Chronique urbaine, avec Jean-François Tremblay…

29 octobre 2015

Un lundi soir à Hollywoodchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Lundi 16 avril 2012,  Hollywood Boulevard. Vers 16 h 30.

Mon ami Marc-André, et moi-même, sortons de la station de métro Hollywood/Vine. Devant le Pantages Theater, nous prenons la décision de marcher un peu sur le boulevard, sans but précis. Nous avons toute la soirée pour nous, et nous sommes à Hollywood.

Fan de cinéma, je suis hypnotisé par les nombreuses étoiles sous mes pieds. En vérité, le Walk of Fame n’a rien de particulièrement impressionnant (surtout si vous en avez vu un autre, tel que celui de Toronto que j’ai visité en 1998).  Ce ne sont que des étoiles dans le ciment.  N’empêche que j’aurais pu passer la soirée à regarder par terre et ne rien voir d’autre autour de moi.

Au total, tel un vrai touriste, j’ai bien dû photographier une cinquantaine d’étoiles. Ridicule, je sais.

Après un délicieux hamburger chez Juicy Burger (coin Hollywood Blvd et Ivar Ave), nous continuons notre promenade. C’est alors que nous apercevons les lettres de l’enseigne d’Hollywood au loin, sur le mont Lee. Du moins, les trois premières lettres. Le reste est caché par des édifices.

Nous décidons alors de nous diriger en direction de l’enseigne pour tenter de la voir au complet. Nous partons, à pied, vers les collines d’Hollywood, sur Argyle Avenue.

Le quartier que nous découvrons est des plus pittoresques. Des maisons de tous genres, pas nécessairement luxueuses, mais très jolies, s’empilent les unes sur les autres, près des autres, formant un mélange de couleurs et de styles. La verdure luxuriante ajoute au tout.

Les rues sont étroites. La température est superbe. Nous avons cette motivation commune de voir ces grandes lettres de près (du moins, le plus près possible avant la noirceur), et nous avançons lentement, mais sûrement.

Les maisons nous cachent la fameuse enseigne, mais nous savons à peu près dans quelle direction aller. Cependant, les rues ne cessent de tourner dans toutes les directions, et nous ignorons si nous sommes dans un quartier qui nous permettra de voir l’enseigne au final, ou s’il y aura toujours plus de maisons et d’arbres.

Et nous sommes constamment attirés par diverses choses : maisons typiques, voitures décorées de manière étrange et surtout, la vue de Los Angeles qui, au fur et à mesure de notre ascension, devient de plus en plus jolie à nos pieds et qui ne cesse d’attirer notre regard.

Dans un tournant, sur Temple Hill Dr, il y a une pente à pic, entre deux maisons. Au sommet de la pente, une clôture qui semble longer un terrain. Convaincus que de là-haut nous serons en mesure de voir dans quelle direction aller, nous montons. Je suis nerveux, car le terrain semble privé. J’entends des hélicoptères à proximité, et je les imagine déjà nous interpeller, et mon imagination s’affole jusqu’à nous voir dans une cellule dans un poste de police quelconque de Los Angeles.

Une fois là-haut, mis à part une vue magnifique de Los Angeles, nous ne voyons rien. La clôture que nous avions aperçue de la rue donne sur un terrain où se trouve une demeure, mais les aspérités des lieux nous empêchent de voir quoi que ce soit d’autre. Nous redescendons, de peine et de misère (c’est très à pic).

Un peu plus sales, un peu plus en sueur, et incertains d’arriver à voir de près l’enseigne d’Hollywood, nous continuons malgré tout notre marche.

Retour, donc, vers Argyle Ave, pour ensuite prendre El Contento Dr vers le nord. Tout ceci se fait en lente montée depuis le début. J’ai très soif. Il fait chaud, mais pas trop. C’est surtout une fin d’après-midi paradisiaque. Le quartier est d’une beauté incroyable, et je suis bien. Il n’y a presque pas de circulation et malgré nos recherches infructueuses pour entrevoir, ne serait-ce qu’un moment, le signe d’Hollywood, nous avons du plaisir à nous trouver là.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecEl Contento monte pendant un petit moment, et j’ai un drôle de sentiment ; celui que nous allons bientôt être chanceux. C’est à ce moment que nous arrivons près d’une intersection. En approchant, je vois le nom de la rue perpendiculaire : Quebec Dr.

