Le corbeau, Edgar Allan Poe…

7 juin 2017

Voici la traduction par Charles Baudelaire  de son chef-d’œuvre The Raven.

Le corbeau


« Une fois, sur le minuit lugubre, pendant que je méditais, faible et fatigué, sur maint précieux et curieux volume d’une doctrine oubliée, pendant que je donnais de la tête, presque assoupi, soudain il se fit un tapotement, comme de quelqu’un frappant doucement, frappant à la porte de ma chambre. « C’est quelque visiteur, — murmurai-je, — qui frappe à la porte de ma chambre ; ce n’est que cela, et rien de plus. »

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Edgar Allan Poe

Ah ! distinctement je me souviens que c’était dans le glacial décembre, et chaque tison brodait à son tour le plancher du reflet de son agonie. Ardemment je désirais le matin ; en vain m’étais-je efforcé de tirer de mes livres un sursis à ma tristesse, ma tristesse pour ma Lénore perdue, pour la précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore, — et qu’ici on ne nommera jamais plus.

Et le soyeux, triste et vague bruissement des rideaux pourprés me pénétrait, me remplissait de terreurs fantastiques, inconnues pour moi jusqu’à ce jour ; si bien qu’enfin, pour apaiser le battement de mon cœur, je me dressai, répétant : « C’est quelque visiteur qui sollicite l’entrée à la porte de ma chambre, quelque visiteur attardé sollicitant l’entrée à la porte de ma chambre ; — c’est cela même, et rien de plus. »

Mon âme en ce moment se sentit plus forte. N’hésitant donc pas plus longtemps : « Monsieur, — dis-je, — ou madame, en vérité j’implore votre pardon ; mais le fait est que je sommeillais, et vous êtes venu frapper si doucement, si faiblement vous êtes venu taper à la porte de ma chambre, qu’à peine étais-je certain de vous avoir entendu. » Et alors j’ouvris la porte toute grande ; — les ténèbres, et rien de plus !

Scrutant profondément ces ténèbres, je me tins longtemps plein d’étonnement, de crainte, de doute, rêvant des rêves qu’aucun mortel n’a jamais osé rêver ; mais le silence ne fut pas troublé, et l’immobilité ne donna aucun signe, et le seul mot proféré fut un nom chuchoté : « Lénore ! » — C’était moi qui le chuchotais, et un écho à son tour murmura ce mot : « Lénore ! » — Purement cela, et rien de plus.

Rentrant dans ma chambre, et sentant en moi toute mon âme incendiée, j’entendis bientôt un coup un peu plus fort que le premier. « Sûrement, — dis-je, — sûrement, il y a quelque chose aux jalousies de ma fenêtre ; voyons donc ce que c’est, et explorons ce mystère. Laissons mon cœur se calmer un instant, et explorons ce mystère ; — c’est le vent, et rien de plus. »

Lenore

Je poussai alors le volet, et, avec un tumultueux battement d’ailes, entra un majestueux corbeau digne des anciens jours. Il ne fit pas la moindre révérence, il ne s’arrêta pas, il n’hésita pas une minute ; mais, avec la mine d’un lord ou d’une lady, il se percha au-dessus de la porte de ma chambre ; il se percha sur un buste de Pallas juste au-dessus de la porte de ma chambre ; — il se percha, s’installa, et rien de plus.

Alors cet oiseau d’ébène, par la gravité de son maintien et la sévérité de sa physionomie, induisant ma triste imagination à sourire : « Bien que ta tête, — lui dis-je, — soit sans huppe et sans cimier, tu n’es certes pas un poltron, lugubre et ancien corbeau, voyageur parti des rivages de la nuit. Dis-moi quel est ton nom seigneurial aux rivages de la Nuit plutonienne ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Je fus émerveillé que ce disgracieux volatile entendît si facilement la parole, bien que sa réponse n’eût pas un bien grand sens et ne me fût pas d’un grand secours ; car nous devons convenir que jamais il ne fut donné à un homme vivant de voir un oiseau au-dessus de la porte de sa chambre, un oiseau ou une bête sur un buste sculpté au-dessus de la porte de sa chambre, se nommant d’un nom tel que Jamais plus !

