Franglais et resquillage littéraire, par Alain Gagnon…

Dires et redires…

À lire les auteurs de la fin du XIXe siècle québécois, on retrouve avec stupéfaction les doléances des littéraires d’aujourd’hui.

Octave Crémazie, dans une lettre à l’abbé et critique Henri Raymond Casgrain : « Ce qui manque auchat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec Canada, c’est d’avoir une langue à lui.  Si nous parlions iroquois et huron, notre littérature vivrait.  Malheureusement, nous parlons et écrivons […] la langue de Bossuet et de Racine.  Nous aurons beau dire et beau faire, nous ne serons toujours, au point de vue littéraire, qu’une simple colonie […].  Je le répète : si nous parlions huron ou iroquois, les travaux de nos écrivains attireraient l’attention du vieux monde.  […] Depuis 20 ans, on publie chaque année, en France, des traductions de romans russes, scandinaves, roumains.  Supposez ces mêmes livres écrits en français par l’auteur (Crémazie), ils ne trouveront pas cinquante lecteurs. » Date de cette lettre : 1867 !

Et ce passage d’Ernest Gagnon : « Les Français de France qui viennent ici après avoir passé par les États-Unis n’ont pas d’idée de l’impression pénible que nous ressentons à les entendre presque tous émailler leur conversation du plus grand nombre de mots anglais possible. » Et il tancera un Français qui emploie city hall et boat…  Ce texte, qu’un ennemi du franglais aurait pu signer dans Le Devoir de ce matin, date de 1892 !

Décidément, plus ça change…

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

*

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, QuébecJ’envie – sincèrement – ces écrivains des émissions radiophoniques ou télévisuelles grand public, qui ont l’art d’entretenir et d’augmenter leur lectorat en batifolant sur des touts et des riens : recettes d’agneau, desserts méditerranéens, vins rares, sauces à sushi, décoration intérieure, modes zen…  Devant des animatrices qui mouillent et des animateurs en érection verbale.  Ces aligneurs de mots sont une bénédiction pour les éditeurs – et, indirectement, pour des écrivains qui, comme moi, se contentent d’écrire et ne comptent que sur quelques centaines de lecteurs durement acquis.  Un éditeur digne de ce nom devrait soumettre les auteurs éventuels à des tests de personnalité.  Radiophonique ?  Télégénique ?  Possède les qualités d’un resquilleur ?  Peut parler sans rien dire et lancer des œillades accrocheuses ?  Sinon, inutile de payer un membre du comité de lecture pour lire le tapuscrit.  La qualité du texte ?  Aucune importance : de toute façon, si l’auteur ne présente pas les qualités de la catin et du représentant commercial, on n’en parlera pas, donc personne ne le lira.

On n’en est pas encore à ces tests chez les éditeurs – attendez quelques années… -, mais, au pif, on donne déjà dans ce panneau a-littéraire.

(Le chien de Dieu, Éd. du CRAM)

L’AUTEUR…

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livrechat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec du Saguenay–Lac-Saint-Jeanpour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

(Une invitation à visiter le jumeau du Chat Qui Louche  : https://maykan2.wordpress.com/)

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