La magie des mots, par Francesca Tremblay…

17 mai 2017

 Lune Bleue

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieLes branches des arbres ballottées par le vent se débarrassaient de leur plumage aux couleurs de l’automne. Il neigeait des feuilles mortes sur tous les sentiers, souches et rochers de cette ancienne forêt. Une courtepointe embrasée réchaufferait leurs racines avant que la blanche cape de l’hiver ne les ait recouvertes en entier.

J’avais suivi le même sentier qui cheminait dans la sombre forêt sauvage, cette nuit où j’avais croisé ta route la première fois. Lorsque j’avais aperçu la bête, mon cœur, ce petit oiseau, avait sursauté dans sa cage. Te revoir était mon souhait. Une demande toute spéciale faite aux étoiles qui, ce soir-là, scintillaient dans le noir rideau de la nuit. C’était un soir de lune bleue, et le bruit mouillé des feuilles étouffait mes pas incertains. Je guettais donc chaque ombre, chaque arbre pour voir si tu en resurgirais, le cœur un peu affolé au moindre croassement rauque des corneilles absentes. Et tu me surpris encore. Belle louve noire aux crocs d’ivoires. Pattes de velours dont la silhouette se dessinait au détour du chemin.

Tu avais flairé mes fragrances au-delà des parfums de la ville. J’étais la proie. Fascinée par ce regard bleu acier, sans pitié. Un long hurlement déchira les ténèbres qui nous entouraient et je fus inquiète. Inquiète de tomber dans ta gueule affamée. Tes yeux comme des lunes voilées de brume, j’étais là, à t’aimer, puis à espérer que nous serions un jour réunies. J’étais envoûtée par ce que j’avais vu, cette nuit-là, près de la rivière.

Qu’attendais-tu de moi ? Qu’à mon tour je me fasse louve ? Que je sois comme ceux avec qui dans les bois tu courais ? J’étais celle qui t’enlèverait ta liberté. Savais-tu que j’étais celle qui te ferait mourir par sa magie ? Ton museau dans mon cou, un souffle chaud sur ma peau. Mes doigts palpaient ta fourrure luisante comme le jais. Ils glissaient et la pétrissaient.

Tu fis quelques pas en arrière et tu dissimulas l’animal en toi. Les griffes devinrent des ongles et la créature recouverte d’une noire fourrure devint alors le corps gracieux d’une femme svelte et grande. Se dissémina, dès lors, la partie de toi qui se nourrissait de chair et de sang. Ta peau basanée et tes yeux dangereux me firent tressaillir. Tu revins vers moi, si émue. Ta démarche souple et désinvolte faisait bondir tes seins nus. Ne pas soutenir ton regard était sacrilège. Un sourire en coin s’esquissa sur tes exquises lèvres. Tes longs cheveux aile de corbeau tombaient en cascade dans ton dos, caressant la chute de tes reins. Tu fonçais tête baissée vers ta mort. Une mort tremblante et terrifiée.

J’étais celle qui te ferait perdre ta magie, en avais-tu seulement conscience ? Le souvenir de l’eau caressant ton corps me fit oublier les mots.

Un doigt se déposa sur mes lèvres. « Embrasse-moi ». Je voulais que tu m’étreignes avec vigueur afin chat qui louche maykan alain gagnon francophonied’oublier qui j’étais.

Nous avions fait de la nuit un éternel rêve que l’on vit. Un amour que je chérissais avec avidité. Tant que tu étais à mes côtés, la vie avait un sens. Car dès la seconde où nos regards s’étaient croisés, je sentis qu’enfin, je pourrais aimer… de nouveau.

Ta bouche sur la mienne, mon cœur avait prié pour te garder. Qu’était-ce la fin du monde, quand notre amour commençait enfin ? Au contact de ton corps brûlant contre le mien, le temps s’était figé, ébahi de notre cran. Et l’aura bleue de cette lune fit poésie de cet instant.

