Motel Del Sirenas, Chambre no 30, un texte de Karine St-Gelais…

17 juin 2016

Motel Del Sirenas

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

1870 : les belles années ! Une fillette nait sous le nom de Carmen Costello. Sa mère, Augusta Iglesias une bonne ménagère, mais avant tout, une chanteuse de rue peu connue. Édouardo Carson, son père, est un ancien officier grec devenu tavernier. Augusta doit maintenant se prostituer pour subvenir aux besoins criants de sa jeune famille de 5 enfants. Son grand frère s’appelle Francisco, dit le Grand. Son deuxième, Valentin, est surnommé le Charmeur. Quant à Adolfo, le troisième, on l’appelle le Dur. Carmen et Dolores sont jumelles identiques ; on les surnomme affectueusement « les petites poupées ».

Le père ne cesse d’accumuler les dettes de jeux, les problèmes et les soirées bien arrosées, ce qui rend la vie familiale désordonnée et misérable.
Le début de l’adolescence de Carmen s’amorce par un viol brutal lors d’une fête au village. Un soir de juillet, elle n’a que 13 ans.

Le drame se passe dans la chambre no 30 du Motel Del Sirenas (Motel des Sirènes). Un jeune homme brise ce jour-là ce qui lui reste de son enfance, de ses cheveux d’ange, de sa douceur, de sa naïveté, de ses rêves et de ses poupées. On le nomme Roméo, son vrai nom est Vincent Romero, un savetier. Il marque la jeune Carmen au fer rouge en ce début d’été et la laisse au seuil de l’enfer.

Le lendemain, elle revient à la maison avec de nouveaux démons au cœur qui la hanteront à jamais. Elle voue depuis une haine incurable à la gent masculine. Elle raconte dans ses mémoires toutes les horreurs qu’elle aimerait faire subir à plusieurs jeunes et valeureux villageois. Elle fantasme avec le mal et danse avec les hyènes sous la lune pleine. Elle se voit, se délectant du sang frais qui macule leur corps encore tiède. Une nuée de jeunes hommes morts exsangues après qu’elle eût sectionné leur verge si précieuse. De telles visions la font frissonner de plaisir !

La belle grandit en montrant ses charmes dans les cabarets. On la remarque au bras de son premier et seul amant, qui deviendra son proxénète, son ami ainsi que son ennemi, Paco Coll Leon. Il lui enseigne l’art de la scène. Elle est dans la fleur de l’âge, à peine 17 ans. Enceinte de quelques semaines, elle se fait avorter par un charlatan qui la rendra stérile. Ce fut son premier deuil. Dès son rétablissement, elle se produit dans des endroits mal famés sous son nouveau nom de scène, Carolina. Sensuelle, elle dénude ses épaules chaudes sous son regard de femme enfant. Elle acquiert ainsi une certaine notoriété. Elle exercera ses charmes jusqu’au Moulin Rouge, à Paris, en 1889.

Sa réussite est totale. Elle porte des tenues somptueuses et des bijoux offerts par ses admirateurs. Elle joue à la grande dame, celle qu’elle aurait dû être, celle dont elle rêvait petite fille. Des colliers de joyaux véritables ornent son cou et mettent en valeur sa poitrine généreuse. Des pierres précieuses ornent ses lobes délicats. Ses seins ont fait sa renommée. Les Parisiens murmurent qu’ils ont inspiré la forme des coupoles de l’Hôtel Carlton à Cannes.

Elle est plus qu’une prostituée, elle est une muse, une poétesse de la scène, une beauté rare, mystérieuse et insaisissable. Les hommes en tombent amoureux dès que leur regard effleure ses courbes olympiennes que découpent les lumières de la scène. Les peintres se l’arrachent, les poètes la citent, les chanteurs de charme l’idolâtrent. On se plait à raconter qu’elle pousse les hommes aux suicides. Sa mère la renie et son père meurt dans un incendie qui emporte la demeure familiale – sans doute un règlement de compte. Sa jumelle, Dolores, s’en sort brûlée au troisième degré. Elle s’en remettra, mais portera à jamais les stigmates du diable sur la moitié de son corps.

La vingtaine approche. Dolores envie Carmen. Elle jalouse ses yeux de biche et l’attention dont on l’entoure. Elle erre seule, ses frères sont à la guerre ; pendant ce temps, Carmen se dorlote et vit dans l’abondance. Elle se baigne comme une reine dans des laits couteux et participe aux soirées les plus huppées.

