Chronique urbaine, avec Jean-François Tremblay…

29 octobre 2015

Un lundi soir à Hollywoodchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Lundi 16 avril 2012,  Hollywood Boulevard. Vers 16 h 30.

Mon ami Marc-André, et moi-même, sortons de la station de métro Hollywood/Vine. Devant le Pantages Theater, nous prenons la décision de marcher un peu sur le boulevard, sans but précis. Nous avons toute la soirée pour nous, et nous sommes à Hollywood.

Fan de cinéma, je suis hypnotisé par les nombreuses étoiles sous mes pieds. En vérité, le Walk of Fame n’a rien de particulièrement impressionnant (surtout si vous en avez vu un autre, tel que celui de Toronto que j’ai visité en 1998).  Ce ne sont que des étoiles dans le ciment.  N’empêche que j’aurais pu passer la soirée à regarder par terre et ne rien voir d’autre autour de moi.

Au total, tel un vrai touriste, j’ai bien dû photographier une cinquantaine d’étoiles. Ridicule, je sais.

Après un délicieux hamburger chez Juicy Burger (coin Hollywood Blvd et Ivar Ave), nous continuons notre promenade. C’est alors que nous apercevons les lettres de l’enseigne d’Hollywood au loin, sur le mont Lee. Du moins, les trois premières lettres. Le reste est caché par des édifices.

Nous décidons alors de nous diriger en direction de l’enseigne pour tenter de la voir au complet. Nous partons, à pied, vers les collines d’Hollywood, sur Argyle Avenue.

Le quartier que nous découvrons est des plus pittoresques. Des maisons de tous genres, pas nécessairement luxueuses, mais très jolies, s’empilent les unes sur les autres, près des autres, formant un mélange de couleurs et de styles. La verdure luxuriante ajoute au tout.

Les rues sont étroites. La température est superbe. Nous avons cette motivation commune de voir ces grandes lettres de près (du moins, le plus près possible avant la noirceur), et nous avançons lentement, mais sûrement.

Les maisons nous cachent la fameuse enseigne, mais nous savons à peu près dans quelle direction aller. Cependant, les rues ne cessent de tourner dans toutes les directions, et nous ignorons si nous sommes dans un quartier qui nous permettra de voir l’enseigne au final, ou s’il y aura toujours plus de maisons et d’arbres.

Et nous sommes constamment attirés par diverses choses : maisons typiques, voitures décorées de manière étrange et surtout, la vue de Los Angeles qui, au fur et à mesure de notre ascension, devient de plus en plus jolie à nos pieds et qui ne cesse d’attirer notre regard.

Dans un tournant, sur Temple Hill Dr, il y a une pente à pic, entre deux maisons. Au sommet de la pente, une clôture qui semble longer un terrain. Convaincus que de là-haut nous serons en mesure de voir dans quelle direction aller, nous montons. Je suis nerveux, car le terrain semble privé. J’entends des hélicoptères à proximité, et je les imagine déjà nous interpeller, et mon imagination s’affole jusqu’à nous voir dans une cellule dans un poste de police quelconque de Los Angeles.

Une fois là-haut, mis à part une vue magnifique de Los Angeles, nous ne voyons rien. La clôture que nous avions aperçue de la rue donne sur un terrain où se trouve une demeure, mais les aspérités des lieux nous empêchent de voir quoi que ce soit d’autre. Nous redescendons, de peine et de misère (c’est très à pic).

Un peu plus sales, un peu plus en sueur, et incertains d’arriver à voir de près l’enseigne d’Hollywood, nous continuons malgré tout notre marche.

Retour, donc, vers Argyle Ave, pour ensuite prendre El Contento Dr vers le nord. Tout ceci se fait en lente montée depuis le début. J’ai très soif. Il fait chaud, mais pas trop. C’est surtout une fin d’après-midi paradisiaque. Le quartier est d’une beauté incroyable, et je suis bien. Il n’y a presque pas de circulation et malgré nos recherches infructueuses pour entrevoir, ne serait-ce qu’un moment, le signe d’Hollywood, nous avons du plaisir à nous trouver là.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecEl Contento monte pendant un petit moment, et j’ai un drôle de sentiment ; celui que nous allons bientôt être chanceux. C’est à ce moment que nous arrivons près d’une intersection. En approchant, je vois le nom de la rue perpendiculaire : Quebec Dr.

Je dis à Marc-André : « Ça, c’est un signe du destin ! »

Et voilà que, trente secondes plus tard, nous sommes sur Quebec Dr et qu’entre deux maisons, nous voyons enfin les lettres HOLLYWOOD au complet.

Enfin !

