Coleridge et Mallarmé, une colère, par Alain Gagnon…

Dires et redires…

Une anecdote sur Coleridge. Un jour de rencontre scolaire subventionnée, je fais mention de mon admiration pour ce poète. Le professeur – pour faire l’intéressant ? – se chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québectourne vers moi et énonce : « Il était opiomane. » J’attends la suite. Il se tait et s’attend à ce que je continue mon laïus. Je ne me fâche pas souvent contre mes semblables. Je souris plutôt, reconnaissant chez eux les travers qui sont miens. Ce jour-là fut l’exception. Je me mis à apostropher le prof : « Et Baudelaire ? Ivrogne, érotomane et toxicomane. Et London ? Alcoolique jusqu’à la moelle. Idem pour Hemingway. Et Dostoïevski ? Joueur invétéré… » Et je continuai cette litanie des faiblesses paralittéraires un bon quinze minutes en forçant sur la dépravation des maîtres. Le pauvre type m’implorait presque, tendait les paumes en signe d’apaisement. Les étudiants se tordaient. J’en suis même venu à inclure dans ma péroraison des peintres comme Modigliani et Toulouse-Lautrec… Pourquoi cette rage injustifiée ? Je me le suis souvent demandé. Tentative d’explication : cet empressement bébête et automatique à ânonner sur les travers de personnalité, lorsque l’on mentionne les noms de gens qui ont atteint une certaine notoriété dans les domaines des arts plastiques, du théâtre ou des lettres, m’horripile. A-t-on ce réflexe pour un Prix Nobel de physique ou de mathématiques avec qui il est impossible de tenir une conversation sensée après dix-sept heures parce qu’il est saoul comme la botte ? Pour un économiste de renom pédophile ?  (Le chien de Dieu)

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Éventail de Mademoiselle Mallarmé

Mallarmé, Écrits sur l’art. Il aurait mieux valu qu’il s’en tienne à la poésie, à son Coup de dés… Lorsque l’on fait de la matière réfléchissant sur elle-même le nec plus ultra de l’art, on en arrive à glorifier les tables, les lampes… et à définir les arts décoratifs comme étant les créateurs de ces objets de la dernière liturgie. Dernier homme de Nietzsche, qui décore les ombrelles des femmes du monde de ses vers et correspond avec les marquises sur les patrons de corsage ! Il se veut – comme artiste – aristocrate. Il n’est souvent que snob, vide et fat. Le gossip lui convient.  (Le chien de Dieu)

Notice biographique

Auteur prolifique, d’une forte originalité thématique et chat qui louche, maykan, alain gagnon, francophonie, littérature, Québecformelle, Alain Gagnon, ce marginal de nos lettres, a publié, à l’hiver 2011, Le bal des dieux, son trente-septième ouvrage.  À deux reprises, il a remporté le Prix fiction-roman du Salon du Livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit en 1996 et en 1998, pour ses romans Sud et Thomas K. Il a également remporté, à quatre reprises, le Prix poésie du même Salon : en 2004, pour son recueil de poèmes Ces oiseaux de mémoire, en 2006, pour L’espace de la musiqueen 2009, pour Les versets du pluriel et en 2012 pour Chants d’août.  En 2011, il avait obtenu le Prix intérêt général pour son essai Propos pour Jacob.  Il a été le président fondateur de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES) et responsable du projet des collectifs Un Lac, un Fjord, 1, 2 et 3.  Il déteste la rectitude politique et croit que la seule littérature valable est celle qui bouscule, dérange, modifie les paysages intérieurs – à la fois du créateur et des lecteurs.  De novembre 2008  à décembre 2009, il a joué le rôle d’éditeur associé et de directeur littéraire aux Éditions de la Grenouille bleue, une maison liée aux Éditions du CRAM.  Il continue de créer et gère présentement un blogue qui est devenu un véritable magazine littéraire : Le Chat Qui Louche : https://maykan.wordpress.com/

On peut lui écrire directement  à : alain.gagnon28@videotron.ca

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2 Responses to Coleridge et Mallarmé, une colère, par Alain Gagnon…

  1. Dominique B. dit :

    une tendance de l’être humain à énumérer les faiblesses davantage que les forces. Bravo Alain, votre témérité me rejoint!

    Bonne fin de ce dimanche pluvieux…

    Dominique

    J’aime

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