Une nouvelle d’Annie la Silencieuse…

Miroir, miroir…

 alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québec

Annie

Je déteste les miroirs.

Je les déteste.  Le reflet qu’ils me renvoient n’est jamais  tout à fait moi.  Je m’observe et j’ai l’impression que quelqu’un ou quelque chose m’observe en retour, mais que ce n’est pas moi.  Lorsque je passe devant l’un de ces miroirs, j’ai l’impression qu’une ombre invisible me suit, bien au-delà de la surface miroitante.  Je ne m’y attarde pas, croyez-moi !

Des miroirs, dans ma nouvelle demeure, il y en a partout.

De l’immense miroir de la salle de bain au miroir de l’entrée, et des portes miroirs gigantesques dans le bureau   à celle dans la chambre à coucher.  Cette dernière  fait face à la fenêtre.  Dans sa glace, j’y aperçois  la fenêtre  sombre dont le  pourtour est illuminé par la lumière extérieure. La nuit, dans la  nuit noire, je dors du côté de la porte miroir, mais ce n’est pas moi que j’y vois.

La nuit, les miroirs semblent refléter à retardement les images qui leur sont présentées.

Lorsque le sommeil me prend, que je m’assoupis, les yeux clos, je sombre doucement dans les limbes doucereux, et le monde des rêves m’emporte.    Juste au moment où mon corps s’abandonne, un visage envahit mes pensées.

Un visage émergeant du miroir.

Il m’assaille, m’attaque mentalement.  Ses longues dents difformes, sa bouche ouverte, gorgée de sang rouge, noir, sombre, sale….  Son teint  alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, québecblafard et ses yeux,  leurs orbites vides, ces trous noirs….  Il semble crier, hurler.  Vouloir me mordre, me dévorer.

Il semble vouloir s’échapper  du miroir.

Et moi, je fige, éveillée et endormie à la fois ; je fige, ne bouge pas.  Transie de peur, dans mon lit, dans le noir.  Je ne vois que ce visage qui prend toute la place dans mon esprit.  Je ne sais ni ce qu’il veut ni ce qu’il est, mais un seul mot me vient en tête : un démon ! Un démon dans le noir.

Un démon dans le miroir.

Puis, à bout de terreur, j’ouvre les yeux, aperçois  le miroir.  Je vois le miroir et l’image imprimée sur le tain, fade empreinte du passage du démon.  Je cligne des yeux, une, deux, trois fois… Le démon disparaît !  Mais la nuit prochaine et les suivantes, il  reviendra.

Je déteste les miroirs.  Auparavant,  je n’avais pas de raisons de les haïr à ce point.    Maintenant, oui !

(Montréalaise dans la trentaine débutante, Anne se perd dans l’écriture pour ne pas perdre la tête.  Elle  a passé sa vie à s’écrire des histoires, pour modifier sa réalité cruelle.  Elle erre sous un pseudonyme qui en dit long et se sert impunément des mots pour vivre, dans son monde de silence.  Vous pouvez l’appeler La Silencieuse ou tout simplement Annie.)

 

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