À partir de là, nous marchons dans Quebec Dr vers l’ouest, qui devient Creston Dr en montant vers le nord, pour aboutir sur Durand Dr.

« Durand » étant le nom de famille de ma copine, j’y vois un autre signe. Un signe de quelque chose que je ne saurais préciser, mais un signe.

Nous abordons une femme qui promène son chien et lui demandons comment on peut s’approcher du signe.

Elle nous conseille de continuer dans Durand Dr, et de prendre ensuite un chemin de terre (une trail, en bon français…), qui longe les collines et qui nous mènera à un belvédère d’où nous pourrons mieux voir l’enseigne.

Et c’est ce que nous faisons. Nous nous rendons, donc, jusqu’au chemin de terre qui longe le Hollywood Reservoir. De là, nous voyons le Mulholland Dam (le même que l’on voyait s’effriter dans le film Tremblement de Terre en 1974).

Et nous arrivons, enfin, au belvédère, vers 18 h 45. La lumière est splendide, tout est calme. Il y a peu de gens. Nous sommes fatigués, mais heureux d’avoir atteint notre but.

Voir le signe d’encore plus près nous aurait demandé plus de temps, voire une voiture. Et de toute façon, les lettres sont derrière une clôture aujourd’hui ; il aurait chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecété impossible de les toucher. J’étais simplement heureux de voir de mes propres yeux une icône importante de ma vie de cinéphile.

De retour, une heure plus tard, sur Hollywood Blvd, nous avons continué notre périple.

Nous avons visité des boutiques de souvenirs, avons mangé au California Pizza Kitchen, un resto au sein même du Kodak Theatre (où sont présentés les Oscars), et sommes allés nous promener sur Sunset Blvd.

Nous avons terminé la soirée dans un bar de danseuses nues (où l’affiche annonçait  1000’s of Beautiful Girls, and 3 Ugly Ones), et au retour nous nous sommes fait arnaquer par un homme qui a partagé une ballade en taxi avec nous (à nos frais…).  Mais ceci vous sera raconté une autre fois…

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

18 octobre 2015

Les nouvelles reines de l’épouvante

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Puisque nous sommes au beau milieu d’octobre, mois préféré des amateurs d’horreur, laissez-moi vous entretenir brièvement de Scream Queens.

Cette série télévisée créée par Ryan Murphy, Brad Falchuk et Ian Brennan (les hommes derrière Glee et American Horror Story) n’en est qu’à son cinquième épisode et s’avère déjà l’une des choses les plus délicieusement délirantes que j’ai vues sur le petit écran.
Mettant en vedette Emma Roberts (la nièce de Julia), Abigail Brislin (Little Miss Sunshine) et Jamie Lee Curtis, entre autres, cette histoire de meurtres et mystères, au sein d’une sororité d’une université américaine, est à la fois drôle et sanglante. Les personnages sont tous plus stéréotypés et parodiques les uns que les autres, un parti pris risqué qui fonctionne à merveille dans le contexte de la série.
Le scénario, sans être particulièrement intelligent, se moque avec beaucoup de mordant de la génération Y, qu’on nomme « millenials » en anglais. On s’amuse de leurs tics, de leur langage, de leurs attitudes. Une scène de meurtre en particulier, impliquant une série de textos, fait partie des choses les plus hilarantes que j’ai pu voir cette année.

Nostalgie oblige, la mode étant aux années 90 ces temps-ci, la série fait souvent référence à cette décennie à travers ses choix musicaux, ainsi que dans le fait qu’une grande partie de son intrigue repose sur des événements ayant eu lieu en 1995. La série fait également de subtils (et moins subtils) clins d’œil à diverses œuvres cinématographiques, principalement dans le genre de l’horreur.
L’une des caractéristiques que je préfère dans Scream Queens est la place qu’elle donne aux femmes, chose que l’on peut également dire des autres séries de ses créateurs. Les hommes sont, pour la plupart, relégués à des personnages secondaires. Les femmes sont en maîtresses de leur vie, ce sont elles qui propulsent le récit, qui trouvent des solutions aux problèmes ou qui souvent les causent. J’adore les œuvres qui donnent le pouvoir aux femmes, et cette série en est un excellent exemple, qui de plus s’adresse à un public adolescent ayant toujours besoin de modèles féminins forts (même s’il s’agit ici de personnages caricaturaux).
Scream Queens est moins rose bonbon que Glee, et moins dérangeante que American Horror Story ; il s’agit d’un étrange – et habile ! – mélange des tons de ces deux séries qui donne au final un produit original et, à mon avis, très jouissif. Je m’amuse beaucoup avec chaque nouvel épisode, et je vous recommande d’y jeter un œil si vous désirez rire et frissonner à l’approche d’Halloween !

