oubliant le J-C pour un M.E. (Modern Era) et pire encore, aujourd’hui, ce B.P. (Before Present) qui nous plonge dans la confusion la plus totale quant aux limites assignables à ce fameux « présent » auquel l’on voudrait que se résument nos vies.

Quoi qu’il en soit, la gent historienne considère généralement que le XXe siècle a débuté avec la Grande Guerre, en 1914, pour se terminer quelque part dans les années quatre-vingt, la borne étant plantée précisément en telle ou telle année selon l’événement symbolique auquel on choisit de la river.

Le vingt-et-unième, siècle du clientélisme ?

 C’est ainsi que vous avez le choix, pour ce qui est du même coup l’acte de naissance du siècle actuel et la fin du précédent, entre la chute du mur de Berlin ou l’élection de Ronald Reagan et de sa cohorte de « Chicago Boys », ces économistes de choc, théoriciens du néolibéralisme le plus agressif, celui qui s’est pensé à partir de l’Université de Chicago.

Le vieux cow-boy somnolent a été élu le 4 novembre 1980, pour entrer en fonction en janvier 1981, tandis que le mur, qui coupait en deux l’ex-capitale du Reich et divisait visiblement le monde de la guerre froide entre capitalisme et communisme, a commencé d’être mis à bas le 16 novembre 1989.  On pourrait toujours ergoter et arguer du fait que Margaret Thatcher, qui devait proposer le même genre de mesures économiques que Reagan a été élue avant lui, soit le 4 mai 1979, il reste que cette décennie fondatrice a vu, pour le meilleur et pour le pire, la liquidation de l’idéologie et de la politique au profit de l’économie.  Ou plutôt le remplacement pur et simple des premières par cette prétendue science.  Or, nul corps de métier ne s’est plus souvent trompé dans ses prévisions que celui des économistes, malgré leurs courbes, leurs graphiques et leurs équations, qu’ils œuvrent au sein de l’institution universitaire ou sévissent dans le privé.  Cela n’a pas empêché cette pseudoscience de continuer à faire foi de tout, à la fois officiellement et dans les esprits : quel parti politique serait assez suicidaire pour ne pas mettre l’économie en tête de son programme ?  Quel citoyen oserait penser et dire que la création d’emplois ou leur maintien n’est pas la seule chose qui compte en politique ?

Bref, l’économie ainsi conçue, de façon très classiquement… marxiste, comme étant cette « dernière instance » dont Marx disait en effet que tout le reste des affaires humaines découlait, parvient, en tant que discours, à faire oublier qu’elle est à la fois et de part en part idéologique et politique, qu’elle n’est même que cela, malgré ses grands airs de réalisme et d’objectivité.

Cette obsession qui occupe tout notre horizon intellectuel agit même sur notre vocabulaire et sur l’idée de l’être humain que nous nous faisons et entendons imposer par son entremise notamment.  Je parlerai donc ici de l’euphémisme galopant qu’impose en toutes circonstances le Big Brother économique qui nous domine.  Et en particulier de la façon dont il nous contraint d’appeler un chat non plus un chat, comme le voudrait la formule, mais un… client.  Comme au bon vieux temps de la Rome antique.

Du client antique et de son avatar contemporain

 Au temps des Romains, on appelait en effet « client » (cliens) l’obligé, le protégé, le serviteur et en quelque sorte le vassal d’un patronus, dont l’appellation dit bien que c’est un patricien, quand l’autre est un plébéien.  Même s’il dépend lui-même en partie de l’autre, politiquement et parfois militairement, le « patron » est, en fin de compte, celui qui mène, et l’on écorcherait d’autant plus une oreille romaine avec nos balivernes communes du genre « le client est roi » ou « le client a toujours raison » que cliens vient du verbe cliere qui veut dire obéir !  Décidément, Platon avait raison, il y a bien une vérité dans l’étymologie, même si ce n’est pas celle qu’il pensait.  Cette vérité nous rappelle ici que notre « patronage », avec tout ce que le terme comporte de compromissions réciproques, est encore le mode politique selon lequel nous fonctionnons, au Québec et probablement en bien d’autres démocraties dites libérales, de bouts d’asphalte et de jobs promis aux électeurs en retour d’ascenseur à quelque « monsieur trottoir » muni d’enveloppes brunes bien gonflées.

