La fleur de feu et le chasseur en piqué, par Alain Gagnon…

Chronique d’un été

Après-midi magnifique.  En route vers Sagard.  À quelques kilomètres de Saint-Félix d’Otis, tout prèsHieracium_aurantiacum_Sturm60 d’un de ces petits lacs dont j’ignore le nom, des flammes orangées attirent mon attention.  Ma curiosité envers tout ce qui est faune et flore le long du chemin a déjà failli me coûter cher.  On ne peut à la fois conduire convenablement et observer la nature – à éviter comme la peste !…   Depuis, je m’arrête et stationne en toute sécurité au lieu de compromettre ma vie et celle des autres.

Elles se tiennent à la lisière de la forêt, véritable garde d’honneur.  De la famille des marguerites et des pissenlits, on les appelle épervières orangées, mais elles me sont toujours apparues davantage de couleur feu que jaunes.  Elles éclatent, foudres minuscules, contre la chlorophylle émeraude de juillet.  Juchées sur des tiges d’environ 45 cm, au-dessus de larges feuilles basales, cette très mauvaise herbe, détestée des agriculteurs, fleurit en abondance de mai à août, et orne nos champs et les bordures de route de véritables bijoux.  Si on la voyait dans un documentaire à la télévision, on se dirait : « Que ce pays a de la chance d’avoir de si belles fleurs ! » Mais, ici, on la remarque à peine, car on en trouve partout.  Il y en a trop.  Vous en trouverez même sur vos terrains de ville, le long des solages, si, paresseux comme je le suis, vous attendez toujours un matin pluvieux pour sortir les outils à sarcler…

téléchargementJ’observais donc ces amies rougeâtres lorsque mon œil capte, au-dessus d’un petit lac circulaire, des mouvements d’ailes saccadés : dans le soleil de juillet, un oiseau fait de la voltige, à une quinzaine de mètres de la surface, avant de se laisser choir, flèche d’argent, au sein des eaux sombres qui reflètent la végétation des rives.  Un martin-pêcheur en action…  Un de nos oiseaux les plus faciles à identifier.  Un peu plus gros qu’un merle américain, dos bleu, ventre blanchâtre, pattes courtes, bec plutôt allongé et pointu, et surtout, cette épaisse huppe en désordre, tout ébouriffée, du type lendemain de la veille.  On l’aperçoit parfois sur des fils téléphoniques, mais la plupart du temps, il se tient près d’un cours d’eau.  Immobile sur une branche sèche, à proximité du terrier creusé à même les berges où il niche, il attend pendant des heures sa proie – vairon ou ouitouche – sur laquelle il fondra dans un éclaboussement irisé.

Son plumage pourrait, éventuellement, lui obtenir des prix de beauté ; mais son cri de crécelle rauque lui accorde autant de probabilités qu’au butor de se classer parmi les finalistes d’un concours de chant…  Il n’a rien d’un pinson !

Été, automne, hiver ou printemps, ce monde est plein de merveilles gratuites ; suffit de bien ouvrir les yeux et de penser à regarder…

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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