Grace Potter

Lancé au mois d’août, l’album Midnight de la chanteuse Grace Potter marque un virage dans la carrière de cettechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec jeune femme que le groupe The Nocturnals accompagnait depuis 2002. Pour ce nouvel album : bye bye, les Nocturnals : Potter décide d’essayer différents trucs en solo.

Possédant une voix chaude et un peu rauque (pensez à Alannah Myles, ça vous donnera une idée), la jeune femme qui, normalement, donne davantage dans le rock, le soul, le country et même le jazz feutré (à ses débuts), tente une approche plus pop-rock avec des chansons qui nous font immédiatement taper du pied.

Mais loin d’être de simples chansonnettes pop vides de sens, j’apprécie particulièrement son approche moderne sur certains textes, notamment Your Girl, qui s’inscrit à contre-courant des clichés qui dépeignent constamment les femmes comme des rivales prêtes à s’arracher les cheveux à tout moment. Ici, Potter chante sa déception d’avoir rencontré la petite amie d’un homme pour qui elle a le béguin, car, maintenant qu’elle connaît sa « rivale », elle apprécie trop celle-ci pour jouer dans ses plates-bandes et lui faire du mal.
C’est de la pop qui tend à s’apprécier davantage à chaque nouvelle écoute. Les chansons sont très bien construites, la voix de Potter est puissante, et même parfois hallucinante (écoutez Delirious et vous m’en reparlerez), et, en fin de compte, ce disque s’inscrit parmi mes préférés de 2015.
Je vous laisse sur cette performance filmée de la chanson Empty Hearts, la pièce la moins pop de l’album :
https://www.youtube.com/watch?v=ZPEE33a8ufA

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Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique urbaine… Le féminisme, par Jean-François Tremblay…

7 octobre 2015

Le féminisme chez les jeunes

La semaine dernière, ma copine et moi sommes allés voir le documentaire Attention Féministes ! de la réalisatrice Rozenn Potin.

Le film dresse un portrait à la fois dynamique et informatif du mouvement féministe tel que vécu par les Québécoises et Québécois des

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Éros et Psyché

générations X et Y, en suivant une poignée de personnes impliquées activement dans la cause, tous et toutes basé(e)s dans la grande région de Montréal.

Un film que je vous conseille de voir si l’occasion se présente. Selon la réalisatrice (qui était présente lors de la projection), il devrait être lancé en format DVD d’ici quelques mois.

En marchant pour rentrer à la maison, ma copine et moi avons eu une longue discussion sur nos impressions face au film.

Ma copine, finissante au doctorat en histoire, s’intéresse depuis longtemps à l’histoire des femmes et du féminisme. Pour ma part, je n’y connais que bien peu de choses.

Donc, pour elle, le film — quoique très intéressant dans l’ensemble — n’apportait aucun fait nouveau.

En ce qui me concerne, j’ai été confronté à des idées qui firent jaillir en moi des sentiments contradictoires.

D’un côté, certaines idées et revendications me dérangent, surtout lorsqu’il est question des différences biologiques et d’un certain mécontentement des femmes face à ces différences.

Lorsqu’une femme dit, par exemple, se sentir lésée parce qu’elle doit se taper la grossesse et l’accouchement, que son rôle est plus grand, plus difficile, et plus contraignant que son conjoint dans ce processus qu’est celui de donner la vie, je trouve idiot de se baser sur des différences naturelles, biologiques, pour revendiquer quoi que ce soit. Il ne s’agit pas d’une injustice, mais de la façon dont la nature fonctionne.

Et je suis convaincu que plusieurs hommes seraient heureux d’enfanter si cela était humainement possible.

De plus, je n’aime pas le principe de revendiquer. J’aimerais que les femmes prennent leur place, peut-être plus agressivement, ou plus sournoisement qu’elles ne le font présentement. Au lieu de revendiquer, ce qui en revient à demander, elles devraient prendre ce qui leur est dû. Elles forment, après tout, la moitié de la population terrestre.

D’un autre côté, le film m’a fait prendre conscience du chemin qu’il y a encore à accomplir, et de l’importance de garder le mouvement féministe bien vivant. Pour ouvrir les consciences, et continuer à avancer dans la bonne direction.

L’art a-t-il un sexe ?

Durant notre discussion, sur le chemin du retour, ma copine et moi avons bifurqué sur le sujet des œuvres d’art « pour hommes » et celles « pour femmes ».

L’art a-t-il un sexe ?

