Coleridge, Poèmes de l’expérience de vivre : Notes de lecture, Alain Gagnon…

7 février 2017

Denis Bonnecase, S. T. Coleridge, Poèmes de l’expérience de vivre, Éditions Ellug…

Un excellent essai sur la poétique de Coleridge, que l’ami et écrivant Emmanuel Simard m’a déniché dans une bouquinerie de Montréal.

À la page 116, l’auteur soulève la notion d’épochè, sur laquelle il vaut de gloser un peu.

Chez les sceptiques et les stoïciens, l’épochè signifie suspension du jugement. L’épochè permet alors d’accéder à l’apathie et à l’ataraxie, doncalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec au bonheur.  Pour les tenants de la phénoménologie, dont Husserl, l’épochè désigne la « mise entre parenthèses » de ses propres opinions sur le monde.  Non pas que l’on doute de sa réalité, mais bien pour permettre au monde d’impressionner la conscience, comme pure apparition, dépourvue de préconceptions ou d’hypothèses à son sujet.  Pour la psychanalyse, l’épochè est la suspension de tout jugement, dans le but de permettre une navigation libre dans l’univers des fantasmes et de l’inconscient.

Je retrouve ce texte en épilogue à un recueil de poèmes à paraître, Chants d’août :

Lors des premières rencontres avec des lecteurs, je parlais d’abord de moi, pour ensuite en venir à mes ouvrages.  Un peu plus tard, je parlai d’abord de mes romans ou poèmes, pour en venir à ma biographie.  Ce que je tente maintenant : parler des textes, de mes rencontres avec le texte en création, à l’interstice de la conscience et des mots, où la lucidité vacille, se cherche – c’est le plus difficile, le plus intime, le plus imprécis, le plus exigeant.  C’est une toute autre aventure, et c’est cet hiatus que je voudrais combler, narrer, partager.  Possible hors du poème ?

L‘épochè n’est-elle pas nécessaire à l’atteinte de ce satori des poètes ?

http://maykan.wordpress.com/

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Salon funéraire et Jean Ray…, un texte d'Alain Gagnon

23 octobre 2016

Actuelles et inactuelles

Au retour d’un salon funéraire. —alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec
Au salon funéraire, il n’y a plus d’Anglophones, il n’y a plus de Francophones. Ça sent le café, et des gens ont de la peine.
Au salon funéraire, il n’y a plus d’Irlandais protestants ni d’Irlandais catholiques. Ça sent le café, et des gens pleurent.
Au salon funéraire, il n’y a plus de Sudistes ni de Nordistes. Ça sent le café, et des gens ont de la peine.
Au salon funéraire, il n’y a plus de conservateurs, il n’y a plus de progressistes. Ça sent le café, et des gens pleurent.
Au salon funéraire, il n’y a plus de fédéralistes ni d’indépendantistes. Ça sent le café, et des gens ont de la peine.
Tous conflits ajournés pour cause de sort commun dans l’aveugle aventure humaine.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean Ray. — Pour ceux à qui je dois expliquer ma fascination pour l’auteur belge Jean Ray, voici le début d’une nouvelle tirée du recueil La croisière des ombres :

La présence horrifiante

Écoutez, derrière la puérile barrière de la vitre, noire comme du sang caillé, toute l’apothéose des bruits méchants de la tempête.
Elle est accourue de loin, du fond des mers haineuses.
Elle a dérobé aux rivages maudits, où pourrissent les phoques crevés de gale, les relents du mal noir et de la mort.
Elle a hué, honni mille agonies pour assiéger notre pauvre cabaret, où le whisky est aigre et le rhum épais.
C’est un enfant fort vilain qui dévaste un parc de roses, pour taquiner une coccinelle, et la voici qui flagelle notre bicoque de ses nageoires de raie géante.
— Pourquoi, dit Holmer, faut-il mettre, autour de chaque histoire terrible, une nuit noire et un orage affreux ? C’est de l’artifice.
— Non, répondit Arne Beer, c’est une réalité, une chose ainsi voulue par la nature. Vous confondez autour et alentour, comme disait le professeur de français d’Oslo, mais il ne confondait jamais le whisky avec son verre, le singe adroit.

Un métissage d’Edgar Allan Poe, d’Isidore Ducasse et de Coleridge. Atmosphère à couper le souffle.