Mais le corbeau, perché solitairement sur le buste placide, ne proféra que ce mot unique, comme si dans ce mot unique il répandait toute son âme. Il ne prononça rien de plus ; il ne remua pas une plume, — jusqu’à ce que je me prisse à murmurer faiblement : « D’autres amis se sont déjà envolés loin de moi ; vers le matin, lui aussi, il me quittera comme mes anciennes espérances déjà envolées. » L’oiseau dit alors : « Jamais plus ! »

Tressaillant au bruit de cette réponse jetée avec tant d’à-propos : « Sans doute, — dis-je, — ce qu’il prononce est tout son bagage de savoir, qu’il a pris chez quelque maître infortuné que le Malheur impitoyable a poursuivi ardemment, sans répit, jusqu’à ce que ses chansons n’eussent plus qu’un seul refrain, jusqu’à ce que le De profundis de son Espérance eût pris ce mélancolique refrain : Jamais, jamais plus !

Mais, le corbeau induisant encore toute ma triste âme à sourire, je roulai tout de suite un siège à coussins en face de l’oiseau et du buste et de la porte ; alors, m’enfonçant dans le velours, je m’appliquai à enchaîner les idées aux idées, cherchant ce que cet augural oiseau des anciens jours, ce que ce triste, disgracieux, sinistre, maigre et augural oiseau des anciens jours voulait faire entendre en croassant son Jamais plus !

Je me tenais ainsi, rêvant, conjecturant, mais n’adressant plus une syllabe à l’oiseau, dont les yeux ardents me brûlaient maintenant jusqu’au fond du cœur ; je cherchais à deviner cela, et plus encore, ma tête reposant à l’aise sur le velours du coussin que caressait la lumière de la lampe, ce velours violet caressé par la lumière de la lampe que sa tête, à Elle, ne pressera plus, — ah ! jamais plus !

Alors il me sembla que l’air s’épaississait, parfumé par un encensoir invisible que balançaient des séraphins dont les pas frôlaient le tapis de la chambre. « Infortuné ! — m’écriai-je, — ton Dieu t’a donné par ses anges, il t’a envoyé du répit, du répit et du népenthès dans tes ressouvenirs de Lénore ! Bois, oh ! bois ce bon népenthès, et oublie cette Lénore perdue ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon, mais toujours prophète ! que tu sois un envoyé du Tentateur, ou que la tempête t’ait simplement échoué, naufragé, mais encore intrépide, sur cette terre déserte, ensorcelée, dans ce logis par l’Horreur hanté, — dis-moi sincèrement, je t’en supplie, existe-t-il, existe-t-il ici un baume de Judée ? Dis, dis, je t’en supplie ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Prophète ! — dis-je, — être de malheur ! oiseau ou démon ! toujours prophète ! par ce Ciel tendu sur nos têtes, par ce Dieu que tous deux nous adorons, dis à cette âme chargée de douleur si, dans le Paradis lointain, elle pourra embrasser une fille sainte que les anges nomment Lénore, embrasser une précieuse et rayonnante fille que les anges nomment Lénore. » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

« Que cette parole soit le signal de notre séparation, oiseau ou démon ! — hurlai-je en me redressant. — Rentre dans la tempête, retourne au rivage de la Nuit plutonienne ; ne laisse pas ici une seule plume noire comme souvenir du mensonge que ton âme a proféré ; laisse ma solitude inviolée ; quitte ce buste au-dessus de ma porte ; arrache ton bec de mon cœur et précipite ton spectre loin de ma porte ! » Le corbeau dit : « Jamais plus ! »

Et le corbeau, immuable, est toujours installé, toujours installé sur le buste pâle de Pallas, juste au-dessus de la porte de ma chambre ; et ses yeux ont toute la semblance des yeux d’un démon qui rêve ; et la lumière de la lampe, en ruisselant sur lui, projette son ombre sur le plancher ; et mon âme, hors du cercle de cette ombre qui gît flottante sur le plancher, ne pourra plus s’élever, — jamais plus !