Par exemple, sans avoir été très informé sur le féminisme au cours de ma vie, je me suis toujours intéressé, et ce de manière tout à fait naturelle, à des œuvres qui s’adressaient principalement aux femmes.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJe suis, après tout, l’un des plus grands admirateurs de Gilmore Girls, une série télévisée américaine du début des années 2000 qui raconte l’histoire d’une mère de 32 ans et de sa fille de 16 ans, et dont les dialogues savoureux respectent l’intelligence du spectateur (et sont également truffés de références culturelles plus ou moins obscures).

Ceci dit, je ne compte plus le nombre de fois où mes meilleurs amis se sont moqués de moi, du haut de leur surplus de virilité.

Parce que je ne m’intéresse pas au hockey, parce que je n’ai pas de voiture, parce que j’aime les comédies musicales, parce que je possède tous les albums de Jewel et aucun de Metallica, pour ces raisons et bien plus, je me retrouve handicapé lors de conversations de gars, parce que je n’ai pas les mêmes intérêts que la plupart de mes congénères.

Pourtant, je n’ai pas honte de connaître par cœur les paroles de Grease, et je considère que de regarder Gilmore Girls pendant toutes ces années m’a offert – malgré le fait que ça soit une œuvre de fiction – une fenêtre sur la psyché féminine.

On se désole, avec raison, du peu de reconnaissance envers le travail des réalisatrices au cinéma, mais est-ce que le public masculin, celui qui fait rouler la machine cinématographique en payant des fortunes pour voir des œuvres aussi vides que Transformers ou The Dark Knight, serait intéressé par des films réalisés par des femmes ?

La question est vaste, et lorsque je demande si l’art a un sexe, cela s’applique à toutes les formes d’art. Les femmes sont sous-représentées un peu partout.

J’ai été agréablement surpris, le soir des Jutra, de voir que plusieurs nominés dans la catégorie « Meilleur Montage » étaient des femmes, et que le prix fut remis à l’une d’entre elles (Monique Dartonne, pour Incendies).

Et pourtant, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour changer les mentalités. Pour se départir de la honte, par exemple chez les hommes, de regarder un film « de filles ».

Les maudites tapettes

Le chroniqueur Marc-André Lussier a écrit récemment un texte sur l’homophobie à Hollywood, que je vous invite à lire.chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Lorsque j’ai partagé ce texte sur Facebook, j’ai reçu un commentaire d’un membre de ma famille.

Je vous laisse sur ces mots pleins d’esprit.

« Jaime jim carry il est bon mais pas les maudite tapette. Dieux nous a pas creer pour etre maudite tapette FAG si tous le monde etait gay personne sur cette planette aurais vu le jour »  (Nous reproduisons le message intégralement, fautes incluses…  NDLR)

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Dès un très jeune âge, il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite la métropole depuis 2007.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

4 octobre 2015

Anderson Ponty Band : à deux, ce n’est pas nécessairement mieux

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Mieux vaut tard que jamais est la traduction française du titre du premier album de la formation Anderson Ponty Band, un groupe dont les figures de proue sont Jon Anderson, ancien chanteur du groupe de rock progressif Yes, et Jean-Luc Ponty, célèbre musicien de jazz français. Il s’agit de la première collaboration entre ces deux septuagénaires qui ont marqué, chacun à sa façon, la musique occidentale des cinquante dernières années.

Et bien qu’à mes yeux il ne soit pas question ici d’un désastre (pas tout à fait), je me demande s’il n’aurait pas été plus approprié d’intituler l’album Mieux vaut continuer de travailler nos compositions, ou ne rien sortir du tout.

L’album est né d’une campagne kick-starter qui a permis d’amasser plus de 100 000 $. L’intérêt des amateurs des deux musiciens était plutôt grand. Un concert fut enregistré il y a un an, duquel furent tirés la plupart des enregistrements que l’on retrouve sur le disque. Le tout fut peaufiné en studio. Et le résultat final est… quelque peu décevant.

Je m’exprime ici en tant que fan de Jon Anderson, principalement. Je ne suis pas très familier avec le travail de Ponty (qui a collaboré avec tout le monde, de Zappa à Al Di Meola). Depuis ses problèmes de santé qui ont failli lui coûter la vie en 2008, et qui lui ont valu d’être mis à la porte du groupe qu’il avait fondé quarante ans auparavant, Jon Anderson n’a pas cessé d’accumuler les projets musicaux. Cependant, je suis d’avis que sa voix n’est plus tout à fait ce qu’elle a déjà été. Que cela soit dû à l’asthme dont il a souffert, et qui l’a presque tué, ou encore au simple vieillissement, je n’en sais rien, mais bien que j’apprécie encore entendre cette voix unique, cet instrument qui a fait de moi l’amateur de Yes que je suis depuis plus de 20 ans, le charme n’opère plus tout à fait comme auparavant.