On devinera donc ma surprise et mon indignation quand, chargé, dans les années quatre-vingt justement, de traduire un manuel américain à l’usage des infirmières, l’éditeur m’enjoignit de traduire systématiquement « patient » (c’est le même mot en anglais qu’en français) par « client ».  Là où l’étymologie nous avait habitués à considérer quelqu’un qui « pâtit », c’est-à-dire qui est affecté par une maladie ou une blessure, quelqu’un qui exige qu’on fasse preuve à son endroit de « compassion » (la « passion » qu’il faut éprouver « avec » — cum en latin — la personne souffrante, répond à la même étymologie), voilà qu’il fallait voir maintenant en lui un cochon de payeur qu’il faut satisfaire, quelqu’un qui paie et a donc droit à des « services ».

J’ai souvent l’impression de nos jours que toute relation humaine se fonde sur cette transaction qui cache sa réalité économique sous les dehors magnifiés d’un bienveillant euphémisme pour qui tout le monde il est bon, tout le monde il est gentil.  Bien sûr, c’est à condition que son crédit soit bon.  Car il aura beau, ce client que nous sommes tous, être persuadé qu’il a des droits, y compris ceux que la nature semble lui refuser, s’il est pauvre et obscur, comme par hasard, ces droits, qu’on lui a si habilement vendus, s’envoleront en fumée au ciel rose bonbon de la crédulité.

Et le plus sournois de ces ramages dont on nous berce est sans conteste celui qui prétend qu’on vote aussi avec son portefeuille.  Sous-entendu, pourquoi voter ?  Pourquoi vouloir s’impliquer, intervenir, se démener dans le système qui nous gouverne ?  Il suffit d’acheter, et c’est même notre seul pouvoir.  Comme si l’offre s’était déjà pliée à la demande, elle qui, de toutes les façons, des plus franches aux plus perverses, la forme et la contraint ?  Quand on vous disait que tout est économique !  Et que nous vous boufferons tout rond comme nous avons avalé Marx en prétendant le défaire !

Quel que soit le nom que nous donnions à notre « patron » — qui peut aussi être une abstraction ou une injonction sociale comme la communication obligatoire ou la folie narcissique universelle — et de quelque façon qu’il nous désigne, lui, avec l’euphémisme, cynique parce qu’intéressé, qui caractérise cette époque de droits bidons et de toute-puissance illusoire du « peuple », ce siècle encore jeune semble avoir imposé un type de relations individuelles, politiques et sociales qui repose sur l’intérêt bien senti et prétendument réciproque.

Notre réalité repose plutôt, loin des beaux discours lénifiants de la publicité et des réseaux sociaux, sur une dialectique plutôt tordue.

Car même si c’est parfois chacun d’entre nous qui tient par-devers lui et à son propre endroit, les deux rôles, il n’y a plus, ô Hegel, sous couvert de « patrons » et de « clients », en nos temps intéressés jusqu’au trognon ou jusqu’à l’âme, que maîtres et esclaves.

Est-ce ainsi que les hommes doivent vivre ?

Jean-Pierre Vidal

Notice biographique

Écrivain, sémioticien et chercheur, Jean-Pierre Vidal est professeur émérite de l’Université du Québec à Chicoutimi où il a enseigné depuis sa fondation en 1969.  Outre des centaines d’articles dans des revues universitaires québécoises et françaises, il a publié deux livres sur Alain Robbe-Grillet, trois recueils de nouvelles (Histoires cruelles et lamentables – 1991, Petites morts et autres contrariétés – 2011, et Le chat qui avait mordu Sigmund Freud – 2013), un essai en 2004 : Le labyrinthe aboli – de quelques Minotaures contemporains ainsi qu’un recueil d’aphorismes,Apophtegmes et rancœurs, aux Éditions numériques du Chat qui louche en 2012.  Jean-Pierre Vidal collabore à diverses revues culturelles et artistiques (SpiraleTangenceXYZEsseEtc,Ciel VariableZone occupée).  En plus de cette Chronique d’humeur bimensuelle, il participe occasionnellement, sous le pseudonyme de Diogène l’ancien, au blogue de Mauvaise herbe.  Depuis 2005, il est conseiller scientifique au Fonds de Recherche du Québec–Société et Culture (F.R.Q.S.C.).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Rétrospective* : Néolibéralisme et culpabilité : Abécédaire…(39)