Je dis à Marc-André : « Ça, c’est un signe du destin ! »

Et voilà que, trente secondes plus tard, nous sommes sur Quebec Dr et qu’entre deux maisons, nous voyons enfin les lettres HOLLYWOOD au complet.

Enfin !

À partir de là, nous marchons dans Quebec Dr vers l’ouest, qui devient Creston Dr en montant vers le nord, pour aboutir sur Durand Dr.

« Durand » étant le nom de famille de ma copine, j’y vois un autre signe. Un signe de quelque chose que je ne saurais préciser, mais un signe.

Nous abordons une femme qui promène son chien et lui demandons comment on peut s’approcher du signe.

Elle nous conseille de continuer dans Durand Dr, et de prendre ensuite un chemin de terre (une trail, en bon français…), qui longe les collines et qui nous mènera à un belvédère d’où nous pourrons mieux voir l’enseigne.

Et c’est ce que nous faisons. Nous nous rendons, donc, jusqu’au chemin de terre qui longe le Hollywood Reservoir. De là, nous voyons le Mulholland Dam (le même que l’on voyait s’effriter dans le film Tremblement de Terre en 1974).

Et nous arrivons, enfin, au belvédère, vers 18 h 45. La lumière est splendide, tout est calme. Il y a peu de gens. Nous sommes fatigués, mais heureux d’avoir atteint notre but.

Voir le signe d’encore plus près nous aurait demandé plus de temps, voire une voiture. Et de toute façon, les lettres sont derrière une clôture aujourd’hui ; il aurait chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecété impossible de les toucher. J’étais simplement heureux de voir de mes propres yeux une icône importante de ma vie de cinéphile.

De retour, une heure plus tard, sur Hollywood Blvd, nous avons continué notre périple.

Nous avons visité des boutiques de souvenirs, avons mangé au California Pizza Kitchen, un resto au sein même du Kodak Theatre (où sont présentés les Oscars), et sommes allés nous promener sur Sunset Blvd.

Nous avons terminé la soirée dans un bar de danseuses nues (où l’affiche annonçait  1000’s of Beautiful Girls, and 3 Ugly Ones), et au retour nous nous sommes fait arnaquer par un homme qui a partagé une ballade en taxi avec nous (à nos frais…).  Mais ceci vous sera raconté une autre fois…

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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Rétrospective : Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

5 août 2012

Que se cache-t-il derrière notre political correctness ?

Samedi dernier, ma copine et moi regardions la télé sur l’heure du dîner quand nous sommes tombés sur une reprise de l’émission Tout le Monde en Parlait, à Radio-Canada.

L’émission traitait d’un documentaire de l’ONF réalisé par Robert Favreau en 1975, intitulé Le Soleil a pas d’Chance, et qui porte sur le Carnaval de Québec, et plus particulièrement des Duchesses du Carnaval.

Le reportage (signé Caroline Gaudreault et Denis Roberge) nous montrait comment le documentaire de Favreau a choqué, surpris et même blessé des gens à sa sortie, en accusant le Carnaval de sexisme envers les jeunes femmes qui se présentaient au concours de Duchesses.

Plusieurs témoins de l’époque ont participé au reportage, réalisé l’an dernier (si je ne m’abuse). On y retrouve Favreau et sa collaboratrice France Capistran, qui défendent leur documentaire, ainsi que Pierre Villa (président du Carnaval en 1975) et Yves Chabot (qui sélectionnait les duchesses), offrant quant à eux un point de vue bien différent. Quelques anciennes duchesses viennent balancer le tout.

Le reportage s’avère des plus intéressants, surtout si l’on s’intéresse un tant soit peu à la question du féminisme.