C’est alors que Carmen décide d’acheter le Motel maintenant délabré où elle a subi l’agression du savetier à Ponto Valga, village de son enfance. Le Motel Del Sirenas. Elle espère ainsi exorciser son mal. Son amant Coll, maintenant devenu son mari, en fait un bordel très rentable, mais cible des mauvaises langues :

Il parait que la chambre no 30 est une porte directe vers le paradis, ou l’enfer, tout dépend si l’homme est vertueux où un malfrat, s’amusent à répéter les femmes à leurs hommes pour s’assurer qu’ils ne sautent pas la clôture. Que des commérages de bonnes femmes, se disent les maris en mal d’amour et de chair fraîche.
Depuis douze mois, de plus en plus de disparitions inquiètent les villageois. Le prêtre du lieu avise au prône de ne pas approcher le Motel des Sirènes, que c’est là un sacrilège ! Un péché de regarder l’enfer se déhancher sous les feux d’une musique enivrante…

Depuis l’arrivée de l’homme au chapeau noir et de sa putain, tout va mal dans notre bon comté, crie le juge en colère au commissaire du coin. La belle Costello ne fait que prendre du bon temps et essaie d’apaiser les douleurs chroniques de sa chère sœur, dit finalement le maire.

En effet, Carmen veut mettre un baume sur les cicatrices de Dolores. Sa douleur lui rappelle la sienne, comme si sa jumelle portait les marques de son viol.

Les enquêtes n’aboutissent à rien, les indices ne sont qu’impasses.
Possiblement des suicides, ou des règlements de compte, écrit finalement l’enquêteur dans ses derniers rapports. Mais le huitième meurtre lui laisse un goût amer.

Tous ont été retrouvés sur la berge, cadavres gonflés par l’immersion prolongée dans le lac. Le bas du corps est manquant. Impossible de faire quelque chose de bien, s’exclame le croquemort. Sauf pour le dernier, nu, pendu à un arbre par le phallus… Aouillleee ! frémissent les témoins ! Ouais, cet homme est un ancien savetier du coin, il y a longtemps qu’on l’avait vu, ce bougre, dit l’enquêteur qui tisse sa toile mine de rien… La dernière gorgée de café lui reste coincée dans la gorge. Chaque homme a été d’abord étranglé avec une corde, un long lacet de cordonnier… Et puis ? s’impatiente le juge, une femme seule ne peut faire ça ! Mais c’est la seule explication logique à tout ce carnage ! répond le commissaire.

La belle Espagnole se retrouve en prison, détestée par tous et traitée de folle. Elle est maintenant la source des contes noirs du coin, ceux qu’on utilise pour faire coucher les enfants tôt.

Elle criera son innocence jusqu’à ses 61 ans, avant de mourir d’une crise cardiaque.
Dolores apaise sa peine par de courtes visites à Carmen et passe ses journées à jouer à la princesse dans les robes affriolantes de sa sœur, sous son maquillage et ornée de ses bijoux hors de prix. Pour la première fois, Dolores se trouve magnifique et se sent heureuse !

Notice biographique

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous aimons ses textes pleins de fraîcheurchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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L'adorable Ludovic, un texte de Karine St-Gelais…

15 mai 2016

Pour toi, cher Chat, un petit clin d’œil qui ne louche pas…alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

On dit que le chat vit entre deux mondes. Pas tout à fait ici et un peu là-bas. Un œil sur nous et l’esprit de l’autre côté. Il captive les amoureux des félins et nos ancêtres depuis toujours. Il était un dieu chez les Égyptiens, la déesse Bastet. Soit qu’on les adore, ou qu’on les déteste, d’autres en ont peur tandis que certains en ont trop. Peu importe ce qu’on en pense, nous sommes tous d’accord sur quelque chose, ils inspirent le mystère, la perfection et le charme. Créature du dieu soleil ou enfant d’Amon, fils du diable, il est certain que le chat est connu pour son tempérament à deux visages. Son antagonisme fascine ou terrifie. Il arbore fièrement au quotidien son indépendance et par la suite se laisse trahir par ses ronronnements affectueux. Le chat est et restera aux yeux des hommes, un symbole de l’au-delà.

L’Égypte lui vouait un culte, stimulant ainsi l’amour et l’énergie charnelle pour assurer leur dynastie. Il protège encore farouchement la Vallée des reines à travers le temps et son côté sacré n’échappa pas au Moyen âge, à l’Inde, ni au Japon, et il conquerra toute l’Europe. On plaisante souvent en disant qu’il a 9 vies, qu’il retombe toujours sur ses pattes, qu’il se purge de nos ondes négatives absorbées durant la nuit en dormant une bonne partie de la journée et que malgré sa domestication, il est resté un chasseur hors pair. Dans le passé, il était le familier des sorcières chassant les mauvais esprits des chaumières, tout en restant un mauvais présage pour les superstitieux lorsqu’il naissait avec un pelage noir corbeau. L’humain a dompté son côté tendre, mais nous n’aurons jamais le contrôle de son instinct sauvage…

Ludovic est un magnifique matou qui est entré dans ma vie, un jour, comme un « chat dans un jeu de quilles ». Des récits rappellent que si un chat choisit votre demeure, c’est que vous aviez besoin de lui, à ce moment précis de votre existence. Il faut l’accueillir, le nourrir, lui apporter chaleur et réconfort, car il risque de vous retourner la pareille. Il était là, tout penaud, un lundi matin de mai, me disant bonjour d’un miaulement long et rauque au seuil de ma porte. Il portait un joli collier noir avec une médaille en argent. Son nom y était gravé. « Il appartient surement à quelqu’un », me dis-je. Je fis des recherches, je passai son annonce plusieurs fois sur les réseaux sociaux, j’ai même appelé la SPCA de ma municipalité, mais rien, toujours rien, même après plusieurs mois. Il n’a jamais essayé de s’enfuir ; même à l’extérieur, il restait tout près de moi. Je me souviens, je me disais : mais qui a eu l’audace d’abandonner un tel chat !

