L’Étoile du Nord… Un conte de Noël de Jean-Marc Ouellet…

L’Étoile du Nord

Le froid me pique les joues. Je pleure des glaçons. Le temps s’épaissit, et dans ma peine, je fixe le ciel, si beau, si grand.

Au loin, vers le chalet, une voix, des cris. Tante Huguette m’appelle. Je l’entends, voix lointaine, futile. Excuse-moi, ma Tante. Je n’ai pas le goût de rire, de manger. Pas ce soir.

Sur la neige, je suis. Et je pleure. Un soupir résonne dans ma tête. Je gémis ce qu’il me reste. Rien, il ne me reste rien. Tout m’a été enlevé. Je grince en moi, et nul alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecque moi n’entend. Le froid n’y peut rien.

Regarde, Papa, regarde, Maman. Je lève les bras, je les redescends. J’écarte les jambes et je les ramène. Comme vous me l’avez appris.

Comme vous me manquez ! Tellement. Tellement. Pourquoi êtes-vous partis, pourquoi m’avez-vous abandonnée ? Je n’avais rien fait, et vous m’avez laissée seule, seule au monde. Vous me diriez que j’ai tante Huguette. Vous auriez raison. Elle est gentille, elle fait son possible. Mais ce n’est pas pareil. Plus rien n’est pareil.

Maman, Papa, en partant, vous avez sacrifié ma vie sur l’autel de l’enfance. Je n’ai plus rien. Que ma pensée, et tante Huguette qui m’appelle.

Je ne réponds pas. Non. Je ne dois pas répondre. Je ne veux pas répondre.

La voix s’éloigne. Enfin. Je respire. Dans le noir, je ne vois pas le nuage que produit mon haleine. Comme le jour, est-il là la nuit ? Si tu étais là, Papa, si tu étais là, Maman, vous me le diriez. Vous m’avez toujours tout dit. Non, pas tout. Vous m’avez caché que vous partiriez. Pourquoi ? Pourquoi ?

Je fixe les cieux. Des étoiles me regardent. Maman, Papa, est-ce vous ? Ou vous, Grand-papa et Grand-maman ? Est-ce vous, Lutins de Noël ?

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecNoël… Noël… Demain, c’est Noël. Pour la première fois de ma vie, Papa et Maman, vous ne serez pas là. Pas de câlins, pas de surprises. Bon, des cadeaux m’attendent. Tante Huguette est généreuse. Mais je m’en fous des cadeaux. Ce que je veux, c’est toi, Maman, c’est toi, Papa. Je vous veux près de moi, je veux vous serrer fort, vous embrasser. Je veux vous dire comment je vous aime, comment je regrette, comment vous me manquez.

Un fin nuage s’écarte. Ah, enfin ! Bonsoir, Étoile du Nord. Tu es si brillante, si belle. Depuis toujours, tu scintilles. Sans relâche. Depuis que Maman et Papa m’ont présentée à toi. Depuis cette première fois.

Comme j’aimerais redevenir une petite fille, être avec mes parents. Encore, encore…

Et toi, Père Noël ! Toi qui habites ce gros point de lumière, là-haut dans le ciel, écoute-moi ! C’est moi, ta petite Sarah. Je t’implore. J’ai onze ans, tu le sais. C’est l’âge des grands. Pourtant, je crois en toi, je sais que tu existes. Le pôle Nord, c’est cette étoile, c’est ta demeure. De là, tu nous observes, nous, les enfants du monde. Tu me vois, Père Noël. Et tu m’entends. Rends-moi mes parents. Papa, Maman. Là-haut, tu les as sûrement rencontrés. Dis-leur qu’ils me manquent, demande-leur de revenir. Et si, pour eux, ce n’est pas possible, viens me chercher, mène-moi à eux. Viens. Faisons-leur une surprise.

Comme elle est grosse l’Étoile ! Elle n’a jamais été si brillante. On dirait qu’elle grossit, qu’elle s’approche. Oui, elle approche !

J’ai peur. Maman, Papa, j’ai peur ! Veillez sur moi. Je n’entends plus tante Huguette. Où es-tu, ma Tante ? Viens me chercher ! Moi, je ne peux plus bouger. J’ai alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecpeur, j’ai trop peur. Sur le lac de glace et de neige, je n’entends plus rien. Il n’y a que cette boule de lumière dans la nuit. Qui avance. Elle est tout près, fabuleuse, plus vaste que le soleil.

Dans l’éclat éblouissant, une carriole émerge, une infinité de lumières scintillent. Des rennes la tirent. Et dessus, un vieillard à longue barbe blanche se tient fier, il me regarde. Tout près de moi, il tend la main, et libère ces mots :

― Cette nuit, un Ange blanc reposera sur les flocons transis, des larmes de bonheur figées sur les joues.

 Notice biographique :

alain gagnon, Chat Qui Louche, francophonie, littérature, maykan, québecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

 

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2 Responses to L’Étoile du Nord… Un conte de Noël de Jean-Marc Ouellet…

  1. pelaprat christine dit :

    Merci,Jean-Marc pour ce merveilleux conte de Noël.
    Ce texte est très émouvant,et il nous rappelle,que si le jour de Noël
    est une fête,c’est un jour d’autant plus difficile pour les personnes qui
    ont perdu un ou des êtres chers.Noël n’est plus pareil.Si l’on a perdu ses parents,on voudrait
    redevenir enfant et croire encore au père Noël.
    Pour revenir au conte,c’est encore plus triste,car il s’agit d’une fillette orpheline dont le cadeau le plus merveilleux serait de retrouver ses parents.A la froideur,à l’obscurité,à l’abandon et au chagrin,succèdent la lumière,la chaleur de l’amour retrouvé.
    L’amour n’est-il pas le plus beau des cadeaux?
    Mille mercis,cher Jean-Marc,pour ce magnifique conte.C’est un très beau cadeau que vous nous
    offrez.Je vous souhaite de très bonnes fêtes.
    Avec toutes mes amitiés.Christine.

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    • Jean-Marc Ouellet dit :

      C’est bien en retard que je prends connaissance de votre si beau commentaire. Je vous en remercie infiniment. Trop souvent parfois, nous nous réjouissons en oubliant ceux qui souffrent, ceux qui sont malheureux, alors que la tristesse croît quand les autres fêtent. Souvent, par manque d’amour, ou par la perte d’un grand amour pas encore remplacé. Ce conte fut écrit pour ceux qui sont tristes, pour leur dire que même si nous nous réjouissons, nous ne les oublions pas.

      Jean-Marc O.

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