La mort du Terre-neuve, par Alain Gagnon…

(Je me dois de replacer ces lignes en contexte.  Deux amies louaient un appartement dans un lieu féérique : Treasure Island, près de Kingston.  Les propriétaires possédaient un chien Terre-neuve, Axell, que tous affectionnaient.  Un jour j’ai appris qu’il allait mourir.  Et voilà…)

Zoosophie — Le vieux chien va mourir.  Dernier printemps dans le soleil.  Son maître l’a dit : le vieux chien va mourir.  Va-t-on conserver sa peau chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec?  La tanner et la suspendre au mur ?  Entre les photos d’ancêtres et les trophées ?

Le vieux chien va mourir.  Son maître l’a dit : le vieux Terre-neuve ne fera plus la joie des enfants.

On l’enterrera sous un chêne, tout près du quai où il aimait dormir au soleil.  En avril prochain, qui sait ?  les crocus seront peut-être plus beaux ?  les jonquilles plus éblouissantes ?

Le vieux chien va mourir, et il sera digéré.  Il ne restera rien de lui.  Désintégrés sa chair, ses nerfs et ses os.  Sa forme s’envolera vers le monde des archétypes et la nature récupérera son dû par apparente anarchie.  Fini l’agglomérat Axell !  Les matériaux démantelés serviront à d’autres constructions.  Accourent déjà les modèles et les formes : Axell sera pissenlits, herbe tendre, lièvres, crustacés…

Mais où ira le regard du vieux chien ?  Où iront notre amour pour lui et son affection ?  Lui qui plongeait son museau humide sous nos gorges.

Le vieux Terre-neuve va mourir.  Son maître l’a dit.  Par mouvement inverse de naissance.  Mais d’où provenaient son affection et ce regard qui savourait le monde ?

L’AUTEUR…chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec

Auteur prolifique, Alain Gagnon a remporté à deux reprises le Prix fiction roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jeanpour Sud (Pleine Lune, 1996) et Thomas K (Pleine Lune, 1998).  Quatre de ses ouvrages en prose sont ensuite parus chez Triptyque : Lélie ou la vie horizontale (2003), Jakob, fils de Jakob (2004),Le truc de l’oncle Henry (2006) et Les Dames de l’Estuaire (2013).  Il a reçu à quatre reprises le Prix poésie du même salon pour Ces oiseaux de mémoire (Le Loup de Gouttière, 2003), L’espace de la musique (Triptyque, 2005), Les versets du pluriel (Triptyque, 2008) et Chants d’août (Triptyque, 2011).  En octobre 2011, on lui décernera le Prix littéraire Intérêt général pour son essai, Propos pour Jacob (La Grenouille Bleue, 2010).  Il a aussi publié quelques ouvrages du genre fantastique, dont Kassauan, Chronique d’Euxémie et Cornes (Éd. du CRAM), et Le bal des dieux (Marcel Broquet).  On compte également plusieurs parutions chez Lanctôt Éditeur (Michel Brûlé), Pierre Tisseyre et JCL.  De novembre 2008 à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé à la Grenouille bleue.  Il gère aujourd’hui un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche 1 et 2 (https://maykan.wordpress.com/).

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12 Responses to La mort du Terre-neuve, par Alain Gagnon…

  1. Jean-Marc Ouellet dit :

    Bonjour monsieur Gagnon.

    J’ai un Labrador de 6 ans. Le soir, quand je m’assois dans mon sofa, il s’approche doucement et s’assoit à son tour devant moi. Il me présente son dos, et attend. Patient, il attend. Si je tarde à étendre mon bras pour le caresser, il tourne la tête vers moi, et me regarde. Je le regarde à mon tour. Il bouge un sourcil, puis l’autre. Il y a tant d’affection dans ce regard. Que pense-t-il au juste ? Me met-il au défi de résister à son pouvoir, ou m’implore-t-il humblement pour que pendant quelques secondes, je lui prouve la réciprocité de l’affection qu’il me porte. Si j’attends encore un peu, il s’approche davantage et dépose son museau sur ma cuisse. Le regard rivé sur moi. Je ne peux résister davantage.

    Je n’ai vraiement pas hâte au jour où je devrai annoncer qu’il va mourir.

    Bonne journée.

    Jean-Marc Ouellet

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  2. Alain Gagnon dit :

    Bonjour monsieur Ouellet,

    J’en suis actuellement à mon septième chien. Les six autres j’ai dû les faire piquer à la fin de leur vie, et même le premier j’y songe encore.
    Je vous comprends.

    Bonne journée à vous également,

    Alain G.

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  3. Dominique B. dit :

    que c’est triste et touchant votre témoignage, Alain, sur ce vieux chien qui va mourir.