Mon conjoint et moi essayions à cette époque d’avoir des enfants. Je venais tout juste de me remettre d’une fausse couche. J’étais encore sur les hormones de grossesse et Ludo, de son surnom, m’était d’un incroyable réconfort avec ses ronrons. Il y avait quelque chose d’étonnant dans ses yeux vert émeraude. Un regard profond et rempli de sagesse. Quel âge pouvait-il bien avoir ? Poils au vent, il surveillait son nouveau territoire comme un roi. Il dormait sur mon ventre, sa chaleur me faisait le plus grand bien. Jusqu’au jour, où, surprise, j’appris que j’étais de nouveau enceinte. Ayant eu quelques fausses couches, dont la dernière qui fut très douloureuse, j’étais très anxieuse. Ludovic passa les neuf mois suivants lover contre mon ventre. Le jour J arriva… Nous revenions avec le petit Gabriel, Ludo nous attendait de pied ferme, comme s’il voulait savoir si tout allait bien. Je couchai le bébé dans son landau, il dormait à poings fermés. Ludovic le veillait de son iris, porte ouverte vers un autre monde. Soudain, il se leva, se retourna et se dirigea vers la porte d’entrée. Un miaulement aigu retentit, je compris qu’il voulait aller dehors, mais sans moi.

Après coup, je me dis aujourd’hui que jamais je n’aurais dû ouvrir la porte ce jour-là. Il fit ce qu’il n’avait jamais fait au paravent : comme un automate, il prit le chemin de l’entrée asphaltée vers un avenir incertain. Il se dirigea tout droit vers la route principale. Je criais son nom par-delà mon balcon. Il se retourna une dernière fois, me regarda longuement et reprit son chemin, sans jamais revenir. Les yeux baignés de larmes, je le vis disparaitre au loin. Il semblait savoir où il allait, comme soudainement chargé d’une mission.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJe songe à lui comme un vagabond à l’âme charitable. Je fis des recherches, je passai son annonce plusieurs fois sur les réseaux sociaux, j’ai même appelé la SPCA de ma municipalité, mais rien, toujours rien, même après plusieurs années, je n’ai jamais eu la moindre nouvelle de lui. J’aime aujourd’hui l’imaginer éternel. J’aime rêvasser qu’il est dans les bras d’un autre être dans le besoin, ronronnant. Mon Ludo, comment pourrais-je t’oublier ? Depuis, chaque matin que dieu fait, j’ai peur de te retrouver sur la chaussée, ensanglanté, agonisant ! Je me rappelle ton pelage noir et blanc, le bien et le mal qui s’entrelacent dans la douceur, le yin et le yang se rencontrant en parfaite harmonie. Mon Ludovic, mon ami, mon messager. Le chat vient peut-être d’un autre monde, doté de pouvoirs qui lui appartiennent, il semble en effet immortel. Je comprends maintenant les Égyptiens de les avoir tant vénérés.

Karine

Notice biographique

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous aimons ses textes pleins de fraîcheurchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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Bleu banane, un texte de Karine St-Gelais…

18 avril 2016

Bleu banane

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Mon grand-père cherchait toujours à donner la couleur bleu banane à tout ce qui l’entourait. Il avait une fixation sur les bananes, ton grand-père, me direz-vous ! Cher Chat, je suis d’accord avec vous et votre rictus d’enfant qui se dessine en ce moment. Étant une décoratrice, avec plus de dix ans d’expérience, pour moi, le bleu banane n’existe pas ! Ce serait plutôt un mauvais choix de nom trouvé par le fabricant de peinture Zel. Mais parfois je me demande si, par miracle, ce bleu étrange n’existerait pas ? Il ressemblerait à quoi ? Qu’est-ce exactement, le bleu banane d’antan qu’essayait de me faire voir grand-papa ?