Il n’atteint plus les notes qu’il pouvait autrefois chanter avec facilité. On s’en rend compte sur la reprise du classique And You And I, qu’il a écrit, à l’origine, en 1972 pour l’album Close To The Edge de son ancien groupe. Une reprise banale, qui fait le tiers de sa durée originale et qui, sans les notes haut perchées du jeune Anderson, perd une grande partie de son charme et de son unicité.

Et que dire de la reprise reggae (!) de Time And a Word, l’une des meilleures chansons de Yes ? Si Anderson semble s’amuser au cours de la performance, et que le jeu de Ponty au violon est intéressant en soi, on ne reconnaît pratiquement plus la pièce originale. Et si j’apprécie une bonne reprise de temps en temps, j’ai de la difficulté à saisir ce que cette transformation extrême de l’une de mes chansons préférées peut apporter à celle-ci. Anderson en profite au passage pour inclure un extrait de She Loves You des Beatles dans sa chanson, ce qui n’est pas inhabituel pour lui (il avait inséré le refrain de Give Peace a Chance dans la pièce I’ve Seen All Good People en 1972), mais ceci n’ajoute rien de bien intéressant à l’ensemble.
Pas besoin de faire un dessin : après deux ou trois écoutes, je n’arrive pas à m’emballer pour cet album, je n’adhère pas à la proposition. Je n’aime pas les synthétiseurs qui semblent tout droit sortis d’un mauvais album des années 80. Peut-être ai-je, au fond, un problème avec le son du violon électrique de Ponty. Lorsque j’entends One in the Rythms of Hope, une reprise de Rythms of Hope de Ponty augmentée de paroles par Anderson ? Je suis loin d’être emballé par le son démodé de la pièce.

Ce qui me dérange le plus dans cet album, c’est que ces deux musiciens, qui ont été à l’avant-garde du rock et du jazz dans les années 60 et 70, s’assoient sur leurs lauriers pour leur première collaboration et qu’ils reprennent de vieux titres pigés dans leur discographie respective, incapables qu’ils sont d’innover, de proposer quoi que ce soit de nouveau.

Mieux vaut tard que jamais ? Hum… laissez-moi en douter. J’aurais préféré que les deux musiciens nous coupent le souffle. Malheureusement, ils nous servent du réchauffé. Je ne vois pas vraiment l’utilité d’un tel projet. Pour les plus fervents amateurs seulement.
L’album est disponible sur iTunes et en format CD (incluant un DVD enregistré en concert l’an dernier). La formation sera en spectacle à Toronto le 7 novembre prochain.

Voici une vidéo promotionnelle

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Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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20 septembre 2015

Se relever avec élégance et beauté

Dans quelques jours, le 25 septembre pour être précis, sera mis en vente le nouvel album de la chanteusechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec américaine Jewel. Ma chanteuse préférée depuis près de vingt ans, elle revient avec un disque intitulé Picking Up The Pieces, qui se veut une sorte de « compagnon » à son premier opus, Pieces of You. L’album fait suite au divorce de la chanteuse d’avec celui qui fut son conjoint pendant seize ans ; l’œuvre est donc marquée par une très grande tristesse. Mais c’est également très beau.
Jamais je n’ai entendu chanter Jewel avec autant de fragilité et de sincérité. Sur Loved Used To Be, la première pièce de l’album, elle laisse tomber les barrières et se dévoile comme jamais auparavant. On retrouve également un magnifique duo avec Dolly Parton, My Father’s Daughter, un bel hommage à sa famille et ses racines.
On retrouve sur l’album quelques compositions récentes et plusieurs chansons écrites par Jewel dans les années 90, mais jamais gravées sur disque avant cette année. Et ces « vieilles » chansons se marient parfaitement aux plus récentes. C’est comme si elle avait anticipé, il y a vingt ans, ce divorce qui la fait chanter aujourd’hui avec autant d’émotion dans la voix.
L’album est une sorte de retour à ses racines musicales, c’est plus folk, plus simple que ses récents albums, et il s’agit également de son meilleur, à mon avis.
À noter que Jewel lance également son autobiographie, Never Broken, que je suis très intéressé de lire. J’en reparlerai certainement ici.