(Si vous voulez entendre Le Corbeau en anglais — une gracieuseté de Jean-François Tremblay : http://www.youtube.com/watch?v=LqlzElvN95g)

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Jean Duval, premier pendu de Nouvelle-France… Alain Gagnon

15 décembre 2016

Début  juillet 1608, fondation de Québec et première pendaison connue en Nouvelle-France…

Quatrième voyage ( Honfleur–Québec : 1608-09). On confère à Cham­plain le titre de lieutenant de l’expédition au Saint-Laurent et à Dupont-Gravé la responsabilité de laalain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec traite des fourrures. De Poutrincourt s’étant vu adjuger Port-Royal, Champlain tourne ses desseins vers la Grande-Rivière de Canada.

Le 7 avril 1608, le pilote malouin Dupont-Gravé lève l’ancre à Honfleur sur le Lièvre et le lieutenant Champlain sur le Don-de-Dieu, le 13 du même mois. Tadoussac, à l’époque, est le terminus de la navigation transatlantique, le port d’attache et de ralliement des vaisseaux d’Europe : car, en amont du fleuve, la navigation semble périlleuse. Ayant mouillé l’ancre, Dupont-Gravé fut forcé, en vertu de son privilège royal, d’engager la lutte contre le capitaine basque Darache, qui l’avait devancé au trafic avec les autochtones. Champlain survient le 3 juin et ménage un prompt accommodement. Aussitôt, il apprête deux barques pour transporter à Québec une partie du matériel d’installation. Auparavant, il remonte de nouveau le Saguenay et recueille, auprès des premiers habitants du pays, de vagues informations relatives à l’hinterland : lac Saint-Jean et ses tributaires, rivières et lacs septentrionaux, baie du Nord…

Le 3 juillet (on ne s’entend pas sur la date exacte…  nous avons vu 30 juin et 5 juillet…), il entre dans la rade de Québec et cargue ses voiles au pied du promontoire. « Il ne peut, écrit-il, trouver d’endroit plus commode, ni mieux situé, que la pointe de Québec, ainsi appelée des Sauvages, et remplie de noyers. » Sans tarder, trente ouvriers et artisans, parmi lesquel Jean Duval, La Taille, Antoine Natel, les jeunes Nicolas Marsolet et Etienne Brûlé, le chirurgien Bonherme, entament la forêt, creusent caves et fossés. Entre temps, une partie de l’équipage transporte, de Tadoussac à Québec, vivres et munitions, ustensiles et meubles. Le Don-de-Dieu ne montera donc jamais le fleuve jusqu’à l’habitation. Par malheur, à l’intérieur de ce groupe, on fomente un complot contre la vie de Champlain. Cinq artisans auraient rêvé de s’enrichir en assassinant le lieutenant pour ensuite livrer aux Basques de Tadoussac tout le matériel de l’installation. Mais Natel, l’un des conjurés, pris de remords, dévoile la conspiration au capitaine Têtu qui la révèle à Champlain. Aussitôt arrêtés, les coupables font des aveux : un conseil instruit le procès et condamne à mort Jean Duval.  Pendu et décapité, on fichera sa tête au haut d’un piquet, sur l’habitation de Champlain. Ses complices seront mis aux fers ; on les graciera ultérieurement. (Tiré en partie de Louis-Marie Le Jeune, o.m.i, Dictionnaire, 1931.)

http://maykan.wordpress.com/

 


Louis Waterman…, par Alain Gagnon

6 décembre 2016

L’invention de la plume fontaine…

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Louis Waterman

Un anniversaire : on dit que le 8 février 1883 Louis Waterman inventa la plume fontaine — qui serait un terme à éviter.  On devrait plutôt écrire stylo plume ou plume réservoir.  Je me suis toujours demandé comment on pouvait dater un tel événement.  À partir du jour où l’inventeur a eu l’idée ?  Mais alors que de tortueuses et mi-conscientes intuitions ont précédé l’Eureka ! À partir du jour où l’on a déposé le brevet ?  Peut-être, mais dans le cas de Waterman, ça ne s’applique pas.  Il y avait longtemps, semble-t-il, que ce brave Louis cherchait le moyen de permettre à l’encre d’arriver à la plume et d’écrire sans faire d’éclaboussures.  Il devrait être le saint patron des écrivains, écrivassiers et écrivants,  s’ils en souhaitent encore, des saints et des patrons.

C’est en 1884 qu’il obtiendra un brevet pour son invention.  Il ouvre alors une boutique à Montréal et y vend différents modèles.  À sa mort, son neveu prendra la relève.  Il exportera  le produit aux États-Unis et en Europe.  Les ventes grimperont à 350 000 annuellement.

Dans l’Antiquité, on s’est servi pour écrire du stylet ou du poinçon (ce dernier aurait même aidé  à assassiner  Jules César).  Puis, on a utilisé la plume d’oie (ou d’un autre volatile) que peu d’entre nous ont connue, sauf mon frère.  Et la plume à pointe de métal que j’ai maniée plutôt gauchement comme écolier.  Nous étions installés à des pupitres roux qui possédaient tous un orifice, au coin droit supérieur, pour y insérer un encrier.  Ça grinçait sous nos doigts souillés d’encre noire et bleue, ça crissait sous nos langues sorties.

Par la suite, il y a eu le stylo bourré d’encre en pain qui allait déformer nos calligraphies pour la vie, comme disaient les bonnes sœurs et les bons frères…  Ensuite viendront la souris et les pixels qui pervertiront à tout jamais le noble art et feront qu’une bonne partie de  la poésie allait foutre le camp du geste d’écriture.

Waterman — homme de l’eau !  Quel curieux nom, pour un homme qui allait barbouiller la planète d’encre !

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Jean Duval, premier pendu de Nouvelle-France…

17 novembre 2015

Début  juillet 1608, fondation de Québec et première pendaison connue en Nouvelle-France…

Quatrième voyage ( Honfleur–Québec : 1608-09). On confère à Cham­plain le titre de lieutenant de l’expédition au Saint-Laurent et à Dupont-Gravé la responsabilité de lachat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec traite des fourrures. De Poutrincourt s’étant vu adjuger Port-Royal, Champlain tourne ses desseins vers la Grande-Rivière de Canada.

Le 7 avril 1608, le pilote malouin Dupont-Gravé lève l’ancre à Honfleur sur le Lièvre et le lieutenant Champlain sur le Don-de-Dieu, le 13 du même mois. Tadoussac, à l’époque, est le terminus de la navigation transatlantique, le port d’attache et de ralliement des vaisseaux d’Europe : car, en amont du fleuve, la navigation semble périlleuse. Ayant mouillé l’ancre, Dupont-Gravé fut forcé, en vertu de son privilège royal, d’engager la lutte contre le capitaine basque Darache, qui l’avait devancé au trafic avec les autochtones. Champlain survient le 3 juin et ménage un prompt accommodement. Aussitôt, il apprête deux barques pour transporter à Québec une partie du matériel d’installation. Auparavant, il remonte de nouveau le Saguenay et recueille, auprès des premiers habitants du pays, de vagues informations relatives à l’hinterland : lac Saint-Jean et ses tributaires, rivières et lacs septentrionaux, baie du Nord…