Retour en arrière :
– Ça te va bien, ce polo, grand-père. Très joli bleu !
– Merci Catherine la « Couette » – un surnom affectueux et sarcastique qui fait référence à mes rigolotes petites lulus.
– Il est bleu banane, mon chandail.
– Hein !…Bleu quoi ?
– Bleu banane ! Quoi, t’as jamais vu de bleu banane ?
– C’est sorti en même temps que ton usine à les crochire les bananes, ça ! criai-je exaspérée de ses histoires à dormir debout. Et dormir debout est ici peu dire, car il en sort souvent des vraiment bizarres.
Grand-mère reste de marbre, le nez dans ses tartes au sucre brun et blanc qui parfument la pièce de beurre fondu. Ça y est, j’ai soudain une terrible fringale.
– Ta grand-mère aussi à une jaquette de cette couleur, hein, Deline ? lui lance-t-il affectueusement.
– Arrête de bourrer cette pauvre enfant, lâche grand-mère.
Moi, toujours intriguée par les idées plutôt atypiques de ce vieux grognon, je garde l’esprit ouvert… Voyant mon intérêt, il reprend de plus belle, et je l’imagine bien se dire : je vais encore l’enfirouaper comme une viande grasse entre deux gros pains hamburger. Comment y résister, même si, l’instant d’après, il me fait toujours amèrement regretter ma curiosité naïve ?
Il s’y met alors :
– Quand j’ai connu ta grand-mère, elle avait le béguin pour moi, mais elle a dû choisir entre l’argent ou l’amour. Elle avait deux prétendants, un juge riche du comté, et moi, un simple travailleur, une boite à lunch en aluminium – appellation non scientifique d’un opérateur à l’Alcan.
– C’est vrai, grand-mère ? lui demandai-je, très surprise de l’apprendre.
– Oui, chère Catherine. Et j’ai finalement choisi ton grand-père parce qu’il était très beau… Je ne voulais surtout pas que mes futurs enfants soient laids comme le juge…
– Pis l’amour et mon intelligence, Deline, renchérit mon grand-père un peu frustré.
Il me raconte que dans le temps, chez ses parents, leur cuisine arborait un magnifique papier peint dont ma mère était très fière. Il était orné de superbes bananes bleues… (Yark, cela devait être, laid pensai-je. Un affreux décor vintage – pour moi un horrible cauchemar.)
C’est dans cette même cuisine que j’ai présenté ta grand-mère à ma mère, la grande Bertrande.
– Oui, oui, ne me regarde pas comme ça, la Couette, Bertrand avec un E.
– Ils ont le sens de l’humour chez toi, grand-père, ricanai-je…
Celle-ci portait une ravissante robe d’intérieur à volants d’un velours bleu profond. Adeline dans sa naïveté légendaire, fit la remarque a sa future belle-mère que sa tenue s’agençait à merveille avec le bleu des bananes du papier peint de sa cuisine… Quel malaise, oh, oye, oye !
– Arrête de raconter ça, vieux fou, c’est plutôt gênant.
La belle-mère était restée bouche bée ! Elle avait eu un super rabais sur ce papier peint, on ne se demande pas pourquoi… J’aurais bien aimé voir ce papier peint pour enfin voir la couleur réelle des mythiques bananes.
– As-tu une photo de ça, grand-père ?
– Oui, mais EN NOIR ET BLANC !
– Nooon !!! Incroyable, il s’en sort toujours !
Encore aujourd’hui, ce bleu demeure une référence pour moi. C’est toujours amusant de voir l’air ébahi de mes clientes lorsque je leur annonce que le bleu dont je viens de décorer leur salon, est un bleu banane.

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Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous avons aimé ce conte plein de fraîcheur et de naïveté enfantineschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophoniequ’elle nous offre.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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Le rêveur, un texte de Karine St-Gelais…

2 février 2016

Le rêveur

 

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Le rêveur qui rêvait.
Vous savez, Pierrot, ce petit être pâle et fragile de notre enfance. Une comptine raconte ses mésaventures au clair de lune. Son regard reste vide, même du haut de son magnifique croissant blanc. Il est comme moi, je me reconnais en lui. Sur les images il est toujours triste, il doit lui aussi s’imaginer une autre vie. Je suis assis au fond de la classe, l’air taquin avec mes taches de rousseur et mon regard bleu ciel. Un temps j’écoute ce que mon professeur explique au tableau et, quelques minutes plus tard, je me raconte une histoire par-delà la fenêtre. Il fait beau, il fait chaud, les oiseaux chantent, oups !
— Pierre, tu n’écoutes pas !
— Euh… oui madame !
— Alors, explique-moi comment on additionne des nombres à deux chiffres.
— Heu…
(Rires)

Le quotidien l’ennuyait,
Le rêveur… rêvait,
Pour lui un rien avait mille couleurs,
Ne sachant que faire, il pleure,
Ainsi rêve… le rêveur.

Je suis gêné, j’ai chaud, la pression me monte aux joues. Mes compagnons de classe me regardent, rient de plus en plus. Comme toutes les fois, je ne me sens pas à ma place, comme si je ne venais pas de ce monde. Je m’en imagine alors un bien meilleur. Un monde dans lequel les gens ne me disent pas tout le temps : Ça c’est Pierre tout craché, s’il n’avait pas les fesses et les bras bien attachés, il les oublierait eux aussi.
Comme tous les soirs, je pars à pied de l’école avec ma sœur d’un an ma cadette. J’entre dans la maison avec une seule mitaine à la main, mon foulard a disparu comme par enchantement dans l’après-midi et ma tuque ne protège que le bout de ma tête. Mon menton, comme à l’habitude, rappelle toujours mon dernier repas, ma mère me nettoie avec amour me reprochant la mitaine manquante. Ce n’est que la troisième paire cette semaine.
— L’hiver commence, mon amour ! soupire ma mère en direction de mon père.
Pauvre de moi, je sais, je m’en veux, mais que puis-je répondre, mis à part…
— Désolé, Maman, avec un air repentant.

