Mon corps me lâche, un texte de Francesca Tremblay…

(C’est avec plaisir que nous présentons ce texte puissant dans sa simplicité de Francesca Tremblay.  AG)

On a tous ressenti un jour le besoin de s’isoler, de se retrouver seul pour diverses raisons.  Prendre le temps de se alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecrecueillir pour retrouver la fibre réelle de l’être qui se cache en nous.  Vous est-il déjà arrivé d’apprendre une nouvelle qui vous a secoué à un point tel que votre forteresse en fut tout ébranlée ?  Il y en qui jamais ne vivront ce moment et d’autres qui en vivent presque chaque jour.  Maladie, deuil, rupture, dépression…  Écrire un petit journal de bord, un journal intime permet de prendre du recul face aux événements et aussi face à notre perception de la vie.  Il y a des jours où le moindre obstacle semble insurmontable et pourtant, pourtant…

 J’ai écrit ce texte il y a peu de temps, en hommage à tous ceux qui un jour, ont été frappés par l’annonce d’une nouvelle qui déconcerte, qui fait mal à l’âme et au cœur.  Aux amis que j’ai perdus et à ceux et celles qui continuent de se battre, je le dédie.

 Mon corps me lâche

Mon corps est une corde de violon

Qui se tend et se rompt

Plus aucune musique, plus un son

Il a cessé de chanter la chanson

Du cœur qui battait folichon

 

Mon corps est une touche de piano

Qui s’enfonce et remonte

Le son n’est plus qu’écho

Quand à la dernière seconde

Mon corps s’écroule et tombe

 

 Il y a une semaine, j’ai reçu une nouvelle qui ne m’a fait ni chaud ni froid sur le coup.  J’ai encaissé comme j’ai toujours appris à le faire.  Encaisse, ma grande, et on verra ensuite…  Mais quand je suis sortie du bureau du médecin, mes jambes, mes bras… tout mon corps s’est mis à trembler.  Trembler comme les feuilles séchées au grand vent d’automne.  J’ai tremblé comme si le froid me prenait toute la chaleur de mon cœur et y mettait un bloc de glace à la place.  J’ai tremblé et je t’ai regardé dans les yeux.  Tu m’as demandé si j’étais sûre de bien aller.  On répond toujours oui.  J’ai répondu oui, mais non, ça n’allait pas.

Nous sommes rentrés à la maison.  Tu m’as fait couler un bain chaud.  J’ai fermé la porte.  J’avais besoin d’intimité.  On m’avait fouillé tout le corps au grand complet pour trouver la raison de mes maux.  On avait mes os sur des photos monochromes, souvenirs de voyages d’hôpital, et je me sentais nue, au grand jour de cette lumière diaphane qui éclairait enfin ma lanterne.  Un jour, je savais que je finirais par avoir un « bobo » qui serait inguérissable, incurable.  Jamais malade.  Jamais, depuis mes jeunes années de lycéenne, je n’ai eu une journée d’absence, et aujourd’hui, tout bascule.  Je me sens nue.  C’est bien vrai, je ne suis qu’une petite poussière, un grain de sable dans l’engrenage.  J’enlève mes vêtements et je tremble encore.  Mes lunettes tombent et tu t’inquiètes derrière la porte.  « Ça va… », que je te répète.  Ma voix vacille.  Elle est moins assurée qu’elle veut le faire croire.  Il ne faut plus que je parle sinon, je vais me mettre à pleurer, je le sais.  Je te déteste de t’inquiéter.  Incertain, tu soupires, et tes pas s’éloignent.

Un pied dans l’eau chaude.  Si seulement elle pouvait tout laver.  Elle me brûle, mais j’ai besoin de cette douleur pour me sentir encore en vie.  Me punir de cette faiblesse que je ne peux contrôler.  Reconnaître cette sensation pour me dire que tout ne change pas vraiment.  L’eau me submerge et je ferme les yeux.  Derrière mes paupières closes, je vois des taches.  Mon « psy » me demanderait avec cette voie posée : « Que voyez-vous dans ces images ?  Est-ce une impression de bienfaisance ?  Ou éprouvez-vous de la peur face à ces taches ? »