L’auteur

Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livrealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose ont ensuite paru chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013). Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011). En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010). Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont KassauanChronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (MBNE) ; récemment il publiait un essai, Fantômes d’étoiles, chez ce même éditeur. On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL. De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue. Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Lovecraft, Baudelaire et Guillemin, par Alain Gagnon…

21 septembre 2016

Dires et redires…

En préface à La couleur tombée du ciel de H. P. Lovecraft, Jacques Berger présente la vision pessimiste, sulfureuse du fantastique lovecraftien et conclut : « Des historiens alain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littératurede la littérature arriveront sans doute à montrer pourquoi Lovecraft a choisi cette voie. La misère dans laquelle il a vécu toute sa vie, une mauvaise santé, un mariage malheureux y sont certainement pour quelque chose. Pourtant, il n’y a eu qu’un Lovecraft dans la littérature de tous les pays… Et c’est pourquoi toutes les explications données seront toujours nécessaires, mais jamais  « suffisantes ». Le « biographisme » est le nom que je donne à cette maladie de la critique qui consiste à réduire l’œuvre d’un artiste à ce qui, dans sa vie, peut être appréhendé et étiqueté comme faits – ce réductionnisme n’évalue, ne dévalue ou n’explique le contenu d’une œuvre qu’en fonction de l’histoire personnelle de son auteur. Proust a fort bien dénoncé ce mal, et de façon élaborée ; d’autres aussi. Henri Guillemin en a été atteint à un point à peine concevable et en a fait subir, entre autres, les effets pervers à Vigny.

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Coleridge

L’artiste – littérateur, musicien, peintre, grand politique… – est toujours indigne de ce qu’il produit. Certes, des thèmes, des obsessions, la langue, des manies stylistiques peuvent s’expliquer par l’histoire de vie ; ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel d’une œuvre, ce qui fait qu’elle compte, ne s’explique pas, ne se réduit ni au biographisme ni au psychologisme ; toute grande œuvre ne relève pas du personnel, mais du suprapersonnel. C’est par ce qui échappe aux contingences personnelles et aux facteurs historiques qu’une œuvre transcende le temps et pourra ainsi parler dans dix siècles à ceux qui la consulteront – je n’écrirai pas « feuilletteront », qui sait ce que la technique aura engendré comme support pour les œuvres dans dix siècles ! Combien y avait-il de rimailleurs à l’époque de Villon ? À l’époque de Coleridge ? Pourquoi ces deux-là nous parlent-ils encore ? Et Baudelaire ? S’il suffisait d’avoir été un orphelin à beau-père autoritaire, d’avoir bu de la bière et fumé du haschisch pour écrire L’invitation au voyage, les terrasses de la Grande-Allée et de la rue Saint-Denis dégorgeraient les Baudelaire.

Cette vision suprapersonnelle de l’art explique probablement cette timidité qu’on me reproche parfois à tort. On me dit audacieux, fonceur, bulldozerant lorsqu’il s’agit de brasser des affaires ou de mener des dossiers ; et on s’étonne de ma modestie un peu gauche lorsque j’en arrive à parler de mes livres. Et si c’était parce que j’ai un peu compris de quoi la littérature (et l’art) retourne ? Et si, en ce qui regarde la création littéraire, j’avais depuis longtemps échangé la vanité contre un orgueil lucide ?  (Le chien de Dieu)


Rétro : Chants d’août : une critique dans Québec français…

4 septembre 2015

PROSES BRÈVES : ALAIN GAGNON, Chants d’août, Triptyque, Montréal, 2011, 82 pages.

Alain Gagnon est un auteur chevronné originaire de Saint-Félicien. Son œuvre abondante lui a valu de nombreuses récompenses et il est chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecconsidéré comme un écrivain important de la Sagamie-Côte-Nord. L’automne dernier, il signait Chants d’août, un recueil de proses brèves qui reconduit un projet d’écriture plus vaste comprenant Ces oiseaux de mémoire, L’espace de la musique et Les versets du pluriel.

« Ce monde existe pour que les enfants le trouvent beau. Sans leurs regards, le monde existerait mal, et Dieu devrait tout recommencer ». Mais c’est également le regard émerveillé du poète qui transfigure le monde.  La prose incandescente et raffinée de Gagnon nous dessille les yeux sur la magnificence du spectacle de la vie.  « Ce soir, une pluie tiède mène la joie, modère la marche qui relie les réverbères entre les samares de frêne. Nos pieds les foulent sans hâte. » Des mots qui illustrent un désir d’accueillir le meilleur de l’instant.