Le quotidien l’ennuyait,
Dans la lune tout s’ensoleillait,
Mais la réalité le hantait,
Le rêveur, lui, rêvait…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

Les devoirs sont une corvée, ah non ! Pas encore, pas ce soir ! J’aime mieux jouer aux blocs l’Égo dans ma chambre ou faire crier ma sœur, c’est bien plus drôle. Mais bizarrement, mes parents et mes professeurs ne comprennent pas mon humour en herbe et je ne gagne généralement que des retraits. Quelle misère, je pleure un peu, je crie et je retourne à mes constructions.
— Pierrot vient manger !
— Oui, atta-peu !
— Non, on n’attend pas Pierre, tout de suite !
— Oui ! Oui ! (Soupir.)
Au souper, mes parents semblent découragés, ils sont souvent tristes. Je ne comprends pas pourquoi ma mitaine perdue les a atteints à ce point.
— Ah, non ! Pas du spaghetti, yark !
— Pierre, on ne dit pas yark. C’est ce qu’on mange ce soir et c’est tout. Prends au moins quelques bouchées.
— Oooké ! (Soupir.)
— Pierrot, tu sais que demain matin on commence ta médication. Ça va t’aider à te concentrer. Comme t’a expliqué le médecin ce matin.
— Ouais ! Ouais ! (Je m’en fous, j’veux juste aller jouer. J’ai rien compris de son charabia. De toute façon, on verra bien.)

Le rêveur veut rêver,
Mais il ne sait comment y arriver,
Il veut aimer, il veut tout simplement rêver.

Le lendemain, étrangement, je suis revenu avec mon lunch et mes mitaines et tous mes devoirs étaient dans mon sac à dos. Je suis fière de moi, et maman aussi. J’ai réussi à terminer mes travaux en classe, même si Thomas riait derrière moi. Je me suis même surpris à me retourner pour lui demander d’arrêter. Mon professeur voit mes efforts et m’encourage. Mes parents sont plus calmes et heureux. J’ai moins de punitions. Mes notes à l’école montent et on rit beaucoup moins de moi. Pierrot la lune est devenue tout simplement Pierre. Il a juste troqué son beau croissant d’argent contre une nouvelle confiance en or. Il a échangé la tempête dans sa tête contre une immense bibliothèque, ou les informations sont plus facilement accessibles.
Mais, il garde la capacité de retourner sur sa belle lune quand cela lui chante et sans que ça déstabilise son entourage et son for intérieur…

Le rêveur sait maintenant rêver,
Sa vie à complètement changé,
Laissons les peurs et le passé passer…

Connaissez-vous, ou reconnaissez-vous cet enfant ?

Notice biographique

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous avons aimé ce conte plein de fraîcheur et de naïveté enfantineschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophoniequ’elle nous offre.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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Un conte de Noël de Karine St-Gelais…

12 décembre 2015

Des traces dans la neige — une fiction tirée de faits…

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

La dame…
Les cheveux au vent, les yeux larmoyants, une vieille sillonne son quartier bien-aimé. La neige fond sous ses pieds nus. Une seule pensée l’obsède, son réveillon, ses enfants et le chaud sourire de son mari. Comme un doux souvenir, un air qui résonne sans cesse dans sa tête, le tout devient une tendre obsession, comme la beauté de sa jeunesse. C’est pour cette raison qu’elle affronte le froid ce soir. Heureusement, une soirée douce s’annonce, sans rafales, qu’une simple neige qui chatouille ses épaules devenues rondes avec le temps. Elle rabat son châle de laine sur sa poitrine et le serre contre elle. Enfin, la maison qui hante ses rêves depuis quelque temps apparaît ! « Je suis de retour chez moi », se dit-elle tout bas.
Elle entend les rires et les chants qui ont ravi ses Noëls d’antan. Elle est émue. Un miaulement lui rappelle que ses pieds la font souffrir et que la lune est déjà haute dans le ciel. « Je vais être en retard », dit-elle au gros matou qui l’accueille en effleurant ses jambes frêles.
Elle s’avance sur la petite véranda et cogne timidement à la porte. Personne ne répond. « C’est la fête à l’intérieur. Ils doivent déjà manger les petits plats que j’ai passé des jours à préparer », pense-t-elle. Tourtière, pâtés, desserts et beignes maison lui réchauffent le cœur. Elle grelotte, ce qui lui donne le courage de cogner plus fort ! Enfin, elle croit voir une silhouette féminine arrivée dans le hall. C’est Thérèse, sa fille, son aînée. Son visage s’illumine, l’univers brille de nouveau dans ses yeux.
Les habitants de la maisonnée…
Isabelle ouvre la porte, s’exclame : « Oh, mon Dieu ! » Quelle surprise se tient avec peine et misère sur son perron enneigé ! Elle fait un signe à sa sœur Catherine qui arrive alertée par ses cris. Cette dernière prépare alors un café chaud et apporte une couverture. La musique et les éclats de rire s’arrêtèrent soudainement. La famille est bouche bée devant cette vision, on dirait un fantôme, un ange oublié dans la neige. Sa chevelure emmêlée, couleur poivre et sel, contraste avec son maquillage de mauvais gout. Elle porte une tenue chic, mais négligée. Ses pieds presque bleus et son regard vide ont vite fait d’alarmer les occupants qui s’agitent dans tous les sens pour venir au secours de cette âme perdue.