Le 3 juillet (on ne s’entend pas sur la date exacte…  nous avons vu 30 juin et 5 juillet…), il entre dans la rade de Québec et cargue ses voiles au pied du promontoire. « Il ne peut, écrit-il, trouver d’endroit plus commode, ni mieux situé, que la pointe de Québec, ainsi appelée des Sauvages, et remplie de noyers. » Sans tarder, trente ouvriers et artisans, parmi lesquel Jean Duval, La Taille, Antoine Natel, les jeunes Nicolas Marsolet et Etienne Brûlé, le chirurgien Bonherme, entament la forêt, creusent caves et fossés. Entre temps, une partie de l’équipage transporte, de Tadoussac à Québec, vivres et munitions, ustensiles et meubles. Le Don-de-Dieu ne montera donc jamais le fleuve jusqu’à l’habitation. Par malheur, à l’intérieur de ce groupe, on fomente un complot contre la vie de Champlain. Cinq artisans auraient rêvé de s’enrichir en assassinant le lieutenant pour ensuite livrer aux Basques de Tadoussac tout le matériel de l’installation. Mais Natel, l’un des conjurés, pris de remords, dévoile la conspiration au capitaine Têtu qui la révèle à Champlain. Aussitôt arrêtés, les coupables font des aveux : un conseil instruit le procès et condamne à mort Jean Duval.  Pendu et décapité, on fichera sa tête au haut d’un piquet, sur l’habitation de Champlain. Ses complices seront mis aux fers ; on les graciera ultérieurement. (Tiré en partie de Louis-Marie Le Jeune, o.m.i, Dictionnaire, 1931.)

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Éphémérides : 10 mai 1849 : décès de Hokusai…

3 mai 2015

Le 10 mai 1849 décédait le peintre japonais Hokusai…

Il était peintre, dessinateur, graveur et auteur d’écrits populaires japonais. Son œuvre influença de nombreux artisteschat qui louche maykan alain gagnon francophonie européens, en particulier Gauguin, Van Gogh et Claude Monet, voire le mouvement artistique appelé le japonisme. Il changera plusieurs fois de nom d’artiste.  À partir de 1800, il signera parfois ses travaux par la formule Gakyōjin, « le Fou de dessin ». Certains le considèrent le père du manga, mot qu’il a inventé et qui signifie à peu près « esquisse spontanée ».

Il meurt le 10 mai 1849.  Ses cendres reposent au temple Seikiō-ji, dans le quartier populaire d’Asakusa, à Edo, où il avait passé la majeure partie de sa vie. Il laisse derrière lui une œuvre qui comprend 30 000 dessins. Sur sa pierre tombale il a fait graver : « Oh! la liberté, la belle liberté, quand on va aux champs d’été pour y laisser son corps périssable ! » Sur son lit de mort, il aurait prononcé ces dernières paroles : « Encore cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste. » (Inspiré en partie de Wikipédia.) Laissons parler ces couleurs inhabituelles et ces formes aux dynamismes prégnants. chat qui louche maykan alain gagnon francophonie

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Publication de Frankenstein par Mary Shelley…

31 janvier 2015

Début 1818,  sortait en librairie l’un des ancêtres de la science-fiction et du fantastique : Frankenstein ou Le Prométhée moderne (Frankenstein or The Modern chat qui louche maykan alain gagnon francophoniePrometheus) (billet publié en janvier 2010)

Son auteure, Mary Shelley s’est enfuie en 1814 de chez son père, le philosophe anarchiste William Godwin, avec un ami de celui-ci, le poète Percy Bysshe Shelley.  Elle avait seize ans.

