Tout a commencé…, un texte de Myriam Ould-Hamouda…

Tout a commencé le jour…

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJe crois que tout a commencé le jour où, à force de mettre de l’eau dans mon vin, ma vie est devenue de la piquette. Il y en a qui sombrent dans l’alcoolisme au même rythme que les problèmes qu’ils espéraient y noyer remontent à la surface ; et d’autres qui font le grand plongeon en torchant l’eau-de-vie de mémé pour décaper leur amour-propre que des bottes crottées avaient confondu avec le paillasson de l’entrée. Parce que, qu’on se le dise, toutes ces mains tendues à la peau aussi douce que leurs bonnes intentions ne font rien d’autre que réclamer leur dû, et comme elles ont aussi des pieds, elles n’hésitent jamais bien longtemps avant de les mettre dans le plat si t’as pas de quoi payer. La charité, j’ai cessé d’y croire le jour où la dernière épaule qui se faisait passer pour un kleenex m’a laissé une ardoise aussi longue que les canines qu’elle dissimulait sous sa moustache. Et si vous voulez mon avis, ceux qui ont le cœur sur la main feraient mieux de le remettre à sa place et de le laisser battre la chamade même si on y laisse souvent deux-trois côtes au passage.

Le problème, c’est que les gens se mettent à la générosité comme ils se mettent au régime : ils espèrent effacer en un claquement de doigts leur dernier gros écart et récolter en cash les intérêts de ce fruit qui n’a jamais eu le temps, le travail et l’amour nécessaires pour pouvoir pousser, mûrir et se gonfler de ce jus qui ne coulera jamais sous nos ponts. Je crois que j’ai appris à aimer les égoïstes le jour où j’ai fini par détester tous ceux qui voulaient me faire payer le prix des sacrifices qu’ils ont dû faire pour moi. Je ne demandais rien, et, même si les égoïstes ont toujours pris les paroles de mon ego démesuré au premier degré, ils ont au moins eu la décence de s’occuper de raffermir leur cul à eux plutôt que de pointer du doigt la cellulite du mien. Je me fous de vos crèmes miracles, de vos massages en profondeur, des diplômes de votre chirurgien esthétique aux mains baladeuses et aux tarifs exorbitants ; et même s’il tombe, comme vos cheveux blancs dans cette soupe qui ne m’a jamais fait grimper aux rideaux de vos ambitions retroussées, mon cul va bien, merci.

Faut arrêter de prendre les enfants en colère qui brandissent leurs exigences, comme vous les avez gavés de sucrechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec raffiné, pour des connards capricieux. Faut arrêter, aussi, de planter vos yeux dans les miens pour les faire se baisser parce qu’ils sont plus gros que mon ventre qui crie cette famine qu’il n’a jamais connue. J’aurais aimé, oui, comme Baloo le braillait sur la cassette que m’avait faite maman, réussir à me contenter de peu pour être heureuse. J’aurais aimé, oui, savoir te faire l’amour des serments des mômes et te servir le petit dej’ au lit le dimanche matin. Mais j’ai jamais réussi à me satisfaire d’une réponse balancée par un mec, parce qu’il est à tribord ou bâbord c’est lui du coup qui gueule le plus fort ; j’ai jamais su voir midi à la porte de notre chambre à coucher : je l’ai toujours cherché à quatorze heures et, le con, il n’y était jamais. Je crois que tout a fini le soir où j’ai préféré les coups d’un whisky sec aux revers des promesses que le monde n’a jamais su tenir.

Notice biographique

Chat Qui Louche maykan alain gagnon francophonieMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.  C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.  Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche :https://maykan2.wordpress.com/)

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