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— Allo, Thérèse, dit doucement la dame en caressant la joue d’Isabelle. Désolée d’être en retard, continue-t-elle…
Les fêtards se regardent d’un air perplexe. Cette dame semble vraiment les connaitre ? Isabelle l’amène avec elle et l’assoit délicatement.
— Ghislain a bien décoré le salon, comme toujours, ajoute la dame après quelques minutes d’hésitation, tout en goûtant le réconfort que lui procure son doux foyer.
Son dentier trop grand claque entre chaque mot qu’elle a peine à prononcer. Elle veut se lever. Isabelle la rassoit et joue le jeu.
— Reste là, maman, bien au chaud. Voici ton café, comme tu l’aimes. Lui dit Isabelle en la recouvrant avec tendresse.
— Merci, ma chouette, tu es gentille. J’ai eu une grosse soirée au travail.
— Tu as faim, maman ?
Sur ce, Catherine a compris qu’elle devait préparer une assiette à la gentille dame.
— Oui, merci. Hum ! Ça sent bon, répond-elle.
Isabelle arrête soudain son regard sur le bracelet de la dame. Un bracelet comme ceux de l’hôpital, blanc et cartonné. Elle sait bien que cette gentille dame ne travaille plus aujourd’hui. Le nom, Cécilia Tremblay, y est inscrit, mais commence à s’effacer. Le scénario devient plus évident pour la famille qui entre avec cœur dans le monde de la belle Cécilia qui croit être chez elle. La musique reprend, les pas de danse aussi, et le réveillon continue de plus belle. Cécilia tape des mains, chante, mange et boit de bon cœur. Dans le brouhaha, Éric, le conjoint d’Isabelle, lui avoue qu’il a appelé la police en allant à la salle de bain. Isabelle le remercie, sachant bien que quelqu’un devait chercher cette charmante vieille dame. La musique s’arrête de nouveau sous les coups qui résonnent dans le hall. La fête prend une pause. Cécilia, qui ne se doute de rien, demande qui a eu le culot d’arrêter la musique. Les policiers arrivent dans l’aire ouverte qui relie cuisine, salle à manger et salon. Cécilia, vieille, mais pas folle, se lève, prête à s’enfuir. Isabelle la prend doucement par les épaules et reprend le jeu.
— Maman, maman ! N’aie pas peur ! Tu es malade, tu as les pieds couverts d’engelures, il faut aller à l’hôpital.
— Non ! crie Cécilia. Pas en plein Noël, non ! s’agite la dame.
— Oui, Cécilia ! Il le faut, continue Éric avec autorité, espérant qu’elle reconnaisse en lui son Ghislain adoré.
— D’accord mon amour, dit-elle en se blottissant contre le torse d’Éric un peu surpris.
— C’est le plus beau des Noëls, ne cesse de marmonner madame Tremblay sur son départ.
— Au revoir, tout le monde. Je serai sur pieds pour venir fêter le Jour de l’An avec vous.
Étrangement, au Jour de l’An, une carte de souhaits atterrit dans la boite aux lettres d’Isabelle. À l’intérieur, un message de la part de l’infirmière de la Résidence d’à côté. Un mot de remerciement ainsi qu’une petite note explicative. L’infirmière y décrit la maison qu’a construite le mari de Cécilia dont Isabelle et Éric sont maintenant les heureux propriétaires. Tout s’explique. Ghislain est mort d’une crise cardiaque, très jeune. Thérèse ne parle plus à sa mère depuis plusieurs années, à la suite de querelles familiales. Malgré son Alzheimer, les souvenirs de madame Tremblay furent les plus forts ce soir-là et l’ont poussée à retrouver ses racines. Isabelle ouvre la porte d’entrée et arbore un sourire en voyant les traces de Cécilia dans la neige. Maintenant, à chaque réveillon, lorsque la famille entend cogner, un petit pincement au cœur les assaille.

Joyeux Temps des Fêtes ! Karine.

Notice biographique :

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous avons aimé ce conte plein de fraîcheur et de naïveté enfantineschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophoniequ’elle nous offre.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)


Gino Camaro, un texte estival de Karine St-Gelais…

11 juin 2015

Gino Camaro

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie Dans ma Camaro, je t’amènerai sur les chemins d’été,
Dans ma Camaro, je t’amènerai à San Francisco…

 

Eh oui ! C’est plus qu’une chanson. C’est réel. L’icône existe…
Je l’ai connue, il y a longtemps, dans mon très jeune temps. Il se nommait Gino et conduisait, vous ne devinerez jamais ? Une voiture de marque Camaro. Elle filait comme le vent. Elle détonnait comme une folle nuit à Las Vegas avec, à son bord, un étrange commandant, Gino Tremblay. Toujours armé de ses bagues scintillantes, de son shag onctueux débordant de sa chemise à fleurs, il avait tout ! Tout pour vous plaire mesdames, tout pour s’amuser et vous assurer la plus infatigable des soirées. Même son nom est devenu une expression en vogue qui nous fait sourire !

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Ce cher Gino, grand, costaud, à la mode, bottes de cowboy aux pieds et accompagné de superbes créatures différentes toutes les semaines… Et vous l’avez surement deviné ! Elles étaient blond platine, les yeux surlignés de noir, envoyant la main à la Marilyne Monroe pour remercier le coucher du soleil. Elles devenaient, durant un court instant des starlettes. C’était pour elles des heures euphoriques ou elles devenaient le centre de l’Univers. Elles voulaient toutes faire partie de la fête et monter, au moins une fois, dans la magnifique Camaro de Gino.
Il était populaire, beau. En fait, tout dépend de ce que, pour vous, signifie être beau… Mais il était fier et attirait tous les regards ; tous voulaient être amis avec Gino. Malgré sa timidité, ses bières qui rehaussaient de plus en plus son tour de taille et le fait qu’il habitait encore chez sa maman, malgré ses 28 ans bien sonnés, ne l’empêchaient pas d’être le king, le roi estival de l’heure. Le maitre incontesté des nuits qui s’allongeaient et des fêtes qui se prolongeaient jusqu’au petit matin. Au volant, il charmait les gentes dames qui l’accompagnaient jusqu’à la plage en chantant du Elvis à tue-tête ; c’était seulement de cette façon qu’il palliait ses bégaiements maladroits. Je ne sais pas si le Gino de mon histoire est le même Gino qui dort dans vos souvenirs, mais le mien est inimitable !
Malheureusement, toute bonne chose à une fin. Quand l’été tirait à sa fin, Gino rangeait son magnifique bébé dans le garage paternel, fraîchement shiné, comme il disait souvent avec beaucoup de difficulté et par trois fois minimum… shi shhiiaaiinnnn… shiiiné ! Il lui faisait ses adieux d’un air tristounet – à l’année prochaine, ma belle, à l’été prochain ! Un autre été, où il sera le sujet du jour et où les plus jolies filles voudront se l’arracher.
Une seule larme lui tranchait alors la joue, la seule qu’il versait avec émotion chaquechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie fin de saison. Perdre une Marilyne parmi tant d’autres ne le déstabilisait pas une miette. Mais sa voiture ! Un grand sensible, notre Gino ! Il entrait par la suite en hibernation jusqu’au printemps. L’hiver lui semblait une éternité sans sa ténébreuse machine. Il rêvait de plages, de filles, de bières et d’animer de nouveau la Maine Street du quartier avec sa flamboyante voiture sport.
Nous en avons tous connu un, n’est-ce pas ? Un merveilleux phénomène, Gino, pour agrémenter nos samedis. Et vous l’aurez surement deviné… Je fus l’une des Marilynes à ses côtés. Ouf ! Quel été ! Je ne vous dis pas tout ! LOL.

Notice biographique :

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous avons aimé ce conte plein de fraîcheur et de naïveté enfantineschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophoniequ’elle nous offre.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.  Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog:http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphey »

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Un récit de Karine St-Gelais…

13 avril 2014

L’âme au rendez-vous

k1

Il y a des rencontres qui nous laissent perplexes et qui nous embrasent la chair jusqu’à la moelle.  Des frissons nous transpercent la peau comme l’aiguille d’un tatoueur agile, une douleur exquise.  Une épopée que l’on raconte encore et encore, l’âme amoureuse, à qui veut bien l’entendre.  Est-ce que cela vous est déjà arrivé ?  On dit que ça n’arrive qu’une seule fois !  Pourtant, plusieurs ont la chance de vivre ces idylles plus d’une fois au cours d’une vie.  Un jour, on croise un être qui nous enivre, avec qui, dès le premier regard, s’installe un synchronisme déroutant.  Et ce, autant dans les mouvements que par la pensée, c’est alors que nos esprits fusionnent et trouvent leur rythme de croisière, prenant part à une danse lascive, non sans risque.  On semble reconnaître cette personne par instinct, on est certain d’avoir déjà été enrobé de son aura de miel, qui s’entremêle à notre insu à la nôtre, comme par magie.  Son odeur nous est familière, son cœur bat au même rythme que le nôtre, deux êtres en parfaite harmonie.  Ça ne peut qu’être partagé ?  C’est si fort que ça ne peut qu’être réciproque ?  C’est tout simplement délirant, on se délecte de cette effervescence qui nous implore, on en redemande.  Ce n’est déjà plus un inconnu…  Trop tard !

Nos rêves se croisent et entament de chaleureux discours.  Un rendez-vous d’âme à âme se construit au fil des jours.  Les couchers de soleil sont de plus en plus beaux et les levers plus clairs.  Maintenant, liés l’un à l’autre par ce ruban doré, la liaison est devenue charnelle.  Tout notre être est captivé, épris de cette énergie.  Un tel épisode nous ensorcèle, nous habite complètement, comme une possession, un mauvais sort.  On se demande qui a pu orchestrer un aussi inattendu coup du sort.  Ça nous frappe en pleine figure, sans prévenir, ça fait mal !  Ce dénouement nous déstabilise et nous propulse dans le vide.  On en oublie notre propre vie, prêt à s’en romancer une autre.

Mon cœur est fébrile, je songe à mes choix et je vis par l’imagination l’instant de cette rencontre peu ordinaire.  Un seul choix m’a mené ici, à ses côtés.  Difficile de se sortir de cette emprise concoctée par le hasard.  La foudre nous a frappés, la flèche d’un cupidon malveillant s’est emparée de ma grâce.  Nos êtres devront demander rédemption ou se consumer.  Fascinés, on se perd dans le rêve de l’autre, comme au milieu d’un océan.  Mon dieu, rien ne m’est permis en ce moment, et rien ne lui est permis non plus ; on ne peut que s’imaginer un avenir parallèle, une vie antérieure qui resurgit, ou un espace-temps illusoire, où s’entrelacent deux amants fougueux.

Je retiens mes larmes ; elles empoisonnent mon existence.  Mes pensées s’envolent comme des oiseaux blessés, pour finalement mourir au creux d’un arbre.  Je garde la flamme haute en permanence, même si je sais que je ne devrais pas.  Je subis mon quotidien comme un fantôme qui trépasse.  Ce n’est donc pas le bon moment ni le bon temps ?  Et encore moins la bonne vie ?  Mon esprit vagabonde ; des images le hantent : un long chemin bordé de bouleaux, encore vaporeux après la pluie ; un paradis en bordure d’un ruisseau.  Ce lien nous étrangle, je sais, nos corps s’offrent sur les galets…  Que le ciel me délivre de cette malédiction !  Par pitié !

k2Le temps file, météore à son apogée.  Je me fais violence d’accueillir cet amour au-delà des mots.  Je dois les laisser en suspens, comme le colibri qui dompte la corolle du lys sauvage.  Peut-être les entendras-tu ?  Peut-être les verras-tu ?  Ta voix est comme un souffle chaud, apaisante, réconfortante et suave.  Un avenir à deux est possible, c’est ce qui est le plus douloureux.  Cette maison en forêt hante mes rêves, elle me fixe de ses immenses fenêtres, elle est la gardienne de mes jours sereins.  Elle surveille notre secret, là où, jadis, mes robes estivales ont tournoyé.  Es-tu un ange ?  Es-tu seulement de passage ?  Reviendras-tu ou me quitteras-tu pour toujours ?  Mon cœur aimerait terminer notre histoire, revivre nos conversations près du feu.  Ainsi que nos victoires.  J’aimerais inscrire ton nom à l’encre rouge, comme si c’était la première fois.  Boire ma coupe de vin sous les émois.

J’implore la Lune de m’achever, ou bien de me promettre qu’elle te ramènera sur mon chemin… un jour, plus tard, quand cela sera propice à une fin plus acceptable que celle-ci.  En attendant, ma souffrance s’estompe et je reste encore celle… qui t’a aimé en silence !

Ce qui est perdu est perdu ; mais ce que l’on peut de nouveau créer a un sens.

Ta bien-aimée

Notice biographique :

Karine St-Gelais est une écrivante qui promet.  Nous avons aimé ce conte plein de fraîcheur et de naïveté enfantines 1506399_10203419753083628_573015309_nqu’elle nous offre.  Laissons-la se présenter.  « Je suis née à Laterrière, dans la magnifique ville de Saguenay. Depuis près de huit ans une Arvidienne, j’aime insérer dans mes histoires des frasques de l’enfance et des coups d’œil sur ma région.  Je suis mariée depuis dix ans. J’ai trois beaux enfants, un  affectueux Bouvier Bernois et un frère cadet de 21 ans. Je suis née le 3 septembre 1978 sous le signe astrologique de la Vierge. J’adore l’automne et sa majestueuse toile colorée. J’aime la poésie, les superbes voix chaleureuses et les gens qui ne jugent pas à première vue. Née d’une mère incroyablement aimante et d’un père absent, je crois que la volonté et l’amour viennent à bout de tout.

Au plaisir de vous rencontrer sur mon blog : http://www.facebook.com/l/3b24foRTZrfjfcszH7mnRiqWa9w/elphe


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