Francesca Tremblay

NOTICE BIOGRAPHIQUE

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

Publicités

La magie des mots, par Francesca Tremblay…

24 avril 2017

Blessures de l’enfance

Je te déteste.chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

Je veux faire sortir cette boule dans la gorge, mais je ne réussis pas.  Les hommes ne versent pas de larmes.  Elle grossit à mesure que je retiens mes sanglots.  Je me noierai si je continue et pourtant, je persiste à me la fermer.  Je m’en veux de ne pas réussir.  Je t’en veux de me retenir.

Je te déteste.

Toutes ces fois où tes silences ont fait saigner mes attentes.  Où tes mains ont volé vers mes joues si tendres.  Ces mains qui se resserraient sur mon poignet comme un étau.  Toutes ces fois, je m’en souviens parce que tu les écrivais sur les murs à coup de point final.  Tu écrasais mon ombre trop petite pour me défendre.

Les genoux meurtris par des prières silencieuses pour un Bon Dieu quelque part au-delà du plafond de ma chambre.  Au-delà des tuiles mille fois comptées.  Les camisoles blanches tachées de sueur.  Mes draps, souillés de peur.  Je me cachais sous le lit pour être protégé parmi les monstres.  Tu criais après le chien que j’étais et je cédais.  Ma saleté rebutait mes amis et leurs regards lourds de mépris me faisaient mal.  Ma différence, je la payais cher.  Les bancs d’école ont connu mes tremblements, mes soubresauts lorsque l’enseignant m’appelait et mes retards ont servi plus que de raison à faire de moi le cancre de la classe.  J’y ai cru longtemps.  Mais ce n’était rien.  Tout était moins mauvais que ce qui m’attendait, le reste du temps.  Je débarquais de l’autobus où j’avais peiné à me frayer un chemin à travers les jambettes et les surnoms.  Et j’empruntais le sentier de gravelle qui menait jusqu’à chez moi.  Je jetais un coup d’œil à cette vieille automobile rouillée dans le champ et je l’enviais.  Elle pouvait survivre dehors et pas moi.

Je me souviens encore des larmes versées en vain, des « Je t’aime » criés dans le noir de ma chambre.  Je voulais que tu meures.  Je voulais que tu m’aimes.  « Tu ne seras jamais un homme ! » que tu crachais entre tes dents avant de me frapper derrière la tête.  Un bruit sec sur mes cheveux en bataille.  J’enfouissais cette tête lourde dans mes épaules et je retenais mes gémissements.  Et jamais je ne le suis devenu, cet homme.  Je mouille encore mon lit quand je fais ces rêves qui me ramènent à la maison.  Je suis pris entre ces murs barbouillés par la pauvreté.  La fenêtre de ma chambre ne s’ouvre pas et je t’entends en sourdine railler au rez-de-chaussée.  Maman ne parle pas.  Elle n’a jamais pu dire quoi que ce soit.  Je sais que c’est le tonnerre qui gronde au loin, mais que la tempête approche.  Et là, j’entends tes hurlements poussés par l’alcool qui te grise.  Qui te dévore le foie.  Mon nom est un blasphème pour moi.  Je veux mourir !  Je ne peux même pas fuir.  Je n’ai nulle part où aller.  Ni refuge pour me réconforter.  Je vois ton ombre sous la porte et je me recroqueville dans un coin, les bras autour de mes genoux.  Je tremble comme une feuille.  Je suis foutu.  Tu vas me foutre une sale raclée.  La porte s’ouvre toute seule parce qu’elle n’a jamais eu de poignée et ta silhouette noire se découpe dans la lumière du couloir.

Arrête !  Ne fais pas ça.  Je t’aime, papa !

Et je me réveille couvert de sueur.  De l’air !

Je ne serai jamais assez fort pour me battre contre ce souvenir de toi.  Je crie dans l’oreiller pour étouffer ma peine.  Je suffoque presque.  Ce sanglot m’étrangle.  Même éveillé, je cherche l’air pour respirer.  Tu m’as brisé, papa.  Tu m’as brisé.  Mais être un homme, ce n’est pas être quelqu’un comme toi.  Être un homme c’est serrer dans ses bras l’enfant que j’étais et le rassurer que les éclairs pendant la tempête ne lui feront pas de mal.  C’est aussi de trouver à la vie une raison de dire merci et d’aider cet enfant à en faire autant.  J’aurais tellement aimé que tu sois cet homme, papa.  Mais même le temps ne peut pas tout effacer.  Les blessures s’ouvrent et chaque fois, se déversent sur les fragments de mes souvenirs comme des coulées de lave en fusion, effaçant les espoirs d’une vie qui aurait pu être autrement

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Essentia, un texte de Francesca Tremblay…

17 février 2017

Essentia

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

 Le printemps resurgissait enfin et faisait fondre les grandes figures froides des montagnes gelées.  À leurs pieds, il y avait la forêt du premier jour dans laquelle errait le Grand Cerf blanc.