C’est en 1816 que naîtra la trame initiale du roman.  Le couple Mary et Percy Shelley résidait avec des amis (dont le poète Byron qui était l’amant de Claire Clairmont, la demi-sœur de Mary) dans une villa sur le bord du lac Léman.  Il y pleuvait comme au Québec l’été dernier.  Byron proposa alors à ses compagnons d’infortune un exercice littéraire : chacun allait écrire une histoire de fantôme. Byron produisit un scénario fragmentaire dont Polidori s’inspirera pour écrire The Vampyre, ce roman à l’origine du genre qui nous donnera Dracula. Percy Shelley écrivit une historiette dont il se désintéressa rapidement.

Mary, quant à elle, se trouva incapable de créer quoi que ce soit. Mais quelques jours plus tard, entre le 10 et le 16 juin 1816,  la lecture du roman Vathekde William Beckford et une bonne dose d’opium suscitèrent chez elle  un cauchemar : elle y eut la vision de « l’étudiant pâle penché sur la chose qu’il avait animée ».

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Mary Shelley

Le 10 décembre 1816, Harriet, l’épouse de Shelley, enceinte, allait se suicider  après que mari lui eut proposé de vivre en ménage à trois. Le 30 décembre de la même année, le poète Shelley et Mary (qui avaient de la suite dans les idées…) se marieront.  C’est sous ce nouveau nom de Shelley que Mary terminera Frankenstein au printemps 1817. Elle le fera publier anonymement au début de janvier 1818.

Les significations qui se dégagent du roman sont multiples.  Les psychologues des profondeurs, les métaphysiciens, les futurologues et autres bibittes y ont puisé et l’ont interprété allégrement.

L’intrigue nous présente un riche et jeune médecin qui se veut démiurge.  À partir d’un cadavre qu’il ranimera, grâce aux forces de l’éther qu’un orage déchaîne, il créera un humain ou un semblant d’humain.  Rapidement, ce monstre intelligent, mais sans âme, échappera à son concepteur, observera l’humanité, aimera, détestera, commettra des forfaits, et on le pourchassera jusque dans les glaces de l’Arctique.

Ce roman m’a toujours fasciné de par les rapprochements que l’on peut établir entre les souffrances du monstre et celles de l’humain conscient.  Dans Propos pour Jacob (essai – à paraître), j’ai jeté sur le papier, à ce, sujet ces quelques lignes :

«Le monstre de Frankenstein énonce : « Vous vivez et ma puissance est complète. Suivez-moi ; je cherche les glaces éternelles du Nord, où vous souffrirez du froid auquel je suis indifférent. [1] »

« Le monstre se goure. Il ne souffrira pas du froid ; il souffrira de ne pas être né humain. Et c’est une souffrance beaucoup plus terrible pour quiconque a pu entrevoir ce qu’être homme ou femme signifie.

« Mary Shelley nous a enfanté un jumeau d’ombre, un faire-valoir métaphysique, une image cauchemardesque de ce que nous pouvons devenir si nous nous oublions. Ce monstre aux yeux jaunes d’épouvante, qui erre sans boussole dans les déserts durs et glacés de l’Arctique, est assez humain pour souffrir, connaître le désespoir d’une conscience réfléchie, ne pouvoir jouir de la paix euphorique des animaux, mais pas suffisamment humain pour recevoir, au fond de son abîme, l’espoir divin qui console. Solitude absolue d’un être amputé, aliéné, monstrueux, qui aurait dû demeurer fictif, qui n’aurait jamais dû s’évader de l’univers clair-obscur d’un roman gothique, mais que la pensée quantitative triomphante s’apprête à décalquer à des milliards d’exemplaires.

« Demeurons ses jumeaux de lumière. »chat qui louche maykan alain gagnon francophonie


[1] Mary Shelley, Frankenstein ou Le Prométhée  moderne, Paris, Les Éditions du Rocher, 1988, p. 229.


La Fontaine et la grenouille, par Alain Gagnon…

2 janvier 2015

Jean de La Fontaine…

Le fabuliste est né à Château-Thierry le 8 juillet 1621.

Son père était maître des Eaux et Forêts et Capitaine des Chasses.

