Superstitieux, moi ! par Jean-Marc Ouellet…

Billet de Québec

 Croyez-vous aux présages, aux signes prémonitoires ? Vendredi prochain, le treize, vous encabanerez-vous ? Évitez-vous de passer sous une échelle, ou portez-vous votre petit lapin en peluche le jour d’une entrevue, d’un examen ? Moi ? Pas du tout.

Les superstitions sont des désuétudes du passé, tracées par les mythes et les légendes. Dans l’Antiquité, le nombre 13 représentait une rupture dans l’univers. Déjà, àchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec cette époque, il présageait le néfaste. Dans les mythologies païennes et religieuses, l’intérieur du triangle formait un espace maudit. Pensez au triangle des Bermudes. L’échelle ouverte forme un triangle, de quoi vous projetez dans une autre dimension si vous en violez l’espace ?

Le sel est précieux, sacré chez certains peuples. Il conserve les aliments, il est présent dans l’eau de la mer et le liquide amniotique, nid de l’homme. Le sel ferait fuir les mauvais esprits. Il devrait être déposé le premier sur la table, et retiré le dernier. Renverser la salière signerait le malheur. Judas, le 13e apôtre, aurait, il paraît, commis cette gaucherie lors de La Cène. Vous savez où la maladresse nous a conduits.

Dans Jack Tier, l’écrivain américain de la fin du 18e siècle, James Fenimore Cooper, écrivait : « L’ignorance et la superstition ont toujours un rapport étroit et même mathématique entre elles. » Or, la superstition n’est pas l’apanage de l’ignorant. « Tous ceux qui se moquent des augures n’ont pas toujours plus d’esprit que ceux qui y croient. », répliquait Luc de Clapiers, marquis de Vaunenargues, soldat, écrivain et essayiste français, lui aussi du 18e siècle.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecEt entre vous et moi, êtres raisonnables, pourquoi le trèfle à quatre feuilles et l’étoile filante seraient des porte-bonheur alors que croiser un chat noir ou ouvrir un parapluie sous un toit apporterait le malheur ? Honnêtement !?

Pourtant, chacun a sa modeste superstition personnelle, bénigne, parfois un fétiche qu’on bécote aux bons moments, qu’on serre aux difficiles, un don d’un être cher, ou obtenu dans des circonstances particulières. Tantôt, il s’agit de hasards qui se répètent, qu’on attribue à un signe. « La superstition est l’art de se mettre en règle avec les coïncidences. », disait Jean Cocteau. Moi, j’aime le nombre onze. Souvent, dans ma carrière, après m’être reposé après une nuit de garde, je me suis réveillé en fin d’avant-midi et, consultant mon réveille-matin, 11 h 11 était affichée. Ça vaut bien un café pour se réveiller. Sans doute que je n’ai pas porté attention aux autres fois, lorsqu’il était 9 h 53, 10 h 45, 12 h 37… Évidemment, le fait que ma mère soit née un 11 décembre et que moi-même, je sois né un 11 septembre, contribue à ma propension à y voir un signe du destin. Mais je ne suis pas superstitieux.

L’homme désire, et imagine. Les signes et les présages réconfortent les désirs. Et comme nous sommes anxieux par nature, ou par omission, ils nous rassurent, nous chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecportent chance. Avouons aussi que la vérité est compliquée et demande de l’effort. Pas les superstitions. Pourquoi s’arrêter à une théorie compliquée quand l’horoscope offre les réponses ?

Et les superstitions ne portent pas à conséquence, à moins qu’elles nous empêchent de donner le meilleur de nous-mêmes. Dans Jets d’encre, Paul Carvel écrit : « La superstition porte malheur. » Les superstitions maladives altèrent l’objectivité, portent à la paranoïa envers les faits passés et à venir, produisent de l’angoisse, ou de la panique, des symptômes de la psychose. Alors, si vous connaissez quelqu’un qui pleure, hurle, houspille, étend du sel partout et se cache sous le matelas pour un miroir brisé, contactez-moi. Je connais des psys.

Et pour mon cas, ne craignez rien. Je ne suis pas superstitieux. Mais je croise les doigts.

© Jean-Marc Ouellet 2012

Notice biographique :

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

Advertisements

2 Responses to Superstitieux, moi ! par Jean-Marc Ouellet…

  1. Anonyme dit :

    Cher Jean-Marc,
    Je n’aurais pas du passer sous cette échelle. Je le savais. Vous m’avez chipé mon sujet de chronique et en plus, il vous va trés bien. Je vais être obligée de mettre du sucre à la place du sel dans mon jambon de Pâques pour que ressuscite une bonne nouvelle, une autre idée inspirante. Je croise les doigts!
    Bonne journée.
    Sophie

    J’aime

  2. Jean-Marc Ouellet dit :

    Ô, je m’excuse, chère Sophie. Ce « chipement » fut bien involontaire. J’aimerais tant vous lire sur le sujet. Mon humble texte ne prétend surtout pas tout dire, bien au contraire. La fraîcheur de votre prose lui irait si bien. Et vous savez, 1 et 1 ne font-ils pas…11.

    Au plaisir de vous lire.

    Jean-Marc O.

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :