Quoi ! Pardonner ? par Jean-Marc Ouellet…

Billet de Québec

Récemment, dans une quelconque prison, une mère enlaçait le tueur de son fils. Elle lui pardonnait. Il pleurait.

Ô scandale !! On hurla, on injuria la femme. Comment pouvait-elle agir ainsi ? Où était sa dignité ?

Le pardon… qu’en est-il ?

Jadis, au temps des confessionnaux, nous entendions ce mot. Dans la chaire, quelqu’un en parlait – on l’écoutait parfois. Aujourd’hui, alors que nous ignorons où sealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec cache l’église la plus près, ce mot paraît étrange, obsolète. En ces temps troubles, le pardon nous apparaît hors du temps, presque une tare. « Il faut pardonner à ses ennemis, mais pas avant de les avoir vus pendus. » écrivait Heinrich Heine dans Pensées. Depuis toujours, on se méfie du pardon.

Or, sans pardon, c’est la vengeance. Tu m’as fait mal, c’est à ton tour. C’est la loi du Talion, de l’œil pour œil. La vengeance engendre la violence, et de plus en plus de violence. Entre deux personnes, entre les familles, entre les peuples. Sans pardon, sans même connaître l’incident initial, pendant des siècles, des peuples s’entretuent.

Il est vrai que nous ne nous vengeons pas toujours, mais nous évitons l’autre, nous le rejetons par une attitude négative, une vengeance subtile, passive : le ressentiment, une mascarade de justice, pour notre amour-propre. Or, la blessure ne guérit pas, elle s’infecte, et se répand à tous les aspects de la vie.

Pardonner, ce n’est pas oublier. Honoré de Balzac écrivait : « On peut pardonner, mais oublier, c’est impossible. » On n’oublie pas. Le mal est fait, ce qui est perdu est perdu, on s’en souviendra, mais après le pardon, la cicatrice ne fait plus mal.

Le pardon n’est pas l’excuse. Excuser, c’est expliquer le mal, trouver une raison pour les actes de l’offenseur, comme s’il n’était pas responsable. Tu accroches un autre qui arrive de l’arrière, tu t’excuses. On excuse l’involontaire, pas la faute volontaire. Aucune circonstance atténuante. Il faut le pardon, aucune justice là-dedans.

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec« S’abstenir de punir n’est pardon que quand il existe le pouvoir de punir. » disait Gandhi. On pourrait se venger, on décide de pardonner. L’auteure américaine, Lurlene McDaniel, écrivait : « Le pardon est un choix que tu fais, un cadeau que tu donnes à quelqu’un même s’il ne le mérite pas. Cela ne coûte rien, mais tu te sens riche une fois que tu l’as donné. » Le pardon détourne les pulsions de vengeance, il apaise la colère initiale, libère de la haine en soi, de cette haine qui gruge l’existence, et mène à la paix intérieure.

« Notre vengeance sera le pardon. » écrivait l’auteur et politicien nicaraguayen, Tomás Borge. S’obstiner à haïr donne raison au bourreau, lui accorde du pouvoir sur nos émotions, sur notre vie. La vengeance nous rabaisse à son niveau, alors que le pardon fait éclater son pouvoir, transcende la haine envers l’autre, lui démontre que notre existence plane au-dessus de lui. « L’homme qui pardonne à son ennemi en lui faisant du bien ressemble à l’encens qui embaume le feu qui le consume. » dit un proverbe indien.

Le pardon est un acte d’amour. Il ne dissout rien des conséquences de la faute, mais enferme le fiel dans un tiroir verrouillé et ouvre la porte à une relation humaine nouvelle, à la vie. Le pardon, c’est l’amour pour l’être dans l’offenseur, c’est reconnaître les limites de l’homme dans l’autre, la faute et ses causes y étant liées, et absoudre l’être.

Le pardon engage l’entièreté de ce que nous sommes. Il demande un effort du cœur, de l’intelligence, des émotions. Sans une bonne dose d’humilité, sans refroidir son égo et se résoudre à se croire humain, égal à l’autre. Impossible de pardonner. Et ça prend de la patience. Le pardon prend du temps, ne se fait pas sur un coup de tête. Le pus doit sortir à son rythme.

Enfin, l’aspect le plus important, peut-être, il nécessite la confrontation de l’offenseur et de la victime. Un être devant l’autre. Pas d’accord, rien à comprendre. Seulement pardonner.

Aujourd’hui impossible ?

Citations dans Evene.

Notice biographique :

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

© Jean-Marc Ouellet 2012

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4 Responses to Quoi ! Pardonner ? par Jean-Marc Ouellet…

  1. Anonyme dit :

    Vos propos sont si justes; ils ensoleillent mon petit matin…Merci.

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  2. jacques girard dit :

    Avec du retard, j’ai lu ton texte sur le pardon. Enfant et adolescent, j’ai été humilié par des personnes précises. Quand le moment s’est présenté, impossible d’oublier et de pardonner. Je me suis vengé Jean-Marc. L’écriture m’a bien servi dans cet exercice de méchanceté. Encore aujourd’hui, même mortes, je n’ai pas été capable de faire l’exercice dont tu parles si bien envers ces bourreaux d’une partie de ma vie. La lecture de ton texte m’a cependant fait réfléchir sur l,énergie tant physique que morale investie dans la vengeance. Vais-je me pardonner? Mes salutations Jean-Marc, Jacques.

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    • Jean-Marc Ouellet dit :

      Ton témoignage m’est précieux, Jacques. La vengeance n’arrange rien. Pourtant, personne n’y échappe, elle est humaine. Et nous traînons ses effets jusqu’au pardon, ou la mort. Le pardon le plus grand? Peut-être celui qu’on se donne à soi-même.

      Amitiés, Jacques.

      Jean-Marc.

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