Le rêve, par Jean-Marc Ouellet…

La vie rêvée

Le matin, quand onirisme et éveil se confondent, déçu, je me réveille. Un nouveau rêve s’amorce, le jour est là, je ne pourrai plus me sentir fort, m’élancer, voler au-dessus de mes ennemis, conjurer leurs mesquineries. J’affronterai les écueils du jour, traverserai les orages.

J’aime me remémorer mes rêves. Doux, morbides, bribes ténébreuses, fragments d’existence. J’aime évoquer mes prouesses nocturnes, signaux des périodes chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecheureuses.

Le rêve arrive sans crier gare. Yvan Audouard disait : « On ne donne pas rendez-vous à ses rêves. Ils viennent vous rendre visite quand ils en ont envie et pas quand vous en avez besoin. »

Tout au long de la nuit, dans le sommeil, plusieurs phases se succèdent et se répètent. Les rêves naissent durant le « sommeil paradoxal », une période d’activité insolite du corps et du cerveau, aussi appelée REM (Rapid Eye Movement : mouvements oculaires rapides). Alors que nous sommes profondément endormis, le corps s’active, le pouls s’accélère, la pression artérielle s’élève et la respiration change. Les organes génitaux s’éveillent, même si le rêve n’a rien de sexuel.

L’individu normal rêve en moyenne 100 minutes par nuit. Les rêves s’allongent du soir vers le matin. Quand on rêve, le temps s’écoule normalement, à moins de se faire réveiller, par une sonnerie par exemple. L’action se déroule alors en toute hâte.

Tout le monde rêve, mais 10 à 15 % des gens ne s’en souviennent pas. Plus le réveil survient près du sommeil paradoxal, près du rêve, plus on s’en souvient. Mais on l’oublie en s’habillant, en déjeunant. Dans la matinée, il s’est évaporé. Parfois, des éléments déclencheurs (une phrase, une image, dans l’autobus, dans l’auto, au travail, en préparant un repas, en lavant la vaisselle…) produiront des flashs, des brides oniriques réintégrant la conscience. Certains rêves laissent un état d’âme qui nous hante toute la matinée, alors que le rêve a depuis longtemps disparu de notre mémoire.

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecLes rêves ont souvent une relation avec des moments forts de la journée, des éléments marquants, clés d’amorce onirique. Les rêves s’étendent du normal, de l’ordinaire, jusqu’au bizarre et au surréel. L’anxiété y est l’émotion la plus commune. Il y a aussi l’abandon, la colère, la joie, la peur, l’excitation, la mélancolie, l’aventure, le sexe… Les émotions négatives sont plus fréquentes que les positives. Le plus souvent en dehors du contrôle du rêveur, ils sont parfois créatifs, inspirants. « Le rêve est la preuve qu’imaginer, rêver ce qui n’a pas été, est l’un des plus profonds besoins de l’homme. », écrivait Milan Kundera.

Pour rêver, le dormeur doit se sentir en sécurité, n’avoir ni soif, ni faim, ne pas avoir trop chaud, ou trop froid. Durant son sommeil, un bruit, le festin de la veille, une baisse ou une hausse de la température de l’environnement et du corps priveront le rêveur de la quiétude de la nuit et transformeront les images de paix en cauchemar, le sommeil effleurant l’état de veille.

Durant la nuit, plusieurs stimuli bombardent les sens, stimuli interprétés par le cerveau et incorporés dans le rêve. On rêve qu’on entend le téléphone alors qu’il sonne vraiment ; on rêve d’une chute d’eau pendant que la pluie tombe au-delà de la fenêtre ouverte…

Certains cauchemars se répètent, cicatrices d’un traumatisme de l’enfance enfoui dans le subconscient. Des incidents banals de jeunesse, des sévices moraux et corporels, des menaces d’une grande personne hanteront l’être mature. De même, des expériences traumatisantes de l’adulte (violence, guerre, viol, incendie, attentat…) seront refoulées et envahiront la nuit sous forme de mauvais rêves.

Pourquoi rêvons-nous ?

Tous les animaux éprouvent le REM. Des études l’ont observé : singes, chiens, chats, rats, éléphants et musaraignes rêvent. Certains oiseaux et reptiles aussi. Dans une perspective darwinienne, le rêve joue sans doute un rôle biologique qui accorde un avantage dans la sélection naturelle. Lequel ?

Selon les auteurs, les rêves lient le conscient à l’inconscient, l’âme au corps, nos désirs réels aux refoulés. En 1886, W. Robert, un médecin de Hambourg, fut le chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecpremier à comparer le rêve à une poubelle pour les déchets de l’esprit. Il purgerait les impressions incomplètes et les idées mal développées durant le jour. Pour Sigmund Freud, les rêves sont les reflets de la volonté inconsciente de se réaliser, et des désirs liés aux souvenirs de l’enfance et aux expériences passées. Le médecin, psychiatre et psychologue, Carl Gustav Jung, ira plus loin. Pour lui, les rêves sont des messages au rêveur, des révélations qui aident le dormeur à résoudre ses problèmes émotionnels ou religieux, et à adoucir ses peurs. Il écrivait : « En chacun de nous existe un autre être que nous ne connaissons pas. Il nous parle à travers le rêve et nous fait savoir qu’il nous voit bien différents de ce que nous croyons être. » « Les rêves, c’est l’autre toi qui te répond. », écrivait aussi l’écrivain irlandais, Niall Williams. De même, le psychiatre allemand, Fritz Perls, croyait que « les rêves projettent des parties du soi, des aspects ignorés, rejetés ou supprimés ».

Le rêve prend donc beaucoup de place dans notre vie. Souvent absurde, il sévit, trouble, et s’évanouit. « Les rêves vivent leur vie de rêves et leur réalité naît de la nôtre comme l’ombre de la lumière. », écrivait Alain Foix. Brumes volages et insaisissables, miroirs de l’inconscient, clés de l’autre en nous, trésors au sens obscur, les rêves sont les égouts d’une réalité, où peurs, doutes, duperies et désirs inassouvis se jettent et s’écoulent vers un autre monde, le néant peut-être, pour qu’au matin, un jour nouveau se lève.

Quelques sources :

http://science.howstuffworks.com/environmental/life/human-biology/dream2.htm

http://www2.ucsc.edu/dreams/TSSOD/sample.html

http://www.britannica,com.libproxy.usc.edu/EBchecked/topic/171188/dream

Wegner, D.M et al Psychological science 2004, 15 (4) : 232-236.

© Jean-Marc Ouellet 2012

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJean-Marc Ouellet a grandi sur une ferme du Lac-des-Aigles, petite municipalité du Bas-du-Fleuve, puis à Québec. Après avoir obtenu un diplôme de médecine de l’Université Laval, il a reçu une formation en anesthésiologie. Il exerce à Québec. Féru de sciences et de philosophie, il s’intéresse à toutes les  littératures, mais avoue son faible pour la fiction. Chaque année, depuis le début de sa pratique médicale, il contribue de quelques semaines de dépannage en région, et s’y accorde un peu de solitude pour lire et écrire. L’homme des jours oubliés, son premier roman, a paru en avril 2011 aux Éditions de la Grenouillère. Depuis janvier 2011, il publie un billet bimensuel dans le magazine littéraire électronique Le Chat Qui Louche

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