    Moi, ce sont les chats qui ont ma préférence. Quand je dois amener Rani chez sa vétérinaire, malgré moi je pense au pire. Princesse Rani a 11 ans. Quand j’étais enfant ma première chatte s’est fait tuer par une voiture, j’y pense encore…

    Les personnes qui n’aiment pas les animaux n’aiment pas les gens.

    Joli jeudi printanier à vous.

    Dominique

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  4. Alain Gagnon dit :

    Bonjour Dominique,

    Saluez respectueusement son altesse Rani de ma part…

    C’est le printemps même ici…

    Amitiés,

    Alain

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  5. dany tremblay dit :

    J’ai du retard dans mes lectures, corrections obligent, c’est ça être prof. Mais là, je me permets de fureter de blogue en blogue, la mi-session s’en vient, je relâche un peu avant terme et j’ai pris le temps de relire ce texte de vous, monsieur Gagnon, qui raconte l’annonce de la mort du chien. Quatre ou cinq fois que je la lis. Chaque fois, elle me rappelle mon Ginkgo, le plus vieux de nos deux labradors.

    Ginkgo allait avoir cinq ans en mars lorsque au mois de novembre, on nous a annoncé qu’il avait le cancer, qu’il lui restait deux trois semaines. Les chiens vieillissent plus vite, il semble que la maladie progresse elle aussi rapidement sur eux. À l’annonce de cette nouvelle, j’ai sombré. Je ne dormais plus, ne mangeais plus et je pleurais comme une Madeleine. Le chien dépérissait à vue d’oeil, moi aussi. La nuit, je m’installais au salon, dans le noir. C’est notre chat qui m’accompagnait, il devinait ma peine.

    J’ai toujours eu un chien depuis que j’ai dix ans. Je les ai tous accompagnés jusqu’à la fin. J’en ai eu au total 7. Parfois j’en avais deux à la fois. Adopter un chien pour ensuite s’en débarrasser est pour moi un non sens. Un chien est le meilleur compagnon, même si parfois il peut avoir mauvais caractère. Dominique l’a écrit dans son commentaire et je le dis souvent moi-même : ceux qui n’aiment pas les animaux n’aiment pas les humains et il faut se méfier de ces individus.

    Bref, quatre ans après son diagnostic de cancer, Ginkgo est toujours en vie. Fragile mais en vie, cela grâce à mon amoureux qui réalisant mon désarroi et mon amour pour cette bête, l’a fait soigner. Faut dire que Ginkgo est spécial. De tous mes labradors, il est le plus particulier, le plus intelligent. On nous avait dit que Ginkgo survivrait tout au plus 9 mois au traitement. Quatre ans, vous dis-je. Ça fait 4 ans. Chaque jour de plus est un cadeau.

    Or, il y a deux semaines, nous avons dû consulter le vétérinaire. Une bosse. Une simple bosse. J’attends toujours l’appel qui me dira si Ginkgo est à nouveau décompté et cette fois, rien ne pourra y remédier. Pour cette raison, sans doute, que je suis revenue lire encore une fois ce texte de monsieur Gagnon.

    C’est sans doute mon plus long commentaire à ce jour.
    Je me rattrappe pour les précédents, plus courts.

    Dany

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  6. Alain Gagnon dit :

    Bonjour Dany,

    Je n’arrive pas à comprendre la psychologie de ceux qui n’aiment pas les animaux. Je comprends que certaines personne ne peuvent en posséder : allergies, manque d’espace, etc. Mais détester chiens et chats montre une rupture profonde dans la structure affective d’une personne. Ce sont des gens bien malheureux.

    Je vous souhaite que Ginkgo vive encore longtemps.

    Alain G.

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  7. Carole Sainte-Marie dit :

    Ce genre d’écrit me touche énormément, me tire infailliblement les larmes. Parce que… parce qu’on parle d’amour inconditionnel, parce cet attachement traverse les frontières imposés par nos sens et nos connaissances, et beaucoup plus encore.

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  8. Nadège dit :

    J’ai un bébé terre neuve pucè vacciné né le mois de mai 2016 si il peu consoler un peu votre chagrin, je vous demanderai juste dans prendre soin et de l’aimer autant qu’axell

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  9. Carole Ste Marie dit :

    Mon chien est en sursis. Le coeur. Chaque jour qui passe en sa présence est un cadeau. Votre texte revient au ‘rien ne se perd, rien de se crée,tout se transforme’ d’Hermès Trismégiste. Devant tant de mystère, on qu’on ne peut s’empêcher de se demander comment cette métamorphose s’opérera et dans quel futur se reconnaîtront nos âmes.

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