Poésie, orgasmisme et verbe, par Alain Gagnon…

Dires et redires…

Tous les textes à prétention poétique oscillent entre ces pôles. D’une part, le langage éminemment personnel, langage pour soi de l’écrivant : idiomealain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québec qui relève de cette conversation intérieure entre la mémoire, le rêve et les mots appris de la communauté, puis conversation transmutée par l’imaginaire volitif en un réseau de signifiants, où les seules références sont celles du sujet-auteur. D’autre part, le langage communicationnel, qui relève de la langue commune et comble le besoin d’être compris par les autres, d’être intelligible. La poésie est dialectique ou, plutôt, compromis. Je veux exprimer ce qui en moi, dans mon rapport au monde, est inintelligible, y compris (et surtout) pour moi. Pour ce faire, je me dois d’utiliser le bagage linguistique hérité de mon appartenance communautaire, je me dois de placer des mots sur l’innommable, et chaque mot me trahit, et chaque enfilade de mots demeure obscure sous peine de ne rien révéler que ne révélerait mieux la prose.

De l’indicible, il faut dire, se trahir ou se taire. Pour ce, beaucoup de poètes sont devenus fous ; d’autres ont abandonné la poésie après l’adolescence ; beaucoup ont carrément opté pour la prose – quant aux sans-talents, ils n’y comprennent rien et ils continuent, heureux… Les vrais poètes sont des musiciens ratés, qui recherchent la musique et, sans se l’avouer, méprisent la mesquinerie des mots.

(Le chien de Dieu)

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alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecMon petit-fils Jacob m’apparaît balbutier ses premiers mots. On le dit trop jeune. Les grands-pères ont l’oreille très subjective. Ça viendra tôt ou tard. Il déchiquettera le réel de mots. Terminée, la fusion orgasmique : paradis perdu, distanciation du monde. Perte douloureuse, mais nécessaire aux phénomènes de conscience de soi, d’individuation, de prise de contrôle des espaces intérieurs et extérieurs. Certains ne s’en remettront jamais et porteront ce manque jusqu’à la tombe. Les poètes, en quête incessante de cette parole-musique qui ramènerait la chaleur moite et la griserie de l’indifférencié, seraient donc des nourrissons attardés aux limbes ? On en retrouve des deux écoles. Certains poétisent pour s’abêtir dans l’infrarationnel ou régresser au stade fœtal ; d’autres pour découvrir, par le supramental, cette musique qui réconcilie et déploie la conscience aux multiples allées de l’Être.

(Le chien de Dieu)

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecdu Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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2 Responses to Poésie, orgasmisme et verbe, par Alain Gagnon…

  1. brunengo dit :

    quel mot peut le mieux dire ce que j’ai ressenti à la lacture de votre article si ce n’est merci

    J’aime

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