Je n’ai pas vu le documentaire de Favreau, mais le reportage m’a donné le goût de le visionner. Apparemment, le film (d’environ 2 h 30) ne comporte aucune narration. Il s’agit simplement d’un exercice d’observation, où les images parlent d’elles-mêmes. On y voit – si je me fie à ce que le reportage télé montrait – de nombreuses scènes où les duchesses sont traitées comme des êtres sans cervelle, des idiotes qu’on parade sans que l’on s’intéresse à ce qu’elles peuvent penser. Certaines tombent d’épuisement dû aux exigences plutôt élevées que demande le rôle de duchesse. Et il est aberrant de voir (et surtout d’entendre), dans les extraits montrés,  les responsables de la sélection des duchesses – surtout Yves Chabot – faire preuve dans leurs propos d’un sexisme et d’une bêtise effarants.

Le documentaire, sorti en plein cœur de l’Année internationale de la Femme, a suscité de nombreux et houleux débats à l’époque, le Carnaval tentant – entre autres – de faire interdire sa distribution, en vain.

L’image des Duchesses a pris un vilain coup à la suite de ce documentaire, et le concours ne fut plus jamais le même, jusqu’à son annulation en 1996.

Aujourd’hui, en 2011, des sondages sont menés pour tenter de jauger l’intérêt du public envers cette compétition. Apparemment, 80 % de la population de Québec serait partante pour remettre sur pied le concours des Duchesses du Carnaval.

Comment justifie-t-on encore ce genre de compétition en 2011? Les Miss World, USA, Univers, les Duchesses ?

Des décennies de féminisme nous ont menés où ? À ça ? Et la question principale que je me pose : pourquoi les femmes continuent-elles de participer à ce genre d’événement dégradant ?

Et autre chose : comment les vieux machos, ceux qui avaient carte blanche avant que le « politically correct » ne prenne le dessus sur la

Robert Favreau

plupart des autres discours, se sentent-ils aujourd’hui ? Alors qu’on les musèle depuis des années, qu’on les sermonne, lorsqu’ils utilisent des expressions racistes, sexistes ou misogynes qui ont longtemps fait partie de leur vocabulaire ? J’imagine que souvent ça doit bouillir à l’intérieur.

Je voyais Pierre Villa dans le reportage qui regardait sur un écran derrière lui un extrait d’entrevue donnée par Robert Favreau en 1975, un jeune Favreau aux cheveux longs et moustache. Et Pierre Villa qui se retourne vers la caméra de Tout le Monde en Parlait et traite Favreau de « granola » et affirme ceci : « […] il y avait à une époque des gens qui avaient des styles qui ne correspondaient pas nécessairement à cette élite montante que nous étions, que nous essayions d’être. »

Ce genre de propos fait peur.

Et je ne me fais pas d’illusions sur le fait qu’une bonne partie de la population, bien que l’on croit naïvement avoir évacué de nombreux préjugés, continue d’entretenir en silence ce genre de pensée. Je n’ai qu’à penser à tout ce que je peux entendre dans mon entourage en termes de propos racistes et sexistes à peine déguisés en blagues pour m’en faire une idée.

L’animateur américain ultraconservateur Glenn Beck a déjà dit : « Political Correctness doesn’t change us, it shuts us up.

Voici un lien pour visionner l’épisode en question de Tout le Monde en Parlait. Cliquez ici.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique urbaine de Jean-François Tremblay…

16 mai 2011

Que se cache-t-il derrière notre political correctness ?

Samedi dernier, ma copine et moi regardions la télé sur l’heure du dîner quand nous sommes tombés sur une reprise de l’émission Tout le Monde en Parlait, à Radio-Canada.

L’émission traitait d’un documentaire de l’ONF réalisé par Robert Favreau en 1975, intitulé Le Soleil a pas d’Chance, et qui porte sur le Carnaval de Québec, et plus particulièrement des Duchesses du Carnaval.

Le reportage (signé Caroline Gaudreault et Denis Roberge) nous montrait comment le documentaire de Favreau a choqué, surpris et même blessé des gens à sa sortie, en accusant le Carnaval de sexisme envers les jeunes femmes qui se présentaient au concours de Duchesses.