Ce vieil esprit des bois, dont l’immense panache givré se fondait avec les branches nues des arbres, progressait dans l’immensité endormie.  Et aussitôt passé, l’humus creusé par ses sabots nacrés se transformait en un sentier fécond.  Comme il avait coutume de le faire depuis des millénaires, il traversa l’amont de la rivière gonflée par la gaieté des saisons hâtives et ses sabots s’enfoncèrent dans la terre spongieuse d’où suintaient les eaux des hauts monts glacés.  Puis, il s’arrêta.  Il lécha son museau pour rafraîchir les effluves de la saison qui naissait.  Il brama sous les branches d’un chêne et son souffle chaud se sublima en une buée diaphane, qui s’éleva vers les rayons d’un soleil encore farouche.  Le moment était venu.  Mû par un irrépressible instinct, il pencha sa tête et du bout de ses longs bois majestueux, il toucha la surface d’un tumulus.  À ce contact, une onde flamboyante déferla dans tous les lieux de la forêt, soufflant tout sur son passage.  Les oiseaux et le vent dans les branches se turent.

L’esprit de la forêt releva la tête et recula quelque peu.  Le monticule de terre trembla et se souleva lentement.  Péniblement, une main s’agrippa aux ronces, tandis qu’une autre s’accrocha aux herbes naissantes pour s’extirper de l’endroit.  Sous la terre humide apparut un visage et des animaux curieux s’attroupèrent près d’eux.  Les épaules dégagées, la créature put enfin trouver une prise ferme pour s’extraire de la cavité boueuse.  Le roi de la forêt s’inclina devant celle, qui avec peine, se tenait debout.  Fragile, elle respira hâtivement l’air frais et poussa un hurlement si fort que la terre en trembla.  La peur, le froid et la douleur d’être sortie d’un sein en lequel tout était si douillet la poussa à crier de nouveau.  Et les larmes coulèrent de ses yeux verts aux reflets bleus.  Celles-ci glissaient sur ses joues tâchées de terre et de rousseur, y creusant de blancs sillages.  Abasourdie, elle regarda le ciel et la lumière du soleil l’éblouit.  Elle tourna son regard vers le Cerf qui la contemplait.  Renards et lièvres, loups et corbeaux avaient entendu la rumeur.  Le vent du nord murmura son nom : « Essentia ! »

Le roi Cerf s’approcha et lécha ce visage ruisselant de larmes.  Un duvet de plumes marron sur son dos voltigeait à la moindre brise.  Se trouvaient sur sa tête deux cornes brunes torsadées et sa chevelure rousse humide encadrait un visage aux lèvres fines et vermeilles.  Les animaux n’avaient pas coutume d’apercevoir un être aussi étrange.  La nature s’éveilla promptement.  Tandis que les bourgeons éclosaient, les arbres explosèrent de vert.  Les têtes des fougères se déroulèrent frénétiquement et étendirent leurs longues mains dont les paumes se tournèrent vers le ciel bleu.  Les arbres au duveteux manteau de mousse entendaient les oiseaux qui chantaient de plus belle et l’eau de la rivière cavalait fervemment, contournant les noirs rochers aux dessins de spirales ancestrales.

Celui qui avait touché la terre de ses bois ensorcelés continua sa route et fit une halte à la rivière.  Elle le suivit et plaqua son corps contre le sien si chaud.  Il s’abreuva et elle hésita quelque peu avant de faire de même, buvant par la suite fiévreusement l’eau sacrée.  Il l’invita à le suivre de nouveau.  Elle s’agrippa à son cou et grimpa sur son dos.  Le cervidé au pelage blême l’amena au pied de la montagne de l’aigle et s’arrêta devant l’entrée d’une caverne.  Un autre comme elle les attendait.  Celui-là était né avant que l’hiver n’endorme même les cœurs des rochers, pendant le long automne aux flancs saignants.

