Chronique ontarienne, par Jean-François Tremblay…

Princesses et esprits tapageurs : Au bout du conte, d’Agnès Jaoui (2012)

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Agnès Jaoui

 Je suis un admirateur du travail d’Agnès Jaoui depuis le film Un air de famille sorti en 1996 et réalisé par Cédric Klapisch.  Ce long métrage hilarant et décapant était tiré d’une pièce écrite par Jaoui et Jean-Pierre Bacri.  Ce dernier, en plus d’être son fidèle collaborateur d’écriture et partenaire de jeu à l’écran dans de nombreux projets, fut également son amoureux pendant près de 25 ans, de 1987 à 2012.  Ensemble, ils écrivirent plusieurs scénarios pour le cinéma, dont certains pour Alain Resnais – l’excellent On connaît la chanson de Resnais en 1997, que j’adore particulièrement –, et pour Jaoui elle-même qui se retrouva derrière la caméra à partir de 2000 pour le film Le goût des autres.   Suivirent les excellents Comme une image et Parlez-moi de la pluie, et voilà qu’un petit dernier est né et a été lancé sur les écrans récemment, le premier film depuis leur rupture, Au bout du conte.

Je mentionne leur séparation, mais celle-ci n’a aucune incidence – à ce que je sache – sur le film.  Ce dernier contient le même humour grinçant, la même chimie dans le jeu de Jaoui et de Bacri, le même ton jouissif de leurs œuvres précédentes.  Ce long métrage raconte l’histoire de Laura, jeune femme moderne à la recherche de son « prince charmant ».  Elle le trouvera éventuellement dans la personne de Sandro, jeune musicien, mais elle sera également séduite par le mystérieux Maxime Wolf qui l’attirera dans ses filets.  Confuse, la jeune femme devra faire un choix si elle ne veut pas voir son univers s’effondrer.

Entourant la jeune femme, une panoplie de personnages (dont ceux de Jaoui et Bacri) évolue dans cet univers réaliste aux touches fantastiques.  Tout au long du film, les références aux contes sont nombreuses.  Certaines sont plus subtiles que d’autres.  Parfois, c’est maladroit, et peut-être qu’entre les mains d’un Jean-Pierre Jeunet (par exemple) ça aurait mieux passé.  Néanmoins, le travail d’Agnès Jaoui à la réalisation est fort convenable et peut même par moments s’avérer d’une grande qualité.

Jean-Pierre Bacri joue le père de Sandro et confère au personnage son attitude habituelle, qu’il cultive de film en film, et qui consiste à grommeler tout au long du scénario, créant ainsi un être facilement irritable – il est également celui qui a les meilleures répliques.

Lors d’un événement social huppé auquel ils ont été invités principalement pour rencontrer les parents de Laura, le personnage de Bacri, M. Leconte, et son ex-femme, interprétée par Dominique Valadié, sont assis dans un coin et ne se sentent visiblement pas à leur place.  Sandro arrive, les voit et s’approche d’eux, consterné.

Sandro : — Mais qu’est-ce que vous faites ?

Son père : — Ben, on s’emmerde.  Que veux-tu qu’on fasse ?

Il s’agit d’un petit film rafraîchissant, captivant, et charmant.  Si vous avez aimé les autres scénarios de Jaoui et Bacri, vous serez comblés par celui-ci.  Si vous ne les connaissez pas, vous avez là une belle façon d’entrer dans leur univers, quoique Le goût des autres et Un air de famille soient des œuvres supérieures, que vous devrez découvrir à tout prix.

Avec ces deux artistes, on passe constamment de la comédie au drame, et cela se fait toujours avec adresse.  C’est intelligent, ça ne prend pas le public pour des cons, et bon, c’est Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ensemble…  Juste pour cela, vous devriez courir voir ce film, et revoir tous leurs précédents.  C’est du bonbon !

 The Conjuring, de James Wan (2013)

chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québec James Wan est un réalisateur d’origine malaisienne né en 1977 (deux jours après moi, en fait) et qui s’est fait, au cours des dix dernières années, un nom dans le cinéma d’horreur, notamment avec son film Saw (Décadence), ainsi qu’avec le film de fantômes Insidious, en 2010 (une suite, toujours réalisée par Wan, sera sur les écrans en septembre prochain).

Cet été, Wan nous propose un récit inspiré d’événements véritables, The Conjuring.  Le scénario reprend les éléments clés d’une enquête menée dans les années 70 par Ed et Lorraine Warren, couple célèbre d’enquêteurs du paranormal qui auraient travaillé sur plus de 10 000 cas depuis les années 50, dont certains très célèbres, comme celui de la maison hantée d’Amityville.  Dans The Conjuring, on fait connaissance à la fois avec les Warren et leur petite fille, ainsi qu’avec les Perron, une famille composée de deux adultes et cinq jeunes filles, dont la nouvelle maison située au Rhode Island semble infestée par la présence d’esprits tapageurs et autres revenants.  Les Warren sont appelés à la rescousse, et ce qu’ils trouvent sur place fera de ce cas l’une des plus étranges affaires sur lesquelles ils auront enquêté.  On retrouve de tout, pour tous les goûts dans ce film : esprits tapageurs, fantômes, possession (et éventuellement, un exorcisme), etc.  James Wan sait parfaitement bien doser les apparitions de fantômes à l’écran.  Il connaît aussi parfaitement bien les mécanismes de la peur.  Il a développé une expertise au fil du temps dans ce domaine et il est en parfaite maîtrise de ses moyens.  On parle ici d’un film d’horreur adulte, sérieux, intelligent et très, très effrayant.

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Vera Farmiga

La distribution est superbe.  Vera Farmiga livre une performance époustouflante dans le rôle de Lorraine Warren, à la fois très maternelle, fragile et forte.  Elle porte quasiment à elle seule le film sur ses épaules.  Mais d’autres grands acteurs la supportent.  Patrick Wilson, un habitué de Wan (il est la vedette des deux Insidious), fait un Ed Warren très convaincant et forme un couple solide et très crédible avec Farmiga.  Et Lili Taylor dans le rôle de la mère, qui doit protéger sa famille à tout prix des esprits malveillants, est tout simplement merveilleuse.  Une actrice que j’ai toujours admirée et qui me surprend chaque fois.

Le film rappelle d’autres grands titres du genre, tels The Exorcist, The Amityville Horror et Poltergeist.  C’est un divertissement adulte, nuancé et rempli d’émotions.  Je vous le recommande fortement.

Sur ce, bon cinéma, et à bientôt !

Notice biographique

Jean-François Tremblay est un passionné de musique et de cinéma.  Il chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québeca fait ses études collégiales en Lettres, pour se diriger parla suite vers les Arts à l’université, premièrement en théâtre (en tant que comédien), et plus tard en cinéma.  Au cours de son Bac. en cinéma, Il découvre la photographie de plateau et le montage, deux occupations qui le passionnent.  Blogueur à ses heures, il devient en 2010 critique pour Sorstu.ca, un jeune et dynamique site web consacré à l’actualité musicale montréalaise.  Jean-François habite maintenant Peterborough.   Il tient une chronique bimensuelle au Chat Qui Louche.

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