Jean étudia au collège de Château-Thierry jusqu’en troisième. Il y apprit surtout le latin, mais, soit par négligence, soit par paresse, ne s’intéressa pas au grec. Il chat qui louche maykan alain gagnon francophoniele regrettera lorsqu’il aura besoin de certains textes grecs dont il ne pourra lire que les traductions latines.

En 1641, il entre à l’Oratoire, rue St Honoré, à Paris. Mais la vie monacale ne l’intéresse pas plus que le travail scolaire. De cette école, il apprécie  le calme et la tranquillité qui lui permettent de s’adonner à la lecture. Ses lectures n’étaient pas de celles recommandées par l’Oratoire. Il quitte cet établissement 18 mois plus tard.  Il reprend alors à ses études de droit et décroche, en 1649, un diplôme d’avocat au parlement de Paris. Entre temps, en 1647, son père le marie à Marie Héricart, alors âgée de 14 ans (1647). Mais ce mariage de complaisance n’est pas un mariage heureux. Il ne fut jamais ni un bon mari, ni un bon père.

En 1652, La Fontaine reprend la charge paternelle de Maître des Eaux et Forêts. Il tente du mieux qu’il peut d’exercer cette lourde tâche. On retrouve sa signature jusqu’en 1671 sur certains écrits du canton de Château-Thierry. En 1672, il vendra cette charge.

Lorsque son travail lui en laisse le temps, il monte à Paris rencontrer ses amis. Là, il se mêle aux sociétés précieuses et surtout libertines de l’époque. Il y rencontre Maucroix son ami d’enfance, Furetière, les frères Tallemant, Antoine de la Sablière. Sa vocation poétique s’éveille  Il passe de longues heures à lire Malherbe mais admire aussi les écrits de Benserade et Voiture, Rabelais et Boccace.

Il entre à cette époque au service du surintendant Fouquet. Au moment de la chute de Fouquet, La Fontaine reste son plus fidèle défenseur.  Cette fidélité  lui vaudra la haine de Colbert, puis celle de Louis XIV.

Il se liera intimement avec Molière, Boileau, Racine…

En 1684, il est élu, non sans mal à l’Académie, au fauteuil de Colbert. Il sera un excellent académicien, assidu aux séances. Dans la Querelle des Anciens et des Modernes, il se range résolument dans le clan des anciens qu’il défend avec acharnement. À l’Académie, il retrouve Boileau, Perrault, Furetière.

La vieillesse et la maladie amèneront sa conversion (1692). Il sera obligé de renier ses écrits licencieux. Il mourra en 1695.

La Fontaine a pratiqué tous les genres.  Toutefois, ses fables, au nombre de 243, demeurent son chef d’œuvre. Certains considèrent la Fontaine comme un copieur qui n’a rien inventé, mais il est certain que sans sa contribution, les noms d’Ésope et de Phèdre, entre autres, n’auraient pas le retentissement qu’ils ont maintenant. La Fontaine s’est peut-être inspiré de fables anciennes, mais il les a considérablement améliorées et écrites dans une langue belle et simple. La fable n’est plus la sèche démonstration d’une morale. C’est un court récit à l’intrigue rapide et vive. La souplesse et le naturel du style sont en réalité le fruit d’un grand travail où le poète a manifesté sa parfaite maitrise de la langue et du vers.

Sensuel et aimant les chastes bergeries, volage et célébrant la fidélité, courtisan mais ayant le culte de l’amitié, sa vie est l’image même de la variété de son oeuvre, qui unit l’art et le naturel. (Inspiré du site de la famille Vidaud : http://www.jdlf.com/jeandelafontaine.)

Un de ses fables les plus célèbres :

La grenouille qui voulut se faire aussi grosse que le boeuf

Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,chat qui louche maykan alain gagnon francophonie
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : « Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
– Nenni. – M’y voici donc ? – Point du tout. – M’y voilà ?
– Vous n’en approchez point. ». La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

 


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