Lorsque ses yeux plongèrent dans les siens, Essentia sentit croître en elle une irrésistible envie de savoir.  Le désir de connaître, d’apprendre, de partager et les petites plumes sur son dos poussèrent vivement et devinrent des ailes immenses qui se déployèrent.  Celui qui l’observait lui tendit une main.  Elle répondit à l’appel et au contact de sa main dans la sienne, l’étroit sentier dans le flanc de la montagne s’ouvrit devant eux.  Le roi Cerf savait qu’au bout de cette voie, il y avait un sommet duquel ils s’envoleraient tous deux.  D’autres saisons viendraient, et avec elles naîtraient d’autres comme elle.

Notice biographique

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Les arracheurs de rêves, par Francesca Tremblay…

13 octobre 2016

Les arracheurs de rêvesalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec

 Ils avaient des dents aiguisées et des mains aux longs doigts effilés qui se terminaient par d’abominables ongles noirs et acérés. Ils plongeaient dans les esprits pour nous prendre ce qui nous constituait. Après qu’ils soient passés, nul ne survivait, disait-on, car ils repartaient avec ce qui restait des consciences libres et heureuses. Ils sortaient de sous le lit, comme une ombre malfaisante, prête à étouffer le bien qui veillait en chaque enfant que nous étions, en chaque homme et femme que nous voulions devenir.

Ils voulaient nous faire croire que nous étions faibles et pauvres. Mais si nous l’étions, nous ne l’étions pas du cœur. Pas de l’âme. Nous vivions pour nous abandonner à l’amour, même si c’était parfois l’amour qui nous abandonnait. Ils étaient arrivés à nous faire douter que notre courage ne fût qu’un magicien perdu dans un royaume trop chaste et pourtant, cette force que nous avions de nous relever après maints coups durs de la vie nous appartenait. Elle était ancrée solidement dans les mots que nous chuchotions au fin fond des geôles. On voulait nous enlever notre foi. Mais Dieu était en chacun de nous, faisant battre cette chair qui retenait nos os de s’effondrer.

Et quand à coup de massacres ils ont voulu nous faire croire que nous n’existions pas, nous ne nous sommes pas résignés. Main dans la main, nous avons tous marché vers ceux, qui nous miraient de leur mépris. Ceux qui nous épiaient jalousement. Nulle arme ne saurait détruire cette intégrité que nous avions. Les gens disparaissent, mais la vérité était contagieuse et se répandait jusqu’à celui qui voulait savoir. Chez celui qui voulait réellement comprendre. Et nous savions que l’amour naissait des cœurs purs. Que nous avions en chacun de nous un nid fécond pour créer des jours nouveaux et une rage pour défendre la lumière qui nous éclairait. Les cavernes n’étaient plus sombres avec les discours des gens qui avaient vu et racontaient le soleil.

Vivre n’était pas seulement respirer, c’était aussi être fait d’espoir. Souhaiter changer les choses pour rapprocher chaque être de l’évanescente quête personnelle.

Quand l’arracheur de rêves vola mon cœur encore chaud d’avoir vécu, je compris qu’autre chose se débattait pour vivre. Alors qu’il se délectait de ce coriace repas qui lui glissait entre les mains, une lumière remplit mes yeux qui se refermaient. L’arracheur de rêves ne vit pas que, du haut des airs, nous le regardions faire. Et je compris qu’ils ne pourraient jamais, tous autant qu’ils étaient, nous faire croire que nous ne pouvions changer le monde. Car la vraie liberté n’était ni la vie ni la mort. C’était nous. Nous qui avions réalisé de petits et grands exploits, et les autres qui continuaient, peuplant les rues de leurs convictions. Le passage des arracheurs de rêves dans nos vies nous avait fait prendre conscience de la chance de pouvoir nous exprimer, simplement.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecLa vérité est une source si pure que le corps ne saurait la toucher, que l’esprit ne saurait la connaître. C’est ce qui nous lie au divin, et nous nous battions pour la garder intacte. Comment ? En nous tenant debout quand les dents ont transpercé notre chair. En ne passant pas sous silence l’injustice faite et en réclamant haut et fort qu’ensemble NOUS SOYONS.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