Ce recueil éclectique reste essentiellement du côté de la nature. Sans tristesse, plutôt imprégnée d’une langueur tranquille, la première partie éponyme réunit sept fragments qui s’insinuent au cœur de l’été qui s’achève.  «  En août se déploient les jaunes de la joie pleine. […]  Ce mois pose en soi les regrets, comme on pose à la chasse les appeaux. » Puis viennent trois poèmes découpés en versets : ceux des animaux à la cave et au jardin, de la mort banale et triomphante, et de la joie que tempère la pluie. Ils seront suivis d’un récit aérien, Le dire de Trixie, qui raconte l’histoire d’une fillette envoûtée par le spectre qui hante l’île dans laquelle elle a vu le jour. Gagnon se livre ensuite à quelques réflexions sur l’acte d’écrire avant de nous proposer, pour clore son recueil, une adaptation d’un poème de Samuel T. Coleridge : « Le chant du marin sans âge ».

« Il est dans la nature du poème de nager en marge du texte. Il vaut par son appartenance à la marge. Ne lui conviennent ni la grève ni l’abîme. » Gagnon, qui fait son miel de ses pérégrinations non conformistes, assume avec bonheur la liberté de plume qu’il s’octroie.

GINETTE BERNATCHEZ, dans Québec français, printemps 2012.

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre duchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004), Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).


Coleridge et Mallarmé, une colère, par Alain Gagnon…

15 août 2015

Dires et redires…

Une anecdote sur Coleridge. Un jour de rencontre scolaire subventionnée, je fais mention de mon admiration pour ce poète. Le professeur – pour faire l’intéressant ? – se chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québectourne vers moi et énonce : « Il était opiomane. » J’attends la suite. Il se tait et s’attend à ce que je continue mon laïus. Je ne me fâche pas souvent contre mes semblables. Je souris plutôt, reconnaissant chez eux les travers qui sont miens. Ce jour-là fut l’exception. Je me mis à apostropher le prof : « Et Baudelaire ? Ivrogne, érotomane et toxicomane. Et London ? Alcoolique jusqu’à la moelle. Idem pour Hemingway. Et Dostoïevski ? Joueur invétéré… » Et je continuai cette litanie des faiblesses paralittéraires un bon quinze minutes en forçant sur la dépravation des maîtres. Le pauvre type m’implorait presque, tendait les paumes en signe d’apaisement. Les étudiants se tordaient. J’en suis même venu à inclure dans ma péroraison des peintres comme Modigliani et Toulouse-Lautrec… Pourquoi cette rage injustifiée ? Je me le suis souvent demandé. Tentative d’explication : cet empressement bébête et automatique à ânonner sur les travers de personnalité, lorsque l’on mentionne les noms de gens qui ont atteint une certaine notoriété dans les domaines des arts plastiques, du théâtre ou des lettres, m’horripile. A-t-on ce réflexe pour un Prix Nobel de physique ou de mathématiques avec qui il est impossible de tenir une conversation sensée après dix-sept heures parce qu’il est saoul comme la botte ? Pour un économiste de renom pédophile ?  (Le chien de Dieu)

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Éventail de Mademoiselle Mallarmé

Mallarmé, Écrits sur l’art. Il aurait mieux valu qu’il s’en tienne à la poésie, à son Coup de dés… Lorsque l’on fait de la matière réfléchissant sur elle-même le nec plus ultra de l’art, on en arrive à glorifier les tables, les lampes… et à définir les arts décoratifs comme étant les créateurs de ces objets de la dernière liturgie. Dernier homme de Nietzsche, qui décore les ombrelles des femmes du monde de ses vers et correspond avec les marquises sur les patrons de corsage ! Il se veut – comme artiste – aristocrate. Il n’est souvent que snob, vide et fat. Le gossip lui convient.  (Le chien de Dieu)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecformelle, Alain Gagnon, ce marginal de nos lettres, a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage.  À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musiqueen 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août.  En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3.  Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs.  De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une maison liée aux Éditions du CRAM.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche : https://maykan.wordpress.com/

On peut lui écrire directement  à : alain.gagnon28@videotron.ca


Dires et redires, par Alain Gagnon…

12 juillet 2015

alain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littératureFlibuste et texte…

Je me prépare à un autre acte de flibuste littéraire.  Frères de la Côte, réjouissez-vous ! Pisse-vinaigre, qui ne jurez que par votre originalité, chargez vos claviers de fiel !