14 mars 2013

Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… (billet publié en juin 2010)

Néolibéralisme — Le Québec en souffre, et tout l’Occident, et toutes ces parties du globe où l’on exporte cette lèpre aux dogmes aussi peu fondés que l’horoscope de votre quotidien favori.  La technologie et les capacités techniques de notre capital humain nous offrent plus que jamais la possibilité de satisfaire adéquatement une proportion importante des besoins humains – au moins de ceux qui relèvent des savoir-faire.  Pourtant, les populations s’appauvrissent, les salaires réels baissent, le chômage et l’exclusion s’accroissent, les emplois sont de plus en plus précaires.  Quant aux acquis sociaux et aux conditions de travail, on supprime des avantages déjà accordés… Toutes ces déconstructions à partir d’une fable que Smith renierait aujourd’hui et au profit de grosses corporations apatrides et d’un capital de plus en plus spéculatif, donc décroché de toute réalité.

Gérôme, L’esclave

Planqué dans cette mythologie fumeuse, l’argent s’engraisse de ses échanges incestueux et stériles, pendant que vieillards, nécessiteux et petits salariés se privent de l’essentiel.   Et nos politiques ?  Ils obéissent au doigt et à l’œil, ou plutôt au moindre sourcillement de Wall Street, de Standard and Poor, de Moody et comparses, et nous répètent : « Ça ne fait que commencer…  Ça va faire mal, vous savez…  Très mal !  On n’a pas le choix…» Le paiement de la dette devient un mythe qui permet d’asservir. Tout avantage retiré aux plus démunis de nos communautés va enrichir ceux qui sont déjà riches hors toute proportion.

Éclipse

Jamais, dans l’Histoire, n’avons-nous disposé d’autant de ressources techniques et humaines pour bien prendre soin les uns des autres : qu’attendons-nous ?  La permission de ceux qui ne voient en nous que des agents de production et de consommation ?  – quand ils ne nous considèrent pas comme de simples rejets qu’il faudra bien convaincre un jour ou l’autre des bienfaits de l’euthanasie…  La mort sera alors préférable à la vie au sein d’une société où l’on n’aura plus de rôles.  On fera du suicide une vertu !  – vous verrez.   L’asservissement du citoyen par la culpabilité suscitée et savamment entretenue.

http://maykan.wordpress.com/


Rétrospective *: Caïn et le néolibéralisme : Abécédaire…(9)

2 janvier 2013

Extraits d’un ouvrage à paraître : Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir… (billet publié en mars 2010)

Bien —  Par la magie du temps, à la fin de toutes choses, le Bien aura tout transformé en bien    — même le mal.  Le mal n’est qu’absence.  Sa substance est plus ténue qu’un voile de harem.  Il n’existe qu’à peine, suspendu, pieds dans le vide, au-dessus des abîmes du temps hors du temps.  Déjà le néant le happe et le digère.

Caïn — Au tout début de la Genèse, on pose à l’humanité une question fondamentale qui vaudra pour la totalité de sa période historique.  Yahvé s’approche de Caïn, qui vient de tuer son frère, et lui demande : « Où est ton frère Abel ? »  Et Caïn de répondre : « Je ne sais pas.  Suis-je le gardien de mon frère ? »[1] Question très concrète.  Chaque individu, chaque organisation politico-sociale se doit d’y répondre au préalable.   Une fois cette responsabilité acceptée, selon les inclinations, les connaissances, les intérêts, les préjugés savants ou primaires, la position occupée sur l’éventail des idéologies   —  ou des absences d’idéologies –, on y répondra de diverses façons.  Aucune tendance ne possède, au départ, l’exclusivité des bonnes réponses en ce qui a trait aux moyens d’instaurer cette responsabilité dans les faits.  Toutefois, certaines options — le néolibéralisme, entre autres —  nous apparaissent difficilement dissociables de la réponse de Caïn.

Lorsque, par principe, les autres ne sont plus des prochains mais universellement réduits au rôle de compétiteurs ou de consommateurs à capter au sein de marchés soigneusement ciblés, toute fraternité humaine, cohérente et responsable, devient en pratique impossible.


[1] Bible de Jérusalem, Genèse 4, 9.


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