Turbo Kid

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJe n’ai pas vraiment accroché à la proposition du collectif québécois Roadkill Superstar et de son premier long-métrage Turbo Kid (disponible présentement sur iTunes).
Je suis amateur d’horreur et de science-fiction, genres dans lesquels le collectif se spécialise depuis des années (le trio a réalisé de nombreux courts-métrages devenus cultes chez les amateurs du genre). Et pourtant, ce film n’est pas fait pour moi.
Turbo Kid, c’est l’histoire d’un jeune homme (Munro Chambers) qui, dans un futur postapocalyptique, fait la rencontre d’Apple (Laurence Lebœuf), une jeune femme pétillante et quelque peu étrange. Celle-ci sera enlevée par le méchant Zeus (Michael Ironside), et le jeune homme, inspiré par un héros de bande dessinée, deviendra alors le Turbo Kid, et tentera de sauver sa belle. En résumé, c’est le scénario simpliste d’un jeu vidéo.
Ça s’adresse principalement aux gens qui sont mordus des vieux jeux vidéo (Megaman, surtout), ainsi qu’aux nostalgiques des années 80. En effet, le long-métrage est truffé de références à cette période et à ses jouets, gadgets et autres éléments de la culture populaire qui auraient intérêt, selon moi, à demeurer dans le passé.
J’ai grandi à cette époque, je suis un enfant des années 80, mais j’ose croire que ma perception de cette décennie, tant célébrée de nos jours, est davantage réaliste que celle des amateurs de ce film. Je me souviens d’une décennie qui n’était pas plus marquante qu’une autre, et qui a vu son lot de bonnes et de mauvaises choses.
Mais les « jeunes » trentenaires, enfants de Passe-Partout et des divorces, devenus aujourd’hui des adultes aux lunettes roses, ont tendance, je crois, à ne retenir que certains éléments totalement kitsch de cette période. Le film souffre de cette situation. Sa trame sonore est composée de musique interprétée aux synthétiseurs qui lui donnent un air rétro, tout à fait dans le ton du film et en phase avec ce qui se fait dans le cinéma nostalgique actuel (The Guest, Drive, It Follows, etc.), mais je ne suis plus capable de subir ce genre de nostalgie sirupeuse.

Le film ne tient qu’à cela ; il n’est qu’un pastiche juvénile d’une époque. Laissez-moi reformuler ceci : ce n’est pas un pastiche de l’époque, mais d’une vision de cette époque, une vision très enfantine.
Les scènes d’action pourront plaire aux amateurs de gore (ça gicle de partout), et la performance de Laurence Lebœuf vaut le détour. Mais l’ensemble ne décolle jamais vraiment. Le rythme est étrange, et le film possède de nombreuses longueurs (je l’ai vu en plein jour et j’ai bien failli m’endormir). Le fait d’avoir rempli le film de références et de scènes vides de sens, et de s’inscrire, par son style, dans une mode nostalgique passagère, déprécie l’œuvre, qui aurait pu être vraiment meilleure et mieux écrite.
Turbo Kid vise surtout un public de grands enfants, nostalgiques d’une certaine idée des années 80, qui ne veulent pas se casser la tête avec un scénario compliqué, car le film n’offre que bien peu de choses dans ce domaine. J’aurais souhaité l’aimer davantage. J’aimais les courts-métrages de RKSS. Ce film fait beaucoup trop de bruit pour rien.

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Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

6 septembre 2015

Alice, à la recherche de ses souvenirs

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Julianne Moore

À mon avis, peu de maladies sont aussi effrayantes que celle d’Alzheimer.  Je ne suis pas un expert en la matière, loin de là, alors je ne m’en tiendrai qu’à de banales généralités, mais n’empêche que ce trouble neurodégénératif est probablement ce qui me terrifie le plus.  J’ai observé ses effets sur ma grand-mère paternelle il y a plusieurs années.  J’ai vu la peur, la tristesse et la confusion dans ses yeux.  J’ai été témoin des répercussions de cette maladie sur l’entourage immédiat de la personne atteinte.

La perte de soi, de sa propre identité, la disparition progressive de tout ce qui compose une personne.  Voilà ce que l’on retrouve au cœur du merveilleux film Still Alice que j’ai enfin eu la chance de voir (il est offert en ce moment sur Netflix).

Chouchou des critiques l’an dernier au Festival international du film de Toronto, et ayant valu à Julianne Moore le titre de Meilleure Actrice lors des plus récents Academy Awards, Still Alice nous raconte le combat d’une femme de 50 ans, extrêmement intelligente et accomplie au plan professionnel, mère de famille et épouse aimante, contre un début précoce de cette maladie qui menace de, lentement, tout lui dérober.

Basé sur un best-seller écrit par Lisa Genova (que je n’ai pas encore lu), et réalisé par le couple Richard Galtzer et Wash Westmoreland, le film nous fait entrer dans l’intimité de cette femme, Alice, pour qui les accomplissements intellectuels, le livre qu’elle a publié, ses recherches et les cours qu’elle donne à l’université sont quasiment aussi importants à ses yeux que les membres de sa famille.  Elle se définit par son intellect.  Donc, l’idée de perdre à tout jamais ses souvenirs et ses connaissances est intolérable et inacceptable pour elle.