Je refais le coup de Gilgamesh avec The Old Mariner’s Song de Samuel Taylor Coleridge.  J’y ajouterai même des thèmes et des images puisés sans vergogne dans Le Psautier de Mayence de Jean Ray, cet immense poète, gothique et gantois, que la littérature officielle – celle qui ne plagie jamais ! – a confiné aux enfants ou à ce sous-genre, ma chère, le fantastique… La Psyché déjà salive.  Avec ces deux lascars, délire garanti.

Ni traduction ni adaptation : flibuste et rapines, et autres exactions, en chevauchant ces textes qui eux-mêmes chevauchent la mer…

(Le chien de Dieu)

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[…] Shakespeare aurait peut-être utilisé blancs, silences, non-dits comme artifices d’auteur, appâts, leurres – comme tous les grands illusionnistes qui en disaient moins que plus : Hemingway, Gogol, Kafka, Borges…  En sachant que les textes valent plus par ces interstices, où le lecteur (ou le spectateur) dépose ses propres matériaux, que par ce que l’auteur y exprime.  Tout comme aux échecs et au poker, l’imagination de l’adversaire (lecteur) est la meilleure alliée de l’écrivain.

(Le chien de Dieu)

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alain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littératureC’est ce que je répète aux étudiants que je visite : « Vous souhaitez écrire et ne savez par où commencer ?  Écrivez le premier mot, la première phrase : pour le reste, le texte s’autogérera adéquatement si vous êtes honnêtes.  C’est-à-dire si vous ne le forcez à confesser des états d’âme ou des idéaux que vous souhaiteriez bien avoir et manifester. »

(Le chien de Dieu)

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Lorsque je prête Guillevic, Valéry, Jaccottet ou Éluard à de nouveaux venus en littérature, je leuralain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littérature recommande : « Surtout, ne jetez même pas un coup d’œil à la préface.  Allez au texte ! » Avant que j’en arrive à ces précautions, le recueil me revenait après quelques semaines ou quelques mois avec un sourire gêné : « L’ai commencé ; pas eu le temps de le finir… Tu sais ce que je veux dire… » Ah ! Si, je le sais.  Le texte, bordel ! Allez au texte ! Roman ou poésie, le texte ! La seule vérité littéraire.

(Le chien de Dieu)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et formelle, Alain Gagnon, ce marginal de nosalain gagnon, Chat Qui Louche, maykan, francophonie, littérature lettres, a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage. À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musique, en 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août. En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES-CN) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3. Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs. De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une nouvelle maison liée aux Éditions du CRAM, qui se consacrait à la littérature québécoise.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche.  On peut lui écrire directement à : alain.gagnon28@videotron.ca

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Dires et redires, par Alain Gagnon…

13 mars 2015

Comment ne pas se faire d’amis… chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Des étudiants m’interrogent : « Dans vos poèmes, on ne retrouve pas ou peu de sentiments tels l’amour, la peur, la solitude, la fierté d’être Québécois… »

Réponses :

1. Je n’écris pas de chansons country.

2. Je déteste la mélasse et la guimauve.

3. La seule poésie qui vaille est celle qui décrit la rencontre d’une conscience et de l’univers dont elle est issue.

4. Les sentiments sont des épiphénomènes : les « vraies affaires » relationnelles se passent à un niveau beaucoup plus profond du soi.

5. Le langage de l’intériorité – pour un poète -, c’est la musique des phrases et la force d’évocation des mots.

6. Se mettre en état d’écriture, c’est se mettre en état de résonance avec l’univers visible et invisible, c’est chercher à saisir ce qui toujours échappe à la pensée utilitaire ou à la lourdeur sirupeuse des sentiments.

Pour ces raisons, j’aime traquer les auteurs dans leurs œuvres secondaires : carnets, notes, journal…  – notamment Coleridge. Lorsqu’ils s’oublient, oublient la tradition dont ils sont issus et tout ce fatras de clichés, sentiments usés, conventions qu’ils ont dû reprendre pour plaire à l’aveuglement critique de l’institution littéraire.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)


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