Plusieurs témoins de l’époque ont participé au reportage, réalisé l’an dernier (si je ne m’abuse). On y retrouve Favreau et sa collaboratrice France Capistran, qui défendent leur documentaire, ainsi que Pierre Villa (président du Carnaval en 1975) et Yves Chabot (qui sélectionnait les duchesses), offrant quant à eux un point de vue bien différent. Quelques anciennes duchesses viennent balancer le tout.

Le reportage s’avère des plus intéressants, surtout si l’on s’intéresse un tant soit peu à la question du féminisme.

Je n’ai pas vu le documentaire de Favreau, mais le reportage m’a donné le goût de le visionner. Apparemment, le film (d’environ 2 h 30) ne comporte aucune narration. Il s’agit simplement d’un exercice d’observation, où les images parlent d’elles-mêmes. On y voit – si je me fie à ce que le reportage télé montrait – de nombreuses scènes où les duchesses sont traitées comme des êtres sans cervelle, des idiotes qu’on parade sans que l’on s’intéresse à ce qu’elles peuvent penser. Certaines tombent d’épuisement dû aux exigences plutôt élevées que demande le rôle de duchesse. Et il est aberrant de voir (et surtout d’entendre), dans les extraits montrés,  les responsables de la sélection des duchesses – surtout Yves Chabot – faire preuve dans leurs propos d’un sexisme et d’une bêtise effarants.

Le documentaire, sorti en plein cœur de l’Année internationale de la Femme, a suscité de nombreux et houleux débats à l’époque, le Carnaval tentant – entre autres – de faire interdire sa distribution, en vain.

L’image des Duchesses a pris un vilain coup à la suite de ce documentaire, et le concours ne fut plus jamais le même, jusqu’à son annulation en 1996.

Aujourd’hui, en 2011, des sondages sont menés pour tenter de jauger l’intérêt du public envers cette compétition. Apparemment, 80 % de la population de Québec serait partante pour remettre sur pied le concours des Duchesses du Carnaval.

Comment justifie-t-on encore ce genre de compétition en 2011? Les Miss World, USA, Univers, les Duchesses ?

Des décennies de féminisme nous ont menés où ? À ça ? Et la question principale que je me pose : pourquoi les femmes continuent-elles de participer à ce genre d’événement dégradant ?

Et autre chose : comment les vieux machos, ceux qui avaient carte blanche avant que le « politically correct » ne prenne le dessus sur la

Robert Favreau

plupart des autres discours, se sentent-ils aujourd’hui ? Alors qu’on les musèle depuis des années, qu’on les sermonne, lorsqu’ils utilisent des expressions racistes, sexistes ou misogynes qui ont longtemps fait partie de leur vocabulaire ? J’imagine que souvent ça doit bouillir à l’intérieur.

Je voyais Pierre Villa dans le reportage qui regardait sur un écran derrière lui un extrait d’entrevue donnée par Robert Favreau en 1975, un jeune Favreau aux cheveux longs et moustache. Et Pierre Villa qui se retourne vers la caméra de Tout le Monde en Parlait et traite Favreau de « granola » et affirme ceci : « […] il y avait à une époque des gens qui avaient des styles qui ne correspondaient pas nécessairement à cette élite montante que nous étions, que nous essayions d’être. »

Ce genre de propos fait peur.

Et je ne me fais pas d’illusions sur le fait qu’une bonne partie de la population, bien que l’on croit naïvement avoir évacué de nombreux préjugés, continue d’entretenir en silence ce genre de pensée. Je n’ai qu’à penser à tout ce que je peux entendre dans mon entourage en termes de propos racistes et sexistes à peine déguisés en blagues pour m’en faire une idée.

L’animateur américain ultraconservateur Glenn Beck a déjà dit : « Political Correctness doesn’t change us, it shuts us up.

Voici un lien pour visionner l’épisode en question de Tout le Monde en Parlait. Cliquez ici.

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


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