Je n’irai pas trop loin dans la description du film, car vous devez le découvrir au fur à mesure.  Je ne veux rien vous gâcher.  Le film est d’une infinie beauté et d’une immense tristesse.  Peut-être est-ce dû au fait que le sujet me terrifie, mais je me suis laissé totalement emporter par cette œuvre Julianne Moore y est sublime.  Totalement sublime.  Elle se transforme graduellement sous nos yeux, passant de la femme active et en pleine possession de ses moyens à… eh bien, disons seulement qu’elle se transforme et que son travail d’actrice est extraordinaire.

Dans le rôle de son mari, on retrouve Alec Baldwin, dans un rôle plus sérieux et dramatique que ce à quoi il nous a habitués dernièrement (je pense à son personnage de la série humoristique 30 Rock).  Le couple formé par les deux acteurs est tout à fait crédible à mes yeux.  Le personnage, tel que joué par Baldwin, m’a profondément touché.

Dans le rôle des deux grandes filles d’Alice, on retrouve tout d’abord Kate Bosworth, qui joue Anna, celle dont la vie est toute tracée d’avance, qui suit les conseils de ses parents et qui semble parfaite en tous points.  Je n’ai rien de spécial à dire sur Bosworth, qui joue correctement, mais qui n’a pas grand-chose à faire dans ce film si ce n’est que de paraître parfaite.

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Kristen Stewart

À l’opposé il y a Lydia, une jeune actrice qui rêve de gloire à l’autre bout du pays, et qui entretient une relation quelque peu difficile avec sa mère.  Elle est jouée par Kristen Stewart.  Les scènes où elle et Moore sont ensemble à l’écran sont mes préférées.  Stewart me surprend toujours (elle était géniale dans le film biographique The Runaways que beaucoup trop de gens ont ignoré à sa sortie), et ici encore elle prouve à quel point elle sait démontrer une grande gamme d’émotions en très peu de mots.  C’est subtil, mais c’est là, et c’est vraiment bien joué.

Je recommande Still Alice à tout le monde.  Il n’y a rien à faire pour prévenir la maladie d’Alzheimer, et j’espère que l’on trouvera bientôt des traitements qui la rendront moins terrifiante.  En attendant, une œuvre comme Still Alice peut aider le commun des mortels à mieux comprendre la maladie et à peut-être mieux comprendre ceux et celles qui en souffrent.  Voilà un bien grand film qui m’a énormément remué et qui restera longtemps dans mon cœur.

Bande-annonce du film en français

Notice biographiquechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma. Il a fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger par la suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

30 août 2015

Princesses et esprits tapageurs : Au bout du conte, d’Agnès Jaoui (2012)

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Agnès Jaoui

 Je suis un admirateur du travail d’Agnès Jaoui depuis le film Un air de famille sorti en 1996 et réalisé par Cédric Klapisch.  Ce long métrage hilarant et décapant était tiré d’une pièce écrite par Jaoui et Jean-Pierre Bacri.  Ce dernier, en plus d’être son fidèle collaborateur d’écriture et partenaire de jeu à l’écran dans de nombreux projets, fut également son amoureux pendant près de 25 ans, de 1987 à 2012.  Ensemble, ils écrivirent plusieurs scénarios pour le cinéma, dont certains pour Alain Resnais – l’excellent On connaît la chanson de Resnais en 1997, que j’adore particulièrement –, et pour Jaoui elle-même qui se retrouva derrière la caméra à partir de 2000 pour le film Le goût des autres.   Suivirent les excellents Comme une image et Parlez-moi de la pluie, et voilà qu’un petit dernier est né et a été lancé sur les écrans récemment, le premier film depuis leur rupture, Au bout du conte.

Je mentionne leur séparation, mais celle-ci n’a aucune incidence – à ce que je sache – sur le film.  Ce dernier contient le même humour grinçant, la même chimie dans le jeu de Jaoui et de Bacri, le même ton jouissif de leurs œuvres précédentes.  Ce long métrage raconte l’histoire de Laura, jeune femme moderne à la recherche de son « prince charmant ».  Elle le trouvera éventuellement dans la personne de Sandro, jeune musicien, mais elle sera également séduite par le mystérieux Maxime Wolf qui l’attirera dans ses filets.  Confuse, la jeune femme devra faire un choix si elle ne veut pas voir son univers s’effondrer.