Parce qu’elle n’est plus là, par Francesca Tremblay…

16 juillet 2016

Parce qu’elle n’est plus là

La porte s’était ouverte sur la cour arrière.  Je restais là, figée par le temps qui ankylosait mon squelette,e78cd8c1b9044eeef1fc06cca10a41e1 muscles et tissus.  Je n’avançais pas d’un cheveu et pourtant, pourtant je me rapprochais de ce corps blanc comme un drap, de ces lèvres bleues comme le froid et de ces cheveux mouillés comme les lourdes branches du saule après l’orage.

Ma sœur s’était noyée.  Noyée dans sa peur de vivre dans son trop-plein de fuir l’ici pour n’aller nulle part et courir ailleurs pour voir si elle y était.  C’est papa qui l’avait sortie de la piscine, de ce rond bleu chaleureux.  Elle ne faisait plus un rond dans l’eau.  Corps immobile, cœur trop fragile.

Papa me criait d’aller chercher de l’aide, mais c’était trop tard.  L’aide, il aurait fallu la demander bien avant son anorexie, sa toxicomanie et son refus catégorique de goûter le bonheur parce que c’était trop calorique et pas assez dopant pour elle.

Ma sœur avait le cœur qui ne battait plus et papa l’avait sortie de là comme on sort un petit animal sans vie dans un sceau rempli d’eau de pluie.  Petite chose fragile, poupée cassée aux longues jambes noueuses, aux côtes accordéon qui plus jamais ne s’étireront.  Visage calme à jamais gravé dans ma tête.

Maman pleurait et s’effondrait dans mes bras.  Je n’ai même pas osé recoller les petits morceaux de son âme de mère brisée.  Papa me hurlait dessus, un cri d’alarme, angoisse pleine de regrets.  L’appel déchirant d’une montagne qui s’effondrait.  Un père qui pleure et qui crie, ça m’a fait comme un coup de masse et plus aucun son ne sortit de ma bouche.

Le matin même, trop de mots étaient sortis et avaient dépassé ma pensée ou l’avait trop bien exprimée.  Je lui avais hurlé, avant qu’elle rejoigne ses amies, qu’elle était une paumée et qu’elle faisait vivre un cauchemar à toute la famille… un cauchemar dont on aurait pu se passer.

Mais le cauchemar n’était pas ce qu’elle nous avait fait vivre, maintenant je le sais plus que tout.  Le réel cauchemar commençait aujourd’hui, parce qu’elle avait arrêté de vivre.  L’eau avait éteint pour de bon les feux ardents qui la grugeaient de l’intérieur.  Ma sœur s’était tuée parce que je n’avais pas su l’aider.  Comment aurais-je pu y arriver ?  Comment, alors que c’était elle la grande sœur et pas moi ?

Comme elle était fougueuse et rebelle.  Comme elle était belle.  Moi ?  Beaucoup trop raisonnable à ses yeux.  Elle me répétait que j’étais morte en dedans et je lui criais que c’était faux !  Aujourd’hui, c’était elle la plus morte de nous deux et pourtant, je me sentais atrocement vide.  Vide comme une immense coquille qui écrouait le silence d’une mort latente.

Ma sœur était morte ce matin.  Le soleil se couchait maintenant sur sa mort et j’étais encore là, debout dans la cour arrière, à attendre qu’elle revienne.

Il sera tard quand elle rentrera, mais j’attendrai.

acc108ba456afbc3c189935429906255J’attendrai pour être là pour la consoler parce que c’est ce que je n’ai jamais su faire.

Je serai là pour lui caresser les cheveux et la rassurer.

Pour lui dire combien elle est belle.

Pour lui dire combien je l’aime.

Cette fois, j’attendrai parce qu’elle n’est plus là.