J’ai un haut-le-cœur et je prends une profonde inspiration.  Je descends mon corps jusqu’à ce que l’eau recouvre ma tête.  Je t’entends sortir des chaudrons pour le souper.  Tes gestes résonnent dans l’eau du bain comme un écho lointain du quotidien qui ne sera plus jamais le même.  Les taches réapparaissent derrière mes paupières et je crierais à mon « psy » que ce n’est pas de la peur que je ressens, mais de la colère.  Je lui dirais que ces taches ne sont pas juste  derrière mes paupières, mais dans tout mon corps, aussi.  Elles se sont vicieusement infiltrées dans mes organes vitaux pendant qu’innocemment, je m’entraînais, pendant que je me nourrissais sainement et pendant mes cours de méditation que je suis ponctuellement depuis des années.  Ces taches grandissaient et se sustentaient de mes tissus pendant que je ne sortais pas le soir alors que je travaillais, pendant que je ne fumais pas parce que je n’ai jamais fumé de ma vie !  Chiennes de taches qui me pourrissent la vie et le dedans, comme si j’avais été la pire des dépravées.  Comme si je m’étais traînée dans la boue toute ma vie, sans tenir compte des conseils des autres.  Les conseils, c’est toujours moi qui les ai donnés…

Je n’ai plus d’air dans les poumons et je sors ma tête pour prendre à grande bouffée cet air chaud et humide qui circule dans la salle de bain.  Mes larmes s’ajouteront à l’eau du bain, et je le sais parce qu’elles me brûlent bien plus que je ne l’aurais pensé.  Et le médecin qui de la pointe de son stylo prenait la peine de me désigner les métastases sur le rayon X…

Je lui ai souri et je lui ai dit : « On m’a toujours dit que j’avais du chien…  Vous ne trouvez pas que ça fait un peu dalmatien tous ces points ? »

 Jouer la comédie, ça n’a jamais été mon fort.  J’avais la chienne…

Toi, tu avais l’air tellement triste.  Comme si la nouvelle t’avait touché bien plus que moi.  Mais je cachais ma douleur.  J’avais mal.  Mais tu espérais quoi ?  Que je pleure ?  Que je dise que je m’en doutais, qu’il fallait bien que ça arrive un jour ?  Je n’ai pas osé te regarder.  Tu m’aurais fait flancher.

Tu cognes à la porte, mais je ne veux plus jamais sortir du bain.  Je me sens tellement lourde.  Comme un poids mort.  Le souper est prêt, mais je ne le suis pas, moi.  Tu pourras peut-être m’aider, tu me supplieras, je m’en doute.  Mais c’est une guerre que je dois d’affronter seule.  Le combat est à l’intérieur de moi et l’ennemi est une partie de moi qui a déclenché une mutinerie.  Toi, mon beau pays allié, je te demande de ne pas trop t’inquiéter.  Il faudra me battre seule, mais ton soutien me réconfortera comme le vent chaud, un soir d’été.  J’aurai besoin de ta tendresse et de ton affection pour me donner le courage de continuer, même si l’ennemi a gagné plus de terrain qu’il n’aurait dû.  Je t’aime.  Je vais me battre, parce que c’est ce que j’ai fait toute ma vie et que je ne vois pas d’autre manière de continuer.  Je vais me battre, même si mon corps me lâche.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

 En 2012, Francesca Tremblay quittait son poste à la Police militaire pour se consacrer à temps plein à la création – alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecpoésie, littérature populaire et illustration de ses ouvrages.  Dans la même année, elle fonde Publications Saguenay et devient la présidente de ce service d’aide à l’autoédition, qui a comme mission de conseiller les gens qui désirent autopublier leur livre.  À ce titre, elle remporte le premier prix du concours québécois en Entrepreneuriat du Saguenay–Lac-Saint-Jean, volet Création d’entreprises.  Elle participe à des lectures publiques et anime des rencontres littéraires.

 Cette jeune femme a à son actif un recueil de poésie intitulé Dans un cadeau (2011), ainsi que deux romans jeunesse : Le médaillon ensorcelé et La quête d’Éléanore qui constituent les tomes 1 et 2 d’une trilogie : Le secret du livre enchantéAu printemps 2013, paraîtra le troisième tome, La statue de pierre.  Plusieurs autres projets d’écriture sont en chantier, dont un recueil de poèmes et de nouvelles.

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