L’épouse de Socrate…

 Abécédaire sur Alice et quelques autres objets du devenir…

Xanthippe — L’épouse de Socrate, à qui l’on ne donne pas le beau rôle, lui était probablement aussi nécessaire que son démon.  Elle lui demandait de sortir acheter des poissons au marché : un jour, deux jours, trois jours passaient…  Le vieux baragouineur s’était volontairement égaré dans les ruelles d’Athènes.

À la maison, les enfants pleuraient.  On avait faim.

Xanthippe partait à sa recherche, furibonde, et le découvrait, devisant avec quelques jeunes hommes dans une taverne, lorsqu’il n’était pas carrément en train d’enguirlander, de façon subtile, un riche concitoyen qui, tôt ou tard, allait lui faire boire la ciguë.  Assez pour transformer la plus aimante épouse en harpie.

Quelles dégelées, elle a dû lui servir !  Quelles avalanches d’insultes bien aiguisées, comme seules les Méditerranéennes savent en asséner !

Xanthippe et Socrate : Yin et Yang ; Principe de Réalité et Principe de Plaisir.  La femme, par sa biologie, par ses maternités réelles ou potentielles, est peut-être plus près des réalités immédiates, du nécessaire quotidien que l’homme.  Mais, femmes comme hommes, tout humain porte en lui sa propre Xanthippe : son cerveau.  Son cerveau de chair, de neurones, de synapses, qui, comme l’explique Jung, dans son long commentaire sur le Thibetan Book of the Great Liberation, serait plus filtre de la Conscience universelle que producteur de conscience – contrairement à ce que croient les matérialistes.

Pourquoi ce cerveau-filtre ?  Ce cerveau-tamiseur ?  Cet occulteur ?  Ce réducteur de joie orgasmique ?  Cet empêcheur de tourner en rond, de valser gaiement avec ce monde que nous projetons, et sur lequel nous nous projetons ?  Pour notre survie dans le temps, qui fournit des occasions, bien ou mal vécues, d’individuation.

Si notre vie n’était que contemplation extatique des jeux protéiformes de la Conscience, nous nous refuserions à toute contrainte, à ces humbles et répétitives occupations que nécessite, jour après jour, notre survie biologique, nous vouant ainsi à une mort certaine – comme individus et comme espèce.  Nous serions alors privés de toute possibilité d’apprendre par la réussite et l’échec, d’élaborer des projets, de nous rêver, de nous construire, et de construire, conjointement avec cet esprit divin qui nous habite, cette âme, ce véhicule indispensable à notre voyage ultérieur vers l’Éternel, vers l’Absolu.

(Rapprochement à faire ici entre le cerveau-filtre et Ulysse qui, dans l’Odyssée, boute littéralement ses compagnons hors de l’Île des mangeurs de lotos, plante qui provoque l’oubli.  S’ils se laissent prendre au piège, l’espoir le plus infime de revoir Ithaque sera anéanti.)

Rien du manifesté ne pourra jamais étancher notre soif.  Donc, à chacun et à chacune, son cerveau, sa Xanthippe nécessaire.  Qu’elle soit bénie pour les tourments, privations, objurgations qu’elle nous inflige.  Elle nous conserve sur la Voie, à demi-éveillés, à demi-vigilants, pour la construction de cette nef d’or et d’onyx dont déjà les voiles se gonflent.

Xanthippe, bien aimée sorcière, continue à gueuler dans les ruelles d’Athènes !

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