Francesca Tremblay

NOTICE BIOGRAPHIQUE

En 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

13 juin 2015

Le balcon des lucioleschat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie

Il y a longtemps, je jugeais durement ces artistes que le feu consumait intérieurement. Je pensais que les tragédies n’appartenaient qu’à ces poètes maudits dont les mots s’enflammaient devant la seule présence de l’amour. Mais lorsqu’à mon tour, je faillis être consumée par l’amour, j’ai appris à me méfier de la lumière, si belle soit-elle…
Les papillons de nuit sur l’ampoule de verre brûlent leurs rêves sur la paroi ardente. Leurs battements d’ailes frénétiques les font tressauter et soudain, leurs pattes refroidies, ils reviennent se coller au plancher de verre comme si c’était leur seule raison d’être. Comme s’ils voulaient s’enfuir avec une partie de cette boule de soleil miniature. Faut-il à ce point vénérer la lumière pour en être soudainement aveuglé et croire que c’est une façon de vivre convenable. Ce soir, ils font des jeux d’ombre sur ma galerie et certains, tombés sur les lattes, sont complètement grillés. Je les balaierai demain, avec les morceaux de peinture séchée, dénudant encore plus le vieux bois. Cette maison est vieille et son âme est la mienne. Elle vit là depuis toujours, exclue du village et entourée des lucioles en plein bal qui n’ont rien à envier aux papillons de nuit. Elles sont la lumière.
Le fond de l’air est doux et l’alcool est fort. Je pense à lui. Lui qui est cette lumière pour laquelle je brûle. J’ai une vision chaotique de l’amour et il sait comment la peindre. Il dessine des nus de moi sur des toiles blanches et peint en couleur la vie telle qu’il la voit. Les cafés deviennent froids lorsqu’il est inspiré et je ne bouge plus. Tandis qu’il frotte les pinceaux sur le tableau, je rêve les yeux ouverts. Il perçoit des sensations que je ne saurais relater. J’ai en moi des réminiscences lointaines qui s’évadent par les miroirs de mon âme. Lorsque je le regarde, il en est submergé. Et parfois, dans la position de mon choix, je lui raconte une histoire sans utiliser les mots. La mienne, toujours, mais différemment. Je suis un peu comme ces papillons pour qui la brillance est si attirante. Elle reste un mystère et elle s’écoule de ses sourires en coin. S’écoule de cette bouche qui parle de passion. Baignés dans les nuages de fumée des cigarettes qu’il n’éteint jamais, nous flottons en pleine énigme, ne dissociant plus le réel de ce qui ne l’est pas. Je ne vois que ses yeux qui étudient, même encore à ce jour, les expressions de mon visage et de mon corps. Qui dessine toujours avec cette même ardeur le pourtour de mes seins et le galbe d’une hanche. La sueur qui perle sur son front n’est pas due qu’aux chaudes journées d’été, j’aime à le penser.
Mes semaines ne comprennent qu’un jour depuis lui : le samedi. Le reste du temps, je suis comme ces papillons de nuit à confondre la lumière du jour avec cette ampoule. Tel un rituel, chaque fois, il apporte son attirail de peintre. Du papier et des sanguines pour esquisser brièvement, ainsi que des pinceaux dont je ne saurais me servir pour teinter de couleurs les grandes toiles qu’il apporte. Les odeurs de l’huile et des diluants me font tourner la tête, mais c’est si bon de le savoir là. Je ne sais pas ce qu’il me trouve, mais il a dû chercher longtemps quelqu’un comme moi pour ainsi nous perdre des heures dans des moments de silence.
Au tout début, je lui ai demandé ce qui l’avait poussé à devenir peintre. Il m’a souri et m’a répondu que c’était parce qu’il cherchait à comprendre. Il ne m’a jamais dit quoi. Et je ne lui ai jamais demandé. Je n’ai pas besoin de savoir, ou qu’il me réponde quelque idiotie déjà réfléchie. Ce soir, il est venu peindre une histoire de moi que je n’ai pas osé raconter à personne, ni même à mes filles. J’ai pleuré, et il a, je crois, immortalisé cette larme sur ma bouche. Je ne regarde jamais le portrait lorsqu’il n’a pas terminé alors, je suppose, simplement. Si j’étais peintre, c’est ce que j’aurais fait.
chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonieEt cette nuit, le temps est doux et l’alcool est fort. Sous ce croissant de lune qui me regarde d’un seul œil, les grillons chantent dans les hautes herbes qui remuent au gré du vent. Accoudée sur le garde en fer forgé du balcon, j’observe les lucioles qui scintillent comme les étoiles dans le ciel. Il ne me manque que les ailes pour les rejoindre. Être la muse de cet homme a fait de moi plus qu’un papillon de nuit. Je deviens cette lumière qui éclaire et qui brûle. Même si j’ai appris à me méfier des lumières trop magnifiques, je veux continuer à poser pour lui sur ce balcon parmi les lucioles qui dansent.