Entourant la jeune femme, une panoplie de personnages (dont ceux de Jaoui et Bacri) évolue dans cet univers réaliste aux touches fantastiques.  Tout au long du film, les références aux contes sont nombreuses.  Certaines sont plus subtiles que d’autres.  Parfois, c’est maladroit, et peut-être qu’entre les mains d’un Jean-Pierre Jeunet (par exemple) ça aurait mieux passé.  Néanmoins, le travail d’Agnès Jaoui à la réalisation est fort convenable et peut même par moments s’avérer d’une grande qualité.

Jean-Pierre Bacri joue le père de Sandro et confère au personnage son attitude habituelle, qu’il cultive de film en film, et qui consiste à grommeler tout au long du scénario, créant ainsi un être facilement irritable – il est également celui qui a les meilleures répliques.

Lors d’un événement social huppé auquel ils ont été invités principalement pour rencontrer les parents de Laura, le personnage de Bacri, M. Leconte, et son ex-femme, interprétée par Dominique Valadié, sont assis dans un coin et ne se sentent visiblement pas à leur place.  Sandro arrive, les voit et s’approche d’eux, consterné.

Sandro : — Mais qu’est-ce que vous faites ?

Son père : — Ben, on s’emmerde.  Que veux-tu qu’on fasse ?

Il s’agit d’un petit film rafraîchissant, captivant, et charmant.  Si vous avez aimé les autres scénarios de Jaoui et Bacri, vous serez comblés par celui-ci.  Si vous ne les connaissez pas, vous avez là une belle façon d’entrer dans leur univers, quoique Le goût des autres et Un air de famille soient des œuvres supérieures, que vous devrez découvrir à tout prix.

Avec ces deux artistes, on passe constamment de la comédie au drame, et cela se fait toujours avec adresse.  C’est intelligent, ça ne prend pas le public pour des cons, et bon, c’est Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ensemble…  Juste pour cela, vous devriez courir voir ce film, et revoir tous leurs précédents.  C’est du bonbon !

 The Conjuring, de James Wan (2013)

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec James Wan est un réalisateur d’origine malaisienne né en 1977 (deux jours après moi, en fait) et qui s’est fait, au cours des dix dernières années, un nom dans le cinéma d’horreur, notamment avec son film Saw (Décadence), ainsi qu’avec le film de fantômes Insidious, en 2010 (une suite, toujours réalisée par Wan, sera sur les écrans en septembre prochain).

Cet été, Wan nous propose un récit inspiré d’événements véritables, The Conjuring.  Le scénario reprend les éléments clés d’une enquête menée dans les années 70 par Ed et Lorraine Warren, couple célèbre d’enquêteurs du paranormal qui auraient travaillé sur plus de 10 000 cas depuis les années 50, dont certains très célèbres, comme celui de la maison hantée d’Amityville.  Dans The Conjuring, on fait connaissance à la fois avec les Warren et leur petite fille, ainsi qu’avec les Perron, une famille composée de deux adultes et cinq jeunes filles, dont la nouvelle maison située au Rhode Island semble infestée par la présence d’esprits tapageurs et autres revenants.  Les Warren sont appelés à la rescousse, et ce qu’ils trouvent sur place fera de ce cas l’une des plus étranges affaires sur lesquelles ils auront enquêté.  On retrouve de tout, pour tous les goûts dans ce film : esprits tapageurs, fantômes, possession (et éventuellement, un exorcisme), etc.  James Wan sait parfaitement bien doser les apparitions de fantômes à l’écran.  Il connaît aussi parfaitement bien les mécanismes de la peur.  Il a développé une expertise au fil du temps dans ce domaine et il est en parfaite maîtrise de ses moyens.  On parle ici d’un film d’horreur adulte, sérieux, intelligent et très, très effrayant.

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Vera Farmiga

La distribution est superbe.  Vera Farmiga livre une performance époustouflante dans le rôle de Lorraine Warren, à la fois très maternelle, fragile et forte.  Elle porte quasiment à elle seule le film sur ses épaules.  Mais d’autres grands acteurs la supportent.  Patrick Wilson, un habitué de Wan (il est la vedette des deux Insidious), fait un Ed Warren très convaincant et forme un couple solide et très crédible avec Farmiga.  Et Lili Taylor dans le rôle de la mère, qui doit protéger sa famille à tout prix des esprits malveillants, est tout simplement merveilleuse.  Une actrice que j’ai toujours admirée et qui me surprend chaque fois.

Le film rappelle d’autres grands titres du genre, tels The Exorcist, The Amityville Horror et Poltergeist.  C’est un divertissement adulte, nuancé et rempli d’émotions.  Je vous le recommande fortement.

Sur ce, bon cinéma, et à bientôt !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Il chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québeca fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.


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