Chronique de Porto, par Clémence Tombereau…

Image qui tue

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecIl colle des images sur les paquets de cigarettes. Bien choisies, bien choc. Comme ça, chaque fois qu’un fumeur succombera à son vice, il aura sous les yeux les risques encourus. Ça fait froid dans le dos.
Depuis qu’il a eu cette idée, il y a un problème : il est submergé de commandes.
Tout le monde veut son image-choc. Un peu à la manière des collectors Panini de notre enfance. On s’échange un cadavre contre des poumons pourris.
Tout le monde veut son image-choc. Le poids des mots, c’est dépassé. Ici-bas ce qu’on veut c’est le choc des photos. La punition par l’exemple. Oh oui! Responsabilisez-nous ! Nous sommes tellement…

Fumer tue. OK.
Cette campagne, c’est surtout pour sensibiliser les jeunes. OK.
Le problème avec les jeunes: plus on les sensibilise, moins ils sont sensibles. Autre problème des jeunes : ils n’ont pas peur de la mort. Parce qu’ils sont jeunes. Parce que pour eux le temps ne passe pas de la même manière (une journée de cours est très longue, croyez-les). Parce que dans leur petite tête, la mort c’est un truc de vieux – voire de vieux cons.

Alors il colle des images.
Alors il croule sous les demandes et ne sait plus quoi faire.
Sur chaque produit fabriqué par nos belles sociétés, il lui faut désormais coller une mort lente et douloureuse. La mort rapide et agréable, ça chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecvend moins.
La bouffe. Un enfant obèse et malheureux sur les paquets de biscuits.
L’alcool. Un foie pourri.
La voiture. Une carcasse de véhicule cramé – si possible avec cadavre d’enfant à côté. Pour bien montrer le danger.
Les chaussures en cuir. Des animaux morts.
La télévision : une trépanation de cerveau (quoique, ça, l’abrutissement par la télé, ça tue pas hein, ça rend juste un peu con).
Etc.
Ainsi on finira bien par ne bouffer que des images.
Viendra le problème.
Coller sur l’air que l’on respire des images-chocs.
Comme ça tout le monde arrêtera. De respirer.
Problème réglé.

Notice biographique

Clémence Tombereau est née  à Nîmes en 1978. Après des études de lettres classiques, elle a enseigné le français en lycée pendant cinq ans.  Elle vit désormais à Porto au Portugal.  Finaliste du prix Hemingway en 2005, lauréate cette année du concours littéraire organisé par le blogue Vivre à Porto, elle a contribué à la revue littéraire Rougedéclic (numéro2) et elle nourrit régulièrement un blogue que vous auriez intérêt à visiter : le Clémence Dumper : http://clemencedumper.blogspot.com/

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One Response to Chronique de Porto, par Clémence Tombereau…

  1. Jean-Marc Ouellet dit :

    Intéressant texte, ironique, mais débordant de vérités.

    Malheureusement, il y a des sourds, et des illettrés, des gens qui ne comprennent qu’avec leurs yeux. Les publicitaires ont compris le principes. Pourtant, combien de cancéreux m’ont dit à leur visite pré-opératoire qu’ils avaient compris, qu’ils ne fumeraient plus. La vie, parfois, est plus forte que l’image. Mais hélas, trop souvent, trop tard.

    Jean-Marc O.

    J’aime

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