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


La magie des mots, par Francesca Tremblay…

16 mai 2015

La cape blanche

Pieds nus sur le carrelage de la cuisine, j’entends maman pleurer. Visage dans leschat qui louche maykan alain gagnon francophonie mains, elle cache les rides qui lui strient le malheur. Son maquillage balayé par les pluies forme des taches noires sous ses yeux. Pourquoi maman est-elle toujours aussi triste ? Mes jeux ne l’intéressent pas. Elle n’aime pas faire rouler les autos sur le tapis. Il y a des routes qu’elle prend qui ne mènent pas vers des fins heureuses. Moi, mes héros se battent et triomphent toujours. Pourquoi ne choisit-elle pas de gagner ? Ma mère, c’est la demoiselle en détresse que j’ai promis de sauver. Toujours.

Quand il vient chez nous, celui qui n’est pas mon père, j’attache à mon cou ma cape rouge. Je suis un superhéros. J’ai le pouvoir de la sauver. De me rendre invisible. Il ne m’entend jamais. Ne me voit jamais. Ce n’est pas pour de faux ! J’ai appris à ne pas faire de bruit. C’est un méchant, un monstre qui lui fait du mal.
Un jour que nous fêtions mon anniversaire, il l’a frappée tellement fort que maman ne s’est pas réveillée. Moi aussi, il m’a giflé. Plusieurs fois, même. Mais cette fois, je n’ai pas pleuré ! J’étais trop en colère. Les monstres comme ça, il faut les prendre par surprise. Alors j’ai pris le couteau dans le tiroir de la cuisine et je l’ai menacé. Je lui ai dit que s’il faisait encore du mal à ma mère… Un héros ne tue pas sans raison. Il doit avertir d’abord, c’est le code d’honneur qui oblige. Mais après le coup qu’il m’a asséné, je ne me suis pas relevé non plus. La table du salon s’est évanouie comme un pont centenaire sur mes autos. Quand il est reparti, il a fallu que je trouve un autre endroit plus sécuritaire où abriter les voyageurs. Personne n’est à l’abri si je ne les protège pas.
Quand il est là, j’attache à mon cou ma cape rouge et je rassure maman. « Tout ira bien, je peux nous rendre invisibles pour deux, si tu y crois avec moi. » Mais ce jour-là, maman n’avait pas envie de croire. Elle m’a rendu invisible en refermant la porte de la garde-robe de sa chambre. Elle m’a demandé de garder le silence et je lui ai dit que je la protégerais. Mais elle a insisté en retenant ses sanglots. Sa panique lui enlevait tout courage. Elle le suppliait. Je n’ai pas compris pourquoi je pleurais aussi, dans le silence. Ne pas faire de bruit.
Tandis qu’il la frappait encore, je suis sorti du noir en criant de toutes mes forces. Je pensais que je le surprendrais, mais il était tellement grand… Il m’a pris par la gorge et m’a lancé dans les escaliers. La dernière chose que j’ai vue, c’est maman qui gémissait au-dessus de moi.

Je ne me souviens plus des moments après. C’est très flou. Je vois maman qui boit et qui pleure, le visage enfoui dans ma cape rouge. Mais quand il reviendra, je serai là. Je suis maintenant invisible pour toujours. Elle pleure encore et quand elle sent ma présence, elle regarde vers moi, sans me voir et, elle cesse de sangloter. « Je vais te protéger », que je lui dis. « J’ai à présent une cape blanche, maman. »

Notice biographique

chat qui louche maykan alain gagnon francophonieEn 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création– poésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchanté.  Au printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)


%d blogueurs aiment ce contenu :