Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

La débâcle des sentiments

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Myriam Ould-Hamouda

Ton regard, tendrement, vient se poser sur ce corps assoupi qui prend la position du fœtus.  Elle semble tellement heureuse, à cet instant.  Un sourire quiet vient parfaire son visage apaisé.  Tu laisses glisser ton doigt le long de ses courbes dévoilées et en recouvres cette douceur que tu avais oubliée, depuis.  Soudain, tu crois la distinguer.  Celle que, par le passé, tu as tant aimée.  Celle qui te portait vers un bonheur insolent.  Celle dans les bras de qui tu n’étais enfin plus seul.  Tu te souviens de ces premières heures, pétries de magie.  Tu l’avais aperçue dans un parc, alors que tu mangeais ton sandwich, un midi.  Tu l’avais trouvée belle.  Tellement belle.  Ce n’était pas ton habitude, mais tu avais semé à ses côtés quelques mots.  Qui ont germé.  Tu l’avais trouvée drôle.  Tellement drôle.  Tu croyais rêver : c’était celle que tu attendais.  Et, ensemble, vous aviez exploré un nouveau chemin dont votre amour esquissait les traits.  Le monde, la foule, le quotidien s’étaient enfin tus.

Celle-là, depuis, est partie.  Tu ne sais pas vraiment comment c’est arrivé, ni pourquoi, mais aujourd’hui l’amour a laissé place à la haine.  Progressivement.  Sans s’en apercevoir, pourtant.  Et la princesse que tu dévorais des yeux hier encore s’est transformée en sorcière qui crache des serpents, à longueur de journée.  Le monde, la foule, le quotidien ont repris leur place.  Bien plus forts qu’avant.  Bien plus cruels, aussi.  Alors, au début, tu as tenté le jeu des concessions.  Tu as essayé de changer pour qu’elle ne montre plus les dents.  Mais la sorcière était toujours là.  Avec sa langue de vipère et ses ongles pointus.  Alors, petit à petit, tu as aussi monté le ton.  As commencé à distinguer ses boutons et son nez crochu.  T’es engendré sorcier qui crache des serpents, à longueur de journée.  Et, sans vous en apercevoir, vous avez dérivé le long des courants venimeux.  D’elle, il ne reste plus grand-chose de la princesse qui souriait.  De toi, il ne reste plus rien du prince charmant qui rêvait.

Ton regard, tendrement, vient se poser sur ce corps assoupi qui semble prendre la position du fœtus.  Tu as l’impression de la retrouver.  Celle que tu as perdue bien trop tôt sur le sentier des bienheureux.  Cette bien-aimée qui a laissé place à cette inconnue qui te traîne aujourd’hui sur la falaise des misérables.  Celle qui, à présent derrière toi, t’imagine déjà rouler le long de ce gouffre infini.  Celle qui, demain déjà, ne tardera pas à t’y pousser volontiers.  Elle semble tellement heureuse, à cet instant.  Un sourire quiet vient parfaire son visage apaisé.  Tu laisses glisser ton doigt le long de ses courbes dévoilées et en recouvres cette douceur que tu avais oubliée, depuis.  Déchiré entre hier et aujourd’hui, tu ne sais plus.  Ne sais plus qui tu es, qui elle est, qui vous êtes réellement.  Des amants ?  Des ennemis ?  Qu’importe, ce soir, elle, tu, vous êtes là.  Comme avant.  Heureux.  Liés par ce fil invisible d’un amour enfoui.  Demain pourra bien s’engendrer qui il voudra.  Pour l’heure, tu souris.

Notice biographique

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecMyriam Ould-Hamouda (alias Maestitia) voit le jour à Belfort (Franche-Comté) en 1987. Elle travaille au sein d’une association pour personnes retraitées où elle anime, entre autres, des ateliers d’écriture.

C’est en focalisant son énergie sur le théâtre et le dessin qu’elle a acquis et développé son sens du mouvement, teinté de sonorités, et sa douceur en bataille — autant de fils conducteurs vers sa passion primordiale : l’écriture. Elle écrit comme elle vit, et vit comme elle parle.

Récemment, elle a créé un blogue Un peu d’on mais sans œufs, où elle dévoile sa vision du monde à travers ses mots – oscillant entre prose et poésie – et quelques croquis,  au ton humoristique, dans lesquels elle met en scène des tranches de vie : http://blogmaestitia.xawaxx.org/

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche : https://maykan2.wordpress.com/)

Advertisements

2 Responses to Billet de Maestitia, par Myriam Ould-Hamouda…

  1. Stéphane dit :

    Des mots, démons, d’émotions, sous l’âpre écorce des jours, le fruit de l’Être conserve ses précieuses saveurs sucrées. Dans l’instant présent, tout est possible. Merci pour ce texte.

    J’aime

  2. Maestitia dit :

    Merci à vous, Stéphane, pour cet écho aérien et l’attention portée à ces mots.

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :